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Histoire & Sociétés Rurales

2002/2 (Vol. 18)


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Dans les textes du xviiie siècle qui traitent de l’amélioration des pratiques agricoles, l’attitude envers le travail tient une place importante. Cherchait-on alors des raisons au refus d’accepter les propositions des agronomes qu’on évoquait inévitablement la « routine » – alten Schlendrian – de la société rurale. Or, en incitant à travailler davantage, il y avait une chance de convaincre les générations à venir d’adopter les nouvelles méthodes pour augmenter la production, mais aussi de discipliner les comportements des paysans.

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Selon Friedrich Casimir Medicus, directeur d’une académie caméraliste palatine – la Kameralhochschule, à Kaiserslautern –, les paysans n’y étaient point insensibles :

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« Le travail continu est une nécessité pour eux ; ils ne sauraient que faire de leurs journées s’ils n’avaient pas la possibilité de travailler [1][1]  Hippel, 2000, p. 225.. »

Un pourfendeur de l’agronomie nouvelle : Isaak Maus

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L’essai Etwas über Ackerbau und Landwirthschaft ; die Beförderung des ländlichen Wohlstands betreffend (Quelques indications sur l’agriculture et l’économie rurale : les progrès du bien-être dans les campagnes), publié en 1788, constitue l’une des rares réactions directes d’un cultivateur du xviii e siècle aux propositions qui foisonnaient pour améliorer les méthodes agraires [2][2]  Maus, 1788.. L’auteur, Isaak Maus (1748-1833), exploitant à Badenheim près de Mayence, était déjà connu en tant que poète paysan depuis ses publications de 1786. Dans l’argumentation qu’il propose, le rôle du travail est central, et c’est en qualité de praticien qu’il réplique aux théories des agronomes.

Une économie paysanne sous tension

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Maus défend la pratique agricole traditionnelle. Il dénonce les risques des nouvelles méthodes : une forte tension de l’économie paysanne en raison des besoins accrus en personnel et en bétail. Les labours, qu’on devait multiplier dans les cultures continues, allaient devenir tributaires des longues saisons de pluie ou de sécheresse. Les dégâts causés par le gel, l’eau et la grêle menaceraient l’existence des paysans. La mauvaise végétation du trèfle pourrait les ruiner, s’ils devaient acheter du fourrage pour un bétail plus nombreux. Il ne s’agissait pas là de risques inconnus, qu’il était possible de surmonter dans l’exploitation agricole traditionnelle, car la productivité du travail était loin d’y être maximale :

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« Un malheur de cette nature n’est pas une catastrophe pour nous ; c’en est une pour lui (le paysan qui pratique les nouvelles méthodes) [3][3]  Ibid., p. 33.. »

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Maus tient compte des risques naturels qui, même s’ils ne se produisent pas chaque année, restent toujours à redouter. Il inventorie tous ceux avec lesquels il fut confronté dans ses 12 années d’activité agricole, particulièrement redoutables pour une exploitation sans jachère : une épizootie, deux hivers rigoureux, quelques grandes inondations, deux chutes de grêles, trois périodes de gel en mai. Il rapporte aussi les conséquences directes des nouvelles méthodes pour la famille paysanne. Sans expérience de gestion à long terme, le paysan est submergé avec une exploitation qui compte plus d’hommes, plus de bétail, plus de recettes et plus de dépenses :

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« Il y a des affaires plus compliquées que celles auxquelles il est habitué, et il n’a pas le temps de s’informer, de voyager, de réfléchir. »

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En cas de maladie du chef d’exploitation ou de son épouse, il est impossible de venir à bout du surplus de travail, car il ne faut plus compter sur les domestiques tandis que dans le système traditionnel il y a les parents et les voisins, qui ont le temps d’aider lors des situations de crise [4][4]  Maus, 1788, p. 30f..

Une asphyxie de la cellule familiale

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Un autre problème tient au défaut de communication intra-familiale quand elle devient uniquement fonctionnelle. Or les changements préconisés dans les pratiques agricoles rejaillissaient aussi sur le fonctionnement interne de la cellule familiale :

« La nouvelle méthode agricole pèse tant sur le chef de la famille, qu’il ne peut parler avec les siens qu’ainsi : aujourd’hui on doit faire ça et demain ceci. Se peut-il que fouiller dans le sol soit la seule destination du paysan ? Il ne peut s’occuper des autres choses, il ne peut écouter les questions de ses chers enfants ni leur répondre bien que ce soit la plus grande béatitude d’un père dans ce monde [5][5]  Ibid., p. 38.. »

L’une des caractéristiques de l’économie paysanne traditionnelle, selon Maus, tient à la limitation des risques par la modestie des frais d’exploitation et de la productivité, ce qui laisse du temps pour les contacts sociaux et familiaux.

Les bienfaits de l’« économie encadrée »

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On rejoint ici la vision de Dieter Groh face à l’économie de subsistance. Dans un texte très connu dans l’historiographie allemande, Groh insiste sur les notions de réduction des risques, de basse productivité et de disponibilité du temps libre [6][6]  Groh, 1992.. À ce modèle, qui garantit la survie de la plupart des ruraux, Maus oppose l’image effrayante d’un producteur guidé par le profit : tourmenté par l’avenir, il envisage toujours sa ruine prochaine ; enchaîné à son travail comme un prisonnier à ses chaînes, semblable à son cheval de trait, le voilà l’homme le plus misérable du monde [7][7]  Maus, 1788, p. 37.. L’auteur appuie son raisonnement sur une comparaison des récoltes et des charges de travail dans des exploitations de 40 Morgen (10,5 ha environ) avec ou sans jachères [8][8] Le Morgen, mesure de surface, variait sous l’Ancien.... Pour adopter les nouvelles méthodes, il serait nécessaire d’accroître le personnel (au moins deux personnes), le bétail, la taille des bâtiments, le parc de véhicules, le nombre des attelages. Or la modestie des gains de production obtenus par la mise en culture continue ne justifie pas cet excédent de travail et de frais.

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Dans l’alternative qu’il suggère aux propositions des agronomes, Maus postule la rationalité de la pratique traditionnelle, qu’il ne réduit pas aux éléments économiques, mais qu’il interprète dans le sens d’une « économie encadrée » [9][9]  Polanyi, 1990..

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Les conséquences effectives des transformations de la pratique agricole étaient-elles vraiment aussi importantes pour les familles paysannes ? Le scepticisme d’Isaak Maus était-il justifié ? Telles sont les deux questions qui vont nous guider en examinant les campagnes de la Hesse-Rhénanie aux xviii e et xix e siècles (cartes 1 et 2).

Carte 1  - Localisation des villages étudiés Carte 1
Carte 2  - Les campagnes de Hesse-Rhénanie à la fin du XVIIIe siècle Carte 2

Détail de Kriegs-Theater der teutschen und franzoesischen Graenzlanden zwischen dem Rhein und der Moselle, par Peter Dexarat (1794)

Une révolution agricole au tournant du xviii e et du xix e siècle ?

Au départ : des campagnes favorisées

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À la différence de l’historiographie française, qui discute de l’existence d’une « révolution agricole » avant l’usage des engrais chimiques, l’amélioration des semences et la mécanisation de la deuxième moitié du xix e siècle, les ouvrages allemands sur l’histoire agraire n’utilisent point le terme pour le xviii e et le début du xix e siècle : ils évoquent seulement l’essor ou l’intensification de l’agriculture [10][10]  Abel, 1962 ; Abel, 1978; Ennen et Janssen, 1979 ;.... Hans-Ulrich Wehler se hasarde bien à discuter la question d’une révolution agricole avant 1840 en connexion avec la révolution industrielle suivante : c’est pour dénier son existence en raison de l’insuffisance du taux de croissance [11][11]  Wehler, 1987, p. 49-53.. Pourtant, l’observatoire que nous avons choisi, la Hesse-Rhénanie, invite à s’écarter du modèle historiographique qui prévaut encore en Allemagne.

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On peut en effet confirmer les résultats des travaux de Jean-Marc Moriceau, qui a constaté un processus des transformations dans la seconde moitié du xviii e siècle dans les campagnes proches des villes, favorisées en matière de commercialisation des produits agricoles et d’approvisionnement en engrais. L’éventail et le rythme de ces transformations justifient la qualification de « révolution » ou au moins de « transition agricole » [12][12]  Moriceau, 1994.. Au tournant du xviii e et du xix e siècle, se produisit dans la Hesse-Rhénanie et le Palatinat, en quelques décennies, un essor agricole sans précédent qui mérite l’appréciation de « révolutionnaire ».

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Depuis longtemps la région avait été occupée et mise en valeur en raison de ses bonnes conditions naturelles : un sol de lœss très fertile et un climat fort doux. Les villages existent dès l’époque franque ; quant aux villes, Worms, Mayence, Bingen, déjà importantes à l’époque romaine, elles remontent aux Celtes. Le résultat de cette colonisation ancienne est l’exploitation intensive de la terre. Les campagnes du Palatinat et de la Hesse-Rhénanie présentent au xviii e siècle les caractères d’un paysage presque entièrement cultivé. En 1800, il n’y avait de superficie non exploitée que dans la plaine rhénane. Le dynamisme des échanges avec les marchés urbains provenait des avantages du trafic par le Rhin, de la route de Bâle à Nimègue et des voies de circulation est-ouest. Ces atouts indéniables en temps de paix pouvaient se révéler désavantageux en temps de guerre, parce que la région était immédiatement exposée.

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Le morcellement territorial de la région reflète ces conditions favorables. Depuis le démembrement du régime domanial au haut Moyen Âge, la superposition des droits sur la terre était extrême. L’appropriation des plus importants de ces droits dans une commune prépare parallèlement à l’intégration politique. L’Électeur palatin avait la suprématie territoriale dans le Sud et l’Ouest, celui de Mayence dominait le Nord. Mais, en même temps, subsistaient bien d’autres seigneurs territoriaux, comtes et barons, et des condominats. Jusqu’au xviii e siècle, la situation territoriale connut de multiples vicissitudes. En 1792-1793, de nombreux villages faisaient déjà partie de la République de Mayence ; après 1797-1798, toute la région, annexée à la France, entra dans le département du Mont-Tonnerre. Après l’époque napoléonienne, on créa la province de Hesse-Rhénanie qui faisait partie intégrante du grand-duché de Hesse-Darmstadt.

… mais à l’agriculture peu intensive

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Selon les agriculteurs progressistes et les agronomes qui voyagèrent au xix e siècle, le développement de l’agriculture en Hesse-Rhénanie au xviii e siècle et au début du xix e siècle était en cours. En 1834, dans la revue d’une association agricole – Zeitschrift für die landwirtschaftlichen Vereine des Großherzogthums Hessen (Journal des sociétés d’agriculture du grand-duché de Hesse) –, un vieil agriculteur anonyme se souvient de la situation agraire qui régnait jusque dans les années 1770 : l’assolement biennal, avec avant tout l’épeautre et le seigle, peu d’orge, d’avoine, de légumineuses et de colza [13][13]  Zeitschrift für die landwirtschaftlichen Vereine des.... Sur la jachère, on ne cultivait que 5 à 10 % de la sole avec des navets et des pommes de terre. On engraissait le sol avec le fumier de la stabulation de l’hiver, et sa quantité n’était donc pas suffisante. La rotation observée était la suivante :

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Dans le cas le plus favorable, on engraissait le sol tous les 8 ans, ailleurs jamais. En conséquence, la situation de l’élevage était mauvaise ; il n’y avait qu’une vache pour 15-20 Morgen (3,75-5 ha). Nourri insuffisamment, par de maigres pâturages, les chardons et le chiendent de la terre en friche en été et par les chaumes, rationné l’hiver en foin et en navets, le bétail était si faible qu’il pouvait à peine se lever au printemps.

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Ce tableau assez sombre des conditions agraires trouve une confirmation dans le récit de voyage de Johann Nepomuk Schwerz. En 1816, dans ses Beobachtungen über den Ackerbau der Pfälzer (Observations sur l’agriculture des habitants du Palatinat), l’agronome rappelle la situation qui prévalait 30 à 40 ans auparavant, alors qu’on n’engraissait les champs qu’une fois tout les 12 à 18 ans. Au milieu du xviii e siècle, le trèfle et l’esparcette – le sainfoin – restaient inconnus, la luzerne était peu cultivée, et sur 100 Morgen (25 à 27 ha) on pouvait nourrir seulement trois vaches maigres et quelques bœufs [14][14]  Schwerz, 1816, p. 170-171..

L’action d’un innovateur : l’anabaptiste Möllinger

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Les deux auteurs soulignaient qu’on devait la solution de ces problèmes graves à un seul homme, qui avait influencé par son comportement extraordinaire tous les agriculteurs de la région : David Möllinger, un anabaptiste dont les ancêtres s’étaient exilés de Suisse, et qui s’établit en 1744 à Monsheim près de Worms. Dans sa ferme, Möllinger installa une distillerie, une vinaigrerie et une brasserie. Avec les résidus de cette production il affourrageait les bovins et de ce fait, il introduisit le fumage des terres avec du purin, alors inusité en Hesse-Rhénanie. Il fit beaucoup d’expérimentations avec la culture de l’esparcette et la fertilisation avec le gypse ; il se rendit célèbre en introduisant le trèfle. Les résidus de la distillerie, de la vinaigrerie et de la brasserie permettaient la stabulation pendant toute l’année et l’abolition du jachère. Selon l’agriculteur anonyme du Zeitschrift, on commença à imiter les méthodes de Möllinger dans les années 1780. On se mit à accroître les cultures de sainfoin, de pommes de terre, de navets ; on installa des distilleries et on utilisa le purin comme engrais. Passé 1790, les paysans les plus conservateurs furent convaincus et ils commencèrent aussi à cultiver la pomme de terre et le trèfle. Mais comme l’engrais n’était malgré tout pas suffisant, on réduisit la jachère en intégrant dans la rotation des plantes améliorantes [15][15]  Zeitschrift für die landwirtschaftlichen Vereine des....

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Dans cet élan, le progrès de la productivité agricole devenait irréversible, les remèdes apportés aux problèmes de l’agriculture traditionnelle étaient simples et valaient la peine d’être imitées. La diffusion des idées nouvelles autour de Möllinger profita du succès de ses émules : dans toute la région il y avait d’autres agriculteurs, souvent des anabaptistes, qui effectuaient le travail de pionnier en adoptant ses méthodes. Aussi ne s’étonne-t-on pas qu’au début du xix e siècle, la région paraisse si développée aux yeux d’un agronome comme Schwerz par rapport aux autres campagnes de l’Allemagne.

L’intensification des cultures céréalières

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L’analyse détaillée du processus de la modernisation confirme les descriptions de Schwerz et du paysan anonyme, tout en permettant de relativiser la situation existante avant les réformes et de moduler le rythme du développement sur le plan social.

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L’extension des terres arables par les bonifications et le défrichement était la première condition de progrès. Le rythme de cette progression correspond à celui de la croissance de la population. De 1777 à 1791, en Hesse-Rhénanie du Sud, la surface utilisable augmenta de 0,28 % par an ; de 1792 à 1834, de 0,58 %, et de 1834 à 1853, de 0,19 %. Les taux de croissance de la population surpassèrent ceux de l’augmentation de la surface agricole (1777-1791 : 0,65 % par an, 1791-1835 : 1,21 %, 1835-1852 : 0,21 %) [16][16]  Mahlerwein, 2001, p. 171. Les autres moyens d’accroître les surfaces utilisables n’étaient pas réalisables sans une réforme radicale des pratiques agricoles, qui passait par l’abolition de l’assolement, de la jachère et de la pâture communale.

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Pour l’Alsace et le Palatinat, Jean Vogt a bien décrit le processus de l’intensification de la culture des céréales [17][17]  Vogt, 1960.. Du xvi e au xviii e siècle, il y eut un déplacement des cultures « pauvres » (le seigle, l’avoine) vers les cultures « riches » (tout d’abord l’épeautre, puis le froment, l’orge). La tendance ne se retrouve pas aussi nettement en Hesse-Rhénanie du Sud. La décision de cultiver d’autres variétés céréalières dépendait de la qualité des terroirs et du climat, mais aussi des besoins des producteurs. Pour assurer la subsistance des ménages paysans, la culture du seigle était sans grand risque. La lente diffusion du froment s’explique par son besoin d’engrais et par un rendement assez bas, qui le rendait profitable pour la commercialisation, mais plus risqué pour l’alimentation des exploitants.

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L’économie de subsistance des petits et moyens producteurs imposait une céréaliculture diversifiée. Pour la région considérée on ne peut pas confirmer le modèle de Jean Vogt. De même, on ne peut vérifier l’hypothèse que les grands fermiers, qui produisaient pour le marché, cultivaient de préférence le froment. La récolte céréalière des 18 exploitants les plus riches d’Alsheim en 1770 – année de crise –, était composée de 2,68 % de froment (la moyenne de tous les producteurs : 2,32 %), 37,57 % de seigle (les autres producteurs : 37,76 %), 21,16 % d’épeautre (23,91 %) et 38,59 % d’orge [18][18] Stadtarchiv Worms 232/842, Ernteliste 29.8.1770.. Avec 16,35 % de froment, le fermier anabaptiste Daniel Schmitt se distinguait d’une manière frappante de ses collègues. Quelques années plus tard la préférence des agriculteurs riches pour le froment était plus évidente : à Heßloch en 1796 ceux qui cultivaient plus de 10 Morgen (2,5 ha) récoltaient le froment sur 23,21 % de leurs terres arables alors que la moyenne de tous les producteurs n’était que de 18,27 %. L’un des paysans les plus riches consacrait 47 % de ses terres au froment [19][19] Gemeindearchiv Heßloch ii, 1, Bericht über die Agr....

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S’il y avait un développement en direction des variétés de céréales les plus riches, il était animé par des paysans isolés avant d’être imité par les autres producteurs riches. Ainsi peut-on faire l’hypothèse que l’adoption de cultures riches comme le froment est l’indice d’une économie commerciale tandis qu’une agriculture traditionnelle, qui produisait certes pour le marché, devait d’abord répondre aux besoins de subsistance. En conséquence, l’accroissement du froment au xix e siècle (1850 : 20-30 % des terres arables) n’est pas seulement un indice du progrès agricole, mais également du développement social, alors qu’augmentait la partie de l’agriculture orientée vers la commercialisation.

L’accroissement des rendements

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Parallèlement à l’intensification de la sole céréalière, un autre processus était en marche, dont l’analyse peut fournir des arguments pour l’existence du progrès agricole : l’accroissement des rendements. De 1783 à 1793, on récoltait dans les villages près du Rhin seulement 7,88 hl de seigle par ha (3,27 pour 1) ; à Pfeddersheim et Pfifflighei, près de Worms, sur des meilleures terres, les récoltes grimpaient respectivement à 13,64 et 10,14 hl par ha [20][20]  Mahlerwein, p. 198-199.. Isaak Maus écrivait que dans le nord de la Hesse-Rhénanie, le rendement à la semence était de 6,6 pour 1 dans les cultures avec jachère et de 3 pour 1 dans les cultures permanentes [21][21]  Maus, p. 42-43, p. 213-215.. Les bas rendements sur les terroirs proches du Rhin offrent d’éventuels indices d’un épuisement des sols.

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Compte tenu des rendements de 7 à 13 hl par ha observés dans les deux dernières décennies du xviii e siècle, le fait que l’on rencontrât peu après 1800 des rendements de 20 hl en moyenne, ne peut qu’étonner. Déjà, en 1801, on récoltait 21,75 hl (7,5 pour 1) à Offstein près de Worms [22][22] Stadtarchiv Worms 240/141, Statistiken zu Bodennutzung.... David Möllinger, le petit-fils du pionnier de l’agriculture palatine, qui était un des agriculteurs les plus avancés de son temps, obtenait de 1803 à 1812 des rendements de 29,99 hl (1/16,6) en moyenne, mais naturellement il s’agissait de records [23][23]  Schwerz, p. 153-158.. La statistique du maire d’Alsheim en 1813 confirme le changement intervenu depuis 1793 : en 1813 on avait récolté 26 hl par ha (15 pour 1), les autres années 24,22 hl (14 pour 1) [24][24] Stadtarchiv Worms 232/500, Korrespondenzenbuch der....

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En 1826, pour établir les impôts fonciers on effectua à Bechtheim un classement des terres. Pour les terres de la première classe on espérait des récoltes de 28,16 hl, pour les terres de la deuxième classe 25,6 hl, tout en adoptant 2,56 hl par ha pour les semences (12/1, 10/1) [25][25] Gemeindearchiv Bechtheim, ix 103.. Jusqu’à la seconde moitié du xix e siècle, il n’y eut pas de changement notable dans les rendements moyens.

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Que dans les deux décennies qui ont précédé et suivi 1800 les rendements aient doublé ou triplé et que les différences se soient estompées entre finages différents, mérite qu’on s’en explique. En dehors des améliorations indéniables de la pratique agricole, l’introduction des rotations avec le trèfle et l’augmentation des volumes d’engrais, on peut supposer que le développement avait des raisons sociales. Le déclin de la production du blé pour l’autoconsommation a joué un rôle. Si les petits agriculteurs s’étaient contentés de produire du blé, en améliorant la fertilisation, les rendements en moyenne auraient augmenté. Pour soutenir cette hypothèse, il faut vérifier que les petits paysans avaient des rendements inférieurs à ceux de leurs collègues à la fin du xviii e siècle et que c’étaient ces rendements modestes qui déterminaient la moyenne. Si l’on arrive à démontrer que la culture du blé s’était répandue chez les moyens et grands exploitants avec de meilleures possibilités de fumage et qu’il existait une alternative de subsistance pour les petits exploitants, artisans et journaliers dotés de peu de terre, l’augmentation révolutionnaire des rendements devient plausible.

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La mise en culture de la jachère avec des légumineuses, que Jean Vogt considère comme le second élément dans la phase initiale de l’intensification, était dans notre région un processus plutôt lent : en Hesse-Rhénanie, quelques plantes allaient des jardins à la sole de la jachère. Dans le siècle qui a suivi son introduction (vers 1730), la pomme de terre conquit un cinquième des terres arables, transformant les modes d’alimentation de l’homme et du bétail, augmentant les marges nutritionnelles pour répondre à la croissance démographique [26][26] Dans l’historiographie allemande et suisse, on débat.... Sans surprise, la « belle américaine » représenta une production alimentaire alternative tout en soulignant que l’accroissement énorme des rendements avait également des racines sociales. Pommes de terre, navets et colza supplantaient les vieilles productions sur la jachère. Au milieu du xix e siècle il y avait moins de 1 % des terres à porter des lentilles, des haricots, des vesces, des choux et du chanvre. Ces plantes, dont l’importance pour l’agriculture s’était réduite, étaient reléguées dorénavant dans les jardins. En revanche, jusque dans la décennie de 1840, un quart voire un tiers des terres arables restèrent voués à la pomme de terre, au navet et au colza.

L’abolition de la jachère

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Après l’intensification de la sole céréalière et l’accroissement des rendements, l’abolition de la jachère constitue la troisième face de la modernisation agricole. À partir de quel moment la plupart des agriculteurs adoptèrent-ils la rotation continue ? On ne saurait le dire exactement. Selon l’agriculteur anonyme, depuis 1780-1790, beaucoup d’exploitants imitaient les pratiques expérimentales que Möllinger avait initiées au milieu du xviii e siècle.

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Les premiers témoignages précis de rotations modernes sont des statistiques de 1811 et le récit de voyage de Schwerz. Les statistiques de 1811 donnent des renseignements sur les différents types de rotation pour onze villages du canton de Pfeddersheim [27][27] Stadtarchiv Worms 49/419.. Il y avait alors des systèmes différents : 3 à 6 années avec du grain, 1 à 4 années avec du trèfle, 1 à 2 années avec du colza, souvent une année de pomme de terre ou de navet et toujours une année de jachère. Comparons avec la rotation biennale ou triennale. En 1811, nous trouvons moins d’années à porter des grains, mais une réduction de la jachère de cinq ou trois années à une. Et voilà gagnées deux ou trois années de pommes de terre, de navets ou de colza, ce qu’interdisait le vieux système. La culture continue était rendue possible par la troisième plante de la nouvelle rotation : le trèfle. À part Möllinger et quelques autres pionniers anabaptistes, la culture des trois types de prairies artificielles – le trèfle rouge, la luzerne et le sainfoin – attendit le dernier tiers du xviii e siècle pour se diffuser dans le sud de la Hesse-Rhénanie [28][28]  Mahlerwein, 2001, p. 214.. Les premières données fiables dont on dispose datent de la décennie 1810. Dans le canton de Pfeddersheim, on cultivait le trèfle une à quatre années de suite et – selon Schwerz – 1 à 9 années dans les rotations longues de 8 à 18 années, signe d’une mutation fondamentale vers 1800.

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À partir de ce moment, la culture des prairies artificielles pluriannuelles aboutit à l’abolition des vieux systèmes d’assolement, biennal ou triennal. L’annuaire statistique de 1824, qui décrit la situation réelle, montre qu’on n’avait pas organisé tout le finage selon le nouveau système : si l’on peut conclure des données de 1811 et 1813 que l’éventail occupé par le trèfle allait de 10 % à 55,5 %, ce dernier n’occupait en moyenne que 14,4 % du sol dans 58 villages en 1824 [29][29]  Jerome, 1824, p. 58.. Dans 12 villages proches de la vallée du Rhin, riches de prairies naturelles et de pâtures, on ne produisait pas de trèfle ; dans 7 autres, il ne représentait pas 10 % des cultures. À cela deux raisons : des communes bien pourvues en fourrages naturels n’avaient pas besoin de prairies artificielles ; d’autres, constellées de petites exploitations, ne possédaient pas assez de terre pour expérimenter le trèfle sans mettre l’autoconsommation en danger.

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La coexistence de deux méthodes agricoles différentes, qu’on a constatée avec l’intensification différentielle de la culture du grain, l’accroissement inégal des rendements et l’introduction sélective de la pomme de terre, se retrouve avec la culture du trèfle. Il y avait l’économie des pauvres, qui possédaient peu de terre, devaient exploiter tous les champs pour la culture des produits alimentaires directement consommables, ne pouvaient pas augmenter les rendements au moyen du trèfle, et n’avaient ni l’argent pour les bâtiments ni le capital d’exploitation nécessaires. En dehors d’eux, émergeait un groupe d’exploitants qui réussissaient à accroître leurs rendements avec le trèfle, et qui pouvaient se risquer à réduire la part des plantes alimentaires dans leurs cultures.

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Certes, jusqu’aux années 1830, la jachère n’était pas entièrement abolie. Elle se maintenait dans quelques finages à cause de structures naturelles ou en raison du stade expérimental auquel se trouvait la production du trèfle dans certains villages. L’année de la jachère, qui supposait une lourde préparation du sol en labours et fumures, ouvrait souvent des cycles de rotations compliquées et pluriannuelles. Mais, en 1824, dans les 25 à 58 villages analysés, il y avait encore jusqu’à 45 % du finage en jachère, qui rappelaient les vieux assolements. Même un rénovateur de l’agriculture comme Schwerz ne nie pas que, dans certains cas, la jachère ait pu être rationnelle [30][30]  Schwerz, 1816, p. 226-230.. Cependant, dans la première moitié du xix e siècle elle avait disparu dans la plupart des villages de la Hesse-Rhénanie.

L’essor du cheptel

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De 1790 à 1830, il y eut aussi une transformation du cheptel, qui s’accrut, mais pas dans la même proportion que la population. La réduction évidente du terrain nécessaire pour l’élevage indique les éléments du changement : l’abolition de la pâture extensive, l’établissement de la stabulation d’été, d’autres possibilités de fourrage. Le développement du cheptel reflète la transformation sociale. Cependant la classe inférieure se consacrait de plus en plus au menu bétail, à l’élevage des porcs et des chèvres ; les agriculteurs riches pouvaient augmenter leur cheptel, produire plus d’engrais et augmenter les rendements céréaliers. Pour ce groupe, l’élevage n’était pas une branche spécifique de l’économie agricole, mais une charge nécessaire pour les travaux de trait et la production d’engrais. En conséquence, un important cheptel exprimait bien la volonté d’augmenter le capital animal. Pour répondre au processus d’intensification, un cheptel assez grand était indispensable, ce qui écartait les petits paysans de ce type de développement.

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L’évidence de toutes ces transformations, qui se déroulèrent dans une seule génération, justifie donc, à mon avis, l’expression de « révolution agricole » pour le Palatinat et la Hesse-Rhénanie autour de 1800.

Les conséquences de la mutation agricole

Le facteur travail : un objet de débats

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Les conséquences d’un tel changement pour l’organisation du travail agricole sont peu analysées par les auteurs. Dans les livres classiques de l’historiographie agraire allemande, le travail n’a qu’une portion congrue. Dans un bilan modèle d’une exploitation de Basse-Saxe en 1774, Wilhelm Abel souligne les frais qu’occasionnaient les ouvriers extérieurs, mais ne dit mot du travail de la famille paysanne [31][31]  Abel, 1962, p. 232.. Selon lui, on ne rencontre guère de progrès dans la sphère du travail à la fin du xviii e siècle et la quantité des ouvriers comptait davantage que la qualité du travail de l’individu [32][32]  Ibid., p. 299.. Pour Walter Achilles, par contre, l’intensité de la culture du sol s’accrut tout comme la productivité du travail depuis le xvi e siècle [33][33]  Achilles, 1991, p. 21, 79.. Or, dans ces bilans, il n’y a guère de place pour le travail de la famille exploitante.

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En revanche, dans les ouvrages de nature microhistorique, on tient compte du travail et de son rôle dans la vie quotidienne. Dans son essai d’une « économétrie du travail », Rainer Beck décrit les travaux d’une famille d’exploitants et de ses domestiques dans un village bavarois au début du xviii e siècle [34][34]  Beck, 1993, p. 207-216.. Avec son ouvrage pionnier sur le village souabe de Neckarhausen, David Sabean se concentre sur l’intensification du travail dû au changement agricole et à la différenciation du travail selon le sexe. L’approvisionnement du bétail et les nouvelles cultures demandaient un plus grand engagement, qu’assuraient particulièrement les femmes œuvrant sans répit, tandis que le rythme du travail des hommes était défini par le travail très dur, mais avec des temps de repos [35][35]  Sabean, 1990, p. 148-156 et 178 : « Hurry was a characteristic....

42

Jean-Michel Boehler décrit aussi l’accélération du rythme du travail dû à l’intensification et à la réduction des périodes creuses dans l’année agricole [36][36]  Boehler, 1994, p. 880-884.. Gérard Béaur dénonce la difficulté de quantifier l’accroissement de productivité qui en résulte [37][37]  Béaur, 2000, p. 156-158.. Les études proposées par Jean-Marc Moriceau et Gilles Postel-Vinay, d’une part, et celles de Jean-Michel Chevet, d’autre part, fournissent des résultats différents. Pour les fermiers de l’Île-de-France, les deux premiers auteurs démontrent une réduction de la charge de travail de quelque 50 %, causée par le remembrement des parcelles, l’adjonction d’un troisième cheval aux attelages et le recours à de nouveaux instruments de labour ; le dernier entrevoit par contre un accroissement du travail dû à l’extension de la terre arable, aux nouvelles cultures et à l’essor des rendements [38][38]  Moriceau et Postel-Vinay, 1992, p. 267-273 ; Chevet,....

43

Malgré les réserves de Gérard Béaur, risquons une quantification du travail agricole dans les campagnes de la Hesse-Rhénanie avant et après les innovations. On jugera alors si le scepticisme d’Isaak Maus était justifié [39][39] Certes, c’est une opération anachronique car les paysans....

Le scepticisme d’Isaak Maus

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Pour participer aux transformations de l’agriculture, on devait augmenter l’intensité du travail, ce qui signifie qu’on devait exploiter davantage la puissance de travail des hommes et du bétail. L’agriculteur anonyme informait sur les travaux nécessaires pour le système de l’assolement biennal. Au printemps, on bêchait une partie de la terre et on semait navet, pois, avoine et orge. Ensuite, la semence était enfouie à la charrue et hersée. Une fois terminées les semailles de pommes de terre, on transportait le bois avec tout le bétail de trait de la région du Mont-Tonnerre à la maison. Les travaux se poursuivaient avec le labourage de la jachère. Une partie de la jachère était labourée une deuxième fois, hersée et semée avec les navets. Après les travaux dans les vignes, on achevait le second labour de la jachère. Avant la moisson, on avait encore le temps de transporter du bois pour l’hiver une deuxième fois. Fin août, on labourait la jachère une troisième fois et on la hersait. Ensuite, on ensemençait la plus grande partie de la sole avec des céréales d’hiver, et le reste avec des céréales d’été et des légumineuses. Une petite partie de la sole moissonnée, en partie fumée avec le fumier du dernier hiver recevait des pommes de terre et des navets. À l’époque, il n’existait pas encore de herses en fer ou de rouleaux [40][40]  Zeitschrift für die landwirtschaftlichen Vereine des....

45

Isaak Maus comparait cette série de travaux avec les nécessités d’une exploitation sans jachère [41][41]  Maus, 1788, p. 10-24.. Selon l’ancien système on pouvait exploiter 40 Morgen (10,5 ha) avec quatre adultes, un cheval ou deux boeufs de trait et on avait la possibilité de nourrir 4 ou 5 vaches, 1 ou 2 bœufs et 2 ou 3 cochons. La même exploitation de 40 Morgen, dont la moitié était cultivée avec des céréales, l’autre moitié avec des plantes fourragères et des navets, pouvait doubler son cheptel.

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Mais une telle transformation requérait une charge de main-d’œuvre très élevée. Selon l’ancien système, on pouvait labourer la moitié du sol, ensemencé en céréales, plusieurs fois du printemps aux semailles. Sans la jachère, on ne disposait plus que de la période d’après moisson (fin juillet) pour préparer le sol. En même temps, on devait transporter la récolte et fumer la terre. Puis on devait transporter les navets, labourer les terres pour la semence du printemps, défricher le trèfle, transporter le bois de chauffage. Pendant la première moitié de l’année, on devait préparer les champs de pommes de terre, de navets et de choux, puis on devait les ensemencer et les biner. Ensuite on devait faucher le foin, le transporter à la maison et fumer les terres. De plus, les tâches étaient augmentées en raison du doublement du cheptel. Pour venir à bout de ce surcroît de travail, Maus estime qu’il fallait au moins deux personnes et un attelage en plus. Il était assez sceptique sur l’agriculture moderne. Il importe de vérifier si le surcroît de travail était aussi réel. Pour y parvenir, calculons approximativement les besoins en main-d’œuvre de deux exploitations différentes avant et après les changements agricoles.

Système ancien et système nouveau : deux modèles d’analyse comparée

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Dans les statistiques de 1834, Wilhelm Hesse indiquait les rendements moyens d’exploitations différentes dont on peut reconstituer la structure productive. Il décrit exactement les travaux nécessaires dans un cycle de rotation de 11 années [42][42]  Hesse, 1835, p. 78.. Ainsi peut-on évaluer le besoin de main-d’œuvre de deux exploitations, une de 10 Morgen (2,5 ha) et l’autre de 50 Morgen (12,5 ha).

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En 1826, le calcul de l’impôt foncier déclenchait des conflits à Bechtheim. Pour cette raison, on fut obligé de détailler les frais d’exploitation de terres de différentes qualités, et il est possible de reconstruire la durée du travail et les opérations correspondantes [43][43] Gemeindearchiv Bechtheim ix/103.. Schwerz soutient que David Möllinger labourait 1,5 Morgen (3 750 m2), hersait 12 Morgen (3 ha) et roulait 13,25 Morgen (3,3 ha) par jour [44][44]  Schwerz, 1816, p. 129, on doit tenir compte du fait.... En 1830, on devait compter 104 journées de travail avec l’attelage (labours, hersage, roulage, transport et épandage de fumier) et 455 journées de travail manuel pour une exploitation de 50 Morgen (tableaux 1 et 2).

Tableau 1  - Les travaux d’attelage dans une exploitation de 50 Morgen en 1830 (103,4 journées) Tableau 1
Tableau 2  - Les travaux manuels dans une exploitation de 50 Morgen en 1830 (455 journées) Tableau 2
49

Pour une exploitation de 11 Morgen, on avait besoin de 98 journées de travail manuel et 21 journées de travail d’attelage (tableaux 3 et 4).

Tableau 3  - Les travaux d’attelage dans une exploitation de 11 Morgen en 1830 (21 journées) Tableau 3
Tableau 4  - Les travaux manuels dans une exploitation de 11 Morgen en 1830 (98 journées) Tableau 4
50

Confirmons ces calculs avec un bilan d’exploitation plus récent. Pour l’année 1900 on comptait 450 heures du travail pour 1 ha [45][45]  Die Landwirtschaft des Wonnegaus, S. 32. : en travaillant 10 heures par jour, il fallait donc 562,5 journées de travail pour une exploitation de 50 Morgen (1830 : 558) et 123,75 journées pour une exploitation de 11 Morgen (1830 : 119).

51

Estimons les besoins en temps de travail dans l’agriculture de 1770-1780 avec la méthode du record-linkage, en appliquant les informations d’Isaak Maus et de l’agriculteur anonyme aux systèmes de rotation révélés par les données des années 1820-1830. Comme il n’est pas possible de calculer le surcroît de travail causé par l’augmentation des rendements, le calcul effectué pour 1770-1780 est peut-être un peu surévalué et doit donc être légèrement diminué. Dans les années 1770-1780, il fallait 41,3 journées de travail d’attelage et 280 journées de travail manuel pour une exploitation de 50 Morgen tandis qu’une exploitation de 11 Morgen requérait 9,7 journées de travail d’attelage et 42,1 journées de travail manuel (tableaux 5 à 8).

Tableau 5  - Les travaux d’attelage dans une exploitation de 50 Morgen en 1770-1780 (41,3 journées) Tableau 5
Tableau 6  - Les travaux manuels pour une exploitation de 50 Morgen en 1770-1780 (280,26 journées) Tableau 6
Tableau 7  - Les travaux d’attelage pour une exploitation de 10 Morgen en 1770-1780 (9,7 journées) Tableau 7
Tableau 8  - Les travaux manuels pour une exploitation de 50 Morgen en 1770-1780 (42,1 journées) Tableau 8
52

La modernisation avait entraîné un accroissement de la charge de travail. On ne peut pas calculer ici la somme de travail qui correspondait aux autres secteurs, l’élevage, la viticulture, la culture des légumes, le battage, le stockage, la commercialisation, l’entretien des bâtiments et de l’outillage, les transports du bois et les travaux ménagers. Mais on peut sûrement estimer qu’ils avaient imposé au moins le même sacrifice de temps que pour les travaux des champs. Pour ces derniers, on comptait pendant la période végétative environ 200 journées, desquelles on doit ôter les journées de mauvais temps. Dresser le bilan des journées de travail ne va pas sans difficulté car, d’une part, la journée paysanne était morcelée entre beaucoup d’occupations et, d’autre part, l’intensité du travail variait selon les saisons, mais cette simplification est nécessaire pour l’analyse [46][46]  Beck, 1994, p. 208-211..

53

En 1770, on pouvait exploiter 50 Morgen avec quatre adultes. Avec 322 journées de travail dans les champs, et l’équivalent pour les autres travaux, chaque personne devait travailler 161 journées. En 1830, chaque personne aurait dû travailler 279 journées, ce qui était impossible en raison des dimanches, jours fériés et jours de mauvais temps. Deux personnes pouvaient exploiter 10 Morgen, le temps de travail par personne passant de 51,8 journées à 119. Il restait une marge suffisante pour des travaux d’attelage et de labour dans les champs d’autres paysans. Dans les grandes et moyennes exploitations, on avait besoin au moins de deux personnes supplémentaires, qui se recrutaient dans la famille ou qui étaient engagées comme domestiques ou journaliers. Dans les bilans de 1830, pour des exploitations de 50 à 100 Morgen (12,5-25 ha) d’Alsheim, on évalue à quelque 100 Gulden les frais occasionnés par l’emploi de deux domestiques et avec des salaires journaliers calculés sur la base de 22 Kreuzer (1 Gulden = 60 Kreuzer), on atteint 272 journées de travail [47][47]  Hesse, 1835, p. 75, 78-79..

54

La démographie historique a mis en évidence l’augmentation de la charge de travail des femmes à partir de la réduction des intervalles intergénésiques liées à la diminution du temps d’allaitement que provoquait la multiplication des tâches [48][48]  Lahr, 1995, p. 162.. Différencier strictement le travail masculin et féminin est impossible, car il y avait toujours des femmes – par exemple les veuves sans domestiques – qui devaient faire les travaux « masculins » [49][49]  Mitterauer, 1992, p. 30-31.. Cependant la modernisation, en particulier la culture des plantes sarclées et la stabulation d’été, correspondait à une intensification du travail féminin. Les femmes auraient-elles accompli seulement la moitié des travaux manuels possibles (faucher, faire des gerbes ; semer, biner, butter, récolter les pommes de terre ; faucher le colza ; biner et récolter le choux), que le nombre de journées de travail serait passé pour elles, sur une exploitation de 50 Morgen, de 43,6 à 110,5, et, sur une exploitation de 10 Morgen, de 6,8 à 24,4. Certes, l’estimation reste vague et elle vise seulement à donner un ordre de grandeur. En fait l’augmentation de la charge de travail résiste à une quantification exacte, car la plus grande partie des travaux dans les secteurs de l’élevage, de la viticulture, de la culture des légumes, du stockage, de la commercialisation et, bien sûr, du ménage était assurée par les femmes.

55

Certaines innovations dans l’outillage agricole semblent n’avoir eu qu’une incidence réduite au xviii e siècle. Jusqu’en 1770, l’agriculteur anonyme indiquait qu’on ne connaissait pas le rouleau ni la herse de fer et qu’on utilisait seulement des herses en bois [50][50]  Zeitschrift für die landwirtschaftlichen Vereine des.... Dans les inventaires de Heßloch de 1740 à 1764, on rencontre 16 indications de charrues, 11 de herses, 3 de rouleaux et 10 de chariots à ridelles [51][51] Gemeindearchiv Heßloch x 13, Inventare.. La présence de simples trains arrière de charrues indique que la coopération entre voisins était nécessaire. Les paysans riches ne se distinguaient pas par un outillage très développé mais seulement par des attelages complets. Même David Möllinger n’utilisait pas d’autres instruments agricoles que ses voisins [52][52]  Schwerz, 1816, p. 130.. Mais au début du xix e siècle, les outils en fer se répandirent. Passé 1830, grâce à l’action de la Société d’Agriculture (Landwirtschaftlicher Verein), un outillage perfectionné se diffuse chez les grands exploitants. Finalement, si les transformations de l’agriculture vers 1800 eurent des conséquences certaines dans l’organisation du travail, elles s’effectuèrent d’abord sans amélioration de l’outillage.

56

*

57

* *

58

Isaak Maus avait bien perçu les incidences des innovations agricoles sur le rythme du travail et la vie quotidienne de la famille exploitante. Mais ce qu’il n’avait pas prévu, c’était l’augmentation des rendements, c’est-à-dire un accroissement de la productivité du travail, qui était sans précédent dans l’histoire de l’agriculture rhénane. L’intensification du travail changeait la vie de tous les types de paysans, mais c’étaient particulièrement les riches exploitants qui faisaient l’expérience d’une vie quotidienne bien différente de celle de leurs ancêtres. Dans ce processus, le rôle de l’État fut minime. Ce n’étaient pas les physiocrates ou les fonctionnaires publics qui avaient convaincu les paysans de travailler plus, mais le développement intrinsèque de l’agriculture, initié au sein même de la société rurale, par des pionniers anabaptistes et leurs imitateurs. L’État ne fit que soutenir un développement qu’il n’avait lui-même pas mis en marche.

L’auteur tient à remercier vivement Cécile Boullé qui a effectué une première révision du texte français ainsi que Gérard Béaur et Jean-Marc Moriceau qui en ont achevé la mise en forme.


Bibliographie

  • Sources imprimées

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Notes

[*]

Holunderstr. 7, D-67578 Gimbsheim – e-mail : <Guntermahlerwein@ aol. com>

[1]

Hippel, 2000, p. 225.

[2]

Maus, 1788.

[3]

Ibid., p. 33.

[4]

Maus, 1788, p. 30f.

[5]

Ibid., p. 38.

[6]

Groh, 1992.

[7]

Maus, 1788, p. 37.

[8]

Le Morgen, mesure de surface, variait sous l’Ancien Régime. Dans la région de Badenhei, il valait 2 708 m2 ; après 1817 il passa à 2 500 m2.

[9]

Polanyi, 1990.

[10]

Abel, 1962 ; Abel, 1978; Ennen et Janssen, 1979 ; Franz, 1976 ; Henning, 1988; Henning, 1991 ; Achilles, 1991.

[11]

Wehler, 1987, p. 49-53.

[12]

Moriceau, 1994.

[13]

Zeitschrift für die landwirtschaftlichen Vereine des Großherzogthums Hessen 4 (1834), p. 147-151, 190-192, 221-225.

[14]

Schwerz, 1816, p. 170-171.

[15]

Zeitschrift für die landwirtschaftlichen Vereine des Großherzogthums Hessen 4 (1834), p. 190, 221.

[16]

Mahlerwein, 2001, p. 171

[17]

Vogt, 1960.

[18]

Stadtarchiv Worms 232/842, Ernteliste 29.8.1770.

[19]

Gemeindearchiv Heßloch ii, 1, Bericht über die Agrarverhältnisse.

[20]

Mahlerwein, p. 198-199.

[21]

Maus, p. 42-43, p. 213-215.

[22]

Stadtarchiv Worms 240/141, Statistiken zu Bodennutzung und Ernteertrag.

[23]

Schwerz, p. 153-158.

[24]

Stadtarchiv Worms 232/500, Korrespondenzenbuch der Bürgermeisterei, 25. August 1813.

[25]

Gemeindearchiv Bechtheim, ix 103.

[26]

Dans l’historiographie allemande et suisse, on débat sur l’idée que l’introduction de la pomme de terre aurait réduit l’intervalle intergénésique des femmes et ainsi influencé le développement démographique (Pfister, 1994, p. 35 ; Id ., 1995, p. 106-109). Bien sûr, on peut aussi arguer que la pression démographique a provoqué le succès de la pomme de terre. C’est une discussion qui est loin d’être terminée dans l’historiographie démographique allemande.

[27]

Stadtarchiv Worms 49/419.

[28]

Mahlerwein, 2001, p. 214.

[29]

Jerome, 1824, p. 58.

[30]

Schwerz, 1816, p. 226-230.

[31]

Abel, 1962, p. 232.

[32]

Ibid., p. 299.

[33]

Achilles, 1991, p. 21, 79.

[34]

Beck, 1993, p. 207-216.

[35]

Sabean, 1990, p. 148-156 et 178 : « Hurry was a characteristic of peasant women’s lives brought about by the agricultural revolution. »

[36]

Boehler, 1994, p. 880-884.

[37]

Béaur, 2000, p. 156-158.

[38]

Moriceau et Postel-Vinay, 1992, p. 267-273 ; Chevet, 1994.

[39]

Certes, c’est une opération anachronique car les paysans n’avaient pas notre conception du temps, mais c’est Isaak Maus lui-même qui tire argument du surcroît de travail dans l’agriculture modernisée et qui prend en compte le facteur temps généré par l’accroissement des salaires pour les domestiques et les journaliers.

[40]

Zeitschrift für die landwirtschaftlichen Vereine des Großherzogthums Hessen 4 (1834), p. 148-149.

[41]

Maus, 1788, p. 10-24.

[42]

Hesse, 1835, p. 78.

[43]

Gemeindearchiv Bechtheim ix/103.

[44]

Schwerz, 1816, p. 129, on doit tenir compte du fait que Möllinger avait des chevaux bien nourris.

[45]

Die Landwirtschaft des Wonnegaus, S. 32.

[46]

Beck, 1994, p. 208-211.

[47]

Hesse, 1835, p. 75, 78-79.

[48]

Lahr, 1995, p. 162.

[49]

Mitterauer, 1992, p. 30-31.

[50]

Zeitschrift für die landwirtschaftlichen Vereine des Großherzogthums Hessen 4 (1834), p. 148.

[51]

Gemeindearchiv Heßloch x 13, Inventare.

[52]

Schwerz, 1816, p. 130.

Résumé

Français

Les agronomes du xviii e siècle voyaient dans l’organisation du travail un atout pour transformer les pratiques agricoles et le comportement des paysans. Toutefois, l’écrivain paysan Isaak Maus mettait en garde contre l’impact social d’une agriculture modernisée. Son évaluation des conséquences d’une agriculture sans jachère reposait sur une comparaison de la charge de travail nécessaire dans deux exploitations différentes avant et après la modernisation. Les améliorations de l’agriculture de Hesse-Rhénanie, initiées par des fermiers anabaptistes, pouvaient être qualifiées de « révolutionnaires ». La modernisation eut pour effet d’accroître le volume de travail, transformant la vie quotidienne des paysans et particulièrement des paysannes.

Mots-clés

  • anabaptistes
  • jachère
  • modernisation
  • outillage
  • rendements
  • révolution agricole

English

A change of attitude towards work made 18th century agronomists aware of the potential for improvement in this respect, which could pave the way to modernized agriculture. But the farmer and poet Isaak Maus warned his readers against the social and personnal consequences of a shift to an economy excluding fallow lands by comparing a farmer’s basic workload on two differnt farms of the Hessen-Rhineland region, one modernized, the other not. The obvious improvements in agriculture achieved by some Mennonite farmers of the area around 1800 could indeed be seen as « revolutionary ». But as a affecting daily life on the farm, especially for women.

Keywords

  • agricultural revolution
  • agricultural tools
  • agricultural work
  • fallow
  • Mennonites
  • modernization
  • yieds

Plan de l'article

  1. Un pourfendeur de l’agronomie nouvelle : Isaak Maus
    1. Une économie paysanne sous tension
    2. Une asphyxie de la cellule familiale
    3. Les bienfaits de l’« économie encadrée »
  2. Une révolution agricole au tournant du xviii e et du xix e siècle ?
    1. Au départ : des campagnes favorisées
    2. … mais à l’agriculture peu intensive
    3. L’action d’un innovateur : l’anabaptiste Möllinger
    4. L’intensification des cultures céréalières
    5. L’accroissement des rendements
    6. L’abolition de la jachère
    7. L’essor du cheptel
  3. Les conséquences de la mutation agricole
    1. Le facteur travail : un objet de débats
    2. Le scepticisme d’Isaak Maus
    3. Système ancien et système nouveau : deux modèles d’analyse comparée

Pour citer cet article

Mahlerwein Gunter, « Le rôle du travail dans la révolution agricole. L'exemple de la Hesse-Rhénanie aux xviiie et xixe siècles», Histoire & Sociétés Rurales 2/2002 (Vol. 18) , p. 41-63
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2002-2-page-41.htm.


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