2001
Histoire & Sociétés Rurales
Comptes rendus
Ouvrages
•
Kim, Kyung-Keun, Le Vexin français de 1700 à 1850. i : La Production agricole ; ii : Le développement du commerce et de l’artisanat, 97 et 69 p., extr. : Mémoires de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d’Oise et du Vexin, lxxxi, 1998, et lxxxii, 1999 (chacun des deux tirés à part disponibles pour 60 F auprès de la Société, 43, rue de la Roche, 95300 Pontoise)
• E. J. T. Collins (dir.), The Agrarian History of England and Wales, 1850-1914, volume vii de The agrarian history of England and Wales, Joan Thirsk (éd. général), Cambridge, Cambrige University Press, 2000, part. 1 : xxxiv + 944 p., part. 2 : xv + 1332 p., 195 £ chaque volume
• Giovanna Galante Garrone, Andreina Griseri, Sandro Lombardini, Lorenzo Mamino, et Angelo Torre, Le Risorse culturali delle valli monregalesi e la loro storia, vol. 2 de la série Valli monregalesi : immagini di un paesaggio culturale, Savigliano, Edizioni L’Artistica, 1999, 440 p.
Robert Delort et François Walter, Histoire de l’Environnement européen, Paris, puf, « Le nœud gordien », 2001, 352 p., 188 F.
« Créer une deuxième nature, c’est-à-dire une culture édifiée sur le terrain, sur les forces et les trésors de la première nature antique et inorganisée et même hostile aux intérêts de l’humanité laborieuse », telle est, selon Maxime Gorki, l’entreprise démiurgique assignée à la révolution soviétique et, plus largement, aux progrès scientifiques et techniques appliqués au monde moderne. Cette formule (citée en note p. 249) donne le leitmotiv d’un livre qui se situe au confluent du manuel universitaire du type « Nouvelle Clio » et de l’essai engagé. Disons-le d’emblée, la récompense d’une longue attente et le point de départ d’une réflexion historiographique hybridée par les sciences dures et par une exploration de l’imaginaire des hommes.
À première vue, ce titre a quelque chose d’exagéré ou d’ingénu. Histoire au singulier, comme si son objet était unique, d’un Environnement ramené à sa seule dimension européenne, en posant pour acquise sa spécificité occidentale de cette problématique : l’Europe n’étant pas retenue ici en tant qu’espace géographique. L’ambition du propos donne le vertige, vertige confirmé par la lecture de la démonstration, « belle leçon de méthode » (préface par Jacques Le Goff) dans le sillage des intuitions premières de Lucien Febvre (La Terre et l’Évolution humaine, 1922) et au cœur des recherches actuelles. Formé d’un médiéviste gourmand d’idées et débordant de science, Robert Delort, et de son collègue genevois François Walter, à la fois moderniste et contemporanéiste, bien connu, entre autres, pour ses travaux sur l’« invention du paysage » helvétique, le tandem de cette Histoire de l’Environnement a réalisé le tour de force de synthétiser des éléments trop souvent juxtaposés ou réduits à l’état de tableaux. Cette démarche à proprement parler écologique, puisqu’elle vise à retrouver des interrelations, revient donc à subordonner « l’anthropisation du milieu » à un ensemble complexe de facteurs. Les processus qui se situent dans le temps font l’objet d’une troisième partie, relativement classique, (livre iii, p. 211-310) depuis la révolution néolithique jusqu’à la situation de déséquilibre actuelle. La nouveauté se situe en amont (et, si l’on peut dire, en aval), dans une recherche des facteurs (livre ii : « L’espace dans le temps : variations et variabilité », p. 129-210) et dans celle des représentations (« histoire de l’Histoire de l’environnement », livre i, p. 49-128).
Cette approche culturelle s’avère d’autant plus stimulante qu’elle embrasse « la façon dont les hommes ne cessent de définir et de redéfinir les usages sociaux de la nature » (p. 319) en se plaçant sous les angles les plus variés. L’européanité de l’environnement étudié ici procède d’un mode de perception dont les auteurs tentent très courageusement de distinguer les caractères et la stratigraphie, en insistant sur la notion d’espace plein, densément occupé et, somme toute, domestiqué depuis l’époque néolithique (p. 27). Les préliminaires consacrés à l’outillage linguistique des indo-européens (p. 35-39) peuvent agacer, mais ils donnent du sens à une thèse qui revient continuellement centrée sur le thème de la supériorité technique (l’Europe technicienne) et sur celui de l’anthropocentrisme prédateur de nature produit par le christianisme.
Ces cent premières pages sont brillantes et, globalement, très convaincantes, avec quelques morceaux d’anthologie sur l’appropriation de l’environnement par le mythe (p. 54 et suivantes, la nature magique, par exemple). « L’assujettissement du monde naturel » par la pensée logique correspond à une démarche intellectuelle qui naît au Moyen Âge – on cite Isidore de Séville, certes, mais il faudrait poursuivre avec les Specula du xiiie siècle, ou le Livre des propriétés des choses de Barthélemy l’Anglais, avec, en contrepoint, la description de l’Irlande par Giraud de Barri (un pionnier de l’écohistoire, s’il en est, dans le dernier tiers du xiie siècle) ou les élucubrations de Jean de Mandeville. Ici, par moment, on en dit trop (p. 69, peu importe que Copernic, né à Thorn soit Prussien ou Polonais, pas plus, d’ailleurs, qu’on ne se soucie de savoir, plus loin, p. 146, que le Niémen se dit maintenant Nemaunas ou la Dvina Daugava : ces mises au point érudites constellent inutilement le livre) ou pas assez. L’entrée en scène des philosophes et des savants donne lieu à de beaux développements – on comprend ce que Le Nôtre doit à Descartes, mais aussi ce qu’il annonce. Ces excellents passages culminent dans un chapitre intitulé « Du refuge arcadien à l’environnement comme idéologie » (p. 89-112), où l’on retrouve les analyses de François Walter et d’autres auteurs comme Philippe Joutard sur la découverte du paysage. « Le romantisme agraire et l’idéologie anti-urbaine » qui trouvent en Allemagne un terreau favorable (p. 108-112) renvoient à un contexte philosophique illustré par C.G. Jung, Heidegger ou, en littérature, E. Jünger : on passe du divertissement ressourcé par la nature à l’hygiénisme militant et, de là, à une exaltation des origines et de l’archaïsme. Reste à savoir en quoi ces idéologies ont pu irriguer, çà et là, les conformismes et les protestations. Dans la seconde moitié du xxe siècle, une histoire politique de l’environnement peut s’écrire en termes d’histoire événementielle et institutionnelle : là encore, l’esquisse est tracée avec finesse, et l’on ne peut que souscrire à l’idée de croiser les regards, en développant, par exemple, les recherches relatives à l’histoire du droit et des pouvoirs qui régissent l’usage économique de la nature (p. 24).
Jusqu’à la Révolution industrielle, l’homme n’est qu’un agent, parmi d’autres, du milieu dans lequel il vit : l’évolution de celui-ci résulte, en grande partie, de facteurs adjacents. Dans cette optique, il convient de prendre en considération des éléments largement extérieurs à l’épiderme terrestre, à commencer par l’activité du soleil et par ses variations ou par les phases de la lune, bien connues des jardiniers. Généralités ? Oui et non, puisqu’ils sont dignes d’être étudiés à l’échelle du continent ou même, à une échelle plus grande, en allant au-delà du relevé chronologique des météorites (à ce propos, p. 131, la date du premier aérolithe réellement observé est de 1492 et non 1494, celle de la comète de Halley, 1066). L’imbrication de la météorologie et de la conjonction astrale est l’un des topoi des chroniqueurs : il n’empêche que ce genre d’information peut s’avérer fort instructif dans le cadre d’une histoire du climat désormais toujours mieux connue – on pense aux travaux de Pierre Alexandre, malheureusement absents de la bibliographie. On appréciera la clarté et la valeur des exemples du sous-chapitre consacré aux mouvements marins et à la formation des littoraux ainsi qu’au régime des cours d’eau (p. 146-156) : là encore – et peut être est-ce la vocation de ce livre, il y a de quoi susciter d’innombrables monographies et, pourquoi pas, d’inspirer une encyclopédie vouée à l’écohistoire. On restera quelque peu sur sa faim à propos de la végétation et des forêts, mais il est vrai que ces préliminaires ne se justifient qu’en fonction de leurs développements ultérieurs, et notamment des analyses fort appétissantes sur la gestion des ressources forestières (p. 265-274), une thématique apparemment bien balisée par les historiens, mais susceptible d’être enrichie, et de beaucoup, grâce aux techniques des archéologues actuels (ainsi, les recherches d’Aline Durand sur Les paysages médiévaux du Languedoc, 1998). On saura gré à Robert Delort d’avoir initié une histoire de la faune dont on retrouve ici les traits principaux en compagnie de quelques échantillons savoureux, mais aussi d’en avoir étendu le champ aux micro-organismes : des pages denses (p. 169-183) avec quelques pépites comme un ex-cursus exemplaire sur la malaria (p. 179-181).
Et l’homme ? « La démographie historique est […] l’élément capital d’une écohistoire dont l’homme est à la fois objet et sujet » (p. 189), au risque d’y voir une clé universelle des phénomènes environnementaux perceptibles à l’échelle historique. 20 à 23 millions d’Européens en 2300 avant J.-C., presqu’autant qu’à l’époque de Charlemagne, 36 millions vers 200 après J.-C. (p. 190-191), le double avant la Grande Peste ? Selon les auteurs, la planète compte un cinquième d’Européens vers 1300 comme vers 1500, une proportion qui paraît avoir augmenté jusqu’aux alentours de 25 %, jusqu’à 30 % si l’on inclut les émigrés, puis qui tombe en chute libre après 1950 (le tableau de la page 202, par ailleurs trop anecdotique – la population de Monaco ou du Vatican exprimée en millions d’habitants ! – aurait pu être remplacé par une carte, infiniment plus parlante). Le grand absent du débat qui s’entrouvre ici est évidemment Malthus (oublié dans l’index), et, derrière lui, ses épigones ou ses critiques : le Club de Rome a été évoqué dans la première partie, mais on attend vainement Alfred Sauvy. Par ailleurs, quid de la guerre, des destructions programmées et des dégâts collatéraux ? L’Europe est, à cet égard, un microcosme ou, peut être même, une exception aux dimensions continentales.
« Les caractères originaux » de l’environnement européen se dessinent dans toute leur netteté dans la troisième et dernière partie de l’ouvrage. Découpage prévisible, avec trois grands moments fort différents dans leur intensité. Ce qu’on pourrait qualifier d’« ancien régime écologique », façonné par le Moyen Âge après avoir été ébauché dès le Néolithique, ressortit d’une image familière, paysage de force tranquille et d’illusions d’éternité. On aurait pu rajeunir l’exposé à partir de travaux récents comme ceux de Gérard Chouquer, sur la genèse des campagnes ou la monographie d’Yves Michelin sur la région des Puys (Les jardins de Vulcain, 1995). À cette douceur s’oppose la dureté des révolutions nées d’une science agressive : l’irruption de nouvelles techniques de culture, l’emploi d’adjuvants comme les engrais chimiques – en Allemagne, 3,1 kg/ha de fertilisants en 1880, 42 kg/ha en 1914, 382 kg/ha en 1980 (p. 248) –, la surconsommation de terre et la concurrence sauvage fondent une logique de Frankenstein (l’« artificialisation ») dont nous sommes les témoins et, potentiellement, les victimes. La « révolution thermo-industrielle » (p. 254 et suivantes) se poursuit à un rythme cataclysmique : on en retiendra la présentation fortement argumentée et, bien entendu, convaincante. De la même manière, on pourra suivre les auteurs dans leurs observations sur la gestion des ressources, avec une mention pour le cas de la Camargue (p. 275-277), « produit historique » à la limite de la schizophrénie paysagère. Enfin, sur un thème convenu, celui des milieux perturbés, on soulignera quelques fortes pages sur l’environnement urbain, « écosystème en mutation » (p. 285-289 en particulier) et, bien entendu sur les risques technologiques actuels.
La pertinence des analyses et la richesse de cette Histoire de l’environnement européen auraient mérité une forme éditoriale moins austère – pour ne pas dire indigente : faute d’illustrations, de schémas, de graphiques et de cartes, qui auraient permis d’étayer le texte, trop de développements sont restés allusifs, et sans doute, peu accessibles à la majorité des lecteurs de l’ouvrage. De même, pour l’étudiant ou le chercheur avancé, une bibliographie plus lourde (du genre « Nouvelle Clio ») et un renvoi aux bibliographies électroniques ou aux sites Internet concernés auraient pu être les bienvenus. Gageons cependant que ce maître ouvrage, qui sera réédité et traduit, restera une référence incontournable.
Georges Bischoff
Jean Blancou, Histoire de la Surveillance et du contrôle des maladies animales transmissibles, Paris, Office International des Épizooties, 2000, xiv-366 p., 40 Euros
S’il est un sujet délaissé, c’est bien le passé des contagions animales. Celles-ci ont fort peu retenu l’attention des historiens : au hasard de leurs recherches, ils se sont en général contentés de relever les épizooties sans chercher à en élucider la nature. De leur côté les vétérinaires, après la révolution pastorienne des années 1880, n’ont fait que répéter ce qu’en avaient dit leurs devanciers. Aussi doit-on reconnaître le mérite de Jean Blancou qui a tenu à affronter seul un sujet aussi étendu.
Le titre attirera sans doute l’attention. L’absence du terme « épizootie » peut surprendre au début d’une publication presque uniquement consacrée à ce sujet. Peut-être le mot aurait-il appelé une discussion sémantique : une épizootie est-elle obligatoirement contagieuse ? À ce sujet, l’opinion de l’auteur n’apparaît qu’incidemment : il s’étonne (p. 62) qu’au xixe siècle, on ait pu « se dire non contagionniste tout en affirmant, paradoxalement, que la fièvre aphteuse était épizootique », une façon détournée d’admettre qu’une « maladie frappant simultanément un grand nombre d’animaux » n’est épizootique que si elle est contagieuse. Omission intentionnelle encore, le titre ne fait pas allusion à l’historique proprement dit des contagions animales : leur effet sur le cheptel, dans le temps et dans l’espace, ne sera pas étudié, ce dont l’historien doit être avant tout averti. La restriction est sage, d’ailleurs, en raison de la rareté des documents concernant la très longue période envisagée, allant de l’Antiquité à la fin du xixe siècle, et dans le monde entier, exceptée l’Amérique pré-Hispanique, décidément trop muette.
L’ouvrage débute par un rappel sur les principaux auteurs et publications cités, classés à la fois par régions géographiques et par siècles. Cette liste étonne d’abord par son caractère hétéroclite et par l’extrême brièveté des notices. Elle autorise cependant quelques remarques. Jusqu’au xvie siècle inclus, force est de constater que les ouvrages ne parlent que très incidemment des maladies animales, qu’il s’agisse des encyclopédies zoologiques – d’Aristote et de Pline l’Ancien à Konrad Gesner (1551) et Ulisse Aldrovandi (1608) – ou des traités agronomiques : ceux de l’Antiquité (Virgile, Varron, Columelle) et plus tardivement ceux de Pietro Crescenzi (1366), Thomas Tusser (1557, Five hundred points of good husbandry), et Charles Estienne (1564). Font exception les hippiâtres du Bas-Empire et de Byzance, dont personne ne peut dire si le savoir remontait à l’Antiquité classique : vétérinaires de l’armée ou fonctionnaires de la Poste impériale, c’est eux qui ont constitué un premier corpus encore étudié à l’âge Baroque. Autre grand précurseur, l’écuyer de Frédéric II de Hohenstaufen, Giordano Ruffo fit paraître autour de 1250 un Livre de Maréchalerie imité largement pendant deux siècles. Enfin en 1546, le médecin Girolamo Fracastoro pressent l’essence de la contagion et son importance, en particulier dans les maladies animales. Après un xviie siècle très pauvre, le xviiie siècle est surtout celui des médecins, esprits simplement curieux ou chargés plus spécialement de la surveillance des épizooties : Bernardo Ramazzini (1711), Carlo-Francesco Cogrossi (1714), Giovanni Maria Lancisi (1715), Petrus Camper (1771), Félix Vicq d’Azyr (1775-1779). De leur côté, les premières écoles vétérinaires (1761-1766) fondées par Claude Bourgelat essaiment des praticiens dans l’Europe entière comme Peter-Christian Abildgaard et Carlo-Giovanni Brugnone. En France dans la première génération de vétérinaires, appartenant aux xviiie et xixe siècles, on retient les noms de Philibert Chabert, Jean-Baptiste Huzard, François-Hilaire Gilbert. Dans un tout autre registre, les ouvrages de maréchalerie (terme qui englobe encore la médecine et la chirurgie des chevaux autant que la ferrure) comme ceux de Jacques de Solleysel (1664), François de Garsault (1764), Philippe-Étienne Lafosse (Guide du maréchal, 1766) connaissent un succès éditorial durable. Quant au xixe siècle, il est, semble-t-il, traité ici pour mémoire, tant les notices sont laconiques et peu nombreuses.
Après un tableau récapitulatif sur les principales maladies, chacune fait l’objet d’un grand chapitre séparé : clavelée, fièvre aphteuse, fièvre charbonneuse, morve, péripneumonie contagieuse bovine, peste bovine, rage, tuberculose, « autres maladies infectieuses » ; les trois derniers chapitres, ectoparasitoses, endoparasitoses et maladies des espèces sauvages, ne donnent de ces sujets qu’un bref aperçu. Le plan adopté pour chaque maladie est celui des cours magistraux : symptomatologie (descriptions cliniques, incubation, diagnostic expérimental et reproduction de la maladie) ; lésions ; étiologie et pathogénie ; épidémiologie (contagiosité et modes de contagion, espèces sensibles, matières virulentes) ; prophylaxie sanitaire (hygiène générale, isolement, abattage, destruction des matières virulentes) ; prophylaxie médicale (inoculations, immunisation passive – i.e. utilisation de sérums – et vaccination) ; traitement ; réglementation sanitaire (systèmes de déclaration et d’alerte, interdiction de vente et rédhibition). On voit bien qu’il s’agit là d’histoire des sciences et non d’un essai concernant l’impact des épizooties sur les sociétés. Les documents réunis dans les paragraphes sont ordonnés chronologiquement et tendent à former un historique séparé de chaque question. Le lecteur lira sans doute avant tout les conclusions des différents chapitres suivies d’un rappel des données scientifiques actuelles sur les maladies, très utile aux non vétérinaires. Pour chaque affection, l’auteur a tenu à proposer une bibliographie séparée. Quelques clichés hors-texte en couleurs apportent un supplément d’information.
Un tel foisonnement de renseignements se prête mal au résumé et il ne peut même pas être question ici de définir les différentes maladies. Le lecteur s’attachera sans doute à retrouver l’époque à laquelle chacune d’elle a été individualisée, les croyances et les tentatives de traitement dont elle a été l’objet, la mise en évidence du germe en cause, puis les effets de la prophylaxie scientifique, dans la mesure où ces événements appartiennent au xixe siècle. Ce sera l’occasion de situer le moment où certaines ont perdu leur importance économique. Mais la vigilance s’impose : par exemple, la seule date de la découverte par Louis Pasteur du vaccin contre le charbon bactéridien (1881) peut induire en erreur. S’il est vrai que ce vaccin fut aussitôt commercialisé avec tout le succès attendu dans des régions très atteintes comme la Beauce, Victor Galtier (1892) signale que, dès 1886, le nombre d’animaux immunisés ne cessa de décroître, conséquence possible d’une certaine lassitude ou de simple négligence. L’état sanitaire de l’élevage occidental s’est de toute façon indéniablement amélioré peu avant 1900, et l’invention de vaccins – comme ceux du choléra des poules ou du rouget du porc – n’est pas seule en cause : la morve, zoonose majeure qui décimait les équidés et menaçait les personnes qui les approchaient, disparaît à partir de 1890 à la suite de la mise au point de l’intradermo-réaction révélant les animaux porteurs à abattre : les chevaux sont alors sacrifiés en Europe par dizaines de milliers. L’inoculation de la péripneumonie contagieuse bovine, en l’occurrence l’introduction du germe virulent à un endroit du corps spécialement choisi (le chanfrein ou l’extrémité de la queue) a permis sinon la disparition, du moins le recul de la maladie, d’abord en Afrique Noire, peut-être dès le xviiie siècle, à la suite d’essais inspirés de la variolisation humaine, puis, en Europe, après les travaux du médecin Louis Willems en 1852. La rage mérite une place à part puisque la vaccination inventée par Pasteur (1884) n’a été pratiquée qu’à titre curatif sur des humains mordus par des animaux enragés. Suspects ou contaminés, les chiens devaient être abattus. Resteront surtout préoccupantes au xxe siècle, la clavelée des ovins, la tuberculose, la brucellose, la fièvre aphteuse et beaucoup de parasitoses. Quant aux encéphalopathies spongiformes transmissibles que l’actualité ramène au premier plan, seule la tremblante du mouton fut autrefois signalée (dès 1732 en Angleterre, 1765 en Allemagne et 1810 en France), mais seulement comme une affection anecdotique nécessitant l’abattage des cas déclarés.
Écrire l’historique d’un domaine aussi vaste a semble-t-il posé à l’auteur plusieurs problèmes. D’une part, la nécessité de recourir aux ouvrages de synthèse a conduit Jean Blancou à utiliser une « bibliographie complémentaire », uniquement citée d’après d’autres ouvrages : « Contrairement au véritable érudit que fut Léon Moulé, j’ai surtout puisé ma documentation à des sources secondaires. Mon ouvrage décevra donc les historiens, car il se réfère rarement à des documents originaux ». Ce sera donc le travail du chercheur que de remonter aux sources, car, même indiquées sans grande précision, elles sont nombreuses et représentent certainement ce que la majeure partie de la littérature vétérinaire pouvait fournir. D’autre part ce livre semble bien s’inscrire dans la tradition de nombreux travaux médico-historiques qui proposent une lecture linéaire des événements en privilégiant la notion de progrès. Faute de place peut-être, le contexte médical ou social ne fait l’objet d’aucune présentation générale. Aussi, nombre de pratiques thérapeutiques, isolées de leur arrière-plan doctrinal, se lisent comme de simples « curiosités du passé ». De même le lecteur non averti peut éprouver l’impression que la médecine vétérinaire, après sa création, a évolué pour son compte, intellectuellement coupée du monde, hormis l’intervention, çà et là, de célébrités médicales. Enfin il faut regretter que la modestie de Jean Blancou, spécialiste incontesté et naguère directeur de l’Office International des Épizooties, l’ait amené à rapporter l’opinion d’auteurs anciens sans avancer les interprétations personnelles qui auraient sans doute enrichi l’ouvrage.
En définitive, « ce livre a été écrit pour tous ceux qui sont curieux de savoir comment furent, jadis, reconnues et combattues les diverses maladies [transmissibles] des animaux ». Au demeurant, l’historien des sociétés rurales, qui n’est pas forcément au fait de la pathologie des animaux, trouvera ici résumées et agréablement présentées les contagions auxquelles le cheptel a été ou est encore exposé ainsi que la problématique de la lutte à mener contre chacune d’elles. Ce manuel pourrait même le dispenser d’avoir recours aux traités spécialisés, lui épargner de fastidieuses recherches et, mieux encore, l’intéresser un peu au passé de ces maladies. Faut-il rappeler combien les causes de celles-ci ont parfois été mal appréciées par les historiens ? « Contaminés » à la longue par une grande familiarité avec les documents anciens, certains chercheurs se sont insensiblement laissés dicter des explications par les témoins du passé. Accuser une sécheresse excessive ou l’insalubrité des mares pour expliquer une contagion pouvait se concevoir au xviiie siècle, mais mérite de nos jours plus ample réflexion. C’est ce que devrait permettre le présent ouvrage.
François Vallat
Philippe Leveau et J.-P Saquet (dir.), Milieu et sociétés dans la vallée des Baux. Études présentées au colloque de Mouriès, Revue Archéologique de Narbonnaise, supplément 31, Montpellier, Éditions de l’Association de la Revue Archéologique de Narbonnaise, 2000, 390 p., 250 F.
S’il est une région où les recherches entre les disciplines ont porté leur fruit, c’est bien le Midi de la France, dans l’acceptation la plus large du terme, aussi bien en Provence qu’en Languedoc-Roussillon. Notre revue a souvent donné une place importante aux différents travaux des équipes d’historiens, d’archéologues, de géographes qui travaillent sur l’histoire du paysage, les structures agraires, l’habitat rural, les sociétés agraires. L’ouvrage portant sur la vallée des Baux livre une production scientifique riche et variée, mais aussi inégale. Géographiquement, le territoire étudié se situe entre Durance et Rhône, près d’Arles, dans un paysage où trop souvent on a présumé une importante présence lacustre, sans vérifier dans quel paysage et à quelle date avaient fonctionné les fameux moulins romains de Barbegal, mais aussi les oppida, les villae et fermes, les bourgs et les villes antiques. Les recherches sur le site industriel de Barbegal, celles menées sur l’oppidum des Tours-de-Castillon ou aux Eyguières, puis sur les sites de Saint-Pierre-de-Vence et de Fontvieille, et d’autres travaux encore forment aujourd’hui un corpus impressionnant de données qui renouvèlent notre vision du paysage et des sociétés du Midi de la France.
Tout d’abord, on peut dire que certaines notions qui ont fait l’objet de multiples études dans tout le bassin méditerranéen trouvent ici leur confirmation : à un climat plutôt humide durant la fin de l’Âge du Fer succède, aux ier siècle avant J.-C. et ier siècle après J.-C., une période « d’apaisement », de gestion anthropique du paysage, avant que ne reprenne une période plus froide et humide, lors de la transition de l’Antiquité au Moyen Âge. Ceci influence le débit des cours d’eau, le niveau marin, la forme du delta du Rhône, la végétation. À partir du ive siècle on constate la remontée des nappes phréatique et le rehaussement des sols d’habitat, aux Eyguières par exemple (p. 325). La période romaine correspond indéniablement à un recul de l’arbre (notamment le chêne) et à un paysage ouvert où céréales, vigne et olivier se font la part belle. Olea est attestée à la fin de la période sub-atlantique (Valérie Andrieu et al., Santiago Riera Mora).
Autour de Servanes (Mouriès), site traité en divers endroits de l’ouvrage sans que l’on puisse toujours faire le lien entre les divers articles, l’habitat de plaine apparaît d’abord, au vie siècle avant notre ère, comme temporaire, en matériaux légers, et les rapports sont difficiles à établir avec l’oppidum de sommet d’éperon. On peut d’ailleurs rapprocher les données de la période protohistorique de l’analyse des monnaies du territoire (Jean-Claude Richard, Yves Marcadal) qui illustrent la prépondérance de l’atelier de Marseille. De même, on cherchera à confronter cet exemple avec l’étude de Barbegal à l’époque protohistorique et historique. À Servanes, plusieurs bâtiments se développent aux iie et ier siècles avant J.-C., maison cossue, ferme, ainsi qu’une zone de sépulture ou de culte, que certains ont identifié avec Tericiae de la table de Peutinger. À Eyguières (Saint-Pierre-de-Vence), à Castillon, à peu près à la même époque, on trouve également un quartier cultuel et funéraire sous la villa occupée du iiie au xe siècle de façon à peu près continue, un quartier bas, péri-urbain à l’oppidum, tandis que les fortifications de Castillon montrent la longue durée du site et les réfections augustéennes. La proto-urbanisation est d’ailleurs notable ici comme à Barbegal (Fontvieille, p. 76). Les villae, dont on découvre sur une carte de l’article portant sur le site de Mérindole (Peter Bellany et al.) qu’elles ont été une vingtaine, les fermes et les bourgs ne font pas l’objet d’une réelle analyse et la vision de l’abandon à partir du ve siècle, et de la régression de l’habitat en petites unités entre ve et xie siècles laisse le lecteur sur sa faim. De même, l’étude du village « Le Paradou » laisse sceptique : les divers éléments d’habitat du ive siècle, le soupçon d’une « villa tardive » (figure 3, p. 341), les formes des habitats entre les vie et xe siècles et l’apparition du castrum du xiiie siècle forment un fatras peu convaincant. En revanche, l’analyse très fine des céramiques, l’étude des cabanes et habitats de l’époque carolingienne, des fours à chaux du xiiie siècle montrent qu’au-delà d’un sempiternel refrain sur la « continuité », les formes d’occupation du territoire peuvent varier radicalement.
L’étude des nécropoles apporte quelques éléments anthropologiques intéressants : des adultes assez grands et robustes. La consommation des viandes et poissons montre que l’élevage bovin, d’abord prédominant, est peu à peu complété puis submergé par celui des ovicapridés qui deviennent essentiels dans l’économie médiévale. Le porc est présent mais minoritaire. Les quelques restes de poissons retrouvés confirment la forte présente d’eaux stagnantes, saumâtres, douces (brochet, carpe, tanche, anguille). Le marais n’est pas un lieu répulsif mais fait partie intégrante de la vie rurale.
Passionnante pour l’histoire des techniques, l’analyse du moulin à turbine de Calade à Fontvieille (Henri Amouric et al.) montre à la fois les progrès techniques propres à la fin de l’Antiquité et au début du Moyen Âge, et la coexistence de divers types de moulin contrairement à une idée, largement abandonnée désormais, d’une évolution linéaire. On pourrait en dire autant pour les pressoirs. Moulin à turbine à rodet, moulin à turbine volante, on est ici dans un exemple unique en Gaule, mais que les auteurs placent dans un large contexte spatial (de la Tunisie à l’Irlande) et temporel (du iiie siècle au viie siècle).
On peut regretter que l’ouvrage manque parfois de cohérence : ainsi le paysage est-il traité en divers articles, souvent redondants, qui auraient pu être regroupés. De même, les périodes historiques font l’objet à la fois de synthèses et d’analyses de sites ou de matériel qui sont trop dispersées ; la protohistoire fait l’objet d’un article et de cartes, puis d’une étude de sites de plaine, d’oppidum, de nécropole, dans des études qui auraient mérité d’être présentées ensemble (Servanes, Eyguières, Saint-Pierre-de-Vence). Les très intéressants articles sur la consommation de viande, de poisson, l’élevage ne sont guère pris en compte dans les pages de synthèse sur l’évolution des pratiques agricoles et des paysages. L’article sur la végétation, relégué en fin d’ouvrage, aurait pu être intégré aux études de palynologie des premières pages. L’ensemble de l’ouvrage est inégal car toutes les communications n’ont pas été soigneusement réécrites.
Pour conclure, et pour reprendre un thème central du colloque, espérons que la notion de mobilité des paysages, mise en exergue par Philippe Leveau n’est plus « nouvelle » désormais.
Jean Pierre Vallat
Pierres de mémoire, écrits d’histoire. Pages d’Histoire en Dauphiné offertes à Vital Chomel, textes réunis par Alain Belmont, Presses Universitaires de Grenoble et Association Patrimoines de l’Isère, Grenoble, 2000, 454 p., 33,54 Euros (220 F)
Les Mélanges en l’honneur de Vital Chomel ont rassemblé des historiens, enseignants ou membres des Archives départementales de l’Isère et conservateurs du Musée Dauphinois. Devons-nous nous attarder sur le personnage honoré bien que Jean Guibal nous dise qu’il « a montré trop souvent son absence de goût (c’est un euphémisme !) pour les honneurs, les éloges et la célébration » ? L’ancien directeur des Archives départementales de l’Isère, tout à sa passion pour l’histoire du Dauphiné, a manifestement marqué les historiens dauphinois. Il a accumulé une œuvre considérable, à la fois archivistique, historique et patrimoniale qui a marqué l’Isère, et fait comprendre l’étrangeté du titre : des pierres, des écrits, de la mémoire et un « s » à l’association « Patrimoines de l’Isère. Culture et Histoire » dont Vital Chomel a été le fondateur, en même temps que le directeur du bulletin associatif Évocations. Deux autres contributions retracent le parcours de Vital Chomel : celle d’Élisabeth Rabut « Profession : archiviste » et celle de Jean-William Dereymez « Prendre la parole. Vital Chomel, archiviste et syndicaliste ». Amèrement, nous dit-on, Vital Chomel avait constaté une certaine évolution des politiques patrimoniales vers des événements ludiques, spectaculaires, donc démocratisés et remportant un succès populaire (était-ce le point sensible ?). Il avait aussi prédit l’achèvement de « l’ère de l’édition savante ».
Au terme de cette évocation du personnage, nous ne pouvons que relever un paradoxe : les Mélanges Chomel sont conçus pour lui rendre hommage, servir l’histoire du Dauphiné et, ce faisant, détromper Vital Chomel et embarrasser le recenseur. Le volume composé par Alain Belmont rassemble en effet 33 savantes contributions qui n’ont de point commun entre elles que l’ancien Dauphiné, du passage des colons grecs (Colette Jourdain-Annequin : « L’image des Alpes chez les Anciens : mythe et histoire ») jusqu’au début du xixe siècle. Peu de choses sur le Dauphiné contemporain, sinon une étude de vitraux et la contribution « Sur d’anciennes formes d’économie agricole encore bien vivantes » dans le village de Bricon entre 1935 et 1945, où Bernard Bonnin, professeur émérite d’histoire moderne, décrit des pratiques sociales et agraires remontant (au moins) aux xviie et xviiie siècles, notamment des contraintes collectives qui auraient dû disparaître depuis la Révolution de 1789 et Napoléon. Si maintenant nous cassons l’ordre chronologique des contributions (l’Antiquité, le Moyen Âge, l’Ancien Régime) nous trouvons 7 articles relevant des « Pierres de mémoire » et de l’archéologie : Jean-Pascal Jospin « Topographie de Grenoble gallo-romain » (une synthèse sur une ville antique encore mal connue, faute d’opportunités de fouilles archéologiques) ; Céline Bonnot-Diconne, Michel Colardelle et Éric Verdel, « Le matériel d’équitation dans l’habitat médiéval de Charavines » (première moitié du xie siècle) ; Alain de Montjoye, « Observations archéologiques sur l’église de Corps (Isère) » (intervention effectuée en avril 2000) ; Robert Bornecque, « Notes archéologiques sur Montfleury » ; Sylvie Vincent, « Les vitraux de l’église de Rives, ou le regard d’un homme d’Église sur l’Histoire de France » (programme imaginé en 1914 et vitraux posés entre 1919 et 1922, dont le sujet n’est pas biblique mais patriotique et nationaliste : « Charles Martel à Poitiers, arrêt de l’invasion… », « Philippe Auguste à Bouvines, fondation de l’unité nationale… », « Justice et charité de Saint-Louis, la France heureuse sous son règne… », « Mission de Jeanne d’Arc, la France délivrée… », etc. et « Victoire de 1918, la France triomphante ») ; Dominique Chancel « De paille, de bois ou de terre. Pour une [proto]histoire des maisons des trois petits cochons) » (les contes, la tradition orale et surtout les inventaires et l’archéologie, sources documentaire sur l’habitat rural, et réhabilitation de la paille, du pan de bois et de la terre) ; Guillemette Gardette et Gérard Poupon, « Quirieu, de la pierre à l’écrit » (maison forte, chef-lieu d’une châtellenie).
Quant aux « Écrits d’histoire », ils commencent par « L’image des Alpes… » chez les anciens et se poursuivent au Moyen Âge avec Henri Falque-Vert, « La circulation monétaire dans les campagnes du Bas-Dauphiné vers l’An Mil » d’après des cartulaires et chartes, des dons, des compensations, des emprunts, qui feraient repérer vers 1150 un croisement entre la courbe descendante des actes relevant de « l’économie-nature ou de don » et la courbe des actes relevant de l’économie-monétaire, si la légende des deux courbes n’avait pas été inversée ; Beatriz Nora Esperguin et Gérard Giordanengo, « Propriétés et fiefs du Dauphiné au milieu du xive siècle : une liste de l’administration delphinale » (belle cartographie de l’État delphinal à partir d’un état, lui-même édité dans le volume) ; Marie-Christine Bailly-Maître, « Essai d’une mine de plomb et argent (Vernus-Arenas en Oisans) par ordre du gouverneur du Dauphiné, le 15 octobre 1359 (d’après un texte d’expertise, lui aussi édité). Toujours au Moyen Âge : Isabelle Vernus, « Recherches sur la réalité de la taille dans le bailliage des Montagnes du Dauphiné à la fin du Moyen Âge », sur une question très débattue à l’époque moderne – cf. Daniel Hickey – et remontant au milieu du xive siècle : le statut fiscal de la province. L’ensemble du Dauphiné a-t-il été pays de taille réelle ? Quelle était la situation exacte du « paradis fiscal » qu’était le bailliage des Montagnes, au sud de la province ? Or le subside royal était bien apparenté à un impôt réel dans certaines localités, mais pas dans toutes. Perçu comme on l’avait fait pour des taxes antérieures, par assimilation du nouveau à l’ancien, le subside pesait non sur les personnes mais sur le revenu des terres roturières. Cette modalité a toutefois été limitée par les revendications des nobles, contraints de participer à l’impôt, d’où l’obligation, au xve siècle, de définir précisément, pour mieux le prouver, l’état de noblesse. La fiscalité permet à René Verdier, appuyé sur des dénombrements et « révisions », de présenter « Buis-les-Baronnies au xve siècle : démographie et société d’une petite ville ». Voici maintenant Bayard, vu par Gérard Sabatier « entre place et laiterie », entre sa statue, place Saint-André, et la laiterie Bayard, « temple de la consommation ». Un titre qui occulte le sujet : le mythe du chevalier, les épisodes historiquement assurés et tous les aspects de son « instrumentalisation », « avant de finir paisiblement […] comme caution des ravioles et de l’Apremont ». Avec Yves Soulingeas, directeur des Archives de l’Isère, nous découvrons un très intéressant cas d’« essai de constitution de seigneurie… » en 1582, par (ré-)aliénation d’une partie de la châtellenie delphinale de Châbons. L’histoire moderne est encore représentée par Stéphane Gal, « Les armes et les lois : le loyalisme du président Artus Prunier de Saint-André pendant la Ligue » ; Raymond Moyroud, « La communauté protestante de Roybon (xvie-xviie siècles) » ; Maurice Virieux, « Le parlement de Grenoble au xviie siècle : étude sociale » ; Jean-Pierre Gutton, « Un projet de parlement à Lyon en 1732 » ; Daniel Hickey, « Tavernes, justice et sociabilité dans le bourg de Grignan au xviiie siècle » ; René Favier, « Jouer à la loterie à Grenoble sous l’Ancien Régime » ; Marianne Clerc, « Suivre une autre route. Essai sur la singularité de la peinture anglaise du xviiie siècle ». Quant à Alain Belmont, il exhume « La vie d’un peintre itinérant en Dauphiné au xviie siècle : François Chambon », pas vraiment un artiste mais une sorte d’artisan, aubergiste et peintre, dont l’existence est éclairée par d’autres cas, tel ce Jean Rabaste, entré en apprentissage en 1659 auprès de Jean François « bourgeois et peintre et consul de ceste ville du Puy [en Velay] pour par ledit sœur François luy apprendre l’art de peinture » en une seule année ! « Allez donc après cela [écrit Alain Belmont] peindre du Caravage […]. Un Rabaste, un Chambon, dans de telles conditions, seront tout juste bons à couvrir de leurs barbouillages des églises de village » mais des « barbouillages » ô combien émouvants aujourd’hui. Les Mélanges Chomel comprennent encore 5 contributions sur la période révolutionnaire et le début du xixe siècle. Il suffit : revenons à la question soulevée plus haut. Vital Chomel prédisait l’achèvement de « l’ère de l’édition savante ». A-t-il été détrompé ? Vital Chomel ayant emporté dans la tombe sa réponse, en février 2001, c’est aux lecteurs de le dire.
Antoine Follain
Jean-Luc Laffont (dir.), Visages de la mort dans l’histoire du Midi toulousain ive-xixe siècles, Aspet, PyréGraph, 1999, 148 F.
Un groupe d’historiens venus de divers horizons a eu la bonne idée de s’intéresser à l’étude de la mort dans un ouvrage dédié à Philippe Ariès qui, le premier, aborda cette vaste question. Dix chercheurs apportent leur contribution à un livre qui privilégie le temps long puisqu’il couvre quinze siècles.
L’archéologue Georges Fouet étudie l’évolution des pratiques funéraires dans le Comminges entre le ive et le xive siècle en analysant des marbres gallo-romains venus des temples païens et réutilisés pour la construction des églises romanes. Marie-Claude Marandet s’intéresse aux testaments de la fin du Moyen Âge. Le prêtre y occupe une grande place : il est présent lors de leur rédaction ; à la campagne, il assiste le mourant en compagnie de la famille proche et du voisinage qui se chargent des funérailles. À Toulouse, le testateur théâtralise sa mort : il organise minutieusement ses funérailles, réclame des messes, désire avoir une belle tombe. L’exaltation de la mort de soi viserait à impressionner les vivants par les fastes du cortège funéraire.
Jean-Luc Laffont dissèque l’ordonnance épiscopale de Loménie de Brienne en date du 23 mars 1775. Cette dernière bouscule les pratiques funéraires : d’une part, elle interdit toute création de cimetière dans l’enceinte de Toulouse ; d’autre part, elle n’admet plus les enterrements à l’intérieur des églises du diocèse. Ce mandement entraîne une révolution culturelle. Désormais, les morts se trouvent placés loin de l’église et des vivants. Le cimetière médiéval, centre de la vie villageoise, n’a pas totalement disparu à l’Époque moderne. Toutefois, il tend à se fermer et à devenir un lieu de recueillement. Dès le début du xviiie siècle, les activités ludiques et mercantiles n’y trouvent plus leur place. À partir de la seconde moitié du xviie siècle, les autorités ecclésiastiques luttent contre les inhumations dans les églises qui contreviennent aux principes du droit canon et qui s’avèrent être un facteur de ségrégation sociale. Le débat s’élargit au début du xviiie siècle, des préoccupations hygiénistes apparaissant. Il prend un tour politique avec Loménie de Brienne qui ne cède rien au Parlement. L’archevêque explique ses prescriptions radicales par des considérations morales et religieuses, le souci de la santé des fidèles et la volonté de suivre les autorités civiles (en 1774, le Parlement de Toulouse refuse toute création de cimetière dans la ville). Pour l’auteur, Loménie de Brienne est le maître d’œuvre du « grand exil des morts ».
Jean-Claude Meyer, professeur à l’Institut Catholique, recense les gens d’Église victimes de la Révolution à Toulouse et dans sa proche région. La liste compte surtout des réfractaires mais aussi quelques membres du clergé constitutionnel. À côté de statistiques toujours froides, figurent des parcours d’hommes qui, soutenus par une partie importante de la population, sont montés sur l’échafaud ou ont été déportés à cause de leur foi.
Jean-Michel Minovez analyse la situation de la mortalité dans le bassin supérieur de la Garonne aux xviiie et xixe siècles. Il note le sous-enregistrement des décès en bas âge, les crises démographiques en faisant la part (trop ?) belle aux crises frumentaires. Il souligne des spécificités régionales comme la mauvaise qualité des sages femmes au xviiie siècle, l’habitude néfaste de façonner le crâne du nouveau-né (« la déformation toulousaine »), l’importance des maladies intestinales. Mais, au xixe siècle, la situation s’améliore par la prise en compte de l’hygiène publique, une meilleure qualification des soignants, la mise en place d’une médecine gratuite pour les indigents. En somme, l’évolution de la mortalité régionale copie celle de la mortalité nationale. La même constatation est faite par Jean Coppolani qui étudie Toulouse. La ville rose apparaît comme « un tombeau de la race » avec des taux de mortalité constamment supérieurs à ceux de la France et des campagnes environnantes. Les causes en sont bien connues : elles tiennent à l’hygiène (insalubrité de l’habitat, mauvaise qualité de l’eau) et au social (la pauvreté induit la sous-nutrition et la malnutrition). Encore à la Belle Époque, la variole et la tuberculose font des coupes sombres.
Germain et Mireille Sicard regardent les testaments en se posant deux questions : les testaments urbains ressemblent-ils aux testaments ruraux ? Y a-t-il eu une évolution des contenus testamentaires dans la première moitié du xixe siècle ? À la ville comme à la campagne, le testament répond à trois fonctions : choisir un successeur en l’absence d’un descendant (cas fréquent à Toulouse), garantir au conjoint survivant la jouissance viagère du patrimoine (cas assez courant), avantager un des enfants (cas rare). Les références religieuses s’estompent avec le siècle qui avance et les parents ayant des enfants rédigent peu de testaments. Marie-Vincente Guy reconstitue les familles de deux vallées du Haut-Comminges au xixe siècle, celles de Larboust et d’Oueil. La proximité de Bagnères de Luchon et de son thermalisme consommateur de main-d’œuvre provoque précocement une forte émigration. Comme ailleurs, l’enregistrement des décès d’enfants est médiocre mais la méthode utilisée pour évaluer le sous-enregistrement à partir de la répétition des prénoms dans une famille ne convainc pas. Des pointes de mortalité s’observent en 1834 et 1872. Faut-il les attribuer à de mauvaises récoltes comme le fait l’auteur ? Le choléra dans le premier cas et la variole dans le second ne seraient-ils pas plutôt responsables de ces clochers ? Une table de mortalité, envisageable à partir des fiches de famille, aurait donné de meilleurs résultats qu’une simple répartition des décès par âge.
Au total, ce livre envisage les multiples approches du thème de la mort. Il suscitera la curiosité du chercheur. Son but est d’ouvrir un champ de nouvelles recherches sur cette très riche question. Il y réussit très bien.
Jean-Claude Sangoï
Pierre-Henri Billy, La « Condamine », institution agro-seigneuriale. Étude onomastique, Tübingen, Max Niemeyer, 1997, « Beihefte zur Zeitschrift für Romanische Philologie, 286 », xviii-412 p.
L’origine et le rôle de la condamine au sein des campagnes françaises ont depuis longtemps suscité des interrogations rappelées en ouverture de ce beau volume. De Salvaing de Boissieu (« ce mot est celtique pour signifier une grande terre destinée au labourage », 1668) à Bloch (« condamine évoque l’idée de communauté – primitivement dans la même maison – et, dans l’usage, désignait à peu près indifféremment la petite collectivité humaine qui vivait sur la terre ou cette terre même », 1931) et Baratier (« en général une bonne terre, sise à proximité du village et dont le seigneur à l’origine s’était réservé l’exploitation directe », 1969), sans oublier le Trésor du Félibrige de Mistral (« seigneurie indivise, terre coseigneuriale, champ franc de toute redevance, terrain situé à côté d’une ville »), les historiens de l’économie rurale, les lexicographes et les spécialistes des institutions se sont succédés pour tenter d’en percer la signification. C’est donc dans l’espoir de clarifier les choses que Pierre-Henri Billy a entrepris depuis vingt ans une collecte systématique des occurrences du terme condamine en Europe (car la Suisse, l’Italie et la Catalogne appartiennent à son aire de diffusion), à partir des sources médiévales publiées et des répertoires de toponymes actuels. S’agissant de la France, il a ainsi mis à profit le fichier Rivoli des noms de lieu figurant dans les états de section du cadastre rénové pour révéler les vestiges de cet ancien appellatif connu dès le vie siècle. Au bout de l’aventure, le lecteur détient lui aussi en mains les matériaux de l’enquête : un répertoire de noms de lieu issus de condamine, classés par pays et par région (p. 187-257) ; un catalogue de textes assorti de larges extraits classés par région et dans l’ordre chronologique, qui ont le grand mérite de replacer les mentions dans leur contexte (p. 273-408).
Au cœur de l’étude figure un précieux dossier étymologique et morpho-phonétique, qui livre l’explication des formes toponymiques actuelles, soit presque 200 variantes parfois étonnantes telles que Calamine, Caulmèle/Coulemelle, Combe l’émine, Comblebine, Cote menne, Quinze émines, etc. : un dossier qui facilitera les identifications futures dans les corpus de chaque chercheur. Rejetant définitivement les étymologies sémantiques, du type campus domini (du Cange), condominium (Wartburg), condominus (Dauzat) ou cum domino (Niermeyer), l’auteur confirme la généalogie établie par les philologues du latin condoma (sur le modèle du grec sunoikia), largement diffusé en Italie, Sicile et Sardaigne, à condom-ina, qui passe par dissimilation à condamina. À l’origine, la condoma a le double sens de terre domaniale et de groupe humain servile installé sur celle-ci, de l’Italie au Maine, où l’évêque Bertrand du Mans affranchit des condomae en 616 ; mais dès le vie siècle, la condamine est connue en Basse-Provence avec le sens de champ principal du domaine. L’espace de diffusion de la condamine correspondrait principalement à l’aire burgonde ; propagée en Galice par les Suèves, elle ne pénètre pas dans les zones wisigothique et alémanique d’avant 550, et suit en revanche la progression de ces peuples dans la seconde moitié du vie siècle, avec notamment une importante zone languedocienne et provençale. Il s’ensuit très logiquement que jusqu’à aujourd’hui, Roussillon, Languedoc, Massif central, Provence, Savoie, Dauphiné, duché et comté de Bourgogne regroupent l’essentiel des mentions et des noms de lieu de la condamina.
À titre d’exemple méthodologique, Pierre-Henri Billy conduit une étude systématique sur les condamines de l’arrondissement d’Issoire (Puy-de-Dôme), à partir des plans anciens et des cadastres, des relevés de terrain et des sources textuelles, commune après commune, de la Limagne à l’Artense. Formes et surfaces des parcelles composant l’aire qualifiée de condamine, substrat et environnement toponymiques, traces de défrichements, structures des chemins et des routes, nature des sols et type de paysage, tout lui sert pour mesurer l’ancienneté de la condamine et dater son démembrement. Les noms donnés aux terres séparées ou alloties (Champ grand, Las Faissas, noms en « Buge » – mot auvergnat désignant la friche ; dérivés de casal), ceux qualifiant les terres proches (Lapenderie, appendaria de la condamine ; La Collange, colonica voisine) ou révélant un environnement seigneurial limitrophe, comme Breuil, Varenne/Garenne, Garde, Devèze/Deveix (terrain réservé), Chastelet/Chastre/Chati, dessinent un panorama très concret de la naissance et de l’évolution des condamines. Chaque notice révèle alors des micro-histoires d’exploitation du sol, très éclairantes par elles-mêmes.
De cet exemple auvergnat, l’auteur tire des conclusions renforcées par les leçons de l’ensemble du corpus. La désagrégation des condamines débute peu après 900 et leur superficie moyenne de 20 ha s’abaisse progressivement jusqu’à 6 ha au xiiie siècle ; à Issoire, les condamines s’étirent de 2 à 105 ha, avec une moyenne de 16,3 ha ! Terres à blé avant leur démembrement, elles sont exploitées en faire-valoir direct par des domestiques seigneuriaux, rarement par des corvées, mode de travail qui ne concerne que 1 % de l’ensemble des mentions. Par ailleurs, jusqu’au xie siècle, 85 % des condamines demeurent partie intégrante de la réserve seigneuriale ; pourcentage qui résiste bien car on en trouve encore 54 % au xiiie siècle. Les zones de contact entre l’aire de la condamine et celles d’autres modes d’exploitation seigneuriale (et d’autres vocabulaires) transparaissent à la lumière de la cartographie des noms de lieu dérivés de cultura (la « couture »). Seuls la Bourgogne et le sud de la Champagne posent vers 1100 l’équivalence condamine/cultura, les deux termes se partageant nettement le territoire français. Tout aussi révélateur, le fait que les noms de lieu issus de la « corvée » (latin corrogata) épargnent l’aire de la condamine, nous ramène vers une fossilisation des modes d’exploitation des réserves seigneuriales. Là encore, l’équivalence condamine/corvée n’est attestée qu’en Bourgogne (en 1074 et en 1137) qui joue le rôle de terre de transition avec le Midi au sens large. L’aire de la corvée ne recouvre en fait que la partie la plus au nord de la couture ; très fréquents en Bretagne et dans le Maine, les toponymes issus de corrogata montrent leur force surtout en Lorraine, Franche-Comté ou Champagne, où la cultura est quasi absente (cf. les 3 cartes de répartition des fréquences des noms de lieu dérivés de condamine, couture et corvée, p. 268-271). Voilà d’alléchantes perspectives de recherche qui pourront s’appuyer sur une méthodologie rigoureuse et l’ouverture de l’onomastique aux problématiques de l’histoire, ce dont on doit savoir gré à l’auteur.
Ghislain Brunel
Pierre Bonnassie, Les Sociétés de l’An Mil. Un monde entre deux âges, Bruxelles, De Boeck Université, 2001, 517 p.
Les Anglo-saxons disposaient depuis 1991 d’un recueil d’articles de Pierre Bonnassie, From Slavery to Feudalism in South Western Europe, publié par les Cambridge University Press. Le présent volume a fortement gagné en ampleur, en réflexion globale et en actualité. Certaines des 19 études rassemblées ici sont postérieures à 1991, quelques-unes sont inédites. L’intérêt de cette publication est non seulement de rassembler de manière facilement accessible les textes marquants de 45 années de vie scientifique, mais encore de les organiser de façon cohérente. Voici une manière appropriée de célébrer le millénaire de l’An Mil. L’ouvrage se compose de quatre parties dont les introductions définissent le contexte et la problématique ; chaque article est suivi d’une bibliographie des travaux récents et d’un état de la question au début de l’an 2000. Le volume s’achève avec la recension de l’ensemble des travaux de l’auteur, dont certains sont en cours d’édition.
En première partie, un hommage en forme de réflexion méthodologique est rendu aux prédécesseurs: à Marc Bloch, historien de la servitude, à Georges Duby qui a réfléchi sur les deux sens du mot « culture », et à Pierre Toubert dont le Latium a montré tant de voies. Le haut Moyen Âge est analysé en terme de longue durée : entre souffrance et croissance, entre les temps obscurs de la servitude et de la faim et l’opiniâtre volonté de ceux qui veulent vaincre la misère (par exemple « La croissance agricole du haut Moyen Âge dans la Gaule du Midi et le nord-est de la Péninsule ibérique »). Les décennies qui encadrent l’An Mil voient des évolutions longtemps contenues produire leurs effets, faisant craquer les cadres institutionnels sclérosés, révélant de nouveaux rapports de force et affectant l’existence des hommes jusque dans le quotidien. Les traces s’en lisent ainsi dans les esprits, dans l’habitat, et trouvent des prolongements dans l’idéologie de la guerre sainte ou dans la germination hérétique. Enfin, les décennies qui suivent l’An Mil sont centrées sur la genèse des structures féodales, sur la « mutation féodale ». Ces thèmes sont connus mais on gagne toujours à y revenir. Le domaine social prédomine très largement, même dans des approches apparemment plus économiques (« La monnaie et les échanges en Auvergne et Rouergue aux xe et xie siècles ») ou plus culturelles, linguistiques ou religieuses (« Une nouvelle hérésie est née dans le monde »). L’habitat est évoqué, celui des forteresses et celui des villages ecclésiaux (« Les sagreres catalanes : la concentration de l’habitat dans le cercle de paix des églises, xie siècle »). La politique n’est pas absente puisque l’évaluation des trois pôles Poitiers, Toulouse, Barcelone amène à s’interroger sur « L’Occitanie, un état manqué ? ». Des synthèses ouvrent des pistes vers des approfondissements venus plus tard. La pensée se tisse, se nuance et se précise ; elle n’est jamais monolithique car Pierre Bonnassie n’est pas homme de système.
Les sources utilisées sont fondamentalement textuelles. Tant de milliers d’originaux souvent laïques appellent à la vigilance face aux cartulaires qui trient et reproduisent des modèles idéologiquement marqués. La démarche est parfois quantitative et s’applique à compter les mots, comme l’archéologie compte des tessons (par exemple dans « Les nouveautés linguistiques et mutations économico-sociales dans la Catalogne des ixe-xie siècles » ou « Les milites en pays d’Oc au xie siècle »). Elle est libre face aux priorités pré-établies par les sources : « Les descriptions de forteresses dans le Livre des miracles de Sainte-Foy-de-Conques » s’occupent bien plus des citadelles que des miracles. Mais c’est surtout dans le croisement des éclairages que la culture de l’Auteur s’avère remarquable. Sont utilisés des documents tels les consécrations d’églises (« Le clergé paroissial aux ixe-xe siècles dans les Pyrénées orientales et centrales »), les convenientiae (« Les conventions féodales dans la Catalogne du xie siècle »), les vitae (« Hagiographie et Paix de Dieu dans le sud-ouest de la France, xe-début xiie siècle »). Les actes de la pratique sont également interrogés, de même que les notices de plaids, les codes juridiques et pénitentiels (« Consommation d’aliments immondes et cannibalisme de survie dans l’Occident du haut Moyen Âge »), les chroniques et les œuvres littéraires. L’attention se porte tout autant sur les contenus, sur les types de sources, sur le vocabulaire employé. On ne dira jamais assez la rigueur méthodologique qui préside à ces travaux.
Le champ géographique privilégie la Catalogne mais s’élargit à toute la France méridionale, aux deux versants pyrénéens, au royaume franc des « paysans au temps de Hugues Capet » ou au bassin occidental de la Méditerranée dans « Du Rhône à la Galice, genèse et modalités du régime féodal ». De vastes synthèses englobent l’Europe entière dont « Survie et extinction du régime esclavagiste dans l’Occident du haut Moyen Âge (ive-xie siècle) ». L’échelle d’observation est toujours précise et pertinente. Les compléments bibliographiques montrent les prolongements de la réflexion. Beaucoup des collègues de Pierre Bonnassie ont travaillé à sa suite ; une pépinière remarquable d’étudiants a construit ses propres champs de recherche sur ces bases. Des synthèses pourtant restent à faire, surtout pour la période de l’An Mil. L’auteur insiste à de nombreuses reprises sur les apports considérables, depuis plus d’une décennie, de l’archéologie en général et des archéosciences en particulier (anthracologie, carpologie, palynologie).
Quant au débat sur « révolution », « mutation », « évolution », la réponse est rapide et tranchée : laissons les « malentendus passionnels » et succombons aux charmes de la Belle Mutation. À caricaturer ces positions, on pourrait oublier que l’Auteur n’a cessé de redire que les rythmes et les acteurs sont différents d’un lieu à l’autre et que dans la fourchette 950-1050, la rupture a pu se produire différemment, de la commotion brève à la lente désagrégation. Il y a là, me semble-t-il, matière à réflexion sur le concept même de crise. Quelle est sa nature : crise d’adaptation, de croissance, de fin d’un monde, de destruction ? L’An Mil est-il un point de départ ou un point d’arrivée ? Quels sont les rapports de l’Ancien et du Nouveau ? S’agit-il d’une transition, d’un passage ? Le débat est quasiment doctrinal entre les historiens qui privilégient l’équilibre des pouvoirs et des institutions et ceux qui avantagent les crises, les ruptures d’équilibre, le moment où le mouvement déplace les lignes. La période de l’An Mil a-t-elle un intérêt en soi, une originalité, est-elle un objet d’étude ? La réponse argumentée de Pierre Bonnassie est évidemment oui. L’heure n’est plus aux réajustements. Il faut identifier les forces en présence, les signes annonciateurs, les tensions accumulées dans un équilibre immobile, la brutalité de la métamorphose.
Il est certain que du point de vue des puissants, des bien nés, des nostalgiques, la permanence institutionnelle paraît aussi évidente que la stabilité sociale. Pour certains historiens, l’Antiquité paraît toujours opérante en plein xiie siècle, et la féodalisation a été précédée d’une pré-féodalisation qui avait déjà installé sous les Carolingiens toutes les structures qui sont décrites postérieurement. Mais l’Auteur rappelle toujours quel est son propre point de vue : la parole est aux petits, aux obscurs, et la société est « vue d’en bas » ; « tenter de redonner la parole à ces muets est un des objectifs que je n’ai cessé de me fixer » écrit Pierre Bonnassie. La trame de son travail privilégie le rôle des individus, des jeunes couples de travailleurs et des collectivités de paysans (« Les communautés rurales en Catalogne, ixe-milieu xiie siècle ») pour échapper au malheur et à la servitude, ceux pour qui quelques décennies de violences, d’exactions, de répressions sanglantes ont certainement paru infiniment trop longs. Le propos est profondément humaniste, mais cela n’étonnera pas ceux qui connaissent l’enseignant et le chercheur. Il est à l’image de la constante revendication d’humanité réclamée pour les paysans du Moyen Âge accusés par la culture dominante d’animalité sinon de bestialité. Un livre comme un testament philosophique, en somme, dans une magnifique édition.
Mireille Mousnier
Georges Duby, textes réunis et présentés par Philippe Braunstein, n° spécial d’Études rurales, n° 145-146, janvier-décembre 1997 (paru en 1999), 184 p., 199 F.
Désormais quadragénaire, la revue Études rurales célèbre son co-fondateur, Georges Duby, dans un recueil mêlant entretiens et discussions, témoignages (Isac Chiva, Pierre Lamaison, Jean-Dominique de La Rochefoucauld) et contributions nouvelles revenant sur des thématiques abordées peu ou prou par l’Académicien. Les interventions de Duby dans les tables rondes avec les géographes à Lyon (en 1954) ou au Collège de France (en 1978), déjà publiées et connues, laissent un sentiment mitigé. Si l’on ne boude pas son plaisir à relire des textes efficaces sur le rôle de l’outillage, l’évolution de la réserve domaniale et la réduction des corvées ou la stratification paysanne, sur le champ ouvert à l’histoire des représentations face à l’histoire économique, sur la validité des notions d’individu et de groupe, les éléments livrés ici sont dispersés et parfois réducteurs par rapport à la riche production de Georges Duby. L’intérêt réside davantage dans la vivacité des dialogues avec les géographes par exemple (p. 54-57), dont on mesure rétrospectivement la nécessité (mais qui s’en étonnera ?) : en matière d’alimentation, de démographie, d’exode rural et de migrations, les préoccupations se rejoignent fortement. De même, philosophes et historiens poursuivent des échanges fructueux sur le sens de la réflexion historique, l’interdisciplinarité, le symbolique, la réalité et l’imaginaire (cf. Michel de Certeau, en 1978).
Parmi les thèmes récurrents des auteurs appelés à s’exprimer sur les pistes ouvertes par Duby, on retiendra particulièrement l’assolement triennal (avec toute la déclinaison des rotations culturales possibles) et les techniques agraires. Car les aspects sociaux restent au second plan, si ce n’est par le biais de l’alleu paysan dont Laurent Feller retrace la fortune – ou l’infortune – historiographique depuis Duby ; l’historien du Mâconnais le voyait plutôt renforcé par la seigneurie banale, comme en Italie où les recherches postérieures ont montré que l’incastellamento a profité aux gros alleutiers. C’est davantage en revisitant le concept de « révolution agricole » développé par Georges Duby que Werner Rösener s’arrête sur les grands acquis de « l’histoire rurale de l’Europe médiévale », principalement à l’aide de l’historiographie allemande. Il fait de l’accroissement des rendements agricoles le préalable à l’envolée démographique et à l’urbanisation, de la diffusion de l’assolement triennal (considéré dans ce cas de façon un peu trop monolithique) une clé du changement des structures agraires. La « libération des contraintes » (tels le renforcement du droit de propriété et la disparition des corvées qui marque la « victoire des paysans aux xiie-xiiie siècles »), le développement d’une économie domaniale en régie directe et le mouvement irréversible vers un système économique fondé sur la rente foncière seraient au cœur des explications du renforcement de la capacité économique des unités paysannes.
En outre, le fait qu’on ne peut aujourd’hui tout attribuer à des innovations techniques spectaculaires, mais plutôt à une utilisation accrue de techniques connues, revient chez Rösener comme chez Georges Comet (« L’équipement technique des campagnes »). Autant pour le moulin que pour l’attelage, la charrue ou la herse, l’absence de rupture entre Antiquité et Moyen Âge est le primat, reléguant les « révolutions » de l’An Mil aux oubliettes de l’Histoire ! La tendance actuelle consiste plutôt à considérer les techniques et les systèmes de production agraire dans leur ensemble et à redonner sens à la diversité. Compte tenu de l’intérêt que Duby avait eu pour les Visites générales des 33 commanderies hospitalières du grand prieuré de Saint-Gilles (1338), dans le domaine de l’histoire des corvées, des techniques et des rendements, il était inévitable que Benoît Beaucage revienne sur le sens de ce document exceptionnel pour l’histoire des Alpes du Sud. Le replaçant dans le contexte primordial du devoir d’assistance (presque 300 pauvres assistés trois fois par semaine) et d’hospitalité (plus d’une centaine de visiteurs de marque) qu’assurent les 600 frères et donats de l’Ordre, il donne toute sa valeur au maintien du faire-valoir direct, qu’on peut prouver rentable (en matière viticole par exemple, compte tenu des bons prix du vin), avec de faibles coûts d’exploitation, et qui est nécessaire à l’approvisionnement de ce millier de « nourris ». Il démonte surtout les pratiques concurrentes de la rotation biennale (avec « restouble » ou non en blés de printemps) et d’un assolement à double jachère (terre en jachère 2 ans sur 3), qui a souvent été pris jusque-là pour un assolement triennal du fait de semailles en restouble sur une partie des jachères. Dans une optique comparable, Mathieu Arnoux identifie toute la gamme possible de rotations élaborées dans les cultures céréalières (que ce soit en Angleterre, en Italie ou en Normandie), notamment à partir de la fin du xiiie siècle : les blés de printemps semblent y constituer l’objectif prioritaire de la culture, depuis la classique avoine jusqu’aux cultures plus complexes des pois et des vesces. Il insiste sur la nécessaire prise en compte d’un élevage indissociablement lié au système de culture céréalier et sur la révision de la notion de pratiques collectives d’assolement, dont aucune trace valide n’existe pour le Moyen Âge. Voilà, en somme, un numéro revigorant et qui en appelle d’autres, peut-être cette fois sur la société paysanne elle-même.
Ghislain Brunel
Philippe Maurice, La Famille en Gévaudan au xve siècle (1380-1483), Paris, Publications de la Sorbonne, 1998, 577 p., 200 F.
Malgré des sources abondantes pour les trois derniers siècles du Moyen Âge, le Gévaudan, au centre du Languedoc « montagnard », apparaissait jusqu’à présent comme largement délaissé des médiévistes depuis le début du xxe siècle. Philippe Maurice, en publiant le texte remanié d’une thèse soutenue à l’université de Tours en 1995, comble donc – et magistralement – la lacune que nous évoquions à l’instant. Appuyant son travail sur le dépouillement d’une masse considérable de registres notariés gévaudanais et de registres du Trésor des Chartes ainsi que sur une enquête prosopographique approfondie, l’auteur brosse dans ce fort ouvrage de près de 600 pages un tableau riche et diversifié de la famille dans le diocèse de Mende durant les années 1380-1480. Les méthodes mises en œuvre pour aborder cette histoire sont diverses. Au-delà du recours aux outils classiques de l’historien, Philippe Maurice s’ouvre largement aux autres disciplines des sciences humaines, appelant constamment en renfort la sociologie, l’anthropologie et l’ethnologie. L’auteur use aussi abondamment de la statistique, sans doute un peu trop parfois. Si l’érudition est solide et si les méthodes sont variées, les angles d’attaque de la problématique sont, eux aussi, multiples.
Après une classique présentation des sources, Philippe Maurice débute son livre par une partie (« Famille et démographie ») consacrée à la démographie du Gévaudan durant le dernier siècle du Moyen Âge. Il y met en évidence, en s’appuyant largement sur des données chiffrées, toujours discutables évidemment (l’auteur le souligne lui-même) mais qui ont le mérite d’exister, les reculs et progrès de la population ainsi que les causes qui président à ceux-ci dans une période du Moyen Âge particulièrement sensible de ce point de vue. Très prisé dans les années 1960-1970, ce genre d’exercice est devenu aujourd’hui, en ce temps de désaffection pour l’histoire sociale et économique du Moyen Âge, des plus rares. Philippe Maurice renforce donc, et de façon fort efficace, les données déjà disponibles pour la démographie tardimédiévale du royaume de France. Il s’agit là d’une belle pierre apportée à l’édifice.
Dans une seconde partie (« Famille et parenté »), l’auteur analyse de façon poussée les mécanismes qui régissent le fonctionnement de la famille à la fin du Moyen Âge en Gévaudan. S’appuyant sur les exemples précis que lui offre sa remarquable base de données prosopographiques, il présente tout d’abord, bien sûr, les structures familiales (famille nucléaire, famille souche, frérèche), en insistant sur le rôle des communautés conjugales et surtout familiales et en mettant en avant le rôle du père du père de famille, chef du foyer. Il aborde aussi ce qui au cœur de la vie et du renouvellement des familles : les pratiques successorales et les stratégies matrimoniales. On voit, enfin, comment se positionnent, face à la société et à la parentèle, presque en marge de la famille, le veuf et la veuve, l’enfant orphelin ou illégitime.
Ces derniers thèmes offrent une heureuse transition vers la troisième et dernière partie de l’ouvrage (« La famille et la société »). L’auteur, à l’évidence nourri des travaux des rencontres d’anthroponymie d’Azay-le-Ferron, y propose tout d’abord un chapitre très documenté sur la manière de nommer. Philippe Maurice aborde ensuite le problème de la sociabilisation des familles au travers de leurs manifestations de piété et de leurs pratiques caritatives. Le problème du positionnement social et de l’ascension sociale des familles sont au cœur des derniers chapitres de ce livre. Ils évoquent les stratégies mises en œuvre par les familles de notables – surtout mendois – pour mettre en place des réseaux de pouvoirs tant dans le domaine civil que religieux et le rôle que peuvent jouer formation professionnelle et formation intellectuelle dans ceux-ci. Alors que la bourgeoisie urbaine est une force qui s’impose, les clans familiaux sont pris dans un jeu très complexe de ruptures et de solidarités au centre duquel on trouve, bien sûr, les alliances matrimoniales. L’analyse, dans la droite ligne du Carnaval de Romans d’Emmanuel Le Roy Ladurie, de la révolte de 1468-1469 opposant le parti de l’évêque de Mende, de la famille rouergate de La Panouze, aux partisans du consulat, est, à ce titre, révélatrice de l’ambivalence des rapports qu’entretiennent les « oustaux » qui comptent alors, à Mende et dans le diocèse. Enfin, un volumineux dossier d’annexes (biographies de notaires, biographies de chanoines de Mende, notes sur les prix et les monnaies, liste des confréries de Mende, etc.) achève cet ouvrage qui, bien que préparé dans des conditions extrêmement difficiles sur lesquelles nous ne reviendrons pas – d’autres et l’auteur-même l’ont fait avant nous –, apparaît comme un ouvrage de référence sur la famille à la fin du Moyen Âge, bien au-delà du simple Gévaudan.
Pierre-Yves Laffont
Paul Delsalle et André Ferrer (éd.), Les Enclaves territoriales aux Temps Modernes (xvie-xviiie siècles), Besançon, Presses Universitaires Franc-Comtoises, 2000, 448 p, 180 F.
Cet ouvrage constitue les Actes d’un colloque tenu à Besançon en octobre 1999. Il réunit 22 communications, 16 d’entre elles étudient des exemples nationaux et 6 s’intéressent à des cas européens. Pour la France, les provinces orientales (Alsace, Franche-Comté et Bourgogne) se taillent la part du lion, ce qui s’explique par la localisation même de la manifestation. La diversité régionale n’est pas pour autant occultée puisque plusieurs contributions permettent d’observer des exemples normand, pyrénéen ou encore rhodanien. Mais l’enclave – les organisateurs de cette manifestation ne l’ont pas oublié – est une réalité européenne sous l’Ancien Régime, c’est pourquoi une série d’articles élargit dans ce but la perspective à la proche périphérie française à partir d’exemples suisse, luxembourgeois, hollandais et italien. La volonté d’éviter une vision trop franco-française du phénomène mérite d’être saluée car en replaçant l’enclave dans un contexte extra-national, les organisateurs se préservent de tout « effet-loupe » si néfaste à une réflexion historique globale. Il faut le préciser, plusieurs communications traitent des difficultés agro-sylvo-pastorales nées des enclaves, ce qui ne manquera pas de satisfaire les attentes de l’historien ruraliste.
Si le colloque avait initialement pour but de mieux définir ce que pouvait être une enclave territoriale avant 1789, force est de constater qu’au terme d’une lecture approfondie du livre, il est bien difficile, sinon impossible, de proposer une réponse définitive. Le constat ne peut être, bien entendu, imputé aux organisateurs ; il procède tout simplement d’une constante historique, celle de la diversité omniprésente des sociétés et des États de l’Époque moderne. Comme le fait très justement remarquer dans sa conclusion Maurice Gresset, des enclaves, il y en a « de toutes les sortes ». Le lecteur ne pourra donc se forger une « intime conviction » à la lecture de ces actes. En revanche, il comprendra, outre le caractère polysémique du mot, les mécanismes et les enjeux (nombreux) qui président à leur création et à leur maintien. Quatre interrogations majeures peuvent néanmoins être dégagées pour rendre le thème étudié plus lisible au néophyte. En premier lieu se pose la question de la perception de l’enclave, à la fois par ceux qui l’habitent et par ceux qui l’encerclent. La distinction opérée dans les esprits se matérialise-t-elle obligatoirement sur le terrain par des limites physiques dûment reconnues ou bien sommes-nous en présence de confins poreux ? Nombre de communications abordent également les enjeux économiques liés à l’existence d’enclaves au sein d’entités politiques plus vastes afin de savoir si les échanges s’en trouvent forcément entravés. Pour terminer, l’enclave constitue-t-elle un retranchement, un « kyste » territorial que le voisin n’aurait de cesse de voir disparaître au nom de la raison d’État ?
Une certitude s’impose d’emblée, celle qui consiste à voir dans l’enclave une relique féodale le plus souvent pérennisée par les réformes administratives des États modernes. Les « terres communes » situées autour de Marville et d’Arrancy, par exemple, correspondent à des ensembles territoriaux constitués au xiiie siècle en raison des rivalités permanentes entre les principautés barroise et luxembourgeoise (Jean-Marie Yante). En Normandie, l’enclave demeure le témoin des terres gagnées par l’aristocratie à l’époque des ducs (Jean-Marie Vallez). Ultérieurement, les généralités créées dans les années 1630 n’ont fait qu’absorber, sans les effacer, ces territoires, ce qui posait de multiples problèmes aux autorités désireuses de poursuivre les contribuables indélicats. Le droit féodal conforte encore un peu plus la vision d’une origine médiévale du