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Histoire & Sociétés Rurales

2002/2 (Vol. 18)


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Pour connaître le milieu végétal des périodes passées les chercheurs des sciences de la vie en botanique disposent d’un certain nombre de disciplines spécialisées qui, par leurs analyses spécifiques, contribuent à éclairer le paysage végétal d’un milieu à un moment donné. Ces études permettent d’inférer des données observées sur la végétation, les conditions écologiques de son développement : conditions de températures, d’humidité et partant, en changeant d’échelle, de proposer dans quelles conditions climatiques cette végétation s’est développée.

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Depuis la naissance des recherches sur les sociétés, la palynologie est l’une des disciplines des sciences de la vie, de la botanique, qui permet d’approcher les relations que ces sociétés passées ont entretenues avec la végétation. Ce sont d’abord les questions liées à la naissance de l’agriculture qui ont entraîné le développement des recherches palynologiques en collaboration avec l’archéologie des périodes de la préhistoire récente (Néolithique). Depuis une vingtaine d’années, l’archéologie des périodes historiques, puis plus récemment le développement de l’archéologie environnementale, ont contribué non seulement à la naissance d’une demande en analyses botaniques (palynologie mais aussi carpologie – étude des macro-restes végétaux – quand les conditions de conservation le permettent) mais aussi au développement d’un dialogue interdisciplinaire entre les spécialités issues de la botanique traditionnelle et les sciences de l’homme et de la société.

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Cette collaboration étroite a nécessité la mise en place de nouveaux outils de dialogue mieux adaptés à la compréhension des résultats obtenus par la palynologie que le diagramme dit « d’anthropisation » fabriqué pour assurer la mise en image (un diagramme miroir) de ce que les chercheurs appelaient l’anthropisation du milieu. Cet outil était mal adapté au dialogue avec les historiens des périodes les plus récentes et on lui préfère aujourd’hui un diagramme « sociétés-végétation » qui, sur le même principe du diagramme-miroir, présente l’avantage de faire apparaître des données sur lesquelles les uns et les autres peuvent discuter comme la part des friches et leurs caractéristiques floristiques, la part des landes, le rapport de ces types de végétation avec les prairies et les cultures mais aussi les zones boisées ainsi que les signes d’apparition et de développement des plantes textiles.

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La tourbière mayennaise faisant l’objet de cette étude palynologique est située au sein d’un petit vallon (48°7’N – 0°47’20’’W), alimenté par un ruisseau temporaire, localisé sur la commune de Changé (canton de Laval) au nord du hameau de Glatinié à environ 6,5 km de Laval (figure 1).

Figure 1  - La tourbière de Glatinié : localisation géographique et archéologique Figure 1
© 2002 CRHQ-Université de Caen. D’après Naveau (1997, 1998)
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On a procédé à onze carottages, sur une surface d’environ 2 800 km2, suivis d’une analyse liée à une étude entreprise de 1995 à 1999 sur le Nord de la Mayenne, dans le cadre d’une thèse de doctorat [1][1]  Barbier, 1999.. Sur chaque carotte, des datations radiocarbone ont été effectuées en fonction des variations des spectres polliniques. La tourbière de Glatinié a été choisie parmi d’autres milieux tourbeux, car c’est l’un des sites dans lequel les archives polliniques sont les plus complètes, couvrant en continu les périodes préhistoriques et historiques, du Néolithique à nos jours, avec un développement conséquent de chaque époque, dû à une importante activité turfigène.

L’intérêt d’une analyse palynologique

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Cette étude a pour objectifs à la fois de retracer les variations locales du couvert végétal et son évolution régionale en essayant de déterminer la part des actions climatiques et humaines. La palynologie est une des disciplines de l’archéobotanique avec la carpologie, l’anthracologie, la xylologie. Les matériaux d’études de ces sciences sont macro ou microscopiques, du bois aux phytolithes, et leur diversité a donné lieu à la mise en place de méthodologies d’échantillonage dans le cadre de problématiques qui étaient jusqu’à une période récente celles de la Préhistoire. L’irruption des problématiques de l’archéologie environnementale dans le champ de l’archéologie historique a conduit les chercheurs engagés dans le dialogue interdisciplinaire à élargir les questions de paléoécologie et biostratigraphie aux questions des archéologues des périodes historiques, c’est-à-dire, dans un milieu très largement anthropisé depuis le Néolithique, à chercher à comprendre les relations que les sociétés ont entretenu avec les milieux dont elles avaient hérité.

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L’analyse pollinique des tourbières, véritables pièges à pollen, qui vise à reconstituer l’évolution du couvert végétal local et régional, suppose que la pluie pollinique représente fidèlement la végétation. Si globalement on estime que 80 % du pollen trouvé dans une carotte sédimentaire proviennent de la végétation dite locale ou de voisinage (100 à 500 m, autour du point de sondage) et que 20 % proviennent de la végétation régionale (jusqu’à 10 km), ces données sont sujettes à de très nombreuses exceptions et variations qui demandent, pour être interprétées, et c’est tout l’art du palynologue, des connaissances géographiques, topographiques, climatiques, botaniques et écologiques du site étudié. L’analyse pollinique à des fins paléoenvironnementales suppose que les exigences écologiques passées des taxons rencontrés sont les mêmes que celles qu’on leur connaît de nos jours, qu’ils sont organisés en groupements végétaux encore présents actuellement et qui serviront de modèle dans nos interprétations [2][2]  Reille, 1990..

Diagrammes polliniques et zonations

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Le diagramme pollinique classique, outil indispensable à l’interprétation paléoécologique et paléoenvironnementale, permet une zonation selon différents niveaux hiérarchiques. Les zones locales, ou encore biozones ou Zones d’Assemblage Pollinique (zap), constituent le premier degré de zonation et sont établies en fonction de la variation du pourcentage d’au moins deux taxons locaux [3][3]  Cushing, 1963.. Elles permettent d’appréhender la dynamique végétale locale et sont spécifiques de chaque site. Elles ne sont pas indiquées sur le diagramme simplifié (source 122).

Source 122  - Diagramme pollinique simplifié de la tourbière de Glatinié Source 122
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Ces zones locales préalablement définies sont regroupées au sein d’un même site en fonction de la variation significative des taxons dominants et forment ainsi des phases écologiques propres au site, désignées par gla 1, gla 2, etc., permettant d’appréhender les formations végétales majeures du site lui-même, mais également du paysage environnant à quelques dix kilomètres à la ronde.

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Les chronozones [4][4]  Mangerud, et al., 1974. sont fondées sur une chronologie absolue, valable à une échelle au minimum régionale [5][5]  Puertas, 1997.. Elles sont établies sur la base des phases écologiques et sont calées par des âges radiocarbone conventionnels. Les chronozones ainsi définies (Subboréal, Atlantique, Subatlantique) permettent d’aborder la problématique paléoenvironnementale en termes de climat. Dans l’élaboration du diagramme, il a été nécessaire, compte tenu de l’importance du pourcentage du pollen de l’aulne, d’exclure ce taxon arborescent local et dominant de la somme de base, qui exerçait un effet filtrant sur la pluie pollinique, et qui pouvait modifier l’interprétation de l’histoire de la végétation [6][6]  Heim, 1970..

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De nombreux travaux ont étudié les relations entre le pourcentage de la somme des pollens arboréens (AP) vis à vis du total des grains de pollen d’une part et le « taux de boisement » d’autre part, désignant le recouvrement forestier [7][7]  Ibid.. Ces recherches ont prouvé qu’une relation positive assez précise existait entre AP/T et le taux de boisement.

Diagramme société/végétation (source 123)

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Dès l’apparition de l’agriculture au Néolithique, l’évolution de la végétation ne dépend plus uniquement des facteurs abiotiques (le climat notamment), mais est aussi liée à la pression anthropique croissante.

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En palynologie, le signe incontestable d’une emprise humaine sur le paysage correspond à l’apparition des céréales qui peut être enregistrée conjointement à une chute du pollen arboréen et traduire ainsi la conséquence directe d’un déboisement en vue d’une mise en culture. Mais les activités humaines ne se limitent pas uniquement à une pratique culturale, et le pastoralisme, de même que l’établissement de sites d’habitat, en fait l’ensemble des modes d’exploitation du milieu inféodé à l’homme, entraînera également une modification du couvert végétal. Celle-ci pourra se manifester de manière beaucoup plus subtile sur les diagrammes polliniques, uniquement à travers l’apparition de cortèges floristiques particuliers, avec les espèces anthropiques (céréales ; messicoles et apophytes constituant les adventices ; rudérales ; anthropochores ; prairiales ; landes à bruyères). Il faut rester prudent vis-à-vis de l’utilisation de ces indices afin de ne pas être tenté de surinterpréter un événement au vu d’un marqueur unique, car la présence d’un seul indicateur anthropique ne permet pas de conclure au développement local d’activités humaines : seule la concomitance de plusieurs signaux est significative [8][8]  Galop, 1988..

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« L’invention » des diagrammes société/végétation [9][9]  Barbier, 1999 ; Barbier, et al., 2000., aspect original de la recherche menée en Mayenne, est issue des diagrammes miroirs dits « d’anthropisation » [10][10]  Richoz, 1990., qui permettaient une meilleure mise en évidence des plantes cultivées et rudérales, en particulier à la néolithisation, avec la découverte de la céréaliculture et de son développement (source 123).

Source 123  - Diagramme société/végétation appliqué au site de Glatinié (Mayenne) Source 123
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Mais pour les périodes historiques, où les modes d’exploitation des territoires sont complexes et où l’anthropisation de l’espace végétal est acquise, ce mode de représentation n’offrait pas une vision fine des variations conjointes des différentes espèces, des changements, locaux, de dévolution des espaces, des prises et déprises agricoles. Notre nouvelle manière de présenter les résultats, toujours sous forme d’un diagramme miroir, limite les pertes d’information et tente, d’une part de représenter et de suivre l’évolution de la pression humaine, tout en essayant de garder une visualisation des différentes activités et d’autre part de replacer l’effet de ces pratiques sur l’ensemble du paysage végétal.

Interprétation chronologique et histoire de la végétation

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Douze phases écologiques (désignées par gla suivi d’un chiffre) définies en fonction de la variation significative des taxons dominants sur le site du carottage peuvent être reconnues (sources 122 et 123) et permettent d’appréhender les formations végétales majeures autorisant ainsi l’étude paléoenvironnementale de ce site.

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La base de la colonne sédimentaire (gla 1), compte tenu de la date A-8737 (5035 ± 70 BP [11][11] BP : Before Present, la date de référence étant par..., soit 3976 (3894, 3887, 3798) 3665 avant J.-C., tableau 1, en annexe) et des assemblages polliniques (courbe continue de tilleul et quasi-absence de hêtre), correspond manifestement à un très bref aperçu de l’environnement végétal durant l’épisode bioclimatique subboréal.

Le Néolithique (Phase écologique gla 1)

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Peu de renseignements sont fournis concernant cette période néolithique, si ce n’est, comme dans la majorité des sites, l’image d’un paysage fermé avec un couvert forestier dense et diversifié (90 % de pollens arboréens : A.P.) présentant quelques éclaircies (dominance du noisetier sur le chêne) consécutives à de modestes déboisements. L’existence d’occurrences de céréales associées à quelques taxons nitrophiles (Composées, Caryophyllacées, Chénopodiacées et plantains) témoignent d’une mise en culture précoce au cours du Néolithique moyen, dans un secteur pourtant pauvre en vestiges archéologiques de cette période (comme les mégalithes), mais dans lequel est présent du mobilier néolithique. La zone marécageuse, colonisée par quelques Cypéracées, est déjà entourée d’une aulnaie relativement importante.

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Cette séquence, extrêmement courte, est interrompue du fait de l’existence d’un hiatus de sédimentation (figure 2). Ce dernier, attesté par les datations radiocarbone A-10022 - 3435 ± 95 BP, soit 1971 (1738, 1711, 1708) 1514 avant J.-C. et A-8737 - 5035 ± 70 BP, soit 3976 (3894, 3887, 3798) 3665 avant J.-C., se traduit par un changement brutal de nature des dépôts (passage tourbe/sable à 212 cm de profondeur) et une perturbation des spectres polliniques (pics anarchiques) à la base de gla 2. La cause de ce phénomène est certainement à rechercher dans une modification du régime hydrique du ruisseau de la Morinière qui alimente actuellement un cours d’eau temporaire responsable de la formation de la zone tourbeuse. Ainsi, une augmentation du débit de ce ruisseau pourrait être à l’origine d’un ravinement provoquant un apport de matériel grossier (niveaux sableux) sur le site, matériel devenant de plus en plus fin (niveaux vaseux) suite à une atténuation du débit, jusqu’à un retour à des conditions de relative stabilité permettant une stagnation d’eau à l’origine à nouveau de la tourbification.

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Aussi, il apparaît nécessaire de négliger la base de la phase écologique gla 2 (209 à 205 cm) et de poursuivre l’interprétation de l’histoire végétale à compter de la partie supérieure de gla 2, qui, si on se rapporte à la date A-10022 (3435 ± 95 B.P.) effectuée dans les niveaux supérieurs, doit pratiquement correspondre au passage Subboréal / Subatlantique, attesté dans l’Ouest de la France [12][12]  Morzadec-Kerfoun, 1974 ; Visset, 1979 ; Voeltzel,.... Ainsi, la suite du diagramme, représentant deux mètres de sédiments, couvre la quasi-totalité de la chronozone Subatlantique depuis l’âge du bronze jusqu’à l’actuel.

L’âge du Bronze (phase écologique gla 2c)

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Dans la partie supérieure de gla 2, les coteaux proches du site de prélèvement sont recouverts par une chênaie relativement dense et diversifiée (80 % d’A.P.) à noisetiers, tilleuls et ormes, dans laquelle se trouvent disséminés de rares hêtres et érables. La présence des céréales, en courbe continue, associées à un cortège d’adventices et d’espèces rudérales témoigne de l’existence, à proximité du site, de parcelles cultivées et donc de l’implantation d’une communauté humaine se livrant à des activités agro-pastorales.

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L’aulnaie, déjà présente en gla 1, se maintient à un taux supérieur à 40 % en mélange avec des saules, des bouleaux, des frênes et des fougères (Polypodiacées et polypodes). Cette formation végétale prépondérante borde ou tente même probablement d’envahir progressivement la zone marécageuse dont l’humidité semble s’accroître, compte tenu de la présence des espèces aquatiques.

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À la fin du Bronze ancien/début du Bronze moyen (aux alentours de 3400 B.P.) une phase de déboisement est enregistrée sur les coteaux avec la diminution nette du chêne, mais aussi du noisetier et du tilleul. Cette ouverture manifeste du milieu, se traduisant conjointement par un essor des Graminées et de la fougère aigle (taxon héliophile), est décelée au moment même où s’observe une accentuation du taux des céréales et de l’ensemble des espèces rudérales. Ce phénomène correspond ainsi probablement à une volonté d’augmenter (en nombre et en superficie ?) les zones cultivables et de pâturages du fait d’une pression humaine croissante dans ce secteur, sans oublier certainement le rôle joué par les protoindustries alors en plein essor.

Le passage Bronze final/Hallstatt (Phase écologique gla 3)

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Dans un premier temps, les éclaircies réalisées antérieurement dans le couvert forestier, permettent une intensification de la pollinisation des tilleuls, des ormes et des noisetiers, ce qui se traduit par l’apparition de pics plus ou moins conséquents. Mais rapidement, ce phénomène est suivi d’une régression notable des Graminées, parallèlement à une atténuation du plantain et une disparition des céréales, ce qui laisse supposer une diminution, voire un abandon, des pratiques agro-pastorales développées durant la période précédente. Cet événement traduit une désertion du site et de ses alentours par les populations, puisque les prémices d’une dynamique de reconquête forestière (des parcelles préalablement déboisées ?) sont visibles, avec d’une part une stabilisation et une prépondérance du taux du noisetier vis-à-vis des autres essences forestières, laissant supposer que ce taxon joue alors un rôle d’essence colonisatrice pionnière sur les terrains abandonnés et d’autre part un léger redéploiement du chêne.

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Cette situation de récession anthropique perdure pendant la majeure partie de gla 3, soit approximativement durant une période couvrant la fin de l’âge du bronze et le début de l’âge du fer, ce qui prouverait que l’occupation de cette région au nord de Laval, durant le premier âge du fer (Hallstatt), a été extrêmement restreinte, voire quasi inexistante. On voit alors l’intérêt de réaliser de semblables études en d’autres lieux de la Mayenne pour savoir si cette situation reste locale ou bien peut être extrapolée à toute une région.

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Ce n’est qu’en toute fin de phase (période charnière fin du Hallstatt/début de La Tène ?) que les céréales réapparaissent conjointement à une discrète diminution du taux de chêne indiquant manifestement une modeste reprise des activités des sociétés dans le secteur.

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Au même moment, une augmentation de débit du ruisseau alimentant la zone marécageuse provoque, sur le site même, un changement de sédimentation (apport de matériel minéral occasionnant un dépôt de vase organique) et induit aussi probablement une légère montée du niveau d’eau. Ce phénomène permet alors aux espèces aquatiques de se développer de manière plus importante (dans les mares les plus profondes et éventuellement le lit du ruisseau ?) tandis qu’en bordure du marais, l’aulne, pouvant supporter des conditions d’humidité édaphique extrêmes, persiste sur des marges de plus en plus « détrempées » contrairement aux saules et aux bouleaux qui régressent au profit des Cypéracées. Les Polypodiacées, implantées dans l’aulnaie [13][13]  Visset, 1989. de même que les polypodes, épiphytes dans les branches ou à la base des troncs d’aulnes [14][14]  Marek, 1965 ; Heim, 1970 ; Jankovska, 1971 ; Rybnicek,... semblent également bénéficier de ces nouvelles conditions écologiques (augmentation de l’humidité édaphique mais probablement également du degré hygrométrique sous le couvert arborescent) et sporulent abondamment.

Le second âge du fer (Phase écologique gla 4)

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Cette phase met en évidence une modification notable du paysage, correspondant à une ouverture franche du milieu, liée incontestablement à un défrichement drastique des coteaux environnants puisqu’une chute conjointe de l’ensemble des essences forestières (surtout les noisetiers et les tilleuls et plus modestement le chêne) amène ainsi le taux des A.P. d’environ 75 % à seulement 30% en fin de zone. Ce phénomène, en relation avec une nette hausse des cultures (accentuation de la courbe des céréales et des adventices) et l’établissement d’un système prairial dominant (expansion considérable des Graminées, augmentation des taxons rudéraux, notamment les plantains, les Composées, les Renonculacées) traduit sans aucun doute un gain de terres cultivables et de mises en pâture, par des communautés humaines à nouveau présentes à proximité du site. Ainsi, un certain nombre de structures d’âge protohistorique, présumées de l’âge du fer (le plus souvent ces sites ont été découverts par prospection aérienne et n’ont pas fait l’objet de fouilles systématiques) sont répertoriées dans le secteur : l’éperon barré au lieu-dit « le Verger » sur la commune de Changé, l’enceinte curviligne de Château-Meignan à Saint-Jean-sur-Mayenne, l’enclos trapézoïdal de la « Géraumerie » et l’enclos rectiligne complexe de la « Rouairie » situés sur la commune de Saint-Berthevin et enfin, sur la commune de Laval, la présence d’un enclos rectangulaire au « Bois-Gamats », de trois enclos rectilignes aux « Bozées » dont un pour lequel l’occupation s’étend du i er siècle avant J.-C. au milieu du i er siècle après J.-C. et les restes d’une stèle attestée de l’âge du fer au Nord de l’église de Pritz [15][15]  Lambert et Rioufreyt, 1981 ; Naveau, 1992.. L’ensemble de ces vestiges, en nombre relativement important, peut constituer un témoignage d’une occupation grandissante de cette zone par des populations probablement en essor démographique et exerçant ainsi, afin d’assurer leur subsistance, une pression croissante sur le paysage à travers des activités agro-pastorales et les protoindustries (restes de scories découvertes sur l’éperon barré du Verger liées à la présence de dépôts de minerai de fer assez fréquents dans le secteur).

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Une reprise de la tourbification au cours de cette phase indique un retour à une certaine stabilité du régime hydrique du ruisseau et il semble plausible, compte tenu des remarques précédentes sur les populations, d’attribuer ce phénomène au travail des sociétés (drainage…) plutôt qu’une origine naturelle. Cet événement induit un abaissement du niveau d’eau dans la zone marécageuse et on assiste à une raréfaction des espèces aquatiques tandis que les marges, moins humides, autorisent à nouveau en périphérie de l’aulnaie, le développement des bouleaux et des saules au détriment des Cypéracées. Parallèlement, la sporulation des fougères s’atténue fortement jusqu’à pratiquement disparaître.

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La datation radiocarbone A-10021 -2055 ± 90 B.P. [359 avant J.-C. (430 avant J.-C.) 133 après J.-C.] réalisée en fin de phase indique l’achèvement de l’épisode laténien et annonce le passage à la période gallo-romaine.

La période gallo-romaine (phases écologiques gla 5, gla 6 et gla 7)

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Au début du Haut Empire (gla 5), les défrichements se poursuivent sur les coteaux, conduisant le chêne à un taux extrêmement faible et entraînant même une quasi-disparition des noisetiers et des tilleuls. Cette politique de déboisement intensif gagne également la zone du marais, puisque l’aulnaie elle-même subit un déclin considérable aboutissant à la formation d’une ceinture marécageuse à Cypéracées, tandis que les espèces aquatiques recolonisent les secteurs les plus humides. Cependant, aucune progression de la céréaliculture n’est enregistrée et il apparaît ainsi manifestement que ces phénomènes sont le résultat d’un développement des activités d’élevage avec une extension d’une part, sur les coteaux et en périphérie, des zones pâturées, se matérialisant par l’essor conjoint des Graminées et des rudérales (notamment les plantains, les potentilles, les Fabacées et les Rosacées), et d’autre part, des prairies de fauche, gagnées sur les terrains humides en bordure du marais.

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Puis, à partir de gla 6 (1935 ± 90 B.P., soit 154 avant J.-C. (78 après J.-C.) 322 après J.-C.), alors que la forêt semble quasiment éradiquée suite à une exploitation intense du milieu (surexploitation ?), le chêne, à l’inverse des autres essences forestières qui se maintiennent à un taux dérisoire, se réimplante sensiblement. On peut inférer de ces observations la possibilité sinon d’une véritable gestion sylvicole, au moins d’une démarche destinée à favoriser le développement de ce taxon. Ce phénomène semble induire une modification du contexte agro-pastoral existant puisqu’une légère extension des cultures se fait alors sentir (affirmation des céréales, augmentation des adventices, apparition du noyer, du châtaignier, du buis et du chanvre) tandis qu’au même moment, au contraire, une régression marquée de l’élevage est enregistrée. Ainsi, le recul de l’ensemble du système prairial est matérialisé par la chute des Graminées et des rudérales mais également par une reconquête progressive de la ceinture marécageuse par les aulnes, les bouleaux, les saules et également les frênes jusqu’alors sporadiques.

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Mais le massif forestier, partiellement reconstitué en fin de gla 6 (chênaie dominante où persistent de rares hêtres, tilleuls, ormes et érables), est de nouveau fortement exploité à partir de gla 7, coïncidant, si on se réfère à la date 1650 ± 60 B.P. [252 (415) 549 après J.-C.], à la période du Bas Empire. Ainsi, dès le début de cette phase, le chêne subit une régression marquée. Ces éclaircies, réalisées dans le couvert forestier, permettent au noisetier de polliniser abondamment à la faveur d’une plus forte luminosité. Pourtant, au même moment, un arrêt de l’ensemble des pratiques agricoles, qui persiste jusqu’à la fin de gla 7, est enregistré avec la disparition conjointe des céréales, des adventices et des rudérales, ce qui apparaît en totale contradiction avec l’exploitation du milieu constatée précédemment. En effet, l’absence totale d’indices anthropiques (plantains, oseilles, centaurées, armoises, Chénopodiacées, Caryophyllacées, Composées) en relation avec une structure d’habitat, avec des cultures ou encore avec l’élevage, induirait un abandon radical du site, alors que visiblement les coteaux et les plateaux présentent toujours une activité importante de défrichements, attestant d’une pérennité de la présence humaine dans le secteur.

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Deux hypothèses peuvent être évoquées pour tenter d’expliquer ce phénomène. Ainsi, tout d’abord, cet épisode se produit au moment même d’une « crise » supposée du monde gallo-romain, période qui a probablement eu de nombreuses répercussions sur les communautés et l’espace rural, et qui pourrait justifier une éventuelle réorganisation du territoire (création de grands domaines agricoles au dépens de plus petits qui sont alors abandonnés [16][16]  Naveau, 1984, division du territoire en fonction des types d’activités : artisanat (métallurgie, verrerie / cultures-élevage). Mais, cet événement pourrait également résulter tout simplement d’un appauvrissement local des terres suite à leur utilisation intensive dès le second âge du fer, nécessitant alors un déplacement des activités des populations au niveau de zones plus productives, mais a priori peu éloignées, ce qui permettrait d’expliquer l’exploitation continue de la couverture forestière.

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Le noisetier, dans la seconde partie de gla 7, se comporte ensuite rapidement comme une espèce colonisatrice puisque manifestement, suite à un arrêt de la déforestation perdurant jusqu’à la fin de la phase, l’ébauche d’un nouvel épisode de reconquête forestière se dessine, se concrétisant à terme par un redéploiement modéré du chêne et du tilleul alors que le hêtre, à croissance beaucoup plus rapide que le chêne, est favorisé, tout au moins pendant un certain temps, par l’absence de compétition [17][17]  Morand et al., 1975 ; Galop et al., 1994., et atteint son taux optimal.

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Pendant ce temps, au niveau de la zone marécageuse, l’extension de l’aulnaie, déjà entrevue en gla 6, se confirme, en mélange avec quelques rares saules mais également des bouleaux et surtout des frênes qui s’implantent largement. Progressivement, une nouvelle augmentation du niveau d’eau, confirmée par la courbe continue d’espèces aquatiques, semble à l’origine de la disparition brutale des frênes et des saules puis de la régression des bouleaux, tandis que les Polypodiacées, bénéficiant de ce regain d’humidité, sporulent fortement.

Le haut Moyen Âge (phases écologiques gla 8 et gla 9)

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Au début de gla 8, un changement notable du paysage est visible dans la mesure où la chênaie subsistant sur les coteaux connaît une nouvelle phase de déboisement (chêne à son taux le plus faible et nette diminution du hêtre). Ce phénomène aboutit à une ouverture presque totale du milieu permettant de nouveau au noisetier, présent dans les rares zones encore boisées (bosquets, vestiges de la forêt initiale correspondant à une chênaie diversifiée à noisetiers, hêtres, tilleuls, ormes et charmes), de polliniser abondamment, ainsi qu’à une meilleure perception de la strate arbustive intérieure (bourdaine, lierre, chèvrefeuille, viorne, troène).

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Parallèlement, une reprise très nette des cultures est enregistrée avec une extension marquée des céréales accompagnées d’un cortège d’adventices. Les rudérales se redéploient également mais semblent plus en relation avec des activités liées aux cultures ou à la présence de sites d’habitats alentour plutôt qu’à un développement important des pratiques d’élevage, qui doivent rester succinctes, si l’on en croit la faible représentation du système prairial (Graminées, plantains, Composées et Renonculacées très restreintes). De plus, la ceinture marécageuse, en cours d’assèchement (disparition des taxons aquatiques, apparition d’espèces palustres, atténuation du taux des Polypodiacées, réimplantation du bouleau et du saule) est totalement envahie par l’aulnaie devenue exubérante (80 %), témoignant à cette période d’une réelle désaffection pour ce secteur en tant qu’hypothétique zone de pâture ou prés de fauche (cf. gla 5).

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Ainsi, il faut attendre le début de gla 9 estimé à 1170 ± 75 B.P. [679 (886) 1017 après J.-C.] pour observer une mise en valeur de cette zone se traduisant par une coupe franche de l’ensemble de la formation végétale arborescente (aulnes, bouleaux et frênes) permettant alors le développement des Cypéracées et des Graminées et induisant un ultime pic de Polypodiacées dont la sporulation est momentanément favorisée par l’ouverture soudaine du milieu.

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C’est au même moment que sur les coteaux la déforestation se poursuit avec l’exploitation du noisetier, du hêtre, du tilleul et de l’orme aboutissant à l’éradication de ces trois derniers taxons, alors que les chênes résiduels sont préservés et permettront, en tant que semenciers, le redéploiement forestier de gla 10.

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Conjointement les pratiques agricoles s’intensifient ; le système prairial se développe considérablement avec pratiquement 40 % de Graminées et un essor du taux de rudérales avec notamment les plantains, les potentilles, les Renonculacées et les Cichorioïdées, traduit vraisemblablement un développement de l’élevage alors que la céréaliculture semble s’atténuer quelque peu. L’apparition d’une courbe continue de chanvre signale probablement dès cette époque une mise en culture de ce taxon, même si cette dernière demeure « peut-être l’objet d’une activité familiale » [18][18]  Pichot, 1995..

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Il est évident alors que la pression anthropique observée (pratiques agro-pastorales concomitantes d’une exploitation intense du couvert forestier) résulte d’une fréquentation importante et continue de ce secteur dès le haut Moyen Âge par des communautés humaines en pleine période d’expansion et dont les besoins en « terres » (cultures, élevage, habitat) ainsi qu’en bois (bois d’œuvre pour les constructions, bois de chauffage, bois de chauffe pour l’artisanat : forges, verreries) sont alors continus et conséquents.

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Ces éléments, à mettre en relation avec des faits historiques avérés, témoignent d’un impact humain croissant dans le secteur. En effet, il existe dès le vi e siècle, au haut Moyen Âge, un mouvement érémitique [19][19]  Angot, 1910 ; Musset, 1917 ; Pichot, 1995. concernant surtout les marges Nord-Ouest et Nord du Bas-Maine, encouragé par l’évêché du Mans afin de christianiser le territoire et de mettre en valeur les contrées les plus reculées. Même si les ermites ont contribué au défrichement pour s’installer, il n’est pas possible par la palynologie d’en connaître le réel impact sur le milieu naturel, surtout pour des groupes par définition isolés, mais pourtant ces anachorètes, « en christianisant des communautés anciennes développent aussi l’occupation humaine […] surtout s’ils fondent un monastère qui devient centre de fixation des populations » ; si bien qu’avant le xi e siècle presque toutes les paroisses du Bas-Maine étaient érigées [20][20]  Pichot, 1995 ; Angot, 1910 ; Musset, 1917.. Actuellement, de nombreuses agglomérations, Saint-Fraimbault, Saint-Céneré, Saint-Calais… ont gardé la trace de leur fondation liée à la présence d’un ancien ermitage. Ainsi, Saint-Jean-sur-Mayenne à environ 3 km au Nord-Est du site de sondage possède les vestiges d’un monastère, fondé par Saint-Trèche [21][21]  Naveau, 1992., probablement à cette période, puisqu’il est mentionné à partir de 710 dans les Actus Pontificum Cenomannis (textes écrits au ix e siècle dans l’entourage de l’évêque Aldric à partir de sources plus anciennes). De même, Changé (environ 2 km au Sud du lieu de prélèvement), ancien vicus (« bourgade […] regroupant des hommes libres, petits paysans propriétaires » [22][22]  Pichot, 1995 dont la fondation incombe à Saint Thuribe, est désigné comme bourg public, Cangiaco vico publico, en 832 dans les Actus.

44

Ainsi, aux alentours du ix e siècle, aux portes d’un vicus, c’est l’image d’un territoire déjà fortement déboisé, où subsistent quelques futaies lâches (avec taillis ?) à chênes et noisetiers, qui est enregistrée, puisque le taux de la couverture forestière ne dépasse pas 20 %. Cette remarque est particulièrement intéressante et peut être mise en parallèle avec les observations d’ordre général, concernant l’ensemble des campagnes de cette région, développé à partir des sources écrites [23][23]  Ibid., 1995. qui voit une première phase de défrichements culminer « dans le dernier quart du xi e siècle tandis qu’un second mouvement plus ample débute après 1175 pour atteindre son apogée au début du xiii e siècle et se prolonger très avant dans le siècle, au-delà sans doute de 1275 ». Aux portes du vicus, le paysage se maintiendra ultérieurement tel qu’il apparaît au début de gla 9 c’est-à-dire « extrêmement ouvert » tandis que la forêt déjà exploitée au maximum de ses possibilités est pratiquement éradiquée, si bien que le taux de boisement n’atteindra jamais de valeurs plus faibles.

45

Cette situation peut-elle déjà préfigurer à cette époque la mise en place d’un paysage rural bocager ? Cette question complexe méritera d’être discutée dans le cadre de parallèles avec d’autres exemples régionaux, et de confrontation des différentes sources. En effet, selon Pichot, il faut attendre le xiii e siècle pour « qu’un paysage vraiment bocager semble régner aux alentours des villages avec un réseau complexe de chemins et de haies entourant ouches et jardins » [24][24]  Ibid., 1995.. Mais pourtant, ce même auteur rencontre les premières mentions de « clôture » (le plus souvent un fossé bordé d’un talus portant la haie dont les composants principaux sont le chêne et le noisetier) dès le xi e siècle l’amenant à supposer que des systèmes de haies devaient exister antérieurement. Ainsi, l’image du paysage enregistrée en gla 9 pourrait déjà illustrer les prémices de la bocagisation avec des secteurs correspondant à des groupes de parcelles cultivées, entourés plus ou moins partiellement par des haies et isolés au milieu des pâtures, des vestiges de la forêt et des landes [25][25]  Davies, 1988. constituant un maillage lâche et dont l’aboutissement quelques siècles plus tard (maillage serré de parcelles encloses) permettra de qualifier le Bas-Maine de « meilleur exemple que l’on puisse choisir pour décrire et expliquer un bocage » [26][26]  Musset, 1917. puisque ce territoire est « tout entier un bocage ».

46

Durant la fin du haut Moyen Âge (sommet de gla 9) vers 1035 ± 45 B.P. [896 (1012) 1152 après J.-C.], les pratiques culturales progressent et se diversifient avec la réapparition du noyer et du châtaignier. De plus, les premières traces de lin, associé au chanvre encore présent mais sporadique, sont décelées. Ces plantes textiles, qui occupent une place importante au Moyen Âge dans toutes sources et dont la « signature pollinique » mérite d’être soulignée comme indicateur, correspondent probablement toujours à une pratique familiale où « chaque ferme cultivait un peu de lin et tissait quelques toiles pour le seul usage de ses habitants » [27][27]  Ibid., 1917..

Le Moyen Âge central (phase écologique gla 10)

47

Les pratiques agro-pastorales s’accentuent encore avec une céréaliculture qui ne cesse de prendre de l’ampleur (les céréales atteignent leur taux optimal accompagnées des adventices telles que le bleuet et le coquelicot) tandis que l’élevage poursuit son expansion (taux maximal de plantain et des Composées). Ces événements vont de pair avec une densification de l’emprise humaine liée à un développement de plus en plus important du secteur du fait de la présence de la rivière, La Mayenne, constituant un axe privilégié sur lequel se fixent les principales agglomérations [28][28]  Pichot, 1995. Ainsi, la réunion de deux bourgs (Bourg-Chevreau et Bourg Saint-Martin) autour de l’élément fixateur que constitue le château de Laval, construit dans la première moitié du xi e siècle, aboutira dès la fin du xii e siècle à la fondation d’une véritable petite ville.

48

Les thèses anciennes des historiens proposent pour cette époque un système agricole fondé, selon eux, « sur l’union des champs ou, si l’on veut, du bocage, des landes et des forêts » et « c’est un système agricole complet et bien équilibré ; en d’autres termes il paraît stable » [29][29]  Musset, 1917.. Pourtant, dès le début de gla 10, ce que montre localement la palynologie est différent, car l’apparition des bruyères en quantité notable (callune et Erica) semble traduire un relatif déséquilibre. En effet, il est peu vraisemblable que les bruyères soient inféodées uniquement à la zone périphérique du marais, ce qui induirait un abandon de ce secteur et ainsi un manque à gagner en surface de prés de fauche et de pâturage au moment même où l’élevage prend un essor considérable, ce qui apparaît contradictoire.

49

En revanche, il est probable, compte tenu d’une production de plus en plus intensive que les terrains cultivés, le plus souvent ingrats et peu riches se soient appauvris rapidement. En effet, les terres agricoles de Glatinié en Changé reposent, du point de vue géologique, sur les schistes du synclinal du bassin de Laval, livrant des sols les plus lourds et les plus difficiles à travailler, dans lesquels par temps de pluie, les argiles du complexe d’altération se trouvent en état dispersé, donnant une structure compacte, asphyxiante, défavorable à la vie des racines et des micro-organismes. Le gain de nouvelles parcelles sur le système forestier étant impossible, compte tenu de sa surface très restreinte, il est alors nécessaire d’envisager une nouvelle organisation agraire, véritable mutation, et de laisser reposer successivement les terres, ce qui consiste à une mise en jachère de plus ou moins longue durée, jusqu’à vingt ans pour les terrains les plus pauvres [30][30]  Ibid., 1917. conduisant alors à l’établissement de véritables landes couvertes d’une végétation spécifique (bruyères, ajoncs, genêts) qui sera utilisée ensuite pour l’amendement (écobuage). Ces terrains servent le plus souvent alors de terrains de pâture.

50

En ce qui concerne le marais, seule une légère augmentation de l’humidité au niveau de la ceinture marécageuse, couverte essentiellement de Graminées et de Cypéracées et bordée de rares aulnes et bouleaux, semble discernable et à l’origine de l’implantation des espèces paludicoles ainsi que de sphaignes qui présentent un léger pic de sporulation.

51

La fin de gla 10 est marquée par une nette hausse du chêne et plus discrète du hêtre ce qui voudrait traduire un redéploiement du couvert forestier. Cet événement daté de 730 ± 45 B.P. [1228 (1286) 1380 après J.-C.] coïncide avec une volonté de contrôle et de gestion de la forêt qui s’incarne notamment dans un souci de meilleure rentabilité des espaces boisés, avec un système d’exploitation à intervalles réguliers par les seigneurs et les communautés, confirmant ce qui avait déjà été décelé suite à l’étude des sources écrites : « Dès le premier quart du xiii e siècle, la surveillance et les limitations se font jour pour sauvegarder la forêt et même interdire les défrichements » [31][31]  Pichot, 1995.. Il est d’ailleurs précisé à ce sujet : « Ce sont les usagers, y compris les paysans, qui perçoivent le risque et font arrêter la mise en culture » traduisant certainement l’abaissement des taux de l’ensemble des indicateurs polliniques d’anthropisation (céréales, adventices et rudérales).

Des Temps Modernes à nos jours (phases écologiques gla 11 et gla 12)

52

Le passage de la tourbe noire, dont le sommet est daté de 730 ± 45 B.P., à une tourbe un peu plus vaseuse à 40cm de profondeur datée de 155 ± 40 B.P. [1661 (1685, 1742, 1808, 1931, 1954) 1955 après J.-C.] traduit bien l’existence d’un hiatus de sédimentation. Ainsi, environ 600 ans d’histoire végétale, correspondant au bas Moyen Âge et au début des Temps Modernes, font défaut.

53

Les datations calibrées de 155 ± 40 BP ou de 145 ± 45 BP, présentant plusieurs pics de probabilité, ne sont pas assez précises et obligent à considérer deux hypothèses. Le reboisement entamé à la fin de la phase précédente (gla 10) semble être révolu. Ainsi, le taux des A.P., représenté principalement par le chêne (environ 15 %), redescend aux alentours de 25 %. Ce phénomène de diminution notable de la surface boisée apparaît comme une caractéristique de ces Temps Modernes.

54

Dans une première hypothèse, en acceptant les dates situant l’événement pendant la deuxième moitié, voire à la fin du xvii e siècle, les causes de cette nouvelle déforestation peuvent être nombreuses, mais « ce sont surtout les besoins de l’industrie qui détruisent les forêts » [32][32]  Musset, 1917.. Ceci prend tout son sens dans le cas de Glatinié puisque l’existence de mines de fer (au Nord de Changé), de forges mais également de carrières de pierres, d’une carrière d’ardoise et surtout de fours à chaux (au nombre de six) est attestée aux alentours de Changé au cours des xvii e et xviii e siècles [33][33]  Angot, 1910., témoignant d’une activité industrielle très dynamique et d’une population importante. Ainsi, « à la fin du xviii e siècle, il y a disette de bois et les plaintes sont générales » [34][34]  Musset, 1917..

55

Il faut également noter la présence non négligeable du châtaignier : son taux, relativement élevé ici, semble indiquer qu’il ne correspond plus uniquement à un taxon « cultivé » auprès de quelques habitations mais qu’il se comporte bien comme un élément constitutif du couvert forestier (on le retrouve d’ailleurs actuellement dans de nombreuses haies bocagères). Ainsi, l’augmentation de son pourcentage à la fin de gla 11, consécutivement à une chute du taux de chêne (ouverture du milieu entraînant un meilleur éclairement) conforte cette hypothèse.

56

Dans une deuxième hypothèse, on peut considérer que cette déforestation en gla 11 correspond à l’extrême fin du xviii e siècle et au début xix e siècle, ce qui corroborerait en outre la disparition du chanvre qui coïncide habituellement avec le déclin de l’industrie textile entamé au cours de cette même période.

57

En ce qui concerne les pratiques agro-pastorales, plusieurs évolutions sont constatées : l’élevage est stabilisé (taux des taxons rudéraux et des Graminées relativement constant) mais un certain nombre de modifications affectent les cultures. Si le chanvre n’est plus enregistré, par contre le sarrasin apparaît de façon marquée et se maintient [35][35]  Nassiet, 1998. alors que les céréales tendent à s’abaisser, confirmant son rôle croissant dans l’assolement pratiqué au Bas-Maine à cette période [36][36]  Sigaut, 1976.. En revanche, les taux des bruyères sont très faibles, bien que la pratique des jachères de longue durée soit une composante essentielle de l’assolement pratiqué dans le Bas-Maine jusqu’au début du xix e siècle : il est peu probable que la région de Changé y ait été soustraite.

58

L’absence des landes (Éricacées) marquerait alors les prémices de la révolution agricole par le chaulage des terres (dont l’apogée est atteinte à la fin de la première moitié du xix e siècle) : « L’emploi de la chaux comme amendement était parfois ignoré [avant le xix e siècle] ; mais en beaucoup de lieux on connaissait l’emploi de la marne et de la chaux pour l’amélioration du sol ; en quelques lieux, on avait même observé que la chaux détruisait les plantes des landes » [37][37]  Musset, 1917.. Cette phase mettrait ainsi en évidence une évolution du système agraire : la qualité des terres étant améliorée par l’ajout de chaux, le temps de repos nécessaire à leur régénération devient bien moindre et limite d’autant les périodes de friches.

59

On peut également imaginer que la pollinisation de ces végétaux soit limitée par une « exploitation de la lande ». Ainsi, au début du xix e siècle dans le Bas-Maine (mais il est possible que cette pratique soit plus ancienne) les ajoncs et les genêts, outre leur rôle de litière et d’engrais pour le sol, constituent, les jeunes rameaux une fois broyés et mélangés à du son ou de la farine, une excellente nourriture pour les animaux (chevaux, bœufs) [38][38]  Antoine, 1994.. Il est ainsi probable que les « coupes » des jeunes pousses n’épargnait pas les Éricacées et même qu’une véritable « sélection » s’opérait (arrachage systématique des bruyères ?) afin de favoriser le développement des genêts et ajoncs (dont la perception pollinique est d’ailleurs aussi quasiment nulle, les rameaux devant être étêtés avant la pollinisation).

60

Enfin, la dernière phase, gla 12, couvre la période la plus récente avec l’apparition de courbes continues de Gymnospermes (pin et sapin) correspondant à la « politique » d’enrésinement entamée au milieu du xix e siècle. Parallèlement, on constate que le déclin du chêne se poursuit à la faveur des Graminées qui se développent. Ceci traduit l’expansion du système prairial (augmentation des taux des Fabacées, des Renonculacées, des Composées, des trèfles, des potentilles et des Rosacées) consécutive à un développement de l’élevage, activité actuellement prépondérante dans la région. Quelques parcelles cultivées en céréales et sarrasin perdurent tout de même alentours.

61

*

62

* *

63

La palynologie apparaît comme une discipline utile à la compréhension de la couverture végétale et à la réflexion croisée à partir des différentes sources documentaires sur les relations que les sociétés anciennes ont entretenu avec la végétation. L’échelle locale du carottage impose de multiplier les observations sur un même espace (pour le Nord de la Mayenne l’étude se poursuit) afin de préciser les données. Les prélèvements effectués hors des sites d’occupation (d’habitat) permettent d’éviter les « biais » de lecture que présentent les échantillons intra-site. Cette présentation d’un document « source » a pour ambition de contribuer à nourrir la réflexion de la communauté des spécialistes du monde rural, en présentant les atouts, mais aussi les limites de l’exploitation de données « invisibles » pour la compréhension des relations qu’ont entretenu les sociétés rurales avec le milieu végétal.


Annexe

Glossaire

64

Adventice : en agriculture, plante qui pousse spontanément dans une culture.

65

Anthropique : ce terme qualifie les phénomènes qui sont provoqués ou entretenus par l’action consciente ou inconsciente de l’homme. En écologie, dans les espèces végétales anthropiques on distingue : les céréales et autres plantes cultivées (sarrasin, chanvre, lin, noyer, vigne, châtaignier), les adventices avec les messicoles et les apophytes, les rudérales (ou nitrophiles).

66

Anthropochores : se dit de plantes rudérales ou adventices, répandues involontairement par l’homme.

67

Apophyte : plante autochtone qui apparaît après la mise en culture d’une terre.

68

Céréales : graminées cultivées : blé, seigle, etc.

69

Chronozones : zonation basée sur une chronologie absolue, valable à une échelle au minimum régionale et calée par des âges radiocarbone conventionnels (Before Present). Les chronozones ont une signification climatique et sont au nombre de cinq pour l’Holocène (Préboréal, Boréal, Atlantique, Subboréal, Subatlantique).

70

Composées (mais aussi Caryophyllacées, Chénopodiacées, etc.) : familles regroupant des végétaux à caractères voisins.

71

Cypéracées : famille de monocotylédones comportant des espèces croissant dans les prairies humides, les tourbières et autres zones palustres.

72

Édaphique : se dit de ce qui a trait à un facteur écologique lié au sol, par exemple humidité édaphique.

73

Épiphyte : se dit d’un végétal qui croit sur une plante, sans la parasiter.

74

Espèce colonisatrice : espèce végétale s’implantant dans un milieu à la suite d’une déforestation ou de l’abandon d’un terrain cultivé.

75

Héliophile : se dit d’une plante qui recherche la lumière

76

Landes : formation végétale où dominent les bruyères et quelques espèces ligneuses (ajonc, genêt).

77

Messicoles : plantes herbacées annuelles accompagnant les champs de céréales, par exemple le bleuet et le coquelicot.

78

Néolithique : période archéologique se situant de 6000 à 2500 avant J.-C.

79

Nitrophile : se dit d’une plante qui recherche les sols riches en azote.

80

Polypodiacées : famille regroupant la majorité des fougères actuelles dont le Polypode.

81

Prairiales (espèces) : plantes herbacées composant la prairie

82

Rudérales : espèces ou groupement végétal vivant dans les décombres, sur le bord des chemins ou à proximité des points d’occupation humaine.

83

Taxon : groupe systématique de rang varié constitué par l’ensembles des entités qui répondent à des caractéristiques communes.


Récapitulatif des datations radiocarbone effectuées au cours de l’étude

N° de laboratoire

Profondeur (cm)

Type de matériel analysé

Âge (B.P.)

Âge calibré* (2s)

A-9951

25 - 27,5

Tourbe brune

145 ± 45

1661 (1687, 1735, 1811, 1927, 1954) 1955 après J.-C.

A-9871

37,5 - 40

Tourbe noire ± vaseuse

155 ± 40

1661 (1685, 1742, 1808, 1931, 1954) 1955 après J.-C.

A-9952

45 - 47,5

Tourbe noire

730 ± 45

1228 (1286) 1380 après J.-C.

A-9872

72,5 - 75

Tourbe noire

1035 ± 45

896 (1012) 1152 après J.-C.

A-9873

92,5 - 95

Tourbe noire

1170 ± 75

679 (886) 1017 après J.-C.

Beta-127238

125 -127,5

Tourbe noire

1650 ± 60

252 (415) 549 après J.-C.

A-9874

137,5 - 140

Tourbe noire

1935 ± 90

154 avant J.-C. (78 après J.-C.) 322 après J.-C.

A-10021

153 - 156

Tourbe noire

2055 ± 90

359 avant J.-C. (43 avant J.-C.) 133 après J.-C.

A-10022

187,5 - 190

Tourbe noire ± vaseuse

3435 ± 95

1971 (1738, 1711, 1708) 1514 avant J.-C.

A-8737

212 - 218

Tourbe noire

5035 ± 70

3976 (3894, 3887, 3798) 3665 avant J.-C.

[*]

calibration d’après Stuiver et Reimer, 1993.

84

Ce travail est intégré au programme cnrs-pevs/sedd : « Interactions sociétés/milieux dans le bassin versant de la Loire depuis le Tardiglaciaire », piloté par l’umr 7041 : « Archéologie et Sciences de l’Antiquité », équipe « Archéologie environnementale ». Il est soutenu et financé par le cnrs-pevs/sedd depuis 1997.


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  • Sigaut, François, « Pour une cartographie des assolements en France au début du xix e siècle », Annales esc , xxxi, 3, 1976, p. 631-643.
  • Stuiver, Minze, et Reimer, Paula-J., « Extended 14C database and revised calib radiocarbon calibration program », Radiocarbon, 35, 1993, p. 215-230.
  • Visset, Lionel, « Recherches palynologiques sur la végétation pléistocène et holocène de quelques sites du district phytogéographique de Basse-Loire », Bulletin de la Société des Sciences Naturelles de l’Ouest de la France, supplément hors série, Nantes, 1979, 282 p. ;
    —, « La tourbière de Landemarais en Parigné (Ille-et-Vilaine, France) – 2. Étude pollinique », Lejeunia, nouvelle série 129, 1989, p. 16-26.

Notes

[*]

umr 6566 du cnrs (Civilisations atlantiques et archéosciences), Laboratoire d’Écologie et des Paléoenvironnements atlantiques. Faculté des sciences et des techniques, 2 rue de la Houssinière, BP 92208, 44322 Nantes cedex 3 – e-mail : geminaecol@ svt. univ-nantes. fr

[**]

umr 7041 du cnrs (Sciences de l’Antiquité – Équipe Archéologie et Environnement), Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne. Maison de l’archéologie et de l’ethnologie René Ginouvès, 21 allée de l’Université, 92023 Nanterre Cedex – e-mail : Jburnouf@ aol. com

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[11]

BP : Before Present, la date de référence étant par convention l’année 1950.

[12]

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Résumé

Français

Le sondage de la tourbière de Glatinié, localisée au nord de la ville de Laval (Mayenne), a livré 2 m de sédiments qui révèlent l’évolution de la pression anthropique sur le milieu végétal depuis le Néolithique jusqu’à nos jours. Dès la base du diagramme pollinique (5035 ± 70 b.p.), les premières traces de céréales sont détectées. Durant l’âge du bronze, les coteaux environnants subissent une première phase de défrichement, mais il faut attendre le second âge du fer vers 2300-2400 b.p. pour enregistrer des activités agro-pastorales. Après une déprise agricole pendant le Bas-Empire, une recrudescence des pratiques culturales et d’élevage est marquée, corrélativement à un déboisement drastique qui aboutit à un milieu « ouvert ».

Mots-clés

  • anthropisation
  • défrichements
  • Massif armoricain
  • paléoenvironnement
  • palynologie

English

A core sample from a peat bog north of Laval contained 2 m of deposits, which allowed changes in anthropic pressure in the area to be studied from the Neolithic Age until present times. The first traces of cereals were detected from the base of the pollen diagram (5035 ± 70 b.p..), indicating early human activity. During the Bronze Age, the surrounding hillsides underwent a first clearing phase, although it was not until the Second Iron Age (around 2300/2400 b.p.) that a marked development of agricultural and pastoral activities was recorded. After an absolute abandonment of agriculture in the late Empire, a marked increase in farming and herding occurred, together with drastic clearing of all the forests, which created an extremely « open » environment.

Keywords

  • anthropisation
  • clearings
  • Massif armoricain
  • palaeoenvironment
  • palynology

Plan de l'article

  1. L’intérêt d’une analyse palynologique
    1. Diagrammes polliniques et zonations
    2. Diagramme société/végétation (source 123)
    3. Interprétation chronologique et histoire de la végétation
    4. Le Néolithique (Phase écologique gla 1)
    5. L’âge du Bronze (phase écologique gla 2c)
    6. Le passage Bronze final/Hallstatt (Phase écologique gla 3)
    7. Le second âge du fer (Phase écologique gla 4)
    8. La période gallo-romaine (phases écologiques gla 5, gla 6 et gla 7)
    9. Le haut Moyen Âge (phases écologiques gla 8 et gla 9)
    10. Le Moyen Âge central (phase écologique gla 10)
    11. Des Temps Modernes à nos jours (phases écologiques gla 11 et gla 12)

Pour citer cet article

Barbier Delphine, Visset Lionel, Burnouf Joëlle, « Une source pollinique et son exploitation. À propos de la tourbière de Glatinié (Mayenne)», Histoire & Sociétés Rurales 2/2002 (Vol. 18) , p. 137-158
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2002-2-page-137.htm.


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