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Histoire & Sociétés Rurales

2002/2 (Vol. 18)


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À propos d’« Olivier Diouron, paysan trégorrois », (Yann Lagadec, Histoire et Sociétés Rurales 17, 1er semestre 2002, p. 187-217)

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Yann Lagadec a eu le grand mérite d’attirer notre attention sur un exemple qui n’est certainement pas unique, mais au contraire représentatif, sinon d’une politique systématique et concertée, du moins d’un procédé récurrent auquel les élites ont eu recours tout au long du xix e siècle. Dans un domaine différent, on peut penser au prix Montyon, institué en 1782. En agriculture, et plus précisément dans le domaine restreint des labours, le cas d’école est peut-être celui de Jean-Joseph Grangé (an xii-1867) qui, à la différence de Le Diouron, eut une renommée nationale. Grangé et sa charrue sont cités dans le Cours d’agriculture de Gasparin (1843, vol. iii, p. 161), dans la Maison rustique du xix e siècle (1844, vol. i, p. 191-192) et dans une foule d’autres publications de la même époque. Et le fait que Grangé soit présenté comme « un simple valet de charrue » (alors qu’il était artisan) ne fait qu’accentuer l’aspect héroïque, pour ainsi dire, de son invention. On ne sait pas grand-chose de sa vie ; on sait seulement qu’il est né à Harol (Vosges), qu’il résida à Monthureux-sur Saône et qu’il mourut à Rennes où, on ne sait pourquoi ni comment, il s’était retiré. Il est hors de doute qu’il y a eu en France d’autres Grangé, et surtout d’autres Le Diouron, dont l’article de Yann Lagadec suscitera, je l’espère, la réapparition.

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Mais Grangé et Le Diouron n’ont pas seulement en commun d’avoir été « héroïsés ». Ils se sont aussi attaqués l’un comme l’autre à un problème épineux : la modernisation des techniques de labour, le perfectionnement des charrues. Problème épineux et surtout obscur, surtout dans le cas du second, parce que dans le Trégor comme dans presque tout l’Ouest de la France, on labourait en sillons. Ce n’est pas ici le lieu d’analyser cette technique, très spécifique, complexe, variable d’une localité à une autre, mais très rarement décrite et habituellement très mal comprise. Le point important, c’est que passer du labour en sillons au labour à plat, ce n’était pas une mince affaire. De proche en proche, c’était tout le système de culture qui s’en trouvait bouleversé, pour des bénéfices qui, dès lors, devenaient bien incertains car bien difficiles à apprécier. On conçoit que le changement n’ait été que fort lent, et que les pionniers comme Le Diouron n’aient guère été suivis. Mais pour expliquer véritablement tout cela, il faudrait entrer dans des détails qui, jusqu’ici, ont rebuté les agronomes aussi bien que les historiens ou les géographes.

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Qu’on me permette cependant de revenir sur un de ces détails. Lorsqu’il parle de jachère, Yann Lagadec désigne en réalité ce qu’il vaudrait mieux appeler pâtis, à défaut d’un terme local qui a dû exister. Un pâtis, en bref, c’est une parcelle laissée en chaumes assez longtemps pour que le croît naturel de l’herbe en fasse un pâturage. La véritable jachère, en revanche, avait disparu depuis bien longtemps dans la région de Guingamp, comme presque partout ailleurs en Bretagne, au début du xix e siècle. Elle avait été remplacée, ou occupée si on préfère, par le sarrasin. Or cette substitution ne dérangeait pas fondamentalement le rythme des labours, ce qui explique que, bien que disparue, la place de la jachère soit encore facilement reconnaissable dans les rotations. Le sarrasin occupant la jachère venait comme celle-ci toujours en tête de rotation, avant les blés d’hiver (seigle, etc.), alors que le pâtis venait en queue.

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François Sigaut

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82 ter, boulevard. Gambetta, 93130 Noisy-le-Sec.

À propos de « Droits d’eau et institutions communautaires dans les Pyrénées-Orientales » , (Thierry Ruf, Histoire et Sociétés Rurales 16, 2e semestre 2001, p. 11-44)

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Mon attention a été retenue par l’article paru dans le numéro 16 de votre revue (deuxième semestre 2001) portant sur « Les tenanciers des canaux de Prades, xiv e-xx e siècle). Ayant des attaches dans cette région, j’ai eu moi-même une expérience concrète de ces problèmes d’irrigation et j’ai eu l’occasion d’explorer quelques papiers concernant ce domaine. L’article considéré n’est pas sans mérites : l’auteur a en particulier consulté des archives peu connues comme les archives syndicales des associations d’arrosants. Cependant, le résultat de ces travaux appelle de ma part des réserves que je ne peux évoquer ici que très succinctement.

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J’ai noté un certain nombre d’erreurs d’interprétation. Il est écrit par exemple : « Les canaux en gestion privée déléguée au xviii e siècle ont failli tomber dans les mains des industriels ». On voit donc surgir en filigrane un grand mouvement d’essor capitaliste tendant à déposséder les paysans arrosants. En fait, il ne s’agit pas de cela : si la gestion de plusieurs canaux de la province fut confiée à des fermiers au cours du xviii e siècle, c’est tout simplement parce que la régie directe par les seigneurs ou par les communes était un fiasco, l’incurie était générale, les canaux mal entretenus et la foire d’empoigne et la violence constituaient l’ultima ratio du droit à l’arrosage. On avait voulu se débarrasser du problème mais les fermiers ne firent pas mieux et laissèrent, si l’on ose dire, laisser les choses aller à vau l’eau quand ils ne firent pas faillite.

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Toute l’histoire des canaux est une longue suite de conflits entre l’amont et l’aval (et pas seulement au xviii e siècle !), entre utilisateurs concurrents du même canal, entre moulins hydrauliques et paysans. La consultation des archives judiciaires est sur ce point indispensable pour comprendre comment les choses se passaient sur le terrain et pas seulement sur le papier. Les violences liées aux querelles d’arrosage ont probablement connu un pic entre 1750 et 1850, maximum lié sans doute à la pression démographique et au développement de nouvelles cultures dans le regatiu comme par exemple le haricot.

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L’entêtement qui consiste (jusqu’à nos jours parfois) à se réclamer de titres particuliers autorisant à détourner l’eau des rivières masque simplement le fait qu’on ne veut pas remettre en cause des situations acquises généralement fondées sur des textes archaïques, incomplets, vagues, contradictoires et parfois apocryphes qui permettent toutes les interprétations et toutes les légitimations des innombrables usurpations historiques.

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Le problème de fond est que les seigneurs ou les rois d’Aragon et leurs successeurs ont vendu, pour des raisons fiscales ou politiques, une eau qui n’existait pas ou pas en suffisance au moment où on en avait besoin. La seule solution équitable et ordonnée ne peut consister qu’en une gestion de l’ensemble du bassin versant et prenant en compte les différents types de besoins tout au long du fleuve. C’est ce que les agences de l’eau s’efforcent de faire de nos jours.

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Ces problèmes se sont aujourd’hui apaisés (provisoirement peut-être) pour des raisons diverses. Mais lorsqu’on nous signale que les arboriculteurs d’aujourd’hui, pompant l’eau quand ils veulent pour un arrosage sous pression, déclarent qu’ils ne font qu’« avancer leur heure », je regrette que l’enquêteur se soit contenté d’une aussi plaisante assertion. Il s’agit en fait d’une anarchie tolérée parce qu’il y a beaucoup moins d’arrosants, qu’on a construit un barrage réservoir considérable à Vinça pour les besoins de la basse vallée, parce qu’on a multiplié les pompages directs dans les nappes phréatiques, etc.

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La puissance publique a calmé le jeu en injectant beaucoup de crédits. Assez récemment, j’ai eu l’occasion de poser une question à un fonctionnaire en responsabilité. « Pourquoi remplace-t-on un arrosage par gravité, à peu près gratuit, par un arrosage sous pression qui suppose des investissements coûteux ? » La réponse a été sans ambiguïté : « Parce que c’est nous qui payons. »

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Michel Brunet

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7 allée des Chênes, 31240 L’Union.

Plan de l'article

  1. À propos d’« Olivier Diouron, paysan trégorrois », (Yann Lagadec, Histoire et Sociétés Rurales 17, 1er semestre 2002, p. 187-217)
  2. À propos de « Droits d’eau et institutions communautaires dans les Pyrénées-Orientales » , (Thierry Ruf, Histoire et Sociétés Rurales 16, 2e semestre 2001, p. 11-44)

Pour citer cet article

« Addenda », Histoire & Sociétés Rurales 2/2002 (Vol. 18) , p. 187-189
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2002-2-page-187.htm.


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