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Histoire & Sociétés Rurales

2001/2 (Vol. 16)


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André Marbach, Recherches sur les instruments aratoires et le travail du sol en Gaule Belgique, thèse de doctorat d’histoire, Université de Metz, 17 mars 2001

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Jury : Jeanne-Marie Demarolle, professeur à l’Université de Metz (directeur de thèse) ; Alain Ferdière, professeur à l’Université de Tours, Georges Raepsaet, professeur à l’Université libre de Bruxelles (Président du Jury) ; François Sigaut, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.

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En introduction, André Marbach présente les points forts de son travail. L’objectif était de reconstituer les instruments de labour et d’étudier le travail du sol à l’époque gallo-romaine à partir d’un catalogue de 119 pièces métalliques d’instruments aratoires découverts en Gaule et en Germanie supérieure. Pour réaliser cet objectif, qui constitue la deuxième partie de la thèse – la première définissant les bases de la recherche et la troisième mettant en œuvre le matériel réuni – André Marbach a utilisé une méthodologie qui combine l’analyse poussée des pièces du catalogue sous l’angle typologique, métallographique et technique, et le recours à l’étude ethnologique qui lui permet de constater en particulier une grande stabilité dans le temps de certaines pièces d’araire et de retrouver certains des types d’araire encore en fonction au début du xxe siècle. Cette méthode amène André Marbach à proposer une modélisation du travail effectué avec les différents types d’araire et leur attelage. Il identifie en particulier deux types de charrue ambilatérale, l’un avec socs à lumières, l’autre à reille lanceolée, qui sont des types d’instruments aratoires susceptibles d’effectuer un retournement du sol, dont l’existence est attestée dès le iie siècle après J.-C. et l’utilisation rendue possible par l’existence, largement attestée par les études paléozoologiques, du gros bœuf « romain », nettement plus puissant que le bœuf indigène. La dernière partie du travail tente de cerner les pratiques du travail du sol à l’époque gallo-romaine et amène l’auteur à proposer l’hypothèse que le niveau de l’agriculture en Gaule-Belgique était vraisemblablement plus élevé qu’on l’admet généralement et, dans certains cas, proche de celui du Moyen Âge.

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Jeanne-Marie Demarolle, directeur de la thèse, évoque d’abord le parcours atypique d’André Marbach, pour qui la recherche en histoire ancienne marque une nouvelle étape, après une vie professionnelle. Elle souligne le mérite et la qualité de son travail : une enquête obstinée ayant permis de rassembler, pour la première fois, un catalogue raisonné de 119 pièces métalliques provenant d’instruments aratoires d’époque gallo-romaine. Grâce à sa culture technique et scientifique, André Marbach a pu mettre en œuvre une recherche pluridisciplinaire qui lui permet de faire œuvre pionnière en matière d’histoire technique et de proposer de nouvelles hypothèses quant au travail du sol et à l’histoire agraire grâce, en particulier, à la collecte de beaucoup de données inédites concernant l’archéologie des gestes et des usages. Jeanne-Marie Demarolle aurait cependant souhaité que l’auteur prenne plus en compte certaines démarches de la recherche historique. Elle regrette, en particulier, que l’auteur ne se soit pas plus intéressé aux sites de découvertes parmi lesquels on compte de nombreuses agglomérations secondaires.

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François Sigaut qui intervient ensuite félicite l’auteur, d’abord pour avoir choisi ce sujet ingrat, ensuite pour son travail de pionnier qui permet de disposer aujourd’hui d’un catalogue raisonné des pièces métalliques d’instruments aratoires souvent dispersées et oubliées. Ce catalogue comble une lacune criante depuis longtemps. Il souligne aussi la masse de faits concrets apportés par l’auteur qui sont de nature à renouveler le débat autour des instruments aratoires d’époque gallo-romaine. L’interprétation faite par l’auteur des socs à lumières et l’existence d’un instrument aratoire permettant le retournement sont des hypothèses de travail qui doivent être explorées de manière plus explicite. Il observe que l’auteur n’a pas assez « historisé » ses références techniques et émet également quelques critiques à propos de la précision du vocabulaire technique agricole utilisé par l’auteur. Il aurait également souhaité que les sources antiques soient citées avec le texte original et les traductions, leur utilisation s’avérant fort décevante.

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Alain Ferdière fait d’abord quelques commentaires sur la forme, en particulier sur le plan, déconcertant au premier abord, mais qu’il approuve au vu de la lecture du travail. Il considère que le catalogue qui constitue un des acquis principaux de ce travail, sera extrêmement précieux pour les recherches à venir. Il regrette l’absence d’une véritable critique des données archéologiques, en particulier des lieux de découverte et de la chronologie. Il souligne également l’imprécision de l’aire géographique concernée. Il remarque que l’analyse est particulièrement innovante par ses aspects techniques et métallographiques, ainsi que par les essais de modélisation qui permettent à André Marbach de présenter des hypothèses nouvelles quant aux caractéristiques de l’agriculture dans la partie septentrionale de la Gaule romaine. Il reste néanmoins réservé quant à certaines d’entre elles, à savoir, d’une part l’existence d’un instrument à retournement dès le milieu de l’époque gallo-romaine pour laquelle les sources iconographiques sont muettes et, d’autre part, l’existence d’une agriculture évoluée comparable à celle du Moyen Âge. Sur ce point, les arguments avancés ne sont pas, selon lui, toujours recevables, comme par exemple l’introduction du gros bœuf romain, déjà importé avant la conquête, et l’utilisation des sources iconographiques pour lesquelles se posent souvent des problèmes d’échelle.

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Georges Raepsaet qui intervient en dernier regrette d’abord la rareté des thèses d’histoire des techniques comme celle présentée par André Marbach. Il indique qu’il souscrit à plusieurs des remarques faites par ses collègues et insiste sur le travail d’analyse, de catégorisation et d’étude fonctionnelle réalisée et l’importance, dans ce type de travail, d’effectuer l’étude directement à partir de l’objet, comme l’a fait l’auteur. Il indique que l’auteur aurait pu utiliser, de façon plus importante, les informations de type chronologique ou provenant des contextes de découverte, ou les données obtenues par l’archéologie expérimentale (Butser Farm, Lejre) qui auraient peut-être permis d’argumenter plus longuement certaines hypothèses comme celle qui lie le retournement à l’utilisation du gros bœuf. Même si cette thèse n’emporte pas l’adhésion sur tous les points et en particulier sur l’existence de la charrue dès le Haut-Empire, elle est riche d’idées originales, susceptibles de relancer les études sur la question.

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Au terme d’une courte délibération, le jury a accordé à André Marbach le grade de docteur avec la mention « Très Honorable » et les félicitations du Jury à l’unanimité

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Jean-Paul Petit

Alain Champagne, L’Artisanat rural en Haut-Poitou (milieu xive-fin xvie siècle), thèse de doctorat d’histoire, Université de Poitiers, 20 novembre 2000, 667 p. (tome 1 : 297 p. ; tome 2 : 370 p. dont 139 p. de tableaux et de figures)

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Jury : Martin Aurell, professeur à l’Université de Poitiers (directeur de thèse), Monique Bourin, professeur à l’Université Paris i (rapporteur), Jean Chapelot, directeur de recherches au cnrs , Robert Favreau, professeur émérite à l’Université de Poitiers (président), Jean-Luc Sarrazin, professeur à l’Université de Nantes (rapporteur).

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L’originalité de la thèse d’Alain Champagne est de s’intéresser à un type social qui a, jusqu’alors, bien peu éveillé la curiosité des historiens et suscité assez peu de réflexions théoriques : l’artisan-paysan. L’auteur a bâti sa thèse sur un corpus de sources très diverses aveux, comptes de seigneuries, censiers, rôles de tailles, mais aussi archives judiciaires, plans et matrices cadastrales. Il y traque les données concernant l’artisanat en milieu rural et propose une synthèse des informations recueillies en trois grandes parties. Dans la première, « Pratiquer un artisanat en Poitou », Alain Champagne traite de la localisation des matières premières et des ateliers, ainsi que des conditions juridiques d’accès aux matières premières. Ensuite, il propose une étude démographique et socio-économique du monde des artisans (« Être un artisan en Poitou »). Enfin, la dernière partie, plus diachronique, inscrit l’artisanat rural du Haut-Poitou dans la conjoncture historique et économique qui suit la guerre de Cent Ans (« Facteurs de stabilité et aspects dynamiques »).

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Les membres du jury reconnaissent unanimement la nouveauté du sujet et de la réflexion menée par Alain Champagne et soulignent la grande qualité de l’illustration cartographique qui accompagne le texte. Martin Aurell note la clarté de l’exposé, la fermeté de la démonstration ainsi que le soin apporté à découvrir et analyser les documents. Pour lui, cette thèse montre que la documentation d’archives jette des lueurs sur des questions pour lesquelles les réponses sont habituellement recherchées exclusivement dans l’archéologie. Elle fait apparaître, en particulier, le fait que la forêt est le lieu de multiples crispations car elle fournit aussi bien des terres à défricher pour les paysans qu’une source d’énergie indispensable aux artisans. Son mérite est également de changer notablement notre perception du monde rural médiéval, puisqu’il apparaît que dans le Haut-Poitou des xive-xvie siècles, un cinquième de la paysannerie est impliquée dans les activités artisanales.

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Monique Bourin souligne le soin et la finesse déployées par Alain Champagne dans l’étude de ses sources, ce qui lui a permis d’en tirer des informations que bien peu avaient réunies et commentées. Elle a été très intéressée par le traitement des ressources naturelles, notamment par la différence précocement faite, dans les sources, entre l’accès domestique et l’accès « artisanal » au bois et note que le bilan fait par Alain Champagne de la gourmandise des usages domestiques, bien supérieure à celle des usages industriels est à retenir. Elle relève l’analyse qui est menée sur les différences de niveau social et la faible frontière qui est mise en évidence, dans ces campagnes, entre les acteurs de la production artisanale et ceux de la production agricole. Un point faible de l’argumentation est cependant signalé par Monique Bourin et Jean-Luc Sarrazin. Il leur semble difficile d’utiliser les censiers pour apprécier le niveau social des tenanciers qui y sont inscrits. En effet, qu’un artisan acquitte une somme modique de cens signifie qu’il possède peu de terres au village mais ne veut pas nécessairement dire qu’il est au bas de l’échelle sociale. De plus, il n’est pas possible d’évaluer l’éventail des fortunes par la répartition de la propriété fournie par les censiers. Car on ne peut supposer a priori que toute la fortune s’investit en même proportion dans la terre et les autres activités. Certains résultats archéologiques montrent, au contraire l’existence d’habitats aisés d’artisans sans grands bâtiments de stockage, parce qu’ils ont moins de terre que les paysans non-artisans. Jean-Luc Sarrazin relève la pertinence de l’étude des hiérarchies professionnelles et des stratégies familiales et se demande s’il n’aurait pas été possible d’aller plus loin dans la collecte des données sur les relations familiales. Il souligne que le cas particulier des verriers, dont le savoir-faire technique échappe aux ruraux et qui ont moins de points communs avec les paysans que les autres artisans des campagnes a fait l’objet d’une analyse précise dont on peut retenir qu’en Poitou, verrerie et noblesse ne sont pas systématiquement liées. Il signale également, avec Jean Chapelot, que l’étude de l’artisanat du bâtiment, et en particulier, celle de l’édification des maisons rurales à travers les baux de reconstruction, fournit les pages les mieux réussies de la thèse.

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Jean Chapelot note, quant à lui, quelques petites imperfections dans le glossaire, mais souligne les mérites du travail d’Alain Champagne qui a su contourner à la fois la faiblesse de la documentation écrite médiévale dans le Haut-Poitou pour la période étudiée et celle de la documentation archéologique sur ce sujet. Il aurait cependant souhaité que soit davantage évoqué ce que l’archéologie pourrait apporter pour faire avancer la réflexion sur l’artisanat rural médiéval afin de donner aux archéologues les cadres intellectuels leur permettant d’intégrer leurs découvertes à venir dans une problématique historique. Enfin, Robert Favreau relève qu’il est traité quasi exclusivement des métiers relatifs à la construction et à l’outillage : le bois, la pierre, le verre, la tuile, la poterie et un peu le textile. Les moulins ne sont évoqués qu’accessoirement, les tanneries sont totalement omises ainsi que les métiers de l’alimentation et du commerce, ces derniers car le marchand ne transforme pas lui-même les matériaux. Il estime qu’Alain Champagne s’est probablement privé d’un ensemble de sources riches en adoptant un champ d’études limité à l’espace rural, alors que des villes comme Poitiers, Bressuire, mais aussi Niort, Parthenay fournissent également des documents sur l’artisanat. Il conclut en soulignant que le pari fait par Alain Champagne de traiter de l’artisanat rural en Haut-Poitou aux xve-xvie siècles a été tenu malgré la faiblesse de la documentation et que cette étude apporte un éclairage nouveau sur un sujet bien rarement traité.

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Après délibération, le jury a décerné au candidat la mention très honorable avec ses félicitations à l’unanimité.

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N. Dieudonné-Glad

Michel Figeac, Noblesse bordelaise, noblesse d’Aquitaine, noblesse française, mémoire présenté pour l’Habilitation à Diriger des Recherches, Université Paris iv-Sorbonne, 3 novembre 2000, 450 p.

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Jury : Anne-Marie Cocula, professeur à l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux iii , le recteur Jean-Pierre Poussou, professeur à l’Université Paris iv (directeur), William Doyle, professeur à l’Université de Bristol, Jean-Marie Constant, professeur à l’Université du Mans, Jean-François Solnon professeur à l’Université de Besançon et Lucien Bély professeur à l’Université de Paris iv-Sorbonne (président).

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Michel Figeac a d’abord replacé l’ensemble des travaux présentés dans l’essor des études sur la noblesse, en France mais aussi en Europe occidentale depuis une vingtaine d’années dans un contexte intellectuel changeant, animé puis peu à peu apaisé et élargi. À l’origine de sa curiosité pour le second ordre, il y a une durable et précoce fascination pour le château comme lieu de vie, espace social, foyer artistique, abri de collections, centre de commandement et de production, cœur d’une sociabilité et aussi dépôt d’archives familiales et seigneuriales. Par le château, par la noblesse, on touche de proche en proche à toute la société et à bien des questions politiques majeures.

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Sa thèse nouveau régime sur les Destins de la noblesse bordelaise, 1770-1830, lui avait permis de suivre une noblesse portuaire, riche, récente et dominée par le milieu parlementaire, appuyée sur les vignes et les plantations, très différente de celle des profondeurs de la Guyenne, tant dans son style de vie que ses idéaux. Ce premier travail, qui englobait la Révolution, l’a poussé à remonter dans le temps pour voir comment les nobles français ont reçu les divers changements apportés par le siècle des Lumières. Il a, par conséquent, présenté un mémoire inédit sur l’art de vivre nobiliaire en Guyenne au xviiie siècle, s’ouvrant par un tableau de la noblesse dans cette province au milieu du règne de Louis XIV, de manière à en suivre après les changements envisagés sous l’angle du cadre de vie, des inégalités de fortune et des disparités culturelles. Il en ressort une typologie des différentes manières d’être noble en Guyenne qui est enrichie par des comparaisons avec d’autres régions pour lesquelles existent déjà des études sur la noblesse. Enfin, un recueil d’articles complète le dossier et montre comment, à partir du second ordre, Michel Figeac en est venu à s’intéresser à l’espace urbain, à l’histoire de la Révolution et au monde des notables du xixe siècle.

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De cet ensemble il tire plusieurs conclusions. Tout d’abord, la noblesse aquitaine s’amenuise au long du xviiie siècle, de 7,7 %, ce qui est bien en-deçà des 40 % proposés par Michel Nassiet pour l’ensemble du royaume. La restriction délibérée des naissances mais aussi la consanguinité parfois excessive, les entrées en religion, la mortalité militaire et l’appauvrissement de la frange inférieure de l’ordre ont provoqué une nette anémie nobiliaire qui n’est d’ailleurs en rien propre à la France. Dans le même temps, l’affirmation de modèles aristocratiques très variés a contribué à affaiblir un ordre dont l’unité devient de plus en plus problématique. Les clivages s’accentuent. Tandis que certains nobles sont partie prenante de la sociabilité des Lumières, s’adaptent à l’évolution économique – notamment avec la création des châteaux viticoles – d’autres restent à l’écart de ces mutations. Or, tout pousse les plus fortunés vers des consommations somptuaires dont le milieu parlementaire est particulièrement friand. C’est dire l’importance que revêt une étude des transformations du mode vie nobiliaire dans l’Aquitaine des Lumières mettant en évidence une nouvelle culture tant matérielle que livresque mais aussi un profond malaise qui s’installe, fait de l’endettement des uns et du sentiment d’exclusion des autres. Les degrés dans la participation à ce nouvel art de vivre sont comme le reflet de nouvelles hiérarchies.

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Enfin la noblesse se trouve fortement tiraillée entre des mouvements contradictoires qui rendent inadéquate toute interprétation univoque. Par exemple, l’attachement à la Réforme catholique n’exclut pas la curiosité pour la modernité. En politique, aux traditionnelles factions s’ajoutent avec la jeune génération de 1789 une contestation d’un genre nouveau, si bien que décider de réunir dans ces conditions une structure aussi obsolète que les États généraux portait en germe la destruction de l’ordre et la tonalité très anti-nobiliaire de la Révolution.

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Montrer la multiplicité sociale de la noblesse a conduit à privilégier certaines voies d’approches en laissant de côté des pistes qui sont autant de projets pour la suite. Une collecte systématique des fonds privés serait particulièrement propice pour faire progresser l’histoire nobiliaire, tant les correspondances, les journaux et les livres de raison apportent une moisson de renseignements sur mariages, solidarités, plus ou moins grande proximité du pouvoir, patronage etc. Développer les travaux déjà réalisés sur la vigne et la noblesse est une autre direction prometteuse permettant de dégager méthodes de gestion, procédés de vinification, commercialisation, rapports avec le négoce. Pour cela, il faudra des monographies de domaine viticoles. Troisième voie non moins féconde, comprendre comment la noblesse a pu adapter des comportements qui se retrouvent d’un pays d’Europe à l’autre, notamment des formes de sociabilité communes. L’histoire de la noblesse peut donc conduire dans toutes sortes de direction : pouvoir dans la ville, consommation, jeux et loisirs, cercles de sociabilité, thermalisme, etc. mais il est aussi possible d’en sortir et d’aller examiner de plus près les réseaux politiques qui existaient avant la Révolution ou encore de réévaluer les conséquences foncières de la Révolution en exploitant les notaires et le cadastre du xixe siècle.

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Voilà donc un dossier d’habilitation qui unit continuité thématique et élargissements successifs, chronologique vers la fin du xviie siècle, géographique, de Bordeaux vers l’Europe. Mais ce sont dans les châteaux de la noblesse de Guyenne que l’auteur a trouvé la substance de son activité d’historien.

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Jean-Pierre Poussou souligne l’importance du dossier d’habilitation présenté : un recueil d’articles de 344 p., un nouveau travail de synthèse de 450 p., un livre de 360 p. à paraître à Bordeaux chez Mollat ainsi qu’une présentation générale en 60 p. Il insiste sur le côté pluriel d’une noblesse bien plus diverse qu’on ne croyait, avec plusieurs milieux nobiliaires, une Aquitaine différente de Bordeaux tout en étant elle-même très feuilletée. Grâce au travail de Michel Figeac on dispose désormais d’éclairages sur les différents étages de la noblesse française au xviiie siècle, de la petite noblesse même là où les documents n’abondent pas aux courtisans. Il met en valeur l’ampleur des sujets abordés, de la circulation des idées aux manières de vivre, toujours avec beaucoup d’élégance dans l’écriture et la présentation.

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Anne-Marie Cocula a particulièrement apprécié la grande sensibilité aux objets, aux couleurs, aux tissus dont sait faire preuve Michel Figeac. Elle rappelle aussi que certains objets ont déjà disparu quand survient le notaire, tandis que d’autres ne sont pas jugés dignes d’être mentionnés, par ce que trop vieux ou trop familiers. Les circonstances du décès donnant lieu à l’inventaire ont parfois leur importance. Elle suggère qu’étudier les rapports noblesse et forêt, pas seulement dans les Landes, pourrait être fructueux. Les Biron ne tiraient-ils pas des bois l’essentiel de leurs ressources ? À son tour, elle loue la grande culture personnelle dont témoigne abondamment le dossier d’habilitation présenté.

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William Doyle montre avec un humour tout britannique comment, en ces temps d’instauration en France du PhD anglosaxon et de l’habilitation germanique, ont survécu dans le dossier de Michel Figeac bien des traits du doctorat « ancien régime ». Il a été très satisfait de l’attention portée à l’historiographie étrangère de la France. Grâce au présent travail se trouve élucidé ce qui pouvait à bon droit apparaître comme un paradoxe : l’écroulement révolutionnaire subit d’une noblesse présentée comme toute puissante. Une catégorie à l’unité si illusoire pouvait-elle offrir plus de résistance face à un danger mortel ? Elle fut diabolisée par la Révolution. Mais en même temps, c’est dans cette épreuve qu’elle parvint à une certaine unité, au moins le temps de l’été de la Saint-Martin que fut la Restauration.

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Jean-Marie Constant salue à son tour la multiplicité des approches, l’exploitation des registres de capitation qui permettent de déterminer des seuils de fortune, et celle des inventaires après-décès si utiles pour retrouver le décor de la vie. Il souligne la qualité des pages sur les châteaux et insiste sur les densités nobiliaires élevées de l’Aquitaine. Il montre, chiffres à l’appui, que seules la Normandie et la Bretagne offrent une noblesse plus présente. Ces fortes densités ne sont pas nécessairement liées à la richesse des terroirs. C’est le cas en Aquitaine, mais pas du tout pour la Beauce. Cette noblesse dense connaît cependant un phénomène de raréfaction qui facilite l’abolition révolutionnaire. Jean-Marie Constant a également suivi avec intérêt l’élargissement vers le xviiie siècle de la notion de « noblesse seconde » ou « noblesse intermédiaire ».

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Jean-François Solnon fait l’éloge d’un ensemble de travaux si abondant, solidement construit et bien écrit. Il a apprécié que Michel Figeac n’ait pas refusé les sources littéraires qu’il a su utiliser avec à propos. Il fait ensuite remarquer que la Cour ne fut pas un modèle esthétique unique, puisque, à côté des grands appartements dans le goût Louis XIV, Louis XV fit non seulement modifier l’aile nord d’une manière plus proche du style rocaille mais aussi se dota de petits appartements comparables à ceux des fermiers généraux parisiens. Jean-François Solnon s’intéresse à l’interprétation en terme d’ouverture et de fermeture qui est donnée de la noblesse en 1789. Il rappelle comment à un schéma de société bloquée a succédé le thème de la « fusion des élites » lancé par Guy Chaussinand-Nogaret, mais il se dit attentif à ce qu’on n’aille pas trop loin dans ce sens, Bordeaux offrant une situation très dissemblable de celle, par exemple, de Besançon. Surtout, il pose cette question à laquelle il est devenu bien difficile de répondre, tant les diversités régionales sont fortes : qu’est-ce que la noblesse ?

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Il reste à Lucien Bély d’exprimer sa vive satisfaction, tout en ajoutant qu’il eût été possible d’insister davantage sur les définitions juridiques de la noblesse, si ambiguës qu’elles aient été.

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Le jury s’est ensuite retiré et, après une courte délibération, a accordé l’habilitation à Michel Figeac qui a été chaleureusement félicité pour la qualité de ses travaux et projets de recherches.

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Olivier Chaline

Titres recensés

  1. André Marbach, Recherches sur les instruments aratoires et le travail du sol en Gaule Belgique, thèse de doctorat d’histoire, Université de Metz, 17 mars 2001
  2. Alain Champagne, L’Artisanat rural en Haut-Poitou (milieu xive-fin xvie siècle), thèse de doctorat d’histoire, Université de Poitiers, 20 novembre 2000, 667 p. (tome 1 : 297 p. ; tome 2 : 370 p. dont 139 p. de tableaux et de figures)
  3. Michel Figeac, Noblesse bordelaise, noblesse d’Aquitaine, noblesse française, mémoire présenté pour l’Habilitation à Diriger des Recherches, Université Paris iv-Sorbonne, 3 novembre 2000, 450 p.

Pour citer cet article

« Soutenances de thèses », Histoire & Sociétés Rurales 2/2001 (Vol. 16) , p. 278-283
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2001-2-page-278.htm.


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