2004
Revue d’histoire des sciences humaines
Document
Paris in the Springtime : un voyage de sciences sociales en 1929
[1]
Pierre-Yves Saunier
Le professeur Charles Merriam, président du département de Political Science de l’Université de Chicago, passe six semaines à Paris en 1929 pour y étudier le paysage des sciences sociales, afin de préparer le développement local du programme de scien-ces sociales de la Rockefeller Foundation. Son rapport, ici publié, est un point de vue sur le paysage des sciences sociales françaises des années 1920. Cet article propose d’explorer les conditions de cette prise de vue, en revenant sur les différentes dimen-sions de l’agenda du Professeur Merriam. Le voyageur universitaire s’y rèvèle agile, poursuivant des objectifs multiples qui informent sa perception du paysage et sa cris-tallisation finale. Son rapport, plus qu’un simple témoignage, est une trace des forces, des contraintes et des possibilités ouvertes dans l’espace des sciences sociales et hu-maines par la mise en place de programmes transnationaux de recherche et d’ensei-gnement, sous l’égide des grandes fondations philanthropiques états-uniennes.Mots-clés :
Fondation Rockefeller, Charles Merriam, Spelman Fund of New York, fondations philanthropiques, histoire des sciences sociales, voyages, circulations transatlantiques.
Professor Charles Merriam, then Chair of the University of Chicago Political Science department, spent 6 weeks in Paris in 1929. His travel chore was to assess the state of the social sciences in the French capital, in order to install the social sciences program of the Rockefeller Foundation in France. His report, that is published herewith, offers a point of view on French social sciences in the 1920s. This article explores the conditions of this assessment, and peels off the different dimensions of Merriam’s agenda. The academic traveler appears a versatile creature whose pursuits are many, all which shape his perception of the parisian landscape. Accordingy, his report is more than a mere evidence or account of that scene. It is a remnant of the forces, constraints and possibilities that the establihsment of transnational private research and teaching policies opened for all the protagonists of the developing social sciences.Keywords :
Rockefeller Foundation, philanthropic foundations, Charles Merriam, Spelman Fund of New York, history of the social sciences, travels, Transatlantic exchanges, academic connections.
Lorsqu’il arrive dans la capitale française le 5 mai 1929, à deux heures du matin, le professeur Charles E. Merriam n’est pas un voyageur universitaire « ordinaire ». Il n’est pas venu pour apprendre, comme l’ont fait en masse les étudiants américains dans les universités françaises, britanniques et surtout allemandes entre les années 1870 et 1900
[2]. Il n’est pas en France pour observer et « traduire » un système universitaire, comme l’ont fait nombre de visiteurs français, britanniques et états-uniens des universités allemandes au tournant du siècle précédent, et comme le font désormais ses collègues européens dans son propre pays
[3]. Il n’est pas là non plus en curieux itinérant comme les savants pèlerins qui parcourent congrès et expositions avec assiduité, depuis les grandes assemblées de Chicago (1893), Paris (1900) ou Saint Louis (1904) jusqu’aux rassemblements spécialisés désormais réguliers
[4]. Pas plus qu’il n’est envoyé par son gouvernement pour développer des coopérations officielles ou accomplir une médiation diplomatique comme un Bergson avait pu le faire outre-Atlantique quelques années auparavant. Il n’est pas enfin un de ces professeurs invités qui se multiplient au gré des accords bilatéraux et des opportunités
[5]. Le professeur Charles Merriam,
Chairman du département de science politique de l’Université de Chicago, a pourtant pratiqué ces différents genres de voyage. Étudiant à l’Université de Berlin en 1899-1900, directeur de la branche italienne du Committee on Public information qui gérait la communication de guerre du gouvernement fédéral pendant la Première Guerre mondiale, Merriam était encore en Europe en 1926 pour rencontrer les participants à sa série de monographies
Studies in the making of citizens, mais aussi pour étudier les développements européens de la recherche sur le gouvernement et l’administration, un thème sur lequel il travaille depuis quelques années.
Mais, cette fois, le professeur Merriam est en mission, au nom d’un organisme privé, la Rockefeller Foundation. Pendant 6 semaines, il rencontre un certain nombre de ceux qui animent alors la scène des sciences sociales parisiennes, du droit à la science politique en passant par l’ethnologie. Il déjeune au Club Autour du Monde à « Boulogne-sur-Seine » (
sic), suit certaines des sessions du thème « Civilisation » de la Première semaine internationale de synthèse, assiste à une séance de l’Institut Français de Sociologie. Il discute avec Lévy-Bruhl et Mauss, Bouglé et Maunier, Jèze et Mirkine-Guétzévitch, André Siegfried et Joseph Berthélémy, Janet et Renie de la Croix, William Oualid et Bernard Faÿ. De retour à Chicago, il expédie les 26 pages de son rapport le 5 juillet à l’attention d’Edmund Day, le responsable de la Social Sciences Division de la Fondation. Ces rencontres et ce rapport sont un des éléments de l’histoire des rapports entre la galaxie philanthropique Rockefeller et le milieu des sciences sociales parisiennes, que Brigitte Mazon a analysés il y a une quinzaine d’années
[6].
Lire aujourd’hui ce rapport, les correspondances qui l’ont précédé ou les notes quotidiennes de Charles Merriam est un passe-temps instructif pour ceux qui s’intéressent à l’histoire des sciences humaines et sociales. C’est du moins le pari que prend la re-production de ce rapport ici. Chacun peut y trouver son compte. L’amateur de portraits appréciera les notes sur Mauss, que Merriam fréquente avec le plus d’assiduité, les passionnés d’anachronisme se réjouiront des considérations sur le bas salaire des professeurs d’université et la fragmentation des recherches en sciences sociales en France, tandis que les uns et les autres prendront plaisir à noter quelques citations drô-les, savoureuses ou triviales. Un tel rapport peut être utilisé de plusieurs manières dès lorsqu’il s’agit de contribuer à l’histoire des sciences humaines et sociales. On pourrait par exemple resituer sur son rôle fondateur dans la détermination des attitudes fonda-mentales pour l’approche rockefellerienne de la scène française (circonspection, perplexité, incertitude). On pourrait aussi l’utiliser comme un témoignage ethnologique sur la manière dont se construit un réseau d’informateurs en milieu étranger, et reconstituer les filières et les grilles de lecture à travers lesquelles Merriam perçoit la scène des sciences sociales parisiennes. En creux, parce qu’elles requièrent une con-naissance fine des trajectoires antérieures de l’action rockefellerienne et de Merriam, ces deux possibilités en convoquent une troisième, qui fournit à cet article son propos : il s’agira ici de revenir vers l’amont, de rentrer dans la fabrication non pas du rapport même mais de son projet, dans les anticipations de son utilité, de son but. Pour cela, il faut sans doute commencer par un bref portrait de Charles Merriam qui permette de comprendre pourquoi c’est lui qui, en ce printemps 1929, revêt la casaque aux couleurs Rockefeller pour écumer salons, couloirs et bureaux parisiens.
I. Un envoyé spécial bien spécial
Le portrait n’aura pas ici besoin d’être de pied en cap. Barry Karl a offert une biographie très complète de Charles Merriam, écrite au confluent de l’étude des papiers personnels de Merriam, des premières explorations dans les dossiers des grandes fondations philanthropiques et d’une collaboration avec des proches de Merriam
[7]. Le lecteur s’y reportera pour plus d’information, ainsi qu’à un certain nombre de publications qui explorent certaines des facettes ou des activités du personnage Merriam
[8]. Ce qui nous intéresse ici c’est que Charles Merriam peut être considéré comme l’incarnation du rapport organique entre les sciences sociales états-uniennes et la grande philanthropie états-unienne, celle du «
scientific giving », de l’organisation systématique et massive du soutien financier aux entreprises de recherche scientifique, qu’il s’agisse chronologiquement d’abord des sciences naturelles puis des sciences sociales
[9]. La Russell Sage Foundation, les différents organismes créés par Andrew Carnegie, la flottille philanthropique rockefellerienne enfin et surtout furent dans les vingt-cinquièmes premières années du XX
ème siècle les principaux acteurs d’une politique concertée d’attaque du « problème social » par l’identification de ses causes et l’élaboration des outils de son traitement. C’est avec leur apport financier et symbolique que se consolidèrent, entre le milieu des années 1920 et la fin des années 1930, les grands programmes d’enseignement, de publication et de recherche en sciences sociales comme en « technologie sociale », programmes bâtis autour de la convergence entre institutions philanthropiques, universitaires, réformateurs amateurs ou professionnels et hommes de gouvernement. Le paysage universitaire institutionnel et intellectuel états-unien fut profondément modifié par cette alliance qui fit émerger des puissants départements de sciences sociales (la
Division of Social Sciences de l’Université de Chicago étant le pôle principal des années 1920-1940), des structures de
management des problématiques et des fonds de recherche (comme le
Social Science Research Council), des postures de travail (le travail en équipes interdisciplinaires). Au delà de ces épisodes conjoncturels, c’est aussi à ce moment et par ces canaux que se canonise une définition empirique, systématique et pratique des sciences sociales comme sciences de la société dont les fins répondent aux problèmes et besoins de celle-ci
[10].
La contribution de Charles Merriam à l’élaboration de ce qui est finalement une nouvelle configuration des rapports entre savoir et pouvoir fut particulièrement importante. Pour en rester à la période de l’avant 1929, on ne peut que mentionner ici ses rôles simultanés dans la définition d’une orientation de recherche pragmatique pour la
political science états-unienne
[11], dans l’expansion du département de
political science de l’Université de Chicago, dans la mise en place de formules originales de coopération entre universitaires et administrateurs
[12], ou dans la construction de structures d’orientation et de financement de la recherche en sciences sociales (le
Local Community Research Committee à l’Université de Chicago, le
Social Science Research Council à l’échelle nationale)
[13]. Dans chacune de ces entreprises collectives, Merriam est un participant actif ou primordial. Pour sa capacité à s’entremettre avec les bailleurs de fonds potentiels, qu’ils soient locaux ou nationaux, pour son habileté à créer de la synergie (pratique, intellectuelle, symbolique) entre ces différentes actions, pour son ouverture intellectuelle vers d’autres disciplines, pour ses compétences d’entremetteur et d’homme de projet, il se retrouve ainsi au cœur de toutes les grandes entreprises de construction institutionnelle concernant les sciences sociales des États-Unis dans les années 1920, et commence à ce moment une carrière d’organisateur et de
manager scientifique qui singularise aujourd’hui son nom plus que la mémoire de son œuvre.
L’ascension multidimensionnelle de Charles Merriam dans les années 1920 n’est pas le produit simple d’un esprit et d’une personnalité douée pour l’entrepreunariat académique. Elle résulte aussi d’un projet intellectuel inscrit dans la trajectoire de Merriam. Celle-ci se singularise par une dimension politique, qui le fera parfois surnommer le « Woodrow Wilson du Midwest ». Arrivé à l’Université de Chicago en 1900, Merriam, qui ambitionne de saisir de l’intérieur le fonctionnement politique qu’il se propose d’étudier en savant, participe très vite à l’activité des groupes réformateurs locaux, à l’image de nombre de ses collègues et conformément aux orientations données à l’université par son premier président William Harper pour qui l’institution doit contribuer à l’amélioration de la vie sociale, politique et civique de Chicago
[14]. Mais son rôle dépasse bientôt celui du participant, de l’expert, du conseiller, ou du militant qui sont alors les figures classiques du rapport entre universitaires états-uniens et mouvements réformateurs
[15]. Élu en 1909 au conseil municipal de Chicago, Merriam échoue de justesse à l’élection au poste de maire en 1911. De nouveau membre du conseil municipal entre 1913 et 1917, ses échecs aux primaires républicaines en 1915 et 1919 sanctionnent, aux dires de Kenneth Finegold, son échec à construire une grande coalition politique des votes réformateurs et des votes populistes, et marquent en tout cas la fin de sa carrière d’élu
[16]. Le projet du «
scholar in politics » s’infléchit alors, et Merriam définit progressivement une autre construction de l’alliance entre hommes des sciences sociales, réformateurs et administrateurs. Il ne s’agit plus seulement de changer les hommes au pouvoir, de les conseiller ni mê-me de devenir l’un d’entre eux pour changer le gouvernement, mais d’agir avec autant de force que possible sur le gouvernement par ses outils, méthodes de gouvernement, rouages administratifs et administrateurs eux-mêmes. Cet abandon des formules « militantes » des années de la
progressive era des années 1890-1914 ne signifie pas pour autant l’abandon des objectifs poursuivis depuis lors. Il s’agit bien toujours de résoudre par des approches rationnelles les problèmes posés à la société et à la démocratie par les forces mises en œuvre par l’industrialisation et le progrès technique, ces problèmes politiques, sociaux, économiques dont Merriam englobe la totalité sous l’ex-pression descriptive et prescriptive de «
social control »
[17]. Cette recherche de voies et de moyens scientifiques pour l’organisation sociale de la société contemporaine n’est bien sûr pas propre à Merriam. Il la partage avec nombre des
progressive qu’il fréquente depuis le début du siècle
[18], avec beaucoup de ses collègues universitaires
[19] ou encore avec certains des animateurs des fondations philanthropiques
[20]. Mais c’est sa capacité à organiser cette conception qui va lui donner un rôle privilégié dans la mise en place des structures qui lient pratiques de gouvernement et sciences sociales, lui procurant par la même les moyens de mettre en œuvre la redéfinition de son projet « réformateur ».
À partir de liens noués dans sa trajectoire biographique, Merriam s’impose comme un interlocuteur privilégié pour les responsables des programmes des grandes fondations. À compter du début des années 1920, il sut en effet construire un tissu d’échan-ges intellectuels et de discussion qui va lui permettre de trouver du soutien pour les différents projets auxquels il contribue. Cela est particulièrement vrai de ses échanges avec son frère, John C. Merriam, un biologiste qui fut une figure éminente du National Research Council et présida la Carnegie Institution de Washington, ou avec Raymond B. Fosdick, un conseiller personnel de John D. Rockefeller junior, figure montante de la philanthropie rockefellerienne qu’il fréquente dans les groupements de la réforme municipale C’est par le truchement de ces deux premiers contacts qu’il entre en relation en 1923 avec l’
executive secretary du Laura Spelman Rockefeller Memorial, Beardsley Ruml, qui en 1922 a dessiné pour ce jeune organe de la philanthropie rockefellerienne un grand programme d’action dans les sciences sociales dont la finalité est de fournir le savoir scientifique nécessaire à l’amélioration du bien-être social, tout comme la médecine est le savoir nécessaire à l’amélioration du bien-être physique de l’humanité
[21]. Entre 1923 et 1929, le Memorial est la source de finance-ment principale pour la croissance du département de
political science dirigé par Merriam, pour le Local Community Research Committee qui fournit les possibilités logistiques et financières de recherche en sciences sociales à l’Université de Chicago et pour l’expansion du Social Science Research Council. La capacité qu’a Merriam à mettre ses projets en œuvre, une activité vibrionnante, ses qualités relationnelles et la relation privilégiée qu’il noue avec Ruml font bientôt de lui un
insider de la philan-thropie rockefellerienne. Ce glissement vers le monde des
philanthropoïds est particulièrement net en 1926, quand Ruml lui fait l’offre de devenir le responsable du pro-gramme européen en sciences sociales que le Memorial est désormais prêt à lancer pour la réorientation empirique, interdisciplinaire et collective des sciences sociales européennes
[22]. Les dossiers de correspondance des papiers Merriam témoignent de l’imbroglio qui s’ensuit : après avoir beaucoup consulté, et obtenu des concessions importantes
[23], Merriam accepte l’offre. Mais il ne part pas pour Paris en janvier 1928 comme convenu. Sa lettre à Ruml d’octobre 1927, où il présente la mauvaise évolution de son ulcère à l’estomac et démissionne du poste qu’il n’occupe pas encore, est-elle un de ses fréquents reculs devant l’obstacle auxquels fait allusion son biographe Barry Karl ? Toujours est-il qu’elle ne met pas à mal son statut à l’intérieur des organes philanthropiques rockefelleriens. En 1928, comme durant l’année 1927, Merriam continue de bénéficier d’un
research assistant, de recevoir pour évaluation avis les demandes de bourses qui parviennent au Laura Spelman Rockefeller Memorial, et de voyager fréquemment à New York pour participer aux réunions du staff, avec indemnisation
[24]. Au début de 1929, il est de nouveau question d’une mission européenne. Au projet initial de 6 mois se substitue vite l’idée d’un séjour plus court, Merriam invoquant à la fois les bouleversements en cours à l’Université de Chicago (où l’on doit nommer un nouveau président), les vicissitudes de la municipalité de Chicago et la période de mise à l’épreuve de son «
lamented gastric tract »
[25]. En février, un accord financier est trouvé, et Charles Merriam part pour la France à la fin du mois d’avril
[26]. Il n’est pas alors un simple émissaire salarié de la philanthropie rockefellerienne, chargé de dresser un état des lieux des ressources en sciences sociales comme l’ont été les universitaires états-uniens Lingelbach (pour la France) ou Robert Kerner (pour la Turquie, la Russie, les Balkans). Comme le dit Day, qui sait flatter son monde : «
you are the one man I know that could certainly accomplish the results I have had in mind »
[27]. C’est la trajectoire de Merriam et sa proximité aux programmes, valeurs et fonctionnements des organisations rockefelleriennes qui en fait plus qu’un simple éclaireur, un véritable ambassadeur.
II. Le triple agenda du voyage de Monsieur Merriam
C’est dans les affaires internes de la philanthropie rockefellerienne que prend racine la mission de 1929. Robert Kohler, dans un article précis qui traite avec justesse la grande philanthropie comme une organisation complexe et non comme la simple émanation de la volonté d’un donateur ou d’un collège de dirigeants, a retracé la réorganisation de la galaxie rockefellerienne qui s’effectue en 1928, par suite du succès des programmes menés par ses différents organes depuis le début du siècle
[28]. Cette réorganisation touche aussi au fondement même de la philanthropie rockefellerienne, qu’elle réoriente vers le soutien à la recherche, elle qui jusque là privilégiait l’éducation. Elle touche aussi à la remise en forme de circuits de direction complexes, les organisations et leurs programmes s’étant multipliés dans et hors de la Rockefeller Foundation mise en place en 1913 (création de l’International Health Board en 1913, du Laura Spelman Rockefeller Memorial en 1918, de l’International Education Board en 1923), mettant ainsi à l’épreuve le sens de la cohérence et de la rationalisation qui caractérisait la volonté philanthropique de John D. Rockefeller Sr et Jr. Enfin, elle s’insère dans des batailles de génération entre le groupe des fondateurs (Frederick Gates, Wallace Buttrick, Wycliffe Rose, Georges Vincent) et les jeunes
officers qui furent recrutés pour faire face à l’extension du travail des différents
boards dans les années 1920 (Beardsley Ruml, Edwin Embree) ; ou encore dans des querelles de limi-tes et de prérogatives (la division de l’enseignement médical de la Foundation contre l’International Health Board) ; ou bien dans des discussions sur les secteurs d’action (santé ou sciences sociales, eugénique, hygiène mentale…). Confiée à Raymond B. Fosdick, ami et conseiller de John D. Rockefeller Jr, la réorganisation des différents
Rockefeller Boards s’apparente à une interrogation sur la division du travail philanthropique. Après une première réorganisation interne à la Rockefeller Foundation en 1926, Fosdick s’attaque à l’ensemble des agences de la galaxie philanthropique rockefellerienne, et tâtonne pendant plusieurs mois pour trouver une forme consensuelle, claire et efficace. Celle-ci prend forme entre octobre 1927 et mars 1928, se proclame en mai et se définit en termes pratiques durant l’été 1928, pour entrer en vigueur au début de l’année 1929. Le voyage de Charles Merriam en France est un des outils qui participe à la mise en place de cette réorganisation : à ce titre, son territoire de mission est autant la philanthropie rockefellerienne plus que l’espace parisien des sciences sociales, et c’est dans ce cadre que s’inscrit son agenda, avec sa triple dimension que l’on retrouve peu ou prou dans le plan du rapport (
cf. page 1), que l’on re-prendra ici pour ordonner le propos.
« Relations with the Paris staff »
La réorganisation opérée par Raymond Fosdick découpe l’ensemble des programmes et des dotations existantes, en programmant la liquidation à court ou moyen terme de plusieurs des structures créées depuis le début du siècle (le Laura Spelman Rockefeller Memorial, le General Education Board, l’International Health Board, le China Medical Board), et en réaffectant une grande part des ressources à une Rockefeller Foundation organisée en divisions placées sous la direction du président, et désormais vouée au « progrès de la connaissance » par le soutien à la recherche avec ses 225 millions de dollars de dotation et ses 8 millions de revenus annuels. Les sciences sociales, qui fournissaient l’essentiel de son programme au Laura Spelman Rockefeller Memorial depuis 1922, sont transférées à la Rockefeller Foundation avec les 63 millions de dollars que Beardsley Ruml n’avait pas encore dépensés. Edmund Day, en charge des sciences sociales au Memorial depuis 1927, devient le responsable de la nouvelle division des sciences sociales au sein de la Rockefeller Foundation. C’est cette nouvelle organisation et ses conséquences que Merriam doit acclimater auprès du staff du bureau de Paris.
Le bureau est en effet une sorte de condensé des problèmes d’organisation de la philanthropie rockefellerienne. Depuis que la Mission Rockefeller est arrivée en France pour traiter de problèmes de santé publique en 1917, le 20 rue de la Baume a accueilli de plus en plus de personnel. En 1922-1923, l’International Health Board y a ouvert un bureau permanent, chargé de ses affaires européennes, vite partagé avec les représentants des divers
Boards, dont essentiellement la Division of Medical Education de la Rockefeller Foundation qui est représentée par Alan Gregg à partir de 1924
[29]. La réorganisation de 1928 a pour effet d’une part de transformer le bureau en bureau européen de la Fondation, chargé de l’animation, de la gestion et de l’administration des activités européennes de la Fondation et de ses diverses Divisions, et d’autre part de changer les affectations institutionnelles d’une partie de son personnel. Une partie du travail de Merriam consiste à préparer l’arrivée à Paris d’un représentant de la nouvelle Division des Sciences Sociales et à présenter le programme d’action de la division (
bourses à des institutions,
fellowships pour les individus
[30]). C’est d’ailleurs à cette fin qu’il utilise une bonne partie de son séjour, en longues discussions avec Selskar Gunn, l’ancien représentant de l’International Health Board désormais directeur du Bureau de Paris, ainsi qu’avec tous ses collaborateurs
[31]. On peut supposer que des réactions de défiance étaient anticipées, notamment de la part de ceux des
officers dont l’institution mère avait été détruite par la réorganisation. Les explications sur le programme du Memorial fournies autrefois par Ruml ou ses adjoints devaient être renouvelées et replacées dans le nouveau cadre institutionnel commun. Merriam, créature hybride, universitaire et organisateur, à la fois en dedans et en dehors de l’organisation bureaucratique de la Fondation, aux qualités de négociateur prouvées, riche de l’expérience de ses années de travail avec le Memorial et des développements du Social Science Research Council, était un missi dominici tout à fait adéquat.
Dans les réunions d’équipe comme dans les conversations personnelles au domici-le de Gunn, où il est bientôt logé en compagnie d’autres membres du
staff, Merriam a l’occasion de discuter de manière informelle de l’expérience du programme de sciences sociales du Laura Spelman Rockefeller Memorial, qu’il s’agisse des institutions et des actions soutenues entre 1922 et 1928 en Angleterre et en Allemagne, à Genève et à Stockholm, ou plus particulièrement de ses modalités d’organisation états-uniennes à travers le Social Science Research Council dont il est l’une des figures éminentes. Il est particulièrement attentif à présenter l’arrivée du programme de sciences sociales dans la Fondation et à Paris comme l’occasion de collaborations transdisciplinaires entre médecine,
natural science et
social science. En cela, il prépare le terrain pour la visite de Day, qui doit arriver à Paris vers la fin du séjour de Merriam, et évalue les contraintes qui pèseront sur le futur représentant de la Division des Sciences Sociales, un poste que certains hauts responsables, comme Raymond Fosdick, continuent de penser qu’il pourrait être le sien
[32]. Ses recommandations (
cf. page 3 du rapport) pour la nomination d’un représentant doté d’une « attitude scientifique prononcée » et sou-cieux de développer des travaux communs, à la limite des différentes disciplines et divisions de la nouvelle Fondation, vise autant à assurer l’homogénéité et l’harmonie de l’action européenne de la Foundation réorganisée qu’à garantir une attaque complète des « problèmes centraux », que sont pour Merriam et pour Day ceux du
social control et de ses tenants et aboutissants sociaux, psychologiques ou biologiques. La désignation durant l’été de John Van Sickle comme représentant européen de la division des sciences sociales répond à ces recommandations, au moins dans la mesure où cet
associate professor d’économie de l’Université du Michigan (et ancien collègue de Day), à l’expérience européenne certaine (
assistant à l’ambassade de Paris en 1919-1920, conseiller technique du gouvernement autrichien entre 1921 et 1923), vient du poste de secrétaire chargé des
fellowships et des
grants in aid au Social Science Research Council. Son travail européen, qui consiste à administrer un programme de bourses et de subventions, se place donc dans la droite ligne de cette précédente fonction qui l’a déjà amené à travailler à cheval sur les différentes sciences sociales et en relation avec les sciences naturelles, dans une perspective de « science sociale appliquée ».
« Relations with French social scientists »
Si le programme de science sociale de la Rockefeller Foundation s’inscrit, pour bien des pays, dans la continuité d’actions déjà entamées par le Laura Spelman Rockefeller Memorial, le cas français est bien différent. Le Mémorial, depuis 1924, a développé un programme européen. Celui ci s’est traduit avant tout par l’extension du soutien à la London School of Economics
[33], par des subventions à l’Université de Cambridge, à l’Université de Stockholm, à la Deutsche Hochschule für Politik et à l’Institut des Études Internationales de Genève, et par la mise en place d’un programme de
fellowships pour des
visiting professors étrangers aux États-Unis
[34]. Le projet européen de construction institutionnelle en Europe correspond à l’entreprise identique simultanément en cours aux États-Unis, les échanges entre les deux pôles en renforçant mutuellement l’affirmation : il s’agit à ce moment de construire des institutions de recherche en sciences sociales au sein de quelques universités choisies stratégiquement. Lorsque Ruml visite l’Europe à l’été 1928, quelques mois après un voyage de son adjoint Lawrence Frank, il explique à Selskar Gunn son projet de développe-ment d’une dizaine de centres dans le monde pour l’étude et la recherche en sciences sociales. Berlin, Londres, Genève, participent de ce dess(e)in global au même titre Chicago, Harvard, North Carolina
[35]. Paris fait partie de ces centres à développer, et ce d’autant plus que la France est vue comme une tête de pont vers son Empire et les espaces de sa zone d’influence
[36]. Mais, comme l’a souligné Brigitte Mazon, la seule action mise en place en France avant 1929 est le programme de
fellowships dont Charles Rist est le « correspondant » français comme Luigi Einaudi l’est, par exemple, pour l’Italie
[37]. Cette difficulté, outre ce qu’elle doit aux problèmes économiques de la France, tient aussi à des causes structurelles. D’une part, c’est la complexité du paysage français qui rend la décision et l’action difficiles. Aux premiers temps de la Mission Rockefeller, en 1917, ses acteurs regrettaient les imbrications entre la philanthropie, le monde de la réforme sociale et hygiénique, et « l’intrigue politique »
[38]. L’insertion des universités dans un appareil d’État, le conflit des facultés (entre le Droit et les Lettres, entre le Droit et ses branches sociologiques et économiques), la place du jeu politique dans le monde universitaire français, la fragmentation du paysage institutionnel parisien des sciences sociales ajoutent encore à la perplexité des premiers enquêteurs et observateurs du terrain des sciences sociales, comme Lingelbach en 1925. La décision de nommer un représentant du Memorial en Europe prend aussi sens dans cette difficulté à dénouer les fils français. Merriam renoncant à cette responsabilité au dernier moment
[39], la situation ne se clarifie pas dans les années qui suivent, et c’est donc à lui qu’appartient en 1929 de présenter le programme de la nouvelle division des sciences sociales à des savants français susceptibles de s’y intéresser.
L’ensemble de ses rencontres prend sens dans cette orientation. Merriam ne vient pas à Paris pour simplement repérer des sujets brillants, des esprits originaux ou des groupes d’échanges et de recherche sur lesquels la Division pourrait parier
[40]. Si ses lettres ne sont pas totalement exemptes de considérations de ce type
[41], si il apprécie les nombreuses conversations qu’il a avec Marcel Mauss, si il est terriblement impressionné par les facultés intellectuelles de Bouglé (qu’il fera inviter, avec Siegfried, à l’inauguration du Social Science Building de l’Université de Chicago), c’est la faculté des individus ou des groupes à construire des institutions de recherche, à proposer des projets de recherche et à les diriger, qu’il cherche avant tout à estimer. À ce titre, Mauss suscite ses interrogations quant à ses capacités de
leadership
[42] ; l’historien Bernard Faÿ lui semble un mauvais interlocuteur pour sa discipline, trop isolé à cause de son absence de qualités humaines et de ses opinions politiques
[43] ; et le groupe du Centre de synthèse ne lui semble pas très fort comme collectif
[44]. Dans le même ordre d’idées, le fait que Janet et Lévy-Bruhl aient leur carrière derrière eux les relègue au second plan (
cf. page 8). Ce que Merriam vient faire, finalement, c’est chercher ses alter ego, ceux qui seraient à même de créer un Social Sciences Research Council ou un Local Community Research Council à la française, ceux qui seraient décidés à dynamiser un département d’université par des travaux de recherche collective et inter-disciplinaires. C’est cette priorité, autant que les contingences de son réseau d’informateurs et les contraintes linguistiques
[45], qui lui fait privilégier les interlocuteurs qui ont une connaissance du système universitaire états-unien et des développements de la recherche en science sociale qui y ont pris lieu : André Siegfried vient d’écrire sa grande œuvre (
Les États-Unis d’aujourd’hui, 1927), Mauss était aux États-Unis en 1925 dans le cadre et a rendu compte favorablement de la structuration du secteur
[46], Faÿ a passé du temps à Harvard et Columbia (dont Merriam est un ancien élève), Jèze a eu des relations suivies avec le National Institute of Public Administration dont Merriam est un des
trustees et le professeur Pasquet a partagé son bureau à Chicago
[47]. Les évaluations sur la capacité à diriger, à rassembler, à administrer, à s’intéresser à des problèmes pratiques sont fondamentales dans sa perception du paysage parisien. Dans ce cadre, des personnalités comme Charles Rist, Bouglé, Jèze, ou Boris Mirkine-Guézévitch de l’Institut International de Droit Public le séduisent non pas tant pour leur vision intellectuelle que pour leur expérience de décideurs ou de
managers
[48]. C’est cette grille de lecture issue de l’expérience de Merriam comme entre-preneur universitaire local et national, qui informe sa lecture du paysage français. C’est cette grille et les jugements qu’elle produit qui me semble, pour longtemps, marquer la perception d’un certain nombre de responsables rockefelleriens qui ont une grande confiance dans le jugement de Merriam
[49]. Les évolutions ultérieures, qu’il s’agisse de l’affinement des perceptions des représentants de la Division des Sciences Sociales à Paris, des propos peu amènes de Rist sur Mauss
[50], ou des premiers financements mis en place par le bureau parisien de la Fondation s’inscrivent ainsi dans le prisme posé par Merriam lors de ce bref séjour de 1929.
Incidental relations to whole European situation
L’agenda de Monsieur Merriam comptait encore une ligne à son départ. Cet item est le plus discret dans le rapport, et n’apparaît explicitement qu’à partir de la page 19 pour une mention explicite en page 25 (point 5). Au milieu de la réorganisation des Rockefeller
Boards, une nouvelle fondation, à la dotation modeste (10 millions de $), a été créée : le Spelman Fund of New York. Si la réorganisation lui donne nommé-ment pour tâche de continuer les programmes de relations interraciales, de protection enfantine et d’éducation parentale du Laura Spelman Rockefeller Memorial, la constitution de son conseil d’administration, son
Board of Trustees
[51], pointe bien une toute autre direction, celle de la
government research et de la
public administration. Ce terrain, particulièrement délicat au regard de l’hostilité suscitée par l’action des grandes fondations comme usurpations ou trahisons des formes démocratiques états-uniennes, avait déjà été éprouvé par la philanthropie rockefellerienne, en particulier à travers le soutien à cette matrice humaine, organisationnelle et conceptuelle de la
governmental research que fut le New York Bureau of Municipal Research
[52]. Beardsley Ruml, dans ses mémos fondateurs pour la politique du Laura Spelman Rockefeller Memorial, mentionnait dès 1922 la « machinerie gouvernementale » comme un des secteurs d’application de la science sociale et du programme du Mémorial, mais un secteur à aborder avec grande précaution. C’est dans la rencontre avec Merriam que se définissent les fins et les moyens de cette action.
En même temps qu’il travaille à ses projets locaux et nationaux de développement de la science sociale, Merriam élabore en effet depuis le début des années 1920 différents plans, à géographie variable, pour une application de la science sociale aux pratiques et méthodes de gouvernement. Comme l’a souligné Karl, et comme cela est perceptible dans les échanges qu’il entretient avec ses collègues en science politique et avec ses compères réformateurs, on est ici au cœur de la tentative, pour Merriam, de poursuivre par d’autres moyens, un combat politique dont il a été définitivement évincé en 1919 avec son nouvel échec aux primaires républicaines pour la course à la mairie de Chicago. Le pari n’est plus désormais de changer la manière dont les villes, les États et la Fédération états-uniennes sont gouvernées en y conquérant le pouvoir politique, mais de subvertir les pratiques de « mauvais gouvernement » par l’intérieur, en s’appuyant sur les employés et les administrateurs. C’est là la stratégie des différents plans jetés sur le papier par Merriam à partir de 1922-1924, « Public manage-ment service », « Institute of Local Government », « School of politics », « Institute of policies », « Institute of Government », qui s’accumulent dans ses dossiers et dans ceux des présidents successifs de l’Université de Chicago.
Le rapport d’amitié et de confiance noué avec Ruml à partir de 1924-1925 permet aux deux hommes d’élaborer une stratégie sur ce terrain du gouvernement et de l’administration que tous deux envisagent, avec d’autres responsables rockefelleriens intéressés à ce secteur comme Woods et Fosdick qui ont eu un rôle dans la réforme administrative new-yorkaise, en tant qu’élément essentiel dans la régulation des sociétés contemporaines et dans le fonctionnement des procédures de régulation sociale (le « social control »). Cette stratégie s’exprime sous deux formes coordonnées. D’un côté, l’effort de Merriam pour établir des contacts avec divers groupes d’administrateurs et les rapprocher du monde de la recherche, et notamment des chercheurs en science sociale de l’Université de Chicago. De l’autre, le travail de Ruml pour faire accepter un programme de recherche gouvernemental au Memorial. La réorgani-sation des Rockefeller Boards fournit en quelque sorte l’occasion à nos deux larrons. À la fin de 1927, peu après que Ruml ait eu une importante réunion avec Raymond Fosdick sur la réorganisation des agences rockefelleriennes, Merriam travaille sur un memo qu’il achève au printemps 1928. Ce rapport, « Memorandum on facilities for research and experiment of government officials or groups of officials », est la base sur laquelle va s’élaborer d’abord le projet de création du Spelman Fund, comme « fonds tampon » (buffer state) pour l’intervention de la philanthropie rockefellerienne dans le champ du gouvernement, puis le programme du Fund.
Les premiers mois de 1929 sont importants pour la délimitation des voies et moyens que va emprunter la nouvelle fondation pour agir dans le secteur de la
public administration. Il s’agit d’identifier des interlocuteurs, administrateurs, élus ou groupe-ments d’administrateurs et d’élus, aussi bien que des centres de recherche avec les-quels les faire coopérer, et cela tant à l’échelle nationale qu’internationale, comme in-diqué par le
memo de Merriam qui considère d’emblée qu’un tel programme dépasse les frontières des États-Unis d’Amérique. Il s’agit aussi, en ce moment de bouleverse-ment des traditions et des habitudes des animateurs de la philanthropie rockefelle-rienne, de faire accepter au delà des convertis l’idée d’une action dans le secteur du gouvernement. Enfin, il semble bien que Merriam et Ruml soient aussi engagés dans un travail de conviction « de second degré », celui qui consiste à faire accepter par les convertis une action immédiate et massive sur les lignes du
memo de 1928. Le voyage de Merriam à Paris a aussi pour but d’agir sur ces trois plans, au moment même où le programme détaillé du Spelman Fund of New York prend forme
[53], où les premières associations d’administrateurs s’installent sur le campus de l’Université de Chicago, et où se met en place le Public Administration Committee du Social Science Research Council qui va organiser la recherche universitaire dans ce secteur. Certains des entre-tiens menés en France par Merriam prennent sens dans le cadre de cette réflexion sur le lien entre science sociale et gouvernement
[54], de même que plus généralement son appréciation des connexions gouvernementales d’un Rist ou d’un Jèze, ou encore les longs développements (20-23) sur Genève comme un lieu où la relation entre admi-nistration et recherche en science sociale pourrait se nouer de manière privilégiée, grâce à l’éloignement des passions nationales et politiques et au bénéfice direct des processus de régulation sociale à l’échelle de l’humanité entière dans les domaines de l’hygiène, de la paix, de l’économie. Toute cette partie du rapport, au delà de Day auquel il est formellement destiné, s’adresse aux responsables et aux animateurs de la Rockefeller Foundation pour les convaincre des possibilités et des opportunités (plus fortes encore que sur le terrain états-unien, dit Merriam page 25) dans le secteur de la
governmental research. Merriam mène aussi cette entreprise de conviction sur le terrain: à Paris, il prêche le gospel de l’amélioration du gouvernement à Selskar Gunn et à Wycliffe Rose, un membre de la vieille garde rockefellerienne, ancien directeur de l’International Education Board qui se consacre désormais avec son International Health Division aux possibilités de collaboration entre philanthropie rockefellerienne et organismes internationaux sur le terrain de l’hygiène publique. Le fait que Rose ignorât la création du Spelman Fund et ses orientations, mais qu’il s’avère enthousiaste sur ses fins, est un élément que Merriam s’empresse de faire connaître à Ruml, qui lui répond immédiatement «
Keep this good propaganda », et lui communique les docu-ments préparatoires de la réunion du
Board of trustees du Spelman Fund avant même que celle-ci n’ait lieu, de sorte à présenter largement le programme qu’il propose
[55]. La rédaction finale du rapport, et la place faite à une éventuelle aventure genevoise, peut sans doute se comprendre dans cette optique : gagner par l’insistance sur l’interna-tional des alliés parmi les figures clés de la philanthropie rockefellerienne, afin de faire accepter l’orientation du programme du Spelman Fund dans son ensemble. Cette ultime partie de l’agenda de notre visiteur est particulièrement bien remplie, et les conversations avec le
staff de Paris se poursuivent dans un esprit constructif sur le travail coordonné du Spelman Fund, de la Division des Sciences Sociales, de l’International Health Division et du General Education Board
[56]. Enfin, le prêche enthousiaste de Merriam semble aussi s’adresser à Fosdick et Woods, les deux autres membres de l’Executive Committee du Spelman Fund dont la prudence est sensible dans le contraste entre les documents préparatoires de Ruml, qui proposent l’action immédiate, et les appels à la prudence des comptes rendus des réunions du Committee depuis le début de 1929
[57]. Suite à l’arrivée de Day à Paris le 6 juin, il est décidé de proposer à Ruml, d’examiner la situation de près pour constater « l’opportunité excep-tionnellement favorable » que Merriam a diagnostiqué dans le champ de la
govern-mental research en Europe. Arthur Woods, Chairman du Fund, arrive en personne à Paris en août et discute avec Gunn de possibles développements. S’il exprime alors son inquiétude face aux possibles « dangers » d’un programme européen en
public ad-ministration, l’insistance de Ruml sur les opportunités en la matière finit par emporter son approbation
[58]. Ruml fait approuver une première subvention (de 250 000 $) à un programme britannique de
rural reconstruction à la réunion de l’Executive Committee d’octobre 1929, et déboule à son tour en Europe en novembre pour continuer l’éla-boration du programme européen
[59]. Là encore, le travail du professeur Merriam porte ses fruits
[60].
Il y a bien sûr une part de procédé à privilégier ainsi les conditions de pré-élaboration d’un compte rendu de voyage sur l’évaluation de son impact, une donnée qui semble
a priori plus importante quant au sens et à l’importance à donner à un tel document. Pourtant, il me semble que cet abus passager a permis de pointer deux di-rections qui peuvent intéresser ceux qui s’intéressent à l’histoire des sciences sociales et humaines – qu’on me pardonne ici cette indifférence aux possibles distinctions en-tre les deux. D’abord, il a permis un retour contextualisé sur ces acteurs importants de la structuration des sciences sociales et de la sphère publique que furent (et sont) les grandes fondations philanthropiques, aux États-Unis et ailleurs
[61]. En approchant ici les groupements rockefelleriens par leurs acteurs, leur organisation, leur fonctionne-ment, on complète les approches qui en sont faites par les programmes de bourse et leurs bénéficiaires ou en traitant du « pouvoir structurant » de l’action des fondations. D’autre part, cette mise en perspective du rapport Merriam, acte inaugural d’un pro-gramme actif des groupements rockefelleriens sur la scène des sciences sociales françaises, permet de dépasser ce statut « fondateur ». Comme dans d’autres occurren-ces où le croisement des regards et le dépaysement donnent à voir le décalage des contextes, la force des usages et des réappropriations, le poids des filtres et des tra-ductions ou le rôle des entremetteurs
[62], la mise en contexte de cet élément de l’histoire des circulations, transferts et autres connections qui marquent la trajectoire des diver-ses disciplines des sciences (naturelles ou sociales) à l’époque contemporaine nous mène à une considération de méthode. Isolé, le rapport de Charles Merriam peut être lu comme une évaluation, un récit exotique ou l’expression renouvelée d’une inépui-sable incompréhension transatlantique. Replacé dans son « horizon d’élaboration », il souligne les contraintes d’une vision, rappelle que ce que l’observateur dépaysé voit et lit nous parle autant de lui et de son contexte d’origine que de ce qu’il observe, et permet ainsi de contribuer au dessin des contours de la circulation transnationale des savoirs et des modes d’organisation des savoirs à l’époque contemporaine. J’insiste sur l’adjectif : il ne s’agit pas de saisir des circulations ou transferts de terme à terme, entre deux espaces nationaux (« international »), mais de traiter de projets et de flux circulatoires qui dépassent les espaces des États-nations, les traversent, les subvertissent (transnational). C’est dans cette perspective-là que se situe l’activité des groupes rockefelleriens.
Report of Charles E. Merriam on social science in Paris and related subjects. July, 192963
My work in Paris fell into three main parts :
I. Relations with the Paris staff
II. Relations with French social scientists
III. Incidental relations to whole European situation
I. Paris staff
As the Foundation has hitherto been concerned only with natural science and with medicine, it was part of my undertaking to serve as a liaison officer between those representing established disciplines and the new developments in the field of the social sciences. This I attempted to do by means of informal conversations, beginning with Professor Gunn and extending to the principal members of the staff; and later by a series of conferences which I arranged before the arrival of Mr. Day.
Avoiding any formal lecturing on the subject I tried to make clear to my colleagues the main purpose and features of the development of social research in the United States and in other countries like Germany and England, illustrating this from my experience with the Social Science Research Council in the United States, and the proceedings and problems of the Council. I called attention to types of projects in the fields of economics, statistics, government, history, etc. ; and [PAGE 1] stressed especially the importance of the borderlands between natural and social science. The arrival at this moment of the Foundation’s tentative statement of the subjects falling under each « division » provided a good setting for such a discussion on the most friendly basis. (For some four weeks I lived in the apartment with Drs Gunn, Jones and Tisdell.)
The more general conferences dealt with the relation between natural and social sciences and medicine, with the relations between social sciences and public health, with the problem of the fellowships in natural science, in social science and with the special work of Mr. Geoffrey Young. The reports of these are of course on file in the records of the Foundation and embodied in reports and recommendations sent on from the Paris office. My function was merely that of outlining a program of conferences and taking a part in them.
I found the members of the Paris staff keenly interested in the possibilities of any new program of social science, and ready to cooperate in the development of any new program in this field. Dr Gunn by reason of his long and successful work in the field of public health is fully appreciative of many of the problems of social research and very seriously concerned about them. Likewise Dr. Gregg and Dr. O’Brien in the field of medicine are unusually alive to the possibilities of new types of research on the borderlines of medicine and social sciences. Dr. O’Brien and [PAGE 2] I visited the Medial Legal Institute of Paris together and planned to do the same for the Institute of Criminology but were prevented by an emergency in Dr. O’Brien’s work. One of the most interesting developments of the conferences just referred to was the suggestion that a thorough survey be made of the possibilities of research in the territory covered by physiology, medicine, psychiatry, psychology and perhaps other (sic) relevant branches of social research.
The position of psychiatry, the relations between experimental and other types of psychology, the relations between physical and cultural anthropology and other similar problems gave rise to discussion which indicated clearly a general desire to cooperate, and the rich possibilities of cooperation under favorable conditions.
By all odds the most important step in this field is the appointment of a suitable representative of the social sciences. This is a matter of very great significance, and much will hinge upon the selection of an adequate representative or representatives who will be able to realize the possibilities at this point. In addition to other qualities essential for success in this work, I venture to suggest the great importance of obtaining a representative with a pronouncedly scientific attitude and a thorough appreciation of the importance of the borderlands not only between the social sciences, but between the social and the natural sciences and medicine. Otherwise it may be possible to deepen the old ruts or the old impressions, but not to aid in the development of new types of research and quicken fresh and constructive attitudes and approaches toward the central problems. [PAGE 3]
I am not sure that any comment on the staff or quarters is expected from me, but may say that I was very favorably impressed with the personnel of the staff and with its organization. Dr. Gunn is unusually experienced in his special work, has wide contacts in European countries and an agreeable and sympathetic personality. He has a quick and appreciative interest in the problems of social science and of course an unusual background in the field of medicine and public health. Professor Jones, whom I knew in Chicago, is highly competent in his field. I was very agreeably impressed with Dr. Gregg and Dr. O’Brien, both of whom had an unusually broad view of the development of science, both medical and social. Dr. Tisdell is only too energetic in the pursuit of Fellows and Dr. Robbins is equally effective. I am speaking more particularly of Mr. Young’s work later, but may pause to pay tribute to his very interesting personality. The other members of the staff I did not know as intimately, but I was impressed with the general spirit of the organization, and the high level of purpose and attainment.
I am particularly indebted to a gentleman who refuses to call himself a member of the staff, but certainly is so in spirit if no longer in fact. Dr. Rose’s wise council was very encouraging to me, and I appreciated very much the opportunity to talk with him upon Foundation methods and policies on a number of occasions.
The location of the office seems excellent, but I venture to call attention to the fact that the quarters are likely to [PAGE 4] prove inadequate in the near future if the program of expansion is developed; and to the difficulty of heating them during the Winter season.
II. French social science
[64]
It was not expected that I should make any comprehensive study of social science in Paris or of the personnel of the social scientists, as the time was obviously too short for the completion of so large a task. This problem will obviously require long and patient work before any reliable conclusions can be drawn. The following observations are merely in the nature of quick impressions of a large and difficult field and should be used accordingly. Of course the presence of Professor Rist upon whom we had counted would have very greatly simplified and accelerated my work in this direction, but he has become financial adviser to Romania. He was absent in that country during the period of my stay in France, except for a few days of conference with the reparation experts during which he was unable to see either Dr. Day or me.
It is perhaps needless to say that many notable contributions to social science have been made by the Parisian and French group, and doubtless others are to emerge in the not distant future. Certainly Comte’s doctrine of the social laws underlying the social process was the notable beginning of sociology. Janet’s studies in automatism (Freud was his pupil) Lévy-Bruhl’s studies of primitive mentality, Amuses’ interesting inquiry into the nature of sacrifice, Dugout’s theory of the nature of law, are, among others, notable for their originality and penetration; and the world [PAGE 5] would be poorer without them. On the more practical side the French development of city planning, the organization of police administration, the Bertillon system, the beginnings in legal medicine and criminology, and many other like inventions and contrivances are worthy of careful attention by students of social science. Brilliant work has already been done, and in all probability there will be other and greater contributions to knowledge emerging from this group of scholars in the years to come.
Further more Paris is a notable center for foreign students, seeking to combine in various ways science, art and a good time. The new Citée (sic) Universitaire will accommodate some 5000 foreign students and when fully developed about 8 000, coming from all parts of the world for the purpose of contacts with French cultural facilities and returning with definite French impressions. It is of course evident that the French influence is very great especially in South America where French ways are widely considered and copied, in Poland, Czecho-Slovakia and Roumania (sic), to say nothing of a deep influence in other cultures in stronger states.
I did not undertake to talk with any large number of Parisian social scientists, but met leaders in the various fields. As indicated in previous reports, q.v., I conferred with [PAGE 6] such men as Mauss and Lévy-Bruhl in ethnology, Bouglé in Sociology, Siegfried and Delaisi in Economics, Jèze and Berthélémy in Political Science, Huguenay in Criminal Law, Oualid in Urbanism, Janet and Delacroix in Psychology, Fäy in History, and some others less well known, encountered at teas, luncheons or meetings of associations.
In my conversations with these men I explained informally the interest of the Foundation in the field of social science, the coming of a permanent representative in this field, and the wish of the Foundation to be fully in touch with the French situation. I discussed with them the trends of research in their special fields, and in some instances their needs were tentatively outlined. Naturally these conversations followed not set rule or plan, but developed according to the particular situation. They were made as informal as possible, and I regarded them merely as pourparlers, the net result of which would be to set scholars thinking regarding their facilities for research, their needs and possibilities. Obviously my time was too short to make anything like a survey of French social science, and there are others who could do this better than I in any case. Professor Rist for example could give or obtain a very good picture of French social science in much less time than I and with comparably better perspective and judgment, because of his long and intimate relations with the French development
[65].
I though my work was accomplished if I could meet the leaders, plant a seed, and come away, without saying either too much or too little: -not as easy a task as it might seem in dealing with men who are likely to think in too elaborate terms or underestimate altogether the possibilities of the situation, usually the latter.
I have given a nearer characterization of these men in the reports already submitted, but may say again that men like Bouglé in Sociology, Rist and Jèze in Economics and Government, Mauss in Ethnology seem to be persons whose advice and judgment will be found very useful in any development of social research in the Paris area. Doubtless there are others of as great importance, but these are the personalities upon whom in my limited view of the situation my attention was fixed. Jèze and Rist are hard headed practical scholars, closely related to the world of business and government, Bouglé and Mauss are somewhat more philosophically inclined, although Bouglé has become vice director of the École Normale, and is not without practical ability in administration, Lévy-Bruhl and Janet are distinguished figures in the scientific world, but their work is about done, and Lévy-Bruhl has in fact already retired from active service in the University.
But again no great reliance should be placed upon my judgement of these men, as I did not have opportunity to make a study of cases with sufficient thoroughness to make my conclusions of great significance.
On leaving Paris, I wrote each of the men with whom I had [PAGE 8] conferred, thanking him for his assistance and explaining that a permanent representative of the Foundation would call upon him in the near future and continue the conversations I had begun. I left a memorandum of my conversation for the permanent representative of the Foundation, and will supply him with a letter of introduction if desired when he begins his work in Paris. By this method I hope it will be possible to prevent some confusion in the minds of some Parisian savants, and perhaps ensure a degree of continuity in the work.
I should add that some of my « conversations », notably with Mauss, Lévy-Bruhl, Janet and Bouglé, made a deep impression upon me personally. This was especially true as to their answers to my inquiries regarding the way they came into their own special problems, and the estimate they formed of the trends of social research. I do not know how to weave this into the report, but may find an appropriate way, later on, to make this material useful for social science.
Valuable aid was given to me in setting up contacts with Parisian social scientists by Dr. Van Dyke and Dr. Krans of the American University Union. They arranged a number of luncheons with important persons, and gave advice and counsel regarding the intellectual rating and position of French scholars, which it would have been impossible to obtain otherwise without much greater expenditure of time. Dr. Babcock of the Carnegie Foundation was also very obliging and helpful and made many acute comments in the intellectual organization of Paris, its savants, and important elements in the situation important for the purposes of social research. In the absence of Professor Rist [PAGE 9] their cooperation was especially important, but should continue to be so in any case.
The Carnegie Foundation is not undertaking any fundamental research in social science in Paris and is in a position to cooperate most cordially, while the very purpose of the American University Union is to aid the establishment of cultural relations with the United States, and to facilitate all manner of friendly cooperation among scholars French and American. Of course the special knowledge of the Foundation’s permanent representative in social science will in time become much more exact and discriminating than that of the Carnegie group eof the Union, but the aid of these groups will it seems to me be at all times an important element in the development of Foundation work.
From the information I have, it seems probable that in the near future there will be presented projects dealing with such matters as: -
Assistance for the International Institute of Public Law (Jèze).
Plans for assistance in a central organization in Ethnology with perhaps a building and facilities for research (Mauss and others).
Plans for fellowships in social science.
Plans for expert technicians as aids to professors in various lines of research.
Plan for a study of Paris after the analogy of the London, New York and Chicago studies [PAGE 10].
Plans for a central committee on social science or perhaps an Institute of Social Science or research.
These plans are all inchoate and I am merely listing them here, as examples of what seems to be in the air as a result of my conversations with various scientists. What they may produce on more mature reflection, I cannot of course undertake to predict.
Without attaching very great importance to my opinion on this point I may say that I was struck by some fields of possible development, which of course on more mature inquiry lay not prove to be as attractive as they seemed to me in my hasty examination. Among these are:
The Institute of Urbanism and study of the engineering artistic quality displayed in some of the city planning of Paris.
The Institute of Criminology.
Research on the borderlands of medicine, psychology, physiology and psychiatry in their relations to social science.
Inquiry into the further development of the statistical technique in social research against the background of a great mathematical center such as Paris.
Some of the more serious difficulties in the development of Parisian social research are:-
1.The disorganization of the social studies in the French educational system
2. The low salaries paid to research men
The social studies are split up among the University of [PAGE 11] of Paris, the College of France, the École Libre des Sciences Politiques and the École Normale Supérieure, with a wide variety of schools and institutes cutting across these lines. This diffusion has been discussed in previous reports by Prof. Lingelbach and by Professor Rist. I planned a chart of the situation, but left the task to my successor, as the complexity of the case seemed to increase the more I looked at it. A glance at the Livret of the University of Paris will illustrate the whole difficulty. Of course this problem runs through the whole higher educational system of Paris and is not peculiar to social research, although perhaps somewhat more evident there.
Professor Rist has already suggested some organization for social scientists of France for the purpose of coordinating their work and their interests, and possibly some central committee of this type may be evolved in the course of time. But merely setting up the mechanisms of an Institute of Social Science or some other instrumentality of like tittle will not solve the whole problem of closer integration of lines of research in reality very closely allied.
It is of course true that in the present condition of social research we may easily overemphasize the value of centralization and symmetry, but much more might be done in this direction without interfering with the position of the individual worker and his own peculiar bent, so jealously guarded by the French savant.
The low salaries paid to research men are a serious [PAGE 12] obstacle to the full efficiency of workers engaged in scientific labors, and also the recruiting of new workers of the most desirable type. It is said on every hand that the salaries of professors have been about doubled in the face of a five fold increase in living costs. Elementary and secondary school teachers have received much larger increases, amounting to about five fold, it is said, because of their large numbers, their superior organization and their aggressiveness in pushing forward their demands.
The increased costs of living must be met, in the absence of private fortune, by outside work of various kinds, often interfering seriously with academic pursuits (cf. Bouglé, Berthelmey (sic)). If a distinguished professor is paid only 25 000 to 30 000 francs it is evident that he must look elsewhere for his maintenance, and in only too many cases this is purchased at the price of the fuller efficiency of the bread winner in the scientific field. Excellent men are suffering from this condition, as in the case of Professors Bouglé and Berthélémy, and many others are handicapped. There is further a grave danger that the next generation of scholars will contain fewer eminent representatives. It is said that many of the best of the highly trained men cannot enter the scholastic field but find their way into the more lucrative positions with banks and larger industrial concerns.
In the event that the Foundation should undertake a program of social research in Paris and France, some assistance might perhaps be given tactful and indirectly both to the [PAGE 13] disorganized state of the social studies and to improvement in the low salary scales (not of course by way of Foundation contributions). Of course no direct pressure could or should be applied to the local situation which must be left to local genius to work out. But is assistance is asked, it is legitimate to raise the question of the duplication of libraries, equipment and technicians, and the possibility of closer coordination of work; and it is certainly the part of prudence to inquire how the savants can undertake a new and elaborate program if their valuable time is not free for research but preoccupied by numerous and conflicting activities necessary to a livelihood. If this question were raised in a tactful and sympathetic manner, there is reason to believe that the effect might be felt in many quarters. The French government is likely to have under advisement in the very near future the readjustment of salary scales, and a cumulation of slight pressures from different directions might be effective in influencing them to an earlier decision in a matter on which they must eventually act favorably.
On the whole, the Parisian situation is extraordinarily complicated, and will require the closest study as a preliminary to any sound program. There are fascinating possibilities in the enrichment of this unusual culture complex, but it will be necessary to have the most thorough and patient examination of the whole situation in its unusual ramifications. The French are not easy for Americans to understand of for any [PAGE 14] other group to understand, as far as that is concerned, and hasty or premature action might be more harmful than useful.
I venture to suggest that the permanent representative will find it helpful to cultivate the acquaintance not only of the established savants in French social science, but also that of the oncoming generation composed of the younger aggregés (sic) and doctors and even of the advanced graduate students. In this new group there is both a critical and constructive spirit, in which the deeper trends of social research may be detected. There is in Paris especially a daring, adventurous, sometimes artistic spirit, often it is true becoming bizarre and grotesque, but now and then producing some astonishing product. The work of the Foundation as I understand it, involves the discovery and encouragement of promising patterns of research (I believe « pattern » is Dr. Day’s word). The rich cultural background of Paris is fertile in suggestion, and we never know when it may produce another Janet or Pasteur or Bergson. My point is that other remarkable types of persons and plans are undoubtedly in the making and that careful and intimate study will perhaps reveal some of them, especially among the younger a rising group.
Recalling Michaelson’s magnificent failure to forecast the future of physics in his University of Chicago convocation address some twenty years ago, I shall not undertake to say in what directions such new developments seem most likely to me [PAGE 15] (although I could make a guess), contenting myself with urging that the most careful search be made by the permanent representative for individuals and types reflecting the potentialities of the Parisian and French cultural situation.
And once more, with some repetition, I direct attention to the danger of hasty and premature action in the development of French social science with its extraordinary complexity, and with the other problems of organization and salary scale to which reference has already been made.
As a matter of strategy, it is probably advisable to mature very thoroughly any plans for social research in France, devoting attention to the situations in Germany, and England where conditions are more favorable for immediate action. Geneva is also a case where immediate action might be advantageously taken. As the French problem is more thoroughly examined on the part of the Foundation, and as the French begin to see what is being done in other states, they will awake to the necessity both of eliminating some of the chaos in social science and to the wisdom of modifying their penurious policy regarding the compensation of research men. In this way while more mature plans are developed, some of the basic handicaps in the conduct of effective research will be modified. This would not of course preclude support of specific and promising pieces of research or individuals in the field of French social science, pending the elaboration of a more comprehensive policy if desired [PAGE 16].
III. Incidental relations to European situation
It was not a part of my assignment to deal with the whole European situation in social science, or with more specific projects outside France but certain aspects of it inevitably came before me. Among these were the general fellowship situation, the special work on (sic) Young in the Lincoln Stiffung, and the discussion of special governmental fellowships under the Spelman Fund. From another point of view came the Geneva School of International Research.
I listened to a great deal of discussion regarding fellowships both natural, medical and social, but doubt whether I contributed anything to the conversations, which after a while came to bore me a little, not with standing the high level of acuteness and wisdom. The careful selection of Fellows and the prudent expenditure of funds for this purpose is undoubtedly of the greatest importance. I am inclined to the belief, however, that the point of view should not be that of determining the lowest possible point a which a Fellow may live, but of finding out what is necessary to enable him to live in a reasonable comfort and with regard to the ’good life’.
I talked at some length with Geoffrey Young regarding his plans, further discusses the problem with him and Dr. Schirer of Leipzig, and later in staff conferences. I do not attach any great importance to my own opinion on this point, but such as it is I pass it along. From one point of view the Young undertaking seems unnecessary and the method unlikely [PAGE 17] to find types of men escaping the vigilant eye of the savants all along the educational way. How can he find mathematicians or historians or biologists unobserved by all the teachers in a long series of years ?
On the other hand, such is the inevitable tendency toward the fossilization of institutions, and in a sense the resistance to new ideas on the part of those presumably seeking for them, and so strong are the elements of chance and of economic pressure, that valuable men may pass UN noticed and undiscovered. The fact is that Young was able to make connections for the greater part of those promising candidates unearthed is very striking, and the outcome of his experiment I shall await with keen interest. Perhaps he cannot keep up this pace but perhaps he can; and perhaps he may quicken the eye of the regular observers to sharper observation.
In any case I am for Young as a free lance and from another point of view an antidote to the deadliest foe of universities and foundations; -fossilized organization in the field of research.
In the older sense of the term he may be said to represent the challenging spirit of Humanism.
Dr. Gunn presented a memorandum on assistance to certain public officials in Jugo-Slavia in the field of public health. In this connection, I gave him a copy of the memorandum prepared by me last year for the Spelman Memorial on the possibilities of encouraging the development of a scientific type of public official and the use of modern scientific techniques and [PAGE 18] methods of research on the part of governmental agencies ; - a subject now under advisement by the directors of the Spelman Fund.
In looking against at the European situation, to which I had made reference in my memorandum, it seemed to me even clearer that there might be large possibilities in the direction of assistance to certain types of technical governmental agencies of a non-political nature. The high level of official integrity, the technical training of many public servants, their receptiveness to suggestions from scientific sources and their tendency to cooperate with research technicians ; - all are factors indicating that this group might be encouraged in the field of research in various ways. Among these are giving facilities for travel and study to types of officials, providing funds for research to fill gaps in governmental appropriation with the expectation that the experiment if successful might result in public support – a familiar policy in the development of the Foundation’s work in the domain of public health. With the type of official produced in British, German and French administration excellent results might be anticipated, and in some of the more backward countries (I believe « backwards » is the accepted term) continuous encouragement might be given to the development of a continually higher type of officialdom. In conversation with Dr. Rose I found that he warmly approved to such a program and considered it one of the most important of recent possibilities [PAGE 19].
These points were further discussed in conference with Dr. Day and with Dr. Gunn, and the outcome was the effort to bring over Dr. Ruml for consideration of this point as well as of other certain questions. Dr Ruml decided to come over and examine this situation at closer range, with what outcome it remains to be seen. I can merely say that on the basis of such knowledge as I have of European governments, I am strongly of the opinion that excellent practical results might be obtained by such encouragement of the spirit of research in officialdom, that incidentally some scientific discoveries would be made, that large scale social experiments would be undertaken in a more technical spirit, and finally that the European states seem to me to offer an exceptionally favorable opportunity for the initiation of such a program.
The case of the Geneva School came to my attention on various occasions, in conversation with Geoffrey Young, with Dr. Rose, at dinner with Dr. And Mrs. Rykmann, a dinner and evening with Sir Arthur Salter, Day, Rose, Gunn and later in office conferences with Salter’s chief technician. It was not possible for me to make a first hand investigation of the workings of the school, and doubtless this has already been done by Dr. Day and others. Judging from the information given me by Young and others, I was led to doubt whether this institution is living up to the possibilities of the situation, and this for a variety of reasons. The same may be said of the French Institute of Intellectual Cooperation, which seems [PAGE 20] to be functioning feebly, as far as one may be guided by general impressions rather than by intimate knowledge of the actual workings of the institute.
In the absence of a more detailed knowledge of the Geneva situation, I cannot add much to the impression of earlier years which is that Geneva offers remarkable possibilities for the rich development of international research. With the development of the work of the League and B.I.T. a mass of material is being collected, which is not available elsewhere. With improved library facilities Geneva will quickly become and unparalleled center for international data, and with the presence of international technicians and other personalities, Geneva will be a point to which searchers for international truth will find it necessary to resort. They will find there material not elsewhere available or in so convenient form and with so large a body of technicians at hand for its interpretation. There will be much more highly developed cultural centers than Geneva, but none in which there are richer materials for the intimate study of international processes and problems. From this point of view I venture the opinion that it would be highly useful in promoting the advancement of knowledge, if the Institute were materially strengthened in personnel and in facilities for fundamental research in various fields of international inquiry.
There is also an objectivity in the air of Geneva not to be found elsewhere, and difficult to set up in the more pronouncedly nationalistic surroundings of most other states [PAGE 21].
There is to be sure some effort to capitalize internationalism and make this a cult in Genevan but this seems to me on the whole the lesser of the two difficulties. After all a neglect of proper attention to the uses and values of nationalism is not a pressing evil in our day. In my own studies of comparative civic training I found the neutral atmosphere of Geneva excellent for the encouragement of a somewhat more detached and objective attitude toward the systems of sundry states under consideration.
If Geneva is strengthened, it seems to me highly important that personnel with a scientific attitude be found for this purpose. Otherwise the old ruts may be deepened, but the new approaches to international research will be developed elsewhere, under even less promising surroundings, as it might seem. International research has thus far been largely in the hands of the historians, the diplomats and the jurists, all of whom have an important contribution to make; but the more modern approaches through economics, through anthropology, psychology, education, biology are full of promise, although yet inadequately developed and slow to come to fruition. The new guidance of the Geneva institution, if there is to be one, should be in the hands and the spirit of someone keenly alive to the newer types of social research and to still newer possibilities of interpenetration between social science and natural science. I suggest also that the chief emphasis be placed upon research conducted by post doctors on permanent or temporary basis, and [PAGE 22] upon large scale basic researches organized under the general supervision of the central school at Geneva, which might become the most important factor in the coordination and unification of certain types of research undertakings and possibilities.
In this connection the attempt of the recent Economic conference and the Economics Division of the League of Nations to stimulate the study of the economic causes of wars is very interesting as illustrating the possibilities of the Genevan situation. The memoranda submitted by Profs. Bonn and Siegfried upon this point are full of lively interest, and it seems to me that the Geneva school might well be made the central point in the development of a series of such fundamental studies. These need not of course be limited to the field of economics but might well be extended to cover the much wider range and more mature type of inquiry suggested by the memorandum of the University of Chicago Committee under the direction of Professor Quincy Wright. It should perhaps be noted that the Chicago study involves the cooperation of representatives of all the social science groups including anthropology and psychology. It is indispensable of course to scientific results that such fundamental research should not appear to be or in fact be in the nature of propaganda for any cause but in the nature of basic inquiry into underlying processes in international relations [PAGE 23].
Summing up some of the more important situations, as I saw them:
1. There is every reason to hope for the most cordial cooperation on the part of the Paris staff in the development of a social science program. Indeed I have never seen a more favorable setting.
2. The cultural possibilities of the French situation are very great, but problems of disorganization, low salary scales, and the extraordinary difficulty in thoroughly understanding the French mentality, make it imperative to make haste slowly in the elaboration of any considerable plan of social research. Otherwise the full and rich values of this important cultural center may not be developed to the best advantage. More immediate opportunities are available in Germany and England.
3. The selection for the permanent representative of social science for the European countries should be made with utmost care, and particularly with a view to finding a type of mind keenly appreciative of scientific trends and of the possibilities in bridging the gap between natural and medical and social science. Otherwise the old ruts will be impressively deepened.
4. The Geneva Institute presents an unusual opportunity for the initiation of new research in international relations and for the coordination of existing research in this field. Fast becoming an indispensable center of international data, it would be possible to build up in Geneva a pioneer station in the [PAGE 25] development of scientific research in international processes. But here again the very greatest caution must be observed in the selection of the staff and of the director, in order to ensure a genuinely scientific approach to the subject. Otherwise again the ruts may be impressively deepened.
5. I am more than ever impressed with the promising possibilities in the direction of assistance to government research and the encouragement of research spirit in various European countries, both advanced and backwards. The high level of integrity and the willingness to work with scientific technicians, should make it possible to experiment here with the inculcation of the research spirit in government personnel and processes. In some respects the European situation is more promising than the American at this point and in any case if assistance were rendered in several countries the comparison of results would be interesting and valuable. I believe the Spelman Fund has here a notable opportunity for service of the most substantial type.
6. I strongly support the Paris staff recommendation for a thorough survey of the European developments on the borderlines of psychology, psychiatry, physiology, medicine and related social sciences, believing that in this direction lie some of the most astonishing discoveries in social control. Such a study will take one or tow years, and should reveal both important accomplishments and still greater possibilities in [PAGE 25] this field. The results would be very valuable not only for Europe but for everyone else.
July 6th, 1929
Charles S. Merriam
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[1]
Les séjours qui ont permis la collecte des données ici utilisées ont été financés par la Commission franco-américaine d’échanges universitaires et culturels, University of Chicago et le
grant-in-aid program du Rockefeller Archive Centre. L’aide du
staff de ces deux dernières institutions a été capitale pour le travail sur place. Merci aussi à Frédéric Audren, Jean-Claude Marcel et Kenneth Rose pour les renseigne-ments fournis lors de la rédaction de cet article.
[2]
Les travaux historiques sur les flux internationaux d’étudiants sont particulièrement florissants. Sur l’un des plus importants quant à son impact, celui qui mène les étudiants états-uniens aux pieds des chaires des professeurs allemands d’économie politique,
cf. Schäfer, 2000 ;
Rodgers, 1998.
[3]
Outre qu’aux articles qui fleurissent dans la
Revue internationale de l’enseignement en France au tournant du siècle, dont Christophe Charle a mis en perspective les usages et les apports dans toute une série d’articles (dont le plus récent
Charle, 2003) on peut aussi consulter d’autres sources d’époque comme le rapport rédigé par le britannique Matthew Arnold à la suite d’une commission d’enquête de 1865-1866 (
Arnold, 1964).
[4]
Sur ce monde des congrès,
cf. Rasmussen, 1995.
[5]
Marcel, 1999.
[6]
Mazon, 1988.
[7]
Karl, 1974.
Cf. le récit de ces explorations de source, livré
in Karl, 1999. Jeune étudiant à Harvard, Karl travailla avec Louis Brownlow – compagnon de route de Merriam depuis le milieu des années 1920 – à l’édition du deuxième volume de son autobiographie (
Brownlow, 1958).
[8]
Cf. entre autres
Lindblad, 1972,
Reagan, 1999,
Ross, 1991.
[9]
Dans une bibliographie en plein essor depuis une dizaine d’années, un excellent point de départ sur l’histoire de la philanthropie
made in USA est fourni par les contributions rassemblées par
Lagemann, 1999.
[10]
Sur ces mutations, on lira, pour commencer, les interprétations opposées de Martin Bulmer et Donald Fisher
in Sociology en 1984 (novembre), qui renvoient à leurs travaux respectifs, dont
Fisher, 1993 et
Bulmer, Bulmer, 1981.
[11]
Pour saisir une des expressions publiques de ce travail, dont la correspondance de Merriam permet de prendre la mesure, on peut se reporter à ses divers articles publiés
in The American Political Science Review, notamment
Merriam, 1921a, 1921b et 1921c.
[12]
Pour cet aspect, je renvoie ici à différents articles commis sur cet aspect, dont le dernier,
Saunier, 2003c.
[13]
Outre les références déjà fournies, on se reportera aussi à
Bulmer, 1980.
[14]
Cf. sur ce point
Diner, 1980.
[15]
Cela est particulièrement vrai des
political scientists, et on lira à ce sujet les analyses de
Bender, 1999 ;
Frisch, 1982 ;
Silva,
Slaughter, 1984.
[16]
Finegold, 1995, chapitre 11.
[17]
Pour les traductions diverses de cette posture, on se reportera notamment à deux ouvrages de
Merriam (1920 et 1925). Merriam y développe largement l’idée selon laquelle la tâche principale des sciences (naturelles et sociales) est la compréhension et le contrôle du comportement humain. Il faut ici préciser brièvement que l’expression contemporaine de «
social control » est alors couramment utilisée pour désigner l’ensemble des liens, interactions ou stratégies produites par les sociétés organisées pour exister en tant que sociétés, et que sa traduction anachronique par « contrôle social » n’insisterait à tort que sur une seule de ses facettes. Sur cette archéologie du mot et de la chose,
cf. Janowitz, 1975.
[18]
On pense ici au Walter Lippman de
Drift and mastery, ou à l’Herbert Croly de
Progressive democracy, tous deux publiés en 1915.
[19]
Cf.
Janowitz, 1975 et une mise en forme autoritaire de la thématique
in Ross, 1901.
[20]
Ceux-ci ont d’ailleurs parfois contribué à la discussion académique sur le thème du «
social control », comme Georges Vincent, enseignant de sociologie à l’Université de Chicago puis président de la Fondation Rockefeller. Le terme et les préoccupations afférentes, se retrouvent aussi dans les correspondances, rapports ou écrits de personnalités clés de la philanthropie Rockefeller, notamment chez Raymond B. Fosdick, Beardsley Ruml ou Edmund Day.
[21]
Le texte fondateur en la matière est le mémorandum de Ruml d’octobre 1922, fréquemment reproduit comme un vade-mecum de l’action des groupes Rockefeller dans ce champ, par exemple
in RAC, Spelman Fund of New York papers, series 2, box 3, folder 108. Sur l’action du Laura Spelman Rockefeller Memorial,
cf. Bulmer, Bulmer, 1981.
[22]
Le Memorial est cependant déjà actif en Europe, en particulier avec, depuis 1923, un soutien massif à la London School of Economics dirigée par William Beveridge, qui va permettre à cette institution de grandir et de devenir le principal centre de recherche et d’enseignement en sciences sociales de l’Empire britannique. Entre 1923 et 1939, les diverses composantes de la philanthropie rockefellerienne fournissent à la LSE 2 millions de dollars, soit 40 % des sommes qu’elle consacre à son expansion, selon
Fisher, 1982.
[23]
Comme l’octroi, à côté d’un salaire important, de
research assistants pour continuer les programmes de recherche engagés à Chicago, ou encore l’autorisation de conserver un trimestre d’enseignement à l’Université de Chicago.
[24]
Le maintien de son statut d’«
insider » est clairement indiqué par la lettre que lui envoie E.E. Day, un économiste de l’Université du Michigan qu’il a côtoyé dans les organes de direction du Social Science Research Council et qui dirige désormais la section «
social sciences » du Memorial. «
Don’t think you can get out of my picture with ulcers », vitupère ce dernier (Department of Special Collections, Joseph Regenstein Library, University of Chicago (désormais JRL), Charles Merriam papers, box 26, folder 6, Merriam Day, 16 novembre 1927).
[25]
Department of Special Collections, Joseph Regenstein Library, University of Chicago, Charles Merriam papers, box 26, folder 6, Merriam Day, 13 janvier 1929.
[26]
Merriam, professeur et
chair du département de
political science, gagne alors 8 500 $ à l’année. Sa mission parisienne lui sera rémunérée 5 500 $, plus les frais de voyage.
[27]
Department of Special Collections, Joseph Regenstein Library, University of Chicago, Charles Merriam papers, box 26, folder 6, Merriam Day, 8 janvier 1929.
[28]
Kohler, 1978, 480-515.
[29]
Sur ce dernier,
cf. Schneider, 2003. Pour ajouter à la complexité, le travail de ces représentants de la philanthropie rockefellerienne en Europe et en France n’est pas exclusif, puisque les maisons mères new-yorkaises envoient fréquemment des délégués chargés d’une enquête ou d’une affaire particulière, et que les leaders des
Boards se déplacent parfois en Europe pour des contacts directs avec les milieux européens relevant de leurs programmes.
[30]
Sur le développement du programme des
fellowships,
cf. les travaux en cours de Ludovic Tournès dont
Tournès, 2003.
[31]
Les courriers que Merriam adresse à Day durant son séjour permettent de reconstituer grossièrement l’emploi du temps de Merriam (Department of Special Collections, Joseph Regenstein Library, University of Chicago, Charles Merriam papers, box 26, folder 5). Parmi les collaborateurs dont Merriam fait mention, on notera l’anglais Geoffrey Young, dont le travail de
survey sur les
humanities en Allemagne (1926) aboutit en 1927 à la création de l’Abraham Lincoln Stiffung, une organisation écran qui avec des fonds du Laura Spelman Rockefeller Memorial enverra plusieurs dizaines de boursiers allemands aux États-Unis. Sur cette organisation très discrète,
cf. Richardson, 2000.
[32]
Fosdick revient d’ailleurs à la charge après le voyage de Merriam ;
cf. sa lettre du 26 juin 1929 (Department of Special Collections, Joseph Regenstein Library, University of Chicago, Charles Merriam papers, box 29, folder 21).
[34]
L’essentiel des investissements porte néanmoins sur l’espace domestique. À la date de 1927, le Mémorial a dépensé 12 778 000 $ pour son programme de sciences sociales aux États-Unis et 2 880 000 $ à l’étranger (JRL, Charles Merriam papers, box 144, folder 5, « Confidential. Laura Spelman Rockefeller Memorial. Appropriations for social science and social technology up to December 1 1927 »).
[35]
RAC, Record Group 1.1n box 23, Selskar Gunn diary, entrée du 18 juillet 1928. Le nombre de ces centres n’est pas une donnée intangible, et Ruml mentionne indifféremment une dizaine, quinzaine ou vingtaine de ces pôles à développer (
cf. par exemple,
Mazon, 1988, 38).
[36]
Un thème sur lequel Merriam revient dans ses lettres à Day et dans son rapport final (
cf. page 6).
[37]
Rist est en relation avec le monde philanthropique états-unien, avec son mentor Charles Gide, au moins depuis le début des années 1920 où les deux hommes participent au comité de rédaction (présidé par Gide) de l’
Histoire économique et sociale de la guerre mondiale financé par le Carnegie Endowment for International Peace. Lorsque le Laura Spelman Rockefeller Memorial explore le paysage français en 1923, les liens de collaboration qui existent entre les différentes fondations philanthropiques (illustrés ici par le fait que Ruml, entre 1920 et 1921 était l’assistant du président de la Carnegie Corporation James Angell, son ancien professeur de psychologie et directeur de thèse à l’Université de Chicago) font de Rist un interlocuteur qui deviendra un collaborateur en 1925 dans le cadre du programme
fellowships.
[38]
Murard, Zylberman, 1996, 553.
[40]
C’est pour cette raison « structurale » que l’utilisation du rapport comme « évaluation » du paysage français des sciences sociales, par exemple en le comparant à des visions contemporaines – comme celle de
Essertier, 1930 –, serait vaine.
[41]
Cf. par exemple ses notes sur René Maunier «
original mind » ou Siegfried «
brilliant but somewhat superficial scholar »,
in JRL, Charles Merriam papers, box 11, folder 2, Merriam à Day, 13 May 1929.
[42]
Merriam fait-il allusion à ce défaut majeur de vanité que Lucien Febvre prête à Mauss à peu près au même moment ? « Énorme, il n’y a pas d’autre mot, énorme d’orgueil, de bouffissure plutôt c’est le vrai mot’ écrit Febvre à Henri Berr en juin 1929 »,
in Febvre, 1997, 370-371.
[43]
Bernard Faÿ, qui a fréquenté les universités américaines, est élu au Collège de France en 1932. Administrateur de la Bibliothèque nationale entre 1940 et 1944, dirigeant du Rassemblement National Populaire de Marcel Déat, figure de l’action anti-maçonnique, il sera condamné aux travaux forcés à perpétuité à la Libération.
[44]
Cf. les diverses lettres à Day, JRL, Merriam papers, box 11 folder 2.
[45]
Merriam lit le français (il a fait sa thèse de doctorat sur Rousseau) et le parle un peu, mais pas assez bien sans doute pour s’exprimer dans cette langue lors des rencontres en France des divers groupes internationaux auxquels il participe. Selon ses notes personnelles, seuls Lévy-Bruhl, Siegfried et Oualid parlent anglais (JRL, Charles Merriam papers, box 11, folder 2). On notera au passage l’omission de Mauss, dont on sait par ailleurs qu’il parlait anglais (et très bien, selon Maurice Halbwachs, qui le mentionne dans une lettre citée
in Marcel, 1999, note 69.
[46]
In Mauss, 1927, Divisions et proportions des divisions de la sociologie,
Année Sociologique, nouvelle série, 2, article qu’il donne à Merriam et que celui-ci cite en page 7 de son rapport.
[47]
Peu après son arrivée, Merriam découvre que Pasquet est décédé.
[48]
Sur Mirkine-Guétzévitch et sa trajectoire ultérieure,
cf. Chaubet,
Loyer, 2001.
[49]
Outre Day, Fosdick et Ruml, George Mason le nouveau président de la Rockefeller Foundation à partir de 1930, est également familier avec Merriam, qu’il a côtoyé régulièrement dans l’accomplissement de sa fonction préalable (président de l’Université de Chicago). Les nombreux recouvrements entre le
Board of Trustees de l’Université de Chicago et celui de la Rockefeller Foundation sont autant de conditions favorables pour l’impact des impressions de Merriam.
[50]
Mazon, 1988, 47.
[51]
Où l’on retrouve, outre Ruml, des proches de John Rockefeller junior comme Fosdick et Arthur Woods, les trois hommes composant l’
executive committee qui dirige effectivement la nouvelle
corporation.
[52]
Pour de plus amples développements,
cf. Saunier, 2003a et 2003b.
[53]
Cf. la réunion de son
Board of Trustees du 23 mai 1929 durant laquelle Ruml propose le basculement définitif et total du programme du Spelman Fund vers la coopération avec les
public agencies (RAC, Spelman Fund of new York Papers, series 1, les documents concernant cette séance dans les sous-séries « Minutes of meetings » et « Dockets »).
[54]
Ainsi ses échanges avec William Oualid, directeur de l’Institut d’Urbanisme de l’Université de Paris, que Merriam considère alors comme un lieu clé conformément à sa vision du
planning, et notamment du
city-planning, comme un des terrains privilégiés pour l’application des sciences sociales au gouvernement. Les remarques peu amènes de Mauss sur Oualid n’y changeront rien.
[55]
JRL, Charles Merriam papers, box 39 folder 9 Merriam à Ruml 8 mai 1929, et box 144, folder 11, Ruml à Merriam 22 mai 1929.
[56]
RAC, Record Group 1.1, box 23, Selskar Gunn diary, entrées de juin 1929.
[57]
Outre la lecture des sources citées en note 48, plusieurs éléments confirment cette prudence, notam-ment le compte rendu de la réunion du
staff du Spelman Fund en septembre 1929, ou Ruml rapporte que Woods et Fosdick pensent qu’il n’est pas encore « sage » de développer un programme européen (RAC, Spelman Fund of New York papers, series 2, box 2 « Policy », folder 106, Spelman Fund staff conference 10 septembre 1929).
[58]
Cf. l’échange de courrier entre Ruml et Woods en septembre 1929, dont un
memo de Ruml du 24 septembre proposant que 40 % des fonds prévus pour le programme de
public administration du Spelman Fund soient affectés au travail à l’étranger, et la lettre en retour de Woods qui approuve l’élaboration d’un tel programme.
[59]
Celui-ci tourne court, d’une part à cause de l’effondrement boursier d’octobre 1929 qui met à mal les ressources de l’ensemble des organisations philanthropiques, dont les
endowments sont placés et les revenus fournis par les dividendes de ces placements, d’autre part suite à la décision de réorienter le travail de soutien à la
governmental research du Spelman Fund vers l’aide aux municipalités, États et État fédéral dans le cadre de leur réponse aux problèmes économiques et sociaux nés de la Dépression.
Cf.
Saunier, 2003a et 2003d, pour quelques notes sur les ramifications européennes plus tardives du programme du Fund.
[60]
On peut suggérer ici que la partie genevoise du rapport est aussi dirigée vers Raymond Fosdick, autre membre de l’Executive Committee du Spelman Fund, qui fut secrétaire adjoint de la jeune Société des Nations entre 1919 et 1920. De manière plus générale, il y a une convergence entre grande philanthropie américaine et organismes intergouvernementaux dont la teneur reste à analyser.
[61]
Outre les ouvrages cités de Lagemann, Fischer, et Arnove, qui permettent une première approche des recherches sur ces points, on se reportera aussi à toute une production en expansion sur ces questions, comme, par exemple,
Guilhot, 2001 ;
Berghahn, 2001 ;
Gemelli, McLeod, 2003 ;
Dezalay, Garth, 1998 pour des développements récents sur ces points.
[62]
Un exemple récent avec
Cusset, 2003.
[63]
La pagination indiquée entre crochets est la pagination du rapport original, RAC, Rockefeller Foundation Papers, Record Group 2, series 1929, sub-series 520 S, box 554, folder 3728.
[64]
See previous reports to the Spelman Memorial by Prof. Lingelbach and Prof. Rist (one brief and one longer report).
[65]
A very useful review of many phases of French science is given by Marcel
Mauss in Année (
sic)
Sociologique, 1927, in a hundred page article keenly analysing the different developments especially in the field of sociology [PAGE 7].