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Histoire & Sociétés Rurales

2001/2 (Vol. 16)


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Les deux occupations de 1814 et 1815 en France demeurent relativement méconnues. Elles n’en constituent pas moins un épisode déterminant du début de la période contemporaine dans notre pays. Leurs conséquences pour l’ensemble de la société, notamment pour le monde rural, furent très importantes.

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Cet article entend apporter une contribution à l’étude de la violence de guerre à l’égard des populations civiles, dans la lignée des études sur ce sujet, parues ces dernières années à propos de conflits plus récents [1][1]  Audoin-Rouzeau, 1989, notamment les chapitres 9 et.... Il s’agit ici, plus précisément, d’aborder le problème des réquisitions des armées d’occupation. Nous entendons, à travers cette approche de la logistique des armées, comprendre ce que cette crise révèle du fonctionnement du monde rural, de son adaptation aux circonstances, des rapports de pouvoir en son sein et avec l’extérieur. L’occupation concerna une grande partie du territoire, notamment ce grand département qu’était alors la Seine-et-Oise. Il s’agissait pour l’ennemi de se rendre maître de Paris, cœur politique et symbolique du pays, et de ses environs, espace essentiel pour l’approvisionnement de la capitale. On a fait le choix, pour la clarté du propos, de privilégier le thème des réquisitions car c’est l’une des charges de la guerre qui concerne directement le monde rural. On abordera les questions de l’approvisionnement des troupes, de la perception des faits par les populations, ainsi que les réactions de ces dernières à l’égard des ponctions qu’elles ont subies.

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La France signe avec chacune des puissances un traité mettant fin à la guerre avec les Alliés (Russes, Prussiens, Autrichiens et Britanniques) le 30 mai 1814, deux mois après la chute de la capitale. Les troupes étrangères, qui occupaient le Nord, l’Est, le Bassin parisien, ainsi que le Sud-Ouest du pays, parfois depuis la fin de 1813, quittent la France début juin. La première Restauration des Bourbons en avril 1814, en la personne de Louis XVIII, fut suivie de mars à juin 1815 par le retour de Napoléon Ier (les Cent Jours). Les Alliés reprirent l’offensive et, après Waterloo, la capitulation de Paris, signée le 3 juillet 1815, fut suivie d’une occupation beaucoup plus étendue géographiquement, puisque ce sont environ soixante départements situés essentiellement au Nord de la Loire – à l’exception de la moitié occidentale de la Bretagne –, auxquels il faut ajouter la Bourgogne, le Dauphiné, et une partie de la Provence, qui furent occupés avant la signature du second traité de Paris, le 20 novembre 1815. Il s’ensuivit, outre la cession de territoires (Savoie, Nice, etc.), le versement d’une indemnité de guerre de 700 millions de francs, ainsi que l’occupation de plusieurs départements du Nord et de l’Est du pays par des contingents des puissances alliées pendant trois ans, aux frais de la France.

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L’ancien département de Seine-et-Oise est alors un espace rural, peuplé, puisqu’il compte environ 429 000 habitants vers la fin de l’Empire [2][2] La Seine-et-Oise était formée de l’intégralité des.... Dans l’ensemble, il s’agit d’un département riche. En 1829, par exemple, la récolte de blé de l’arrondissement de Versailles permet de nourrir la population de ce territoire, et le reste suffirait à alimenter, si on le voulait, 82 % d’individus en plus [3][3]  Frémy, 1830, p. 119. Il semble qu’il y ait eu des.... Cependant, il existe de forts contrastes entre les communes, et à l’intérieur de celles-ci. Rappelons aussi que 1814-1815 s’inscrit dans une conjoncture de crises agricoles, entre celle de 1812 et celle de 1816-1817.

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Le département fut peu marqué par les combats [4][4] Il s’agit de la première présence massive de troupes.... En 1814, les troupes étrangères coalisées, succédant aux armées françaises qui transitent depuis la fin de 1813, arrivent, d’abord par le Nord et l’Est, entre le 28 mars et le courant d’avril 1814, ce qui constitue le prélude à la signature des traités de paix, le 30 mai 1814. Ces militaires sont fatigués, mal nourris et anxieux. Les Alliés quittent la Seine-et-Oise au plus tard au début de juin. En 1815, les armées pénètrent au Nord-Est le 28 juin, et après des combats à l’Ouest de Paris, occupent le département au cours de la première quinzaine de juillet (carte 1).

Carte 1 - Les communes de Seine-et-Oise les plus imposées par la guerre en 1815 Carte 1
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Presque toutes les communes semblent concernées par la présence des armées, suivant des durées variables. On ne possède d’indications générales que pour la première occupation. En 5 mai 1814, par exemple, des sources donnent un chiffre de 24 800 hommes et 23 650 chevaux, ce qui équivaut à 5,6 % de la population [5][5] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-12, état des troupes cantonnées.... En 1815, on ne dispose pas d’états récapitulatifs. Toutefois, en novembre, on évalue le nombre de militaires alliés à 75 000, soit un taux par rapport à la population de 16,9 % [6][6] Arch. nat., F79702, préfet au ministre de l’Intérieur,... ! En 1814, on recense surtout des Russes et des Autrichiens, ainsi que des Allemands (Prussiens, Wurtembergeois, Badois). En 1815, les Prussiens l’emportent en nombre, devant les contingents cités plus haut, suivis cette fois par les Britanniques et les troupes des Pays-Bas. Les militaires circulent constamment, afin d’être nourris, de contrôler le territoire, et de se rendre dans d’autres départements. On trouve quelques garnisons dans les villes, les petites communes connaissant surtout des passages de troupes. Les officiers sont logés généralement chez les notables, tandis que les soldats sont hébergés par les habitants.

Les charges de guerre : essai de définition et d’évaluation

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La question de l’approvisionnement des armées se posa immédiatement. Il fallait pallier les insuffisances voire l’absence de l’intendance, tant des troupes françaises, que bien évidemment des troupes alliées, très éloignées de leurs pays d’origine.

Des prestations très diverses

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L’ordre de réquisition émane parfois directement de militaires, à moins que ceux-ci ne passent par les administrateurs civils, sous-préfets ou maires, qui délivrent généralement un ordre écrit – le « réquisitoire » –, ce qui semble le cas le plus fréquent. On peut noter d’abord la variété des procédés. Dans un premier cas, les troupes consomment chez l’habitant, la plupart du temps sans contrepartie financière. Dans un second, les denrées, nourriture pour les hommes, mais aussi bois et chandelles, sans oublier le fourrage des chevaux, sont consommées hors du lieu de production. On procède alors à des réquisitions destinées à alimenter des camps ou des magasins, avec ou sans délivrance aux civils par les militaires de bons faisant état des denrées fournies. Au bout de quelques semaines, les autorités françaises passent des marchés, pour l’ensemble du département, ou dans le cadre des arrondissements, voire par commune, avec des entrepreneurs qui alimentent des magasins. Cette dernière solution rallie les suffrages de la majorité des maires, qui ont eu trop à souffrir des réquisitions. Le 30 avril 1814, le conseil général décide que les fournitures pour les Alliés seraient faites par voie d’acquisition, une commission spéciale recevant les soumissions, et passant les marchés. Le montant des dépenses serait réparti en proportion des contributions directes ordinaires de 1814 [7][7]  Oursel, 1995, p. 82.. Le coût, sous forme d’impositions supplémentaires, repose sur les populations du département. Le système des marchés est adopté à nouveau en 1815, à partir du 24 juillet. Mais il tarde à se mettre en place. En 1814, les distributions régulières de vivres s’effectuent seulement à compter du 16 mai, alors que les troupes sont présentes depuis le début avril [8][8] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, préfet au maire d’Aulnay,.... Au Thillay, en 1815, les vivres n’ont commencé à être puisés dans les magasins de Gonesse qu’à compter du 20 août, environ deux mois après l’invasion [9][9]  Ibid., 4 M 1-23, état des charges, Le Thillay, 29.... C’est dire si les efforts demandés aux populations ont été importants.

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De plus, considérant que les rations fournies sont parfois insuffisantes, les militaires exigent des habitants un complément [10][10] Les suppléments quotidiens varient entre 34 centimes.... À Villemoisson, lors du passage de 217 Prussiens, en octobre 1815, les magasins ne fournirent que 191 rations pour les hommes [11][11] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-23, état des charges de.... En somme, on voit que se conjuguent le fait de vivre sur l’habitant et des pratiques destinées à régulariser l’approvisionnement en établissant une séparation entre militaires et civils. De plus, on relève des abus, comme la vente des rations par les militaires alliés, hors des communes de cantonnement, ce qui oblige les habitants à remplacer les denrées manquantes [12][12] C’est le cas à Chilly, en août 1815 (Arch. dép. Yvelines,.... Enfin, signalons que les modes de perception sont très divers. Une grande partie est perçue en nature, notamment les denrées alimentaires, les bêtes destinées à la boucherie ou les fourrages. Dans certains cas, apparemment plus rares, on lève l’équivalent en argent. C’est ainsi que l’on procède dans le canton de Poissy pour les réquisitions de chevaux prévues par le décret du 22 janvier 1814, afin de ne pas priver les cultivateurs de leurs bêtes [13][13] Arch. comm. Poissy, 8 D 2-3, maire de Poissy à maire.... Les chevaux sont fournis par des marchands, et les communes doivent verser au préfet les sommes avancées par le fournisseur. Les réquisitions peuvent aussi porter sur des travaux d’artisanat à effectuer (charronnage, confection d’uniformes), ou encore sur des moyens de transport, auquel cas on réquisitionne attelages et conducteurs, moyennant indemnisation. Les individus sont inégalement mis à contribution [14][14] Arch. com. Montmorency, H 22, registre des réquisitions,....

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Il paraît indispensable d’aborder aussi les problèmes posés par l’alimentation des hommes et des chevaux en eau. Le manque se fait parfois sentir l’été dans certains lieux, notamment dans l’arrondissement de Mantes. Flins-Neuve-Église, par exemple, ne compte pas de cours d’eau, mais seulement des mares, et quelques puits, selon des documents de la seconde moitié du siècle [15][15] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-23, état des hommes de Flins-Neuve-Église,.... On comprend mieux qu’elle n’ait reçu que 42 hommes en 1815. Mais, certaines communes connaissant de tels problèmes ont pourtant dû héberger des troupes. Jeufosse – qui compte 321 habitants – voit ainsi passer 524 hommes et 115 chevaux, les 12 et 13 octobre ! On devine ce que cette présence a pu engendrer de corvées, pour acheminer l’eau, de la part des populations. Il faut songer également au fait que l’eau des mares constitue un moyen de lutter contre d’éventuels incendies, dans des régions où un grand nombre de bâtiments sont encore couverts en chaume [16][16]  Cassan, 1833, p. 42.. Le problème se retrouve ailleurs dans le département, quoi qu’il soit difficile d’en évaluer l’ampleur [17][17] Notamment dans le canton de Milly-la-Forêt : Bailly,....

Des prélèvements difficiles à mesurer

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Il est malaisé, notamment faute de synthèses contemporaines des événements, d’évaluer le poids que représentent ces ponctions sur les communautés rurales. Commençons par les appréciations générales portées par les témoins. Le maire de Groslay soutient, le 7 avril 1814, à la suite d’un passage de troupes, qu’il n’est pas possible de semer les mars, et que l’on ne peut plus approvisionner Paris. Il évoque un risque de famine [18][18] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, maire de Groslay au.... Le sous-préfet de Rambouillet confirme ce type d’assertions pour ce qui est de son arrondissement, dix jours plus tard [19][19]  Ibid., 4 M 1-11, sous-préfet de Rambouillet au préfet,.... Il est bien évident que l’on ne peut cependant se contenter de ces appréciations qui demeurent trop générales. Il faut avoir recours à des moyens d’évaluation plus précis, où la notion d’échelle joue un rôle capital. Au 1er janvier 1818, les dépenses supportées par le département en 1815 sont évaluées à près de quarante millions de francs [20][20]  Oursel, 1995, annexe « Occupation 1815. Département.... Sur cette somme, les vivres, les fourrages et les frais d’hôpitaux, en représentent les trois quarts.

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Allons plus loin. À partir des déclarations remplies par les maires entre octobre 1815 et janvier 1816, on peut évaluer les pertes dans le cadre des communes [21][21] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-22 à 25. On a pu utiliser.... Ces documents ont été établis alors que les troupes ont évacué la quasi-totalité du département. Rapportons l’ensemble des charges aux contributions de 1819 [22][22]  Ibid., 2, p 203. Les registres des quatre contributions.... Dans l’ensemble, ces frais correspondent à 1,1 fois l’impôt des communes [23][23] Toutes ces communes ont supporté des charges. Il est.... Si l’on regarde plus en détail, on constate que 373 communes, soit 84,6 % de l’échantillon étudié, ont supporté des charges au moins égales à un quart de l’impôt de 1819. De plus, 55 % du total ont supporté au moins la moitié des contributions de 1819. Malgré tout, 113 communes, soit 25,6 % de l’échantillon, ont dû acquitter au moins l’équivalent des contributions. Enfin, 48 communes (13 %) ont supporté au moins deux fois les impositions de 1819, le maximum étant atteint par Meudon qui aurait supporté 36 fois le total de l’impôt [24][24] Dans le cas de Meudon, 97 % du total des pertes provient.... Il semble que, dans l’ensemble, les charges aient été fortes, sans être excessives.

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Nous avons choisi d’observer plus en détail les 48 communes ayant supporté au moins deux fois le coût des contributions. Majoritairement, les lieux les plus touchés par la guerre sont situés à proximité de Paris. En outre, ils se situent sur la route de l’invasion prussienne de 1815. Enfin, une ligne va de Versailles aux environs de Rambouillet, sur le trajet de l’armée prussienne se rendant vers l’Ouest de la France, en juillet et août 1815. Ces 48 communes figurent pour nombre d’entre elles parmi les plus aisées du département. Près de la moitié – 21 – appartient au quart supérieur des communes classées par ordre décroissant des contributions par habitant. Le coût fut donc parfois élevé, mais les charges les plus importantes furent assumées souvent par des communes riches.

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Enfin, il faut s’intéresser aux individus. La mise à contribution de chacun varie dans le temps et suivant les lieux. À Sèvres, en 1814, la municipalité lève une somme destinée à subvenir aux frais d’occupation. Une liste partielle des sommes exigées des contribuables dont les contributions réunies dépassent 10 F, fournit une liste de 124 personnes. On ne trouve que deux refus de payer. Deux personnes, au contraire, versent plus que ce qui leur est demandé. En somme, les attitudes extrêmes à l’égard de la contribution levée en avril 1814 restent minoritaires : en tenant compte des versements volontaires et des refus, ces attitudes ne concernent que 3 % des contribuables. Les communautés apparaissent donc assez soudées [25][25] Arch. comm. Sèvres, 3 H 1 (H 76), rapport aux notables,....

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Nos sources mettent en avant deux catégories sociales qui ont souffert de la guerre. On distingue d’abord les gros fermiers, qui sont souvent des maires. Ils pâtissent des circonstances dans la mesure où ils logent les troupes et fournissent une très grande partie de ce qui est requis. Ainsi, par dévouement, et par souci d’efficacité, le maire de Trappes, Pluchet, fournit à ses frais les réquisitions exigées par les alliés [26][26] Arch. dép. Yvelines, 3 M 2-9, Pluchet au sous-préfet,.... Du 14 au 16 juillet 1815, 3 600 hommes et 1 500 chevaux du corps prussien de Thielmann séjournent à Trappes [27][27]  Id., 3 M 2-9, Pluchet au sous-préfet, s. d., janvier.... La dépense s’élève, pendant les trois jours, à 22 500 F de vivres et de fourrages, dont le maire prend à charge près du tiers. Il avance également des vivres à ceux de ses administrés qui ne peuvent en fournir. À Choisel, au printemps 1814, l’essentiel des charges repose pratiquement, dans cette commune de 320 habitants, sur deux fermiers [28][28]  Id., 4 M 1-14, duc de Choiseul-Praslin au préfet,.... Puis viennent des gens plus modestes. Le 20 avril 1814, le maire de Saint-Cloud explique que des habitants de sa commune, des journaliers, ayant à nourrir jusqu’à six militaires parfois, ont mis en gage tous leurs effets [29][29]  Id., 4 M 1-14, maire de Saint-Cloud au préfet, 20.... Fin octobre 1815, selon le préfet, les troupes logées chez l’habitant consomment en un jour ce qu’un journalier et sa famille consomment en une semaine [30][30] Arch. nat., F79 702, préfet au ministre de l’Intérieur,....

Les conséquences économiques et sociales

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La variation des prix des denrées est inégale selon les années dans le département. Les céréales vendues sur le marché de La Roche-Guyon coûtent moins cher au printemps 1814 qu’au printemps 1813. Cependant, en 1815, les prix sont beaucoup plus élevés que les deux années précédentes [31][31] Arch. dép. Val-d’Oise, E d t 2, F 8 - 10, registre.... L’hectolitre de blé est vendu 22,64 F pendant la première quinzaine de décembre 1815, contre 16,37 F un an plus tôt. Néanmoins, le pain étant taxé, son prix ne semble guère avoir augmenté [32][32] Musée de Dourdan, archives municipales, 1 R 2, mercuriales,.... De plus, on sait que les récoltes de 1814 et 1815 furent fort satisfaisantes, même si elles souffrirent par endroits du passage des troupes [33][33] Arch. dép. Yvelines, 13 M 1.. La quasi-absence de commentaires de la part des autorités à propos des prix n’aide pas à la compréhension.

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Le poids de la fiscalité semble avoir été plus important, bien qu’il soit, là encore, peu commenté. Les procédures de remboursement des fournisseurs, au moyen de contributions levées sur les contribuables, s’effectuèrent en parallèle avec une timide indemnisation de la part du pouvoir royal. Des contributions extraordinaires avaient déjà été instituées par les décrets des 11 novembre 1813 et 9 janvier 1814, applicables dans l’ensemble de l’Empire [34][34]  Houssaye, 1894, p. 3.. Il en fallut trois autres pour en finir avec les frais d’occupation en Seine-et-Oise, comme dans les autres départements concernés par la présence des troupes [35][35]  Journal du département de Seine-et-Oise, n° 30, 15.... Après les impôts dits du cinquième, et des soixante centimes, autorisés par une ordonnance du roi en date du 28 août 1815, un autre texte du 19 mars 1817, établit une contribution supplémentaire de vingt-cinq centimes par franc, destinée à payer les entrepreneurs. Une indemnisation eut lieu, mais elle intervint tardivement, et ne concerna, outre les frais pris en charge par les entrepreneurs, que les sommes correspondant aux réquisitions fournies par les habitants. Les sommes dépensées pour nourrir les militaires logés chez l’habitant ne furent pas prises en compte. À Montmorency, par exemple, le remboursement complet des fournitures livrées aux alliés lors de l’une des occupations n’intervient qu’à la fin d’octobre 1819 [36][36] Arch. comm. Montmorency : 1 D 8, 22 octobre 1819. À....

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Enfin la question qui subsiste est de savoir comment la région a pu supporter, par la suite, la crise de 1816-1817. Dans l’arrondissement de Rambouillet tout au moins, la Restauration est la dernière période de troubles importants liés aux subsistances au cours du siècle [37][37]  Chauvaud, 1995, p. 100 et 102.. Dans un département où le souvenir des troubles frumentaires et des réquisitions de la période révolutionnaire demeurait vivace, on aurait pu s’attendre au pire. Il n’en fut rien. On doit seulement signaler qu’en 1817, des journaliers d’une dizaine de communes, se rendirent dans des fermes, pour réclamer du pain. Le département souffrit d’ailleurs moins du manque, que d’une mauvaise circulation des denrées. On peut supposer que la Seine-et-Oise pansa assez rapidement ses plaies. Notons que des pratiques diverses ont permis d’atténuer le poids de l’occupation, même si elles sont difficiles à évaluer [38][38] Ainsi, l’achat à bas prix de biens ou de denrées, notamment....

La violence des opérations de réquisition

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Il semble que la manière dont les réquisitions furent exigées compte autant que les ponctions. À Roinville, le 8 avril 1814, on subit trois réquisitions en l’espace de six heures, succédant à une autre effectuée la veille [39][39] Arch. dép. Essonne, E dépôt 15, 2 H 1-7, maire de Roinville.... À Piscop, le 4 juillet 1815, les levées dans une ferme de la commune durent plus de trois heures et demie [40][40] Arch. dép. Val-d’Oise, E d t 51, 4 H 1, procès-verbal.... Au-delà même, les ponctions peuvent s’accompagner du recours à la violence. Les ordres de réquisition énoncent déjà une contrainte, par leur forme même. Le maire de Rambouillet, Delorme, note ainsi en 1815 que « le moindre sous-officier [prussien] n’oubliait jamais la formule banale : « J’ordonne au maire, à peine d’exécution militaire » [41][41]  Delorme, 1839, p. 92.. De plus, on a aussi recours à la violence physique. À Bailly, le 14 septembre 1815, l’arrivée de plusieurs dizaines de militaires prussiens s’accompagne de voies de fait – des coups de poing – commises sur les habitants, hommes et femmes. « Le but de ces violences, conclut le sous-préfet de Versailles, était d’obtenir à discrétion des vivres et le vin qu’il leur prenait fantaisie de demander […] [42][42] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-22, rapport du 15 septembre.... » La violence est un moyen d’intimidation. Elle s’exerce fréquemment lors de l’arrivée de nouvelles unités dans une commune, fonctionnant comme une démonstration de force. Elle est peut-être également le reflet de l’angoisse des militaires devant les difficultés d’approvisionnement.

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Ces remarques nous incitent à nous interroger sur la façon dont les populations ont ressenti ces charges. Il faut aussi nous intéresser à la table, afin de savoir ce que deviennent les denrées requises.

Perception et représentation des charges de guerre

Le spectacle de la dépense et du gaspillage

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Les réquisitions rendent sensible la réalité de la défaite et de la présence de l’ennemi. À Rambouillet, un détachement de Prussiens survient le 8 juillet pour « faire exécuter une énorme réquisition frappée […] sur la ville et l’arrondissement », rapporte le maire [43][43]  Delorme, 1839, p. 82.. Au sujet de ces ponctions, les civils évoquent souvent les « pertes » [44][44] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-23, maire de Corbeil au..., à moins que, comme à Montlhéry en 1815, l’on ne retienne l’image du poids [45][45]  Ibid., 4 M 1-23, maire de Montlhéry au sous-préfet.... C’est que l’alimentation a rapport avec une forme d’équilibre que vient troubler la présence de l’occupant [46][46] Sur ce point, cf. Gourarier, 1985, p. 421.. D’autre part, l’image du militaire-parasite est attestée. À Rambouillet en 1814, on mentionne la présence d’un corps d’armée qui est « campé et se nourrit sur [l’] arrondissement » [47][47] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-11, sous-préfet de Rambouillet.... L’assimilation est facile à établir avec les calamités météorologiques, et l’on parle à Pontoise, en 1814, d’un pays « desseché » par les ponctions de fourrages, tandis qu’à Boissy-Saint-Léger on a recours à la métaphore de la grêle [48][48] Arch. dép. Val-d’Oise, A m p 1 d A 19, 23 avril 1814.... L’une des conséquences est le « désordre », qui revêt alors le sens très fort de remise en question des fondements de la société, l’atteinte aux biens ébranlant l’ordre social [49][49] Arch. dép. Yvelines : 4 M 1-11, sous-préfet de Rambouillet.... Du côté des coalisés, les transferts de biens revêtent aussi une signification importante. On saisit, à travers le récit des réquisitions, le fait que certains militaires alliés considèrent l’occupation comme une revanche. Ainsi, comme des habitants de Saint-Cloud portent des réclamations auprès de généraux alliés, ceux-ci leur répondent, en avril 1814, qu’il fallait que leurs hommes soient approvisionnés, et qu’eux-mêmes avaient nourri l’armée française pendant sept ans [50][50] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, maire de Saint-Cloud.... Comme l’indique Jean-Paul Aron, certes à propos d’un contexte pacifique, l’alimentation constitue un instrument de puissance [51][51]  Gourarier, 1985, p. 407..

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Par ailleurs, la vision de quantités très importantes de denrées transportées, stockées et distribuées devait impressionner les populations qui pouvaient constater de cette manière l’ampleur des ponctions. Ainsi, le 8 septembre 1815 au matin, on trouvait dans les magasins militaires de Versailles, entre autres, 10 t de pain, 11 t de lard, 20 000 l de vin, et 51 bœufs [52][52] Arch. comm. Versailles, 4 H, carton 723, état des vivres.... À la même époque, sur les marchés de la région, les denrées en gros sont vendues essentiellement sous forme d’échantillons, ce qui diminue la visibilité des transactions [53][53]  Bergeron, 1964, p. 200.. Il est normal que les civils se soient inquiétés des dépenses des militaires liées à l’alimentation, dans une société où pour les pauvres les dépenses alimentaires figurent en premier [54][54]  Roche, 1997, p. 73.. De plus, les nombreux témoins de la destruction d’une partie des réquisitions la ressentirent fort mal. À La Celle-Saint-Cloud, à la mi-avril 1814, une partie des fourrages requis avait été gaspillée, répandue sur le chemin. En juillet 1815, dans les jardins bordant la route, à Châteaufort, on a trouvé du pain et de la viande qui y avaient été jetés [55][55] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, maire de La Celle-Saint-Cloud.... C’est qu’il existe, dans l’esprit des militaires, un lien entre la guerre et la fête qui, avec la conscience de vivre aux dépens du vaincu, explique le gaspillage. Souvent les militaires ont connu la faim, ou du moins le manque, lors des campagnes de 1814 et 1815. Ils aspirent à ce dont ils ont rêvé, et dont ils ont été privés. Les populations durent d’autant moins le comprendre que, comme le souligne Alain Corbin à propos de l’Orne, la consommation importante des militaires en 1815 a lieu après des années de privation, voire de disette [56][56]  Corbin, 1998, p. 206-207..

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Il faut prendre en compte un autre facteur, qui a trait aux représentations des groupes sociaux et de la hiérarchie militaire. La gastronomie fonctionne au xixe siècle comme un phénomène de classe très marqué, note encore Jean-Paul Aron. Une bonne table est une table chère, et il s’agit de se rassurer, en étant entre soi [57][57]  Aron, 1976, p. 83 et 99-100.. Les officiers alliés ont intégré cela depuis leur enfance. Sans doute cherchent-ils à se démarquer à la fois de la troupe et de la population occupée. La consommation est alors affirmation d’une suprématie, et mise à distance des inférieurs, au sein de son groupe, ou de celui formé par les populations occupées [58][58] En 1817, le commandant militaire du département de....

L’irruption d’un mode de consommation de type urbain

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La table est pour le vainqueur affirmation de la victoire, et marque de prestige, vécue avec humiliation et ressentiment par les vaincus. Elle manifeste aussi l’irruption marquante, quoique momentanée, d’une autre façon de consommer. Si les circonstances imposent parfois la frugalité aux militaires [59][59] Un vivandier prussien se voit servir chez son logeur,..., les civils qui reçoivent des soldats chez eux doivent le plus souvent subir le spectacle d’une consommation de luxe, en grande quantité, qui d’habitude est le fait des classes aisées, souvent urbaines. L’occupation vient certainement bouleverser les canaux suivant lesquels l’usage des produits alimentaires de luxe, ou de semi-luxe, s’était répandu dans les milieux aisés des campagnes, les domestiques jouant un rôle de diffusion important, mais aussi les notables parisiens séjournant dans leur villégiature [60][60]  Gourarier, 1985, p. 232..

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On porte une grande attention à la consommation exceptionnelle des officiers, lesquels semblent vouloir adopter le modèle des restaurants parisiens [61][61]  Aron, 1976, p. 27-28 et 33. On songe à Véry, ou au.... À Chauvry, le maire fait état d’un colonel « à 6 F par jour pour vins, liqueurs, café et thé » [62][62] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-24, état des charges, Chauvry,.... Cette dépense monte à 432 F, pour deux mois, soit l’équivalent de neuf mois de salaire d’un ouvrier agricole. Bien qu’elle ne représente que 3 % de la dépense totale liée à l’occupation de 1815 dans cette commune, cette somme revêt un poids symbolique important. La consommation de mets sucrés ne va pas alors de soi. Elle étonne d’autant plus qu’elle ne correspond pas au type d’aliment festif exceptionnel, à la différence de la viande [63][63]  Gourarier, 1985, p. 38.. À Valenton, entre le 15 et le 25 avril 1814, alors qu’il n’y a plus de vin dans la commune, des militaires alliés obligent des personnes aisées « à s’en procurer à prix d’argent en leur disant que s’il n’y en avait plus dans la commune il n’en manquait pas à Paris et qu’il était facile d’en faire venir » [64][64] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, maire de Valenton au.... De même, le maire de Villiers-le-Bel doit envoyer chercher à Paris, pour les officiers qu’il loge, du rhum, des citrons, du sucre et du champagne [65][65]  Ibid., 4 M 1-14, maire de Villiers-le-Bel au préfet,.... Il s’agit de produits de luxe. S’il y est bien connu, Le café est bien moins répandu dans les campagnes qu’à Paris [66][66] À Genainville, au tournant des xviiie et xixe siècles,.... Le sucre et les boissons coloniales sont alors des denrées rares, à cause du blocus continental [67][67]  Huetz De Lemps, 1996, p. 636..

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En comparaison, les habitants de l’Île-de-France apparaissent bien frugaux. Dans les zones rurales de la région parisienne, on mange peu de viande de boucherie encore sous la Monarchie de Juillet, sauf les jours de fête du village, ou en cas de maladie [68][68]  Cassan, 1833, p. 43.. Il semble que la majeure partie de la viande fournie aux Alliés ait été du bœuf. Or, on mange plus de porc que de bœuf dans la première moitié du xixe siècle, époque où la consommation de viande semble avoir régressé [69][69]  Teuteberg et Flandrin, 1996, p. 734-735.. La consommation de vin elle-même pose problème. S’il est des lieux d’Île-de-France où la consommation de vin est répandue, il en est d’autres où cette boisson est réservée à la vente [70][70] C’est le cas à Genainville, au début du xixe siècle,....

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L’occupation expose aux ruraux de nouveaux régimes alimentaires. Les pommes de terre ne sont pas encore largement consommées en Seine-et-Oise [71][71] Françoise Waro indique qu’à Genainville, en 1796, on.... Et pourtant des militaires, apparemment originaires du royaume des Pays-Bas, en réclament à Ermont et à Béthemont en 1815 [72][72] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-24, état des charges d’Ermont,....

Les prémices d’une consommation de masse ?

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La guerre est aussi l’occasion de faire l’apprentissage de nouveaux modes de consommation. Le maire de Versailles fait ainsi installer une sorte de cuisine collective, dès le 2 avril 1814, pour nourrir les troupes prussiennes et russes, dans une caserne de la ville [73][73]  Dubois, 1914, p. 159-160.. Il s’agit de soulager les habitants de la charge représentée par les réquisitions, et de maintenir le calme.

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Dans les premiers jours de juillet 1815, l’intendant prussien dans le département de Seine-et-Oise se concerte avec le préfet pour fournir le pain nécessaire aux corps d’armées traversant Versailles ou y séjournant [74][74] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-25, intendant prussien en.... Il propose, comme les fours de Versailles sont insuffisants, d’en tenir prêts cinq en permanence dans deux communes des environs. De plus, en utilisant la farine qui se trouve à Versailles, on fera cuire du pain dans six communes de l’arrondissement, situées dans un rayon d’une trentaine de kilomètres, parfois au-delà des limites de l’arrondissement. On met ainsi sur pied une organisation utilisant les ressources d’un territoire assez vaste, ce qui entraîne un changement d’échelle important pour l’approvisionnement des troupes. Cela instaure, certes de façon momentanée, des relations nouvelles entre des populations qui n’entretiennent pas nécessairement des liens étroits entre elles. Des solidarités sont peut-être apparues, nées de la conscience de subir quelque chose ensemble.

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On réfléchit également à des problèmes de fond. Fin 1817, Féburier, l’un des membres de la Société d’Agriculture de Seine-et-Oise, expose à ses collègues un moyen de lutter contre la disette [75][75]  Féburier, 1820, p. 4, 20, 27, 44 et 52.. Il propose d’édifier dans chaque commune un silo, constituant une réserve. Il tire cette idée de l’exemple espagnol. Il motive ce projet par l’évocation par la disette de 1812, des dernières occupations et de la crise de susbsistances de 1816-1817. Le maire de Rambouillet, Delorme, semble avoir tiré la leçon des occupations, qui lui ont donné l’habitude de faire face à d’importantes questions d’approvisionnement. Dans son ouvrage, qui traite des événements survenus dans sa commune entre 1811 et 1830, les subsistances sont évoquées principalement à propos de 1812, 1814-1815, et 1830. Si les solutions à la crise de 1812 sont signalées brièvement, surtout du point de vue de la régulation de l’approvisionnement, l’auteur entre au contraire dans les détails à propos des occupations de la fin de l’Empire, et de la fuite du roi Charles X en 1830. Le passage à Rambouillet du dernier Bourbon, accompagné de troupes, et les problèmes d’intendance qui s’ensuivent, sont décrits avec précision, rappelant les événements qui se sont passés quinze ans auparavant, et l’on se demande dans quelle mesure l’expérience de l’invasion n’a pas compté [76][76] Il évoque l’organisation de l’approvisionnement de.... Ces réflexions inspirèrent sans doute davantage les administrateurs que l’ensemble de la population.

Le partage de la nourriture : entre sociabilité, anxiété et conflits

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Si les questions de logistique révèlent des façons de penser et des projets nouveaux, elles mettent aussi en avant les enjeux profonds de la relation entre occupants et occupés. Il est très difficile d’appréhender la sociabilité autour de la notion de repas au moment de la présence des Alliés. En premier lieu, parce que certains officiers amenèrent avec eux leur cuisinier. C’est le cas d’un général anglais qu’Étienne Chevalier doit loger, dans sa maison d’Argenteuil, dans les premiers jours de juillet 1815 [77][77]  Chevalier, 1859, p. 123.. Mais, le plus souvent, on prend ses repas chez l’habitant. Le sous-officier britannique Morris, se trouvant de passage à Versailles, vers la mi-décembre 1815, est logé chez un tailleur en compagnie d’un soldat [78][78]  Morris, 1847, p. 276-277.. Ils perçoivent de la viande pour deux jours. L’épouse du logeur s’exclame, stupéfaite, que cela nourrirait sa famille entière pendant une semaine. Morris offre de partager, à la condition qu’ils dîneront tous ensemble. Le logement des troupes chez l’habitant permet donc que se déploie une forme de sociabilité entre civils et militaires.

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Autant que la complexité et l’ambiguïté des relations entre civils et militaires, les questions d’approvisionnement font apparaître les motifs d’anxiété des occupants. On trouve à plusieurs reprises des échos de la crainte qu’éprouvèrent parfois les militaires prussiens d’être empoisonnés par les civils français, de façon délibérée ou non [79][79] On en trouve un écho dans la vallée de la Loire (Farge,.... L’incident le plus grave eut lieu à Roissy, le 24 août 1815 [80][80] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1- 23, copie du procès-verbal.... Une cinquantaine d’hommes sont logés chez un cultivateur. Ils consomment beaucoup d’alcool. La confusion aidant, il est possible que certains aient absorbé un remède à base de mercure, destiné aux animaux. Les Prussiens partent dans la soirée, emmenant avec eux trois domestiques de la ferme en les accusant de les avoir empoisonnés. La peur de l’empoisonnement intervient dans une situation où les militaires prussiens ont perdu de leur vigilance, sous l’effet de l’alcool, et alors qu’ils sont rassemblés en grand nombre [81][81] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-23, rapport au ministre....

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À Rambouillet, probablement en juillet 1815, ce sont les médecins de Blücher qui expriment cette anxiété, disant que le vin réquisitionné était « pernicieux pour la santé du soldat » [82][82] Ce sont les mots du maire (Delorme, 1839, p. 97-98.... En conséquence, un officier prussien entreprend de faire vider deux cents tonneaux [83][83] On trouve un fait semblable à Yssingeaux, en Haute-Loire,... ! Le maire parvient à négocier et obtient qu’un officier goûte, chaque matin, le vin qui doit être distribué dans la journée [84][84] Ce serait la peur plus générale des périls de l’été,.... Certes, la nourriture n’était peut-être pas toujours de très bonne qualité [85][85] D’autant que des maladies digestives sévissent dans.... Mais, cette affaire traduit avant tout l’anxiété diffuse des militaires alliés au contact de populations occupées qu’ils se représentent comme leur étant hostiles. Le fait de faire vider les tonneaux rappelle également certaines pratiques de violence se déroulant lors de pillages. Ainsi, à Montainville, le 8 juillet 1815, des militaires prussiens tuent deux civils, avant de piller la demeure de la mère des jeunes gens. Descendus dans la cave, les militaires boivent une partie du vin, avant de renverser les tonneaux. Le geste de répandre le vin qui, probablement, évoque de façon symbolique le sang versé, vient dans ce cas redoubler le meurtre [86][86] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-24, adjoint de Montainville.... Notons d’ailleurs que dès l’occupation, les populations ont associé la présence prussienne à la consommation de vin. Ainsi, à Argenteuil, où les crus sont baptisés du nom d’un événement de l’année, ou suivant la qualité du vin, on parle en 1815 du « vin de prussien » [87][87]  Réthoré, 1967, p. 246..

L’attitude des communautés rurales et des notables

La rareté du recours à la violence

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Outre des cas de violence individuelle contre des militaires alliés, sur lesquels nous sommes peu renseignés, il existe des récits d’actions collectives violentes. Lorsqu’on le peut, on préfère recourir à l’intimidation. Le 6 mai 1814, le maire de Saint-Cyr apprend que des militaires russes font paître leurs chevaux dans une prairie [88][88] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, procès-verbal du maire.... Il se rend sur les lieux et tente de négocier avec l’officier. N’y parvenant pas, il envoie soixante gardes nationaux armés. Les militaires se retirent immédiatement.

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Néanmoins, on ne parvient pas, ou on ne souhaite pas toujours se limiter à ce mode d’action. C’est à l’occasion de réquisitions qu’ont éclaté deux épisodes mettant en jeu des communautés entières. Laissons de côté les incidents survenus dans la région de Pontoise, en juillet 1815, et penchons-nous sur l’exemple de Viarmes [89][89] Le dossier comprend : Arch. nat., BB 18-840, copie.... Le 15 avril 1814, un détachement quitte la ville de Saint-Denis, composé de fantassins autrichiens, commandés par un lieutenant français. Ils sont chargés par le maire de la ville de requérir du fourrage. Une quinzaine d’hommes arrivent ainsi à une demi-lieue de Viarmes, leur destination. Là, ils se heurtent à « un rassemblement d’environ 400 paysans armés de fusils, faux renversées, broches, piques et autres ». À la tête de ces hommes se trouve l’adjoint au maire [90][90] À moins qu’il ne s’agisse du maire lui-même, comme.... Le groupe des habitants augmente « à cause du tocsin que l’on sonnait dans tous les villages », appelant au rassemblement de la garde nationale [91][91] Aux dires du préfet, ils auraient été levés dans le.... Les habitants craignent en effet le pillage. Le commandant n’insiste pas, et fait marche arrière. La tradition orale, recueillie à la fin du siècle, veut que le jeune Denis Pierre Halbout, âgé de quinze ans, appartenant à une famille d’artisans et de marchands anciennement implantée à Viarmes, ait été alors atteint d’un coup de feu tiré par les militaires. Un soldat fut tué à ce moment, par un garde national, en réponse à ce meurtre. Les militaires arrivent à Belloy, dont les habitants, eux aussi armés, interdisent l’accès à la commune, acceptant cependant d’apporter sur la route du pain et du foin. On repart aussitôt, car les hommes de Viarmes, ayant à leur tête l’adjoint et le curé suivent le détachement. À Saint-Martin-du-Tertre, à Franconville et à Moisselles, ils rencontrent la même hostilité, essuyant des coups de feu [92][92] Peut-être s’agit-il plutôt d’Attainville, située au.... Au retour, à Saint-Denis, outre le militaire mort à Viarmes, un autre semble avoir été tué, et un autre blessé.

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On voit ici à l’œuvre le repli et la méfiance des communautés rurales, à l’égard d’une ville, mais aussi la solidarité entre communes, selon une logique qui fait appel à la proximité géographique et à la conscience d’une menace égale. On saisit d’ailleurs le rôle déterminant de la commune de Viarmes. Le refus comporte plusieurs dimensions, clairement exprimées par les habitants, ou contenues en filigrane dans les réponses du commandant. On refuse certes de fournir (Viarmes), mais ce n’est pas toujours le cas (Belloy). Par contre, les habitants refusent systématiquement que l’on pénètre dans le bourg, et l’on définit une zone de sécurité dont la mesure (une portée de fusil) montre le caractère très défensif. Les autorités locales, mais aussi le curé, défendent les habitants [93][93] Pendant la campagne de France, en 1814, le curé de.... De plus, il est intéressant d’observer qu’une même commune peut jouer sur plusieurs tableaux. Le maire de Saint-Martin-du-Tertre, quelques jours après l’événement, argumente de la pauvreté de sa commune, auprès du général russe Sacken, pour empêcher que des cavaliers russes ne viennent y cantonner.

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Le déroulement des incidents de Viarmes rappelle par plusieurs aspects les émeutes d’Ancien Régime décrites par Yves-Marie Bercé, à propos de contextes pourtant très différents, puisqu’il n’était pas alors question d’invasion. On retrouve le même incident déclencheur, ainsi que la convocation au son du tocsin de centaines ou de milliers de personnes dirigées par le curé [94][94]  Bercé, 1974, p. 41-43.. Cependant, on note que l’adjoint l’emporte ici sur le curé, du moins au début, et que la levée des hommes s’effectue dans le cadre de la garde nationale. De plus, dans le cas de Viarmes, les femmes ne sont pas mentionnées, qui jouent un rôle important dans les émeutes et les révoltes d’Ancien Régime [95][95]  Ibid., p. 91.. Enfin, bien que Schwarzenberg ait demandé à ce que des poursuites soient engagées, le tribunal d’instance de Pontoise, en juin 1814, renonça aux poursuites, arguant de la « légitime défense » des habitants de la commune. Les autorités sont donc conscientes qu’il faut ménager les populations.

Les pratiques d’atténuation de la violence

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En 1815, il existe un organisme destiné en théorie à organiser les réquisitions dans l’ensemble du pays, ainsi qu’à régler les différends nés du prélèvement des denrées. Cette commission des réquisitions, du côté français, créée par l’ordonnance royale du 9 juillet, ne reçut son pendant du côté allié, le conseil administratif, que le 24 juillet. Dans les faits, les quatre membres du conseil réglèrent les problèmes entre eux, et la commission fut cantonnée au rôle de simple chambre d’enregistrement des plaintes des civils [96][96]  André, 1924, p. 31-32.. Le 24 août, les deux organismes cessent d’ailleurs de communiquer entre eux [97][97]  Ibid., p. 38 et 43.. On constate donc l’échec des tentatives de régulation des réquisitions à l’échelle nationale. De façon plus efficace, les maires de Seine-et-Oise sont consultés par le préfet, en 1814, au sujet du mode de fourniture aux troupes ; ils se réunissent autour du 25 avril dans le cadre des cantons [98][98] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-11, procès-verbal de réunion....

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Aussi, beaucoup plus souvent, les maires comptent-ils sur eux-mêmes, sur les notables ou l’administration, pour se défendre. Des maires parviennent à réduire les exigences des Alliés, comme à Bazemont, en avril 1814, où dix militaires polonais exigeant 250 rations d’avoine, acceptent après discussion de n’en recevoir que 200 [99][99]  Ibid., 4 M 1-14, adjoint de Bazemont (au préfet ?),.... Les documents officiels que les maires adressent au préfet portent parfois des mentions destinées à attirer son attention sur la situation particulière de la commune qui rend l’approvisionnement difficile. À Baillet, une notation explicite figure en tête de l’état des charges de la commune : « Population, 158 habitants d’apres le recensement fait en 1814 » [100][100]  Ibid., 4 M 1-23, état des charges de Baillet, 20 octobre.... D’autres préfèrent s’appuyer sur des arguments d’ordre plutôt économique. À Seugy, le maire fait état du plan d’arpentage établi en 1785 pour démontrer l’incapacité de la commune à nourrir la troupe [101][101]  Ibid., 4 M 1-24, état des charges, Seugy, 1815..

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Vient ensuite l’entraide entre communes voisines, dans la mesure du possible. Un membre de la municipalité de Fontenay adresse à la commune proche de Gonesse, le 9 juillet 1815, après le pillage de son village, mille bottes de foin, deux vaches et six sacs d’avoine, « qui est tout ce que son trouvé en balayant les chambre et grenier » [102][102] Arch. comm. Gonesse, 4 H 5, « premier officier municipal ».... Cependant, les maires sont très sensibles aux différences de traitement entre les communes du point de vue des réquisitions ou du logement des troupes. Dans les derniers jours de 1815, Carré, maire de Montmorency, apprenant que des troupes doivent encore traverser la région, supplie son collègue d’Écouen, Antheaume, d’épargner sa commune, et d’envoyer plutôt les troupes dans des villages des environs [103][103] Arch. comm. Montmorency, maire de Montmorency à maire.... C’est que l’agriculture du début du xixe siècle rappelle par bien des traits l’Ancien Régime. À propos des années précédant la Révolution, Steven Kaplan rappelle que les marchands de blé venus de l’extérieur apparaissent comme des ennemis. « Il était entendu que le blé cultivé dans une région donnée appartenait à ses habitants. Le concept d’interdépendance ne s’était guère imposé », explique-t-il [104][104]  Kaplan, 1988, p. 502.. Il semble que les choses aient peu évolué de ce point de vue. En même temps qu’un profond sentiment d’injustice, les inégalités de traitement sont en effet perçues comme des atteintes à la survie de la communauté et peuvent être très mal ressenties. Ces questions sont également à replacer dans le contexte des rivalités entre communes au sujet du tracé des limites, ou pour l’attribution d’une fonction administrative ou à propos d’un capital d’honneur [105][105] Voir l’évocation des revendications de communes alentour.... Cela conduit parfois à mener les Alliés dans d’autres communes, pour qu’ils s’y approvisionnent. Dès avril 1814, le maire de Luzarches dénonce cette pratique, à laquelle les habitants du Mesnil-Amelot ont recours à son endroit, affirme-t-il au préfet [106][106] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, maire de Luzarches au....

Le rôle protecteur de personnages influents

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Enfin, on sollicite des personnages influents. Trois types de personnalités s’entremettent pour défendre les populations civiles contre les exigences de l’occupant : les administrateurs, les notables (seuls ou en députation), et parmi la seconde catégorie, les nobles.

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Toute l’administration française se mobilise. Le ministre de la Guerre français, Dupont, expose le 1er mai 1814 à Schwarzenberg, général en chef des armées alliées, la situation « affligeante » de la Seine et Oise, lui demandant d’évacuer les troupes [107][107] Arch. G Vienne, A f a 1619 Hauptarmee Schwarzenberg.... Le préfet rédige également, au printemps 1814, une note à destination des Alliés pour préparer le cantonnement des chevaliers-gardes russes [108][108] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-12, minute de la note du.... Il évoque la nécessité de s’appuyer sur la connaissance des localités et présente la situation délicate du pays au moment de l’invasion, afin de capter la bienveillance des chefs militaires alliés. Entre autres notables, citons Eustache-Antoine Hua, avocat général à la cour impériale de Paris, qui semble être intervenu auprès de Talleyrand en faveur de l’arrondissement de Mantes, où il est né en 1759 [109][109] Arch. comm. Mantes, H 4-1, (N. Martin ?) au maire de.... De plus, en juillet 1815, trois députations émanant du département interviennent auprès de Louis XVIII et du roi de Prusse [110][110]  Dubois, 1915, p. 61-63.. Parmi les nobles figure le duc de Chevreuse, propriétaire du domaine de Dampierre, qui, le 13 mai 1814, écrit de son hôtel parisien, au préfet de Seine-et-Oise [111][111] Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-11, duc de Chevreuse au.... Se présentant comme « le protecteur » du canton de Chevreuse, il évoque l’épuisement des ressources, et sa crainte que les Alliés ne fassent paître leurs chevaux dans les cultures. Il avance le risque d’affrontements entre « les paysans » et les militaires. Le préfet répond dès le lendemain, regrettant que la question des cantonnements ne soit pas de sa compétence [112][112]  Id., 4 M 1-11, préfet au duc de Chevreuse, 14 mai.... Une semaine plus tard, le duc adresse au préfet son régisseur, muni d’une lettre qui expose une nouvelle fois la situation de la commune [113][113]  Id., 4 M 1-14, duc de Chevreuse au préfet, 20 mai.... L’intérêt personnel, autant que le devoir de protection, semblent avoir commandé cette intervention, dont on ne connaît pas les suites. Cette dernière procédure évoque ce que dépeint Claude-Isabelle Brelot au sujet de la noblesse franco-comtoise de la Restauration, écrivant que « [l]a domination seigneuriale s’est moralisée et s’est intériorisée en un devoir de protection » [114][114]  Brelot, 1992, p. 625.. On songe également aux pratiques de protection des populations en vigueur au sein de l’aristocratie pendant la Fronde [115][115]  Moriceau, 1995, p. 308 et 314.. Le recours aux notables fonctionne toujours, au début du xixe siècle, comme moyen de limiter la violence de guerre.

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Enfin, quelques-uns n’hésitent pas à solliciter les officiers cantonnés dans leur commune, afin d’appuyer leurs revendications. Ainsi, le maire de Soisy-sous-Montmorency, à la fin de septembre 1815, qui fait appuyer son refus de fournir des denrées au maire de Gonesse par un certificat du colonel commandant les artilleurs des Pays-Bas stationnés dans sa commune [116][116] Arch. comm. Gonesse, 4 H 5, maire de Soisy-sous-Montmorency....

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S’il est possible d’évaluer les charges de guerre reposant sur les régions occupées en 1814 et 1815, il apparaît plus difficile de savoir si elles ont pesé, à long terme, sur les structures économiques et sociales. D’autant que l’ampleur de certaines conséquences de la présence des armées étrangères, comme les épizooties, est difficile à appréhender, faute de sources. Le problème du pillage mérite à lui seul toute une étude. Notons seulement qu’il est un peu moins répandu que la pratique des réquisitions. En effet, sur 441 communes dont les déclarations de pertes établies en 1815 et 1816 ont pu être utilisées, 98 % des communes évoquent des réquisitions, mais seulement 78 % des sommes liées au pillage. Certes, les réquisitions atteignent le pays dans ce qui constitue le fondement de sa richesse, l’agriculture. Mais, au-delà des cas individuels d’exploitants lésés ou ruinés, il semble néanmoins que ces événements correspondent, dans un département qui a moyennement souffert de la guerre, à deux années difficiles, suivies de récoltes abondantes, mais de piètre qualité [117][117] Le problème réside plus dans le fait qu’aux années.... Certains purent même profiter de la guerre, dans une certaine mesure, tandis qu’un système complexe a fait que le coût des occupations, en définitive, a reposé sur l’ensemble des contribuables. Dans l’immédiat, d’ailleurs, l’essentiel de la charge pèse sur les fermiers, notamment les plus aisés, et ce sont des communes riches qui eurent à assumer les charges les plus onéreuses. La seconde occupation apparaît certes plus dure, pour ce qui est des réquisitions, parce qu’elle est plus longue. Il semble cependant que la volonté de durcissement de la part des autorités militaires alliées passe davantage par d’autres biais, tels que la prise de contrôle temporaire de l’administration, le désarmement de la population et la saisie d’œuvres d’art.

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Face à la menace, les maires de l’Île-de-France ne sont pas totalement désarmés. N’hésitant pas à s’adresser aux autorités, ils ont aussi recours aux notables qu’ils fréquentent, qui acceptent de venir à leur secours par intérêt, mais aussi par devoir de protection envers les populations. Tout ceci explique peut-être, avec la durée assez brève des occupations, que le recours à la violence ait été assez limité.

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Il n’en reste pas moins que ces événements ont constitué une expérience douloureuse et éprouvante. Réquisitions et consommation exceptionnelle rendent visibles à tous la défaite et l’occupation, revêtant de plus une dimension de gaspillage qui les font apparaître comme insupportables aux yeux de populations qui vivent dans une économie du manque. Il n’est donc pas étonnant que la question de la nourriture ait cristallisé les anxiétés et les haines des civils et des militaires. Il est difficile de savoir si ces questions ont contribué à instaurer la méfiance envers le pouvoir royal, le roi et l’administration apparaissant souvent comme des recours aux yeux des civils. La présence des troupes marque aussi l’irruption massive d’une consommation de type urbain dans une société rurale. Enfin, ces deux occupations permettent sans doute d’entrevoir l’importance de l’approvisionnement de l’armée dans la genèse des phénomènes de consommation de masse qui apparaissent au xixe siècle. Ces quelques conclusions cherchent modestement à suggérer, outre l’importance du fait militaire dans la compréhension du monde rural français du premier xixe siècle, la place fondamentale des questions agricoles et alimentaires dans les conflits du début de l’époque contemporaine, qui ouvrent la voie à une implication totale de la société dans les guerres.


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Notes

[*]

Doctorant au Centre de recherches en histoire du xixe siècle, Université de Paris I, 17, rue de la Sorbonne, 75231 Paris cedex 05.

[1]

Audoin-Rouzeau, 1989, notamment les chapitres 9 et 11, et Becker, 1998.

[2]

La Seine-et-Oise était formée de l’intégralité des actuels départements des Yvelines, de l’Essonne et du Val-d’Oise, ainsi que d’une partie des Hauts-de-Seine, du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis.

[3]

Frémy, 1830, p. 119. Il semble qu’il y ait eu des permanences dans l’agriculture régionale jusqu’à la Monarchie de Juillet (Dupâquier, 1964, p. 322).

[4]

Il s’agit de la première présence massive de troupes dans la région depuis la Fronde des Princes, en 1652 : Jacquart, 1960.

[5]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-12, état des troupes cantonnées en Seine-et-Oise au 5 mai 1814. Les chiffres sont approximatifs.

[6]

Arch. nat., F79702, préfet au ministre de l’Intérieur, 23 octobre et 11 novembre 1815. 700 000 coalisés marchent en direction de la France, en juin 1815 (Garnier, 1987, p. 361). Pourtant, il semblerait que l’on ait recensé au plus 1 200 000 militaires alliés en France en 1815 (André, 1924, p. 51).

[7]

Oursel, 1995, p. 82.

[8]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, préfet au maire d’Aulnay, canton de Gonesse, 13 mai 1814.

[9]

Ibid., 4 M 1-23, état des charges, Le Thillay, 29 octobre 1815.

[10]

Les suppléments quotidiens varient entre 34 centimes et 8 F, la moyenne se situant entre 1 et 2 F (Arch. dép. Yvelines, 3 M 2-9, rapport du maire de Trappes au sous-préfet de Versailles, s. d. [avant le 24 janvier 1816], et 4 M 1-23, état des charges, Courcouronne, 22 octobre 1815).

[11]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-23, état des charges de Villemoisson, 18 octobre 1815.

[12]

C’est le cas à Chilly, en août 1815 (Arch. dép. Yvelines, 4 M 1 -23, maire de Chilly au sous-préfet de Corbeil, 20 octobre 1815). Les militaires vont chercher les vivres à Paris, puis les vendent sur la route, à des acheteurs qui ne sont pas indiqués, mais qui paraissent être des civils français.

[13]

Arch. comm. Poissy, 8 D 2-3, maire de Poissy à maire de Triel, 19 février 1814. Chaque propriétaire doit payer 2 ,35 F pour chacun de ses chevaux.

[14]

Arch. com. Montmorency, H 22, registre des réquisitions, s. d. [après le 15 juillet 1814]. La réquisition du 5 avril 1814 concerne seulement huit habitants, tandis que quatre jours plus tard, seize personnes sont obligées de livrer des denrées.

[15]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-23, état des hommes de Flins-Neuve-Église, et Bougeâtre, 1971, p. 69-72.

[16]

Cassan, 1833, p. 42.

[17]

Notamment dans le canton de Milly-la-Forêt : Bailly, 1992, pp. 213, 216-219.

[18]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, maire de Groslay au préfet, 7 avril 1814.

[19]

Ibid., 4 M 1-11, sous-préfet de Rambouillet au préfet, 18 avril 1814.

[20]

Oursel, 1995, annexe « Occupation 1815. Département de Seine-et-Oise. Situation de la liquidation des dépenses au 1er janvier 1818 ». Un état des sommes par département indique que la Seine-et-Oise se place au second rang, après la Seine, pour le coût de l’occupation, devant le Haut-Rhin et les Ardennes (André, 1924, p. 161). Il s’agit de chiffres absolus. Rappelons qu’un journalier est rétribué de 1 à 2 F par jour vers 1815, en Seine-et-Oise.

[21]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-22 à 25. On a pu utiliser les données concernant 65 % des communes de Seine-et-Oise.

[22]

Ibid., 2, p 203. Les registres des quatre contributions ordinaires de 1819 (personnelle, mobilière, patentes, portes et fenêtres) sont les plus complets. Les taux d’imposition du début de la Restauration sont certes un peu supérieurs à ceux de l’Empire. Les charges comprennent, outre les réquisitions, le montant des pillages, dettes, et frais de charrois.

[23]

Toutes ces communes ont supporté des charges. Il est à noter que seules huit d’entr’elles comptent plus de 2 000 habitants. On a utilisé le premier recensement fiable du xixe siècle, celui de 1817 (Dupâquier, 1974). Stéphane Audoin-Rouzeau souligne d’ailleurs qu’en 1870 encore, les campagnes ont, dans l’ensemble, davantage souffert des ponctions économiques que les villes (Audoin-Rouzeau, 1989, p. 262).

[24]

Dans le cas de Meudon, 97 % du total des pertes provient du pillage, qui semble avoir été important, dans cette commune où l’on comptait de nombreuses demeures de notables aisés, notamment parisiens.

[25]

Arch. comm. Sèvres, 3 H 1 (H 76), rapport aux notables, 5 avril 1814 ; relevé des sommes recueillies dans le premier arrondissement de la commune de Sèvres, s. d. [après le 5 avril 1814]. Les absences du domicile et les paiements différés représentant cependant 10,5 % de l’ensemble. Sèvres est peuplée de bourgeois, mais aussi de nombreux travailleurs de la terre.

[26]

Arch. dép. Yvelines, 3 M 2-9, Pluchet au sous-préfet, s. d., janvier 1816 ? (avant le 24 janvier 1816). Pluchet fait partie des fermiers importants du département (Moriceau, 1992, p. 781 et 783).

[27]

Id., 3 M 2-9, Pluchet au sous-préfet, s. d., janvier 1816 ? (avant le 24 janvier 1816).

[28]

Id., 4 M 1-14, duc de Choiseul-Praslin au préfet, 12 mai 1814.

[29]

Id., 4 M 1-14, maire de Saint-Cloud au préfet, 20 avril 1814.

[30]

Arch. nat., F79 702, préfet au ministre de l’Intérieur, 23 octobre 1815.

[31]

Arch. dép. Val-d’Oise, E d t 2, F 8 - 10, registre 1812-1815.

[32]

Musée de Dourdan, archives municipales, 1 R 2, mercuriales, 1813-1817.

[33]

Arch. dép. Yvelines, 13 M 1.

[34]

Houssaye, 1894, p. 3.

[35]

Journal du département de Seine-et-Oise, n° 30, 15 avril 1817, annonces officielles, ordonnance du 19 mars 1817.

[36]

Arch. comm. Montmorency : 1 D 8, 22 octobre 1819. À moins qu’il ne s’agisse des deux occupations, mais cela paraît peu probable.

[37]

Chauvaud, 1995, p. 100 et 102.

[38]

Ainsi, l’achat à bas prix de biens ou de denrées, notamment des chevaux, à des militaires, semble avoir été assez répandu (Arch. nat., F79220, lettre anonyme adressée au comte Beugnot, secrétaire d’État, 19 juin 1814). Mentionnons aussi la vente anticipée, pour se soustraire aux réquisitions (Arch. dép. Yvelines, 3 M 2- 9, rapport du maire de Trappes au sous-préfet de Versailles, s. d. [avant le 24 janvier 1816]. Enfin, même si cela diminue peu les charges liées à la guerre, signalons que des fermiers achètent le crottin des chevaux des militaires, suivant une pratique héritée du xviiie siècle (Arch. dép. Val-d’Oise, 642 W 24, 12 mai 1814).

[39]

Arch. dép. Essonne, E dépôt 15, 2 H 1-7, maire de Roinville au maire d’Étampes, 8 avril 1814.

[40]

Arch. dép. Val-d’Oise, E d t 51, 4 H 1, procès-verbal de réquisition, 4 juillet 1815.

[41]

Delorme, 1839, p. 92.

[42]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-22, rapport du 15 septembre 1815.

[43]

Delorme, 1839, p. 82.

[44]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-23, maire de Corbeil au sous-préfet de Corbeil, 6 décembre 1815.

[45]

Ibid., 4 M 1-23, maire de Montlhéry au sous-préfet de Corbeil, 6 novembre 1815. Il est question de « charges […] pesantes ».

[46]

Sur ce point, cf. Gourarier, 1985, p. 421.

[47]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-11, sous-préfet de Rambouillet au préfet, 8 avril 1814.

[48]

Arch. dép. Val-d’Oise, A m p 1 d A 19, 23 avril 1814 et Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, maire de Boissy-Saint-Léger au préfet, 12 mai 1814.

[49]

Arch. dép. Yvelines : 4 M 1-11, sous-préfet de Rambouillet au préfet, 14 avril 1814 et sous-préfet de Rambouillet au préfet, 28 avril 1814. Le désordre revêt un sens très fort, puisqu’il désigne aussi bien le « renversement d’un ordre », que le « dérèglement de mœurs ou d’esprit » et le « pillage ».

[50]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, maire de Saint-Cloud au préfet, 20 avril 1814.

[51]

Gourarier, 1985, p. 407.

[52]

Arch. comm. Versailles, 4 H, carton 723, état des vivres de l’entreprise au 8 septembre 1815.

[53]

Bergeron, 1964, p. 200.

[54]

Roche, 1997, p. 73.

[55]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, maire de La Celle-Saint-Cloud au préfet, 19 avril 1814.

[56]

Corbin, 1998, p. 206-207.

[57]

Aron, 1976, p. 83 et 99-100.

[58]

En 1817, le commandant militaire du département de Seine-et-Oise fait remarquer que, hors des lieux d’étape, les habitants des communes ne sont pas habitués à voir des militaires en grand nombre et ne savent pas comment s’effectue leur approvisionnement (Service hist. Armée de Terre, C 18-58, rapport du 9 juillet 1817).

[59]

Un vivandier prussien se voit servir chez son logeur, à Étréchy, en juillet 1815, du pain, du beurre et un verre de vin (Arch. dép. Yvelines, 2 U, 4e session de 1815, déposition de Lesser, 25 juillet 1815).

[60]

Gourarier, 1985, p. 232.

[61]

Aron, 1976, p. 27-28 et 33. On songe à Véry, ou au Rocher de Cancale, par exemple.

[62]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-24, état des charges, Chauvry, 18 octobre 1815. Il s’agit d’un militaire de l’armée des Pays-Bas.

[63]

Gourarier, 1985, p. 38.

[64]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, maire de Valenton au préfet, 25 avril 1814.

[65]

Ibid., 4 M 1-14, maire de Villiers-le-Bel au préfet, 15 avril 1814.

[66]

À Genainville, au tournant des xviiie et xixe siècles, les journaliers les plus aisés consomment du café : Waro-Desjardins, 1992, p. 143.

[67]

Huetz De Lemps, 1996, p. 636.

[68]

Cassan, 1833, p. 43.

[69]

Teuteberg et Flandrin, 1996, p. 734-735.

[70]

C’est le cas à Genainville, au début du xixe siècle, où la boisson courante est le cidre, ou bien l’eau mêlée de cidre. Le vin est réservé aux plus aisés. Les autres en boivent en cas de maladie, ou les jours de fête (Waro-Desjardins, 1992, p.137-143).

[71]

Françoise Waro indique qu’à Genainville, en 1796, on n’en trouve que chez un seul habitant, un manouvrier aisé (Ibid., 1992, p. 136).

[72]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-24, état des charges d’Ermont, 19 octobre 1815, et 4 M 1-24, état des charges, Béthemont, 19 octobre 1815.

[73]

Dubois, 1914, p. 159-160.

[74]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-25, intendant prussien en Seine-et-Oise au préfet, 7 juillet 1815.

[75]

Féburier, 1820, p. 4, 20, 27, 44 et 52.

[76]

Il évoque l’organisation de l’approvisionnement de l’armée, au moyen de réquisitions, de magasins, et le recours à l’administration de la guerre. La procédure évoque tout à fait celle qu’il a appliquée en 1814 et 1815 (Delorme, 1839, p. 223-226).

[77]

Chevalier, 1859, p. 123.

[78]

Morris, 1847, p. 276-277.

[79]

On en trouve un écho dans la vallée de la Loire (Farge, 1887, p. 12).

[80]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1- 23, copie du procès-verbal du 24 août 1815 adressé par le maire de Roissy au ministre de la police générale ; note des démarches faites pour l’élargissement des nommés Thillay […], s. d. ni auteur ; sous-préfet de Pontoise au préfet, 5 septembre 1815.

[81]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-23, rapport au ministre de la Police générale, 1er septembre 1815. Le ministre de la Police générale classe l’affaire début septembre 1815.

[82]

Ce sont les mots du maire (Delorme, 1839, p. 97-98).

[83]

On trouve un fait semblable à Yssingeaux, en Haute-Loire, en 1815, de la part d’Autrichiens (Michel, 1968, p. 53).

[84]

Ce serait la peur plus générale des périls de l’été, habilement exploitée par le maire de Rambouillet qui, d’après ce dernier, aurait poussé Blücher à quitter précipitamment le château, en 1815 : comme les Prussiens exigeaient que l’on pêchât les poissons des fossés du château, le maire évoqua les risques sanitaires possibles. Des médecins prussiens examinèrent les fossés en question, et le lendemain, écrit Delorme, les officiers étaient partis (Delorme, 1839, p. 98).

[85]

D’autant que des maladies digestives sévissent dans l’arrondissement de Mantes au début de la Monarchie de Juillet (Cassan, 1833, p. 37).

[86]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-24, adjoint de Montainville au sous-préfet de Versailles, 8 juillet 1815 et déclaration d’André Lelièvre au maire de Montainville, 8 juillet 1815.

[87]

Réthoré, 1967, p. 246.

[88]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, procès-verbal du maire de Saint-Cyr, 6 mai 1814.

[89]

Le dossier comprend : Arch. nat., BB 18-840, copie du rapport du commandant du détachement au général Schwarzenberg en date du 15 avril 1814, faite au ministère de la Guerre, s. d. (1814 ?) et lettre du bureau de justice criminelle du parquet de Paris au chancelier de France, du 30 juin 1814 ; F7 3733, rapport du préfet du 7 mai 1814 in bulletin de police du 9 ; F7 9220, intendant général de l’armée autrichienne aux membres du gouvernement provisoire, copie, s. d., printemps 1814 ? Arch. dép. Yvelines, 4 M 1 -14, maire de Saint-Martin-du-Tertre au général Sacken, 20 avril 1814. Arch. dép. Val-d’Oise, monographie de Viarmes rédigée par l’instituteur en 1899, et 3 E 176-17, actes de décès, 1813-1814.

[90]

À moins qu’il ne s’agisse du maire lui-même, comme l’affirme le préfet.

[91]

Aux dires du préfet, ils auraient été levés dans le cadre de la garde nationale sédentaire.

[92]

Peut-être s’agit-il plutôt d’Attainville, située au sud de Vilaines.

[93]

Pendant la campagne de France, en 1814, le curé de Pers, près de Montargis, est le chef d’une bande de dix partisans, tirant lui-même (Houssaye, 1894, p. 50).

[94]

Bercé, 1974, p. 41-43.

[95]

Ibid., p. 91.

[96]

André, 1924, p. 31-32.

[97]

Ibid., p. 38 et 43.

[98]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-11, procès-verbal de réunion des maires du canton de La Ferté-Alais, 25 avril 1814, par exemple.

[99]

Ibid., 4 M 1-14, adjoint de Bazemont (au préfet ?), 1er mai 1814.

[100]

Ibid., 4 M 1-23, état des charges de Baillet, 20 octobre 1815.

[101]

Ibid., 4 M 1-24, état des charges, Seugy, 1815.

[102]

Arch. comm. Gonesse, 4 H 5, « premier officier municipal » [sic] de Fontenay au maire de Gonesse, 9 juillet 1815.

[103]

Arch. comm. Montmorency, maire de Montmorency à maire d’Écouen, 27 décembre 1815.

[104]

Kaplan, 1988, p. 502.

[105]

Voir l’évocation des revendications de communes alentour pour avoir le titre de chef-lieu de l’arrondissement, par J. S. Delorme, maire de Rambouillet (Delorme, 1839, p. 63-65).

[106]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-14, maire de Luzarches au préfet, 14 avril 1814.

[107]

Arch. G Vienne, A f a 1619 Hauptarmee Schwarzenberg V (a) 1-100, Dupont à Schwarzenberg, 1er mai 1814.

[108]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-12, minute de la note du préfet préparant le cantonnement des chevaliers gardes russes, s. d., avril ou mai 1814 ?

[109]

Arch. comm. Mantes, H 4-1, (N. Martin ?) au maire de Mantes, 2 mai 1814 (Daniel, 1832, p. 236).

[110]

Dubois, 1915, p. 61-63.

[111]

Arch. dép. Yvelines, 4 M 1-11, duc de Chevreuse au préfet, 13 mai 1814.

[112]

Id., 4 M 1-11, préfet au duc de Chevreuse, 14 mai 1814.

[113]

Id., 4 M 1-14, duc de Chevreuse au préfet, 20 mai 1814.

[114]

Brelot, 1992, p. 625.

[115]

Moriceau, 1995, p. 308 et 314.

[116]

Arch. comm. Gonesse, 4 H 5, maire de Soisy-sous-Montmorency au maire de Gonesse, 21 septembre 1815. Il argumente également du faible nombre d’habitants que compte sa commune.

[117]

Le problème réside plus dans le fait qu’aux années de guerre succèdent deux années correspondant à une crise de subsistance que dans le poids du séjour de l’ennemi en lui-même.

Résumé

Français

Dans la Seine-et-Oise occupée par les armées coalisées, la présence de nombreux militaires pendant plusieurs mois explique le coût élevé de l’occupation et l’existence de situations individuelles parfois difficiles ; fermiers et journaliers sont fortement mis à contribution, notamment à l’occasion des réquisitions. Cependant, de bonnes récoltes en 1814 et 1815 et le fait que les communes les plus touchées soient aussi les plus prospères, expliquent en grande partie que le département se soit relevé assez rapidement de l’épreuve. Celle-ci marqua néanmoins les esprits par sa violence et le spectacle d’une consommation excessive. Les populations surent atténuer les charges de guerre qui pesaient sur elles en sollicitant les notables.

English

In the département of Seine-et-Oise, the necessity of feeding large armed forces for months on end justified the high cost and the heavy burden of such an occupation on civilians. Of the entire population, farmers and day laborers were the most heavily put upon. However, the good crops in 1814 and 1815 and the fact that a majority of the taxed communities were also the richest ones, explain to a large degree why the département recovered so rapidly from such an hardship. Still, people were deeply struck by the enemy’s violent behavior and by the sight of an enormous waste. However, the civilian population was able to reduce the war costs by negotiating directly with enemy forces or by requesting notabilities to interbene on their behalf.

Keywords

  • consommation
  • guerre
  • histoire militaire
  • île-de-France
  • notables
  • réquisitions
  • violence
  • consumption
  • île-de-France
  • military history
  • notabilities
  • requisitions
  • violence
  • war

Plan de l'article

  1. Les charges de guerre : essai de définition et d’évaluation
    1. Des prestations très diverses
    2. Des prélèvements difficiles à mesurer
    3. Les conséquences économiques et sociales
    4. La violence des opérations de réquisition
  2. Perception et représentation des charges de guerre
    1. Le spectacle de la dépense et du gaspillage
    2. L’irruption d’un mode de consommation de type urbain
    3. Les prémices d’une consommation de masse ?
    4. Le partage de la nourriture : entre sociabilité, anxiété et conflits
  3. L’attitude des communautés rurales et des notables
    1. La rareté du recours à la violence
    2. Les pratiques d’atténuation de la violence
    3. Le rôle protecteur de personnages influents

Pour citer cet article

Hantraye Jacques, « Guerre et monde rural. Les réquisitions dans les environs de Paris (1814-1816)», Histoire & Sociétés Rurales 2/2001 (Vol. 16) , p. 117-139
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2001-2-page-117.htm.


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