Accueil Revues Revue Numéro Article

Histoire & Sociétés Rurales

2001/2 (Vol. 16)


ALERTES EMAIL - REVUE Histoire & Sociétés Rurales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 269 - 277 Article suivant

Anne Terroine et Lucie Fossier (éd.), Chartes et documents de l’abbaye de Saint-Magloire. Tome i : fin du xe siècle-1280, Paris-Turnhout, cnrs Éditions-Brépols, « Documents, études et répertoires publiés par l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes », 1998, 631 p.

1

Du xiiie siècle parisien, une infime partie des sources textuelles a été publiée et rendue disponible à la recherche ; encore s’agit-il de travaux quasiment centenaires. Sans remonter jusqu’à Benjamin Guérard et son édition (en 1850 !) du cartulaire de la cathédrale Notre-Dame, c’est cependant en 1894 que Léon Brièle donne ses Archives de l’Hôtel-Dieu de Paris d’avant 1300, entre 1912 et 1921 que Joseph Depoin livre les chartes des clunisiens de Saint-Martin-des-Champs, en 1909 et 1930 que s’y ajoutent celles de Saint-Germain-des-Prés (pour la seule période antérieure à 1226). Aussi doit-on apprécier à sa juste et grande valeur l’achèvement de la publication des chartes de l’abbaye de Saint-Magloire de Paris, dont le premier tome clôt à rebours une entreprise débutée en 1966 (tome ii : 1280-1330, 418 numéros) et poursuivie en 1976 (tome iii : 1330-1436, 375 numéros) par un duo de savantes qui y ont consacré toute une vie. Au bout de plus de trente années de labeur, voici 1 100 documents désormais accessibles, le premier volume livrant 17 numéros (dont plusieurs actes faux ou suspects) pour les xe-xie siècles, 45 pour le xiie siècle et 217 pour les années 1201-1279 : surreprésentation époustouflante du siècle de Saint Louis, qui est assez inhabituelle dans les chartriers ecclésiastiques de l’Île-de-France ou de la Picardie. On dispose donc d’une édition parfaite, munie d’une centaine (!) de pages d’index des noms de personnes et de lieux (mais sans index des matières), aux identifications impeccables [1][1] J’ose à peine signaler que Michel, doyen du chapitre.... Elles sont complétées par de très nombreuses notes incorporées aux textes des actes et rédigées à partir de sources originales tirées des chartriers ecclésiastiques, des fonds de la Chambre des Comptes de Paris et de la Maison du roi (propriétés versaillaises obligent). Sur les analyses des textes, claires et détaillées, il n’y a aucune critique à faire. J’évoquerai seulement la traduction excessive du terme ybernagium par méteil (actes n° 81, 82, 101, 116, 175 et 176), à laquelle on préférera l’expression « blé d’hiver » (employée dans l’analyse de l’acte n° 85), puisque cet « hivernage » (froment ? seigle ?) est chaque fois clairement opposé à l’avoine.

2

Mais revenons à Saint-Magloire. D’abord installées par le père d’Hugues Capet dans son palais de la Cité, les reliques du saint évêque de Dol venues de l’abbaye de Léhon (près de Dinan) gagnent la rive droite de la Seine et la rue Saint-Denis, à l’actuelle intersection du boulevard de Sébastopol et de la rue Rambuteau. Au xiie siècle, le monastère abandonne ses ancrages bretons au profit de Marmoutier, qui lui rétrocède des biens franciliens, telle sa domus de Versailles (cf. appendice n° i, sur l’histoire de l’abbaye, p. 509-525). Favorisée par les sires de Montfort (l’Amaury) et de Versailles, Saint-Magloire n’aurait pas compté plus d’une quinzaine de religieux mais tirait d’amples ressources autant de ses biens parisiens que de ses domaines ruraux situés à Charonne, en Brie (autour de Villiers, près de Machault, en Seine-et-Marne) et en Yveline. Sur ce patrimoine, de nombreuses sources sont conservées dans le chartrier entreposé aux Archives nationales et dans deux cartulaires, le manuscrit latin 5413 de la Bibliothèque nationale et le registre ll 39 des Archives nationales. Titres et contrats ont été rédigés presque exclusivement en langue latine pour la période antérieure à 1280, ce qui traduit à coup sûr une faiblesse des rapports avec la petite chevalerie environnante, une classe sociale qui joue toujours un rôle moteur en matière de diffusion du français dans les chartes du xiiie siècle. De fait, après 1200, on compte à peine 16 chartes laïques sur 217 numéros, et les deux seuls actes en français, qui datent de 1258 (n° 196) et de 1273 (n° 255), émanent des prévôts de l’évêque de Paris et du garde de la prévôté royale de Paris, non pas de chevaliers : l’insertion de l’abbaye est plus forte à Paris même qu’en rase campagne…

3

Malgré ses lacunes chronologiques (un xiie siècle très faiblement présent) et son orientation urbaine, le chartrier de Saint-Magloire offre un bon condensé typologique et thématique de la documentation textuelle de l’époque. La seule charte-partie du corpus date du xiie siècle (acte n° 32, en 1141) et elle n’est reconnaissable qu’à sa devise portée au bas de l’original, car rien ne la signale dans la teneur de l’acte ; comme nombre de chirographes également, il s’agit d’un contrat économique, un bail de moulin, avec une clause classique de réserve climatique (en cas de mauvais temps) et politico-militaire (en cas de guerre), qui autorise le transfert du lieu de versement du montant du bail depuis Blancmesnil (Seine-Saint-Denis) à Saint-Denis ou Paris. Quelque temps après apparaissent, au détour du texte latin, des mots français caractérisant les pratiques agricoles ou les techniques, comme ces escharaz (échalas) des vignes et les harz (branches d’osier) servant à l’assemblage des pièces de charrue (n° 51, en 1189). Enfin, si les archives conservées par l’établissement s’accroissent au début du xiiie siècle, c’est que l’on recoure plus fréquemment aux chartes des archidiacres (des diocèses de Paris et de Chartres) – ou de leur official –, puis à partir de 1232, et surtout dans les années 1240-1250, aux chartes de l’officialité des évêques de Paris, qui se succèdent à un rythme inégalé et supplantent l’écrit des autres autorités validatrices.

4

Nous n’entrerons pas ici dans le détail de la gestion du patrimoine parisien, qui n’est pourtant pas rien : maisons, rentes immobilières et vignes des environs de la capitale, achetées, échangées, arrentées, etc. Par ailleurs, compte tenu du type de monastère et de son enracinement urbain, il n’y a pas à s’étonner du peu d’informations intéressant directement le statut des hommes : relevons quelques partages de descendances des membres des familiae (jamais qualifiées de servi) entre le monastère et le roi de France, réservés au xiie siècle (n° 31, en 1139, et n° 36 en 1152), et une charte de coutumes isolée, relative aux hôtes de la Brie (n° 34, en 1147), fixant redevances monétaires et en nature, les trois corvées annuelles, la division des amendes par trois ou quatre, mais évoquant aussi la possibilité d’un affermage du champart à des laïcs. Le tout est à compléter d’une maigre récolte de testaments : ceux d’aristocrates, le chevalier Gilles de Versailles (n° 145, en 1243) et le seigneur de Chevreuse (n° 217, en 1263), celui d’une riche parisienne, Geneviève de Saint-Magloire (n° 162, en 1247), et celui enfin d’un chanoine, maître Guillaume de Chennevières (n° 262, en 1276), passé à Viterbe !

5

S’agissant des droits et des possessions foncières dans le plat pays, le plus frappant reste le nombre de compromis opérés à propos des dîmes, et au premier chef lorsqu’il s’agit d’essarts. Le phénomène ne concerne pourtant pas la période fétiche des défrichements qu’est le xiie siècle, mais la première moitié du siècle suivant, favorisée par les sources du fait de la nouvelle législation en matière de dîmes novales prônée par le 4e concile du Latran (« super decimis novalium factorum a tempore Lateranensis concilii novissime celebrati et decetero faciendorum », n° 116, en 1232). Enquêtes, procès, arpentage des dîmages révèlent un essor continu de l’agriculture qui n’a rien à envier au temps de saint Bernard. Débutant avec le défrichement seigneurial d’un petit bois monastique, qui devient alors redevable du champart (acte n° 74, en 1211), la série documentaire s’étoffe grâce aux litiges avec les curés paroissiaux et les autres monastères, litiges souvent réglés par l’intervention arbitrale des doyens ruraux (de Mantes ou de Poissy), qui connaissent bien leur monde (actes n° 83, 93, 100, 108, 116, 124, 128, 135, 137, 143-144, 171 et 176, datés d’entre 1217 et 1254). Les affaires de dîmes et de patronages d’églises nécessitent en outre des enquêtes contradictoires où défilent quantité de témoins : le conflit de Saint-Magloire avec un prêtre sur la présentation à la cure des Essarts le Roi (Yvelines) amène ainsi à la barre 7 moines, 6 prêtres ou clercs, et 25 laïcs qui reflètent les clivages clientélistes au sein de la paroisse (n° 61, en 1198) !

6

Beaucoup d’autres secteurs de la vie sociale et économique bénéficieront de l’apport de cette édition de grande qualité qui renouvellera, soyons-en sûrs, notre compréhension du Paris et de l’Île-de-France d’avant Philippe le Bel.

7

Ghislain Brunel

Henri Dubois (dir.), Un Censier normand du xiiie siècle. Le livre des jurés de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen, édité sous la direction d’Henri Dubois par Henri Dubois, Denise Angers et Catherine Bébéar, Paris, cnrs Éditions, coll. « Documents, études et répertoires », 61, 2001, 482 p., 490 F.

8

Le censier dont il est question ici n’est pas n’importe quel inventaire foncier du xiiie siècle : largement utilisé par Léopold Delisle qui en publia dès 1851 de larges extraits dans ses Études sur la condition de la classe agricole et l’état de l’agriculture en Normandie au Moyen Âge, il s’agit de l’un des plus célèbres et l’un des plus intéressants documents de ce type pour l’histoire de la Normandie médiévale. L’édition de ce gros volume de parchemin connu sous le nom de « Livre des Jurés de Saint-Ouen », actuellement conservé aux Archives départementales de la Seine-Maritime, était donc très attendue, d’autant qu’elle était régulièrement annoncée… depuis 150 ans !

9

Ce beau livre, élégamment relié, débute par une assez courte introduction d’Henri Dubois (17 pages) destinée à présenter le document. Celui-ci est constitué d’un censier principal comprenant 51 folios et de plusieurs adjonctions postérieures des xiiie, xive et xve siècles. Vient ensuite, sous la plume de Denise Angers, une analyse codicologique rigoureuse et passionnante qui montre comment le censier principal fut rédigé à partir d’enquêtes effectuées selon le principe de la « jurée » dans les domaines de l’abbaye, entre 1289 et 1302. Cette entreprise de longue haleine ne paraît pas avoir été achevée, puisque certains domaines ne figurent pas dans le volume. Elle résulte cependant d’un travail considérable qui témoigne de l’existence d’une administration monastique méticuleuse, soucieuse de se munir d’outils de gestion aussi efficaces que faciles à utiliser. Nul doute que les historiens ruralistes – et pas seulement les médiévistes – seront nombreux à utiliser cette édition tant les informations contenues par le manuscrit sont nombreuses. Le censier principal contient les descriptions de 51 domaines ruraux dont 49 en Normandie, un autre en Soissonnais (Sancy-les-Cheminots), et un dernier en Lorraine (Vaux-aux-Moines). Dans chaque domaine, les enquêteurs ont obtenu des déclarations « jurées » de la part d’un certain nombre de témoins assermentés. Les descriptions énumèrent les biens du domaine – ou réserve – puis les tenures avec les services et les redevances qui y sont liés. On y trouve ainsi une foule de renseignements sur l’organisation et l’évolution de la seigneurie rurale normande. Comme l’avait déjà noté Lucien Musset, la réserve y apparaît souvent réduite à fort peu de choses. Conservateur par nature, le censier nous livre ensuite une image relativement figée des types de tenures, les enquêteurs ayant cherché à classer les tenures en vavassories, bordages et villainages. La mention de terres tenues « a ferme dans letre » (p. 81) témoigne cependant de la diffusion de nouvelles formes de faire-valoir. On y rencontre également de très nombreux détails sur les systèmes de cultures, les rentes en nature, les plantes cultivées, les paysages, et bien évidemment sur les sociétés rurales de la Normandie médiévale. Rédigés pour la plupart en français, ces inventaires constituent également une source de tout premier ordre pour les toponymistes, les anthroponymistes, mais aussi pour l’ensemble des linguistes. On regrettera tout de même que certaines précisions chronologiques données par le texte n’aient pas été explicitées d’une façon ou d’une autre : ainsi, aux pages 77 et 80, il est question d’événements s’étant déroulés du temps de l’abbé Sanson et de l’abbé Jean. Une simple note de bas de page, à défaut d’une liste des abbés de Saint-Ouen de Rouen livrée en annexe, aurait pu préciser au lecteur les termes chronologiques de ces abbatiats.

10

L’ouvrage comprend à la suite du texte du manuscrit plusieurs annexes utiles : quatre planches photographiques en couleur permettent au lecteur de mieux se rendre compte de l’aspect matériel du document. Vient ensuite un glossaire des termes techniques, riche de près de 400 définitions, réalisé avec la collaboration de René Lepelley qui compte parmi les meilleurs spécialistes de dialectologie normande. On pourrait, bien évidemment, pinailler sur le sens exact de certains termes (c’est le cas de « haie » qui ne désigne plus systématiquement, à cette époque, un bois en défend ; de « l’avaine » qui n’est pas forcément une terre en friche devenue labour mais qui peut être une simple tenure cédée moyennant une rente en avoine ; ou de la « bouverie » aussi bien tenure que petit bâtiment destiné à abriter animaux et réserves) il n’en reste pas moins que ce glossaire rendra service à tous les lecteurs. Le livre se termine par deux indices, l’un pour les noms de lieux, l’autre pour les noms de personnes. S’il y a peu de choses à dire du second, on peut toutefois relever dans le premier – mais qui peut affirmer avoir un jour réalisé un index irréprochable ? – quelques erreurs d’attribution ainsi que plusieurs omissions. Mais le principal reproche à formuler à cet ouvrage est de ne pas comporter d’index thématique, si utile au chercheur lorsque la publication d’une source aussi volumineuse n’est pas doublée par une édition numérique permettant des recherches et des tris tous azimuts. On sait qu’il s’agit là d’un travail long et fastidieux, mais tellement apprécié des lecteurs !

11

Ces quelques remarques ne doivent bien évidemment pas nous faire oublier l’essentiel : l’ouvrage publié par Henri Dubois et son équipe met enfin à la disposition de tous les chercheurs une source fondamentale pour l’histoire des campagnes de la Normandie médiévale. On ne peut donc que les en remercier tant il ne fait aucun doute que cette édition servira longtemps aux chercheurs d’aujourd’hui comme à ceux de demain.

12

Christophe Maneuvrier

Robert-Henri Bautier et Janine Sornay, Les États de la maison de Bourgogne, vol. i, Archives centrales de l’État bourguignon (1384-1500). Archives des principautés territoriales. Fascicule 1 : Les principautés du Sud, 2 : Les principautés du nord (supplément), Paris, cnrs Éditions, « Les Sources de l’Histoire économique et sociale du Moyen Âge », 2001, 782 p., 490 F.

13

Heureux historiens des pays bourguignons ! Dix-sept ans après la publication du fascicule 2 qui traitait des principautés du Nord, voici enfin le fascicule 1 portant sur les principautés du sud : duché de Bourgogne et comté de Bourgogne, avec la seigneurie de Salins qui s’étend en partie sur la Haute-Alsace et le comté de Ferrette. Ces deux fascicules – plus de 1 500 pages au total ! – constituent donc le premier volume de l’inventaire des archives des États de la Maison de Bourgogne, lequel fait lui-même suite aux trois volumes consacrés aux archives de Provence, du Comtat Venaissin, du Dauphiné, et des États de la Maison de Savoie, publiés entre 1968 et 1974. Cette extraordinaire entreprise de dépouillements et d’inventaires, effectuée le plus souvent sur les pièces elles-mêmes, a permis de rassembler une documentation dispersée dans de nombreux fonds d’archives : Bibliothèque nationale, Archives nationales, Archives générales du Royaume et Bibliothèque royale de Bruxelles ; Archives départementales du Nord, du Pas-de-Calais, de la Côte-d’Or, du Doubs, Bibliothèque municipale de Dijon et bien d’autres collections encore.

14

Ce gros « fascicule » commence par un inventaire des Archives centrales de l’État bourguignon (actes ducaux, actes de la chancellerie, registres des conseils, comptabilité ducale, comptes de l’hôtel, comptes militaires, etc.) ; viennent ensuite les archives du duché de Bourgogne avec en annexe des inventaires concernant le comté de Nevers, la baronnie de Donzy, les comtés de Rethel, de Tonnerre, de Mâcon et d’Auxerre ainsi que les châtellenies de Bar-sur-Aube et de Château-Chinon. Ces séries sont considérables, au point qu’il est impossible d’en donner un aperçu en quelques lignes. Signalons cependant ces extraordinaires archives comptables provenant des domaines, des châtellenies, des prévôtés mais aussi des vignes ducales, des eaux et forêts, des péages, des aides, etc., susceptibles de servir de matière première à de passionnantes études quantitatives. Plus connues, les très nombreuses « cerches de feux » n’ont sans doute pas fini d’être interrogées par les démographes de même que les belles séries de terriers des xive et xve siècles qui n’ont pas encore fait l’objet d’une étude d’ensemble. Enfin, il faut signaler que, parmi les riches archives du comté de Bourgogne, figurent les comptes du trésorier de Salins et les archives des sauneries de Salins, lesquelles contiennent bien d’autres pièces que le livre des rentiers et les célèbres cartulaires publiés il y a dix ans par l’université de Besançon.

15

L’ouvrage comprend ensuite un supplément au fascicule 2 (paru en 1984) réalisé par Michel Van Gent, grâce au concours de l’Instituut voor nederlanse Geschiedenis, qui porte sur les principautés de Hollande (p. 601-684), de Zélande (p. 685-704), et sur le duché de Gueldre tenu par Charles le Téméraire de 1473 à 1477 puis par Maximilien d’Autriche de 1481 à 1491 (p. 705-726). Il se poursuit par une « mise à jour » de ce même fascicule 2 qui comprend de nombreuses additions intéressant les comtés de Flandre, d’Artois, du Hainaut et de Namur ainsi que les duchés de Brabant, de Limbourg et du Luxembourg, avant de se terminer par une table analytique très détaillée. Ajoutons que ce beau livre relié toile comprend trois indispensables cartes de repérage. On aura compris qu’il s’agit là d’un outil de travail de très grande qualité, qui rendra d’immenses services à tous ceux qui seront amenés – et gageons qu’avec un inventaire de ce type ils seront nombreux ! – à travailler sur ces espaces. On attend donc avec un peu d’impatience (tout en sachant que ce genre d’entreprise nécessite beaucoup de temps) la publication annoncée du volume ii qui traitera des archives ecclésiastiques, parmi lesquelles celles de la principauté des évêques de Liège, des seigneuries épiscopales de Cambrai et Tournai et de la principauté des évêques d’Utrecht.

16

Christophe Maneuvrier

Michel Gautier (éd.), La Misère des paysans, de l’abbé François Gusteau (1699-1761), édition bilingue, introduction, traduction et notes, La Crèche, Geste Éditions, 1999, 103 p.

17

Michel Gautier met à la disposition des lecteurs linguistes, historiens, patoisants ou non, les textes poétiques écrits au xviiie siècle en poitevin-saintongeais par François Gusteau, curé de Champagné, puis de Doix, près de Fontenay-le-Comte (dans l’actuelle Vendée).

18

Cet homme instruit se fait l’intermédiaire de ses ouailles, paysans écrasés par le mépris et la cupidité des nobles et les tracasseries du pouvoir royal. Dans un long poème intitulé La Misère des paysans, il présente sous forme de dialogue en patois les revendications véhémentes de Denis et Lucas : accablés par la taille, dont ils ne peuvent s’acquitter, ils sont condamnés à payer des amendes par des juges et des procureurs et voient finalement leurs biens saisis par des huissiers. Les gens de guerre, ces manjoux, souvent oublieux qu’ils sont eux-mêmes des paysans, se nourrissent sur leur production. Mais ils craignent par-dessus tout les aprantis manjoux, écoliers du collège de Jésuites de la ville, des fripons qui, non contents de leur dérober noix ou raisins, prennent un malin plaisir à les ridiculiser. Leurs parents les soutiennent, et, quant à leurs maîtres, leur autorité est, selon les deux observateurs, bien peu efficace ! La véhémence du passage laisse à penser que l’abbé règle ici un différend avec ses prestigieux collègues et voisins.

19

Le principal reproche que font les deux paysans aux écoliers, c’est de s’être emparés d’un bien qui leur est cher pour les tourner en dérision : ils ont complimenté dans une parodie de patois, un galimatias mêlé de gascon, un noble personnage en visite, à qui ils ont osé demander des jours de congé ! En galvaudant ainsi leur patois, ils l’ont détourné de son usage légitime, celui-là même qu’en fait l’abbé Gusteau : utiliser le parler des paysans pour exprimer leurs revendications, et le faire accéder à la dignité de l’écrit. Dans ce rôle de porte-parole, le ton de l’abbé Gusteau est parfois surprenant de violence, comme dans ces invectives à l’huissier dont il verrait bien la carcasse servir d’épouvantail aux ajhaces (aux pies).

20

On constatera cependant que l’auteur ne prend jamais la parole lui-même, mais s’efface toujours derrière ses personnages : le procédé n’est pas nouveau, si l’on pense à la gente Poitevinerie (1572), dont les auteurs critiquaient la gabelle, les gens de guerre et la justice, aux Agréables Conférences en divers patois, mazarinades virulentes mettant en scène des paysans mais écrites par des hommes instruits, voire des lettrés, si l’on pense aussi aux milliers de vers de la Muse Normande, écrits en patois au xviie siècle par David Ferrand, porte-parole revendicatif du petit peuple rouennais, ou encore, dans le Rouen du xviiie siècle, au Coup d’œil purin, violent pamphlet contre les ministres de Louis XVI, mettant aussi en scène deux patoisants.

21

Mais ces auteurs, et Gusteau comme eux, tout solidaires qu’ils soient des opprimés, ne sont que des « intermédiaires » dans ces revendications qu’ils exposent et ne s’y impliquent pas complètement : la langue qu’ils utilisent, mode d’expression propre à faire sourire, en est la preuve. Quelle que soit, au fond, la misère des Pierrot, Colas, Denis ou Lucas, quand elle est exprimée en patois et abondamment ponctuée de Jharti, Vertugoe, Margoe (jurons surprenants sous la plume d’un prêtre, mais preuve qu’il s’efface complètement derrière les deux personnages), cette misère suscite moins la compassion du lecteur que son amusement. La violence du ton de l’abbé Gusteau est d’ailleurs atténuée par la pirouette finale de Lucas, souhaitant que chacun fasse son métier pour que les vaches soient bien gardées, et par celle de Denis, lui suggérant justement de retourner veiller sur elles… C’est la preuve in fine de cette distance prise par l’auteur vis-à-vis de ses personnages, et un message à ses lecteurs : « ils grognent, ils menacent, mais ils nous font rire, et finalement… ils savent rester à leur place » (ce qui se démentira quelque trente ans après).

22

Ce long poème est suivi de chansons sur le thème du mariage, empreintes d’un profond pessimisme et d’un soupçon de misogynie. Pour l’abbé Gusteau, le mariage est la fin de l’aisance, de l’indépendance et du bonheur : devenir époux, puis père, c’est connaître misère et soucis ; quant à la jeune épouse, si on lui offre un gâteau et des fleurs, c’est pour lui rappeler qu’il faut gagner son pain et que les fleurs se fanent comme les plaisirs… D’où ce conseil donné par Gusteau aux jeunes gens : « gardez le bachelage » (restez célibataires) !

23

Ces textes écrits dans une langue intéressante, parfois mêlée de français (mais quel patois n’est pas soumis à l’influence de la langue dominante ?) sont clairement et agréablement présentés, assortis d’une traduction volontairement près du texte (parfois un peu trop, ce qui peut laisser le lecteur dans l’embarras, même face au texte français) et complété par des notes utiles, dont on regrettera cependant qu’elles ne soient pas plus nombreuses. Le lecteur aimerait ainsi en savoir un peu plus sur certains termes comme chanpisserie, trescarpins, pendrellis… Le linguiste aura aussi un regret : que le texte ait été établi avec une graphie normalisée du patois, qui se substitue à celle adoptée par l’abbé : pourquoi par exemple, avoir graphié un r à la finale des mots que l’auteur écrit manjoux, voloux, joux, et ne pas l’avoir fait dans trjhou (toujours) ? On soupçonnera ainsi l’abbé d’à-peu-près dans la rime bunjhour / trjhou (p. 77) ! Il faut aussi souligner l’incommodité de la graphie de ce dernier mot, qui laisse perplexe sur sa prononciation : faut-il le lire tréjou ou terjou ? L’auteur l’écrit simplement trejous… Ce souci d’unification des graphies va même jusqu’à supposer des prononciations non notées par l’auteur : la forme notée comme palatalisée tu te pllens (p. 21), est écrite plens par Gusteau. Le lecteur soucieux d’authenticité regrettera de ne pouvoir observer et analyser l’orthographe originelle, reflet de la prononciation véritable de ces textes pleins d’originalité et de saveur.

24

Catherine Bougy

Laurent Coste (éd.), Un grand Seigneur de l’Entre-Deux-Mers sous la Fronde. Livre de raison de François Arthus le Comte, Créon, sahlc, 1997, 199 p., 180 F.

25

Histoire et Sociétés Rurales œuvre trop pour l’édition de sources pour ne pas signaler, fût-ce avec retard, la courageuse entreprise de la sahlc dont ce volume constitue la premier des Documents d’archives du Créonnais. Laurent Coste y présente les pages du livre de raison de François Arthus Le Comte, président à mortier au parlement de Bordeaux, qui couvrent les années 1648-1653. Conservé parmi le très riche fonds La Tresne des Archives municipales de Bordeaux, le document n’était pas inconnu et les Archives historiques du département de la Gironde en avaient publié des extraits en 1893. Faute de pouvoir reproduire la totalité du manuscrit, son éditeur a choisi d’en donner intégralement les années où retentissent les échos de la Fronde, en l’occurrence les années 1648 à 1652 car, curieusement, 1653 ne comporte qu’une mention de l’Ormée. En l’état, l’ouvrage présente un double intérêt pour le ruraliste. Il rappelle d’abord toute l’importance de leurs seigneuries pour les grands officiers des cours souveraines. Les revenus terriens représentent les deux tiers des rentrées d’argent des Le Comte et atteignent 80 % en 1648, 1650 et 1652. La seigneurie, avec son château soigneusement mis en valeur, complète la dignité du haut magistrat, elle conditionne largement son train de vie. Mieux, notre président règle certains créanciers avec des barriques de son cru, un vin que l’on débite également dans les tavernes. Le livre de raison ne permet pas d’analyser les dépenses journalières ordonnées par le majordome et l’intendant, il avoue en revanche comment la guerre civile frappe une viticulture déjà affaiblie par la pression fiscale qui conduit les métayers à devenir prixfaiteurs et le seigneur à régler leur taille. Sobrement annoté, le manuscrit, dont un folio a été reproduit (p. 100), est donné par année, la numérotation des articles recommençant à chaque exercice. S’il faut relever le souci de présenter au lecteur outre des cartes, des photographies de l’hôtel de Le Comte à Bordeaux et de son château de La Tresne, on doit signaler le glossaire établi par Anne du Vignau ainsi que la table des mesures, agrémentée de quelques exemples de prix. Cette édition, qui ne pouvait prétendre épuiser les enseignements du registre, s’offre déjà aux comparaisons et son intérêt appellerait des suites. La préface signale les autres livres de raison conservés dans le même fonds.

26

Christophe Blanquie

Frédéric Chauvaud (dir.), La Société agricole de la Vienne aux xixe et xxe siècles. Guide de recherche, La Crèche, Geste éditions, 2001, 331 p.

27

Fruit d’un travail d’équipe transdisciplinaire, réunissant des chercheurs de l’Université de Poitiers et des archivistes, ce guide est né d’un paradoxe : l’étonnant contraste entre la richesse des sources intéressant l’histoire agricole du département de la Vienne d’une part, l’indigence de la production historique récente sur le même sujet d’autre part. L’absence de grandes synthèses d’histoire régionale, la dispersion et la confidentialité des travaux monographiques, laissaient du coup la part belle au cliché d’un monde agricole poitevin arriéré et clos et, pour les périodes les plus contemporaines, à l’impressionnisme désincarné des séries de la statistique économique.

28

C’est donc avant tout l’envie de stimuler la recherche sur un pan méconnu de l’histoire d’un département ordinaire qui a convaincu Frédéric Chauvaud et ses collaborateurs de se lancer dans ce long et ambitieux projet. Qu’il soit étudiant, universitaire confirmé, agronome ou simple curieux, l’explorateur de ces territoires trop longtemps en friche trouvera là l’essentiel et même un peu plus. L’ouvrage répond en effet pleinement à sa vocation de « guide raisonné » : à savoir, qu’il ne se contente pas d’être un simple répertoire de sources manuscrites et de références bibliographiques. Il donne en plus au lecteur la possibilité d’inscrire ses centres d’intérêts dans les débats historiographiques du moment et dans les axes de réflexion les plus actuels de la recherche. Dans une première partie, intitulée « Agriculture et monde rural : état de la recherche » cinq spécialistes (en histoire contemporaine, géographie historique, droit rural, économie agricole, sociologie) font le point sur l’histoire de leurs disciplines respectives et en dessinent les grandes tendances. L’ensemble est inégalement limpide : chacun raisonnant, naturellement, avec ses propres outils conceptuels, le chercheur le moins polyvalent aura peut-être du mal à établir lui-même ses propres passerelles. Retenons néanmoins le panorama de Jean-Luc Mayaud, qui retrace les différentes phases de l’histoire rurale entre sa crise « anthropologique » des années 1960 et sa récente vitalité qui confine à l’émiettement. Soulignons surtout les appels de Jean René Trochet et d’Annie Guédez en faveur, l’un d’une « géographie historique rurale renouvelée » qui associerait l’étude des paysages du passé à celle des genres de vie, l’autre d’une sociologie du rural plus apte à prendre en considération l’émergence d’une société rurale diversifiée, habitée – avec l’irruption du temps partiel et des néo-ruraux – de nouveaux rythmes, de nouvelles sociabilités, de nouvelles valeurs.

29

L’ouvrage revient cependant vite s’ancrer à la réalité locale. Ainsi lorsque Dominique Guillemet évoque l’histoire des circonscriptions administratives de la Vienne héritées de la Révolution et constate l’attachement de l’opinion aux communes, apparemment contradictoire avec le regroupement volontaire de ces collectivités en territoires intermédiaires (communautés de communes, pays), plus propres à répondre aux besoins du développement rural. Une réflexion que Frédéric Chauvaud prolonge lorsque, dans son introduction et dans les « pistes de recherche», il s’interroge sur le choix des cadres géographiques de l’investigation (la région naturelle ? la circonscription administrative ?) et recommande de varier les échelles d’observation. Dans l’ultime division du Guide consacrée aux perspectives de renouvellement de l’histoire agricole poitevine, le même auteur suggère, en outre, quelques sujets possibles et jusque là délaissés (la société agricole face à l’industrialisation, l’étude d’une crise, la vie quotidienne des paysanneries à partir des archives notariales et judiciaires, la diffusion des savoirs par la presse, le rôle agronomique des Comices ou encore l’évolution du patrimoine et du paysage agricoles). Il manifeste aussi en faveur d’une histoire moins technicienne et plus individuelle, attachée à prendre en compte les « acteurs » de la vie agricole, de l’exploitant au responsable politique. Un parti pris micro-analytique qui l’entraîne à refuser les déterminismes dans une brève mais éclairante analyse cartographique des potentialités agricoles de la Vienne où l’on comprend que la zone est du département, la plus pauvre et la plus extensive, n’est pas pour autant condamnée à l’inertie et dispose d’autres atouts (la forêt, le tourisme vert, etc.).

30

Toutes ces remarques, denses et pertinentes, encadrent, nourrissent et donnent du sens au copieux inventaire des sources et à l’exhaustive bibliographie qui font de cet ouvrage un instrument de travail irremplaçable. Le premier, foisonnant, demandera au lecteur adepte de la monographie une lecture sans doute fastidieuse, faute d’un index topographique digne de ce nom (celui qui figure en fin de volume ne concerne que les parties rédigées). Il n’empêche : le travail force le respect par sa minutie qui ne laisse rien au hasard (le moindre titre de propriété est recensé !). La bibliographie ravira aussi le chercheur le plus blasé : les titres sont catalogués par entrées thématiques et sont suivis de la mention du lieu de conservation. Là encore, l’accessibilité à la documentation est facilitée par une opportune liste des travaux de maîtrise ou de doctorat, trop souvent ignorés en dehors des cénacles universitaires. La Vienne est ainsi prête à devenir le « laboratoire de recherche des situations ordinaires et des transformations lentes du monde agricole », selon le souhait de Frédéric Chauvaud. La proclamation ne prête nullement à sourire, si l’on croit, comme le revendique fort justement le même que l’histoire, n’en déplaise à certains, déploie son maximum d’inventivité dans le « local ».

31

Sébastien Jahan

Jean-Claude Malsy, Les Noms de lieu du département de l’Aisne, 3 tomes, 1999-2001, Champaubert, Jean-Claude Malsy et Société française d’onomastique, « Dictionnaire topographique de Picardie, i-iii », t. i (a-l), 1999, 596 p., t. ii (m-r) et iii (s-z), 2000, 843 p. (avec index final ; réédition entièrement corrigée et augmentée de la publication d’Auguste Matton, en 1871), 350 F, 259 F et 259 F (chez l’auteur, Le Clos Saint-Remi, 51270 Champaubert)

32

D’un dictionnaire topographique, on attend évidemment la localisation et l’histoire des noms qu’il répertorie, avec la succession de leurs formes anciennes (du latin au français actuel) et le contexte de leur apparition, afin de choisir à coup sûr la bonne identification d’un toponyme découvert sur un parchemin ou un vieux registre. En rééditant l’ouvrage de l’archiviste de l’Aisne Auguste Matton (1871), mais en le réactualisant et le corrigeant de fond en comble pour livrer quasiment 1 500 pages, Jean-Claude Malsy réussit un tour de force dont on connaît peu d’exemples en Europe. Mettant à profit l’expérience de toute une vie de linguiste et de toponymiste, l’élève de Michel Roblin a d’abord repris la généalogie des formes de chaque lieu, allant puiser des noms oubliés ou mal identifiés dans des sources de première main, narratives, hagiographiques et diplomatiques – la publication de celles-ci ayant fait des progrès considérables depuis Matton, cela va sans dire. Il n’a pas hésité à donner les formes anciennes dans leur contexte historique : s’agit-il du nom d’une église, d’un vicus, d’un village, d’une exploitation agricole, du qualificatif toponymique d’un homme ? ; et à ajouter les dédicaces paroissiales, voire celles des chapelles, totalement délaissées par Matton.

33

En parallèle de cet imposant travail de collecte et de tri, il a conduit une révision systématique des listes de biens d’églises figurant par dizaines dans les chartes impériales, royales et épiscopales, ou dans les bulles pontificales. Car Jean-Claude Malsy a réussi à en dégager la logique topographique, en misant sur la cohérence originelle de ces états de biens et en prenant soin de valider les évolutions phonétiques de ces vieilles formes. On trouvera donc dans son tome 2 un chapitre novateur sur les « Principes et méthodes de l’identification des noms de lieu » (p. 49-69), mis en pratique sine die à propos des temporels de l’abbaye Saint-Corneille de Compiègne aux ixe et xe siècles, des abbayes de Chézy-sur-Marne (1173-1174) et de Saint-Jean de Laon ou du prieuré de Saint-Sulpice de Pierrefonds, qui au xiie siècle encore dissimulent bien des difficultés. Il s’est attaché aussi à donner l’état le plus achevé des connaissances sur la configuration des ressorts mérovingiens et carolingiens qui forment le socle des évolutions ultérieures. Pagi et archidiaconés de Laon, Noyon, Soissons, de l’Orxois, de l’Omois (la région de Château-Thierry), du Tardenois ou du Binsonais (autour de l’actuelle Châtillon-sur-Marne) revivent en de véritables petits historiques, minutieux et convaincants, agrémentés de cartes qui truffent littéralement le dictionnaire. Malsy est toujours à la recherche de l’identification optimale, corrigeant et ajoutant d’un tome à l’autre ce que de nouvelles pistes ont pu lui apprendre : la carte du pagus de Laon (n° xiv du tome i, p. 531) est-elle ainsi rectifiée dans le deuxième volume (p. 43) avec des identifications de sites tirés d’un diplôme royal de 867 pour Saint-Denis, ce qui lui permet d’ajouter des lieux supplémentaires au dit pagus. Rectifiant les appellations devenues erronées par des approximations successives et l’oubli de leur sens premier, il démontre par exemple comment les clunisiens de Saint-Arnoul de Crépy-en-Valois étaient les détenteurs du village de Chézy, dit « en Orxois », du xiiie siècle jusqu’à maintenant, alors qu’il se trouve au contraire dans le pays d’Omois (qui dépend de Château-Thierry). Il prouve aussi que les moines de Saint-Arnoul ont englobé dans leur temporel un vieux site monastique cité en 833 dans le testament de l’abbé Anségise de Saint-Wandrille, Mallam monasterium, qui n’est autre que May-en-Multien, resté non identifié depuis des lustres (cf. tome i, p. 252-256, à propos de Chézy-en-Orxois).

34

Cloturé par 100 pages d’index et de formes anciennes classées dans l’ordre alphabétique, comportant plus de 40 cartes (un effort rare dans les dictionnaires topographiques), ce dictionnaire salué comme il se doit par ses préfaciers, Jacques Chaurand et Olivier Guyotjeannin, devrait devenir une référence majeure à la fois en matière d’histoire de la Picardie et de méthodologie toponymique.

35

Ghislain Brunel

Notes

[1]

J’ose à peine signaler que Michel, doyen du chapitre cathédral de Meaux en 1185 (n°49), et futur archévêque de Sens, est identifié à tort, d’après la Gallia christiana, comme le frère de l’évêque de Paris, Renaud Mignon de Corbeil, qui exerce dans les années 1250 ! Michel est plutôt issu d’un lignage chevaleresque de l’Orxois et du nord du Meldois – il est le frère des chevaliers Aubru d’Oulchy (Aisne) et Barthélémy de Thury-en-Valois (Oise) –, et il est connu pour ses attaches en Soissonnais entre 1169 et 1189.

Titres recensés

  1. Anne Terroine et Lucie Fossier (éd.), Chartes et documents de l’abbaye de Saint-Magloire. Tome i : fin du xe siècle-1280, Paris-Turnhout, cnrs Éditions-Brépols, « Documents, études et répertoires publiés par l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes », 1998, 631 p.
  2. Henri Dubois (dir.), Un Censier normand du xiiie siècle. Le livre des jurés de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen, édité sous la direction d’Henri Dubois par Henri Dubois, Denise Angers et Catherine Bébéar, Paris, cnrs Éditions, coll. « Documents, études et répertoires », 61, 2001, 482 p., 490 F.
  3. Robert-Henri Bautier et Janine Sornay, Les États de la maison de Bourgogne, vol. i, Archives centrales de l’État bourguignon (1384-1500). Archives des principautés territoriales. Fascicule 1 : Les principautés du Sud, 2 : Les principautés du nord (supplément), Paris, cnrs Éditions, « Les Sources de l’Histoire économique et sociale du Moyen Âge », 2001, 782 p., 490 F.
  4. Michel Gautier (éd.), La Misère des paysans, de l’abbé François Gusteau (1699-1761), édition bilingue, introduction, traduction et notes, La Crèche, Geste Éditions, 1999, 103 p.
  5. Laurent Coste (éd.), Un grand Seigneur de l’Entre-Deux-Mers sous la Fronde. Livre de raison de François Arthus le Comte, Créon, sahlc, 1997, 199 p., 180 F.
  6. Frédéric Chauvaud (dir.), La Société agricole de la Vienne aux xixe et xxe siècles. Guide de recherche, La Crèche, Geste éditions, 2001, 331 p.
  7. Jean-Claude Malsy, Les Noms de lieu du département de l’Aisne, 3 tomes, 1999-2001, Champaubert, Jean-Claude Malsy et Société française d’onomastique, « Dictionnaire topographique de Picardie, i-iii », t. i (a-l), 1999, 596 p., t. ii (m-r) et iii (s-z), 2000, 843 p. (avec index final ; réédition entièrement corrigée et augmentée de la publication d’Auguste Matton, en 1871), 350 F, 259 F et 259 F (chez l’auteur, Le Clos Saint-Remi, 51270 Champaubert)

Pour citer cet article

« Instruments de travail », Histoire & Sociétés Rurales 2/2001 (Vol. 16) , p. 269-277
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2001-2-page-269.htm.


Article précédent Pages 269 - 277 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback