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Histoire & Sociétés Rurales

2001/1 (Vol. 15)


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Ernest Morin (1828-1900) a rédigé son mémoire de 1895 à 1899, selon ses propres termes, « au déclin de sa vie ». Il s’agissait pour lui, en relatant par le menu toute sa carrière d’exploitant agricole, de « propriétaire » comme on disait alors et pour longtemps encore, de fournir à ses successeurs les éléments d’expérience qui pouvaient les aider à bien diriger leur exploitation. Le message a été entendu, puisque son gendre Lucien de Andreïs (1842-1924) a décrit, de 1899 à 1918, la vie du domaine dont il avait hérité. Depuis, deux autres propriétaires se sont succédés, toujours dans la même famille, et la succession semble à ce jour assurée (tableau 1). Le testament moral d’Ernest Morin a donc été exécuté par ses héritiers, et ce maintien d’un patrimoine viticole dans une même famille, pendant un siècle et demi, suffirait à retenir l’attention et à justifier la publication. L’existence même de ce document est emblématique d’une viticulture de crises qui enfante dans la douleur les instruments de sa pérennité.

Tableau 1 - Ernest Morin dans son entourage généalogiqueTableau 1
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Mais Ernest Morin a toujours conçu son action comme allant au-delà du cadre strictement familial. À l’âge de 14 ans, lorsque survient la mort prématurée de son père, il choisit d’abord de terminer ses études, ce qui lui vaut ensuite de pouvoir exercer sa vie durant, sans quitter son village natal, une carrière modeste, mais socialement valorisante de magistrat rural. Dès l’âge de 18 ans, il prend en main sa propriété, alors grevée d’une dette et en proie à la crise agricole des années 1845-1850. Il dévore les livres et les revues d’agriculture, et observe la rentabilité des différentes cultures et activités présentes sur ses terres. Très vite, il décide de s’orienter vers la culture exclusive de la vigne, après avoir constaté l’échec de la sériciculture malgré sa ténacité. Plus tard, il va prendre conseil à Montpellier, auprès de Henri Marès, grand nom de la viticulture du xixe siècle, pour lutter efficacement contre les fléaux successifs de l’oïdium, du phylloxera et du mildiou.

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Probablement hanté par sa propre expérience de viticulteur autodidacte et les difficultés de ses débuts, Ernest Morin entreprend à l’âge de 66 ans de retracer pour « ses enfants » sa carrière d’exploitant agricole. Il se décide à rédiger ce mémoire à un moment où il se sent affaibli par la maladie [1][1] Note de Lucien de Andreïs dans le cahier n° 2 p. 59,.... Certes son gendre et continuateur Lucien de Andreïs est auprès de lui depuis son mariage en 1873, et la manière dont celui-ci a pris le relais de son beau-père pour consigner sur le même cahier ses propres observations durant une vingtaine d’années signifie sans doute une grande proximité entre les deux hommes ; mais ses petits-fils Paul et Antoine sont alors adolescents et le souci de leur transmettre directement le fruit de son expérience est sans doute déterminant.

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Le récit de ses initiatives, de ses doutes, de ses résultats, est consigné dans deux cahiers, intitulés modestement Conseils à mes enfants, pour la culture des propriétés que je possède dans les communes de Trausse et Caunes et Vignes de Trausse et de Sicard reconstituées avec des cépages américains de 1896 à xxx[2][2] Le premier cahier comporte 27 pages et le deuxième.... Voilà un témoignage rare. Par son ampleur chronologique : le mémoire embrasse plus d’un demi-siècle d’histoire agricole, incluant la mise en place de la monoculture, les crises de l’oïdium et du phylloxera, les prodromes de la crise de mévente des années 1900. Par son contenu, riche de notations agronomiques comme d’observations économiques : Ernest Morin est un chef d’exploitation innovant qui respecte les publications et les expériences de ses pairs, mais ne s’obstine jamais dans la routine et réajuste ses décisions à la lumière de l’expérience.

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Ernest Morin décrit d’abord les conditions dans lesquelles il a constitué son exploitation (héritages, mariage, achats, échanges). Consistant en un domaine et un « bien de village », cette propriété moyenne (2 000 hl récoltés en moyenne), est représentative de la « révolution viticole ». Des détails précis sont donnés sur le financement des investissements, et, pour la fin du mémoire, sur la gestion (salaires, frais, etc.) et la commercialisation. Morin reste toutefois très discret sur le financement de la reconstitution à partir de 1882. Il indique une « capitalisation » de 100 000 F, résultat de la période antérieure de prospérité, et cette somme fonde vraisemblablement la reconstitution, puisqu’il n’est à aucun moment question de recours au crédit, soit auprès de particuliers, soit auprès de banques [3][3] Gilles Postel-Vinay, La Terre et l’argent. L’agriculture.... Toutefois, en 1901, Lucien de Andreïs affirme avoir financé en grande partie le relèvement du vignoble [4][4] Deuxième cahier, p. 75 : « un document, de forme testamentaire,.... Tout de même, l’impression qui se dégage du mémoire est celle d’un autofinancement systématique, qui apparaît aussi dans les efforts d’économie et d’amélioration de la productivité.

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Les préceptes de culture de la vigne peuvent paraître aujourd’hui encore valables, dans l’esprit, et prennent un relief particulier si on les compare aux écrits contemporains d’un productiviste forcené comme l’Héraultais Paul Coste-Floret [5][5] Paul Coste-Floret, Les travaux du vignoble, Montpellier/Paris,.... Nanti de terres particulièrement aptes à produire des vins de qualité, Morin est, au moment de la reconstitution post-phylloxérique (ici déployée de 1882 à 1896), attentif au choix des porte-greffes les mieux adaptés aux sols assez divers (calcaires, argileux, schisteux) de son bien constitué par adjonction de parcelles dispersées au gré des héritages, des mariages et des achats [6][6] Dès sa création en 1937, sous l’impulsion de son président.... Il maintient la pratique ancestrale du provignage en l’adaptant aux nécessités du greffage sur plants américains. Il a recours aux pépiniéristes professionnels, mais profite de son expérience pour produire sur place les porte-greffes les mieux adaptés. Très attentif aux labours et à l’entretien des sols, il modifie ses pratiques de taille en fonction des changements climatiques qu’il décèle, afin de limiter les risques de gelées printanières auxquelles le Minervois est par nature vulnérable. Mais les techniques de taille proprement dites, ne sont ici guère détaillées, contrairement aux écrits de son contemporain Coste-Floret, très disert au contraire sur les vignes palissées et les procédés portant à de hauts rendements. On peut supposer que Morin reste fidèle à la taille en gobelet, séculaire en Languedoc, et parfaitement adaptée au climat local [7][7] La taille en gobelet constitue le cep de vigne en arbuste,.... Dans le sillage d’Henri Marès, pionnier du traitement de l’oïdium par le soufre, il dose ensuite soigneusement ses sulfatages pour contrer un mildiou par ailleurs sensible au vent du Nord-Ouest fréquent dans la région. En revanche, et sous réserve de l’existence possible d’un livre de cave qui ne nous est pas parvenu, il ne semble guère préoccupé de la vinification, car il bénéficie pendant la presque totalité de sa carrière d’une conjoncture favorable aux vendeurs.

Carte 1 - Le MinervoisCarte 1
Carte 2 - L’univers viticole d’Ernest-Morin (d’après carte IGN au 1/25 000)Carte 2
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La description des travaux effectués sous l’œil d’un propriétaire qui a délibérément choisi de se passer d’un régisseur – décision assez originale pour un vignoble où sévit l’absentéisme des propriétaires appartenant majoritairement à la bourgeoisie urbaine – est très concrète. L’auteur sait faire revivre les années d’angoisse et d’espoir qu’il a traversées, en mentionnant au passage, mais avec une grande pudeur, les événements d’une vie familiale dont l’équilibre est opposé aux soucis constamment renouvelés de l’exploitation viticole.

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Lucien de Andreïs reprend en 1900 une exploitation fragile, encore sous le coup des dépenses engagées pour la reconstitution. Il va devoir faire face immédiatement à la crise de mévente. D’où un récit inquiet, pessimiste, mais aussi excessivement lucide et précis, en particulier sur les conditions climatiques et sur les pratiques commerciales. Nous ne pouvions publier l’ensemble de ce mémoire composé à deux mains, mais nous nous devions de faire mention du relais assuré par le gendre d’Ernest Morin, qui est en soi un témoignage du respect de son testament spirituel. Pareillement, nous nous plaisons à rendre hommage à Monsieur et Madame Jean Saïsset qui ont dans un premier temps permis à mon collègue Jean Valentin de citer quelques extraits du document [8][8] Valentin, 1977., puis m’ont autorisé en 1989 à le publier intégralement, enfin ont attendu depuis avec la plus grande patience cette publication, qui leur est très amicalement dédiée, ainsi qu’à toute leur famille et plus particulièrement à leur petit-fils Benoît Lignières, exploitant actuel du domaine Ernest Morin.


Annexe

105 - 1846-1899 - Mémoire d’Ernest Morin

I - Conseils à mes enfants, pour la culture des propriétés que je possède dans les communes de Trausse et Caunes

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Arrivé au déclin de ma vie, je crois devoir laisser à mes enfants, le résultat des observations que j’ai pu faire, pendant soixante ans [9][9] Ernest Morin est né à Trausse le 9 avril 1828. La rédaction..., sur la manière de cultiver les terres que j’ai reçues en héritage de mon père, Antoine Morin, et que j’ai augmentées, soit en nouvelles acquisitions, soit au moyen d’échanges, faits à mesure que les occasions se sont présentées. Je n’étais âgé que de quinze ans, lorsque j’ai eu le malheur de perdre mon père [10][10] Antoine Morin est décédé à Caunes le 1er juin 1842.... Malgré les désirs de ma mère qui voulait me faire interrompre le cours de mes études, pour me garder auprès d’elle, je résolus de terminer mes classes, et obtenir le grade de bachelier ès lettres, complément obligatoire des études secondaires [11][11] On peut supposer qu’Ernest Morin avait été inscrit.... J’ai eu lieu depuis lors, de me féliciter de cette résolution qui m’a permis en 1861, d’être nommé aux fonctions de Juge Suppléant du Juge de Paix du Canton de Peyriac Minervois et en 1871, Juge de Paix titulaire de ce canton, fonction que j’exerce encore en avril 1895, jour où j’ai entrepris le présent travail [12][12] Le baccalauréat ès lettres obtenu par Ernest Morin.... Je crois pouvoir, sans forfanterie, me vanter d’avoir rendu quelques services à mon canton, et avoir mérité l’estime publique. En 1846, je me suis mis à gérer moi-même sans régisseur [13][13] La gestion directe avec l’aide d’un régisseur est usuelle..., mes propriétés. Elles se composaient à cette époque, de deux propriétés distinctes.

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1°- L’une, composée de parcelles éparses, dans la commune de Trausse, provenant de la succession de mon père, Antoine Morin, qui les tenait de mon grand-père François Morin ancien conseiller de préfecture de l’Aude sous le premier empire, marié à Marguerite Estève, de Trausse, fille d’Estève (Del pouts [14][14] En français : du puits.) ainsi dénommé à l’ancien compoix de la commune de Traussan [15][15] Lire : compoix de la communauté de Traussan (ancien.... Mon grand-père, était originaire de Saint-Nazaire, canton de Ginestas, arrondissement de Narbonne. Aux biens provenant de sa femme, il avait ajouté de nombreuses parcelles disséminées, acquises par lui, dans la commune de Trausse, ainsi qu’il est établi par les actes d’achat dont le détail sera dressé par moi [16][16] La liste des parcelles n’ayant pas été retrouvée dans....

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2°- du domaine de Sicard, situé dans la commune de Caunes, acquis par mon grand-père François Morin, par expropriation sur la famille Alary de Caunes [17][17] L’expropriation résultait probablement de l’exécution.... (voir les actes d’expropriation) [18][18] Les actes ne sont pas joints au cahier..

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À l’époque où j’ai pris la gérance de mes deux propriétés, il existait peu de vignes [19][19] D’après les cadastres « napoléoniens » de Trausse et.... La récolte en vin, pouvait, année moyenne, être évaluée à 200 hecto [20][20] Les 200 hectolitres récoltés sur 9 ha expriment un.... Par suite du défaut de communications, les prix du vin, étaient très peu élevés [21][21] La voie ferrée Bordeaux-Sète de la Compagnie du Midi.... Les qualités de choix, se vendaient de 8 à 10 F l’hecto, aux habitants de la Montagne Noire [22][22] Morin fait ici justice de la réputation des montanhòls... qui venaient charger au moyen d’outres, contenant chacune 50 litres, qu’ils emportaient à dos de mulet. Les vins de qualité inférieure, étaient livrés à la distillerie [23][23] La distillerie se développe rapidement en Languedoc,..., au prix de 2 à 4 F l’hecto. Les parcelles situées en coteau, et de qualité inférieure étaient seules complantées en vignes. Quant à celles situées en plaine et de qualité supérieure, elles étaient cultivées en fourrages, Esparcet [24][24] Nom languedocien du sainfoin. et Luzernes, en employant le vieux systhème de la jachère qui consistait à laisser reposer la terre après une récolte de céréales [25][25] L’utilisation de la jachère pour les fourrages constitue.... Ce mode de culture était peu rémunérateur, mais il faut dire aussi, que les frais étaient peu élevés. Les journées d’hommes se payaient de 75 cent. à 1 F et celles de femmes de 50 cent. à 60 cent. Les domestiques à gage, n’étaient payés qu’à raison de 100 à 150 F argent 4 hectos blé et 3 hecto vin, par an [26][26] À moins d’envisager une très improbable revente, cette.... On vivait sur sa terre [27][27] En partie mythique, cet idéal autarcique est évidemment.... Je commençai à augmenter la culture de la vigne, en plantant une parcelle chaque année. Obligé de marcher modérément, n’ayant pas de capitaux, et étant obligé de payer une rente annuelle de 1 200 F à M. Delorme chef de bureau à l’administration des postes à Paris, fils naturel de Antoine Morin, mon grand-oncle, ancien membre de l’assemblée nationale de 1789 et de la convention pour l’arrondissement de Narbonne [28][28] Notice biographique par G. Fournier, in R. Cazals et.... Antoine Morin, mon grand-oncle avait laissé à son frère François Morin mon grand-père, une somme de 24 000 F à charge de payer à son fils naturel Delorme, une rente viagère annuelle de 1 200 F. Mon père s’était en outre, chargé de la portion du bien revenant à sa sœur Madame Taffanel de Narbonne, moyennant une soulte de 25 000 F, qu’il avait empruntée et dont j’étais chargé de payer les intérêts. Depuis la mort de mon père, ce n’est que grâce à l’économie de ma mère Françoise Sabatié, qu’il avait été subvenu aux frais de mon éducation et à l’entretien de la propriété, sans augmenter les dettes.

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Aimant la terre sur laquelle j’étais né, je lus avec attention, les livres d’agriculture de l’époque [29][29] On peut penser à la Maison rustique de Bixio, encyclopédie..., et je supprimai d’abord, le systhème de jachère, en soignant les fumiers d’étable qui jusqu’alors, étaient abandonnés à toutes les intempéries de l’air, à la pluie et au soleil [30][30] La référence aux étables manifeste la présence d’un.... J’en augmentai la quantité, en ne ménageant pas la litière aux animaux d’exploitation, et aux troupeaux de bêtes à laine qui paissaient sur le domaine. À Trausse, nous avions un troupeau de 110 à 120 têtes de bétail, moutons de 2 et 3 ans, qui étaient vendus de 3 à 4 ans [31][31] On peut hésiter entre un lapsus pour « 3 à 4 francs »... pour la boucherie. À la métairie de Sicard [32][32] Le terme de métairie, employé originellement en référence..., nous avions un troupeau du même nombre de têtes, brebis portières [33][33] Brebis portières : brebis mères ou en âge de l’êtr... qui donnaient, bon an mal an 90 agneaux. Quelques uns étaient vendus à la boucherie, à l’état d’agneaux de lait [34][34] La proximité des marchés urbains de Carcassonne (25..., les autres étaient destinés à maintenir les deux troupeaux en état, les mâles au troupeau de Trausse, les femelles, pour remplacer les mères vieilles qui étaient vendues chaque année vers le mois d’août, aux foires de Conques et de Trèbes [35][35] Conques (1 654 habitants en 1846) et Trèbes (1 901.... À cette époque, le produit des troupeaux, était le plus clair de notre revenu, chaque bête rapportant bon an mal an, 4 à 5 F de laine chacune. En outre, nous avions une quantité d’excellent fumier, qui permettait d’amender abondamment nos terres [36][36] De la part d’un propriétaire averti comme Morin, l’utilisation.... Au moyen de récoltes intercalaires, de plantes fourragères, mes champs étaient constamment en rapport, et chaque année je plantais une nouvelle parcelle en vigne, tantôt à Trausse, tantôt à Sicard. Malheureusement, les prix du vin n’étaient pas rémunérateurs. Les bons vins se vendaient de 10 à 12 F l’hecto et les vins de chaudière de 3 à 4 F l’hecto [37][37] En légère contradiction avec lui-même, Morin suggère....

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En 1849, Monsieur Delorme mourut lors de l’épidémie du choléra [38][38] L’épidémie de choléra sévit à Paris au printemps 1849 :..., et je fus dispensé de payer la rente annuelle de 1 200 F dont j’ai parlé. J’avais connu M. Delorme, lors d’une visite qu’il nous avait faite à Trausse un an ou deux avant sa mort, pour traiter au moyen d’une somme payée, de la cession d’un petit bien situé à St Nazaire, que mon grand oncle, Antoine Morin lui avait laissé en usufruit, sa vie durant [39][39] M. Delorme a probablement cédé à son cousin adultérin.... L’affaire fut traitée, et nous eûmes l’occasion d’aprécier les qualités de cœur et d’esprit de ce parent du côté gauche. Je puis dire que malgré le bénéfice que nous retirâmes de sa mort, nous le regrettâmes, ma mère et moi. Jusqu’en 1854, je continuai à cultiver de la même manière, en plantant une parcelle chaque année, et le revenu du bien suffisait pour son entretien et le nôtre, et à payer les intérêts de ce que je devais encore.

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Le 12 Juin de cette année 1854, eut lieu mon mariage avec Mlle Octavie Bert fille de Mr Bernard Bert percepteur à Caunes [40][40] Ce mariage renforce la double assise de la famille..., et de Sophie Bertrand de Trausse. Amis d’enfance, ce mariage se fit pour ainsi dire tout seul [41][41] Il faut sans doute comprendre qu’il ne résulta pas... et à l’époque où j’écris ces lignes, après 40 ans d’une vie parfaite, je rends grâce au ciel, pour le bonheur qu’elle m’a donné. La dot de ma femme me permit de payer toutes mes dettes et d’acheter la parcelle du Paissieu, 10 000 F et la prairie Jallabert pour pareille somme. Cette dernière acquisition quoique chère, fut très avantageuse pour moi, parce qu’elle me permet d’arroser mon ancienne prairie avec beaucoup plus de facilité, au moyen du béal [42][42] Terme occitan (variante : besial). Barrage et dérivation... traversant en amont du chemin la parcelle Jallabert longeant la rivière qui appartient aujourd’hui à M. Lignières Achille. Je pus encore achever de convertir la majeure partie de mes terres en vignes, la culture des céréales n’étant plus suffisamment rémunératrice.

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J’attribue la diminution des récoltes en céréales qui commença à décroître considérablement à cette époque, au changement qu’on remarqua alors dans la température climatérique. Auparavant, les pluies se produisaient d’une manière à peu près régulière, vers la fin de l’automne après les semailles, et au printemps, au moment propice pour la pousse des céréales et la formation de l’épi. Alors, survint un changement presque subit. Absence de pluie à l’automne, au point que les grains, en terre, ne pouvaient naître, ainsi qu’au printemps, où les plantes végétaient et ne pouvaient grainer [43][43] Les observations météorologiques pour Carcassonne,.... C’est ce qui fit que je me hâtai de convertir ma manière d’exploitation, c’est-à-dire de mettre tout mon bien en vignes. Ce ne fut pas sans dépense onéreuse, et ce ne fut qu’après 4 ou 5 ans, que je commençai à récolter. Il fallut en outre faire des foudres, et aménager les locaux pour les loger.

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Au moment où j’aurais été à même d’être rémunéré de toutes mes dépenses, travaux et soins, un fléau jusqu’alors inconnu vint s’abattre sur nos pauvres vignes, nous menaçant de les anéantir [44][44] Le récit de Morin permet de situer l’invasion de l’oïdium.... Une sorte de moisissure blanche commença à paraître sur le revers des feuilles de vigne, lançant des filaments de tout côté jusqu’à ce que la feuille envahie en entier se racornissait et se séchait. De la feuille, la moisissure qui fut reconnue être un champignon auquel on donna le nom d’oïdium Tuckery [45][45] Lire : Oïdium tuckeri, de Tuker, jardinier à Margate,... du nom de celui qui le découvrit le premier, gagnait le raisin, l’enveloppait de tous côtés, empêchant sa croissance, et finissait par le dessécher entièrement. Pendant deux ans [46][46] Vraisemblablement 1855 et 1856., la récolte, en vin, fut considérablement réduite, au point que nous ne récoltâmes, que 50 à 60 hect., à peine suffisamment pour les besoins du ménage et de l’exploitation [47][47] Observation attestant à la fois une consommation familiale.... Cette invasion aurait fini par amener la mort des souches, si l’on n’était parvenu, à temps, à trouver un remède, dont la découverte fut comme presque toujours due au hazard. L’oïdium qui avait pris naissance dans les serres d’Angleterre, par suite sans doute, de la culture forcée du raisin de table [48][48] Morin impute l’apparition du fléau à une culture trop..., fut saupoudré, par une idée providentielle, de soufre en poudre, par le jardinier chargé du soin de la même serre où le mal avait pris naissance [49][49] Morin attribue donc à Tucker l’innovation du soufrage,.... Au bout de quelques mois, il s’aperçut que les feuilles soufrées reprenaient un peu de vigueur et que le raisin grossissait. Nouveau soufrage, jusqu’à ce que la plante fût revenue à son état normal. Dès ce moment, le précieux arbuste était sauvé, et l’année suivante, je traitai en entier la vigne de l’olivette de Sicard, alors plantée. Satisfait de cet essai, et profitant des travaux publiés sur l’oïdium et son traitement par M. Henri Marès, agronome distingué de Montpellier dont j’eus l’occasion de faire la connaissance, dans une circonstance dont je parlerai plus loin, je traitai mon vignoble en entier et après deux ans de soins particuliers, mes vignes reprirent leur ancienne vigueur, et donnèrent de bonnes récoltes.

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Les vins se vendirent bien pendant quelques années, à de bons prix, de 20 à 30 F l’hecto. à cause de leur rareté, le traitement de l’oïdium n’ayant pas encore été fait par la majeure partie des agriculteurs. J’en profitai pour terminer mes plantations de vignes [50][50] Morin n’indique pas les cépages choisis, ce qui nous..., et construire une partie considérable de cave, sur les anciennes écuries et le logement du ramonet [51][51] Ramonet : terme occitan désignant un valet de culture,.... Ces derniers bâtiments avaient été une année auparavant construits, en face, sur le terrain appelé feratchal [52][52] Feratchal ou Ferrageal : terme occitan désignant une... qui forme, aujourd’hui, le verger et le jardin potager désigné sous le nom d’enclos. La cave de la rue [53][53] On saisit l’inclusion des bâtiments d’exploitation..., appelée autrefois le pressoir, où on voyait encore l’antique machine avec deux énormes vis en bois que l’on actionnait au moyen de deux longues barres que quatre hommes frappaient ensemble avec leurs épaules. Cette machine, incommode par la place qu’elle occupait et le mauvais travail qu’elle faisait, fut supprimée, et la place aménagée pour recevoir des foudres d’une plus grande capacité, et un pressoir à vis unique en fer. Cette cave ne fut que la continuation de celle nouvellement construite dont j’ai déjà parlé, par suite de l’établissement d’un tuyau en plomb qui, traversant le jardin, la maison et le grand chemin, mettait les deux caves en communication. Ce travail m’a permis depuis lors de soutirer mes vins avec beaucoup de facilité et aux moindres frais.

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En 1880 j’avais planté en vigne ma dernière parcelle, Le Fiau qui auparavant était une très belle olivette, composée d’oliviers plus que centenaires qui donnaient avant l’époque que j’ai désignée plus haut comme ayant amené un changement très marqué de température, de très belles récoltes d’olives et un bon revenu en huile. Par suite de la sécheresse persistante, le produit en huile était devenu insignifiant et, payant à peine les frais de culture, je me décidai à arracher les oliviers et à planter la parcelle en vigne. La plantation réussit à merveille, sur un défoncement énergique fait avec deux paires de chevaux [54][54] Même si elle n’est pas explicitement mentionnée, la....

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Tout mon domaine était alors complanté en vignes, dans toute leur vigueur et au maximum de leur rendement [55][55] À la veille du phylloxera (1876) Ernest Morin est à.... Année moyenne, je récoltais 2 000 hecto de vins. Dans les années d’abondance exceptionnelle, nous arrivions à 3 000 hecto. Toutes mes caves étaient terminées et parfaitement installées par l’adjonction de quatre cuves en ciment qui me permettaient de faire mes vendanges sans interruption et d’avoir mes 20 foudres de vin fin [56][56] L’utilisation des cuves en ciment pour la vinification.... Nos récoltes se vendaient, couramment, de 15 à 20 F l’hecto [57][57] Le retour à la production normale n’a pas entraîné..., ce qui m’avait permis, malgré de fortes dépenses pour la culture et l’emploi des engrais, de capitaliser une centaine de mille francs.

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À cette époque, par suite de la maladie des vers à soie, dans les Cévennes et les autres contrées séricicoles (Pasteur n’ayant pas encore trouvé le remède de la maladie), la récolte de la soie était très rémunératrice. Aussi, en complantant mes parcelles en vigne, je les avais bordées de mûriers qui réussirent très bien. En [58][58] Trahi par sa mémoire, Morin laisse en blanc la place... je commençai à faire l’éducation des vers à soie. J’avais, pour cela, converti en magnanerie [59][59] Magnanerie : local réservé à l’élevage des vers à soie... le dessus de la cave. C’est par mes mains que furent construits les portants et les claies. Dieu sait ! le nombre de clous que j’ai plantés. Afin d’être parfaitement au courant de ce qui était nécessaire à cette éducation, je pris les conseils de M. Marès Henri dont j’ai cité le nom plus haut, et auquel j’avais été présenté par mon excellent ami Albert Moitessier, alors étudiant en médecine à la Faculté de Montpellier, dont il était le professeur doyen, lorsqu’il est mort victime du travail acharné auquel il avait consacré sa vie. M. Marès me fit visiter ses magnaneries [60][60] Le domaine de Launac, appartenant à H. Marès est situé... et me fit part de ses expériences, en application des découvertes de Pasteur [61][61] La pébrine du ver à soie, apparue vers 1850, fut efficacement.... J’avais aussi fait un voyage dans les départements du Vaucluse, Gard, et j’avais visité un certain nombre de magnaneries. Ce n’est, donc, que possédant toutes les notions indispensables, pour cette éducation si délicate des vers à soie, que je me suis mis à l’œuvre pour ma première campagne, en 188–.

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Comme j’avais remarqué dans ma tournée séricicole, que la race japonaise était plus robuste que les races indigènes et que la plus value, sur le marché de ces dernières, ne compensait pas suffisamment les soins à leur donner, et les risques à courir, je me décidai à élever les vers de race japonaise, importés directement de Yokohama, parfaitement authentiques, qui me furent livrés sur 10 cartons, par M. [62][62] Oubli du rédacteur. d’Avignon. Cette première éducation fut admirablement réussie, mais je sais au prix de quel soin et de quelle sollicitude.

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Pendant 50 jours, je couchai dans la chambre d’éclosion, depuis le 1er jour de l’incubation, jusqu’à la fin de la montée. Malgré le prix de la main-d’œuvre, qui nécessite un nombreux supplément de bras, pour obvier à l’inexpérience des gens du pays, la campagne fut suffisamment rémunératrice. Je continuai, pendant 5 ans, à faire une éducation annuelle de vers à soie, qui me donnait un certain bénéfice, jusqu’à ce que, par suite de l’avilissement des prix de la soie (Les cocons français qui se payaient, couramment, de 8 à 9 F le kilo et les cocons japonais 5 et 6 F tombèrent les premiers à 4 et 5 F, les 2e à 2 et 3 F) cette éducation devint onéreuse et pour ainsi dire, impossible. Depuis, les prix, au lieu de s’élever, se sont tellement avilis, que malgré les primes données par l’état à cette culture, elle est devenue très difficile, même dans les pays où on s’y est livré de tous temps (Cévènes, Gard, Vaucluse). Chaque année, j’ai arraché, avec regret, ces beaux mûriers, magnifiques de végétation, qui bordaient la plupart de mes parcelles, mais qui portaient par leurs nombreuses racines, un notable préjudice aux vignes. Je n’ai conservé que les mûriers bordant les chemins de Sicard, comme arbres d’agrément. Je n’en suis pas fâché. Ils me donnent actuellement chaque trois ans, un nombre considérable de bons et solides tuteurs qui sont indispensables pour les jeunes vignes greffées sur cépages américains, qui par suite de l’invasion phylloxérique dont je vais avoir malheureusement trop à parler, ont remplacé nos belles et riches vignes françaises. Lorsque le voyageur fatigué d’une longue et pénible ascension, sur une haute montagne, arrivé au point culminant, se repose avec satisfaction, portant ses regards au loin, n’aperçoit que des plaines verdoyantes, et ne se souvient plus des efforts qu’il a faits, pour atteindre le sommet ; ainsi je me trouvais, en 1878. Tout me souriait.

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J’avais deux filles belles et bonnes qui me donnaient toutes les satisfactions qu’un père peut souhaiter de ses enfants. L’aînée Sophie venait d’être mariée avec Lucien De Andreis [63][63] La famille de Andreis, banquiers issus de négociants... de Montpellier, que nous avions connu fort jeune encore. Cette union s’était faite, comme la mienne, avec ma femme Octavie Bert, tout naturellement, et nous ne nous étions pas séparés de notre enfant, mon gendre ayant été associé à mon exploitation agricole. Un an après le mariage, j’avais un petit fils, Paul, magnifique enfant, qui nous donnait toutes les joies que peuvent désirer les grands parents. Ma 2e fille Ernestine, née dix ans après Sophie, nous consolait de la perte cruelle que nous avions faite d’une autre fille, Gabrielle, superbe enfant, morte à l’âge de 6 mois.

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Ernestine faisait son éducation au couvent du Sacré-Cœur de Perpignan. Intelligence vive, cœur d’or, elle nous donnait comme sa sœur Sophie, les plus belles espérances. Comme agriculteur, comme père, comme aïeul, j’étais au comble du bonheur, lorsque tout à coup, comme un coup de foudre dans un ciel serein, éclata l’annonce de la plus épouvantable catastrophe qui pût nous frapper [64][64] Cette longue évocation du bonheur familial est significative....

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Dans le département du Vaucluse [65][65] En réalité, c’est à Pujaut, commune du Gard mais limitrophe..., au milieu de splendides vignobles, on remarqua un point, d’abord très circonscrit, où les souches fléchirent. La végétation s’arrêta pour ainsi dire tout à coup et les raisins ne mûrirent pas. L’année suivante, les souches voisines de cette première tache, s’affaiblirent aussi tout autour, et les premières atteintes s’atrophièrent complètement. Comme il n’y a pas d’effet sans cause, on fit appel aux lumières des hommes de science, et Mrs Planchon [66][66] Jules Émile Planchon, botaniste et médecin, (1823-1888)... professeur à la faculté de pharmacie de Montpellier, Henri Marès [67][67] Henri Marès (Chalon sur Saône 1820-Montpellier 1901)... agronome distingué et Mr Sahut pépiniériste de valeur, aussi de Montpellier, furent appelés pour rechercher d’où pouvait provenir cette attaque d’un mal inconnu et qui paraissait devoir se propager d’une manière si désastreuse. Après avoir examiné attentivement, à la loupe, les racines des souches du point attaqué, ces messieurs remarquèrent que la plupart des racines malades étaient couvertes de nodosités spongieuses, et à côté de ces nodosités, Mr Sahut découvrit, le premier [68][68] Morin se plaît à souligner le rôle prépondérant du..., un petit point de couleur jaunâtre qui lui parut être un animal vivant. Après un examen attentif au microscope, il fut reconnu que c’était un puceron qui implantait son suçoir sur les jeunes écorces des racines de vigne, et que se propageant avec une fécondité extraordinaire, les colonies innombrables de cet insecte finissaient par faire périr la souche d’inanition. On lui donna le nom de Phylloxéra Vastatrix [69][69] Le grec, pour le nom, et le latin, pour l’adjectif.... La cause du mal étant trouvée, il ne s’agissait plus que de rechercher d’où pouvait provenir l’insecte qui n’avait jusqu’alors été remarqué en Europe. Il fut alors reconnu que le viticulteur propriétaire de la parcelle où la première attaque s’était manifestée, avait, dans un but d’étude [70][70] … mais probablement aussi dans le but d’accroître les..., importé d’Amérique certains cépages nouveaux, portant sur leurs racines le puceron dévastateur. Si, bien inspirés, les propriétaires de cette parcelle avaient pratiqué l’arrachage du point contaminé, avec un périmètre protecteur assez étendu, en brûlant les souches arrachées avec leurs racines, on aurait pu peut-être éviter le désastre qui frappa le Midi producteur du vin [71][71] Morin semble considérer que le Midi était devenu la.... On s’en avisa trop tard, et l’année suivante, l’insecte dont on étudia les mœurs et la manière de propagation, étendit non seulement la première tache d’huile, en gagnant tout autour du premier point attaqué, les racines des souches voisines, mais encore des points assez éloignés, en y envoyant de nouvelles colonies. On découvrit que, à la suite de plusieurs mues, le puceron devenait à l’état ailé, et emporté par le vent, se reproduisait là où il était déposé et formait de nouvelles taches d’huile qui, s’agrandissant peu à peu, finissaient par se rejoindre et occupaient de très vastes parcelles. En l’année 1878, tout le département de Vaucluse fut envahi. De proche en proche, le département voisin, le Gard fut contaminé ; ainsi que l’Hérault, le plus grand producteur de vin du Midi, qui par suite de ses vastes plaines non interrompues de vignobles, devint en peu de temps la proie de l’insecte dévastateur. Deux ans suffirent pour ruiner cette vaste contrée.

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C’est en 1879 que le département de l’Aude commença à être atteint par le phylloxera, du côté de Narbonne, par l’invasion de nombreuses colonies, venant de l’arrondissement de Béziers. La marche fut aussi rapide dans l’Aude que dans l’Hérault, et au printemps 1880, quelques taches peu apparentes furent aperçues dans mes vignes de la plaine, du Paissieu et de Sauveterre. L’année suivante, 1881, les taches déjà apparentes l’an dernier s’agrandirent considérablement ; d’autres apparurent, de telle sorte que toutes mes parcelles furent peu ou prou contaminées. L’année 1882, quoique l’invasion se propageât d’une manière effrayante, me donna cependant une bonne récolte. Ce fut pour nos pauvres vignes le chant du cygne, avant leur mort ; car les taches s’agrandissant, finirent par se rejoindre, et il fallut, la mort dans l’âme, se décider à commencer l’arrachage de ces belles vignes, qui m’avaient coûté tant de peines et d’argent à faire venir.

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J’avais suivi, avec beaucoup d’attention, la marche du fléau dans l’Hérault, ainsi que les essais faits pour guérir le précieux arbuste, ou du moins pour en enrayer les progrès, au moyen du sulfocarbonate de potassium et du sulfure de carbone, mais j’étais convaincu que tous ces efforts et ces dépenses seraient inutiles, la propagation de l’insecte se faisant avec une rapidité si effrayante qu’il était inutile de songer à l’arrêter. Cependant, pour n’avoir rien à me reprocher, je fis de 1881 à 1884, un traitement aux parcelles qui se maintenaient encore. Je crois avoir retardé de deux ans, au moins, la chute complète de mon vignoble ; par ces divers traitements, surtout au sulfure de carbone ; mais après 1884, je dus y renoncer, les dépenses dépassant le produit, et me décider à un arrachage complet. Voir pour les détails des traitements effectués, leur résultat, l’arrachage successif des parcelles et leur reconstitution, le registre intitulé : Reconstitution des vignes, par les cépages américains, de 1878 à l’année 1895.

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La conservation des vignes françaises ayant été reconnue impossible, par l’emploi du sulfure de carbone, mais seulement par une submersion totale de 45 jours au moins (Cette découverte avait été faite par Mr Faucon du Gard.) Mr Planchon fut envoyé par le gouvernement en mission en Amérique pour essayer de trouver le remède, au lieu même d’où était venu le mal [72][72] La mission de Planchon aux États-Unis se situe en 1873,.... À la suite de nombreuses recherches, il remarqua certains cépages à l’état sauvage, sur les racines desquels aucun insecte n’était trouvé. De déduction en déduction, il fut amené à croire qu’en substituant ces variétés à nos plants français, auxquels ils serviraient de porte greffe, on arriverait à reconstituer notre vignoble détruit [73][73] De premiers essais de greffage avaient été tentés par.... Il importa un grand nombre de variétés, qui, toutes ne réussirent pas d’abord, telles le clinton, le cuningham [74][74] Lire Cunningham. Cépage rapidement abandonné à cause... et autres que le phylloxéra attaquait et détruisait bientôt.

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Parmi les variétés importées par M. Planchon, il fut reconnu que le Riparia, le Jacquez, le Yorck Madeira [75][75] Lire : York Madeira., et le Rupestris, étaient sinon réfractaires à l’insecte, du moins ils résistaient suffisamment à sa piqûre, pour donner l’espoir de reconstituer le vignoble français. Immédiatement, le commerce importa d’Amérique une quantité prodigieuse de cépages américains de toute variété, et les plantations se firent partout, sur une vaste échelle [76][76] Morin ne mentionne pas les mesures d’interdiction de.... Il y eut d’abord beaucoup d’insuccès, par suite des mauvais choix faits à la hâte des plants d’Amérique [77][77] Garrier, 1989, p. 106, souligne la vulnérabilité de..., et de la mauvaise foi des marchands de bois, ainsi qu’on appela les vendeurs peu scrupuleux de cépages américains.

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En 1884, ma première parcelle, la Balme, ancienne prairie [78][78] Les terrains humides, voire irrigables, offraient une..., fut plantée en Clinton Viala et en Solonis, provenant de la propriété de Mr Gaston Basile [79][79] Il s’agit de Gaston Bazille, grand viticulteur à Lattes... de Montpellier. Je continuai chaque année, la plantation d’une ou deux parcelles, en ayant soin de préparer autant que possible le terrain, en le débarrassant des vieilles racines par un défoncement aussi profond que possible [80][80] Sans fournir d’évaluation précise des coûts de la reconstitution,..., et une récolte intermédiaire en esparcet et céréales. Je me procurai en 1884 de bonnes qualités de plants américains, Jacquez, Riparia et Rupestris [81][81] Selon Gustave Foëx dont le cours de viticulture est..., que je mis en pépinière à Sicard. En renouvelant chaque année ces pépinières au moyen des boutures que j’obtenais des premières plantations, je suis parvenu à reconstituer en entier, sans faire de dépenses considérables en achats de plants américains [82][82] La pratique des pépinières domestiques, bien attestée.... En ce moment, où j’écris ces lignes, en 1895, tout mon vignoble est planté et greffé, à l’exception des deux parcelles, Le Fiau à Trausse et les roseaux à Sicard, dont la plantation a eu lieu en mars 1895.

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* * *

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Convaincu de plus en plus, que la culture des céréales n’est plus possible, dans nos contrées méridionales par suite du changement opéré dans la température climatérique, amenant des périodes de sécheresse excessive, aux époques où les pluies seraient nécessaires pour faire naître les semences, ou favoriser la mise en grain, tant par suite du prix peu rémunérateur des céréales, je crois que nous devons nous consacrer, uniquement, à la culture de la vigne [83][83] Ainsi s’exprime catégoriquement la vocation du Languedoc.... Le Phylloxéra ayant détruit nos anciennes espèces qui ne peuvent être conservées qu’au moyen de la submersion annuelle, ou bien dans les terrains entièrement sablonneux [84][84] Rémy Pech, « Les vignobles pionniers », in Christian..., et nos terres n’étant pas dans ces conditions, j’ai dû, comme je l’ai expliqué précédemment, employer d’une manière exclusive, pour la reconstitution de mon vignoble, les cépages américains. J’ai profité des expériences faites dans les contrées atteintes avant la nôtre, par le maudit puceron, pour adapter autant que possible les diverses variétés de plants, aux terrains qui par leur composition géologique, m’ont paru le mieux leur convenir. Nos anciennes variétés françaises, venaient indistinctement dans tous les terrains, donnant des produits suffisamment rémunérateurs [85][85] Idéalisant la période préphylloxérique pour mieux mettre.... Leurs racines fortes et vigoureuses traversaient les couches les plus compactes et allaient trouver à des profondeurs considérables dans le sol la nourriture qui leur était nécessaire. On a découvert, dans les tranchées des voies ferrées, des racines pivotantes de carignan à 3 et 4 mètres de profondeur. De là résultait que des défoncements énergiques n’étaient pas indispensables pour une plantation de vigne française ; des auteurs ont même soutenu, qu’un défoncement profond était plus nuisible qu’utile, en favorisant la venue de nombreuses racines traçantes qui épuisaient la couche superficielle du sol, au détriment des racines pivotantes qui allaient se nourrir dans les couches inférieures. Il n’en est pas ainsi pour les cépages importés d’Amérique. Leurs racines sont grêles, filiformes, traçantes et non pivotantes. Le Jacquez seul fait, d’une certaine manière, exception à la règle générale. Ses racines sont fortes et charnues, ce qui je crois amènera sous peu sa dégénérescence, par suite du peu de résistance qu’il opposera à la piqûre de l’insecte [86][86] Le Jacquez était en outre vulnérable au mildiou et.... La contexture des autres variétés, telles le Riparia, Solonis, Yorck Madeira, Rupestris [87][87] La nomenclature et les aptitudes des cépages américains... étant au contraire ligneuse, d’un grain serré, oppose une plus grande résistance au suçoir de l’insecte, et les préserve de la contamination, de manière à pouvoir assurer leur indemnité à peu près complète. Ces constatations faites par tous les viticulteurs qui ont cultivé jusqu’à présent les cépages américains, m’ont amené à diviser mon travail de la manière suivante [88][88] Sur les pratiques culturales : Gilbert Garrier, (dir.),... :

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1°. Préparation du terrain destiné à recevoir une plantation américaine, après l’arrachage de la vigne française.

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2°. Adaptation du cépage reconnu comme ayant le plus d’affinité pour les diverses qualités de terrain.

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3°. Plantation en boutures ou racinés ; y a-t-il avantage d’employer la première méthode ou la 2e.

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4°. Greffage. Quel est le meilleur procédé à employer – époque du greffage – soins à donner aux greffes ; variétés françaises qui paraissent jusqu’à présent, s’adapter le mieux aux cépages américains.

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5°. Méthode pratique de remplacement des manquants. – Provignage américain [89][89] Morin associe de la sorte la pratique très ancienne....

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6°. Cultures diverses à donner aux vignes américaines.

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7°. Engrais divers, naturels et chimiques.

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1° - Préparation du terrain destiné à recevoir une plantation américaine, après l’arrachage de la vigne française

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La chose essentielle, lorsqu’il s’agit de remplacer une vieille vigne épuisée, c’est de purger le plus possible le terrain des vieilles racines qui peuvent encore porter sur elles le germe d’anciennes maladies. L’arrachage au treuil est un excellent moyen. Les grosses racines sont enlevées et en même temps, la terre soulevée à une certaine profondeur. Il serait imprudent de replanter l’année même de l’arrachage. Un assolement de un ou deux ans, produisant une récolte en céréales et deux en esparcet, suffit pour diviser la terre, et permettre aux racines qui seraient encore vivantes, ainsi qu’aux mauvaises herbes, de mourir. Ces récoltes enlevées, il est indispensable d’opérer un bon défoncement aussi profond que possible, avec plusieurs paires d’attelage, ou mieux encore avec la charrue à vapeur, ou le treuil. Le défoncement au treuil me paraît préférable, parce qu’il n’y a pas d’accoups, et que le travail est toujours égal, et donne toujours la même profondeur, à composition de terrain égale et uniforme. Cette opération faite, il faut laisser la couche inférieure ramenée à la surface, par la charrue, s’imprégner des émanations de l’air et du soleil, pendant quelque temps ; donner ensuite, un ou deux labours à moitié profondeur de celle du défoncement, afin d’égaliser autant que possible le terrain ; rompre les mottes au rouleau à pointes, ou si elles sont trop dures, avec le rouleau en pierre, aplanir ensuite le terrain avec le dos de la herse et crayonner [94][94] Crayonner ou rayonner : tracer sur le sol, au moyen... pour planter. Dans le principe, des plantations de vignes américaines, on croyait qu’il était nécessaire de laisser entre les rangs, une distance considérable, 2 et 3 mètres dans tous les sens. On est revenu de cette opinion, et on ne laisse actuellement que 1,50 m dans tous les sens. Les racines américaines sont plus fines que celles des cépages français et n’ont pas besoin d’un aussi grand espace, pour trouver la subsistance qui leur est nécessaire. Je crois que la plantation en quinconce est préférable à celle en carré, parce qu’elle donne plus de facilité pour le passage des instruments aratoires, charrue ou extirpateurs, qui peuvent circuler dans trois sens différents au lieu de deux [95][95] Mentionné comme typique de la Provence par Foëx, 1886,....

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2° - Adaptation du cépage reconnu comme ayant le plus d’affinité avec le terrain à planter

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Quinze années d’expérience viticole m’ont donné la conviction que parmi les variétés américaines, deux seulement peuvent jusqu’à présent convenir à nos terrains du Minervois. C’est le Riparia et le Rupestris bien sélectionnés. Le Jacquez doit être mis de côté, pour plusieurs raisons.

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1° Ses racines ayant une certaine ressemblance avec celles des cépages français, offrent prise aux attaques du Phylloxéra, je suis porté à croire qu’elles n’opposeront pas une résistance suffisante aux piqûres de l’insecte, ce qui amènera dans un temps plus ou moins éloigné, la dégénérescence de ce cépage.

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2° Le Jacquez, cultivé directement, produit peu, et je suis certain que ce défaut se continue dans le cépage français auquel il sert de porte-greffe.

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3° Il est en outre sujet aux attaques des diverses maladies cryptogamiques qu’il communique à la greffe. Ces considérations réunies, me décident à ne plus propager ce cépage que je remplacerai par le rupestris, au fur et à mesure qu’il se produira quelque vide. Reste donc le riparia et le rupestris sélectionnés, que je me propose de cultiver, jusqu’à ce qu’il soit trouvé un cépage présentant des avantages bien établis par une expérience de plusieurs années. Il est généralement admis que les cépages américains sont réfractaires aux terrains fortement argileux. Au dessus de 30 % d’argile, le riparia est plus ou moins atteint de chlorose et végète. Il dépérit même, lorsque l’argile atteint 50 %. Le Rupestris possède une plus grande résistance et une plantation de ce cépage faite à Pétagne, et au chemin de Pautard résiste quoique ce terrain soit complètement argileux. D’où il résulte qu’on doit planter le riparia dans les terrains profonds et le rupestris dans les autres terrains. Ce dernier cépage vient surtout très bien dans ceux situés en coteau pierreux et dont le sous-sol se compose de couches de roche tendre, présentant de nombreuses fissures. Ses racines de contexture dure et filiforme, s’insinuent entre les couches superposées, où elles trouvent de la terre toujours fraîche. C’est péremptoirement établi, par les vignes du Plo de Sicard. Le Rupestris se plait aussi dans les terres schisteuses, telles que les vignes du rec du Tuile.

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3° - Plantation en boutures ou racinés ; avantage des premières sur les deuxièmes ; quelle est la profondeur à laquelle doivent être mis les racinés et les boutures ?

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J’ai dit en son temps qu’il était indispensable, pour le succès de la plantation, d’avoir de bonnes qualités de sujets américains, bien sélectionnés. Aussi, dès le principe, je me suis adressé, non aux vendeurs de plants qui portent sur les marchés des résidus de pépinières, achetés à vil prix, mais à des propriétaires connus qui ont reconstitué leurs vignes avec des plants dont ils ont fait eux-mêmes l’épreuve. J’ai eu lieu de me féliciter de cette résolution, et les boutures qui ont servi à former les pépinières dont ont été tirés les sujets ayant reconstitué mon vignoble, se sont trouvés d’excellente qualité et après quinze années de plantation, ne donnent encore aucune marque de dégénérescence. Comme il s’agissait d’arriver le plus vite possible à récolter, afin de rentrer dans les déboursés, sinon entièrement, du moins partiellement, la plupart de mes plantations ont été faites avec des plants racinés d’un an, achetés les deux premières années, et les années suivantes, récoltés sur mes pépinières de Sicard. Je suis cependant convaincu, que de même que dans les plantations de cépages français, il était préférable de se servir de boutures, de même il en est dans les plantations de cépages américains. Par le premier mode, on gagne il est vrai, une année au moins, mais les racines partant de l’extrémité de la bouture n’ont aucune des blessures ou meurtrissures qui existent habituellement sur la racine tronquée du raciné, et amènent quelquefois la pourriture et par suite, la mort du sujet. Dans les dernières parcelles plantées, telle que le fiau et les roseaux [96][96] Lire Le Fiau et Les Roseaux (noms de parcelles)., je n’ai employé que des boutures de Rupestris et de Riparia. Il est vrai, que dans les années de sécheresse, il existe beaucoup plus de manquants qu’avec les racinés, mais ces vides sont remplis l’année suivante, par des plants racinés pris parmi les plus vigoureux, et mis dans des trous larges et profonds, ce qui, avec l’adjonction d’une fumure, leur permet de pousser vigoureusement, et d’atteindre leurs aînés, de manière à pouvoir être greffés en même temps qu’eux. Une chose à recommander, pour la plantation des racinés, c’est de couper ras les racines de l’extrémité du sujet. Les nouvelles racines, au lieu de pousser en dessous du point de section, et de former des ramifications partent du pied même, et se prolongent directement. Il faut aussi couper, autant que possible près du pied, toutes les racines qui ont poussé autour des yeux supérieurs, de manière à forcer le plant à se faire pour ainsi dire un rez de chaussée solide, au moyen des racines provenant de l’extrémité inférieure du sujet. Je crois préférable, si l’on n’est pas pressé par le temps, et qu’on ne craigne pas la dépense, de se servir non du pal, mais de la bêche, pour la plantation tant du raciné que de la bouture. Quelque peu compact que soit le terrain de la parcelle à planter, le pal, remué dans tous les sens, pour faire le trou, tasse la terre tout autour, et il arrive souvent que la jeune racine arrivant à ce point, n’est pas assez forte pour le percer et le contourne comme fait une plante mise en pot, lorsqu’elle arrive aux parois dudit pot. C’est ce qu’on observe souvent, lorsque l’on arrache un raciné ou une bouture qui vient à mourir après un ou deux ans de plantation. La meilleure manière de planter tant les racinés que les boutures, c’est de planter au point d’intersection des lignes marquées par le crayonnage, un piquet en fer, de 0,60 cent. de longueur et de faire avec la bêche à côté de ce piquet, un trou carré, de 0,25 cent, et de la profondeur nécessaire. On place le raciné ou la bouture dans l’empreinte laissée par le piquet ; on tasse la terre avec le pied, et l’on est ainsi certain d’avoir une plantation parfaitement régulière.

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En ayant soin de faire le trou de manière que la plate-forme du sol soit à l’opposé du vent dominant, le no pour nous, on est certain que le plant ne sera pas contrarié par le vent quelque fort qu’il soit.

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Quelle est la profondeur à laquelle doivent être mis les racinés et les boutures ? Avec les anciens cépages français, il était d’habitude de planter à une profondeur de 50 cent et même plus, les racines étant plutôt pivotantes que traçantes. Le contraire a été observé pour les plants américains, dont les racines traçantes ont une tendance à ne pousser que dans la couche supérieure du sol, afin d’être plus à portée de recevoir l’influence de l’air et du soleil. Je crois qu’une profondeur moyenne de 30 à 35 cent. est suffisante, à moins que le terrain ne soit en pente. Dans ce cas, on peut arriver à 0,50 cent [97][97] Lire 0,5 m., les pluies et le labour faisant toujours descendre les terres.

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4° - Greffage

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– Quelle est la meilleure méthode à employer ? Époque du greffage ? Soins à donner aux greffes ? Variétés françaises qui paraissent jusqu’à présent s’adapter le mieux aux divers cépages américains ?

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Jusqu’à présent, aucun cépage américain n’a été reconnu apte à être cultivé directement pour son fruit. Le Jacquez seul a pendant quelque temps, donné quelques espérances, mais on en est bientôt revenu, à cause du peu de rendement donné. Ses raisins sont rares, et les grains petits, même dans l’espèce sélectionnée au mas de las Sorres, à Montpellier, par la Société d’Agriculture, dénommé Jacquez à gros grains. Son vin est âpre et sa couleur quoique très foncée tire sur le violet. Ce cépage est d’ailleurs sujet, plus que tous les autres, aux maladies cryptogamiques, qu’il communique à ses voisins. L’Othello qui était coté après le Jacquez, comme pouvant être cultivé directement, donne un vin foxé [98][98] Goût amer et musqué impossible à éliminer malgré coupages,.... Ses pousses très fragiles et facilement rompues par le vent, demandent un échalassage continuel. Il est d’ailleurs sensible aux attaques du Phylloxera, et plusieurs cultivateurs qui le préconisaient, ont été forcés à l’arracher. Inutile de parler du Cuningham et autres variétés dont il n’est plus question. La culture des hybrides de vitis vinifera et d’américains, dont on s’occupe beaucoup actuellement est encore à l’état d’étude, et les plants jusqu’à présent préconisés comme devant supprimer le greffage n’ont pas encore obtenu la seule sanction rationnelle, celle du temps [99][99] Pouget, 1990, p. 100-101 et 153, et Garrier, 1989,.... D’où il résulte, que ne pouvant cultiver notre belle et vieille vigne française, nous sommes forcés à employer les cépages américains qui ne peuvent que servir de porte greffe, ce qui rend le greffage obligatoire.

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Il existe une grande variété de modes de greffage, parfaitement décrits, dans l’ouvrage de Mr Champlin [100][100] Il s’agit vraisemblablement de Champin, A., Traité.... Je suis cependant convaincu qu’il n’y en a que deux qui peuvent être employés dans le greffage en grand ; c’est le greffage en fente anglaise et le greffage en fente simple. Les autres modes ne peuvent être utilisés que comme études de fantaisie. La fente anglaise est à mon avis, la greffe par excellence [101][101] La greffe en fente anglaise consiste à pratiquer une.... Les soudures sont parfaites, ne présentant pas de solution de continuité, qui parfois amène des plaies qui ne se ferment pas. Elle demande un peu plus de temps, d’attention et d’habileté, que la fente simple qui est généralement employée, à cause de la rapidité avec laquelle elle est opérée. L’habitude qu’en ont d’ailleurs nos ouvriers, fait que les insuccès deviennent de plus en plus rares et ne peuvent plus qu’être attribués à l’inclémence de la température.

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L’époque la plus convenable, pour opérer le greffage des vignes américaines, est subordonnée essentiellement à la température. On doit, à mon avis, commencer cette opération dès que la sève commence à faire son apparition, sans attendre que sa montée soit trop abondante, et ne s’abstenir que si la température descend au dessous de zéro.

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Dans nos contrées, l’époque la plus favorable me paraît être du 15 mars au 15 mai. Le greffage est une opération très délicate, qui demande une grande attention de la part de l’ouvrier. Les instruments doivent être toujours dans un parfait état d’entretien, et un couteau spécial doit être consacré à tailler le greffon, de manière à ce qu’il ne soit jamais exposé à être mis en contact avec la terre, ce qui arriverait, si on faisait la fente avec le même couteau qui prépare le greffon. Les sarments consacrés à la greffe, doivent être choisis et marqués à l’époque des vendanges, sur les souches, non les plus vigoureuses, qui souvent donnent beaucoup de bois, mais peu de raisins, mais sur celles qui portent des sarments moyens, sains, bien aoûtés [102][102] Aoûtement : transformation des rameaux verts en sarments..., dont les yeux ne sont pas trop éloignés les uns des autres, et les feuilles charnues et bien vertes, ayant produit deux à trois beaux raisins bien venus. En Novembre et Décembre, ces sarments marqués comme je l’ai dit par un brin de raphia, doivent être taillés, nettoyés au sécateur des vrilles et queues de raisin, mis en paquets de cinquante et recouverts d’une forte couche de sable fin, sec, dans un endroit frais, sans être trop humide. Ils ne doivent être retirés du sable qu’un jour ou deux avant d’être employés pour le greffage et être entièrement trempés dans une eau courante, s’il est possible, ou du moins dans un récipient où l’eau puisse les recouvrir entièrement, et être renouvelée, si la température ou toute autre cause en retardait trop l’emploi. Le séjour des sarments dans l’eau, rafraîchit le bois, et surtout le nettoie des parcelles sablonneuses adhérentes qui émoussent trop vite les greffoirs. Quant au lien que l’on doit employer pour attacher les greffons, un des meilleurs, c’est le bouchon de liège partagé en deux, et attaché avec du fil de fer. On évite l’excès d’humidité et la sortie des racines françaises au point de soudure. Ce procédé coûteux exige l’emploi de pinces spéciales, demande à être fait par des ouvriers soigneux et intelligents, et du temps.

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On ne pourra l’employer avec avantage, que lorsque la reconstitution étant entièrement effectuée, on n’aura plus qu’à remplacer les manquants. L’emploi de la ficelle commune ou goudronnée, peut présenter quelques inconvénients, lorsque la terre est sèche, parce qu’elle ne pourrit pas assez tôt, et offre trop de résistance à la croissance du sujet et du greffon. Dans ce cas, ce dernier est étouffé par suite de la difficulté mise au passage de la sève. Le raphia bien choisi, et préalablement trempé, est suffisant et résiste généralement à la pourriture, jusqu’à ce que l’adhérence soit suffisamment faite entre les écorces du sujet et du greffon. La greffe placée sur le sujet, et attachée avec soin avec la ficelle goudronnée ou le raphia, une chose très importante à faire, c’est de confectionner la butte qui doit préserver la jeune greffe des intempéries de l’air. Pour cela, il faut ramener autour de la greffe, la terre la plus meuble possible, de manière à intercepter le passage de l’air. Les mottes et les pierres, lui laisseraient un passage suffisant, si la température est chaude et sèche, pour dessécher le point de soudure, et amener la mort du greffon, si une pluie bienfaisante, ne venait après le greffage, dans un court espace de temps, tasser la terre autour de la butte. Pour obvier à cet inconvénient, surtout dans les terres argileuses, il convient d’entourer le sujet de sable, jusqu’à l’extrémité. On se sert pour cela, de tubes en fer battu, de 10 à 15 cent. de diamètre sur 30 cent. de hauteur que l’on place sur le sujet et que l’on remplit de sable fin. Lorsque la butte est formée jusqu’à la hauteur du tube, il n’y a plus qu’à retirer ce dernier, et le sujet et la greffe sont entourés d’une gaine de sable, qui intercepte le passage de l’air, maintient le sujet dans un état constant de fraîcheur, et lorsqu’il pleut, égoutte l’eau qui par un contact trop prolongé pourrirait le lien, et empêcherait la soudure. Un autre avantage de ce procédé, c’est de permettre aux bourgeons du greffon, de soulever la légère couche de sable qui les recouvre, tandis que la même couche de terre tant soit peu argileuse, empêche le passage du greffon, l’étouffe, ou bien amène la venue de pousses contournées et difformes qui ne peuvent faire qu’une souche mal conformée. Il est indispensable avant de confectionner la butte, de placer sur le sujet, sans le toucher, ou à côté du tuyau rempli de sable, un tuteur de 70 à 80 cent. de hauteur, qui servira d’abord à protéger la butte du pied des bêtes de labour, et de l’outil de l’ouvrier, mais après la pousse, à attacher les bourgeons, au fur et à mesure que par leur croissance, ils donneront prise au vent. Ces diverses précautions prises, il ne reste plus, pour amener un résultat satisfaisant, qu’à souhaiter une température propice, sans grandes pluies trop persistantes, et sans une sécheresse trop prolongée. De légères ondées pendant le printemps et l’été sont très favorables, pour amorcer une réussite complète, à laquelle quelques légers binages au scarificateur et à la bêche donnés dans le courant de l’été, en empêchant la venue des herbes parasites et maintenant la terre meuble, viennent considérablement en aide. Enfin, un point essentiel qu’il ne faut point négliger, si l’on ne veut pas perdre le fruit de tous les soins antérieurs, c’est d’enlever à la main, tous les drageons, ou rejetons du sujet américain poussant au dessous du point de soudure, sans attendre qu’ils soient devenus trop forts et ligneux. Dans ce dernier cas, on risquerait de décoller le greffon et il serait préférable de creuser tout autour, et de couper les drageons au ras du cep, avec un couteau bien affilé.

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L’expérience de plusieurs années, suffit actuellement pour indiquer les diverses variétés de cépages français qui peuvent être greffées sur les trois variétés américaines qui jusqu’à présent ont paru devoir être cultivées avec avantage, dans le midi de la France.

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De même qu’autrefois, les vignes à grand produit, telles l’aramon et le sinsau demandaient un terrain riche et profond, pouvant seul suffire à l’exubérance de production, de même avec les cépages américains, l’aramon et le sinsau doivent être greffés dans des terrains de même nature, et sur riparia seulement et non sur jacquez. Il est reconnu que greffés sur ce dernier cépage, qui par lui même donne peu de fruit, les aramons et les sinsau donnent un produit moins abondant. Quant au rupestris, à cause de la différence de contexture de son bois à grain serré, il est préférable de lui donner pour greffe les alicante Bouschet, Petit Bouschet, gros noir de la Calmette [103][103] Ces trois cépages sont les hybrides les plus anciens... et les carignan, dont le grain est plus lâche et la moelle plus grosse. Le Jacquez se comporte très bien avec ces derniers cépages.

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5° - Méthode pratique de remplacement des manquants

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– Provignage américain

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Qu’elle que bonne que soit la réussite, tant pour les plants américains avec lesquels nos vignobles ont été reconstitués, que pour le greffage de ces plants américains, il existera toujours des vides.

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Le greffage est d’ailleurs une cause de mortalité plus considérable qu’avec nos anciens cépages français, à cause du point de soudure qui affaiblit le corps de la souche et lui fait offrir moins de résistance, soit au pied des animaux, soit à l’outil maladroitement manœuvré par les ouvriers. Un défaut de contact complet entre le greffon et le sujet, amène souvent la pourriture, qui s’étendant peu à peu, finit par occasionner la mort de la partie aérienne greffée, et même de la partie en terre. Ces vides étaient autrefois remplis par le provignage, qui, fait tous les ans avec soin, maintenait nos vignes françaises dans un complet état intégral, au point que dans des parcelles plantées depuis un temps immémorial, il n’existait plus une des souches primitives. Cela a été pertinemment établi par l’arrachage forcé de ces mêmes vignes, le treuil amenant à la surface du sol, des racines entortillées énormes, qui avaient autrefois constitué des corps de souches aériennes couchées en entier, pour combler les vides.

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Ce procédé doit être employé de nouveau, mais d’une manière toute différente. Partant de ce principe, que pas une racine française ne doit exister dans le sous sol, pour ne pas faire une pâture au Phylloxéra, voici en quoi consiste le procédé que j’emploie, auquel je donne le nom de Provignage américain. Lorsque les vignes ont trois ou quatre ans de greffe, les racines américaines qui ne plongent pas dans le sous sol, comme celles des cépages français, mais s’étendent horizontalement dans la couche superficielle du terrain, et se ramifient beaucoup, occupent la majeure partie de cette couche de terre, à 25 ou 30 cent. au plus. Remplacer les manquants par des racinés, quelque soin qu’on y apporte, devient insuffisant, et ces racinés végètent misérablement et ne font jamais de belles souches. J’obvie à cet inconvénient, comme je vais l’indiquer, et je puis affirmer que depuis cinq ans que cette opération est faite, je n’ai lieu que de m’en féliciter.

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Dans le courant de l’époque de la taille de la vigne, je fais laisser à l’une des souches entourant un point vide, un sarment français le mieux placé près du tronc, à la partie inférieure. La taille faite, je fais pratiquer à partir du cep portant ce sarment, une tranchée de 30 à 40 cent. de largeur, sur autant de profondeur, aboutissant à la place vide. Lorsque la sève commence à monter, je fais courber ce cep autour du pied qui le porte, de manière à ce qu’il entre en terre, de 10 à 12 cent. environ. A ce point ce cep est coupé et j’y fais adapter au moyen de la greffe en fente, un sarment américain assez long pour aller sortir au point vide, et on attache l’extrémité sortant en terre) un tuteur. Ce cep pourrait être greffé la même année en cépage français, mais il est préférable que la reprise ait eu lieu, et de n’opérer le greffage que l’année suivante. Il est entendu que lorsque le nouveau sujet est assez fort, pour se passer de la souche mère, toute la partie française est coupée, et il n’existe plus qu’une souche américaine greffée en cépage français. Pour faciliter la pousse de cette nouvelle souche, une petite fumure est utile. Je trace ici un plan informe, pour faire mieux comprendre mon procédé de provignage.

A. Point où le sarment français est greffé avec le sarment américain.

B. Point de greffage du sarment français avec le sarment américain.

C. Soudure de la greffe française, avec le sarment américain. Dans les vignes âgées de sept à huit ans, il n’est pas rare que en creusant la tranchée, on ne trouve des racines américaines suffisamment grosses pour supporter le greffage avec le cep de même espèce. On obtient de cette manière, une souche greffée sur racine américaine au moyen d’un sarment identique et ayant par le greffage opéré l’année suivante, une tête française. Par suite le sevrage devient inutile. Je dois ajouter que l’expérience de plusieurs années m’a prouvé que le greffage sur racine réussit aussi bien que sur sarment.

A. Point où la racine américaine est greffée avec le sarment américain.

B. Point de greffage du sarment français, avec le sarment américain.

C. Soudure de la greffe française, avec le sarment américain.

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Depuis cinq ans je fais opérer ce mode de provignage, et je crois pouvoir affirmer, qu’aucune des souches provenant de cette manière d’opérer n’est morte, et qu’au bout de trois ans, elles ont rattrapé leurs aînées. On peut voir un exemple frappant de la bonté de ce procédé, à la vigne de la balme [104][104] La balme : nom de parcelle., ancienne, vers le fond, du côté de la rivière, à la partie moins large. Cette partie, plantée en Clinton Viala, présenta au bout de 7 à 8 ans de plantation et de greffe, des points faibles, dont les souches finissaient par mourir, absolument comme s’il existait à ce point une tache phylloxérique. Au fur et à mesure qu’une de ces souches, autour de la tache primitive périssait, je la faisais remplacer par un provin fait avec un des sarments d’une souche voisine. Actuellement ces vides sont totalement garnis de jeunes et belles souches.

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Ce mode de provignage peut être utilisé, non seulement à combler les vides faits par la mortalité des souches, mais encore à remplacer petit à petit un cépage qui ne serait pas suffisamment productif par un autre qui conviendrait mieux. Opéré tous les ans avec soin, il peut perpétuer nos vignes américaines, comme le provignage ancien continuait à tenir nos vignes françaises en état prospère pendant des siècles, à moins qu’une invasion désastreuse, semblable à l’invasion phylloxérique, n’anéantisse de nouveau le vignoble, qui nous a tant coûté à reconstituer.

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Afin d’avoir chaque année des sarments américains suffisamment longs, pour le provignage, j’ai réservé deux petites parcelles de bonne terre de garrigue profondément défrichée, l’une à côté de la Chambre dite des robinets, à la prise d’eau communale, l’autre au rec du tuile [105][105] Rec du tuile : nom de parcelle, en occitan rec signifie..., au bas du moural Perratié [106][106] Moural : occ, morral monticule arrondi. Moural Perratié :.... Elles sont plantées toutes deux en Rupestris, celle de la Chambre des robinets en Rupestris sans dénomination particulière, venant du Var, et celle du moural Perratié en Rupestris Monticola. Je n’ai pas remarqué entre ces deux cépages de même espèce de différence sensible. Tous mes provins sont faits avec les sarments provenant de ces deux pépinières, qui sont conservés dans le sable, jusqu’au moment de leur emploi.

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6° - Cultures diverses à donner aux vignes américaines

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J’ai remarqué que les terrains plantés en vignes américaines produisaient beaucoup plus d’herbes parasites, telles que chardons, et autres, que lorsqu’elles étaient plantées en cépages français. Cela provient sans doute de ce que nos vignes reconstituées en cépages américains, étant encore jeunes, relativement à leurs aînées françaises, leurs racines n’occupent pas assez le sol, pour empêcher la venue des plantes parasites. En avançant en âge, l’effet contraire sera peut-être produit, et deux labours à la charrue et un ou deux grapinages [107][107] Grapinage : de grappin, terme équivalent à celui de... suffiront, comme autrefois, pour entretenir le sol propre comme autrefois. En attendant, et comme il convient, afin que nos nouvelles vignes, profitent le plus possible des amendements et engrais que nous sommes forcés de leur prodiguer, j’insiste beaucoup, sur les labours d’automne [108][108] Le souci de pratiquer des labours d’automne entraîne..., immédiatement après la vendange, contrairement à ce qui se faisait autrefois, où les labours ne commençaient qu’après la fin de l’hiver, après la taille. En outre de ce que ces labours détruisent les plantes d’origine diverse qui croissent avec une grande rapidité, à la suite des pluies survenues habituellement à cette époque, ils remuent en même temps le sol tassé par le piétinement des vendangeurs. Cette aération du sol est surtout utile à cette époque de l’année, car, non seulement elle permet à la terre de s’enrichir en azote, mais encore d’exposer le sol, pendant un temps plus ou moins long, aux intempéries, ce qui contribue beaucoup à l’effriter. Comme la taille n’est pas encore faite, et qu’il est nécessaire de laisser le bois s’aoûter parfaitement, on est obligé de relever les ceps, en les attachant vers l’extrémité avec le sarment le plus long qui les contourne, travail peu coûteux, et qui permet le passage des charrues, et des ouvriers qui font les cuvettes [109][109] Cuvettes : traduction de l’occitan escaoussels, sorte... dans les parcelles destinées à recevoir et fumier et engrais quelconques. Ces premiers labours, doivent être faits avec beaucoup d’attention, et d’après certains principes immuables.

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1° s’abstenir de faire entrer la charrue dans un terrain non ressuyé [110][110] Essoré. de la pluie. On reconnaît que ce résultat est obtenu lorsque la surface est sèche et qu’en prenant une poignée de terre, à la profondeur où la charrue doit pénétrer, elle ne se coagule pas. C’est surtout dans les terrains légers, sablonneux et caillouteux, que l’on doit s’abstenir de mettre les instruments aratoires immédiatement après la pluie. Les terres argileuses n’ont pas besoin de tant de précaution, et souvent à cause de leur compacité et de leur tassement, on est obligé de profiter des pluies qui les ramollissent, sans attendre que leur surface se soit de nouveau solidifiée, en observant toutefois qu’elle ne soit pas à l’état de boue.

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2° Comme ce labour, doit être fait à une certaine profondeur il est indispensable, dans les terres en pente, de contrarier le sens de la pente, de telle sorte, que les raies ouvertes, entre chaque rangée de souches, offrent un obstacle au cours des eaux pluviales, qui dans le cas contraire, n’ayant pas le temps d’être absorbées par le sol, et formant rigole par leur accumulation, ravinent les terres et souvent occasionnent un dommage considérable, en déracinant des souches, et en recouvrant d’autres de terre. Les labours suivants, n’offrent pas cet inconvénient, à un aussi haut degré, parce que se répétant plus fréquemment, ils ne laissent pas les raies ouvertes dans le sens de la pente.

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3° Il est de toute nécessité, de recommander aux ouvriers, conducteurs de charrue, de s’arrêter, toutes les fois qu’ils aperçoivent un brin quelconque de chiendent, pour si petit qu’il soit, arraché par le soc de la charrue, de le ramasser, et de le mettre sur la partie labourée, où il se sèchera. Il est préférable, que le laboureur perde un peu de temps, que de recouvrir cette tige ou racine, de si peu de terre que ce soit. Elle formerait dans ce cas une nouvelle colonie de cette plante parasite, qui se propage si facilement, et finirait de proche en proche par envahir tout le sol. Il devra aussi avant de retourner son instrument, l’examiner avec attention, et après l’avoir débarrassé de la terre qui peut s’être attachée au versoir ou au soc, rechercher les brins de chiendent, qui en se détachant du soc, pourraient dans le cours du sillon être recouverts de terre et se propager. Il est rare, que sur les bords des parcelles, il n’existe pas un peu de chiendent, dont on ne peut se débarrasser, quelque soin que l’on mette à travailler les bords. Tels sont les principes généraux, auxquels doit se conformer, un bon laboureur de vignes.

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Je vais parler maintenant des diverses manières de labour, qui m’ont paru le mieux convenir à nos contrées du Minervois, et qui doivent être employées selon les circonstances.

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1° Lorsqu’on veut faire l’emploi des fumiers et engrais quelconques, destinés à être déposés dans une cuvette faite autour de la souche, ou tout le long de la raie ouverte contre les souches. Dans ce cas, on donne un coup de versoir de chaque côté du rang, de manière à rejeter la terre et découvrir les souches autant que possible. Cela facilite le travail de la bêche, pour établir la cuvette ou la tranchée dans toute la longueur du rang. Lorsque les vignes à fumer, sont âgées et que les branches des souches, occupent un espace plus ou moins étendu, par suite de leur pousse annuelle, il existe une plus grande surface de terre non travaillée par la charrue qui nécessite un temps plus long pour la bêche. Dans ce cas, on peut employer avec avantage la charrue vigneronne déchausseuse qui par son soc et son versoir coudé laisse peu d’espace à cultiver par la main de l’homme ; mais il faut au laboureur une grande attention, pour ne pas blesser le tronc de la souche, surtout à l’époque où la sève est en mouvement. Dès que le fumier est déposé dans la cuvette ou dans la tranchée faite tout le long de la rangée, on le recouvre par un coup de versoir de chaque côté du rang, de telle sorte qu’il soit recouvert le plus possible par la terre soulevée par le versoir. On continue ainsi jusqu’à la fin de la parcelle, les fumiers et engrais demandant à être recouverts de terre dans le plus bref délai possible, afin de ne rien perdre de leurs qualités par l’évaporation. Il est bien entendu, que si l’on était pressé par d’autres travaux plus urgents, on peut remettre à un temps plus opportun, pour le labour à effectuer dans les intervalles des rangs. Dans le cas contraire, le laboureur doit continuer à donner dans le même sens plusieurs raies jusqu’au milieu du rang, où se trouve alors une tranchée ouverte, plus ou moins grande, selon la dimension du versoir de la charrue. Cette tranchée est très utile, si le labour est effectué avant la saison des pluies, surtout s’il existe dans la parcelle, une pente, pour si peu prononcée qu’elle soit. Les eaux pluviales sont retenues dans ces tranchées, et au lieu de s’écouler, sont absorbées par la terre. C’est surtout dans les terrains argileux, que se produit ce résultat. Le croquis ci-dessous fera mieux comprendre ce mode de labour [111][111] Le croquis évoque clairement un labour croisé et une....

Points A : rangs de souches. B : Raies avec le versoir tourné en dehors de la souche, pour la dégager. C: 2e raie dans le même sens. D : tranchée faite au milieu des rangs, par deux coups de versoir.

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Lorsque les vignes sont arrivées à un âge assez avancé, 12 à 15 ans, par exemple, les racines, surtout américaines, sont éloignées du pied de la souche, dans tous les sens. Dans ce cas, et comme les racines absorbent les sucs du fumier par leurs extrémités munies de suçoirs, il est préférable de déposer les fumiers non dans des cuvettes faites au pied des souches, mais dans une tranchée, au milieu, dans l’intervalle des rangs. Alors, il faut opérer les labours d’une manière toute contraire ; donner deux coups déversoir dans le milieu des rangs, et une fois, le fumier ou l’engrais déposés dans la tranchée, que l’on peut régulariser et agrandir à la bêche, si le versoir a laissé échapper de la terre, on retourne la charrue, et on recouvre le fumier par deux coups de versoir. On continue d’un côté et de l’autre de ces deux raies, jusqu’à ce que la dernière découvre les souches. La tranchée dans ce cas, se trouve auprès des souches, et les pluies sont arrêtées par elle. Il est bien entendu, que si l’on était pressé par le temps, on peut se contenter de recouvrir le fumier par deux coups de versoir des deux côtés des souches, et retarder le travail complet à plus tard. Voir pour plus simple explication le croquis ci-dessous.

Points A’ : Tranchée ouverte au milieu des rangs, pour mettre le fumier tout le long.

B : raies à la suite. C : Tranchée ouverte par un coup de versoir le long des rangs de souches.

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La tranchée ouverte de chaque côté des souches, si toutefois il y a absence de mauvaises herbes, peut être laissée sans travail, jusqu’à ce que par un labour de croisement subséquent, les herbes parasites étant survenues, un coup de bêche soit nécessaire pour les enlever.

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Après les labours exécutés pour recouvrir les fumiers et engrais employés, viennent ceux qui sont destinés à conserver les terres meubles, et à détruire les herbes parasites. Ils doivent être effectués dans les parcelles, il n’est pas mis de fumier et engrais, pour la première fois, si les pluies d’automne le permettent, avant l’hiver, immédiatement après les vendanges, toutefois, près avoir lié les sarments, comme je l’ai dit plus haut, si la taille n’a pas été effectuée par suite de l’aoûtement encore insuffisant des ceps.

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Par suite des labours à l’extirpateur, ou grapin, donnés pendant le cours de l’été précédent, le terrain de la surface à labourer est généralement plan. Je me suis toujours très bien trouvé, de faire effectuer les labours de la façon suivante, au moyen de la charrue à versoir. Après avoir constaté le sens dans lequel avait été donné le dernier labour, soit à la charrue, soit au grapin, je fais faire, en commençant par une extrémité de la parcelle, une première raie de charrue, du côté opposé au versoir, afin d’ouvrir une tranchée de chaque côté des souches. À la suite de ces deux coups de versoir, on en donne deux autres pareils, qui recouvrent partiellement, les deux premières raies. Cela fait, on retourne la charrue, et alors, le versoir recouvre en entier, la deuxième raie que l’on vient de creuser. On continue ainsi, par autant de raies, qui sont nécessaires, pour cultiver tout le terrain entre les deux rangées, jusqu’à ce que l’on arrive au rang de souches suivant, qui se trouvent déchaussées de chaque côté, ce qui permet aux pluies d’hiver, de pénétrer dans la terre, au lieu de glisser sur la surface, et raviner les terres, si les pluies sont abondantes. Si un deuxième labour à la charrue est reconnu nécessaire, par suite de la venue d’herbes parasites, que le grapin ou scarificateur ne peut détruire, on opère de la même façon, en commençant par une autre extrémité de la parcelle, afin de croiser le labour précédent et soulever les coussinets laissés par lui.

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Deux labours ainsi opérés, sont généralement, en se croisant, suffisants, l’un après la vendange, l’autre en mars ou avril, pour détruire les herbes parasites, et l’on n’a plus, dans le courant de l’été, après une pluie, ou lorsqu’il pousse quelques herbes, qu’à passer un ou deux coups de grapin, pour tenir les terres en vigne, en bon état d’entretien.

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Grattage vaut arrosage, disait mon excellent ami, Mr Portal de Moux [112][112] Portal de Moux (Moux : village de l’Aude, près de Lézignan)..., un des meilleurs agriculteurs du Midi. Aussi, dans les années de sécheresse, j’engage fortement, tout bons viticulteurs, à employer aussi souvent que les circonstances l’exigeront, le scarificateur à pointes, lorsque la surface de la terre sera durcie par la pluie, ou à racloir, lorsque les herbes viendront poindre. Ni croûtes, ni mottes, ni herbes, disait M. Portal de Moux. Je lui ai souvent entendu répéter ces deux axiomes, qu’il regardait comme des principes de culture indispensables pour avoir de belles vignes. Je les ai toujours mis en pratique, dans la mesure du possible, et je n’ai pas à m’en repentir. J’ai souvent constaté, dans les années d’extrême sécheresse, que les souches de quelque parcelle contiguë à une des miennes, dont le sol était durci et souvent crevassé, perdaient leurs feuilles, et que les raisins étaient petits, maigres, et d’une maturité incomplète, tandis que les miens étaient gros et murs, et les feuilles très vertes.

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Je crois devoir faire observer, que par l’emploi de mon mode de labour, si par une cause quelconque, l’emploi du grapin, n’a pas succédé à celui de la charrue, dans le courant de l’été, le rang de souches au pied duquel ont été donnés deux coups de versoir, présente une certaine dépression. Dans ce cas, cette irrégularité, doit être corrigée, lors du premier labour effectué l’année suivante, en commençant par ce côté, et en rejetant la terre, comme il a été dit plus haut, par deux coups de charrue, avec le côté opposé au versoir, et en terminant par le rang de souches qui avait été recouvert au labour précédent. De cette manière la surface du terrain, est remise plane. Voir pour plus ample explication, le croquis ci-dessous [113][113] Absence de croquis. Fin du premier cahier. Le soin....

II - Vignes de Trausse et de Sicard reconstituées avec les cépages américains. De l’année 1896 à 1918

Plantation de vignes américaines en 1896

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[**][**] La date « 1918 » a été écrite par Lucien de Andreïs,...[114][114] Il semble que Morin ait abandonné sa synthèse pour...Les plantations de vignes américaines touchant à leur fin, je n’ai plus que la parcelle du Cimetière que je ne planterai pas encore cette année. J’ai fait arracher l’esparcet qui avait été semé en 1893, et comme il y a beaucoup de chiendent, je la ferai labourer plusieurs fois dans le courant de l’hiver, afin de la purger autant que possible de cette mauvaise herbe, pour y semer une avoine en mars. Dans l’été, après la récolte de l’avoine, cette parcelle sera labourée plusieurs fois, afin de faire périr complètement le chiendent, et après avoir été, si c’est possible charruée avec le treuil plantier [115][115] La plantation nécessitant des labours très profonds,... en 1897.

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La parcelle du Cimetière ayant encore de nombreux plants de chiendent qui ont poussé ça et là, je me suis décidé, après l’enlèvement de la récolte en avoine qui a été satisfaisante, tant en paille qu’en grain, à attendre encore une année de plus, pour y semer une paumelle, ce qui permettra par les labours superficiels effectués cet été, de faire disparaître complètement le chiendent et les mauvaises herbes. Un premier labour a été effectué fin juillet après une bonne pluie. Le chaume enfoui, vaudra une demie fumure.

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Les remplacements ont été faits aux vignes du fiau des roseaux, du careyrouch des horts, du chemin de Peyriac et de rieux en temps utile, avec des Riparia et des rupestris. Quant aux autres vignes déjà âgées de 6 à 10 ans de plantation, ils ont été faits au moyen de mon procédé de provignage américain, dont je suis de plus en plus satisfait.

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Il a été seulement planté en 1896, une petite parcelle de 25 ares environ située au rec du tuile, sous les pins plantés au moural Peratié. Cette parcelle autrefois en vigne avait été abandonnée depuis longtemps, et était couverte d’herbes parasites. Elle fut charruée en 1895, avec forte charrue à deux paires [116][116] En 1898 Morin parle de labour avec deux paires de chevaux..., et préparée pendant le courant de l’été, de manière à être plantée en 1896, en rupestris. Avec les autres parcelles longeant les deux rives du rec du tuile, elle sera destinée à produire des vins fins, tels que Cadereau, Jurançon, Cabernet Sauvignon et Piquepoul, pour la provision de famille [117][117] Morin reconstitue une parcelle longtemps délaissée....

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(Ernest Morin présente sur deux pages, parcelle par parcelle, l’État des vignes ayant reçu des engrais ou amendements en 1896, puis un plan de ses Jardins et pépinières de Sicard, année 1896, un État des vignes greffées, en 1896, un État des vignes reconstituées. – Année 1896. – Leur rapport, enfin des Observations sur la Température, pendant l’année 1896.)

Observations sur les vignes américaines en 1896. La température, Les maladies cryptogamiques ; leur traitement ; la récolte de raisins

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1° Vignes américaines

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Le défaut de pluie pendant l’hiver, a permis de faire tous les travaux de culture et de mise en terre des engrais, dans de bonnes conditions et en temps opportun. Le traitement de badigeonnage au sulfate de fer a été continué, mais seulement sur les terres argileuses, où se voyaient encore quelques rares souches chlorosées. J’ai eu à me louer de l’emploi du plâtre agricole qui a produit un excellent effet de la chinaïres et derrière les horts, effet encore plus appréciable la 2e année de l’emploi. L’effet a été moins sensible à la vigne de médard [118][118] Nom de parcelles ; je crois que cela résulte de l’humidité persistante dans cette parcelle, qu’il sera indispensable de drainer au plutôt. Les vignes de la Condamine blanche, font de l’Albe, chn [119][119] Chn = chemin de Peyriac et de Rieux, où le plâtre a été mis au commencement de l’hiver, ont commencé à sentir son effet, la végétation est très belle, et surtout d’une remarquable verdeur de feuilles, et belle apparence de fruit, sans coulure. Les fumiers de ferme, n’ont pas pu produire grand résultat, à cause du manque de pluie suffisante pour les dissoudre. Il en est de même pour les bourres de laine [120][120] La présence d’une usine de traitement des chiffons... employées à la République et Olivier. Quand aux bourres mises au Plo, le résultat est satisfaisant, la végétation est bonne, et les raisins assez nombreux, sans coulure. J’ai remarqué que les vignes très touchées par le mildiou et le black rott l’an dernier, telles que les plaines, 30 tières [121][121] Tière : rangée, en occitan., Sorbier et côte rousse, quoique ayant une végétation suffisante, ont peu de raisins. Il est vrai que ces vignes sont greffées sur jacquez, et me paraissent éprouver quelques atteintes de phylloxéra. Il sera, je crois, utile de leur donner en temps opportun, une application de sulfure de carbone. Les taches [122][122] Il s’agit bien sur de taches phylloxériques. déjà signalées depuis deux ans à la balme, dans la partie basse, au Clinton Viala, se sont un peu agrandies, mais par l’emploi de mon procédé de greffage américain, je suis convaincu qu’elles seront bientôt remplies. Il en est de même pour la petite partie de Côte rousse, plantée directement en Etraire de l’ad’huy [123][123] Cépage noir à grappes moyennes et compactes, qui donne..., qui décline tous les ans. J’ai commencé à arracher les souches les plus rachitiques, et les remplacer par des racines de Rupestris. Je n’ai reconnu aucun fléchissement dans les autres vignes, tant de Trausse que de Sicard.

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2° Température

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L’hiver a été très favorable pour les divers travaux des vignes, tels que labours, taille et emploi des fumiers et amendements. Nous n’avons eu que quatre journées de glace les 23, 24, 25 et 26 février, n’ayant pas dépassé 6 degrés au-dessous de 0. Aussi avons nous eu une invasion de chenilles velues qui ont fait un certain mal à la sortie des bourgeons. Quelques gelées blanches inoffensives ont aussi été constatées en mars et avril. Le temps a été favorable pour la floraison de la vigne par suite de la persistance des vents de no, à l’exception de quelques jours de vent du SE humide qui a amené un peu de coulure pendant la floraison des aramons, tandis que les Alicante Bouschet et les carignans, opérée [124][124] Il s’agit de la floraison. avant et après, s’est effectuée d’une manière satisfaisante. Le greffage a laissé à désirer par suite de la sécheresse persistante des mois de mars et avril, et du froid relatif amené par des tempêtes de vent du no, et des giboulées de neige mêlées à de la pluie. Le traitement des maladies cryptogamiques a pu être effectué de bonne heure, et dans de bonnes conditions, de telle sorte que la température chaude et sèche aidant l’apparition du black rott et du mildiou, n’a pu se faire. L’emploi du soufre contre l’oïdium a été contrarié par les vents violents qui se sont fait sentir en mai, juin et juillet. Malgré la sécheresse persistante de l’hiver et de la première moitié du printemps, les vignes profitant de la réserve dans le sous-sol produite par les pluies persistantes et répétées du printemps et de l’été 1895, ont poussé avec beaucoup de vigueur ; cependant la sécheresse se faisait vivement sentir, lorsque de bonnes pluies de courte durée, se sont produites dans le courant des mois de mai, juin et juillet, et ont rétabli l’équilibre, de manière à permettre au raisin de grossir et d’arriver à la véraison.

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3° Les maladies cryptogamiques. Leur Traitement

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Profitant de l’expérience de l’année 1895, où par suite du retard apporté au traitement du mildew et du black rott, par les sulfatages, une grande partie de la récolte a été perdue, j’ai fait commencer les traitements au sulfate de cuivre le 27 avril, les pousses n’ayant encore que 10 à 12 cent. de longueur. J’ai employé les bouillies bordelaises au sulfate de cuivre Makesfiel [125][125] Ernest Morin écrit Makesfield pour Macclesfield, marque..., d’abord avec de la chaux ordinaire. Quelques vignes telles que la République, les Chn de Pautard et de Peyriac, ont été quelque peu brûlées, le mélange étant sans doute trop acide. Cet inconvénient a été évité, dès que j’ai employé la chaux dosée de M. Culeron de Béziers. Le traitement a été continué avec le verdet neutre, et la poudre Schloesing de Marseille. L’emploi de cette dernière poudre est très avantageux, par sa facilité de préparation. N’ayant pas eu d’invasion notable de mildew et de black rott, je n’ai pu constater de résultat appréciable de l’emploi des poudres ou du sulfate de cuivre avec chaux. La température sèche du printemps et de l’été par suite de la persistance des vents du Nord et du Nord-Ouest n’a pas favorisé la propagation des maladies cryptogamiques, que, pendant l’année précédente, les pluies et le vent du Sud-Est, au printemps et à l’été avaient propagé d’une manière désastreuse. La première opération a été terminée le 8 mai. Elle a été opérée par quatre hommes avec le pulvérisateur Vermorel et deux enfants pour leur porter le liquide. La deuxième opération commencée le 25 mai a été terminée le 10 juin, toujours avec un temps sec, et vents du n et no. Je crois que j’aurais pu me dispenser d’un sulfatage mais par prudence, et par suite de l’échec de l’année précédente, j’ai fait faire une 3e opération commencée le 28 juin et terminée le 20 juillet. Pas de trace de maladie.

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L’oïdium a été assez tenace, et j’ai été obligé de faire 3 soufrages aux vignes de la Balme, la République et la grande Condamine. La Balme a eu même un 4e sulfatage énergique sur les raisins, le 10 août, au point que lors des vendanges le soufre restant sur les grappes a donné un goût assez prononcé au vin, mais qui a disparu au soutirage.

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4° La récolte des raisins

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Les vendanges commencées dans de bonnes conditions, ont été commencées le 4 septembre dans de bonnes conditions de maturité, par un vent persistant du no, très chaud et terminées le 30 7bre. Elles n’ont été interrompues que pendant les journées du 27 et 28 7bre par un ouragan de vent du no. L’arbre de Judée, centenaire du fond du jardin et un cerisier très gros de l’enclos, furent coupés. Les vignes non encore vendangées furent considérablement secouées et la récolte, passablement diminuée. Les parcelles de la Grande Condamine, les horts, et le Careyrouch non encore cueillies n’eurent pas grand dommage, parce qu’elles furent protégées par les tuteurs dont les souches étaient pourvues. La fermentation s’établit normalement, et les décuvaisons commencées le 6 octobre ont été continuées sans interruption et terminées le 24 8bre. Le vin s’est dépouillé assez rapidement et a été vendu en partie à M. Jeanjean Nt[126][126] Nt = négociant. à Peyriac au prix de 18 F, et le reste à M. Crozals frères de Béziers, au prix de 19 F 50. La récolte a été de 1 550 hecto. Les marcs chargés en couleur et en alcool, le vin pesant en moyenne 10°5 dixièmes, m’ont permis de faire une centaine d’hecto de piquettes de 8° environ qui ont été en partie vendues 8 F l’hecto à M. Jeanjean de Peyriac et ont servi aux ouillages des foudres et pour les usages domestiques. Le marc mouillé m’a fait, au moyen d’un mélange de terre et de fumier d’étable, abondamment arrosé de purins, une quantité de bon fumier, qui a servi à la fumure de plusieurs parcelles de consistance argileuse, qui a donné de bons résultats par suite des pluies survenues peu après leur emploi.

Année 1897. Plantation de vignes américaines en 1897

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La reconstitution de toute la propriété en vignes est à peu près terminée. Il ne reste que la parcelle dite du Cimetière que j’ai voulu auparavant débarrasser du chiendent qui s’y était propagé, venant des bords qui n’avaient pu être bien travaillés, pendant les trois ans qu’elle a été occupée par l’esparcette. J’y ai eu cette année une récolte moyenne d’orge, et immédiatement après les vendanges, je me propose de la planter en rupestris. Les vignes du fiau et des roseaux, plantées en 1895, ont eu les manquants remplacés en Rupestris. Il en a été de même pour les parcelles ayant moins de 6 ans de plantation. Quant aux autres les remplacements ont été faits avec mon procédé de provignage américain, dont je continue à être on ne peut plus satisfait. La petite parcelle du rec de tuile plantée en 1897 en rupestris a été aussi remplacée. Par la suite du peu de pluie de l’hiver, je n’ai pu charruer, comme je me le proposais, les petites parcelles longeant les deux rives du rec de tuile. Je me propose de le faire dans le courant de cet hiver.

100

(Ernest Morin présente, parcelle par parcelle, l’« État des vignes ayant reçu des engrais ou amendements en 1897 », puis un plan de ses « Jardins et pépinières de Sicard, année 1897 », un « État des vignes greffées, en 1897 », un « État des vignes reconstituées. – année 1897. – leur rapport », enfin ses « Observations sur la température pendant l’année 1897 »).

Observations sur les vignes greffées sur américain – Année 1897. Les maladies cryptogamiques ; leur traitement ; la récolte de raisin

101

Vignes greffées sur américain – La température douce des mois d’octobre, Novembre, décembre et Janvier a permis de donner des labours d’automne et de détruire les herbes adventices que les petites pluies survenues après les vendanges avaient fait pousser. J’ai pu opérer aussi le dépôt d’engrais [127][127] L’apport d’engrais apparaît ici comme une opération... de très bonne heure, même avant la chute des feuilles, afin que les sarments de vigne n’empêchent pas le travail de la mise des engrais, j’ai employé un procédé que je me propose de généraliser cette année, c’est à dire de faire couper grosso modo les sarments, en section de 20 à 25 centimètres au dessus de l’empâtement sur les branches maîtresses et à les laisser sur le sol, sous lequel elles seront enfouies après le premier labour qui sera donné, et par cette manière donneront à la terre toute la potasse qu’elles lui auront pris [128][128] L’opération de pré-taille est ici présentée comme une.... Afin que ce travail soit fait d’une façon plus expéditive, j’ai imaginé de faire usage de cisailles à tondre le gazon, mais plus fortes, dont les branches seront réunies par une croix terminée par un anneau destiné à recevoir une courroie en cuir qui, passée au cou de l’ouvrier, soutiendra les cisailles qui ne pèseront pas à ses mains, et pourront être manœuvrées sans peine [129][129] La préoccupation ergonomique rejoint évidemment ici.... Une taille définitive qui pourra être retardée autant que je voudrai, sera faite ultérieurement et j’ai remarqué que depuis quelques années, les froids deviennent plus tardifs. Le 26 mars une gelée à glace a frappé les jeunes bourgeons à peine débourrés et a causé de grandes pertes dans tous les pays de vignoble. Les seules vignes taillées en février premiers jours de mars, ont été relativement préservées, telles que les vignes des horts, côte rousse, les plaines, Paissieu, arques, République, Grande Condamine et le Plo. Le Careyrouch qui était taillé bien avant, a été en partie préservé parce que le terrain de nature froide avait retardé d’une certaine façon, le départ de la végétation. Les engrais mis de bonne heure ont produit un bon effet les chiffons de laine au Carayrouch, le plâtre à la Condamine blanche et les compost, ont profité des bonnes pluies tombées en janvier et février et produit un bon effet. La végétation est vigoureuse surtout dans les vignes qui n’ont pas été fortement gelées le 26 mars.

102

Les tâches phylloxériques de la Balme ont continué à s’agrandir, mais sans grande agravation [130][130] Lire aggravation.. Quelques provins de l’an dernier ont été greffés et des nouveaux ont rempli les vides. J’ai continué à employer avec succès ce mode de remplacement dont je suis de plus en plus satisfait [131][131] Comme il l’explique dans son compte rendu de l’année....

103

Température. Comme l’an dernier, l’hiver a été très doux, janvier nous a donné seulement quatre jours de gelée avec – 4 degrés. Les travaux, fumures, façons ont été faits dans de très bonnes conditions. Quelques bonnes pluies en février et mars, ont fait produire aux fumures de très bons résultats. Le printemps quoique froid, n’a pas contrarié la pousse des vignes. Une petite gelée blanche en avril, n’a pas causé grand mal, l’olivier et le bas du kiosque, ont eu quelques bourgeons brûlés. Quelques jours en mai et juin de vent de NO, en tempête, ont coupé des bourgeons. L’été sec et chaud a favorisé le traitement des maladies cryptogamiques. Le soufrage avec moitié chaux et soufre sublimé a été opéré de bonne heure, et une 2e opération a suffi pour garantir la plupart des vignes, la balme a nécessité 4 opérations, dont 2 au soufre pur. Le mildiou et le black rott n’ont pas fait leur apparition et deux sulfatages ont suffi, pour le combattre [132][132] La description des traitements laisse supposer une.... J’ai remarqué cependant que les vignes du chemin de Peyriac et du chemin de rieux, vers la fin d’août avaient de nombreuses feuilles sèches. Les raisins ont mis plus de temps à mûrir, que celles dont les feuilles étaient restées vertes. Serait-ce la brunissure dont on a parlé depuis peu ou le black rott ? J’irai m’en assurer je me propose d’observer attentivement l’an prochain. Quelques bonnes pluies survenues en août ont favorisé la croissance des raisins que la sécheresse prolongée des mois de juin et juillet empêchaient de grossir.

104

La récolte des raisins – Les vendanges commencées le 5 septembre avec une température suffisamment favorable ont été terminées le 27 7bre, avant quelques journées de pluie persistante qui a occasionné de la pourriture aux vendanges retardées. La récolte a été suffisamment abondante et a produit environ 1 800 hectolitres de bon vin vendu à Mrs Crozals frères, négociants à Carcassonne. Les marcs ont servi à faire un bon compost, après avoir produit environ 6 hecto de bonnes piquettes à 6 degrés [133][133] L’épuisement des marcs pour fabriquer des piquettes....

Année 1898. Plantation de vignes américaines en 1898

105

La dernière parcelle à planter, derrière le Cimetière, après avoir été charruée au moyen d’un treuil à vapeur, au prix de 300 F l’hectare a été plantée le 14 mars, partie en Rupestris, et en Riparia, gloire de Montpellier. Des betteraves ont été semées en avril entre les rangées. J’avais l’an dernier, planté des riparia et des rupestris entre les rangs de souches de Médard, trop espacées, dans le but d’arracher plus tard lorsque la dernière plantation aurait été greffée en Carignan, les premières souches greffées en Alicante Bouschet, qui sont restées malingres et donnent peu de végétation et peu de fruit. Cette plantation a été faite en boutures n’ayant pas eu suffisamment de pluie a végété et j’ai été obligé d’en remplacer cette année une grande partie par des racinés de rupestris qui ont bien réussi. Les jeunes vignes des roseaux du rec du tuile et du fiau, ont vu leurs manquants remplacés par des racines rupestris. Les autres vignes ont été complétées au moyen de mon systhème de provignage américain dont je continue à être on ne peut plus satisfait. J’ai adressé au Journal l’agriculture de Béziers un nouvel article, au sujet de ce mode de provignage, que je joins ci-contre, et qui a reçu l’approbation du directeur de ce journal agricole.

106

Profitant des pluies de l’hiver j’ai charrué assez profondément avec 2 paires de chevaux, une parcelle du rec du tuile qui sera plantée l’an prochain.

107

(E. Morin présente, parcelle par parcelle, l’« État des vignes ayant reçu des engrais ou amendements en 1898 », puis les « Opérations de Sulphatage » plan de ses « Jardins et pépinières de Sicard, année 1898 », un « État des vignes greffées, en 1898 », un « État des vignes reconstituées. – année 1898. – leur rapport », enfin ses « Observations sur la température pendant l’année 1898 »).

108

(Pour 1899, E. Morin décrit l’état des « Plantations de vignes américaines », celui des « vignes ayant reçu des engrais et amendements », les « opérations de sulfatage ». Son gendre, Lucien de Andréïs, prend alors le relais, en détaillant le résultat des vendanges).

Année 1900. Mort de Monsieur Morin

109

[134][134] Écrit par Lucien de Andreïs.Année de misère et de deuil. Désastreuse pour la propriété. Elle nous a frappés tous au cœur, la mort ayant ravi à notre affection Monsieur Morin, le 15 Novembre 1900. Atteint depuis quelques années d’une maladie de la vessie, ayant victorieusement traversé de nombreuses crises, grâce à la vigueur de son tempérament, à la pureté de son sang, il n’a pu résister à une nouvelle attaque du mal, survenue le 8 novembre. Une semaine après il rendait son âme à Dieu, le 15 du dit mois, à 2 heures du matin. Sa sépulture a été l’objet d’une belle manifestation, une foule énorme accourue de tout le canton l’accompagnant à sa dernière demeure.

110

À partir de 1900 (59e folio), les notes de Lucien de Andreïs se poursuivent jusqu’en novembre 1918 (173e folio).


Bibliographie

  • Sur la viticulture française

    • Garrier, Gilbert, Le Phylloxera, une guerre de trente ans, Paris, Albin Michel, 1989, 194 p. ;
      —, Histoire sociale et culturelle du vin, Paris, Larousse, 1998, 767 p.
    • Lachiver, Marcel, Vins, vigne et vignerons. Histoire du vignoble français, Fayard, 1988 ; 2e éd. : 1997, 712 p.
    • Loubère, Leo, The Red and the White. The History of Wine in France and Italy in the Nineteenth Century, Albany, State University of New York Press, 1978, 401 p.
    • Pouget, Roger, La Lutte contre le phylloxera de la vigne en France, inra/oiv, 1990, 157 p.
  • Sur la viticulture languedocienne

    • Gavignaud-Fontaine, Geneviève, (dir.), Le Languedoc viticole, la Méditerranée et l’Europe au siècle dernier (xxe), Montpellier, Université Paul-Valéry, 561 p.
    • Gervais, Charles, Indicateur des vignobles méridionaux, Montpellier, 1903, 1308 p.
    • Pech, Rémy, Entreprise viticole et capitalisme en Languedoc-Roussillon, Université de Toulouse Le Mirail, 1975, 567 p. ;
      —, « L’évolution économique et sociale de l’Aude aux xixe et xxe siècles », in Histoire des Pays d’Aude, Carcassonne, cddp, 1986, p. 149-172.
    • Rivals, Jules, L’Agriculture dans le département de l’Aude, Paris, Poirré, 1901, 343 p.
    • Sagnes, Jean, (dir.), La Viticulture française aux xixe et xxe siècles, Presses du Languedoc/Ville de Béziers, 1993, 143 p.
    • Sagnes, Jean, Pech, Monique et Rémy, 1907 en Languedoc et en Roussillon, Montpellier, Espace Sud Éditions, 1997, 283 p.
    • Valentin, Jean, La Révolution viticole dans l’Aude, Carcassonne, cddp, 1977, 2 vol., 93 p. et documents [extraits du mémoire d’Ernest Morin : doc. 109, 202, 301, 309].
    • Histoire des Pays d’Aude, Carcassonne, cddp, 1980, 185 p.
  • Mémoires et souvenirs de viticulteurs

    • Carrière, Jean-Claude, Le Vin bourru, Paris, Plon, 2000, 305 p.
    • Chaleil, Léonce, La mémoire du village, Paris, Stock 1977, 411 p.
    • Loubère, Leo (dir.), The Vine remembers, French vignerons recall their past, Albany, State University of New-York, 1985, 193 p.
    • Lagrange Roger, Moi, je suis vigneron, Villefranche-sur-Saône, Guillermet, 1960, 357 p.
    • Massé, Ludovic, Les Grégoire, pol, 3 t., 1984-1985, 314, 325 et 341 p.
    • Pech, Rémy, « Le livre de comptes d’un bourgeois-paysan des Corbières », in Hommage à Robert Laurent, Montpellier, 1982, p. 193-216.
    • Source : Arch. privées Jean Saïsset, viticulteur à Trausse-Minervois (Aude). Texte établi par Rémy Pech, conservant l’orthographe du rédacteur.

Notes

[*]

Professeur d’histoire contemporaine, Université de Toulouse Le Mirail, ufr d’Histoire, 5, allées Antonio Machado, 31058 Toulouse Cedex (rpech@ univ-tlse2. fr).

[1]

Note de Lucien de Andreïs dans le cahier n° 2 p. 59, reproduite à la fin du document.

[2]

Le premier cahier comporte 27 pages et le deuxième 173 pages, dont 57 rédigées en tout ou en partie par Ernest Morin.

[3]

Gilles Postel-Vinay, La Terre et l’argent. L’agriculture et le crédit en France du xviiie au début du xxe siècle, Paris, Albin Michel, 1997, 482 p. consacre un chapitre important (p. 317-353) à « l’exception languedocienne ». Il y analyse, à partir d’exemples essentiellement héraultais, la résistance des grands domaines aux crises.

[4]

Deuxième cahier, p. 75 : « un document, de forme testamentaire, qui me reconnaît comme le sauveur de la situation – si toutefois je dois employer cette expression –, grâce aux sommes très considérables, que sur ma fortune personnelle, j’ai avancées pour empêcher une vente forcée et permettre le relèvement du vignoble ».

[5]

Paul Coste-Floret, Les travaux du vignoble, Montpellier/Paris, Coulet et Masson, 1898, 473 p. Du même, La Culture intensive de la vigne, même éditeur, 1898, 109 p.

[6]

Dès sa création en 1937, sous l’impulsion de son président Gaston Dhomps, la cave coopérative de Trausse sera une des premières à commercialiser sous le label Minervois (alors vdqs.) ses meilleurs produits, popularisés sous la marque Costos Roussos (côtes rousses), empruntée à un tènement présent dans le relevé cadastral de la famille Morin (Arch. dép. Aude, wp 4578, fol. 282).

[7]

La taille en gobelet constitue le cep de vigne en arbuste, les branches ou coursons figurant un gobelet. Elle présente l’avantage de protéger les raisins du soleil et du vent, l’un et l’autre souvent violents ici.

[8]

Valentin, 1977.

[9]

Ernest Morin est né à Trausse le 9 avril 1828. La rédaction de son mémoire débutant en avril 1895, il semble intégrer à son expérience des souvenirs d’enfance remontant à 1835.

[10]

Antoine Morin est décédé à Caunes le 1er juin 1842 à 44 ans. Son fils Ernest avait juste 14 ans.

[11]

On peut supposer qu’Ernest Morin avait été inscrit dans le lycée le plus proche de son domicile, celui de Carcassonne. Dans les conditions de déplacement de l’époque, l’éloignement de 25 km imposait l’internat, d’où la réaction de sa mère à la mort du père.

[12]

Le baccalauréat ès lettres obtenu par Ernest Morin suffit donc pour exercer les fonctions de juge de paix, en l’absence de toute formation juridique à l’Université.

[13]

La gestion directe avec l’aide d’un régisseur est usuelle en Languedoc. Elle permet au propriétaire d’expérimenter différents degrés d’absentéisme. En renforçant l’attraction des villes pour une bourgeoisie rurale soucieuse de mener une vie brillante tout en contrôlant la vente du vin, l’essor viticole ne pouvait que renforcer cette pratique, volontairement abandonnée par Morin en raison de ses fonctions de magistrat rural et aussi de sa vocation affirmée d’exploitant viticole.

[14]

En français : du puits.

[15]

Lire : compoix de la communauté de Traussan (ancien nom de Trausse).

[16]

La liste des parcelles n’ayant pas été retrouvée dans les archives familiales, nous avons eu recours aux matrices cadastrales de Caunes et Trausse et aux archives de l’Enregistrement.

[17]

L’expropriation résultait probablement de l’exécution d’une hypothèque, par suite de l’insolvabilité de l’emprunteur.

[18]

Les actes ne sont pas joints au cahier.

[19]

D’après les cadastres « napoléoniens » de Trausse et de Caunes, Ernest Morin possède à Trausse 7 ha 78 de vignes répartis en 11 parcelles sur une propriété de 37 ha 56 comportant 51 parcelles cadastrées soit 21,13 % de la superficie et 21 % des parcelles. À Caunes, l’essentiel de son patrimoine est constitué du domaine de Sicart (32,95 ha), il possède 1,25 ha de vignes en 3 parcelles sur un total de 40,83 ha cadastrés en 33 parcelles, soit 3 % de la superficie et 0,9 % des parcelles.

[20]

Les 200 hectolitres récoltés sur 9 ha expriment un rendement limité de 21 hl/ha.

[21]

La voie ferrée Bordeaux-Sète de la Compagnie du Midi n’est mise en service qu’en 1857. La gare la plus proche de Trausse est Trèbes, à une vingtaine de km. Curieusement, Morin néglige la proximité (12 km à La Redorte) du Canal du Midi, qui traverse le Minervois depuis 1681.

[22]

Morin fait ici justice de la réputation des montanhòls (habitants de la montagne) souvent crédités de faibles notions de goût. Du même coup, il confirme l’importance de ce marché paysan extrêmement fragmenté et fréquemment saisonnier. Les montanhòls descendaient dans le Pays bas pour s’employer aux récoltes et remontaient chez eux en emportant quelques produits appréciés, tel le vin. Morin décrit ici un trafic plus régulier et indépendant des migrations saisonnières.

[23]

La distillerie se développe rapidement en Languedoc, en liaison avec cette situation de pléthore relative et avec pour support l’alambic à distillation continue mis au point par le chimiste montpelliérain Adam en 1801. Cf. Yvette Maurin et Rémy Pech, « Alcools et eaux-de-vie de Languedoc au xixe siècle » in Alain Huetz de Lemps et Philippe Roudié, Eaux-de-vie et spiritueux, Colloque de Bordeaux, 1982, cnrs, 1985, p. 131-142.

[24]

Nom languedocien du sainfoin.

[25]

L’utilisation de la jachère pour les fourrages constitue déjà une évolution du « vieux systhème ».

[26]

À moins d’envisager une très improbable revente, cette rémunération en nature atteste d’une consommation quotidienne du vin chez ces domestiques.

[27]

En partie mythique, cet idéal autarcique est évidemment opposé à la mise en place d’une agriculture commerciale survenue ensuite. On peut voir également dans cette phrase une allusion au développement ultérieur de la propriété absentéiste, que Morin récuse pour sa part.

[28]

Notice biographique par G. Fournier, in R. Cazals et D. Fabre, Les Audois, dictionnaire biographique, Carcassonne, 1990, p. 249. Antoine Morin étant décédé en 1810, le versement du viager représente au total 47 000 f.

[29]

On peut penser à la Maison rustique de Bixio, encyclopédie agronomique en 4 volumes, parues à partir de 1837, ou au Cours d’agriculture de Gasparin, publié en 1843.

[30]

La référence aux étables manifeste la présence d’un cheptel bovin, dont la suite du texte suggère qu’il s’agit de bœufs de labour.

[31]

On peut hésiter entre un lapsus pour « 3 à 4 francs » et une indication de revente rapide.

[32]

Le terme de métairie, employé originellement en référence au statut juridique de l’exploitation, désigne ici les bâtiments du domaine acquis en pleine propriété et géré en faire-valoir direct.

[33]

Brebis portières : brebis mères ou en âge de l’être.

[34]

La proximité des marchés urbains de Carcassonne (25 km) et Narbonne (43 km) favorise évidemment ce type d’élevage ovin.

[35]

Conques (1 654 habitants en 1846) et Trèbes (1 901 habitants en 1846) sont deux gros bourgs du Bas Minervois, marqués l’un et l’autre par la présence d’une industrie textile prospère au xviiie siècle, en déclin à partir des années 1820.

[36]

De la part d’un propriétaire averti comme Morin, l’utilisation du terme amender prend sa pleine signification. Les fumiers ovins apparaissent, en raison de leur acidité, bien davantage comme un amendement pour les terres calcaires du Minervois, que comme un engrais.

[37]

En légère contradiction avec lui-même, Morin suggère une nette augmentation des prix de l’hectolitre de vin entre 1843 et 1848, les « fourchettes » passant de 8/10 F à 10/12 F pour les « bons vins » et de 2/4 F à 3/4 F pour les « vins de chaudière ».

[38]

L’épidémie de choléra sévit à Paris au printemps 1849 : Louis Chevalier, Classes laborieuses et classes dangereuses, Paris, Pluriel, 1978, p. 535-537.

[39]

M. Delorme a probablement cédé à son cousin adultérin Ernest Morin, nu-propriétaire, les droits d’usufruit hérités de son père Antoine Morin, décédé en 1810 sans héritier direct.

[40]

Ce mariage renforce la double assise de la famille Morin quant aux revenus : fonction publique et propriétés agricoles. Cette moyenne bourgeoisie rurale est donc à la fois enracinée dans le terroir et impliquée dans l’administration d’État à qui elle fournit ses agents. La généalogie des Bert révèle l’ascension sociale d’une famille : des jardiniers, des chirurgiens, puis un percepteur (le beau-père d’Ernest Morin).

[41]

Il faut sans doute comprendre qu’il ne résulta pas d’une stratégie patrimoniale.

[42]

Terme occitan (variante : besial). Barrage et dérivation installés sur un cours d’eau, permettant la régularisation du débit et l’irrigation des terres attenantes.

[43]

Les observations météorologiques pour Carcassonne, sur la période 1849-1855, élaborées par Don de Cépian et publiées dans le Courrier de l’Aude du 26 janvier 1856 font effectivement apparaître un fort déficit pluviométrique pour les années 1849 à 1852 référées aux années 1853 à 1855 en mai et octobre (respectivement 70,5 mm contre 159,3 et 54,9 contre 67,6).

On peut observer que Ernest Morin invoque des motivations strictement climatiques à une crise céréalière de sous-production, explication reprise pour éclairer le marasme de l’oléiculture. En revanche, des motifs économiques sont invoqués ensuite à propos de la sériciculture, secteur pour lequel la chute des prix est expliquée par les concurrences étrangères.

[44]

Le récit de Morin permet de situer l’invasion de l’oïdium après 1854, soit au moment où l’application du soufre permettait d’en atténuer les effets.

[45]

Lire : Oïdium tuckeri, de Tuker, jardinier à Margate, près de Canterbury, où l’oïdium parut en 1845. Lire Lachiver, 1988, p. 405.

[46]

Vraisemblablement 1855 et 1856.

[47]

Observation attestant à la fois une consommation familiale quotidienne et l’allocation du vin aux ouvriers.

[48]

Morin impute l’apparition du fléau à une culture trop intensive. Une analyse analogue sera courante lors de l’apparition du phylloxera en 1863, causée par l’importation de plants américains à haut rendement par un pépiniériste de Pujaut (Gard).

[49]

Morin attribue donc à Tucker l’innovation du soufrage, alors que Lachiver, 1988, p. 406, cite l’anglais Kyle et divers viticulteurs français. Pouget, 1990, p. 3 cite lui aussi « Keyle » mais insiste surtout sur Henri Marès et la Société centrale d’agriculture de l’Hérault.

[50]

Morin n’indique pas les cépages choisis, ce qui nous prive d’indications sur les incidences de l’oïdium quant à la qualité des vins. Gustave Foëx, dans son Cours complet de viticulture, dresse en 1886 un catalogue des cépages en fonction de leur résistance à l’oïdium. L’aramon, plant très productif, figure en bonne place dans les « cépages peu atteints » et « le plus grand nombre des cépages américains » parmi les « cépages très peu attaqués » (p. 413-414).

[51]

Ramonet : terme occitan désignant un valet de culture, généralement affecté aux soins des chevaux, parfois chargé de nourrir les journaliers, et résidant sur le domaine.

[52]

Feratchal ou Ferrageal : terme occitan désignant une parcelle, généralement exiguë mais très fertile, susceptible d’être cultivée en fourrages.

[53]

On saisit l’inclusion des bâtiments d’exploitation dans le tissu villageois.

[54]

Même si elle n’est pas explicitement mentionnée, la substitution des chevaux aux bœufs, élément important de la « révolution viticole » est ici attestée.

[55]

À la veille du phylloxera (1876) Ernest Morin est à la tête d’une propriété de 81 ha dont 41,12 à Trausse et 40,83 à Caunes. Aucune modification dans les natures de culture n’ayant été enregistrée dans les cadastres et les noms de parcelle évoqués par Morin ne coïncidant pas avec les dénominations cadastrales, le cadastre ne peut permettre d’évaluer précisément les résultats de l’évolution décrite par Morin.

[56]

L’utilisation des cuves en ciment pour la vinification et celle des foudres pour le vieillissement conjugue le souci du rendement et celui de la qualité.

[57]

Le retour à la production normale n’a pas entraîné les prix au niveau antérieur à la crise (12 F), en raison de l’ouverture de nouveaux débouchés par l’installation des voies ferrées.

[58]

Trahi par sa mémoire, Morin laisse en blanc la place de la date, qu’il comptait compléter en recherchant témoignages ou sources complémentaires.

[59]

Magnanerie : local réservé à l’élevage des vers à soie (en occitan provençal : les manhans)

[60]

Le domaine de Launac, appartenant à H. Marès est situé commune de Fabrègues, à proximité de Montpellier.

[61]

La pébrine du ver à soie, apparue vers 1850, fut efficacement combattue sous l’égide de Pasteur dès 1865. Mais la concurrence des soies extrême-orientales, encore avivée par l’ouverture en 1869 du canal de Suez, vint rapidement contrarier la reprise.

[62]

Oubli du rédacteur.

[63]

La famille de Andreis, banquiers issus de négociants génois, est présente à Sète et à Montpellier dès le xviiie siècle.

[64]

Cette longue évocation du bonheur familial est significative de la sur-représentation de la crise phylloxérique, perçue comme opérant dans l’intimité même des familles de viticulteurs et non dans la seule sphère de l’économie.

[65]

En réalité, c’est à Pujaut, commune du Gard mais limitrophe du Vaucluse, que la première tache phylloxérique fut observée en 1863.

[66]

Jules Émile Planchon, botaniste et médecin, (1823-1888) publia « Le phylloxera en Europe et en Amérique » dans La Revue des deux mondes, février 1874, puis avec son beau-frère Lichtenstein Le Phylloxera de 1854 à 1873, en 1874, et surtout Les Vignes américaines en 1875.

[67]

Henri Marès (Chalon sur Saône 1820-Montpellier 1901) ingénieur (École centrale), chimiste et agronome, illustré par son rôle dans la lutte contre l’oïdium, mit son prestige au service des « américanistes », pesant ainsi pour la reconstitution du vignoble et l’abandon des traitements sulfurés. Il publia notamment Des moyens de reconstituer les vignes dans les contrées où elles ont été détruites par le phylloxera, Montpellier, 1876. La notice nécrologique parue dans le Bulletin de la Société centrale d’agriculture de l’Hérault (juin 1901) décrit son domaine de Launac comme un « véritable institut de recherche scientifique ».

[68]

Morin se plaît à souligner le rôle prépondérant du praticien, le pépiniériste Sahut.

[69]

Le grec, pour le nom, et le latin, pour l’adjectif ont été mis à contribution pour forger une appellation scientifique très explicite : sèche-feuilles dévastateur, selon Garrier, 1998, p. 536.

[70]

… mais probablement aussi dans le but d’accroître les rendements.

[71]

Morin semble considérer que le Midi était devenu la région viticole par excellence.

[72]

La mission de Planchon aux États-Unis se situe en 1873, selon Garrier, 1989, p. 106, et 1998, p. 537.

[73]

De premiers essais de greffage avaient été tentés par Gaston Bazille en 1871 à Lattes (Garrier 1989, p. 105-106).

[74]

Lire Cunningham. Cépage rapidement abandonné à cause de ses rendements dérisoires, et plus tard, de son inefficacité en tant que porte-greffe.

[75]

Lire : York Madeira.

[76]

Morin ne mentionne pas les mesures d’interdiction de la circulation des plants à partir de 1878 et leur difficile levée (définitivement acquise en 1888 seulement), sous la pression des viticulteurs « américanistes » (Pouget, 1990, p. 52-59).

[77]

Garrier, 1989, p. 106, souligne la vulnérabilité de l’Isabelle et du Catawba, et la bonne résistance du Jacquez et du Lenoir. On doit noter que Morin a immédiatement opté pour le greffage sur plant américain, éludant l’étape intermédiaire des plants américains non greffés, souvent tentée et toujours décevante par la piètre qualité des vins au goût « foxé » obtenus.

[78]

Les terrains humides, voire irrigables, offraient une meilleure résistance au phylloxera et… pouvaient aussi promettre de meilleurs rendements.

[79]

Il s’agit de Gaston Bazille, grand viticulteur à Lattes et agronome montpelliérain, père du peintre impressionniste Frédéric Bazille. Ses expériences furent inspirées par le bordelais Léo Laliman qui possédait une collection de plants américains (Pouget, 1990, p. 52-53). Morin est en contact direct avec les viticulteurs les plus expérimentés en greffage sur plants américains.

[80]

Sans fournir d’évaluation précise des coûts de la reconstitution, la description de celle-ci par Morin montre la nécessité d’importants trains de culture et de puissants animaux de trait, que le petit vigneron pouvait difficilement mettre en œuvre.

[81]

Selon Gustave Foëx dont le cours de viticulture est contemporain de la reconstitution (1886), le Jacquez et le Riparia sont adaptés à des « terres profondes, fertiles et fraîches » tandis que le Rupestris convient à des « terres calcaires à sous-sol crayeux, peu profondes ou granitiques » (Foëx, 1886, p. 583). Ainsi Morin peut-il répondre à la diversité pédologique de son vignoble aux multiples parcelles.

[82]

La pratique des pépinières domestiques, bien attestée ici et en vigueur dans de larges secteurs de petite et moyenne exploitation viticole est évidemment un facteur d’économie, largement sous-estimé par les études contemporaines volontiers alarmistes.

[83]

Ainsi s’exprime catégoriquement la vocation du Languedoc à la monoculture, en vigueur pour la plus grande partie du siècle qui a suivi.

[84]

Rémy Pech, « Les vignobles pionniers », in Christian Huetz de Lemps, Géographie historique des vignobles, t. 1, 1978, p. 157-172.

[85]

Idéalisant la période préphylloxérique pour mieux mettre en valeur l’ampleur de la catastrophe et les difficultés de la reconstitution, Morin oublie ses propres notations sur l’insuffisance des prix de vente du vin au début de sa carrière.

[86]

Le Jacquez était en outre vulnérable au mildiou et à l’oïdium : Pouget, 1989, p. 97.

[87]

La nomenclature et les aptitudes des cépages américains sont exposés in Pierre Galet, Précis d’ampélographie pratique, Montpellier, 1985, rééd. 1988, et Pierre Galet, Dictionnaire encyclopédique des cépages, Paris, Hachette, 2000, 1024 p., et in Pierre Rèzeau, Le Dictionnaire des noms de rézeau, cépage de France, Paris, cnrs, 1997, 422 p.

[88]

Sur les pratiques culturales : Gilbert Garrier, (dir.), Les Savoirs vignerons, Bulletin du Centre Pierre Léon, n°2-3, 1983, 141 p. Parmi les ouvrages contemporains de Morin : Foëx, 1886 et, dans une optique beaucoup plus productiviste : Paul Coste-Floret, La Culture intensive de la vigne, 1898, 113 p.

[89]

Morin associe de la sorte la pratique très ancienne du provignage ou marcottage et l’innovation du greffage sur plant américain. Il manifeste ainsi un remarquable pragmatisme.

[90]

Le mildew (graphie américaine très usitée) ou mildiou apparaît en France dès 1878, soit au moment de l’invasion maximale du phylloxera. Le traitement de cet autre fléau par les pulvérisations de bouillie bordelaise (sulfate de cuivre et chaux) occasionne évidemment de nouveaux frais de culture et contribue en compensation à l’intensification des rendements : Pouget, 1990, p. 103-109.

[91]

Lire black-rot. Cet autre champignon contrariant le développement du cep se propage surtout après 1885, où il est identifié par les professeurs d’agronomie montpelliérains Viala et Ravaz. Traité comme le mildiou par des sulfatages, il se révèlera moins tenace : Pouget, 1990, p. 110.

[92]

Autre champignon à traiter par la bouillie bordelaise (solution de sulfate de cuivre et de chaux).

[93]

Maladie physiologique des vignes plantées sur sol calcaire, caractérisée par un jaunissement des feuilles qui contrarie la photosynthèse. Traitée par l’épandage de sulfate de fer au pied des ceps : Pouget, 1990, p. 71 et suivantes.

[94]

Crayonner ou rayonner : tracer sur le sol, au moyen d’appareils mesurant les écartements, des lignes perpendiculaires déterminant l’emplacement exact de chaque cep. Le phylloxera, en provoquant par la reconstitution la multiplication des plantations orthogonales a mis fin à la plantation « en foule » caractéristique de la culture manuelle. En favorisant le passage des attelages pour les labours, les fumures et les traitements anticryptogamiques, ce type de plantation induisait également une intensification de la culture, et partant, des rendements.

[95]

Mentionné comme typique de la Provence par Foëx, 1886, p. 617-18, la plantation en quinconce est largement dépassée en Languedoc par la plantation en carré. Elle est mieux adaptée aux labours croisés, sans doute particulièrement efficaces dans les terres légères et sèches du Minervois.

[96]

Lire Le Fiau et Les Roseaux (noms de parcelles).

[97]

Lire 0,5 m.

[98]

Goût amer et musqué impossible à éliminer malgré coupages, aération : Garrier, 1989, p. 119.

[99]

Pouget, 1990, p. 100-101 et 153, et Garrier, 1989, p. 120-123, évoquent les hybrides producteurs directs, leurs qualités (rendement, résistance aux maladies cryptogamiques) et leurs piètres performances œnologiques.

[100]

Il s’agit vraisemblablement de Champin, A., Traité théorique et pratique du greffage, cité par Foëx, 1886, p. 251 (non daté). Champin est le promoteur d’un couteau à greffer.

[101]

La greffe en fente anglaise consiste à pratiquer une double fente sur le porte-greffe et un double biseau sur le greffon. Elle a pour effet d’accroître les superficies végétales en contact, et donc les chances de l’opération : Foëx, 1886, p. 262-263.

[102]

Aoûtement : transformation des rameaux verts en sarments ligneux.

[103]

Ces trois cépages sont les hybrides les plus anciens et les plus répandus en Languedoc. Dès 1824, Louis Bouschet de Bernard avait obtenu le Petit-Bouschet, selon Garrier, 1989, p. 120 : des cépages teinturiers, au rendement élevé, bien adaptés aux terrains profonds et à la submersion.

[104]

La balme : nom de parcelle.

[105]

Rec du tuile : nom de parcelle, en occitan rec signifie ruisseau, tuile (teule) est masculin.

[106]

Moural : occ, morral monticule arrondi. Moural Perratié : monticule rocheux.

[107]

Grapinage : de grappin, terme équivalent à celui de gratteuse. Sorte de petite charrue munie de plusieurs crocs scarificateurs (outil figuré dans Foëx, 1886, p. 368)

[108]

Le souci de pratiquer des labours d’automne entraîne inévitablement une mobilisation de main-d’œuvre, de matériel et d’animaux de trait qui signifie une intensification de la culture.

[109]

Cuvettes : traduction de l’occitan escaoussels, sorte de conque creusée à la houe, et donc manuellement autour des ceps.

[110]

Essoré.

[111]

Le croquis évoque clairement un labour croisé et une plantation en quinconce, recommandée par Foëx, 1886, p. 290, comme permettant les labours dans trois directions et facilitant les provignages.

[112]

Portal de Moux (Moux : village de l’Aude, près de Lézignan) a été popularisé par les pages consacrées à son action par le Dr Guyot, Étude sur les vignobles de France, t. 1, Sud-Est et Sud-Ouest, Paris, Masson, 1868, p. 269. L’ouvrage de Guyot a connu plusieurs rééditions, dont Laffitte, Marseille, 1982, notice sur Portal in Cazals et Fabre, Dictionnaire biographique, les Audois, Carcassonne, 1990, p. 268-269 (J.-P. Piniès).

[113]

Absence de croquis. Fin du premier cahier. Le soin méticuleux mis par Morin à décrire les labours révèle l’importance de ces opérations pour un terroir collinaire vulnérable alternativement aux sécheresses estivales et aux pluies orageuses occasionnant des ravinements.

[**]

La date « 1918 » a été écrite par Lucien de Andreïs, qui a repris la propriété à partir de la vendange 1899.

[114]

Il semble que Morin ait abandonné sa synthèse pour entreprendre un bilan annuel de son exploitation, qui sera poursuivi, après sa mort en 1900, et jusqu’en 1918, par son gendre Lucien de Andreïs.

[115]

La plantation nécessitant des labours très profonds, ceux-ci peuvent être assurés par un soc actionné par un treuil.

[116]

En 1898 Morin parle de labour avec deux paires de chevaux pour une autre parcelle.

[117]

Morin reconstitue une parcelle longtemps délaissée avec un encépagement plus riche, mais probablement moins productif. Au legs technique et spirituel de la viticulture moderne, s’ajoute, mais confiné dans la sphère familiale, le legs de la qualité œnologique.

[118]

Nom de parcelles

[119]

Chn = chemin

[120]

La présence d’une usine de traitement des chiffons à Carcassonne, dernier vestige de la brillante industrie textile des siècles passés, justifie sans doute la récupération des résidus pouvant fournir un engrais organique propre à assouplir la terre.

[121]

Tière : rangée, en occitan.

[122]

Il s’agit bien sur de taches phylloxériques.

[123]

Cépage noir à grappes moyennes et compactes, qui donne beaucoup de moût. Originaire du Grésivaudan ce cépage avait la réputation de résister au phylloxera, Rezeau, 1998, p. 148.

[124]

Il s’agit de la floraison.

[125]

Ernest Morin écrit Makesfield pour Macclesfield, marque connue de sulfate de cuivre.

[126]

Nt = négociant.

[127]

L’apport d’engrais apparaît ici comme une opération systématique.

[128]

L’opération de pré-taille est ici présentée comme une innovation issue de l’expérience de l’exploitant et non de lectures. Morin en suggère les deux avantages principaux : production d’engrais vert et dissociation de la taille en deux temps, des manœuvres peuvent être chargés le la pré-taille (espodassage en occitan) tandis que la taille définitive, opération décisive et délicate, reste confiée à des ouvriers expérimentés. Enfin le retard de cette dernière invention écarte ou tout au moins, limite, les dangers de gelée printanière.

[129]

La préoccupation ergonomique rejoint évidemment ici la recherche d’une meilleure productivité du travail.

[130]

Lire aggravation.

[131]

Comme il l’explique dans son compte rendu de l’année 1898, Ernest Morin a combiné la reconstitution systématique par plantation de plants américains dans certaines parcelles avec le maintien de vieilles vignes, régénérées progressivement par greffage des provins américains.

[132]

La description des traitements laisse supposer une combinaison de la démarche préventive (pulvérisation de soufre de chaux) et de la démarche curative (emploi de soufre pur et sulfatages) selon les parcelles.

[133]

L’épuisement des marcs pour fabriquer des piquettes – destinées par les petits vignerons à une consommation familiale et par les grands exploitants à une allocation de boisson pour leurs ouvriers – est alors usuelle en Languedoc, comme l’explique E. Morin dans son compte rendu de l’année 1898.

[134]

Écrit par Lucien de Andreïs.

Résumé

Français

Ernest Morin (1828-1900) a rédigé son journal de propriétaire exploitant « au déclin de sa vie » pour guider ses successeurs dans la conduite de l’exploitation. Ce document constitue un témoignage rare, puisqu’il embrasse un demi-siècle d’histoire agricole, la mise en place de la monoculture languedocienne, les crises de l’oïdium et du phylloxera, les débuts de la crise de mévente des années 1900. Sur des terres aptes à produire des vins de qualité, Ernest Morin dirige la constitution puis la reconstitution du vignoble sur son « bien de village », en ayant le souci de l’autofinancement et de la recherche agronomique.

Mots-clés

  • Languedoc
  • oïdium
  • phylloxera
  • viticulture

English

Ernest Morin (1828-1900) wrote his memoirs as an owner-occupier « at the dusk of his life », to provide guidance to his heirs in the management of the concern. This document is a rare testimony covering half a century of agricultural history, including the development of single-crop farming in Languedoc, the oïdium and phylloxera crises, and the beginnings of the sales slump in the 1900s. On lands which were suitable to the growing of high-quality wine, Ernest Morin oversaw the creation, then replanting of his vineyard on his own « village plot », all the while careful the self-financing of his business and his keeping abreast of agronomical research.

Keywords

  • Languedoc
  • oïdium
  • phylloxera
  • wine growing

Pour citer cet article

Pech Rémy, « Créer et reconstituer un vignoble. Un témoignage du Minervois : le mémoire d'Ernest Morin (1846-1899)», Histoire & Sociétés Rurales 1/2001 (Vol. 15) , p. 193-230
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2001-1-page-193.htm.


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