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S'inscrire Alertes e-mail - Histoire, économie & société Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezL’industrialisation d’une société rurale : l’industrie canadienne à la fin du XIXe siècle
AuteurKris INWOOD du même auteur
UNIVERSITÉ DE GUELPH, ONTARIO, CANADALa formation d’un nouvel État fédéral autonome durant l’été 1867 a créé à la fois le paysage institutionnel et les marchés nécessaires à l’industrialisation des sociétés encore largement rurales de l’Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse [1] [1] Outre les références citées en note, on consultera :...
suite. Dans les décennies qui suivirent, les dernières colonies britanniques en Amérique du Nord rejoignirent la fédération canadienne, et le pays s’étendit de l’Atlantique au Pacifique. Néanmoins, son économie et son centre de gravité démographique demeurèrent longtemps, pour l’essentiel, localisés dans l’est du pays [2] [2] Entre 1861 et 1901, la population des quatre provinces...
suite. Cet article s’intéresse principalement aux modalités de l’industrialisation dans les quatre provinces fondatrices du Canada, qui, durant tout le XIXe siècle, ont abrité la grande majorité des Canadiens, et pour lesquelles des recensements ont été faits plus ou moins régulièrement durant toute la période.
2 Au commencent de notre enquête, presque tous les Canadiens vivaient, en effet, sur une étroite bande de terre le long de la frontière américaine, de Détroit, à l’ouest, à la Nouvelle-Écosse à l’est. Les Européens et leurs descendants étaient des nouveaux venus dans la majeure partie de cet espace car seuls le bas Saint-Laurent et des parties dispersées de la côte atlantique connaissaient des établissements européens depuis plus de trois générations. Le système de transport était également un mélange d’ancien et de nouveau. Les rivières et les lacs continuaient d’être très importants pour la circulation des voyageurs et des marchandises, même si le réseau ferroviaire était en train de s’accroître durant les années 1860 et 1870 [3] [3] Ian M. Drummond, Progress without Planning : the Economic...
suite. Montréal était le plus grand centre industriel et commercial du pays. Les ports de Québec, Saint-John et Halifax connaissaient une croissance plus lente. Ottawa, une ville jusque-là réputée pour ses moulins et sa zone d’échange pour le commerce du bois, était en train de devenir une ville administrative, après avoir été choisie pour être la capitale nationale. Situées à l’extrémité nord d’un riche arrière-pays agricole qui s’étendait continûment vers le Midwest américain, les nouvelles villes de Toronto, Hamilton et London étaient, quant à elles, en phase de croissance rapide.
3 Bien que ces cités semblassent grandes dans le paysage canadien, elles n’étaient en rien des centres métropolitains comparables à Glasgow, Liverpool, Boston ou Chicago, et encore moins à Londres, Paris ou New York. En fait, le paysage demeurait rural de manière prédominante. La mesure la plus simple du degré d’urbanisation est la densité de population. En 1871, elle était au Canada de 11 personnes par mile carré (psm). Nous pouvons admettre qu’elle montait à 45 psm si nous excluons de nos calculs les parties des campagnes qui n’étaient pas encore développées, c’est-à-dire les districts de recensement où la population était inférieure à 10 personnes psm. La même année, par contraste, la densité de population en Angleterre était dix fois supérieure, se situant à 422 psm, et si nous excluons les comtés dans lesquels s’étendaient Londres, Manchester, Liverpool et Birmingham, elle était quand même de 287 psm. Les chiffres correspondant pour le Pays de Galles et l’Écosse étaient respectivement de 165 et 83 psm. La densité de la population au Canada était également inférieure à celle des États américains adjacents [4] [4] Kris Inwood et Tim Sullivan, « Nineteenth Century Ontario...
suite. Le caractère largement rural de la société canadienne renvoyait à la fois à un manque de grandes villes et à un bas niveau de densité de la population des campagnes.
4 Dans cette société plutôt rurale, la parenté fournissait la glu qui liait ensemble la plupart des foyers. À son tour, le ménage était le fondement de toute l’organisation économique et sociale. L’impact du ménage sur le comportement individuel variait dans l’espace, dans le temps, et selon les caractéristiques de chacun, mais, presque partout, les décisions à propos de la fertilité, de l’organisation du travail, de la production, de ce qui devait être consommé et comment il devait l’être, du rythme de l’accumulation et de la manière dont les biens de la vieille génération devait passer à la jeune, étaient encadrées par les stratégies du ménage et, le plus souvent, de la famille pour survivre ou pour progresser. Le ménage rural était particulièrement important puisque l’économie demeurait principalement agraire dans son caractère. Partout au Canada, environ la moitié de tous les revenus provenaient, en effet, de l’agriculture [5] [5] Kris Inwood et Jim Irwin, « Canadian Regional Commodity...
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5 Quoique l’agriculture fut la principale source de revenus dans tout le pays, beaucoup de ménages, et, probablement, la plupart d’entre eux, à certaines étapes de leur évolution, engageaient un ou plusieurs de leurs membres dans des activités non-agricoles. Les modalités de la pluriactivité et de la division du travail interne au ménage étaient diverses, mais le besoin d’équilibrer les exigences que faisaient peser les activités agricoles et les activités non-agricoles sur le temps des membres de la famille était universel [6] [6] Gérard Bouchard, « Co-intégration et reproduction de...
suite. L’activité non-agricole était plus intense pour les familles rurales qui vivaient près des villes, ou bien là où le climat et la qualité des sols empêchaient localement une autosuffisance en matière de produits alimentaires de base. Il n’est donc pas surprenant que le travail salarié non-agricole ait été répandu depuis longtemps [7] [7] Rusty Bittermann, « Farm Households and Wage Labour in...
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6 L’organisation de la production agricole indique la réponse la plus plausible des ménages ruraux face aux pressions du changement. La composition du travail du ménage, par exemple, était hautement hétérogène. Les personnes d’âges ou de sexes différents partageaient leur travail entre un ensemble varié d’activités agricoles et non-agricoles, dans et hors de la ferme. Les ajustements n’étaient pas sans coût et, en vérité, ils pouvaient être très difficiles, mais le ménage avait néanmoins la flexibilité nécessaire pour transférer le travail d’une activité à l’autre si cela s’avérait indispensable.
7 En réalité, les familles canadiennes rurales ont eu, au cours du XIXe siècle, des raisons dirimantes pour changer : l’expansion des familles et la croissance de la population au sein des communautés locales créaient une pression inexorable sur l’ensemble relativement petit des bonnes terres cultivables. Pendant un temps, la surface agricole disponible pour les cultures ou les pâturages pouvait augmenter grâce aux défrichements mais cette stratégie ne pouvait durer. En raison de la durée de la régénération de la forêt dans la majeure partie du Canada, il fallait trouver d’autres sources de croissance après le premier défrichage de la forêt.
8 Une autre incitation au changement était la concurrence des grains en provenance de régions à l’intérieur du continent où les coûts de production étaient inférieurs. Une réduction des coûts de transports à longue distance durant les premières décennies du siècle avait permis au blé canadien de pénétrer sur le marché britannique. Le blé devint bientôt une importante source de revenu et il influa sur les modalités des relations sociales [8] [8] John McCallum, Unequal Beginnings. Agriculture and Economic...
suite. Les améliorations continuelles des transports ont cependant permis aux blés venus de l’ouest de l’Amérique de concurrencer, sur des bases de plus en plus favorables, ceux produits à l’est [9] [9] C. Knick Harley, « Transportation, the World Wheat Trade...
suite. La perte entre 1848 et 1866 de l’accès préférentiel au marché britannique et américain a mis une pression supplémentaire sur les prix des blés de l’est canadien. Les trois premières décennies après l’union politique, donc, ont été une difficile période d’ajustement pour le Canada rural.
9 Les ménages ont répondu à ces défis en réduisant leur fertilité, en modifiant les pratiques successorales, et en migrant vers d’autres parties du continent. De 1851 à 1891, par exemple, la fertilité a décliné de plus d’un tiers dans la province de l’Ontario à la fois parce qu’il y eut moins d’enfants par mariage et aussi, bien que dans une proportion moindre, parce que le nombre des femmes qui se mariaient diminua [10] [10] Marvin McInnis, « Women, Work and Childbearing : Ontario...
suite. La pression démographique encouragea aussi les familles de fermiers à modifier la manière dont elles transmettaient les biens d’une génération à l’autre, de manière à préserver la taille de la ferme et peut-être aussi à encourager une diversification dans des biens non fonciers comme l’éducation. Migrer était un ajustement particulièrement important [11] [11] Gérard Bouchard, « Family Reproduction in New Rural...
suite. Beaucoup de gens, et, de fait, des familles entières quittèrent le Canada à la fin du XIXe siècle, une période où le pays connut une perte nette de population à cause de l’émigration [12] [12] Gérard Bouchard, « Mobile Population, Stable Communities :...
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10 Les familles qui restaient sur les terres améliorèrent les pratiques agricoles grâce à l’utilisation de nouvelles machines, ou grâce à des innovations scientifiques, basées sur la chimie ; elles diversifièrent les productions agricoles et d’élevage ; enfin, elles se tournèrent de manière croissante vers les activités non-agricoles [13] [13] W. H. Drummond, « Canadian Agricultural Developments,...
suite. Dans certaines circonstances, une meilleure intégration aux marchés internationaux put déclencher la sorte de « commercialisation » qui menait à une spécialisation de la production. Cependant, le Canada ressemblait plutôt à cette époque à ces parties des États-Unis où la commercialisation amena la diversification plutôt que la spécialisation [14] [14] Mary Gregson, « Rural Response To Increased Demand :...
suite. Le travail forestier et l’industrie devinrent des activités communes pour les hommes des campagnes [15] [15] Chad Gaffield, « Boom and Bust : The Demography and...
suite. Les femmes et les jeunes filles des ménages ruraux produisaient le beurre et les tissus, utilisant pour ces derniers un mélange de laine locale et de fil de coton importé [16] [16] Marjorie Griffith Cohen, Women’s Work : Markets and...
suite. Il était fréquent aussi que les jeunes femmes travaillent comme domestiques à la campagne ou dans une ville proche. La signification de ces ajustements pour le secteur industriel était que les familles rurales étaient capables de fournir un travail considérable à des fins industrielles, à un coût d’opportunité relativement bas, surtout si la production pouvait être organisée à temps partiel et près du ménage rural.
11 L’industrialisation, naturellement, était particulièrement importante pour la croissance économique au XIXe siècle. À travers tout le monde de l’Atlantique nord, les activités industrielles furent le sujet de nombreuses discussions dans les journaux commerciaux du XIXe siècle, dans les quotidiens, dans les articles des magazines, dans les rapports gouvernementaux et dans la littérature promotionnelle destinée à attirer des investisseurs ou à peser sur les législateurs. De telles sources nous en disent inévitablement plus sur les grandes affaires que sur les petites entreprises à cause de leur fascination envahissante pour les nouvelles technologies, en particulier si elles s’incarnaient dans des structures ou une machinerie physiquement imposantes. La petite industrie attire surtout l’attention lorsqu’elle est en déclin [17] [17] Le tissage par les métiers actionnés à la main en est...
suite. Il s’ensuit que l’information disponible est biaisée, et qu’elle rend surtout compte des merveilles technologiques de la grande industrie et du triste destin de la petite. Ce biais n’affecte pas les données issues des recensements professionnels, mais ces dernières ne reflètent que dans une certaine mesure l’activité économique. Connaître l’activité d’une personne ne dit de surcroît rien de l’importance de sa production ni des circonstances dans lesquelles elle produisait [18] [18] Julian Hoppit, « Counting the Industrial Revolution »,...
suite. Le recensement britannique des employeurs, en 1851, donne ainsi des éléments sur l’importance de la petite entreprise. Néanmoins, une comparaison avec les chiffres de l’emploi pour la même année prouve qu’il n’englobe pas plus d’un tiers de tous les travailleurs qui ont déclaré une profession industrielle [19] [19] Richard Rodger, « Concentration and Fragmentation :...
suite. Les rapports des inspecteurs britanniques des manufactures constituent une autre source importante, quoique les premiers comptes rendus aient seulement considéré les établissements où l’énergie était apportée par la vapeur et l’eau [20] [20] V. A. C. Gattrell, « Labour, Power and the Size of Firms...
suite. Même après le considérable élargissement de la loi sur les usines et les ateliers, durant les années 1860, elle n’a concerné que la moitié de la puissance installée et moins de la moitié des travailleurs de l’industrie [21] [21] John Kanefsky, « Motive Power in British Industry and...
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12 La faible survie des archives d’entreprises en Amérique du Nord conduit les historiens à s’appuyer sur les recensements industriels qui fournissent un nombre limité d’informations normées. La force des recensements, cependant, est de couvrir systématiquement plusieurs milliers d’établissements industriels [22] [22] Jeremy Atack, « Industrial Structure and the Emergence...
suite. Les États-Unis ont, les premiers, essayé d’inventorier leur industrie en 1820 ; ils ont rencontré de grandes difficultés, mais ils ont recommencé avec plus de succès en 1834 et en 1850. Les enquêtes qui ont suivi, à un intervalle de dix ans, sont devenues progressivement de plus en plus soigneuses et élaborées. En 1870, les recenseurs américains ont reçu pour consigne d’ignorer les ateliers dont la valeur totale de la production était inférieure à 500 dollars ainsi que les ateliers qui étaient installés dans une maison, ou dans un autre bâtiment, si l’artisan, « travaillait habituellement dans une autre boutique qui pouvait être recensée séparément » [23] [23] United-States, Ninth Census, Volume III, The Statistics...
suite. La plupart des industries installées dans une ferme ont également été ignorées [24] [24] United-States, Twelfth Census, Volume VII, Report on Manufactures,...
suite. Il est donc difficile de savoir quelle proportion des petites industries a échappé à l’attention des recenseurs. Une tentative en 1900 pour cataloguer l’activité ignorée lors des enquêtes antérieures suggère qu’au moins un cinquième, et probablement plus, des établissements industriels vendaient des produits dont la valeur globale était évaluée à moins de 500 dollars [25] [25] United-States, Twelfth Census… , op. cit. , p. XXXIX. ...
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13 Les enquêtes systématiques sur l’industrie ont commencé au Canada avec l’enquête de 1851-1852. Comme aux États-Unis, elles sont devenues plus précises au fur et à mesure des recensements décennaux. Le premier recensement national, en 1871, fournit une vue d’ensemble particulièrement précise. Cette année-là, les recenseurs ont reçu pour consigne de demander lors de chaque visite domiciliaire s’il y avait une activité industrielle dans les locaux. Il a été, de plus, clairement établi qu’ « un établissement industriel est un endroit où une ou plusieurs personnes sont employées à fabriquer, transformer, préparer, ou faire passer d’une forme à une autre, des matériaux pour la vente, l’utilisation ou la consommation, sans égard au montant du capital investi ou aux produits concernés… Le fait que le matériau brut est, ou n’est pas, la propriété du fabricant ne sera pas pris en compte, pas plus que le fait qu’il est transformé pour le compte d’une autre personne, ou qu’il s’agit d’une affaire rentable ou déficitaire… dans le cas des établissements industriels, on se rappellera que beaucoup de fermiers, ou autres, ont ajouté à leurs activités ordinaires, un four à chaux ou un moulin à scie… » [26] [26] Canada, Manual Containing the Census Act and Instructions...
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14 Ces remarques indiquent bien l’ampleur que les autorités canadiennes en charge du recensement voulaient donner à leur enquête. Même les activités saisonnières et les activités à petite échelle étaient concernées. Presque tous les documents originaux ont survécu et ils sont maintenant exploitables par ordinateur [27] [27] Kris Inwood, « The Representation of Industry… »,...
suite. La part de la population canadienne qui résidait dans les districts de recensement dont les données ont disparu est inférieure à 2 %, et il est à supposer que la proportion des établissements industriels concernés est à peu près identique. Seul le recensement de l’industrie du tissage à la main est réputé avoir été mené de manière incohérente [28] [28] Kris Inwood et Phyllis Wagg, « The Survival of Handloom...
suite. Le recensement devait préciser le nom du propriétaire et le type de l’établissement tel qu’il se désignait lui-même, le nombre de travailleurs (en distinguant les enfants des adultes et les femmes, des hommes), un chiffre global pour les salaires, des estimations du capital fixe et du capital circulant, le type d’énergie utilisée (le cas échéant) et la force, les mois d’activités dans l’année, ainsi que la quantité et la valeur des matériaux bruts utilisés et des produits créés. Certaines rubriques sont, plus que d’autres, susceptibles de manquer ou d’être mal renseignées, et il y a certaines variations, selon les districts, dans la rigueur avec laquelle le recensement a été mené. Le fait que les informations soient incomplètes pour 10 % des entreprises rend nécessaire, dans certains cas, d’estimer la production en utilisant les données sur la valeur de la production, sur les matériaux bruts ou sur les travailleurs [29] [29] Kris Inwood, « The Representation of Industry… »,...
suite. Néanmoins, la source fournit un profil relativement complet de l’activité industrielle au Canada au milieu du règne de Victoria.
Tab. 1 - Présentation de l’industrie canadienne, 1871
15 La vue d’ensemble de l’industrie canadienne que donne le tableau 1 résume l’activité de plus de 40 000 entreprises regroupées dans onze grands secteurs d’activité. La fabrication de biens durables en bois, en métal ou en cuir constitue plus des trois cinquièmes de toute la production. Le secteur de transformation du bois, à lui seul, contribue à un tiers de la production et occupe une proportion encore supérieure de travailleurs. Nous savons que la production de fer et d’acier connaissait alors une expansion particulièrement rapide mais, en 1871, elle demeurait encore plus petite que celle du bois [30] [30] Gordon Bertram, « Historical Statistics on Growth and...
suite. Naturellement, beaucoup d’établissements utilisaient à la fois le bois et le métal. Une des caractéristiques les plus frappantes de l’industrie canadienne est, en fait, ce que nous ne voyons pas. Les « nouvelles » industries de la seconde révolution industrielle (généralement dans les secteurs de la chimie, de l’électricité, des métaux non-ferreux et dans la production d’aciers bon marchés) sont, dans une large mesure, absentes. L’énergie de la vapeur n’était pas beaucoup utilisée et la proportion des établissements qui l’utilisaient était faible dans tous les secteurs d’activité. Seul un cinquième des établissements qui se définissaient comme une « compagnie », ou dont le nom comprenait un terme qui dénotait une organisation impersonnelle, utilisaient la vapeur. En tout, seuls 7 % de toutes les entreprises avaient accès à la vapeur mais elles employaient un tiers de tous les travailleurs de l’industrie, et elles fournissaient 40 % de la production totale.
16 Beaucoup de ces entreprises fabriquaient plus d’un produit et participaient à plus d’un ensemble de marchés. Selon nos calculs, presque la moitié de tous les établissements industriels recensés en 1871 n’était pas spécialisée [31] [31] Les fonderies, les forges et les industries manuelles basées...
suite. La plupart de ces firmes étaient petites, mais il faut se rappeler que chacune d’entre elles, par le seul fait qu’elles participaient à plus d’un ensemble de marchés, faisaient face à des défis complexes. Les propriétaires identifiés en 1871 travaillaient dans un environnement qui changeait sans cesse. Leur survie dépendait donc de leur capacité à faire face à la concurrence de produits faits ailleurs et dont les prix sur le marché local variaient selon l’état des récoltes, l’évolution de la technologie, les cycles économiques locaux et internationaux, l’évolution des coûts des transports et d’autres éléments qu’ils ne pouvaient contrôler et qu’un tourneur ou un forgeron local ne pouvaient de toute façon pas connaître. Les dirigeants de certaines de ces entreprises (les fonderies en sont un bon exemple) avaient le souci supplémentaire d’avoir à recruter des travailleurs spécialisés et de garder le contact avec les changements rapides qui survenaient dans les produits métallurgiques. Ces défis n’étaient pas différents de ceux auxquels les autres firmes devaient faire face mais les exigences étaient rendues plus complexes par le fait qu’elles utilisaient plus d’une technologie, qu’elles intervenaient sur le marché de plus d’un produit et qu’elles utilisaient souvent des matériaux et des formes de travail plus diversifiés.
17 La propriété personnelle était, de loin, la forme d’organisation la plus commune. Le mot « compagnie » – ou son abréviation – apparaît dans seulement 2 % des mentions. On compte de plus 3 % des noms qui font référence à un partenariat. Une recherche manuelle des établissements identifiés comme des compagnies ou des partenariats révèle seulement 30 firmes qui opéraient dans plus d’un district de recensement. Environ 2 300 noms de propriétaires apparaissent dans plus d’un district de recensement, mais la plupart d’entre eux sont des individus distincts qui partagent le même nom plutôt que des propriétaires agissant dans plusieurs endroits à la fois. À cinq ou six exceptions près, un lieu de résidence séparé a été identifié pour tous les membres d’un échantillon de 300 noms de propriétaires qui revenaient plus d’une fois dans la province de l’Ontario. Cela suggère qu’au plus 2 à 3 % des noms récurrents désignent une personne agissant sur plusieurs sites plutôt que des personnes différentes qui portaient le même nom. L’extrapolation de cette constatation à l’ensemble de tous les noms récurrents, compte tenu des 30 compagnies et partenariats que nous avons déjà évoqués, montre que moins d’une centaine d’entreprises multisites existaient en 1871. Nous pouvons en conclure que l’activité multisite dépassant le cadre d’un district de recensement était rare.
18 Presque toutes les entreprises multisites connues transformaient des matériaux bruts locaux ou participaient à leur transformation. Les compagnies minotières ou les compagnies de scieries représentent en gros la moitié de tous les exemples connus. Nous pouvons mentionner aussi les mines de Nouvelle-Écosse, les conserveries de poisson qui opéraient dans la baie de Fundy et en Gaspésie, les fromageries de l’Ontario, la Canada Peat Fuel Company, qui faisait fonctionner deux usines dans les campagnes du Québec, un tonnelier du comté d’Oxford, qui faisait fabriquer ses propres tonneaux dans le comté de Perth, et une compagnie de construction d’Hamilton qui possédait sa propre briqueterie. Une poignée de compagnies multisites installées en ville travaillait le cuir et les fourrures. Enfin, les seules compagnies multisites qui n’étaient pas engagées dans l’extraction ou la transformation d’une ressource étaient les compagnies de chemins de fer Great Western et Grand Trunk, qui, bien sûr, tiraient une grande partie de leurs bénéfices du transport de matières premières.
19 Si l’on excepte ces cas, l’industrie canadienne était confortablement installée dans le monde du proprietary capitalism [32] [32] Philip Scranton, Proprietary Capitalism, Cambridge, Cambridge...
suite. Il n’est donc pas surprenant que la production ait été généralement menée à une relativement petite échelle. En moyenne, les entreprises de la plupart des secteurs d’activité employaient moins de cinq travailleurs (tab. 1). Seules les imprimeries et les entreprises d’édition étaient plus grandes, employant en moyenne 13 travailleurs. Les femmes et les enfants constituaient un cinquième de la force de travail industriel, mais leur part variait considérablement selon les secteurs d’activité. Environ la moitié des travailleurs du textile et presque les quatre cinquièmes des travailleurs de l’habillement étaient des femmes ou des enfants. Les entreprises qui travaillaient principalement avec le bois et le métal employaient les proportions les plus faibles de femmes et d’enfants, et, dans ces cas, il s’agissait la plupart du temps de jeunes garçons.
Tab. 2 - Principales caractéristiques des propriétaires d’entreprises de l’Ontario et de leurs ménages
20 Dans la plupart des cas, nous pouvons savoir si le propriétaire de ces entreprises était un homme ou une femme. Les différences de sexe étaient alors très marquées. Les établissements dirigés par une femme étaient en moyenne plus petits ; ils étaient moins susceptibles d’utiliser l’énergie mécanique ; ils dépendaient davantage du travail des femmes et des enfants ; ils tendaient, enfin, à être moins ruraux que les établissements dirigés par un homme. La nature rurale ou urbaine de chaque établissement est déduite de la densité de la population dans le sous-district de recensement concerné. Les sous-districts étaient plutôt petits : la plupart étaient des quartiers urbains, ainsi que des paroisses ou des villages ruraux. Si la densité de la population de la localité où est situé un établissement est considérée comme une caractéristique de l’établissement lui-même, alors nous pouvons définir comme plutôt rurale une industrie dont les établissements sont installés dans des zones où la densité de la population est basse. Le secteur de l’habillement, par exemple, est très urbain alors que le secteur du tissu ou du textile est très rural comme l’indiquent les données du tableau 1.
21 Le contraste entre l’habillement et le textile réapparaît dans le tableau 2 qui décrit les propriétaires industriels et leurs familles. Il a été construit en reliant le questionnaire industriel avec les autres questionnaires de 1871 sur les données personnelles, sur la propriété des ménages et sur l’activité agricole. Nous avons fait le lien pour l’ensemble des propriétaires féminins et pour un dixième des propriétaires masculins de l’Ontario. La plupart des propriétaires féminins produisaient des tissus ou des vêtements. Les tisserands étaient moins urbains que les couturières, et plus enclins à vivre dans un ménage qui possédait de la terre et qui fabriquait une partie de l’année seulement. Ils étaient également plus vieux ; ils avaient des familles plus grandes ; ils étaient davantage susceptibles d’être nés en Amérique du Nord, d’être le chef de famille (c’est-à-dire d’être mentionnés en premier dans le recensement), ou d’avoir le même nom que le chef de famille. L’industrie du tissu était dominée par des femmes qui vivaient dans des ménages d’agriculteurs, et qui y travaillaient de manière saisonnière, alors que la fabrication de vêtements et la couture étaient des activités pratiquées par des femmes urbaines qui travaillaient toute l’année dans ce secteur. Les fabricantes de vêtements et les couturières étaient davantage enclines à assumer le statut de travailleuses, si l’on en croit les résultats de l’enquête sur les professions.
22 Les hommes propriétaires figurent dans une plus vaste gamme d’industries que les femmes et ils tendent à s’inscrire entre les deux extrêmes que représentent les tisserands et les couturières en ce qui concerne les indicateurs associés à la ruralité (densité, saisonnalité, possession d’une maison ou d’une ferme, taille du ménage). En moyenne, les hommes étaient plus âgés que les femmes propriétaires, plus susceptibles d’être mariés et d’être inscrits en tête du ménage, et moins susceptibles d’être nés au Canada. Ils étaient également plus enclins que les femmes à indiquer une profession quoiqu’il s’agisse moins fréquemment d’une profession industrielle. Les propriétaires, hommes ou femmes, vivaient généralement avec leurs familles et travaillaient à proximité. Leur expérience du travail devait tourner dans une très large mesure autour de leurs familles. Et la plupart d’entre eux habitaient dans un monde plutôt rural : les deux tiers environ vivaient dans des ménages qui possédaient ou louaient des terres agricoles.
23 Le tableau 3 donne des informations supplémentaires sur les caractéristiques de la production pour les différents types d’industries. Nous avons divisé celles-ci en trois grands secteurs selon leurs tendances à utiliser l’énergie mécanique (vapeur ou eau). Les industries manuelles sont celles où pas plus de 5 % des entreprises utilisent l’énergie venue de la vapeur ou de l’eau. Le deuxième secteur (power industries) est celui où plus des deux tiers des entreprises usent de l’énergie venue de la vapeur ou de l’eau. Entre les deux, un secteur mixte réunit les industries qui ont une tendance moins marquée à utiliser l’énergie mécanique [33] [33] Précisons que ces catégories décrivent l’industrie...
suite.
Tab. 3 - Les principales caractéristiques des différents types d’industries
24 Une entreprise typique du deuxième groupe tend à être plus grande que les autres entreprises. La firme moyenne dans les industries manuelles a 3,6 travailleurs contre 8,1 dans le deuxième secteur. Néanmoins, il y a des variations considérables dans la taille des établissements au sein de chaque secteur. Cela reflète incontestablement les implications technologiques des matériaux et des processus mis en œuvre par chaque établissement qui étaient, au moins en partie, indépendants de la source d’énergie. Une autre influence était la mesure dans laquelle l’industrie était située dans un environnement rural ou dans un environnement urbain. À l’intérieur de chaque industrie, les établissements ruraux étaient plus petits. La dernière colonne du tableau 3 indique également que les industries qui étaient davantage centrées sur les villes tendaient à travailler au moins onze mois dans l’année, alors que les entreprises rurales étaient souvent inactives durant une partie de l’année en raison des variations saisonnières des cours d’eau, de l’approvisionnement en matériaux et de la demande de travail pour l’agriculture ou l’exploitation des forêts [34] [34] Larry D. McCann, « “Living a Double Life”… »,...
suite.
mues par l’énergie mécanique soit par la vapeur soit par l’eau. Les hand industries sont celles
dont moins d’un dixième des entreprises sont mues par l’énergie mécanique. Entre 0.1 et 0.67 des
entreprises utilisent l’énergie mécanique dans les mixed industries. Les industries qui sont
détaillées sont les plus nombreuses dans chaque catégorie. La densité est exprimée en personne
par mile carré pour le sous-district où l’entreprise est située. Une entreprise « urbaine » est située
dans les sous-districts avec plus de 2000 personnes par mile carré.
25 Les modalités de l’industrie canadienne étaient donc spécifiques, en partie à cause de la faible densité de population, et aussi parce que certaines matières premières, comme le bois, étaient bon marché dans l’environnement relativement rural du Canada. Les droits de douane américains sur les importations ont également joué un rôle important car ils empêchaient les fabricants canadiens de vendre leurs produits sur le marché américain, vaste et en pleine croissance. À de rares exceptions près, les entreprises canadiennes desservaient les marchés locaux, qui étaient, heureusement, eux-mêmes en expansion. Les revenus étaient plus bas qu’aux États-Unis et la densité de population était plus faible mais, eux aussi, étaient en expansion [35] [35] Alan Green et M. C. Urquhart, « Estimates of Output Growth...
suite. En conséquence, l’industrie canadienne croissait sur un rythme modéré et la structure de l’activité économique évoluait selon un modèle prévisible. Une demande croissante pour les biens manufacturés encourageait les industries locales à se développer et augmentait la part de l’industrie dans l’ensemble de l’activité économique.
26 Le mécontentement causé par le rythme de la croissance industrielle a fini par déclencher une intervention politique qui a eu des répercussions sur la politique économique canadienne. La Grande-Bretagne et les États-Unis, chacun à sa façon, étaient devenus des puissances économiques et militaires majeures en partie parce que leur croissance industrielle était très vigoureuse. Le Canada a donc naturellement cherché à imiter l’expérience de ses plus proches voisins. La dépression économique des années 1870 et le développement de l’émigration vers les États-Unis ont accentué les pressions pour accélérer la croissance de l’industrie. Finalement, en 1878, un gouvernement national nouvellement élu a introduit une politique systématique de subventions à l’industrie canadienne. L’élément le plus important en a été l’augmentation spectaculaire des droits de douanes sur les importations qui prévoyait de taxer lourdement à leur entrée au Canada les produits manufacturés en provenance de Grande-Bretagne et des États-Unis [36] [36] Ben Forster, A Conjunction of Interests : Business, Politics,...
suite. Le tarif douanier était destiné à augmenter les prix domestiques de sorte que les fabricants canadiens puissent concurrencer avec succès les produits étrangers sur le marché national. Les entreprises les plus efficaces pouvaient ainsi espérer un taux de profit plus élevé alors que celles qui étaient moins performantes pourraient survivre et peut-être même se développer grâce à cette incitation aux hauts prix. Les politiciens espéraient que la croissance des emplois industriels renverserait ou, au moins, ralentirait le départ des Canadiens vers les emplois américains.
27 Quoique son objectif ait été clair, les résultats de cette politique sont controversés. Au cours des premières années de la décennie 1880, les investissements dans l’industrie se sont intensifiés et l’emploi s’est développé. Néanmoins, le boom a été de courte durée [37] [37] T. W. Acheson, « The National Policy and the Industrialization...
suite. Dix ans après la loi, il ne semble pas que l’emploi industriel ait été plus développé qu’il ne l’aurait été si elle n’avait pas été votée. Quelques secteurs bien précis ont sans doute profité du tarif douanier. La fabrication de fer et d’acier primaires en est, sans doute, le meilleur exemple [38] [38] Kris Inwood, « Local Control. Resources and the Nova...
suite. La politique gouvernementale a aidé à établir cette industrie dans les années 1880 et 1890. Elle était particulièrement importante dans la région Atlantique mais relativement petite dans le contexte général du secteur industriel. 39Tab. 4
suite
Note : Le nombre approximatif des émigrants de plus de cinq ans nés dans les provinces est exprimé comme
un pourcentage du nombre de la population au début de la décennie. Nous estimons les migrations nettes en
appliquant l’estimation de la mortalité pour chaque catégorie d’âge, de manière à prédire la population encore
en vie dix ans après (voir R. Bourbeau, J. Légaré, J. et V. Édmond, New Birth Cohort Life Tables for Canada
and Quebec, 1801-1991, Ottawa, Statistics Canada, 1997). La différence résiduelle entre la population
observée et la population prévue représente la migration nette. Les modalités des migrations féminines, qui ne
sont pas représentées dans le tableau, suivent de près celles des hommes.
28 Les hommes politiques des partis d’opposition ont également répété, à cette époque, que le courant d’émigration avait augmenté et non pas diminué après 1879. Si les effets du tarif douanier sur l’emploi devaient être de garder les Canadiens à la maison, cela a été un échec. Les estimations du taux net d’émigration sont indiquées dans le tableau 4. Le taux net d’émigration a cru dans les années 1870 et dans les années 1880 partout dans l’Est canadien. À partir des années 1890, l’exode a atteint des taux à deux chiffres, même dans l’Ontario, où les salaires et les revenus étaient plus élevés et l’expansion industrielle plus importante. Qu’est-ce qui explique cette augmentation ? Naturellement, l’expansion rapide de l’économie des États-Unis attirait beaucoup de travailleurs, et pas seulement du Canada. Il est aussi possible, cependant, que les rigidités induites par le tarif douanier aient abaissé les revenus au moins de certains secteurs de la société et, en conséquence, fait du Canada un endroit moins intéressant où vivre. Les droits de douane ont été incontestablement un fardeau pour les familles de fermiers, qui, comme groupe social, n’en profitaient en rien et qui devaient cependant payer les produits manufacturés à un prix renchéri. La création de nouvelles possibilités d’emplois industriels pouvait bien sûr compenser ces effets négatifs mais, aujourd’hui, les historiens ont certaines difficultés à trouver la trace de ces éventuels nouveaux jobs [40] [40] John Dales, The Protective Tariff in Canada’s Economic...
suite. En fait, il y a peu de raisons de penser que l’emploi s’est accru et que l’industrialisation a suffisamment accéléré pour compenser les effets négatifs des tarifs douaniers sur les produits industriels.
29 Les grandes dimensions de l’industrialisation canadienne durant les années 1870 et 1880 apparaissent clairement dans les tableaux 5 et 6. Le nombre des entreprises industrielles a cru nettement dans tous les secteurs et dans toutes les parties du pays [41] [41] Les données des tableaux 5 et 6 sont organisées d’une...
suite. La taille moyenne des lieux de travail a également tendu à augmenter quoique dans ce domaine les expériences aient été très variables. Par exemple, la taille des boulangeries a considérablement augmenté, alors que la taille des moulins à farine est demeurée stable. Les tanneries se sont développées, alors que les fabriques de chaussures ou de harnais ne l’ont pas fait. Les moulins pour le bois de construction, ou les autres types de bois, ont augmenté en taille à la différence des ateliers de charpentiers ou de tonneliers. Quoique l’industrie ait été en croissance, même les industries qui se développaient le plus vite ne pouvaient de toute façon rivaliser avec le rythme de l’expansion au sud de la frontière [42] [42] Alfred D. Chandler Jr. , The Visible Hand : The Managerial...
suite.
30 L’évolution de la productivité des années 1870 aux années 1890 présente une configuration plus complexe. La productivité du travail s’est améliorée dans presque toutes les secteurs industriels même si les données du tableau 6 montrent des disparités très marquées entre les secteurs et entre les régions. Dans la plupart des industries, la croissance de la productivité dans les provinces atlantiques du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse est restée inférieure à celle de l’Ontario et du Québec. Il y a eu beaucoup de travaux sur les différences régionales qu’a connues l’industrie canadienne à ses débuts [43] [43] Kris Inwood, « Maritime Industrialization from 1870 to...
suite. Un des objectifs du tarif douanier était justement de les réduire, en particulier en aidant l’industrie des régions atlantiques qui, à l’époque de l’union politique de 1867, étaient handicapées par une faible productivité du travail. Le tarif a pu contribuer à une expansion de la production et de l’emploi dans ces régions mais nous ne voyons pas de preuve qu’il ait aidé à réduire le fossé entre les régions en ce qui concerne la productivité.
Tab. 5 - Nombre, taille et saisonnalité des établissements industriels, par industrie et par région, Canada, 1870 et 1890
Tab. 6 - L’évolution entre 1870 et 1890 du nombre des travailleurs, de la production et de la productivité du travail dans l’industrie canadienne par région et par secteur industriel
31 La petite taille relative des entreprises des régions atlantiques est restée un désavantage dans la plupart des industries, mais pas dans toutes. En réalité, le caractère encore relativement rural de la société canadienne, dans l’ensemble du pays et dans la plupart des industries, limitait sans aucun doute la taille des entreprises et ralentissait la croissance de la productivité. Les usines canadiennes n’étaient pas capables de payer les mêmes salaires ou d’assurer le même retour sur investissement que les usines installées dans les régions les plus peuplées des États-Unis parce qu’elles étaient incapables d’obtenir les rendements associés à la production de masse [44] [44] Jeremy Atack, « Industrial Structure… », op. cit. ;...
suite. En conséquence, les salaires et les revenus étaient plus bas et le Canada, avant 1901, a été incapable d’attirer une part significative des flux migratoires transatlantiques et d’empêcher qu’une part substantielle de ses habitants n’émigre aux États-Unis.
32 Il est normal de regarder l’industrie canadienne par rapport à l’industrialisation des États-Unis ou de l’Europe. Le succès industriel de l’Europe au cours du XIXe siècle a souvent été lié à l’utilisation massive de travailleurs manuels qualifiés. Ce modèle a été difficile à adopter dans le contexte nord-américain où les salaires étaient élevés et cela a été un problème particulièrement épineux pour un pays situé dans un endroit du continent relativement éloigné des grands centres d’innovations et de la mode. Par ailleurs, l’historiographie de la croissance américaine a eu tendance à mettre l’accent sur les effets de l’abondance des ressources naturelles et des déplacements de la frontière vers l’ouest. Malheureusement, le modèle américain a été difficile à adopter au Canada parce qu’il était moins doté de ressources naturelles, et parce qu’il disposait de marchés plus petits. L’expérience canadienne est le reflet d’un environnement différent en ce qui concerne les ressources naturelles et les institutions, mais aussi de sa proximité avec les États-Unis, de l’existence de tarifs douaniers dans les deux pays, et de l’établissement de modèles démographiques qui ont soutenu un développement de l’industrie sans la transformation qualitative qui aurait pu garder plus de Canadiens à la maison. Dans ce sens, l’expérience canadienne est un autre exemple à l’appui de la théorie selon laquelle il y a de multiples chemins vers l’industrialisation [45] [45] Charles F. Sabel et Jonathan Zeitlin, « Historical Alternatives...
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Notes
[ 1] Outre les références citées en note, on consultera : T. S. Ashton, The Industrial Revolution, 1760-1830, Oxford, Oxford University Press, 1948 ; Jeremy Atack, Estimates of Economies of Scale in Nineteenth-Century United States Manufacturing, New York, Garland, 1985 ; Maxine Berg et Pat Hudson, « Rehabilitating the Industrial Revolution », Economic History Review, vol. XLV, n° 1, février 1992, p. 24-50 ; R. Bourbeau, J. Légaré, J. et V. Édmond, New Birth Cohort Life Tables for Canada and Quebec, 1801-1991, Ottawa, Statistics Canada, 1997 ; David Jeremy, Transatlantic Industrial Diffusion : The Diffusion of Textile Technologies between Britain and America, 1790-1830s, Cambridge and North Andover, Merrimack Valley Textile Museum et MIT Press, 1981 ; Alfred Marshall, Industry and Trade, London, MacMillan, 1923, 4e éd. ; Viken Tchakerian, « Productivity, Extent of Markets, and Manufacturing in the Late Antebellum South and Midwest », Journal of Economic History, vol. 54, n° 3, septembre 1994, p. 497-525 ; United-States, Ninth Census 1870, Instructions to Assistant Marshals, Washington, GPO, 1870 ; G. N. von Tunzelman, Steam Power and British Industrialization to 1860, Oxford, Oxford University Press, 1978 ; E. A. Wrigley, Continuity, Chance and Change : The Character of the Industrial Revolution in England, Cambridge, Cambridge University Press, 1988.
[ 2] Entre 1861 et 1901, la population des quatre provinces fondatrices du Canada est passée de 3,1 à 4,6 millions d’habitants. Les nouvelles provinces de l’Île du Prince Edward, de la Colombie Britannique, du Manitoba, de l’Alberta et du Saskatchewan ont ajouté 0,7 millions d’habitants en 1901.
[ 3] Ian M. Drummond, Progress without Planning : the Economic History of Ontario from Confederation to the Second World War, Toronto, University of Toronto Press et l’Ontario Historical Society, 1987 ; Jean Hamelin et Yves Roby, Histoire économique du Québec, 1851-1896, Montréal, Fides, 1971 ; Doug McCalla, Planting the Province : The Economic History of Upper Canada, 1784-1870, Toronto, University of Toronto Press, 1993 ; S. A. Saunders, The Economic History of the Maritime Provinces, T. W. Acheson (éd.), Fredericton, Acadiensis, 1984 [1939].
[ 4] Kris Inwood et Tim Sullivan, « Nineteenth Century Ontario in its Regional Context », Canadian Papers in Business History, vol. II, 1993.
[ 5] Kris Inwood et Jim Irwin, « Canadian Regional Commodity Income Differentials at Confederation », dans Kris Inwood (éd.), Farm, Factory and Fortune : New Essays in the Economic History of the Maritimes, Fredericton, Acadiensis Press, 1993, p. 93-120.
[ 6] Gérard Bouchard, « Co-intégration et reproduction de la société rurale », Recherches sociographiques, XXIX, n° 2-3, 1988, p. 283-312 ; Larry D. McCann, « “Living a Double Life” : Town and Country in the Industrialization of the Maritime », dans Douglas Day (éd.), Geographical Perspectives on the Maritime Provinces, Halifax, Goresbrook Institute, 1988, p. 93-113 ; Larry D. McCann, « Seasons of Labor : Family, Work and Land in a Nineteenth-Century Nova Scotia Shipbuilding Community », The History of the Family, vol. 4, 1999, p. 485-527.
[ 7] Rusty Bittermann, « Farm Households and Wage Labour in the Northeastern Maritimes in the Early Nineteenth Century », dans Danny Samson (éd.), Contested Countryside, Fredericton, Acadiensis Press, 1994, p. 34-69.
[ 8] John McCallum, Unequal Beginnings. Agriculture and Economic Development in Quebec and Ontario until 1875, Toronto, University of Toronto Press, 1980 ; Marvin McInnis, « The Early Wheat Staple Reconsidered », Canadian Papers in Rural History, vol. VIII, 1992, p. 17-48.
[ 9] C. Knick Harley, « Transportation, the World Wheat Trade and the Kuznets Cycle, 1850-1913 », Explorations in Economic History, vol. 17, 1980, p. 218-50.
[ 10] Marvin McInnis, « Women, Work and Childbearing : Ontario in the Second Half of the Nineteenth Century », Histoire sociale/Social History, vol. XXIV, n° 48, novembre 1991, p. 237-263. Nous devons admettre cependant qu’une hausse séculaire du pourcentage des femmes dans la population adulte compensa en partie la baisse de la part des femmes mariées dans la population adulte. Dans les parties les plus anciennement peuplées de l’Amérique du Nord, la fertilité a décliné d’une manière bien plus précoce ; voir Brian Berry, « From Malthusian Frontier to Demographic Steady State in Concord, 1635-1993 », Population and Development Review, vol. 22, n° 2, juin 1996, p. 207-230.
[ 11] Gérard Bouchard, « Family Reproduction in New Rural Areas : Outline of a North American Model », Canadian Historical Review, vol. LXXV, n° 4, 1994, p. 475-510 ; David Gagan, Hopeful Travellers : Families, Land and Social Change in Mid-Victorian Peel County, Canada West, Toronto, University of Toronto Press, 1981.
[ 12] Gérard Bouchard, « Mobile Population, Stable Communities : Social and Demographic Processes in the Rural Parishes of the Saguenay, 1840-1911 », Continuity and Change, vol. 6, n° 1, 1991, p. 59-86 ; Alan Brookes, « Outmigration from the Maritime Provinces, 1860-1900 », Acadiensis, vol. 5, n° 2, 1976, p. 26-56 ; Marvin McInnis, « Immigration and Emigration : Canada in the Late Nineteenth Century », dans Tim Hatton et Jeffrey Williamson (éd.), Migration and the International Labour Market, London, Routledge, 1994, p. 139-156.
[ 13] W. H. Drummond, « Canadian Agricultural Developments, 1850-1900 », communication présentée au National Bureau of Economic Research, lors de la Conference on Research in Income and Wealth, septembre 1957 ; Bill Marr, « The Wheat Economy in reverse : Ontario’s Wheat Production 1887-1917 », Canadian Journal of Economics, 14, n° 1, février 1981, p. 133-145 ; Marvin McInnis, « The Changing Structure of Canadian Agriculture, 1867-1897 », Journal of Economic History, vol. 41, n° 1, mars 1982, p. 191-198.
[ 14] Mary Gregson, « Rural Response To Increased Demand : Crop Choice in the Midwest, 1860-1880 », Journal of Economic History, vol. 53, n° 2, juin 1993, p. 332-345.
[ 15] Chad Gaffield, « Boom and Bust : The Demography and Economy of the Lower Ottawa Valley », Canadian Historical Association, Historical Papers, 1982 ; Kenneth Kelly, The Agricultural Geography of Simcoe County, Ontario, Ph. D., University of Toronto, 1968, p. 84-116.
[ 16] Marjorie Griffith Cohen, Women’s Work : Markets and Economic Development in Nineteenth Century Ontario, Toronto, University of Toronto Press, 1988 ; Kris Inwood et Phyllis Wagg, « The Survival of Handloom Weaving in Rural Canada circa 1870 », Journal of Economic History, vol. 53, n° 2, juin 1993, p. 346- 358.
[ 17] Le tissage par les métiers actionnés à la main en est l’exemple le plus connu. Voir Geoffrey Timmins, The Last Shift : The Decline of Handloom Weaving in Nineteenth-Century Lancashire, Manchester, Manchester University Press, 1993.
[ 18] Julian Hoppit, « Counting the Industrial Revolution », Economic History Review, vol. XLIII, n° 2, mai 1990, p. 173-193.
[ 19] Richard Rodger, « Concentration and Fragmentation : Capital, Labour and the Structure of Mid-Victorian Scottish Industry », Journal of Urban History, vol. 14, n° 2, février 1988, p. 178-213.
[ 20] V. A. C. Gattrell, « Labour, Power and the Size of Firms in the Lancashire Cotton in the Second Quarter of the Nineteenth Century », Economic History Review, vol. XXX, n° 1, février 1977, p. 95-139.
[ 21] John Kanefsky, « Motive Power in British Industry and the Accuracy of the 1870 Factory Return », Economic History Review, 1979, n° 3, août 1979, p. 360-375.
[ 22] Jeremy Atack, « Industrial Structure and the Emergence of the Modern Industrial Corporation », Explorations in Economic History, vol. 22, n° 1, janvier 1985, p. 29-52 ; Jeremy Atack, « Economies of Scale and Efficiency Gains in the Rise of the Factory in America, 1820-1900 », dans Peter Kilby (éd.), Quantity and Quiddity. Essays in U. S. Economic History, Middletown, Conn., Wesleyan University Press, 1987, p. 286- 335 ; Kris Inwood, « The Representation of Industry in the Canadian Census, 1871-91 », Histoire sociale/ Social History, vol. 28, novembre 1995 ; Ken Sokoloff, « Was the Transition from the Artisanal Shop to the Non-mechanized Factory Associated with Gains in Efficiency ? », Explorations in Economic History, vol. 21, n° 4, octobre 1984, p. 351-382.
[ 23] United-States, Ninth Census, Volume III, The Statistics of the Wealth and Industry of the United States, Washington, GPO, 1872.
[ 24] United-States, Twelfth Census, Volume VII, Report on Manufactures, Part I, Washington, GPO, 1901, p. XXXII.
[ 25] United-States, Twelfth Census… , op. cit., p. XXXIX. Voir aussi John B. Jentz, « A Note on Evaluating the Errors in the Gilded Age Manufacturing Census : The Problem of the Hand Trades », Historical Methods, vol. 15, n° 2, printemps 1982, p. 79-81. Les responsables du recensement déploraient également que leur enquête négligeait beaucoup de petites firmes dont la production dépassait cependant le seuil fixé.
[ 26] Canada, Manual Containing the Census Act and Instructions to Officers, Department of Agriculture, Sessional Papers, 64, 1871.
[ 27] Kris Inwood, « The Representation of Industry… », op. cit., passim.
[ 28] Kris Inwood et Phyllis Wagg, « The Survival of Handloom Weaving… », op. cit., passim.
[ 29] Kris Inwood, « The Representation of Industry… », op. cit., passim.
[ 30] Gordon Bertram, « Historical Statistics on Growth and Structure in Manufacturing in Canada, 1870- 1957 », dans J. Henripin et A. Asimakopulos (éd.), Conferences on Statistics 1962 and 1963, Toronto, University of Toronto Press, 1964, p. 93-152.
[ 31] Les fonderies, les forges et les industries manuelles basées sur le bois produisaient toutes une gamme très variée de produits. Les charpentiers et les forgerons travaillaient habituellement à la fois le bois et le fer ; ils fabriquaient et réparaient un vaste ensemble d’équipements de transports (et leurs composantes), d’outils et de machines agricoles, d’outils manuels pour des usages variés, des matériaux et des pièces de construction, des machines à bois (et leurs composantes), des échelles, des métiers à tisser, etc. Même dans les industries plus spécialisées, la plupart des établissements indiquaient fabriquer des produits qui, s’ils apparaissaient séparément, auraient mérité d’être assignés à des industries différentes (Canada, Census, Industrial Tables, 1891, vol. III). En fait, dans la base de données pour le recensement de 1871, chaque établissement s’est vu assigner un groupe industriel en fonction de sa production principale (ou de la gamme principale de sa production). Si l’enquête indique une production additionnelle qui mériterait une autre assignation industrielle, l’entreprise a été cataloguée comme non-spécialisée.
[ 32] Philip Scranton, Proprietary Capitalism, Cambridge, Cambridge University Press, 1983.
[ 33] Précisons que ces catégories décrivent l’industrie à laquelle l’entreprise est associée plus que l’entreprise elle-même. Environ 3 % des entreprises dans le secteur utilisant l’énergie venue de la vapeur ou de l’eau continuaient à s’appuyer uniquement sur le travail humain ou animal comme le faisaient plus de 70 % des entreprises du secteur mixte.
[ 34] Larry D. McCann, « “Living a Double Life”… », op. cit. et Larry D. McCann, « Seasons of Labor… », op. cit., passim.
[ 35] Alan Green et M. C. Urquhart, « Estimates of Output Growth in Canada : Measurement and Interpretation », dans D. McCalla et M. Huberman (éd.), Perspectives on Canadian Economic History, 2e éd., Toronto, Copp Clark, 1993, p. 158-176 ; M. C. Urquhart, « New Estimates of Gross National Product, Canada, 1870- 1926 : Some Implications for Canadian Development », dans S. Engerman et R. Gallman (éd.), Long-Term Factors in American Economic Growth, Chicago, University of Chicago Press, 1986, p. 9-88.
[ 36] Ben Forster, A Conjunction of Interests : Business, Politics, and Tariffs, 1825-1879, Toronto, University of Toronto Press, 1986.
[ 37] T. W. Acheson, « The National Policy and the Industrialization of the Maritimes », Acadiensis, vol. I, n° 2, printemps 1972, p. 1-28.
[ 38] Kris Inwood, « Local Control. Resources and the Nova Scotia Steel and Coal Company », Historical Papers/Communications historiques, 1986, p. 254-282.
[ 39] Les principales destinations des Canadiens du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et du Québec étaient la Nouvelle-Angleterre, en particulier les centres industriels du Massachusetts, et New-York. On observe également une migration importante de Canadiens-Français vers le Michigan car ils suivaient le commerce du bois d’œuvre. Les Canadiens de l’Ontario se sont, quant à eux, déplacés en grand nombre vers des destinations situées plus à l’ouest comme l’Ohio, l’Illinois, le Michigan et le Wisconsin. Même si les migrations ont eu tendance à se concentrer vers un ensemble de lieux précis, les mouvements des Canadiens se sont déployés vers un grand nombre de destination de l’Ouest américain d’une manière comparable à ceux des Américains des États de l’Est se rendant dans les États du Mid-West et de l’Ouest.
[ 40] John Dales, The Protective Tariff in Canada’s Economic Development, Toronto, University of Toronto Press, 1966 ; John Dales, « National Policy Myths, Past and Present », Journal of Canadian Studies, vol. 14, n° 3, 1979, p. 92-110.
[ 41] Les données des tableaux 5 et 6 sont organisées d’une manière différente de celle des tableaux précédents de manière à permettre une comparaison entre les calculs pour 1871 préparés pour cet article avec les calculs pour 1891 fait au XIXe siècle : les originaux du recensement industriel de 1891 n’ont pas été conservés.
[ 42] Alfred D. Chandler Jr., The Visible Hand : The Managerial Revolution in American Business, Cambridge, Harvard University Press, 1977 ; Alfred D. Chandler Jr., Scale and Scope, Cambridge, Harvard University Press, 1990.
[ 43] Kris Inwood, « Maritime Industrialization from 1870 to 1910 : A Review of the Evidence and Its Interpretation », Acadiensis, vol. XXI, n° 1, automne 1991, p. 132-155.
[ 44] Jeremy Atack, « Industrial Structure… », op. cit. ; Bruce Laurie et Mark Schmitz, « Manufacturing and Productivity, The Making of an Industrial Base, Philadelphia, 1850-80 », dans Theodore Hershberg (éd.), Philadelphia, Oxford University Press, 1981, p. 43-92 ; Ken Sokoloff, « Was the Transition… », op. cit., passim.
[ 45] Charles F. Sabel et Jonathan Zeitlin, « Historical Alternatives to Mass Production », Past and Present, vol. 108, août 1985, p. 133-176 ; Charles F. Sabel et Jonathan Zeitlin, A World of Possibilities : Flexibility and Mass Production in Western Industrialization, New York, Cambridge University Press, 1997 ; Philip Scranton, « Diversity in Diversity : Flexible Production and American Industrialization, 1880-1930 », Business History Review, vol. 35, 1991, p. 27-90 ; Idem, Endless Novelty : Specialty Production and American Industrialization 1865-1925, Princeton, N. J., Princeton University Press, 1997.
Résumé
Même à la fin du XIXe siècle, la société de l’Est canadien était relativement rurale. Il n’y avait pas de grandes villes, les densités de la population campagnarde étaient basses, et beaucoup de Canadiens ont émigré entre l’union politique de 1867 et le milieu des années 1890. Il n’est donc pas surprenant que la plupart des établissements manufacturiers aient été de petite taille. L’énergie de la vapeur n’était pas très utilisée. Le bois demeurait le principal matériau de l’industrie. La politique protectionniste du gouvernement a probablement autant retardé le développement industriel qu’elle ne l’a favorisé. L’industrie manufacturière survivait et même se développait dans un environnement compétitif en adaptant de façon sélective les technologies de la révolution industrielle et en opérant avec un ratio capital/travail plus bas qu’aux États-Unis. Les établissements industriels demeuraient, dans une large mesure, insérés dans les activités de familles qui continuaient à pratiquer l’agriculture, la pêche ou l’exploitation des forêts. La flexibilité dont elles faisaient preuve leur permettait de répondre au mieux aux défis extérieurs qui leur étaient posés. Il y a eu quelques variations régionales au cours des années 1870 et 1880 mais la plupart des industries ont été capables de faire croître la taille des établissements et d’améliorer la productivité. L’expansion impressionnante du secteur manufacturier, alors que se posaient à lui d’importants défis, reflète le développement réussi d’une voie canadienne vers l’industrialisation.
Eastern Canadian society, even at the end of the nineteenth century, was still relatively rural in nature. There were no big cities, rural population densities were low, and more people emigrated than immigrated between the political union of 1867 and the mid 1890s. Not surprisingly, most manufacturing establishments remained small. Mechanical power was not widely used. Wood remained the dominant industrial material. A government policy of systematic industrial protection probably hindered as much as it helped. Manufacturing industry survived and even prospered in this challenging environment by selectively adapting the technologies of the industrial revolution and by operating with a lower capital-labour ratio than in the United States. To a large extent manufacturing remained embedded within families who maintained their commitments to agriculture, fishing and/or forestry. The multiple activities of these households provided valuable flexibility with which to respond to external challenge. There was some regional variation during the 1870s and 1880s but most industries were able to increase the size of individual establishments and to improve productivity. The impressive expansion of the manufacturing sector in the face of considerable challenge reflects the successful development of a distinctively Canadian pattern of industrialization.
POUR CITER CET ARTICLE
Kris INWOOD « L'industrialisation d'une société rurale : l'industrie canadienne à la fin du XIXe siècle », Histoire, économie & société 4/2008 (27e année), p. 109-132.
URL : www.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe-2008-4-page-109.htm.
DOI : 10.3917/hes.084.0109.














