2002
Revue d’histoire des sciences humaines
Dossier : L’économie, entre sciences humaines et sciences de la nature
Entre sciences de la nature et sciences humaines : l’économie, science des échanges interdisciplinaires
Philippe Le Gall
GEAPE (Université d’Angers)GRESE (Université Paris I-Panthéon-Sorbonne)
« En apparence, ce lieu est simple ; il est de pure réciprocité : nous regardons un tableau d’où un peintre à son tour nous contemple. Rien de plus qu’un face à face, que des yeux qui se surprennent, que des regards droits qui en se croisant se superposent. Et pourtant cette mince ligne de visibilité en retour enveloppe tout un réseau complexe d’incertitudes, d’échanges et d’esquives ».
Michel Foucault, Les mots et les choses
« Les termes de force et d’énergie sont séduisants pour caractériser une économie. On sent bien que le Japon vient de perdre de la "force vive", tandis que les États-Unis affichent une énergie neuve, celle, dit-on, de la nouvelle économie »
[1], expliquait il y a deux ans un ancien ministre des Finances, Christian Sautter. Ce dernier ne s’arrêtait toutefois pas en si bon chemin : la « force vive » économique d’un pays serait, selon lui, égale à la moitié de son Produit Intérieur Brut multipliée par le carré de son taux de croissance, par simple analogie avec l’équation permettant de calculer l’énergie cinétique d’un corps en mouvement : E=1/2 mv
2. Le résultat peut faire sourire, mais il ne faut jamais perdre de vue le pouvoir que possèdent les économistes sur la réalité ; et de fait, « l’équation de Sautter » est ambitieuse : en privilégiant le taux de croissance du PIB au niveau du PIB, elle bouleverse la hiérarchie mondiale des grandes puissances, et conduit son auteur à penser que « pour superviser l’économie mondiale, le G7 a pris un coup de vieux »
[2].
Que peut gagner l’économie à traduire ainsi une équation issue de la physique ? Sans nul doute, l’exercice entrepris par Christian Sautter paraît caricatural. Mais l’interrogation subsiste, d’autant plus fortement qu’elle n’est pas totalement nouvelle : « l’équation de Sautter » nous rappelle que l’économie, qui se positionne comme la plus aboutie des sciences humaines, a, au cours des trois derniers siècles, largement puisé sa scientificité dans des croisements interdisciplinaires.
I. Une histoire d’attirance physique
« Cinématique des valeurs », « physique sociale », « mécanique de l’utilité », « science physico-mathématique », « mécanique sociale » : nous ne saurions en effet épuiser la manière dont les économistes ont baptisé, depuis le XVIII
ème siècle, diverses branches de leur champ disciplinaire. En se référant ainsi à des sciences reconnues et plus matures, les économistes ont d’abord cherché à convaincre – à commencer peut-être par eux-mêmes. Ainsi, comme le rappelle Claude Ménard, « [e]n rejetant, à la fin du XIX
ème siècle, le qualificatif de "politique" qui avait accompagné sa naissance, l’économie s’est persuadée qu’elle avait définitivement rompu avec les pièges de l’idéologie pour s’engager dans la voie royale de la science, pour devenir "positive" »
[3].
Ces qualificatifs sont toutefois loin d’être toujours du seul ressort de la rhétorique : ils expriment de profondes mutations théoriques et méthodologiques connues par la discipline, ainsi que de nouveaux modèles de scientificité qu’elle investit. L’histoire de l’analyse économique apparaît ainsi comme étant jalonnée de transferts (d’instruments, de modèles ou d’hypothèses), de références et d’analogies avec d’autres champs disciplinaires, c’est-à-dire de points d’appui qui permettent de maîtriser l’inconnu et d’ouvrir de nouveaux chantiers. La modélisation du cycle économique s’est par exemple, de manière récurrente, ouverte à des modèles issus des sciences de la nature. On peut le constater dans les années 1930 lorsque, dans les colonnes d’
Econometrica, Philippe Le Corbeiller affirmait qu’« en Économie Politique, l’idée de représenter des phénomènes par des modèles mécaniques n’est pas nouvelle ; on voit que l’on pourrait tout aussi bien, peut-être mieux, les représenter par des modèles électriques, voire chimiques ou biologiques. Ce ne seraient là que des traductions, en langages divers, des équations régissant un même groupe de phénomènes »
[4]. La voie est alors tracée pour l’un des modèles les plus célèbres du XX
ème siècle, le modèle « impulsion-propagation » construit par Ragnar Frisch en 1933, qui trouve l’une de ses origines dans la théorie des oscillations de Balthazar Van Der Pol et jouera un rôle important dans la « Nouvelle Macroéconomie Classique » des années 1970 et 1980. De même, est-il nécessaire de rappeler que l’un des plus prestigieux modèles de l’économie puise ses racines dans la physique ? En définissant en 1909 dans « Économique et Mécanique » les propriétés de l’équilibre général par analogie avec le mouvement uniformément accéléré de la mécanique céleste et les équations de liaison entre masse et accélération, et en précisant que la « manière de procéder [de l’économique pure] est rigoureusement identique à celle de deux sciences physico-mathématiques des plus avancées et des plus incontestées : la
mécanique rationnelle et la
mécanique céleste »
[5], Léon Walras ne fait qu’expliciter la dette du modèle d’équilibre général aux sciences physiques.
II. L’économie comme science des échanges interdisciplinaires : les interactions entre l’histoire de l’économie et l’histoire des sciences
Rétrospectivement, nous avons donc de bonnes raisons de penser que l’économie s’est constituée comme une science des échanges interdisciplinaires, avec pour référent privilégié la physique. Cette reconnaissance constitue d’ailleurs l’une des avancées récemment offertes par l’histoire de l’économie. Depuis une quinzaine d’années, en effet, son écriture a largement profité de nouvelles interactions avec l’histoire des sciences : un style inédit de travaux a permis de mettre au jour et d’analyser les rapports analogiques qui ont accompagné le développement de la pensée économique, du point de vue de ses instruments comme de ses représentations théoriques
[6].
Avec
La Formation d’une Rationalité Économique, Claude Ménard
[7] a ainsi offert une analyse historique et épistémologique du travail pionnier de modélisation mathématique de Cournot, et a montré non seulement de quelle manière les
Recherches sur les Principes Mathématiques de la Théorie des Richesses de 1838 abordent les questions de l’échange économique à travers le prisme de la mécanique, mais aussi que nos approches contemporaines trouvent leurs origines dans cette rationalité mécaniste. Dans
A World Ruled by Number, Margaret Schabas
[8] a contribué à renouveler profondément la compréhension que l’on avait des travaux théoriques de William Stanley Jevons, en montrant – là encore – tout ce qu’ils devaient aux avancées de la mécanique
[9].
The Invisible Hand, de Bruna Ingrao et Giorgio Israel
[10], confirme l’orientation fondamentalement mécaniste prise par l’analyse économique depuis au moins la fin du XVIII
ème siècle : l’un de ses concepts essentiels – celui de l’équilibre – en témoigne. Dans une perspective plus radicale, Philip Mirowski a, avec
More Heat Than Light
[11], souligné l’influence de la physique sur le développement de l’économie marginaliste et de l’économie mathématique, en suggérant que le résultat ne devait fondamentalement être vu que comme une copie scientiste, peu cohérente et ratée de la physique. Enfin, dans deux ouvrages récents – et fortement complémentaires –,
La Mathématisation du Réel. Essai sur la Modélisation Mathématique
[12] et
Le Jardin au Noyer. Pour un Nouveau Rationalisme
[13], Giorgio Israel propose une mise en perspective de la modélisation contemporaine – en particulier économique – en suggérant de quelle façon son histoire se caractérise par une profonde évolution : l’analogie, qui au XIX
ème siècle était au service de la connaissance d’un univers supposé unifié – propice à un réductionnisme ontologique –, devient au XX
ème siècle l’instrument de reproduction d’un réel fragmenté. Historiquement, le champ économique aurait ainsi entretenu avec d’autres disciplines des liens dont la nature n’est pas homogène.
Qu’ils relèvent de l’analyse historique, d’entreprises de déconstruction ou de perspectives critiques, ces travaux s’émancipent de l’idée – passablement tenace – selon laquelle l’histoire de l’économie serait indépendante de toute influence étrangère. L’hypothèse était de toute façon improbable, la plupart des artisans de la construction de l’économie étant autre chose que des économistes. Au final, ils ont ainsi pu renouveler, en profondeur, la connaissance historique de branches essentielles de l’analyse économique (au premier rang desquelles la microéconomie) et de ses instruments privilégiés (principalement le recours aux mathématiques)
[14].
III. L’économie, entre sciences humaines et sciences de la nature
C’est d’abord à une reconnaissance de telles avancées que nous invitons le lecteur, et ce dossier de la Revue d’Histoire des Sciences Humaines a pour objectif d’identifier et de comprendre plusieurs interactions inédites entre l’économie et d’autres champs disciplinaires. Pourtant, nous ne saurions le réduire à de l’inédit historique. Les articles qui le composent permettent en effet de dégager trois caractéristiques essentielles de ces interactions : la pluralité des référents ; une naturalisation de certains objets de l’économie, dont le temps historique ; enfin, la question des frontières de l’économie et de ses rapports aux autres sciences sociales.
Des référents pluriels
Il serait évidemment réducteur de penser que l’analyse économique ne s’est constituée qu’en référence à la mécanique. Depuis l’analyse par Nicolas François Canard de la société comme un organisme géant
[15] jusqu’aux mécanismes de sélection des firmes invoqués dans certaines approches évolutionnistes contemporaines
[16], l’économie a en effet puisé ces référents dans d’autres sciences de la nature. Il apparaît ainsi que ces interactions dont a profité l’analyse économique sont variées en terme de discipline de référence, et plusieurs des contributions à notre dossier suggèrent ainsi l’importance des références à la psychophysiologie, la biologie et à la médecine, en montrant de quelle manière ces références conduisent à l’élaboration de projets théoriques particulièrement originaux.
Notre point de départ sera la microéconomie. La contribution de Nicolas Chaigneau nous rappelle que ses origines externes ne sauraient être seulement trouvées dans la mécanique classique : à la fin du XIXème siècle, deux de ses fondateurs, William Stanley Jevons et Francis Ysidro Edgeworth, entreprennent une analyse du comportement économique individuel, qui mènera en particulier le second à mobiliser la psychophysique de Gustav Fechner pour expliquer les comportements d’échange économiques. Jevons et Edgeworth peuvent alors entreprendre une approche réductionniste de ces comportements et rapporter l’acte d’échange à ses seuls déterminants physiologiques.
Le deuxième article investit un champ largement négligé : l’histoire de la théorie financière, en particulier en France – et dont une pièce inédite clôt ce dossier. La théorie financière, rappelons-le, se construit à partir des années 1860, et Franck Jovanovic analyse l’une de ses premières contributions : celle de l’actuaire Henri Lefèvre. Cette contribution puise une grande partie de son originalité dans ses racines : les travaux d’Auguste Comte et des théories biologiques. Sur ces bases, Lefèvre peut alors identifier les éléments qui participent au développement économique des sociétés et révéler le rôle central que les marchés financiers sont amenés à jouer dans une économie de marché.
Alain Clément nous confirme que le modèle de la mécanique est loin d’être le seul qui ait intéressé les économistes : sa fresque nous rappelle que le modèle médical a, lui aussi, une pertinence historique depuis le XVIIème siècle. Il est alors particulièrement frappant de constater la variété de ces références médicales, mais également de s’apercevoir que si elles sont à l’œuvre dans l’analyse économique préclassique, elles alimentent diverses tentatives de s’émanciper des analyses classique puis néoclassique. Il semble alors particulièrement clair que le choix des référents externes reproduit des controverses internes à la discipline.
On le voit donc : si ces contributions révèlent la pluralité des référents analogiques, elles rappèlent également que le choix du référent analogique n’est pas neutre et qu’il relève avant tout d’un projet de théorisation de l’économie.
Une redéfinition du temps historique : le cas des instruments graphiques
Depuis plusieurs années, des travaux menés dans une perspective pluridisciplinaire ont commencé à accorder une large place aux instruments utilisés en économie, à commencer par les instruments statistiques. L’histoire de l’économétrie, par exemple, est apparue comme le lieu de transfert d’instruments, issus de la physique (les méthodes spectrales) ou de la biométrie (la corrélation et la régression)
[17]. L’un de ces instruments – l’analyse graphique – fait aujourd’hui l’objet de recherches particulières, inaugurées par les études pionnières de Judy Klein, Harro Maas et Mary Morgan
[18]. Deux contributions de notre dossier s’inscrivent dans cette perspective, en abordant de manière frontale une question essentielle : sur quelle représentation du temps historique s’appuient les instruments graphiques ?
Un premier élément de réponse nous est à nouveau offert par Henri Lefèvre. Comme le montre Franck Jovanovic, cet actuaire élabore des instruments graphiques permettant de visualiser les gains d’un intervenant sur le marché boursier. L’utilisation de ces graphiques doit ainsi permettre à la Bourse de remplir plus efficacement sa fonction de circulation des marchandises et par conséquent de se rapprocher de l’état idéal initialement élaboré sur la base de sa conception biologique de la société comme des lois historiques identifiées par Auguste Comte. Ces graphiques sont donc ici au service d’un déterminisme historique, d’une fin de l’histoire.
Un second élément de réponse nous est fourni par le XIXème siècle anglais. Dans leur contribution jointe, Harro Maas et Mary Morgan montrent que la reconnaissance tardive des représentations destinées à retranscrire graphiquement les données temporelles s’accompagne d’une modification de la nature de l’histoire et du temps. De tels graphiques nous sont aujourd’hui familiers. Pourtant, leur introduction en économie n’allait pas de soi. Dans la première moitié du XIXème siècle, les économistes anglais se représentent en effet principalement l’histoire comme une succession d’événements particuliers, produits par des circonstances particulières qui restent incommensurables. En revanche, à la fin du siècle, le temps historique apparaît comme un processus continu, susceptible de quantification, de standardisation, de comparaison. William Stanley Jevons apparaît l’un des artisans de cette rupture, ce qui ne saurait surprendre : l’histoire ne sort pas indemne de l’influence du mécanisme. Des lois historiques peuvent alors être mises au jour, par une séparation des causes accidentelles et des causes régulières. C’est donc par cette nouvelle formulation du temps historique que ces graphiques pénètrent l’économie.
Dans les deux cas, donc, il apparaît qu’au XIXème siècle, le recours à des instruments graphiques s’insère dans des représentations particulières de l’histoire, étroitement associées à des référents externes. Et dans les deux cas, l’histoire se naturalise et s’abstrait.
L’économie face aux sciences humaines
En s’appuyant sur diverses branches de la physique, de la biologie ou de la médecine, l’économie a pu se construire et se façonner comme une science particulière, disposant d’objets propres aux sciences humaines et de bagages analytiques souvent plus proches de ceux des sciences de la nature. C’est ce face à face entre l’économie et les autres sciences humaines qui la conduit à se démarquer de ces dernières ou à vouloir les conquérir en exportant à son tour certaines de ses avancées. Ce double mouvement apparaît à la lecture des deux derniers articles de notre dossier.
L’analyse par Olivier Robert de l’influence d’Auguste Comte sur la pensée de John Stuart Mill illustre ainsi l’extrême difficulté et la complexité des relations entre l’économie ricardienne et la sociologie naissante. L’auteur met en évidence la significativité d’une influence – peu reconnue – de la pensée de Comte sur les travaux de Stuart Mill, à la fois épistémologique et méthodologique. Pourtant, cette influence ne dure qu’une dizaine d’années : elle se fonde sur des incompréhensions initiales et aboutira à une rupture entre le sociologue et l’économiste. Mill évacue la sociologie du champ de l’économie et, dans la droite ligne des positions ricardiennes, revient à un modèle abstrait, d’inspiration fondamentalement newtonienne.
Forte de ses avancées, l’économie peut à son tour pratiquer l’exportation. C’est ainsi qu’Annie Soriot analyse la transition chez Adolphe Landry entre des problématiques économiques – qu’il abordait dans une perspective marginaliste – et des problématiques démographiques. Ces dernières se focalisent initialement sur la question de la détermination d’un optimum de population, qui ouvrira dans les années 1930 la voie à une perspective démographique plus autonome, moins économique : dépassant la recherche d’un optimum, la théorie de la « révolution démographique » fournit un schéma explicatif intégrant les dimensions économique, politique et sociale dans les dynamiques de population.
Nous voyons ainsi apparaître certaines conséquences de la scientificité que l’économie a pu puiser dans les sciences de la nature. Ces références ont pu lui conférer une certaine autonomie et un certain prestige, susceptible de se traduire par une domination sur les autres sciences humaines. L’analogie devient ainsi réversible, comme on peut le voir aujourd’hui à travers l’exportation par Gary Becker du modèle de rationalité économique vers d’autres sciences humaines.
IV. Les leçons de l’histoire
Au final, la perspective empruntée par ce dossier de la
Revue d’Histoire des Sciences Humaines revient, en suivant Georges Canguilhem, à aborder « l’histoire des sciences comme une explication d’un phénomène de culture par le conditionnement du milieu culturel global »
[19], dont nous avons ici privilégié la dimension analytique. Cette perspective nous conduit alors à affirmer que l’économie est une science des échanges interdisciplinaires : par les influences croisées que cette discipline a convoquées, elle constitue un laboratoire particulièrement fécond d’où émerge un modèle original qui ne saurait se réduire ni aux sciences humaines, ni aux sciences de la nature.
Affirmer ainsi que l’économie est une science des échanges interdisciplinaires nous ramène au constat suivant lequel le développement d’un champ disciplinaire ne peut s’effectuer
toutes choses égales par ailleurs. Ce qui ne saurait surprendre : chaque époque repose sur un socle épistémologique particulier – celui de l’
épistémè de Michel Foucault
[20], celui de l’histoire comme « sens de la possibilité », si nous nous référons une nouvelle fois à Georges Canguilhem
[21] – que partagent les différents savoirs d’une époque et qui permet aux champs disciplinaires d’entrer en interaction. Cette affirmation peut-elle mettre l’économiste mal à l’aise, son originalité semblant se dissoudre dans l’espace d’un savoir diffus ? Nous ne le pensons pas, bien au contraire : son originalité historique réside dans le choix de certains de ses référents, et dans le pouvoir qu’ils ont pu lui conférer.
Les rapprochements que nous avons analysés apparaissent ainsi comme des passerelles autorisées par une époque, qui subsisteront un temps pour ensuite se dissoudre dans une autre configuration historique. Pourtant, le lecteur pourra être frappé par l’actualité que revêtent encore aujourd’hui certains des thèmes abordés dans ce dossier. Nos connaissances économiques contemporaines conservent, en effet, d’indéniables traces de ces croisements originels : on gardera ainsi en mémoire le mécanisme irréductible de l’agent économique, à l’œuvre aujourd’hui en microéconomie et en macroéconomie ; l’inspiration biologique qu’ont pu trouver, ces dernières décennies, les approches évolutionnistes, en particulier en terme de comportement des firmes ; ou la conception fondamentalement mécaniste du temps économique. Si l’histoire nous sert ici à comprendre leur origine, elle nous sert aussi à nous interroger sur leur adéquation avec un socle épistémologique – le nôtre – qui n’est peut-être plus tout à fait celui des origines. Et c’est là, dans cet espace entre l’histoire et le présent, qu’apparaissent nos connaissances actuelles, tout comme les interrogations et des doutes qui la traversent. Ce qui ne saurait manquer de nous ramener au face à face insaisissable évoqué par Michel Foucault.
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[1]
In Mauduit, 2000.
[3]
Ménard, 1981, 137.
[4]
Le Corbeiller, 1933, 328.
[5]
Walras, 1909, 5.
[6]
La bibliographie accompagnant cette introduction présente quelques-unes des contributions ayant marqué cette approche. Elle rappelle également que si le rapprochement de l’histoire de l’économie et de l’histoire des sciences a connu ces dernières années un regain de vitalité, des auteurs se sont livrés, dans un passé plus lointain, et de manière particulièrement féconde, à de telles entreprises.
[7]
Ménard, 1978.
[8]
Schabas, 1990.
[9]
Harro Maas a récemment suggéré de quelle manière
l’
ensemble des travaux de Jevons (qu’ils soient théoriques ou empiriques) est le produit d’un « raisonnement mécanique » (
cf. Maas, 2001).
[10]
Ingrao,
Israel, 1990.
[11]
Mirowski, 1989.
[14]
Cette voie de recherche suscite également aujourd’hui des études pluridisciplinaires particulièrement fécondes, par exemple sur les formes de mesure qui se déploient dans la discipline (
Klein, Morgan, 2001) ou sur la nature des modèles économiques (
Morgan, Morrison, 1999 ; nous pensons également au colloque « Modèles et Modélisations, 1950-2000 », organisé par Michel Armatte et Amy Dahan, qui s’est tenu au Centre Koyré en novembre 2001).
[16]
Cf. en particulier
Nelson,
Winter, 1982.
[17]
Cf. en particulier
Morgan, 1990 ;
Armatte, 1995 ;
Le Gall, 1999 et 2002 ;
Jovanovic, Le Gall, 2001a et 2001b.
[18]
Cf. Klein, 1997 ;
Maas, 2001 ;
Morgan, 1997.
[19]
Canguilhem, 1968, 15.
[20]
Foucault, 1966. Sur la représentation de l’économie contenue dans
Les mots et les choses,
cf. Lallement, 1984, et
Ménard, 1992.
[21]
Canguilhem, 1965, 47.