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AuteurJean-Pierre POUSSOU du même auteur
PROFESSEUR ÉMÉRITE À L’UNIVERSITÉ DE PARIS-SORBONNELorsque François-Joseph Ruggiu m’a proposé, l’an passé, de mettre sur pied, avec lui, un numéro spécial d’Histoire, Économie et Société sur l’histoire du Canada, j’ai accepté aussitôt. En effet, contrairement à ce que l’on peut croire, elle reste mal connue dans notre pays. Certes, depuis un demi-siècle surtout – mais le souvenir ne s’en était jamais perdu, bien au contraire ! –, notamment depuis l’intervention célèbre du général de Gaulle à Québec, l’intérêt des Français pour la Nouvelle-France, l’attachement porté au Québec sont incontestables. Mais l’histoire générale du Canada, celle du Canada anglais ou anglophone restent largement terra incognita. Quant à l’histoire de la Nouvelle-France, ou à celle du Québec contemporain, elles sont le plus souvent très superficiellement et très imparfaitement connues, d’innombrables stéréotypes venant brouiller les connaissances. D’un côté, les idées fausses restent prédominantes, et il aura fallu attendre des ouvrages très récents pour que, par exemple, le rôle de Pierre du Gua des Monts et celui de Champlain soient réellement appréciés [1] [1] Voir M. Augeron et D. Guillemet (dir. ), Champlain ou les...
suite. De bons exemples en sont aussi le maintien de l’idée d’un empire français d’Amérique du Nord, malgré les travaux déjà anciens de W. J. Eccles [2] [2] Nombre d’ouvrages historiques continuent à parler d’un...
suite, ou encore l’ignorance de notre installation dans le pays des Illinois, pour ne pas citer le commerce des fourrures et l’histoire tout aussi intéressante que remarquable de la baie d’Hudson et de la Compagnie anglaise qui porte ce nom. D’un autre côté, des pans chronologiques entiers de cette histoire canadienne sont quasi entièrement laissés de côté : l’histoire du Canada anglais, celle du Québec entre 1763 et le milieu du XXe siècle… Et cela malgré un gros effort, depuis une génération, de la Société d’Études Canadiennes [3] [3] Fondée à Bordeaux en 1973, la très active Société...
suite qui, pour grouper avant tout des « anglicistes » qui ont été tout de suite ou sont devenus des « canadianistes », n’en contribue pas moins à une approche du Canada anglais qui n’a guère pignon sur rue parmi les historiens. Force est bien de le reconnaître : le public qui s’intéresse à l’histoire, mais aussi la plupart des étudiants français de cette discipline n’ont que peu d’ouvertures et peu de connaissances sur l’histoire du Canada après la Conquête [4] [4] Il n’en est pas de même pour la Nouvelle-France : voir,...
suite, n’en ont que de très partielles sur l’évolution contemporaine, et ignorent largement le travail remarquable qui est poursuivi depuis un demi-siècle dans les Universités francophones et anglophones du Canada, travail dont les apports sont déjà considérables. Nous avons là une histoire en plein renouvellement où les découvertes abondent. On peut certes dire que les historiographies anglaise, américaine et française ont souvent inspiré ces recherches, que nombre de nos collègues des deux Canadas [5] [5] J’utilise ici par pure commodité l’expression « les...
suite se sont formés aussi dans des Universités britanniques, américaines ou françaises ; mais on ne saurait s’en tenir là : il y a bien eu et il y a toujours dans les Universités des deux Canadas un travail autonome, dont les réussites sont de plus en plus évidentes.
2 Un simple numéro de revue, fut-il un numéro spécial, ne peut en donner qu’une idée partielle. Il me semble néanmoins que l’ouverture apportée par les pages qui suivent est d’importance. D’une part, nous y trouvons, à propos du corps amérindien et de la domesticité, des analyses tout à fait neuves qui renouvellent en profondeur notre approche de l’histoire de la Nouvelle-France, les unes étant l’œuvre d’une de nos collègues québécoises qui a pris place parmi les universitaires d’outre-atlantique à la pointe de la recherche historique, Sylvie Dépatie, d’autres le fruit d’une collaboration dans la direction de thèses entre S. Dépatie, L. Turgeon et moi-même (articles de St. Chaffray et d’A. Bessière) ; il s’y ajoute une synthèse interrogative et suggestive de F.-J. Ruggiu sur la noblesse de la Nouvelle-France, qui bouscule largement les points de vue courants. D’autre part, nous avons choisi d’attirer l’attention de nos lecteurs sur un domaine quasiment inconnu en France aujourd’hui : l’évolution économique du Canada anglais au XIXe siècle. Il s’agit essentiellement de l’Ontario, mais c’est cette province qui compte alors le plus, D. McCalla et K. Inwood ayant accepté de nous apporter deux vues synthétiques qui permettent de mieux connaître les travaux de premier plan que nous leur devons, K. Inwood précisant ce qu’a été l’industrialisation du Canada à la fin du XIXe siècle, D. McCalla proposant une vision tout à fait neuve de la mise en valeur de l’Ontario.
3 La diversité des six articles réunis ici constitue, par elle-même, une ouverture sur cette histoire en plein renouvellement ; elle offre ainsi un ensemble très large de pôles de référence. Nous remercions vivement, F.-J. Ruggiu et moi-même, le Comité éditorial de notre revue d’en avoir accepté le principe. Sa mise en œuvre me touche d’autant plus, qu’elle vient clore trente années d’un enseignement de l’histoire du Canada que j’ai donné à Bordeaux III puis à Paris-Sorbonne, et qu’elle se situe donc au moment où François-Joseph Ruggiu prend le relais de cet enseignement.
Notes
[ 1] Voir M. Augeron et D. Guillemet (dir.), Champlain ou les portes du Nouveau Monde : cinq siècles d’échanges entre le Centre-Ouest français et l’Amérique du Nord, La Crèche, Geste éditions, 2004 ; R. Litalien et D. Vaugeois, Champlain : la naissance de l’Amérique française, Sillery et Paris, Septentrion et Nouveau Monde éditions, 2004. Saluons au passage l’œuvre et l’action de R. Litalien, qui a tant œuvré pour mettre à la disposition des chercheurs les sources archivistiques et à laquelle nous devons notamment un remarquable ouvrage sur Les explorateurs de l’Amérique du Nord 1492-1795 (Québec, Septentrion, 1993) ; quant à D. Vaugeois il est à la fois l’auteur d’ouvrages historiques de qualité et un grand éditeur, à la tête des Éditions du Septentrion.
[ 2] Nombre d’ouvrages historiques continuent à parler d’un empire français à propos de l’implantation française, ce qui n’a plus aucun sens après l’article définitif à cet égard du très grand historien W. J. Eccles, intitulé « La mer de l’Ouest : outpost of Empire », dans Essays on New France (Toronto, Oxford University Press, 1987, p. 96-109), sans oublier, bien sûr, ses autres travaux sur la Nouvelle-France.
[ 3] Fondée à Bordeaux en 1973, la très active Société d’Études Canadiennes est présidée par le recteur Jean-Michel Lacroix dont le rôle a été considérable dans son développement.
[ 4] Il n’en est pas de même pour la Nouvelle-France : voir, par exemple, le récent ouvrage de synthèse de G. Havard et C. Vidal, Histoire de l’Amérique Française, nouv. éd., Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2006.
[ 5] J’utilise ici par pure commodité l’expression « les deux Canadas » pour rappeler l’existence d’un Canada anglais et/ou anglophone, et d’un Canada français et/ou francophone. Au demeurant, les collaborations sont fréquentes comme l’a montré la remarquable publication, en trois volumes, de l’Atlas Historique du Canada.
POUR CITER CET ARTICLE
Jean-Pierre POUSSOU « Présentation », Histoire, économie & société 4/2008 (27e année), p. 3-4.
URL : www.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe-2008-4-page-3.htm.
DOI : 10.3917/hes.084.0003.




