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Histoire & Sociétés Rurales

2003/1 (Vol. 19)


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Le dossier que nous ouvrons sur « Les élites locales et la terre à l’époque romaine s’inscrit parfaitement dans le « renouveau de l’histoire rurale » tel qu’il a été présenté dans les numéros 1 et 2 de cette revue en 1994 ; il répond aussi à un de ses objectifs clairement annoncé : « une ouverture chronologique […] en franchissant la barrière médiévale » [1][1] Histoire et Sociétés Rurales, n° 2, 2e semestre 1994,.... Cette incursion dans l’Antiquité permet de montrer le caractère souvent très ancien des problèmes posés aux sociétés rurales. En outre, l’ensemble des contributions présentées ici offre d’évidentes convergences avec les grands thèmes de la recherche actuelle en histoire rurale d’époques plus récentes. Citons pour mémoire quelques thèmes, sans prétention d’exhaustivité, comme l’examen du rôle de la terre dans les relations entre société rurale et pouvoir central, la définitition des cultures et mentalités propres aux sociétés rurales en interaction avec les modèles urbains, l’intérêt pour l’étude de l’emprise juridique et la question de la transmission des biens, sans oublier un certain nombre de problèmes sociaux telles les différentes échelles de la propriété, les articulations de cette propriété avec une société locale complexe et des activités économiques diversifiées en symbiose plus ou moins contrastée avec les élites urbaines, l’histoire de la famille. Last but not least, on retrouvera dans ces pages le même souci défendu par les spécialistes contemporains des périodes modernes, d’intégrer à la réflexion les apports de l’archéologie et les efforts de relecture des données textuelles.

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Les progrès enregistrés sur le plan de la réflexion méthodologique et l’apport de découvertes archéologiques récentes engagent à réexaminer la question des biens immobiliers que détenaient les élites locales à l’époque romaine [2][2] Voir les fouilles de la villa de Pline in Tuscis dans.... La base de la fortune des élites, qu’elles fussent locales ou urbaines, n’était-elle pas la propriété foncière et immobilière ? De cette dernière dépendait la respectabilité, le cens, la position sociale et la possibilité de donner des gages si l’on disposait d’une fonction officielle dans le gouvernement de sa cité [3][3] Cébeillac-Gervasoni, 1998, p. 137-142..

Quelques étapes historiographiques

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Lors du colloque « Società romana e produzione schiavistica », organisé à Pise par l’Institut Gramsci en janvier 1979 [4][4] Giardina et Schiavone, 1981., il fut peu question d’élites locales, sinon lorsque les membres de certaines gentes avaient émergé au niveau urbain [5][5] Pour les Pouilles à Canosa, Grelle, 1981, p. 212-2....

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En mai 1984, la rencontre organisée par le Centre Camille Jullian sur « L’origine des richesses dépensées dans la ville antique » [6][6] Leveau, 1985. excluait en principe les ressources foncières des aristocraties municipales, sinon dans le cadre de la controverse sur l’importance relative des ressources issues de l’exploitation agricole, de l’artisanat de type quasi industriel et du commerce. Néanmoins, le thème de la ville et de l’usage de son territoire ne pouvait pas être occulté. Philippe Leveau y soulignait le consensus qui s’était établi sur l’idée que la campagne est la véritable créatrice de richesses dépensées et consommées dans la ville [7][7] Ibid., p. 23 et suivantes.. Dans l’intervention finale de la même table ronde, Christian Goudineau le rappelait nettement :

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« Les liens entre les aristocraties et la terre n’ont pas besoin d’être rappelés : les liens (y compris juridiques) sont clairs, qui lient la possession de terres à l’honorabilité, à l’otium (seul le propriétaire terrien dispose de temps et de la liberté indispensables à un gestionnaire public), à la solvabilité (elle aussi indispensable, puisque les décurions offrent une caution collective et individuelle à la collecte de l’impôt) et à la résidence urbaine [8][8]  Goudineau, 1985, p. 282.. »

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Le colloque que j’ai organisé en 1991 à Clermont-Ferrand sur « Les élites municipales de l’Italie péninsulaire des Gracques à Néron », publié en 1996, avait traité avec ampleur le problème des patrimoines et des intérêts économiques des aristocraties locales ; malgré des discussions vives et argumentées, aucun accord n’avait pu être trouvé entre les tenants de deux écoles de pensée antagonistes, qui continuent à s’opposer sur l’origine des ressources économiques des sénateurs et des chevaliers. En revanche, les résultats de cette rencontre sur les questions de la mobilité sociale, des continuités et ruptures dans l’histoire des cités, des conséquences des déductions de colonies, avaient été importants. Une réflexion collective sur les causes de l’impasse constatée en 1991 nous amena à restreindre à des séminaires plus limités nos débats et à mettre en attente ce thème, comptant sur les découvertes archéologiques et une relecture d’ensemble des données.

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Ces dernières années, les études se sont multipliées pour cerner le poids des aristocraties locales dans la propriété foncière d’une zone précise : elles montrent combien il est difficile d’identifier leurs biens alors qu’en revanche on connaît beaucoup mieux les investissements ruraux des milieux sénatoriaux où les chercheurs contemporains ont orienté leurs efforts [9][9] Voir entre autres les études parues dans Pani, 1999,....

La nécessaire combinaison des sources documentaires

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Si on excepte pour la fin de la République romaine la mine d’informations que représentent la correspondance de Cicéron et ses discours municipaux, c’est l’épigraphie sur toutes sortes de supports qui offre notre meilleure source [10][10] Pierre, céramique (en particulier tuiles et briques).... Ajoutons-y certaines lois municipales épigraphiques précieuses. Les données offertes par l’archéologie restent très difficiles à utiliser si elles ne se conjuguent pas avec des témoignage écrits qui, dans ce cadre, font cruellement défaut. La toponomastique qu’on doit utiliser à bon escient et avec une infinie prudence ne saurait être exclue. Toutes ces données sont largement mises à contribution par les chercheurs mais il est rare qu’elles coexistent quand il s’agit d’élites locales [11][11] Voir pour la Gaule, Leveau, Gros, et Trement, 2000.....

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Des recherches sur des territoires limités offrent parfois des conditions particulières qui fournissent une approche concrète de la question, comme l’Étrurie du Nord pour laquelle Clara Berrendonner vient de présenter un travail encore inédit [12][12] Thèse de doctorat de l’université de Paris I Sorbonne,.... Elle arrive à reconstituer pour Chiusi l’assiette de la propriété foncière avant 90 et pour Arezzo à la fin de la République et au début de l’Empire. Pour certaines cités elle est parvenue à dresser une cartographie des propriétés foncières des aristocrates locaux qui souvent pratiquent les alliances matrimoniales en fonction du devenir des fortunes foncières. Ces usages étaient sans doute bien présents chez des aristocrates locaux d’autres régions, avec certes des nuances régionales multiples [13][13] Voir infra la contribution de Claude Briand-Ponsar....

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Il sera enfin fructueux de réexaminer un certain nombre de textes épigraphiques bien connus [14][14] Vallat, 1993. : les tables des Ligures Baebiani (Corpus Inscriptionum Latinorum, désormais abrégé cil, ix, 2455 = D. 6509), de Veleia (cil, x, 7147 = D. 6675) ; les listes des propriétaires concernés par les problèmes d’irrigation à Lamasba de Numidie en 218/222 (cil, viii, 18587) [15][15] Ces textes fondamentaux feront l’objet de tables rondes....

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Enfin l’option d’une implantation déterminée dans des territoires bien circonscrits en Italie et dans quelques provinces évite la tentation de revenir à des propos trop ancrés à une idéologie préconçue, et une dérive vers une problématique liée aux élites urbaines, ce qui ne saurait rendre compte de l’extrême diversité des élites locales, pluralité que le colloque de 2000, dont les actes sortent de presse cette année, a bien mise en exergue [16][16] Cébeillac-Gervasoni et Lamoine, 2003..


Bibliographie

  • Cébeillac-Gervasoni, Mireille (éd.), Les Élites municipales de l’Italie péninsulaire des Gracques à Néron. Actes de la table ronde de Clermont-Ferrand 28-30 novembre 1991, Collection du Centre Jean Bérard, 13 / Coll. de l’École française de Rome, 215, Naples-Rome, 1996 ;
  • —, Les Magistrats des cités italiennes de la Seconde Guerre punique à Auguste. Le Latium et la Campanie, béfar, 299, Rome, 1998 ;
  • —, et Lamoine, Laurent (éd.), Les Élites et leurs facettes. Les élites locales dans le monde hellénistique et romain. Actes du colloque international des 24-26 novembre 2000 de Clermont-Ferrand, Erga 4 / Coll. de l’École Française de Rome, 309, Clermont-Ferrand / Rome, 2003.
  • Giardina, Andrea, et Schiavone, Aldo (éd.), Società romana e produzione schiavistica, Rome-Bari, Laterza Editori, 1981, 3 vol.
  • Grelle, Francesco, « Canosa.L e istituzioni, la società », in Giardina et Schiavone, 1981, p. 181-225.
  • Goudineau, Christian, « Intervention », in Leveau, 1985, p. 281-284.
  • Leveau, Philippe (éd.), L’Origine des richesses dépensées dans la ville antique. Actes du colloque organisé à Aix-en-Provence par l’uer d’histoire les 11 et 12 mai 1984, Aix-en-Provence, Publications Université de Provence, 1985 ;
  • —, « Richesses, investissements, dépenses à la recherche des revenus des aristocraties municipales de l’antiquité », ibid., p. 19-31.
  • Leveau, Philippe, Gros, Pierre, et Trement, Frédéric, « La recherche sur les élites gallo-romaines et le problème de la ville », in Antoine, Annie (éd.), Campagnes de l’Ouest. Stratigraphie et relations sociales dans l’histoire, Rennes, pur, 2000, p. 287-302.
  • Pani, Mario (éd.), Epigrafia e territorio. Politica e società. Temi di antichità romane, vol. v, Bari, 1999.
  • Vallat, Jean-Pierre, « La répartition de la propriété : l’exemple des Tables de Veleia et des Ligures Baebiani », in Leveau, Sillières, et Vallat, 1993, p. 152-154.

Notes

[*]

Cnrs umr 8585, Paris. Centre Gustave Glotz, 6-9, rue Jean Calvin 75005 Paris. L’Aventino, 1, Avenue Massenet, 63400 Chamalières.

Les textes publiés ici résultent de la rencontre organisée conjointement dans le cadre des programmes de Jean Andreau (Notions et comportements économiques) et de Mireille Cébeillac-Gervasoni (Émire–Élites Municipales Italiennes sous la République et sous l’Empire), sur le thème des « Biens immobiliers et fonciers des élites locales dans le monde romain ».

[1]

Histoire et Sociétés Rurales, n° 2, 2e semestre 1994, p. 8.

[2]

Voir les fouilles de la villa de Pline in Tuscis dans la contribution de P. Braconi.

[3]

Cébeillac-Gervasoni, 1998, p. 137-142.

[4]

Giardina et Schiavone, 1981.

[5]

Pour les Pouilles à Canosa, Grelle, 1981, p. 212-225.

[6]

Leveau, 1985.

[7]

Ibid., p. 23 et suivantes.

[8]

Goudineau, 1985, p. 282.

[9]

Voir entre autres les études parues dans Pani, 1999, p. 7-178.

[10]

Pierre, céramique (en particulier tuiles et briques) et fistules d’adduction d’eau.

[11]

Voir pour la Gaule, Leveau, Gros, et Trement, 2000. C’est cette conjonction qu’on a souhaité promouvoir lors de cette table ronde.

[12]

Thèse de doctorat de l’université de Paris I Sorbonne, soutenue en décembre 2001 et à paraître dans la Béfar.

[13]

Voir infra la contribution de Claude Briand-Ponsart.

[14]

Vallat, 1993.

[15]

Ces textes fondamentaux feront l’objet de tables rondes ad hoc.

[16]

Cébeillac-Gervasoni et Lamoine, 2003.

Pour citer cet article

Cébeillac-Gervasoni Mireille, « Un chantier prometteur », Histoire & Sociétés Rurales 1/2003 (Vol. 19) , p. 11-14
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2003-1-page-11.htm.


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