2006
Revue d’histoire des sciences humaines
Livres
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Edney (Matthew) – The origins and development of J.B. Harley’s Cartographic Theories, Cartographica – 2005, 40, 1-2, monograph 54
Dans cette longue monographie publiée par la revue canadienne Cartographica, Matthew Edney trace une biographie intellectuelle de John Brian Harley (1932-1991), éditeur et cofondateur, avec David Woodward, du projet The History of Cartography, vaste histoire de la cartographie des origines à nos jours, en plusieurs volumes, publiée par la University of Chicago Press, et actuellement dirigée par Mary Pedley, et Matthew Edney.
La tâche est difficile, comme il l’est toujours de retracer le chemin de quelqu’un si strictement lié à notre propre carrière intellectuelle. Mais le pari est réussi : Edney écrit une histoire (et non pas une critique, comme il explicite) du riche et honnête voyage intellectuel de Harley, des fortes racines empiristes de sa formation, au déconstructionnisme prudent de ses dernières années.
L’intérêt du livre vient certainement du parcours dans quarante ans de géographie historique, histoire de la cartographie, et plus largement histoire des sciences humaines auquel Edney nous convie, à travers l’analyse des idées innovatrices, parfois incomplètes, de J.B. Harley, et des réactions qu’elles ont inévitablement suscitées. L’utilité des informations fournies égale l’intérêt de la lecture, en particulier grâce à une liste de références très riche, et à une bibliographie raisonnée des Å“uvres de Harley.
Certes, le panorama n’est pas aussi large qu’il pourrait l’être. Edney focalise son intérêt sur le monde académique anglo-américain et ses luttes disciplinaires, plutôt que sur les enjeux internes de l’histoire de la géographie et de la cartographie au niveau international. Le choix explicite d’écrire une histoire des idées de Harley l’amène à en expliquer les conditions de possibilités, évidemment dépendantes de l’équilibre de pouvoir entre disciplines académiques dans les années d’activité de l’historien britannique. L’importance de la cartographie dans le monde académique anglo-américain, et ses tentatives de se constituer en tant que discipline autonome, en tant que science appliquée, sont autant de données nécessaires pour comprendre d’abord le souhait de Harley d’unifier et établir de façon parallèle l’histoire de la cartographie, et ensuite la nécessité de « déconstruire la carte », en abandonnant les modèles de communication simplifiants que la cartographie académique proposait.
Le premier chapitre du livre tient lieu d’introduction, et présente la relation complexe de Harley avec les enjeux théoriques de l’histoire de la cartographie. De son empirisme au post-structuralisme, l’avancée s’est faite à petits pas, et sans programmation unifiée. La curiosité intellectuelle de Harley l’emmena régulièrement vers des nouvelles directions, qui finalement contribuèrent à renouveler l’histoire de la cartographie et l’idée même de carte qui était celle des historiens, sans pourtant pouvoir insérer cette nouvelle image dans un système complet. Les théories post-structuralistes empruntées à Foucault et Derrida, ou mieux, aux lecteurs de Foucault et Derrida, n’ont apparemment pas été correctement perçues par Harley, ni emmenées à leurs conclusions logiques. En 1992 Barbara Beylea
[1] mettait en évidence leur dépendance par rapport à des traductions inexactes, et soulignait l’incapacité de Harley, ou plutôt son refus, d’appliquer jusqu’au fond la déconstruction à l’objet « carte », et de nier donc la relation de l’image à la réalité qu’elle était censée reproduire. La « déconstruction » de Harley se limiterait, selon Beylea, à appliquer une dimension sociopolitique à l’étude de la cartographie.
Edney, certainement moins attaché aux exigences de la « déconstruction », met quand même en évidence les failles de la lecture que Harley fait de Foucault et Derrida, leur mise en relation compliquée avec l’approche iconologique de Panofsky, et l’incapacité à combler les contradictions d’un ensemble certes un peu trop éclectique.
À partir du deuxième chapitre, Edney choisit l’ordre chronologique pour raconter le parcours intellectuel de Harley et tracer un croquis des changements disciplinaires auxquels l’histoire de la cartographie était confrontée dans la même période. Le point de départ est l’approche strictement empirique des premières années d’activité de Harley : les cartes sont des sources, et l’étude des circonstances de leur production est nécessaire pour guider la compréhension des données qu’elles fournissent. Les très riches recherches sur la topographie militaire britannique des xviiie et xixe siècles sont centrales dans ce chapitre. Parmi d’autres importants résultats, ces travaux prouvent l’engagement et le talent de Harley pour la recherche empirique directe, qui resta jusqu’à la fin le fondement et le centre de son activité savante.
Le concept d’« usage de la carte », et la nécessité de considérer la personne qui lit et utilise la carte en tant qu’élément actif, motivèrent les premiers pas, prudents, dans la théorie. L’interaction avec David Woodward, qui en 1974 avait proposé un important schéma pour réorganiser l’histoire de la cartographie, emmena Harley à réaliser que les modèles existants de communication cartographique, ne permettaient pas d’élargir le champ de vision de l’histoire de la cartographie pour y inclure l’utilisateur de la carte, et qu’il était nécessaire de fonder la recherche empirique sur une théorie plus solide et plus adaptée aux exigences de la discipline. Les études publiées dans
Mapping the American Revolutionary War
[2] preuvent ce passage : de l’analyse d’épisodes, Harley arrive à l’observation d’une culture cartographique dans son ensemble, celle de la topographie militaire du
xviiie siècle. Mais, bien que le concept d’« usage de la carte » soit devenu central pour lui, à la fin des années 1970 Harley raisonne encore en termes d’une analyse de l’objet cartographique orientée à l’utilisation historiographique des informations dont il est le vecteur. Sa préoccupation fondamentale reste la fondation systématique de cette analyse, et de l’histoire de la cartographie.
Par le projet
The History of Cartography J. Brian Harley et David Woodward voulaient créer les bases d’une nouvelle discipline, ouvrant des nouvelles directions de recherche, et insérant l’analyse cartographique dans le plus vaste courant de l’histoire sociale, culturelle, et des techniques. Selon Edney, ce projet et l’interaction avec Woodward, d’un côté, et la publication de
Concepts in the History of Cartography
[3], écrit avec Michael Blakemore, de l’autre, constituaient deux volets d’une seule stratégie de fondation de la discipline : le premier projet devait fournir le corpus et le langage, le deuxième les bases théoriques. Mais
Concepts in the History of Cartography tout en étant une forte critique des recherches courantes à l’époque, est conçu par ses auteurs comme un recueil de pensées préliminaires, non pas comme une construction théorique complète.
Les 6
e et 7
e chapitres de la monographie de Edney traitent avec détails des concepts introduits par la
History of Cartography et par
Concepts (1980), et développés par Harley les années suivantes, selon une attitude non systématique, parfois confuse, toujours ouverte. Le sixième chapitre est centré sur l’introduction des concepts sémiotiques, (« les cartes comme langage », et l’étude iconologique des cartes), inconfortablement insérés dans un paradigme encore trop « empiriste » pour les recevoir. Le 7
e chapitre affronte la question du passage au post-structuralisme, qui caractérisa les dix dernières années d’activité de Harley, et qui l’amena à considérer, de différentes et changeantes façons, les liens entre la cartographie et le pouvoir. Le tournant post-structuraliste apparaît plutôt comme une tentative de trouver des théories pouvant servir de support aux recherches qui voient dans les cartes une expression du pouvoir social. Comme suggéré par Baylea, c’est la volonté, motivée par une forte conscience sociale, de donner à la recherche sur la cartographie une dimension sociopolitique qui emmène Harley vers Foucault, et non pas l’inverse. Les anciennes théories, y compris l’analyse iconographique, ne pouvaient pas expliquer la question du pouvoir, qui était devenue centrale dans l’approche de Harley. Michel Foucault
[4] et Joseph Rouse
[5] fournissaient des éléments nouveaux et utiles, en particulier la distinction entre pouvoir externe et interne dans le processus scientifique.
Pendant cette longue présentation, et même dans sa propre conclusion, Matthew Edney reste en retrait, nous laissant la tâche de deviner, ou bien de lire ailleurs, son opinion sur ce que l’histoire de la cartographie pourrait être. Pourtant, déjà en 1989, Edney avait été parmi les commentateurs sur Cartographica de « Deconstructing the Map », l’article post-structuraliste de Harley, et s’il accueillait favorablement les ouvertures qu’il introduisait, il n’en était pas moins assez critique sur la cohérence de l’idée de « carte comme texte », et sur son utilité pour la recherche en histoire de la cartographie. Dans cette monographie, comme dans la direction actuelle de The History of Cartography, Edney semble vouloir adopter l’ouverture qu’il avait lui-même souhaitée dans le commentaire à « Deconstructing the Map » : considérant à quel point les perspectives potentielles dans l’étude des cartes, de leur production et de leur usage sont nombreuses, aucune théorie ne pourra toutes les inclure et les satisfaire. La meilleure option reste donc une approche catholique, critique, sociale, culturelle.
Le récit du parcours de Harley nous invite certainement à une ample réflexion sur l’histoire de la cartographie, de la géographie, et des sciences humaines en général. Son approche parfois imprécise et confuse reste néanmoins marquée par une volonté d’ouverture constante, et par une rare honnêteté intellectuelle. Si Harley n’a pas pu construire un système cohérent, il a inlassablement ouvert de nouveaux champs pour la recherche, et ses contradictions n’en ont pas été moins fertiles pour les historiens de la génération suivante, tels que Matthew Edney. La préoccupation reste de garder cet esprit d’ouverture, et d’éviter que des concepts qui ont été justement introduits dans l’analyse, comme celui de pouvoir, obscurcissent les perspectives de recherche au lieu de les éclairer.
Valeria Pansini
Institut Universitaire Européen, Florence (Italie)
Forest (Denis) – Histoire des aphasies : une anatomie de l’expression – 2006, Paris, Presses Universitaires de France, Collection « Pratiques Théoriques », bibliographie, index nominum, 352 pages, 23,00 €
Il existe une longue et prestigieuse tradition française des recherches sur les aphasies, non seulement, bien, sûr en neurologie, et ce depuis la fin du xixe siècle et l’Å“uvre inaugurale de Broca, mais de façon beaucoup plus générale en anthropologie, en philosophie et en épistémologie, comme l’attestent les noms de Bergson, de Goldstein ou de Merleau-Ponty. La nouvelle Histoire des aphasies que propose D. Forest, non seulement ne dépare pas la succession d’études critiques qui ont été consacrées à cette question extrêmement difficile, mais on peut dire qu’elle en renouvelle profondément la problématique, qu’elle la modernise, en mobilisant une érudition et des moyens conceptuels résolument contemporains, et qu’elle prend enfin à bras le corps les enjeux universels de la question des aphasies, sans se disperser en mises au point locales ou muséographiques. Pour le lecteur, c’est un voyage d’une intensité intellectuelle peu commune par son exigence, où la variété des langages savants que brasse D. Forest, de la naissance de la « science de l’homme » des idéologues jusqu’aux théories les plus pointues de la neurolinguistique actuelle, étourdit parfois, appelle souvent des lectures d’appoint, mais tout du long laisse transparaître une unité d’intention et de facture qui mérite qu’on la salue comme un achèvement remarquable de l’histoire des sciences « à la française », comme on dit désormais – autrement dit, post-canguilhemienne.
Le centre de gravité de l’ouvrage est une thèse double, à la fois méthodologique (elle implique une réflexion serrée sur la façon dont on peut faire de l’histoire des sciences à la charnière des sciences humaines et des sciences biologiques), et historique (elle se prouve par l’ordre original que la méthode introduit dans les débats scientifiques entre aphasiologues, et elle conduit à comprendre pourquoi l’histoire des aphasies est restée jusqu’à aujourd’hui une histoire ouverte, sinon une aventure). En effet, dans la vaste polémique contemporaine entre ceux qui pensent que les sciences humaines et les objets ont un niveau d’intelligibilité propre, irréductible, et ceux qui, au nom des sciences cognitives, considèrent le cerveau comme un bon niveau d’explication causale, voire l’opérateur de réduction ultime, D. Forest construit un moyen terme bien concret, ancré dans des pratiques médicales et épistémologiques attestées, qui fait brutalement redescendre sur terre des spéculations qui virent trop souvent à la simple guerre idéologique. Car quel individu vivant, incarné, donc doué d’un cerveau, entre en effet dans ces institutions multiples, sociales, langagières, où son esprit se manifeste, s’exprime ? Comment, en d’autres termes, les deux notions de l’esprit (ce qui « dans la tête » et donc fondé sur le cerveau, et ce qui est « au dehors », ou entre vous et moi, dans l’intelligibilité que nous attribuons à nos comportements et nos interactions) finissent-ils par se rejoindre ? Cette question de « l’anatomie de l’expression », portée par les lésions cérébrales des aphasiques, est un peu moins répandue que celle des bases neuronales des comportements intentionnels, ou pour faire écho aux formules à la mode, à la « physiologie de l’autonomie » qui soucie une partie grandissante des neurobiologistes
[6]. D. Forest démontre qu’elle garde cependant tout son tranchant, en particulier parce qu’elle est bien plus empirique, qu’elle requiert d’avoir égard aux conséquences thérapeutiques (ou du moins rééducatives) des théories qu’on propose, et aussi parce qu’elle a une profondeur historique et anthropologique toute à elle. Jusqu’où peut-on donc aller dans la connaissance de « l’homme total », l’homme
à la fois physique et moral de Cabanis à l’aube des sciences humaines, sur la seule base de ce qu’on sait de son corps ? Voilà l’enjeu, et la réponse de D. Forest est qu’on peut aller fort loin, sans que le naturalisme, comme trop souvent, se résume purement et simplement à une entreprise réductionniste anti-sociologique ou anti-psychologique.
La traduction de cette attitude naturaliste mais non-réductionniste est assez claire dans l’Histoire des aphasies : l’histoire de la neurologie, et même sa préhistoire chez Gall, n’est jamais discréditée au profit des connaissances contemporaines qui en diraient la vérité et en révéleraient les erreurs. Elle est au contraire lue au prisme de la question permanente de D. Forest : que pouvait-on savoir de l’homme à partir de son corps seul (de son cerveau) ? Ainsi, il ne sert à rien de dénoncer chez Gall une théorie erronée, voire farfelue, des localisations cérébrales (les « bosses » sur le crâne), il faut au contraire prendre la mesure des raisons qui étaient les siennes d’émettre de telles hypothèses, et à la lumière de ces raisons, comprendre pourquoi Broca seulement fournira les argument décisifs pour admettre qu’il y a bien quelque chose comme des localisations cérébrales (dont les lésions des aphasiques vont devenir l’index pour toute l’histoire ultérieure de la neurologie). Mais du coup, le périmètre des raisons va en s’élargissant : on ne pouvait pas parler de localisation cérébrale sans une théorie des facultés, c’est-à-dire sans une neuropsychologie embryonnaire, certes, mais aussi sans une conception de l’homme, une anthropologie physique. D. Forest explique ainsi comment l’anthropologie raciale inégalitaire de Broca n’est nullement incompatible avec l’isolement de l’« aphémie » (premier nom savant de l’aphasie) : on ne peut pas faire abstraction du contexte culturel et social dans lequel les différences réelles, donc physiques, entre les hommes, produisent d’un côté une hiérarchie des races, et de l’autre une clinique différentielle des cerveaux des hommes. Le monogénisme, aux yeux de Broca, est ainsi lourdement chargé d’implications théologiques incompatibles avec la démarche scientifique. Et D. Forest de conclure : « La neurologie est née innocente dans un contexte criminel » (67).
La démarche se répète avec les paradigmes successifs de la « science de l’homme » mobilisés pour rendre compte de ce que sont, au juste, l’aphasique est privé : Laycock et Jackson ne prospèrent qu’à l’ombre de l’opposition canonique du volontaire et de l’automatique, ou de l’évolutionnisme de Spencer. Le matérialisme radical induit par la démarche anatomique d’un Meynert et Wernicke, qui, pour ainsi dire, traite la mémoire (verbale) comme des séries de traces inscrites dans la matière nerveuse, suscite immédiatement une réaction spiritualiste : est-ce le cerveau qui comprend ce qu’on dit, ou bien l’esprit qui se sert du cerveau ? Bergson, sous la plume de D. Forest, revit ainsi moins par le contenu métaphysique de sa doctrine, que par le type de questionnement qu’il a su maintenir devant les théories réductionnistes de ses contemporains, mais aussi bien des nôtres. Car, tout spiritualisme à part, l’énigme subsiste : comment donc se matérialise dans le cerveau la capacité à suivre des règles (linguistiques), à produire des énoncés nouveaux, que personne n’a jamais prononcés, et dont la signification, bien au-delà de la forme verbale brute, dépend souvent des circonstances extérieures ? Et le lecteur méditera là-dessus longuement, car encore au delà des règles purement linguistiques et du contexte sémantique, c’est évidemment de toute la vie symbolique et sociale des hommes qu’il s’agit : des règles qu’ils suivent en général, et des institutions au sein desquelles ils les suivent en obéissant à des normes. Jackson, lu sous cet angle, devient alors, correctement traduit et compris, le créateur d’une « neuropragmatique » inattendue, qui est un effort crucial pour tenir les deux bouts de la chaîne : la lésion cérébrale interne avec le caractère externe, relationnel, social, du langage dont il y a trouble. Enfin, l’apport de Goldstein est reconsidéré toujours à la charnière des sciences humaines et des sciences biologiques de son temps. C’est encore l’idée d’homme « total », physique et moral, qui sous-tend sa recherche exemplaire sur la réponse active au déficit par toutes sortes de compensations dans les conduites, riches d’une ingéniosité idiosyncrasique étonnante de malades en malades, lesquelles compensations, on le sait désormais grâce à Ramachandran et à l’imagerie, se matérialisent du même pas dans la connectivité neuronale des patients cérébrolésés.
Cet entrelacement permanent entre grandes questions des sciences humaines (qu’est-ce qu’un individu, l’expression, l’initiative de suivre une règle, l’art d’en sauver les apparences, les stratégies de compensation, le sens et la référence, l’appui pris sur les performances d’autrui pour construire et développer les miennes… ?), avec des théories neurologiques et neurolinguistiques d’une complexité croissante, débouche sur l’idée que l’aphasie est bien un trouble cérébral, mais un trouble « à deux », un trouble « entre » celui qui en souffre et celui qui en enregistre de façon constitutive la manifestation, et qui s’offre tout naturellement à le réparer en cherchant à comprendre celui qui s’exprime. En somme, D. Forest n’adopte pas la position naturaliste classique et réductionniste qui consiste à dire que le « je » est cérébral en dernière instance. Il conçoit ce « je » cérébral en relation avec un « tu » cérébral. Son propos devient alors extrêmement dérangeant, quand il analyse les derniers développements de la neurobiologie cognitive actuelle, dont une découverte majeure est celle des « neurones-miroirs » précisément dans l’aire de Broca, celle lésée dans l’aphasie du même nom. Gallese et Rizollati, dans un article légendaire de 1996
[7], avaient ainsi isolé ces structures étranges, qui, pour ainsi dire, miment dans le cerveau de l’un ce qui commande chez l’autre, son congénère (un singe) la réalisation d’un geste intentionnel. Tout se passe comme si comprendre ce que fait autrui, c’était soi-même, neurologiquement, se mettre dans l’état cérébral correspondant à l’intention d’autrui. L’interprétation banale de cette situation consiste à mettre l’accent sur les neurones : et si la vie de relation, et par extension toute vie sociale, n’était que ce précâblage propre à une espèce qui ajuste neurobiologiquement les intentions des uns aux intentions des autres ? D. Forest, au contraire, met l’accent sur le miroir : à ses yeux, le paradoxe véritable est plutôt que plus il y a de cerveau, plus vivement se pose la question de l’intentionnalité, et même de l’intersubjectivité ; bien loin d’être
réduites à des états intra-individuels, ce sont ces états intra-individuels, cérébraux, qui
deviennent compréhensibles parce que les congénères sont des êtres sociaux. Cette lecture très originale de l’affaire des neurones-miroirs dans l’aire de Broca se réverbèrent sous cent espèces dans l’
Histoire de l’aphasie : partout où l’on a cru enfin ramener à du biologique une qualité sociale ou relationnelle apparente, il s’avère qu’on a simplement enrichi et déplacé le sens du concept neurologique qu’on croyait dissoudre ; partout où l’on a cru isoler des propriétés langagières intrinsèquement relationnelles, comme de celle de sens ou de référence, ou encore celle d’acte de langage, on a aussi découvert des patients dont les lésions offraient pour ainsi dire la vérification anatomique de la légitimité de distinctions à première vue toutes conceptuelles
[8].
Soutenant avec subtilité cet entre-deux du cérébral et du social, D. Forest éclaire à nouveaux frais des rapprochements bien connus, mais souvent techniquement mal compris entre histoire des sciences humaines et histoire de la neurologie. On connaît ainsi bien la série Pierre Marie, Head, Goldstein. Mais on a bien moins réfléchi aux relations croisées de Head avec Mauss, et de Goldstein avec Cassirer. Or il s’agit de rien moins que de l’anthropologie qui sous-tend des conceptions du « symbolique » qui rejaillissent ensuite sur la clinique des conduites verbales et non-verbales des patients, et sur leur thérapie, en fonction de ce qu’on estime « humainement » leur être accessible, et en rapport étroit, donc, avec les tentatives de rééducation qu’on osera leur proposer.
L’aphasie en somme, témoigne des différents procédés par lesquels on a pu idéaliser une pathologie (car les aphasies ne sont jamais « pures »), pour, chaque fois, accéder à une normalité qui soit vraiment normative (source de règles, conforme aux institutions légitimes). Mais elle démontre aussi, dans la finesse de ses articulations soigneusement exhumées par la tradition neurologique, à quel point les actes supérieurs, sociaux, « interactifs », s’enracinent de la façon la plus surprenante et la plus profonde dans des gestes et des actions régis par notre constitution cérébrale spécifique, et dont les maladies ou les blessures révèlent le fond biologique. Simplement, au lieu de faire servir ce constat aux conflits idéologiques du temps (la grande querelle de la naturalisation de l’intentionnalité), D. Forest en fait le ressort d’une surprise perpétuelle – comme si la machine à parler qui nous habite, le « logographe », était fait de pièces et de morceaux qui n’avaient peut-être pas pour destination de former un tel logographe, mais en auraient bricolé un quand même. Tout cela remet en cause le périmètre de la normalité du langage (car, est-ce même si normal que cela, de parler ?), et ruine empiriquement les suggestions grandioses qui font de notre langage-intelligence-rationalité, en bloc, un pur produit de l’évolution. Car bien des aphasiques communiquent mieux qu’ils ne parlent ; d’autres ont la « chance » de parler une langue où certaines formes d’aphasie invalidantes n’ont aucune chance de se produire, tout simplement parce que les marques linguistiques frappées y sont tout bonnement inexistantes… Bref : le langage et la vie de relation sont sans doute bien plus malléables naturellement qu’on ne soupçonnait, tandis que le cerveau témoigne de plus d’intelligence et de sensibilité aux conditions sociales de la vie que ce que le réductionnisme neuroscientifique actuel craignait, dans ses pires cauchemars. L’aphasie, appréhendée historiquement, donne enfin à penser qu’une grande masse de préjugés sur la disjonction absolue, ou métaphysique, entre sciences naturelles et sciences humaines, repose sur des opérations pseudo-conceptuelles d’épuration, voire de déni, que perturbent gravement la pratique médicale de la rééducation des malades comme l’histoire savante des troubles du langage. Que la distinction existe, c’est sûr, mais le tracé de la limite et ce qu’au juste on croyait y investir, voilà ce que l’Histoire des aphasies remet assez magistralement en question.
Pierre-Henri Castel
pierrehenri. castel@ free. fr
Borgeaud (Philippe) – Aux origines de l’histoire des religions – 2004, Paris, Seuil, 304 pages, 23,00 €
L’ouvrage de Philippe Borgeaud est un appel à une réflexion épistémologique de fond au moment où, d’un côté, la laïcité est un thème amplement discuté et, d’un autre côté, le statut de l’étude des religions est mis en discussion, oscillant entre l’anthropologie des religions, les sciences religieuses, la sociologie des religions, voire la simple description de pratiques provenant du monde entier.
Renouvelant le débat toujours ouvert en histoire des religions autour de l’objet de la discipline, voire du champ d’étude et de sa méthodologie, l’auteur revendique dès l’introduction (15-21) l’autonomie épistémologique de l’histoire des religions qu’il définit de façon rigoureuse comme une discipline « non confessionnelle, historique, anthropologique et comparatiste ». Une discipline qui vise à étudier les religions au pluriel dans chaque contexte historique par une méthode comparative dans le but d’identifier les « mécanismes, souvent archaïques, et résistants, qui fondent les croyances actuelles » (18).
S’opposant aux grilles de lecture judéo-chretiennes qui approchent « la religion » comme une catégorie pré-existante, Philippe Borgeaud considère que l’objet religieux a été constamment construit et reconstruit par une procédure comparative innée à l’histoire des religions qu’il présente comme une tumultueuse « tradition de savoir » représentée par G. Dumézil, R. Pettazzoni, C. Lévi-Strauss…
Afin de montrer comment s’est élaborée cette pratique de savoir, l’auteur procède dans les trois premiers chapitres à une série d’expériences comparatistes entre la Grèce, l’Égypte et la Judée à partir de thèmes fondamentaux de l’histoire des religions au cours de leur période de formation.
La première partie analyse le statut de l’image et donc de l’anthropomorphisme à travers la pensée des Grecs depuis les premiers critiques d’Héraclite et les écrivains de l’époque gréco-romaine jusqu’au judaïsme monothéiste et aniconique. Cette traversée est suivie par une discussion autour des couples de catégories « superstition-athéisme », « religio-superstitio »…
Dans le chapitre suivant (Entre la Grèce et l’Égypte), l’exercice de la comparaison est fait à partir des questions très débattues comme la dénomination des dieux, l’interpretatio graeca puis l’interpretatio latina jusqu’aux Pères de l’Église.
C’est d’ailleurs à l’antiquité tardive que remonterait la genèse de la méthode comparative et sa pratique lors de la réception des cultes étrangers dans les différentes régions de la Méditerranée gréco-romaine autour des règles concernant l’identité, le pur et l’impur, le végétarianisme (Genèse du comparatisme, 65-87). C’est dans ce troisième chapitre que l’auteur est amené à identifier ce qu’il définit comme un « triangle théologique » en montrant comment des récits issus de champs culturels hétérogènes se croisent, constituant les premiers essais de mythologie comparée. Il s’agit d’une grille d’interprétation qui exprime sur le plan théorique une controverse implicite concernant les Égyptiens, les Grecs et les Juifs, ainsi que le vaste ensemble de réactions et de contre-réactions à partir duquel est née la comparaison en tant que procédé intellectuel.
Si les points de repère théoriques de la réflexion comparative étaient déjà présents depuis Hérodote et à partir de l’époque hellénistique, Égypte, Grèce et Jérusalem sont considérés d’un point de vue théologique comme des entités solidaires ; afin que l’histoire des religions puisse apparaître, il faudra que les Grecs prennent conscience de ce que Jan Assmann appelle la « distinction mosaïque », à savoir la révolution monothéiste s’opposant par son caractère irréductible et non comparable aux polythéismes de l’Antiquité.
C’est dans cette perspective que, dans le chapitre le plus riche et développé (Moïse. Histoires de Grèce et de Rome, 89-177), Philippe Borgeaud choisit Moïse comme exemple privilégié du regard croisé entre Grecs et non Grecs, analysant un dossier de sources situées après Herodote et issues d’horizons culturels différents.
Dans le dernier chapitre, en guise de conclusion provisoire (183-213), l’auteur montre la relation complexe qui existe entre le christianisme et l’histoire des religions dont témoigne la définition du mot et du concept de « religion », et comment une réelle histoire des religions a su s’affranchir de son objet même, à savoir la religion.
À une époque où le débat autour des religions semble se situer entre une perspective théologique cristiano-centrique et le « supermarché des religions » qui amène souvent à une lecture purement descriptive, l’ouvrage de Philippe Borgeaud met en lumière la profondeur historique et la spécificité de l’histoire des religions en tant que discipline scientifique. Car c’est l’approche comparatiste qui permet cette autonomie dont découle la différenciation entre l’histoire et la sociologie ou la psychologie des religions ou encore les analyses philologiques qui ignorent le regard comparatif et historique à l’origine de l’étude des religions et de la naissance de l’objet « religion ».
La mise en Å“uvre d’un micro-comparatisme entre sociétés antiques dans une perspective transculturelle et historique plus large qui est celle de la formation des grandes traditions religieuses constitue un véritable apport non seulement pour les historiens de l’Antiquité, mais aussi pour tous ceux qui, dans les sciences humaines, sont confrontés aux faits religieux.
Sabina Crippa
crippa_fr@ yahoo. fr
Blais (Hélène), Laboulais (Isabelle), (eds.) – Géographies plurielles. Les sciences géographiques au moment de l’émergence des sciences humaines (1750-1850) – 2006, Paris, l’Harmattan, 349 pages, 30,00 €
Issu de deux journées d’études organisées en janvier 2003 par la Société française pour l’histoire des sciences de l’homme, le livre édité par Hélène Blais et Isabelle Laboulais marque une étape importante dans la revisitation et la réappropriation d’une époque encore mal connue de l’histoire de la géographie moderne. Après les publications récentes de nos deux éditrices, le livre d’Anne Godlewska (Geography unbound. French geographic science from Cassini to Humboldt, 1999), et les recueils anglo-saxons dirigés par David N. Livingstone et Charles W.J. Withers (Geography and Enlightenment, 1999 ; Geography and Revolution, 2005), le présent ouvrage fournit des éléments substantiels pour une analyse approfondie non seulement des savoirs géographiques de la période 1750-1850, mais aussi et surtout des pratiques spatiales, des conjonctures institutionnelles, voire des trajectoires personnelles liées de façon plus ou moins directe à ce que rétrospectivement on désigne par « géographie ».
L’intelligence des éditrices est d’avoir placé l’interrogation collective, délibérément et simultanément (comme elles s’en expliquent dans leur substantielle introduction), dans la perspective de deux questions : d’une part comment est-il possible de situer, voire d’identifier, parmi les multiples intentions savantes, institutionnelles et politiques qui visent l’espace au xviiie et xixe siècles, quelque chose comme un savoir qui serait spécifiquement géographique ; et d’autre part, comment les historiens doivent ajuster et redéfinir leurs méthodes et leurs catégories d’analyse pour rendre compte de cette éventuelle spécificité. Ces deux questions, sur l’objet et sur l’historiographie, sont liées, et c’est probablement dans cette liaison que réside l’espoir d’une meilleure compréhension du développement différencié des savoirs géographiques durant cette période.
Le livre rassemble des contributions aux journées d’étude et des articles commandés a posteriori par les éditrices pour répondre à ce qu’elles estimaient être des « manques ». Pour autant, comme elles s’en expliquent, elles ne visent pas à l’exhaustivité ni à la synthèse. L’ouvrage est divisé en trois parties : « Les savoirs géographiques », « Les pratiques géographiques », « Quelques postures singulières ». La plupart des contributions sont traversées par le souci de situer, de localiser la géographie dans l’espace des savoirs, des pratiques, des institutions et des biographies personnelles.
La première partie s’intéresse à la place de la géographie dans les institutions de savoirs. Isabelle Laboulais (« La géographie dans les arbres encyclopédiques de la seconde moitié du xviiie siècle ») propose une analyse des figurations graphiques du système des sciences et de la place qu’y occupe la géographie dans les différentes éditions de l’Encyclopédie. Hélène Blais (« La géographie académique entre sciences et belles-lettres (autour de la scission de 1803 »), met en lumière l’éclatement institutionnel de la géographie dans les premières années du xixe siècle au sein de l’Institut, où elle se trouve logée simultanément dans deux classes différentes (sciences, inscriptions et belles-lettres). Isabelle Surun (« Les sociétés de géographie dans la première moitié du xixe siècle : quelle institutionnalisation pour quelle géographie ? ») étudie de manière comparative les Sociétés de géographie de Paris et Berlin dans la perspective du rapport normatif qu’elles cherchent à définir avec la pratique du voyage d’exploration. Enfin Charles Withers (« Un tour d’horizon de la géographie en Grande-Bretagne (1750-1830) ») présente un essai synthétique sur les traditions textuelles de la géographie en Grande-Bretagne, la place qu’elle occupe dans l’enseignement, sa présence dans la sphère publique, et enfin sur la production cartographique de la période.
La seconde partie de l’ouvrage cherche à situer problématiquement la géographie non pas tant comme savoir que comme ensemble de pratiques engagées dans des transformations de la réalité, ces pratiques conduisant à des modalités spécifiques de représentation de l’espace. Ces pratiques ne concernent pas nécessairement des « géographes » au sens académique du terme. Valeria Pansini (« La géographie appliquée à la guerre. Le travail des topographes militaires (1760-1820) ») analyse les activités et les méthodes de travail des ingénieurs géographes militaires, hommes de terrain, avant et après la bataille. Dominique Margairaz (« La géographie des administrateurs ») cherche à identifier le type de lecture et de compréhension spécifique de l’espace que les administrateurs mettent en Å“uvre dans leurs visites sur le terrain, les listes et les cartes qu’ils font établir, et surtout les enquêtes « statistiques » qu’ils conduisent. Guillaume Garner (« La représentation de l’espace dans les discours économique et géographique en Allemagne au xviiie siècle ») propose une lecture comparative de la manière dont la géographie (Büsching) et la statistique (Achenwall), à partir des années 1750 en Allemagne, mettent en place des grilles d’appréhension et d’analyse des territoires politiques. Daniel Nordman (« Les sciences historiques et géographiques dans l’exploration scientifique de l’Algérie (vers 1840-vers 1860) ») s’attache à retracer les conditions, en particulier éditoriales, de la réalisation de l’Exploration scientifique de l’Algérie (publiée entre 1844 et 1867), avant de se concentrer sur le travail de Carette, qui publie deux volumes sur la Kabylie.
La troisième partie de l’ouvrage s’attache à présenter le parcours de trois figures intellectuelles de l’époque dans leur rapport à la géographie. Gabriel Thibault (« Bernardin de Saint-Pierre et la géographie »), en soulignant la place que tient la géographie dans la formation et les activités savantes de l’écrivain, cherche à indiquer en quoi l’Å“uvre littéraire et philosophique de Bernardin de Saint-Pierre est nourrie de références à cette culture géographique. Serge Briffaut (« Le temps du paysage. Alexandre de Humboldt et la géohistoire du sentiment de la nature »), en lisant de près les chapitres que l’auteur du Cosmos consacre à l’histoire du sentiment de la nature, montre en quoi l’apparition du paysage, à la fois comme objet et comme sentiment, est non seulement pour Humboldt la marque de la modernité, mais aussi le signe de la possibilité d’un accord entre le mouvement de la science et celui de l’imagination et de la poésie. Enfin, Marie-Claire Robic (« Géographie théorique, géographie réelle, géographie providentielle. Le cas de Jean Reynaud (1806-1863) », retrace l’itinéraire intellectuel de ce saint-simonien dissident et présente une analyse de ce qu’on peut à bon droit appeler la « philosophie de la géographie » élaborée par Jean Reynaud.
Au total, ce qui apparaît à la lecture de ce volume, c’est la prodigieuse diversité des régimes de savoirs, des formes de pratiques, des contextes institutionnels, des motivations politiques, des trajets individuels, qui caractérisent ce que par convention et de façon rétrospective on appelle « la géographie ». Certes quelque chose comme « la géographie » existe bien dans cette période, mais il faut la chercher dans des institutions et des pratiques, dans des pratiques politiques, administratives et savantes, voire dans des réflexions philosophiques, qui ne se revendiquent pas nécessairement comme « géographiques ». D’où la nécessité d’élargir les champs d’investigation, de renouveler les clés de lecture, de solliciter de nouvelles archives, afin de rencontrer « la géographie » moderne, dans ses différences mêmes.
Jean-Marc Besse
CNRS, UMR « Géographie-cités », Paris
[1]
Beylea B., 1992,
Images of Power. Derrida, Foucault, Harley, Cartographica, 29, 3-4, 1-9.
[2]
Harley J.B., Bartz Petchenik B., Towner L.T., (eds.), 1978,
Mapping the American Revolutionary War, Chicago, University of Chicago Press.
[3]
Blakemore M.J., Harley J.B., 1980,
Concepts in the History of Cartography : a Review and Perspective. Cartographica, 17-4, monograph 26.
[4]
Harley est particulièrement influencé par
Gordon C., (ed.), 1980,
Power/Knowledge: Selected Interviews and other Writings, 1972-1977, New York, Pantheon.
[5]
Rouse J., 1987,
Knowledge and Power : toward a Political Philosophy of Science, Ithaca, Cornell University Press.
[6]
Par exemple,
Proust J., 2005,
La nature de la volonté, Paris, Gallimard.
[7]
Gallese V.,
et al., 1996, Action recognition in the premotor cortex,
Brain, 119, 593-609.
[8]
Un exemple étonnant : certains patients semblent ainsi capables de répondre à des actes de langage directs (« Fermez la fenêtre ! »), mais pas indirects (« C’est fou ce qu’il fait froid, ici, non ? »).