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Histoire & Sociétés Rurales

2001/1 (Vol. 15)


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Les Campagnes antiques du Nord de la France. Programme collectif de recherches du Service Régional d’Archéologie de Picardie. Journées d’études tenues à Amiens et Villeneuve d’Ascq, les 23 octobre 2000 et 19 février 2001

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Lancé en 1998 par Jean-Luc Collart (Service régional d’Archéologie de Picardie), le pcr sur les campagnes antiques du Nord de la France qui a pour but l’étude des établissements ruraux gallo-romains de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais, vise notamment à créer une dynamique de recherche entre les archéologues des régions concernées et à tisser des liens avec les historiens du monde rural. Depuis 1999, des réunions bisannuelles concrétisent cette volonté : nous avons déjà rendu compte, dans Histoire et Sociétés rurales n? 12, de celles tenues à l’automne 1999 [1][1] Histoire et Sociétés rurales n° 12, 2e semestre 1999,.... Le cycle 2000-2001 s’est ouvert par une séance organisée à Amiens le 23 octobre 2000 dans les locaux du sra de Picardie, suivie par une réunion à la Maison de la Recherche de l’Université de Lille 3 à Villeneuve d’Ascq (sur invitation de l’équipe d’accueil 2457 « Halma » – Histoire, Archéologie et Littérature des Mondes Anciens). Ces journées ont non seulement permis de présenter les fouilles en cours mais encore de faire le point sur deux questions importantes : les productions animales et végétales et le travail du fer en milieu rural. Ont d’abord été présentés les résultats de diverses opérations conduites dans les départements du Nord, de l’Aisne et de l’Oise.

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À Villeneuve d’Ascq, les travaux d’aménagement du futur centre régional « Cofidis », qui occupera 16 des 140 ha de la zone d’activités de la Haute-Borne en cours de réalisation au sud-est de la commune ont permis à Pascal Quérel de mener, pendant l’été 2000, une première campagne de fouilles. Trois enclos fossoyés, assez pauvres en matériel et en traces de bâtiments – ce qui ne facilite pas l’interprétation – ont été découverts. Deux d’entre-eux, qui se recoupent, datent de La Tène finale, le troisième, juxtaposé aux précédents, de l’époque augustéenne : le site apparaît donc occupé sans solution de continuité entre les périodes gauloise tardive et romaine précoce.

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Si les fouilles entreprises par Karl Bouche à Raillencourt-Sainte-Olle (dans la périphérie ouest de Cambrai) ont simplement mis à jour un peu de mobilier datant de la période romaine tardive, un ensemble de fossés délimitant trois petits enclos et quelques bâtiments sur poteaux datant du ier siècle de notre siècle, celles effectuées à Noyelles-sous-Lens par Christophe Hosdez, dans un site bouleversé par les combats de la Première Guerre mondiale, lui ont donné l’occasion d’examiner la pars urbana d’une grande villa. Implantée dans un enclos d’au moins 108 m x 170 m, dans lequel a également été reconnu un bâtiment rectangulaire à deux pièces, la demeure se présente à l’origine sous l’aspect d’un corps de bâtiment de 24 x 12,5 m à galerie de façade, divisé en plusieurs pièces. Elle a fait l’objet de réaménagements ultérieurs (un bâtiment avec bains a notamment été construit), avant d’être abattue au iiie siècle, sans que le site soit pour autant abandonné, un habitat du ive siècle ayant été découvert.

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Repérée à la suite de sondages effectués au printemps et à l’automne 1999, mais incomplètement dégagée, la ferme de Verneuil-en-Halatte, située sur le plateau dominant la rive droite de l’Oise, à 2 km au Nord-Est de Creil, a été également fouillée par Christophe Hosdez. L’établissement a été occupé de La Tène finale à la première moitié du iie siècle de notre ère, mais la très faible quantité de mobilier découvert (40 des 240 structures mises à jour sur les 8 000 m2 explorés ont simplement livré, outre de la céramique et des scories, une fibule émaillée, une pierre à aiguiser, une herminette) ne permet pas de retracer aisément son histoire. Partiellement bordé par un fossé en « L », l’espace initial, sur lequel se trouvait peut-être un édifice, a été réorganisé à l’époque romaine : il est alors ceinturé par un fossé délimitant un espace de 45 x 40 m, sur lequel sont attestés diverses constructions (dont un grenier et, vraisemblablement, une maison – à pans coupés à l’une de ses extrémités –, d’une surface de 22 m2). Plus tard, l’enclos est légèrement agrandi (55 m x 45 m), de nouveaux bâtiments se substituent aux anciens ; au terme des réaménagements, la ferme comprenait notamment une habitation assez vaste (57 m2), avec une cave de 2 x 3 m à laquelle conduisait un escalier de 4 marches, et une construction contiguë de 60 m2, peut-être destinée au travail du fer. Le site a également livré des fosses contenant des scories, un four de réduction du minerai et des séchoirs (à minerai ou à grains ?) à canal central.

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À Bohain-en-Vermandois (à 20 km de Saint-Quentin), où il est intervenu à l’occasion de l’agrandissement de la zone industrielle, Patrick Lemaire a découvert, dans une zone très érodée, une ferme gallo-romaine, création ex nihilo occupée des années 40 après J.-C. à la fin du ier siècle. Implantée dans la partie supérieure d’un vallon sec, qui servait tout à la fois de collecteur des eaux de ruissellement (recueillies dans une mare creusée en contrebas de l’établissement) et d’axe de circulation, elle s’inscrit dans un enclos fossoyé trapézoïdal, couvrant une superficie de 4 500 m2 ; il est cloisonné en trois parties, dont la plus importante, au centre, atteint une largeur de 45 m : c’est le secteur stratégique de l’exploitation. La fouille y a révélé la présence de plusieurs constructions sur poteaux, organisées de façon cohérente autour d’une vaste cour : deux bâtiments de belle taille (dont l’un, qui comprend une cave maçonnée accessible par une trappe, atteint près de 100 m2), deux greniers surélevés, trois édifices beaucoup plus modestes (moins de 10 m2).

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Entre Amiens et Beauvais, à proximité de l’antique station de Curmiliaca mentionnée par l’Itinéraire d’Antonin, la localité d’Hardivilliers dans l’Oise (à 8 km de Breteuil) est bien connu des archéologues : ils y ont fouillé, au « Champ du Moulin », une ferme occupée de La Tène finale à la première moitié du iie siècle de notre ère et « aux Chaussées » un établissement routier. De nouvelles prospections, menées par Richard Rougier à l’occasion de l’aménagement d’une zac à l’ouest de l’a16 ont révélé, sur les 9 ha examinés, à côté de traces d’occupation remontant à l’Âge du Bronze, l’existence d’une ferme datant de La Tène finale. Elle comprenait alors, appuyés sur une palissade délimitant un espace grossièrement rectangulaire, divers bâtiments sur poteaux ; ultérieurement, au milieu du ier siècle avant J.-C., l’enclos est élargi, les bâtiments sont déplacés, peut-être à la suite d’un incendie (traces de poteaux calcinés). Plus tard, un parcellaire assez régulier, attesté par la présence de fossés parallèles et perpendiculaires, se substitue à l’établissement. Le site, à proximité duquel se trouvent alors deux petits bâtiments sur poteaux, dont on ignore la destination, paraît avoir été abandonné dans la deuxième moitié du ier siècle de notre ère.

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Pratiques culturales, productions végétales et animales ont ensuite fait l’objet de trois communications. Après avoir rappelé les méthodes, les objectifs et les limites de la carpologie, discipline dont elle une des spécialistes, Véronique Matterne a d’abord présenté les conclusions d’un travail de recherche fondé sur l’étude des paléosemences découvertes dans des dépôts détritiques ou des réserves de 35 sites gallo-romains de Picardie et d’Île-de-France, dont 25 établissements ruraux. Elles révèlent d’une part la grande variété des plantes cultivées tant pour la consommation humaine que pour l’alimentation du bétail : céréales à grains nus (froment, seigle) ou à grains vêtus (amidonnier, avoine, épeautre, millet et orge), légumineuses (ers, féverolles, gesse, lentilles et pois) ; s’y ajoutent, à partir du ier siècle de notre ère, en périphérie des centres urbains, les arbres fruitiers. D’autre part, une évolution notable dans la géographie des productions, marquée à la fois par la substitution progressive, à partir du ier siècle avant J.-C., des grains nus aux grains vêtus, qui ne résistent que dans le bassin de la Somme, et par le recul assez net de l’orge, qui occupait une place importante à l’Âge du Fer. Il paraissait alors intéressant de confronter ces données avec les connaissances acquises sur l’élevage bovin et ovin en France septentrionale à l’époque romaine. C’est ce qu’ont cherché à faire Véronique Matterne et Sébastien Lepetz dans une communication commune. Mettant en relation la nature des sols avec les types de productions végétales et animales, ils estiment que la culture des céréales à grains vêtus et la prédominance de l’élevage bovin dans le bassin de la Somme s’expliqueraient par la moindre fertilité de sols au substrat crayeux et à la minceur relative de la couverture limoneuse, alors que la culture des céréales à grains nus et la prédominance de l’élevage ovin en Île-de-France seraient dues à la plus grande fertilité des sols calcaires et riches en limon de cette région En effet, le bœuf, animal exigeant, demande du fourrage vert de qualité, que pourraient lui fournir facilement les fonds de vallées humides de la Somme, tandis que le mouton, animal plus accommodant, se satisferait de la pâture des chaumes et de la paille. Cette hypothèse, qui repose somme toute sur une forme de déterminisme géographique, demande néanmoins confirmation.

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Conjuguées aux données de l’archéozoologie, les informations fournies par la carpologie permettent également, en dépit des difficultés rencontrées dans l’analyse, d’éclairer la question de la production des fibres textiles, comme l’ont montré Sébastien Lepetz et Véronique Matterne. Les données recueillies dans 84 sites de la France du Nord permettent d’esquisser une première périodisation du début de l’Âge du Fer à la fin de la période romaine. Trois phases semblent se dessiner : celle, d’abord, de la prépondérance de la laine sur le lin, du ixe au vie siècle avant J.-C ; celle, ensuite, du règne sans partage de la laine, du ve au iie siècle avant J.-C.; celle, enfin, à partir du ier siècle avant J.-C., de la montée en puissance des fibres végétales, cultivées sur place (ortie au ier siècle après J.-C., chanvre au iie siècle), voire importées (présence sporadique du coton à partir du iiie siècle) et du repli conjoint de la laine, peut-être dû, mais ce n’est qu’une hypothèse, à un recul de l’élevage ovin.

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En dernier lieu ont été abordés les problèmes posés par le travail du fer. Après avoir dressé un bilan historiographique de la question, qui a révélé un retard durable de la recherche française en la matière, en passe cependant d’être comblé, Michel Mangin a d’abord rappelé les trois étapes de la chaîne opératoire du fer : elle débute par la réduction du minerai dans un bas fourneau, se poursuit par l’épuration ou le raffinage, par cinglage du métal, de la loupe ou de l’éponge obtenue et s’achève par l’élaboration de l’objet à partir du lingot ou de la loupe propre. Il a ensuite montré que, contrairement à ce que l’on pensait autrefois, la plupart des ferriers (ce sont les monticules de rejets provenant de la réduction) découverts en France ne datent pas de l’Antiquité, mais du Moyen Âge et de l’époque moderne. Dès lors, la cartographie de la réduction s’est modifiée de façon notable. Elle met en évidence deux secteurs majeurs, ceux de la Montagne Noire et de l’Yonne, quelques zones d’importance moyenne (Morvan du Nord, Berry) et une multitude de petits centres (ainsi, ceux des secteurs de Berthelange à l’Ouest-Sud-Ouest de Besançon et du plateau de Haye à l’Ouest de Nancy). Michel Mangin a enfin présenté de façon détaillée les recherches qu’il a conduites dans le Morvan septentrional, là où il pensait trouver la source d’approvisionnement en fer d’Alésia. L’hypothèse s’est finalement révélée inexacte ; par contre, les prospections ont permis de mettre en évidence, dans le Haut-Auxois, la présence durable de nombreuses forges (au nombre de 45, sur 120 habitats répartis sur 500 km2), situées pour 80 % d’entre elles le long des axes de circulation : sans doute permettaient-elles de réparer facilement les véhicules et d’approvisionner les fermes voisines. L’un des sites les plus intéressants parmi ceux mis au jour se trouve entre les villages de Blessey et de Salmaise, à l’Ouest-Sud-Ouest des sources de la Seine : cinq forges y ont été reconnues.

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Dans une intervention complémentaire de la précédente, Christophe Dunikowski a alors présenté la méthode que l’archéologue se doit de suivre sur le terrain pour rechercher et étudier les sites de travail du fer. Elle peut s’avérer extrêmement complexe, comme l’a montré Pascal Quérel avec l’exemple d’une forge qu’il a découverte en milieu urbain, à Melun, à partir de la seule étude de dépôts liés au travail du fer (battitures et scories), et en l’absence d’éléments tangibles tels que foyers, forges ou enclumes. Au vu du caractère parfois ténu des indices, on conçoit aisément combien il peut être délicat d’identifier ou d’étudier des sites métallurgiques en milieu rural, comme l’ont confirmé Nathalie Soupart (qui a présenté les forges d’Épaux Bézu dans l’Aisne, à 5 km au nord de Château-Thierry, au lieu dit « La Fontinette », et d’Étreillers, à 9 km à l’ouest de Saint Quentin [2][2] Plutôt qu’au sud-ouest de Saint-Quentin, comme je l’ai... au lieu dit « La Grande Pâture »), Xavier Deru (qui a examiné les scories du site ardennais de Villes-sur-Lumes et a proposé à la réflexion des participants d’énigmatiques structures de combustion trouvées aux Rues des Vignes, au Sud de Cambrai) et Patrick Lemaire (qui propose de voir une forge dans l’un des ensembles découverts à Bettencourt-Saint-Ouen, à l’ouest d’Amiens).

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Michel Polfer a enfin présenté les résultats d’une étude qu’il a menée sur 400 établissements métallurgiques de Gaule du Nord (Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, Belgique, Sud des Pays-Bas, Luxembourg) et de Rhénanie. Contrairement à une idée reçue, ce secteur géographique n’a jamais eu, dans l’Antiquité, l’importance fondamentale qu’on lui attribuait : la production de fer y était en réalité faible. Les sites de réduction offrent une très grande diversité : les uns sont isolés, sans lien avec un quelconque habitat (ils seraient particulièrement nombreux dans l’Antiquité tardive), d’autres sont liés à un habitat groupé (ils formeraient alors des « villages de mineurs et de métallurgistes » selon les propos de l’intervenant), d’autres enfin pourraient se trouver sur des villae (16 cas certifiés), mais les relations entre l’activité du site et celle de la villa sont difficiles à établir. Quant aux sites de forges, ils sont notamment attestés sur les villae, ce qui s’explique par la nécessité de l’entretien de l’outillage.

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L’ensemble de ces communications fera l’objet d’une publication dans un numéro spécial de la Revue Archéologique de Picardie, dont on espère la parution rapide.

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Pierre Jaillette

Vignobles du Sud (xvie-xxe siècle). Colloque organisé par le Centre d’Histoire moderne et contemporaine de l’Université Montpellier iii, Montpellier (16 et 17 mars 2001), coord. Geneviève Gavignaud-Fontaine

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Voici un colloque qui a visiblement répondu à l’attente des universitaires et chercheurs d’entre Atlantique et Méditerranée. Il a réuni une quarantaine de communicants venus d’horizons institutionnels divers, reflétant la pluridisciplinarité du sujet d’étude : agronomes, économistes, ethnologues, sociologues, juristes, historiens, géographes, œnologues ont développé des approches aussi précises que complémentaires. La présence de responsables professionnels de la viticulture languedocienne témoigne, si besoin était, de l’actualité et de la pertinence des débats engagés autour des « vignobles du Sud ».

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Les participants se sont d’abord interrogés sur la mise en valeur de quelques terroirs entre Atlantique et Méditerranée (Bordelais, Bergerac, Madiran, Comtat, Côtes du Rhône, Vaucluse, Mées) tout en mentionnant ici et là des terroirs qui, en Languedoc et Roussillon, n’avaient pas attendu la fin du xxe siècle pour recevoir leurs lettres de noblesse. Ils ont réfléchi ensuite sur les relations entre terroirs et marchés : la dynamique qui enchaîne les thèmes a permis d’évoquer la nature des produits (eaux-de-vie, vins ordinaires, vins de qualité), la réglementation des échanges (législation, traçabilité), les activités locales (tonnellerie, négoce). Des portraits inédits se sont glissés dans cette approche : ceux d’œnologues ou celui du collectionneur Antoine Valedeau.

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Sous le titre « adaptations contemporaines du vignoble », les auteurs ont contribué à expliciter les mécanismes complexes de la récente et révolutionnaire mutation viti-vinicole accomplie par le Languedoc et le Roussillon au cours des vingt dernières années : le vignoble de masse industriel s’est mué en un vignoble qualitatif. Rien n’a été laissé dans l’ombre : nouvelle territorialisation de la vigne, nouvelles méthodes de culture, nouveaux cépages, nouveaux producteurs. De quoi mettre complètement en cause l’ancien système économico-socio-politique du Midi ? Que nenni ! Les organisations syndicales, les caves coopératives, les élus ont, à leur manière, tenté et peut-être réussi leur délicate adaptation à la nouvelle donne économique, celle imposée par la mondialisation des échanges. Les catalans ont permis de comparer les évolutions de part et d’autre des Pyrénées.

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La prise en compte de la culture et de la mémoire vigneronnes s’est révélée fort évocatrice : le temps s’est fait souvenir et poésie depuis le livre d’école jusqu’à la sauvegarde de la « coopé » en passant par la statue de Ferroul. De quoi souligner – devoir de mémoire oblige – que, parallèlement à la spéculation économique, peut se développer une expérience sociale inédite. Le plus grand vignoble du monde, bimillénaire, en témoigne.

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De ces examens successifs portés par l’histoire et l’actualité ressort la limpide problématique qui soutend la réflexion d’ensemble : il s’agit de montrer les forces de l’ancestral potentiel qualitatif des terroirs entre Atlantique et Méditerranée, potentiel entrevu dès l’époque romaine. Le Languedoc-Roussillon, à la réputation multiséculaire de certains crus n’échappe pas au constat. Il s’agit aussi de rappeler que les vignerons du Midi ont su forger, par-delà la culture de la vigne et du vin, une forte civilisation vigneronne, repérable dans les pratiques juridiques comme dans l’art de vivre de toute une population prompte à s’organiser et à se défendre collectivement. Ceci afin de mettre en valeur les vignobles du sud de la France – et du sud de l’Europe – face à la montée des « nouveaux suds » que constituent la Californie, le Chili, l’Australie, l’Afrique du Sud.

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Et de rappeler, en référence au marché commun national, irrigué au xixe siècle par les voies ferroviaires, que le Languedoc et le Roussillon représentaient le sud, affectueusement nommé « Midi de la France » par les consommateurs du nord de la Loire ; avant que l’Algérie ne se profilât à l’horizon méditerranéen, avec son cortège de problèmes. Lorsque le marché commun européen prit le relais du marché national, le sud se déplaça en faveur d’autres pays méditerranéens (Espagne, Italie, Grèce).

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Aujourd’hui, la conjoncture mondiale orchestre la redistribution des anciens pôles d’activité humaine ; elle destructure les rentes de position successivement constituées pour répondre aux pratiques commerciales des siècles passés. En ce début de troisième millénaire, la vigne, séculairement prospère dans l’écrin hérité de l’Antiquité méditerranéenne, s’élance, conquérante, dans un nouveau monde où ceps et sud scellent de futurs destins. Le négoce y trouve de nouvelles sources de ravitaillement rentable. Faut-il rappeler que, depuis la crise phylloxérique, la vigne a perdu de larges positions dans la France septentrionale ; au cours des vingt-cinq dernières années, le vignoble le plus étendu du monde, celui du Languedoc-Roussillon, a perdu le tiers de sa superficie et les deux tiers de ses exploitants.

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L’histoire aime à se répéter. À chaque époque, les contrées les plus sudistes battent les records de la rentabilité économique sur les marchés de large consommation ; les producteurs évincés de leur ancienne rente de situation trouvent leur salut dans la recherche d’une qualité exigeante au service de consommateurs avisés. Ainsi avait fait la Bourgogne quand elle perdit le marché parisien au profit du Languedoc ; elle avait trouvé son salut dans le triomphe du gamay à la faveur de la recomposition postphylloxérique. Et ainsi fait le Languedoc-Roussillon depuis qu’il s’est vu contraint par Paris et par Bruxelles de renoncer à son vignoble de masse condamné par la nouvelle donne économique. Une stricte sélection zonale a permis de préserver les seuls terroirs qualitatifs. Il ont tout à gagner de leur renoncement à l’aramon, aux hybrides et autres cépages trop productifs ; les faveurs faites au merlot, au cabernet-sauvignon, au chardonnay, succèdent à d’autres modes et font miroiter de prometteuses vendanges. À condition de ne pas oublier que la vigne est une culture pérenne et qu’elle ne s’accommode pas des caprices reconnus éphémères.

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Lorsque la concurrence se déplace vers de nouveaux suds, il apparaît que les suds vaincus au plan du rendement ont tout à gagner d’une conversion qualitative. Et celle-ci est plus souvent le résultat d’une contrainte imposée par les marchés que d’un choix délibéré. Car les faveurs commerciales vont d’une part aux productions anonymes acquises aux prix les plus compétitifs, d’autre part aux productions médaillées gratifiées de prix élevés.

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Mais la logique des marchés doit compter avec la force des mentalités. La chaîne des générations qui ont forgé, dans le labeur quotidien et l’espoir des jours heureux, une existence et un savoir-faire vignerons, est à l’œuvre. Les populations du Midi, qui redoutent par dessus tout la remontée vers le nord, veillent à maintenir leur cap sudiste. Elles savent que le couple vigne-soleil célèbrera son éternelle réunion au sud et elles n’entendent pas se laisser déposséder de ce symbole. Elles ont prouvé qu’elles sont capables d’associer à leur potentiel d’abondantes vendanges d’exigeantes qualités oenologiques et aptitudes commerciales. Les consommateurs ont tout à gagner d’un bon rapport qualité-prix.

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Les publications sur la vigne, le vin, les vignerons sont anciennement et régulièrement fécondes à Montpellier. Les actes de ce colloque sont déjà attendus par les spécialistes de la question vigneronne.

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Éric Teyssier

Société d’histoire des petites villes. Colloque de Mamers (Sarthe), 17 et 18 novembre 2000

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Pour la cinquième fois, la société d’histoire des petites villes a réuni ses membres pour une rencontre scientifique. Après la vie politique, le paysage, les professions libérales, et une réunion sur les petites villes du sud-ouest, le thème retenu était celui de l’économie sous le double titre de « l’économie des petites villes et les petites villes et l’économie ».

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La rencontre préparée par Jean Pierre Poussou, René Plessix et Christine Lamarre a donné lieu à 28 communications en cinq ateliers. Deux d’entre elles portaient sur la longue durée (Pierre Arches, Jean-Pierre Bonnin). Le xve et le xvie siècle n’étaient représentés que par un intervenant (respectivement Bruno Sintic et Gilbert Larguier). Le xviiie siècle (onze interventions) et l’époque contemporaine ont été les terrains d’élection des recherches présentées. Géographiquement c’est assez logiquement que l’Ouest domine (Gérard Louise et Pascal Leplang pour Mamers ; Emmanuel Lecomte et François-Xavier Ducellier à propos de La Ferté-Bernard ; Bernard Bodinier de Louviers ; Claude Cailly de Nogent-le-Rotrou ; Jean-Marc Boignié pour Baugé ; André Lévy sur Landernau ; et Guy Saupin pour Le Croisic) ; mais le champ géographique des études s’est ouvert largement à la Lorraine (Denis Schneider, Luc Delmas), la Champagne (M. Guérin), les marges de la Bourgogne (Alain Noël, Villeneuve sur Yonne et Serge Dontenwill pour Charlieu), le Languedoc (Stéphane Durand, Gilbert Larguier, Narbonne), la Gironde (Pierre Guillaume), la région parisienne (Yves Perret-Gentil, Laurent Schull), l’Auvergne (Jean-Luc Bersagol) et au commerce franco-suisse (Anne Radeff). C’est dire qu’une grande partie du territoire a donné lieu à des études qui peuvent rendre compte de la grande diversité des situations économiques de villes dont les activités dépendaient encore pour beaucoup des ressources de leur environnement immédiat.

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Cette attention aux situations particulières s’est retrouvée dans un grand nombre de communications qui ont porté sur une seule ville, apportant des éclairages précieux sur les spécificités locales. Plusieurs intervenants ont choisi des perspectives plus larges, et présenté des groupes ou des réseaux de petites villes (Yves Perret-Gentil, Pierre Guillaume, Bruno Sintic, Luc Delmas) d’autres ont abordé des problématiques d’ensemble sur les mutations urbaines, le commerce (Anne Radeff), les finances urbaines (Antoine Follain) ou la possibilité d’investir dans les infrastructures au service des activités économiques (Stéphane Durand). Jean-Pierre Bonnin a proposé un regard extérieur sur l’activité économique des petites villes d’Italie et de Grèce à partir des récits des pèlerins français vers Jérusalem entre 1480 et 1700. Tous les autres auteurs ont tenté d’analyser les activités des petites villes à partir des traces de leurs activités, des archives. Plusieurs thèmes se sont dégagés autour desquels des discussions ont pu s’établir.

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Le premier fut celui de la nature des activités économiques des petites villes. Les études globales en montrèrent la complexité, condition d’une réussite à long terme (René Plessix à propos des petites villes du Haut-Maine, André Lévy à propos de Landerneau, Bernard Vigouroux montrant un Chinon à la fois commerçant et industriel, producteur d’étamines et de cuirs). Le commerce et les échanges qui, dans les écrits des premiers économistes, apparaissent bien comme l’apanage de la ville, revêtent une grande importance, cela permet de conclure que les petites villes participent totalement du monde urbain en dépit de la fragilité de leur situation (Anne Radeff, Jean-Luc Bersagol) due à l’ambiguïté de leur position entre grandes villes (Brigitte Maillard) et campagnes (François-Xavier Ducellier, Emmanuel Lecomte), due aussi aux caractéristiques des clientèles comme la population ouvrière lorraine étudiée par Luc Delmas.

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Qui dit commerce dit ensemble de relations ; plusieurs interventions s’en sont souciées, avec la volonté de voir comment les petites villes parviennent à organiser un espace autour d’elles (Serge Dontenwill a été attentif à la construction d’un pays charluais au xviiie siècle, Jean-Marc Boigné a voulu déterminer l’aire d’influence de Baugé), Claude Cailly a montré comment et selon quel rythme les étaminiers de Nogent le Rotrou ont, à la même époque, investi dans la terre des environs de la ville.

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Qui dit commerce dit infrastructures, elles ont été finement décrites pour les petites villes normandes du xve siècle par Bruno Sintic, alors que Pierre Arches a montré qu’il ne fallait pas en surestimer l’importance dans le développement urbain ou dans le maintien des positions des villes avec l’exemple des Deux Sèvres. D’autres communications ont indiqué que, pour des époques anciennes il en allait de même et qu’il ne faut pas sous estimer les échanges assurés par le portage, le colportage, voire le commerce qui s’effectue à pied : celui des animaux.

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Qui dit commerce dit encore circulation d’argent, des communications ont abordé le thème de l’argent que ce soit celui de la ville (Gilbert Larguier a montré la structure et les évolutions de la fiscalité narbonnaise à la fin du Moyen Âge et au xvie siècle) ou celui des marchés financiers auxquels les villes peuvent participer comme dans la Lorraine de Denis Schneider, alors qu’Antoine Follain a tracé les voies de la recherche appliquée aux petites villes. Il est certain que de telles études sur l’économie monétaire devront être poursuivies à l’avenir, sur des bases solides et avec des interrogations claires. Des études de cas précises pourront nous apporter beaucoup de renseignements nouveaux.

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L’analyse économique touche souvent à l’analyse sociale, les activités urbaines finissent par entraîner l’apparition de groupes sociaux spécifiques comme les bouchers de Louviers (Bernard Bodinier), elles finissent par donner lieu à l’existence d’une plus grande diversité de professions (Pierre Guillaume évalue ainsi les activités tertiaires de la Gironde au xixe siècle), alors que M. Guérin évoque l’équipement culturel des petites villes champenoises, qui en découle. La dimension géographique n’a pas été absente puisque Alain Noël a présenté les conséquences de la fabrication et du commerce du cuir sur la physionomie de Villeneuve-sur-Yonne.

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La notion majeure, souvent implicite dans les titres, a été celle d’une intense fluctuation des activités dans les petites villes, parfois par contrecoup de la progression de leurs grandes voisines (Yves Perret-Gentil étudiant Dourdan, Étampes et Mantes la Jolie ou plus clairement encore Luc Delmas analysant le cas de Chelles entre 1840 et 1930), parfois à cause des difficultés que connaissent les petites villes pour maintenir ou pour créer les conditions de la réussite (Stéphane. Durand et les petits ports languedociens, Guy Saupin montrant toutes les fragilités du port du Croisic), parfois à cause des mutations économiques globales qui les frappe particulièrement (Pascal Leplang pour Mamers d’aujourd’hui). Cette instabilité ne doit d’ailleurs pas être vue avec pessimisme, la conjoncture peut être favorable, et les petites villes se montrent en définitive très résistantes, comme le prouve la stabilité d’ensemble de la base du réseau urbain français.

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Cette rencontre, très riche, s’est terminée par un bilan tiré par Jean Pierre Poussou et par une table ronde animée par les élus, elle s’est accompagnée d’une visite de l’imprimerie Auffret-Plessix et d’un ensemble de manifestations organisées par la ville de Mamers qui offrait, en parallèle, ses premières « historiales ». Les actes de ce colloque paraîtront dans le courant de l’année 2002.

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Christine Lamarre

Enseignements forestiers à tirer des tempêtes de fin décembre 1999. Colloque international organisé par les Associations Amies de la Forêt Française[3][3] Association Française des Eaux et Forêts ; Forêt Méditerranéenne ;..., le Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement et le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, 7-9 décembre 1999

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Un an après les tempêtes de 1999, les Associations Amies de la Forêt Française ont réussi à mobiliser universitaires, praticiens de la forêt, acteurs de la filière-bois, pour dresser un bilan des tempêtes de 1999 et évaluer les moyens humains et matériels nécessaires pour reconstituer les forêts et en améliorer la qualité, la santé, et la biodiversité. La première journée du colloque, dont nous rendons compte ici, a donné lieu à dix communications, la seconde pilotée par l’Office National des Forêts a été consacrée à la visite de quatre stations forestières dont deux en forêt domaniale de Fontainebleau. Le dernier jour, une table ronde réunissant des personnalités politiques et professionnelles était organisée autour du problème de la reconstitution des paysages forestiers.

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Les tempêtes de 1999 ont durement frappé les forêts françaises. Elles ont affecté des régions où la forêt occupe une place importante (Lorraine, Franche-Comté, Aquitaine), elles ont par contre épargné des régions peu couvertes par la sylve comme le Nord-Pas-de-Calais. Quelques chiffres montrent le caractère spectaculaire et exceptionnel de ces coups de vent qui ont – rappelons-le – causé la mort de 92 personnes en France : 150 millions de m3 de chablis (arbres déracinés ou cassés) dont 46 millions en forêts publiques, soit l’équivalent de 10 m3/ha en moyenne nationale. Ces chablis représentent environ trois fois la récolte annuelle moyenne. Avant ces tempêtes, les sols boisés couvraient 16 millions d’hectares, soit 29 % du territoire national (estimation du Service Central des Enquêtes et Études Statistiques).

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Même si le caractère peu ordinaire des tempêtes de l’hiver 1999 ne fait aucun doute, Andrée Corvol-Dessert, directeur de recherche au cnrs et présidente du Groupe d’Histoire des Forêts Françaises, montra que des tempêtes exceptionnelles existèrent aussi par le passé. Depuis le xviiie siècle, les sources manuscrites permettent de retrouver trace de météores dont les conséquences furent équivalentes. Sans accéder aux honneurs médiatiques, ces tempêtes touchaient les esprits mais n’inquiétaient pas outre mesure les gens du pays qui s’en accommodaient et saisissaient même l’opportunité d’obtenir très vite et à bas prix du bois de feu.

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Jean Combe, ingénieur forestier à Lausanne, en appela aussi à l’histoire en montrant que les forêts du passé pâtissaient également de coups de vent violents. Mais aujourd’hui la réactivité des propriétaires n’est pas comparable à celle des siècles précédents, marqués par l’insuffisance des moyens et par des velléités de toutes sortes. De nombreuses mesures ont été prises dès janvier 2000 dans les domaines de l’exploitation, de la commercialisation, de l’indemnisation des propriétaires ou de la reconstitution des peuplements, ce qui n’était pas concevable jadis, dans un contexte politique, économique et culturel différent.

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De nombreux communicants ont abordé le volet économique de la catastrophe. Pierre Ducray, directeur de l’Union Nationale de la Coopérative Forestière Française, a montré les difficultés d’exploitation, de débardage, et de transport des bois en situation d’urgence. Force est de constater que les acheteurs habituels ne pouvaient naturellement pas faire face rapidement à un tel afflux de matière première. Les tempêtes ont révélé la fragilité de la filière-bois française marquée par la lourdeur d’un système favorisant les gros sylviculteurs en termes d’écoute et d’aides financières et pénalisant les petits, marqués par le désarroi, et désarmés face à la complexité des démarches d’indemnisation.

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Laurent Denormandie, président directeur général de Silva-Bois, a insisté sur l’engorgement du marché, lié à la saturation des bois de première transformation, et donc sur la nécessité de stocker sous arrosage des produits fragiles qui s’altèrent très vite quand ils ne sont plus enracinés (pins, épicéas, hêtres). Mais ces méthodes de stockage en humidité permanente sont coûteuses (30 à 100 F/m3/an) et présentent des risques sur le plan écologique.

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Jean-Michel Landureau, vice-président du Centre de la Propriété Forestière d’Aquitaine, exprima ses inquiétudes devant les chiffres : 32 millions de m3 de bois abattus pour l’Aquitaine avec une concentration des dégâts dans le massif des Landes de Gascogne. Des petits pays furent sinistrés comme le Médoc avec ses 12 millions de m3 de chablis. Des boisements monospécifiques de pins maritimes n’ont pas tenu le choc. Les décotes pour cette essence ont atteint des chiffres records (20 F/m3). Ces bas prix liés à l’offre excédentaire et à la faible valeur des produits n’ont pas empêché les invendus. Des industries locales arrivées à saturation, du bois qui se vend mal (il restait 20 millions de m3 à exploiter à la fin de l’année 2000 en Aquitaine !), beaucoup d’arbres gisant à terre : les pourritures sont donc inévitables et les risques d’incendie sont bien réels dans cette région où les sécheresses sont fréquentes.

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Marie-Louise Haralambon, maire de Favières (Meurthe-et-Moselle) depuis 1985, montra que les élans de solidarité et les renforcements des liens créés entre les hommes au-delà des administrations (aides appréciables des affouagistes) furent essentiels pour permettre à sa petite commune de faire face à l’une des plus graves crises de son histoire. Mais des abattis représentant l’équivalent de 27 années de récolte risquent de perturber pendant longtemps la vie de sa commune. Marie-Louise Harabanchon se veut aussi le porte-parole de toutes les petites communes sinistrées. Même si la solidarité à différentes échelles a joué, des solutions seront à trouver auprès de partenaires (onf, Région, etc.) et d’administrations afin de permettre à ces communes en total déséquilibre budgétaire d’assurer leurs missions de services et de bien-être à leurs habitants.

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Olivier de La Bretesche, gérant fondateur de Contraforêt (société d’assurance), aborda la couverture du risque chablis et donc les assurances des forêts. Peu de forêts françaises sont assurées pour des raisons tant culturelles (habitudes de recours à l’État face aux catastrophes naturelles) qu’économiques (la forêt est rarement prépondérante dans le revenu des ménages). Des tarifs élevés, des remboursements vite plafonnés, le manque d’intérêt des compagnies d’assurance pour ce risque, dissuadent les propriétaires de s’assurer. À la fin de l’année 2000, 900 sinistres avaient été traités et 70 millions de francs déjà versés au titre des tempêtes par Contraforêt.

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Christian Barthod, sous-directeur de la Forêt à la Direction de l’Espace Rural et de la Forêt au Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, aborda les actions de l’Administration et des Institutions après les tempêtes. Avant de penser aux indemnisations et à une politique forestière de reconstitution, Christian Barthod montra qu’il importait dans un premier temps de connaître l’ampleur des dégâts. Une géographie des chablis n’est pas facile. Celle-ci peut être ébauchée par l’ifn (Inventaire Forestier National), qui réalisa durant l’année 2000 de multiples prises de vue aériennes pour cartographier les dégâts. En automne de cette même année, toutes les photographies aériennes n’étaient pas encore prises et les trouées de petite dimension n’étaient pas référencées. La cartographie réalisée au 1/25 000 avec une surface minimale de représentation de 1 ha se poursuivra en 2001.

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Outre l’impact sur l’économie, les tempêtes ont aussi profondément bouleversé les paysages. Ces paysages, véritable traduction d’une nature socialisée, sont construits et fréquentés par des gens de sensibilité différente mais tous attachés à leur environnement. Un massif forestier partiellement ou totalement détruit marque les esprits des adultes mais aussi des enfants. Rémy Ploquin, conseiller pédagogique de circonscription à l’Inspection de l’Éducation Nationale de Jonzac (Charente Maritime), l’a bien montré en étudiant les témoignages et les réactions des enfants après les tempêtes. Bien que des cellules de suivi psychologique aient été mises en place, il ne faut pas dramatiser pour autant car les connotations négatives véhiculées par les chablis ont progressivement laissé la place à des images plus optimistes liées à la renaissance du vivant et aux projets de reconstitution.

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Pour Peter Breman, chargé de la mission « Paysage » à la Direction Technique de l’Office National des Forêts, l’atteinte au patrimoine forestier est d’abord visuelle : des paysages champs de bataille, des images de désolation, des arbres déracinés, brisés ou enchevêtrés, que les forestiers contemplent la mort dans l’âme. Le paysage forestier, trop souvent marqué par la régularité et la verticalité, a laissé place à un chaos démesuré à l’intérieur duquel l’homme perd tous ses repères. La tempête est aussi dans les têtes et il faudra du temps pour reconstruire un paysage que tout un chacun avait appris à aimer. Mais la forêt n’est pas une nature morte. L’écosystème forestier est loin d’être immuable, chaque parcelle a son potentiel de régénération naturelle. Les praticiens de la forêt le savent bien, ils intégreront ce processus de reconquête porteur de biodiversité dans leurs stratégies de reconstitution des peuplements.

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Yves Petit-Berghem

Notes

[1]

Histoire et Sociétés rurales n° 12, 2e semestre 1999, p. 238-243.

[2]

Plutôt qu’au sud-ouest de Saint-Quentin, comme je l’ai écrit dans Histoire et Sociétés rurales n° 12, p. 241.

[3]

Association Française des Eaux et Forêts ; Forêt Méditerranéenne ; Groupe d’Histoire des Forêts Françaises ; Silva, Arbres, Forêts et Sociétés ; Société Forestière de Franche Comté, avec le concours de l’Institut Européen de Développement Durable.

Titres recensés

  1. Les Campagnes antiques du Nord de la France. Programme collectif de recherches du Service Régional d’Archéologie de Picardie. Journées d’études tenues à Amiens et Villeneuve d’Ascq, les 23 octobre 2000 et 19 février 2001
  2. Vignobles du Sud (xvie-xxe siècle). Colloque organisé par le Centre d’Histoire moderne et contemporaine de l’Université Montpellier iii, Montpellier (16 et 17 mars 2001), coord. Geneviève Gavignaud-Fontaine
  3. Société d’histoire des petites villes. Colloque de Mamers (Sarthe), 17 et 18 novembre 2000
  4. Enseignements forestiers à tirer des tempêtes de fin décembre 1999. Colloque international organisé par les Associations Amies de la Forêt Française, le Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement et le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, 7-9 décembre 1999

Pour citer cet article

« Colloques et Journées d'études », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2001 (Vol. 15), p. 322-331.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2001-1-page-322.htm


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