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Histoire & Sociétés Rurales

2003/1 (Vol. 19)


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Quoiqu’elle ait commencé par irriter bien des chercheurs, l’expression « bien-être animal » est utilisée depuis une dizaine d’années par le monde scientifique à propos des élevages industriels. Pourquoi ce thème est-il apparu si brusquement ? serait-ce sous la pression d’une « demande sociale », comme le suggèrent les instances de la recherche ? Pourquoi les Français rassasiés d’aujourd’hui trouveraient-ils tout à coup à redire aux pratiques industrielles ? et pourquoi faudrait-il désormais tenir compte de leur point de vue ?

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Passés les premiers moments d’étonnement, les scientifiques ont donc fini par reprendre le thème du « bien-être animal » et sont même assez nombreux à le faire aujourd’hui. Or il s’agit d’un véritable revirement : ceux qui ont participé à l’épopée de l’industrialisation de l’élevage français ont pu se sentir un temps désavoués. Qui les avait autorisés jusqu’alors à penser les animaux comme ils l’ont fait ? N’est-ce pas l’État lui-même ? Pour prendre la mesure du bouleversement que représente ce passage de l’indifférence envers les animaux au souci de leur « bien-être » et voir si le nouveau n’habille pas l’ancien, on rappellera le rôle joué par la science dans le processus d’industrialisation de l’élevage.

La formulation de la demande sociale

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« Le respect du bien-être des animaux d’élevage est en passe de devenir une demande sociale majeure », déclarent des zootechniciens en 1999 [1][1] Veissier et al., 1999, p. 113. C’est moi qui souligne..... Il est clair que les scientifiques de l’inra ne voient pas bien quelle est la réalité de cette demande sociale, dont les « menace » pourtant leur hiérarchie depuis quelques années, même si certains d’entre eux admettent, à titre personnel, que les élevages industriels ne sont pas des paradis pour les animaux [2][2] Burgat, 2001b, p. 111-115.. Les économistes et les sociologues de cet institut reprennent généralement cette idée de demande sociale, mais nul ne sait encore aujourd’hui sur quelles études l’on s’est appuyé pour la cerner [3][3] « Pour ce qui concerne la caractérisation précise de.... Lorsque l’on consulte la base de données des publications de l’inra (1985-2001), tous départements confondus, au mot clé « demande sociale », on obtient vingt-deux réponses, mais aucune ne concerne la question du bien-être des animaux [4][4] Pubinra : www. inra. fr.. Est-elle si évidente qu’on puisse la reprendre comme on l’a reçue ?

Émergence et échec

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Cette notion de « demande sociale », comme « justification principale de la recherche », est elle-même une notion très récente – apparue lors du colloque sur la recherche de janvier 1982 – et dont l’appréciation est vague ; la question étant : qui la perçoit [5][5]  Théry et Barré, 2001, p. 14. On peut aussi se demander... ?

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Il y a, depuis longtemps pourtant, des individus qui s’offusquent de la manière dont on traite les animaux d’élevage : ils estiment que ces animaux souffrent d’un manque de liberté ; ils disent souffrir eux-mêmes à l’idée de cette souffrance. Ils souhaitent donc que certaines méthodes d’élevage soient abandonnées et le font savoir dans leurs écrits. Ils expriment bien une demande pour que les animaux, selon eux, « souffrent » moins, mais qui n’est en rien sociale. Keith Thomas cite l’exemple de Defoe (1660-1731) qui critique les méthodes classiques de production de viande, le fait que l’on engraisse des veaux « jusqu’à ce qu’ils aient une taille monstrueuse, usant de cruauté envers les pauvres bêtes et les nourrissant d’un régime inadapté pour blanchir leur chair pour le palais des dames ». D’autres, à la même époque, critiquent l’élevage en batterie des chapons et le fait qu’on les prive « de toute lumière ». On réclame pour eux de pouvoir les laisser « à leur propre liberté naturelle, au grand air […] avec quantité de nourriture et la propreté voulue et un abri pour les protéger des intempéries » [6][6] Thomas, 1985, p. 233 et 247..

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Il en va de même plus tard en France. Jean-Luc Mayaud cite, par exemple, un vétérinaire de l’arrondissement de Saint-Quentin qui craint, en 1863, que l’engraissement des bœufs leur soit une cause de souffrance. Il condamne « cet engraissement qui paralyse les sens et annihile tout sentiment ». Pour lui, « l’obésité poussée à un tel degré constitue un état maladif qui inflige des souffrances à l’être qui en est atteint ». Et il finit par se demander : « Comment les Anglais, eux-mêmes si sensibles aux souffrances de nos vivisections provoquées aux animaux, comment ont-ils pu se décider à dégrader ainsi l’être créateur [7][7] Mayaud, 1997, p. 531. ? » Dès le xixe siècle en France, avec l’essor démographique des villes, l’élevage des animaux engraissés en masse, pour les besoins de ceux qui consomment de plus en plus de produits carnés, commence à faire réfléchir des individus, cependant isolés [8][8] Faure, 1997, p. 565. Pour la protection des animaux.... Leur état d’âme face aux conditions de vie des animaux d’élevage n’arrive pas à se transformer en « demande sociale » suffisamment puissante pour être relayée par le monde politique.

Percée soudaine de la « demande »

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Qu’en est-il aujourd’hui de la « demande sociale » sur les conditions de vie des animaux d’élevage ? Depuis la fin des années 1960, malgré une attente en matière de santé (guérison du cancer, puis du sida, etc.) qui traduit une peur croissante des maladies et de la mort, et le développement sans précédent des revues de vulgarisation scientifique [9][9] Pomian, 1989, p. 463., la légitimité de la science est souvent remise en cause et certains laboratoires ont été la cible d’opérations violentes, qui visaient à libérer les animaux servant à des expériences et à attirer l’attention sur leur sort. Car lorsque l’on aborde le sujet des « souffrances » animales, le « grand public » pense d’abord aux animaux de laboratoire.

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Toutes ces craintes concernant le rôle de la science sont peut-être amalgamées dans le discours des responsables scientifiques quand ils parlent de « demande sociale », mais elles ne semblent pourtant pas avoir de rapport direct avec la question des conditions de vie des animaux d’élevage. Ou si elles en ont, le rapport ne semble pas avoir été établi. Car on ne voit pas en France qui pourrait peser fortement dans la balance en faveur d’un desserrement plus conséquent et plus rapide des contraintes imposées à ces animaux. Il n’existe pas dans ce pays de société de défense des animaux d’élevage, au point que les zoophiles anglais, las de s’affronter régulièrement à Bruxelles sur cette question aux intérêts agricoles et scientifiques des pays du sud de l’Europe et en particulier de la France, qui a et « continue d’avoir pour habitude de marquer une hostilité systématique aux progrès dans ce domaine », ont aidé en 1994 à la création d’une telle association en France, intitulée Protection mondiale des animaux de ferme. Cette association, face à l’inertie qu’elle rencontre dans l’Hexagone, éprouve des difficultés à faire connaître ses idées et doit recourir, pour que les médias parlent d’elle, à des méthodes publicitaires spectaculaires, l’été, sur les plages et devant les supermarchés [10][10] Burgat, 2001a, p. 69-70. C’est surtout la presse locale..., qui trouvent là un moyen peu coûteux de renforcer auprès du public leur image de commerçants propres vendant désormais des aliments sains. En dehors de cela, l’impact de cette association est pour l’instant à peu près nul. Alors, où se cache cette mystérieuse demande sociale qui militerait pour un changement dans la façon de traiter les animaux des élevages industriels ? À Bruxelles, peut-être ?

Les nouvelles réglementations de l’Union européenne

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Il existe en effet de nouvelles réglementations en matière d’élevage industriel provenant de l’Union européenne, qui ont déjà eu des incidences sur la conduite de ces élevages (voir l’annexe). La première de ces directives, qui date de 1987, concerne les poules pondeuses en batterie. Elle était applicable dès janvier 1988 pour les nouvelles cages et en janvier 1995 pour toutes les installations. Elle réglemente aussi les mutilations (bec, crête, aile, ongles, etc.) et fixe par exemple la surface minimale accordée à chaque animal. En janvier 1994, deux autres directives ont suivi, l’une pour les veaux, applicable en 2007, l’autre pour les porcs. À partir de 2006, toutes les porcheries devront respecter des surfaces minimales variant en fonction du poids des animaux et les truies ne pourront plus être soumises à l’attache. Entraves pour les veaux (interdiction du muselage) et mutilations des porcs (queues et dents) sont également réglementées [11][11] Certains éleveurs « traditionnels » craignent aussi.... Or le thème du « bien-être animal » est apparu dans les milieux scientifiques français à peu près à la même époque. La base de données pubinra recense 131 publications qui répondent au mot clé bien-être animal. Les cinq premières datent respectivement de 1987 (une), 1989 (deux) et 1991 (deux). Leur nombre augmente subitement à partir de 1992-1994 pour rester dans une moyenne de quatorze publications annuelles jusqu’en 2001 [12][12] Les premiers travaux sur cette question dans le département.... En comparant la figure 1 et la publication des nouvelles directives européennes, la concordance saute aux yeux.

Figure 1 - Nombre d’articles sur le bien-être des animaux publiés par l’inraFigure 1
Source : Pubinra, inventaire des publications des chercheurs de l’inra (1985-2001)

La demande officielle

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Le ministère de l’Agriculture rappelle sur son site internet qu’en France, c’est lui, par l’intermédiaire de la Direction générale de l’alimentation (dgal), qui est chargé à la fois « de l’élaboration, de la mise en œuvre et de l’évaluation de l’application des réglementations relatives à la protection animale ». Il élabore cette réglementation « en concertation avec les associations de protection des animaux, les professionnels et les scientifiques et l’adapte constamment en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques et de l’expérience acquise sur le bien-être animal » [13][13] Sur ce site, la « protection animale », y compris celle.... C’est en réponse à ces directives européennes, que la dgal a fait pression sur les instances dirigeantes de la recherche pour que soient créées des unités de recherche sur le bien-être des animaux. C’est pourquoi le Centre national d’études vétérinaires et alimentaires (cneva) a créé une unité de « protection animale » à Ploufragan en 1995 [14][14] Burgat, 2001b, p. 109-111.. L’inra émet l’espoir de mettre au point des méthodes de « mesure objective du bien-être animal » et lance une action incitative programmée sur le « bien-être des animaux » en avril 1996 [15][15] Cranney, 1996, p. 417 ; Burgat, 2001b, p. 117-124.. En 1998, un groupe d’animation transversale réunissant les chercheurs « intéressés par le bien-être animal » est créé. La direction générale encourage ce projet parce qu’il « illustre parfaitement la volonté de la direction de l’inra de changer d’optique vis-à-vis du progrès scientifique et agricole en se situant dans la dynamique d’une production de qualité [16][16] La Lettre de l’agri bien-être animal, 1, 1999 (www..... »

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Ce groupe interdisciplinaire, qui s’intitule agri bien-être animal, s’ouvre aux instituts techniques de l’élevage, à l’agence française de la sécurité sanitaire des aliments (afssa), aux universités et aux grandes écoles. Il se propose d’étudier deux champs thématiques : d’une part « les composantes biologiques du bien-être animal », sous lequel se rangent dix unités de recherche, et de l’autre « la demande sociale en matière de protection animale » qui réunit trois unités. Ce deuxième champ, qui se divise en deux thèmes : « études des représentations sociales des systèmes d’élevage et de l’impact sur le comportement des consommateurs » et « évaluation des conséquences économiques du respect du bien-être des animaux », prévoit de faire appel à « la philosophie, la sociologie, la psychologie, les sciences de la consommation et l’économie », mais il n’a jamais été abordé par ce groupe jusqu’à maintenant [17][17] La Lettre de l’agri bien-être animal, 4, 2000, rapporte..., tandis que les composantes biologiques du bien-être, qui s’appuient sur les sciences du comportement, les neurosciences, la zootechnie, la génétique, la pathologie clinique et l’épidémiologie, constituent l’essentiel de ses préoccupations. Là encore, la demande sociale n’est toujours pas cernée scientifiquement, mais ce flou n’empêche pas que des recherches soient menées sur les composantes biologiques du « bien-être animal », c’est-à-dire sur les moyens d’établir la preuve de la souffrance des animaux.

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De leur côté, l’institut technique du porc (itp) et l’institut technique d’aviculture (itavi) procèdent à des enquêtes sur les associations de protection des animaux en 1997, afin de mieux cerner cette fameuse « demande sociale ». Car à l’itp, par exemple, la question du bien-être des animaux est perçue « comme une sorte de mot d’ordre sans grande signification dans un ensemble de préoccupations tout autres » [18][18] Burgat, 2001b, p. 110 ; La Lettre de l’agri bien-être....

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La dgal, dont dépend le Bureau de la protection animale et de la lutte contre la rage, qui négocie les textes de loi au niveau national et européen, ne cache pas d’ailleurs qu’au lieu de répondre à une demande sociale intérieure, c’est à Bruxelles qu’elle a pris connaissance de la demande politique en la matière émanant des autres pays de l’Union sous la pression de leurs associations de protection des animaux réunis au sein de l’Eurogroup for animal welfare et que, en réaction à cela, ce Bureau « coordonne et finance certaines recherches scientifiques destinées à évaluer le bien-être des animaux d’élevage », menées soit par l’afssa, l’inra ou les écoles vétérinaires, d’autant que cet Eurogroup sait s’adjoindre des scientifiques pour étayer son argumentation [19][19] Fabre, 1997, p. 28-29.. La question du bien-être des animaux s’inscrit bien dans un contexte de concurrence inter-étatique et scientifique.

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On peut déjà constater que l’expression « bien-être animal » s’ajoute à celle de « protection animale » et qu’elles sont souvent employées indifféremment. En retraçant l’histoire de ces deux notions dans la législation, Sonia Desmoulin a montré que d’un point de vue juridique, la « protection des animaux » concerne tous les animaux (familiers, de laboratoire, de zoos, d’élevage), mais que la question du bien-être est liée aux systèmes d’élevage. Cette dernière est apparue en Angleterre dans les années 1960 et a été adoptée ensuite par l’Union européenne. C’est comme cela qu’elle a été introduite dans la législation française [20][20] La Lettre de l’agri bien-être animal, 12, 2001.. On n’abordera pas ici la question de savoir comment l’Angleterre est arrivée à imposer son point de vue à Bruxelles. Mais maintenant que le bien-être des animaux d’élevage est devenu un thème de recherche, il est clair que la définition et la mesure de leur « souffrance » dépendent du verdict de la science.

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Cet argument de la « demande sociale » n’a donc pas été élaboré en France sous la pression des associations de protection des animaux, encore moins des animaux d’élevage, qui n’ont jamais eu dans ce pays le poids et l’influence qu’on leur connaît en Grande-Bretagne et plus largement dans les pays protestants du nord de l’Europe [21][21] En 1995, le ministre de l’Agriculture britannique déclare.... C’est plutôt à cause des directives européennes, comme on vient de le voir, et de la concurrence scientifique des autres pays sur ce thème, comme le laissait à penser le fait que cette notion de « bien-être animal » est d’origine anglo-saxonne [22][22] L’expression « bien-être animal », simple calque de.... Cette situation laisse le champ libre à la science pour définir la notion et traiter la question à sa manière.

Les savants et les animaux

L’insensibilité de la science

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Si telle est bien l’origine de la demande sociale – une demande du sommet, venant de Bruxelles, présentée comme venant de la société française –, il faut se demander quelles peuvent en être les conséquences sur les scientifiques eux-mêmes. Car il y a une contradiction historique à ce que des scientifiques soient incités à tenir compte du « bien-être » des animaux, alors qu’ils appartiennent à des institutions qui ont longtemps fait preuve d’indifférence à la « souffrance » animale (vivisections, animaux de laboratoire, industrialisation de l’élevage), cette insensibilité étant considérée comme une valeur (synonyme de virilité) et une qualité professionnelle. Lors de la constitution de la science moderne, les savants et les scientifiques se sont rangés du côté des hommes « difficiles à émouvoir », comme dit Nietzsche, et ont fait savoir qu’à travers les « sacrifices » qu’ils s’imposaient et les souffrances qu’ils imposaient aux animaux, ils visaient évidemment le bien-être des hommes. On sait par ailleurs que, traditionnellement, « l’éloge de la vigueur » fait partie de l’éducation aristocratique à travers des activités comme la chasse, l’équitation, l’escrime et les sports en général. S’entraîner à résister à la douleur, celle qu’on inflige et celle qu’on subit, avec comme modèle implicite l’animal sauvage, prépare à la vie militaire [23][23] Mension-Rigau, 1994, p. 438-455.. Les scientifiques de la fin du xixe siècle, qui sont pourtant tous d’origine bourgeoise, prolongent cette attitude en exigeant d’eux-mêmes cette indifférence à la souffrance infligée aux animaux, condition de leur entrée dans la grande « bataille » du progrès qui s’annonce, où ils se rangent aux côtés de la République et de l’État. C’est cette capacité de résistance à la souffrance qui a permis à l’homme de science de se distinguer des non-scientifiques et de garder son sang-froid, comme l’a fait remarquer Claude Bernard [24][24] « Le physiologiste n’est pas un homme du monde, c’est.... Mais, à sa manière, Renan, autre apôtre de la science au sens large, a la même attitude. D’un côté, il avoue qu’il lui serait impossible de manquer d’égards envers qui que ce soit, même de traiter un chien « durement et avec un air d’autorité », de l’autre, il ne peut s’empêcher de se moquer de la sensibilité d’une antivivisectionniste anglaise [25][25] « Cette excellente personne se trompait assurément,....

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Alors que la science justifie son rôle par la promesse de l’allègement direct ou indirect des souffrances humaines, elle peut être impitoyable dans sa pratique. Pour ne pas « sacrifier » l’avenir, elle peut sacrifier le présent : tuer de sang-froid des animaux ou les laisser longtemps souffrir pour mieux observer et comprendre les mystères de la vie. C’est son paradoxe. Comme dit Renan, « la vie est au bout de cette dissection à outrance » [26][26] Ibid., p. 42.. Elle nie de même la douleur de ceux qui disent souffrir à l’idée de la souffrance des animaux. Quoique son objectif soit la sauvegarde et la survie des corps – faire reculer la maladie, la souffrance et la mort –, elle peut exercer une violence dans ses applications, en particulier sur les corps, non seulement dans le domaine militaire où elle a souvent excellé de la période révolutionnaire à la période nucléaire [27][27] « En 1968, aux États-Unis, plus de 50 % des fonds consacrés..., mais dans sa contribution même à l’industrialisation et à l’intensification de la production. L’élevage n’y échappera pas.

L’animal et la machine

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Dès le xixe siècle, les zootechniciens ont considéré l’animal d’élevage comme du « matériel », et ont fini par le réduire à une machine à manger [28][28] Porcher, 1998 ; Denis, 1996.. Les « machines animales » sont nées, au moins théoriquement, non en référence à Descartes (qui peut être cité après coup comme une ornementation à caractère philosophique), mais tout simplement en référence à la machine, aux méthodes industrielles et à la mécanisation qui s’intensifie au xixe siècle [29][29] Verley, 1997, p. 25-41..

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Demolon (1881-1954) attribue à Baudement cette nouvelle conception de l’animal d’élevage, qui fut jugée à l’époque (en 1856) « purement utopique et révolutionnaire », et fait de lui l’initiateur de « la doctrine industrielle de la zootechnie » [30][30] Selon Baudement, « pour la zootechnie, les animaux.... Et ceci, bien avant que les élevages industriels ne se créent. Dans « l’insensibilité » dont ils ont fait preuve envers les animaux, les savants et les scientifiques ont précédé, et de loin, les éleveurs des élevages intensifs. Ils ont été les premiers à essayer d’appliquer les méthodes industrielles à l’élevage et à restreindre pour cela les besoins des animaux, de réduire leur vie à la survie. On rappellera l’exemple du jeune professeur de chimie Durand incitant les grands propriétaires de Basse-Normandie en 1848 à généraliser la pratique de l’élevage au piquet. Ceux-ci s’y opposeront énergiquement en argumentant que les animaux souffriraient de la chaleur, du froid, des mouches, de la soif et que cette attache « contrarierait » leurs instincts. Pour eux, l’animal n’était pas qu’une « une machine à manger », comme l’affirmait le professeur : il voulait « sa liberté, de l’aisance, du bien-être », le mot était lâché [31][31] Bourdon, 1997 et 1998.. Durand, en nouveau « missionnaire du progrès agricole [32][32] Titre d’un ouvrage publié en 1858 par André Sanson,... », ne se posait déjà plus la question du bien-être à propos des animaux. Pour lui, la science civilisatrice – celle qui promet in fine le bien-être des hommes – ne pouvait aller sans un changement de rythme et de méthode, comme « l’artillerie » de l’agriculture, les instruments aratoires perfectionnés, et en particulier la charrue, devait « défoncer » les sols « rebelles », selon la même rhétorique militaire qui sous-tend la marche du progrès. Pour obtenir des résultats rapides et spectaculaires, il fallait prendre les grands moyens. De ce mal nécessaire devait nécessairement naître un bien futur – et un bien-être –, comme la paix naît de la guerre. Pour sortir de la « routine », de l’inaction présente, encore faut-il que le savoir puisse mener l’offensive contre la « paix des champs » et l’ignorance. Seul le pouvoir a ce privilège, en particulier dans le domaine agricole, ce qui explique l’alliance des scientifiques et de l’État. Quoique les agronomes fussent persuadés que les animaux souffraient du confinement dans les étables paysannes [33][33]  Moriceau, 1999, p. 44-46 ; Bourdon, 1998 ; Denis,..., leur objectif n’était pas de soulager la « souffrance » des animaux. Il était de se mettre au service de la production – d’où cette nouvelle notion de « productions » animales – et d’adopter dans la pratique un comportement viril avec comme justification le soulagement à terme des souffrances des hommes et en particulier de la faim [34][34] C’est l’une des raisons qui explique que la science....

Industrialisation de l’agriculture et bien-être des hommes

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Aujourd’hui, les scientifiques, à propos de la question du bien-être des animaux, évoquent l’histoire de l’industrialisation de l’élevage d’une manière particulière. Ils ne l’envisagent que dans un monde dépourvu de centre. Pour eux, c’est la « société », cette vague entité, qui est censée avoir voulu une intensification de l’élevage et réclamé une production accrue de produits carnés, sans se soucier du sort des animaux ; ils n’auraient fait que répondre à une sollicitation, appelée, une fois le processus achevé, « choix de société » [35][35] Burgat, 2001b, p. 116.. D’une manière générale en France, ce sont bien les savants et les scientifiques qui ont tenu un discours poussant à la modernisation de l’agriculture. Du xviiie au xixe siècle, ils ont toujours prôné la réduction des surfaces en céréales au profit des animaux, la transformation des granges en étables et encouragé une plus grande consommation de produits carnés [36][36] Bourde, 1967 ; Charmasson et al., 1992 ; Cranney, 1996 ;....

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Entre les deux guerres, l’État rechigne à mettre en place une politique officielle et cohérente d’aide à la recherche. Contrairement aux scientifiques, la plupart des politiques des années 1920 à la fin de la Seconde Guerre mondiale accordent leur confiance aux « paysans » (sauf parfois aux « gros » comme au moment du Front populaire), le terme devenant tout à coup signe de noblesse [37][37] C’est pendant l’Entre-deux-guerres, sous une Troisième.... Cependant, pour rattraper le retard dû à la Première Guerre à la suite d’un rapport de Tisserand (1830-1925) [38][38] Ancien élève de l’institut agronomique de Versailles,..., un premier institut des recherches agronomiques est créé en 1921 afin d’aider à l’intensification de la production agricole, mais la crainte de la surproduction entraîne sa suppression en 1934. Certains hauts fonctionnaires n’acceptent pas ce malthusianisme et un système technocratique poussant à la modernisation se met en place avec le Front populaire pour s’étendre sous le régime de Vichy [39][39] Salomon, 1970, p. 25 ; Rosanvallon, 1990, p. 236-2.... Ce système s’épanouit après la Seconde Guerre mondiale avec le succès que l’on sait, car il est repris tel quel par l’État de la Libération. On change quelques intitulés, mais on garde la plupart du temps les mêmes institutions et souvent les mêmes hommes [40][40] Bloch-Lainé et Gruson, 1996 ; Paxton, 1996, p. 288-289 ;.... La modernisation accélérée des campagnes se prépare. On élabore un plan en s’inspirant à la fois des plans soviétiques centralisés et de la rationalisation technique à l’américaine, le développement du machinisme agricole faisant partie des cinq priorités du premier Plan [41][41] Bourdon, 1982.. La nouvelle « noblesse d’État » que sont les technocrates s’allie à « l’aristocratie de l’esprit » que sont les scientifiques en lui créant des structures d’accueil ; la recherche scientifique, pour paraphraser Althusser, se constitue en un « appareil scientifique d’État ».

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Parmi les tâches prioritaires de l’Institut national de la recherche agronomique, créé en mai 1946, figure un secteur des « productions animales ». À cette époque, il n’est pas question de demande sociale, mais bien d’une volonté politique. L’État, en véritable « chef d’orchestre » [42][42] Landais et Bonnemaire, 1996., veut tout simplement mettre fin le plus rapidement possible à la « préhistoire paysanne » française – la myriade des petites exploitations – qui fait tache dans le monde occidental et ne permet pas de lutter contre la concurrence ni d’alimenter suffisamment l’industrie en main-d’œuvre. Les paysans sont obligés de composer avec la jeune génération que la fréquentation de la Jeunesse agricole chrétienne a rendue plus critique vis-à-vis des pratiques du passé et plus apte à évaluer les techniques nouvelles. Le contexte international (affrontement Est-Ouest) fait que les États-Unis encouragent la modernisation de l’Europe et soutiennent le plan Monnet avec leur plan Marshall. Malgré cela, la modernisation de l’agriculture ne va pas assez vite pour les technocrates. En 1953, par exemple, un mendésiste comme Simon Nora dénonce l’inefficacité de l’agriculture française [43][43] Cranney, 1996, p. 196-197.. Il n’est pas le dernier.

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C’est alors que la diminution du nombre des « exploitants agricoles », comme on dit désormais, s’accélère et que la plupart de ceux qui quittent le milieu rural pour aller en ville se retrouvent dans ces grands immeubles collectifs de banlieue – « machines à habiter » plus confortables (avec eau courante, salle de bain, w.-c., chauffage, etc.) que les maisons rurales de l’époque –, mais obligeant à vivre dans une telle promiscuité et une telle densité – et aussi un grand vide culturel – que l’on va les appeler rapidement « cages à lapins », tandis que les animaux d’élevage vont, à leur manière, suivre la même voie sur place dans des « fermes radieuses » [44][44] Jacqueline Sainclivier signale que, dès les années.... La vie dans un vide culturel n’est pas une vie, comme dit Polanyi, mais on espère que « les besoins d’ordre économique » rempliront automatiquement ce vide – à l’image des animaux qui passent l’essentiel de leur temps à se nourrir – et feront que « la vie paraisse viable dans n’importe quelles conditions », c’est-à-dire que l’énergie dépensée à survivre – à s’adapter aux nouvelles contraintes – fasse oublier que la vie pourrait être différente [45][45]  Polanyi, 1983, p. 213. Par contre, si l’amélioration.... Le salarié des banlieues va pouvoir compenser la dégradation de ses conditions de vie et de travail par la consommation d’objets. Des symptômes apparaissent qui sont le signe de souffrances, comme le « mal-être » et le stress [46][46] Mal-être, pour désigner l’état d’une personne qui ne..., cette dernière notion finissant d’ailleurs par être appliquée rapidement aux animaux d’élevage eux-mêmes.

Industrialisation de l’élevage et souffrance des animaux

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La participation active dans les années 1960-1970, auprès du ministère de l’Agriculture, du futur directeur de l’inra (Jacques Poly) à la rationalisation de l’élevage français est connue de tous (loi sur l’élevage de décembre 1966). Comme l’écrit François Grosclaude : « Ces dispositions de la loi sur l’élevage donneront aux chercheurs du département de génétique animale de l’inra une place et des responsabilités peut-être sans équivalent dans le monde » [47][47] Cranney, 1996, p. 243.. Les hommes politiques français, de quelque bord qu’ils soient, ont très longtemps entériné les propositions des savants, parfois sans les discuter, cela aussi est bien connu. Jacques Poly ne s’en est jamais caché, parce qu’il n’avait aucune raison de s’en cacher, et il dit par exemple en 1995 : « Au total, technique, science et politique ont permis de faire ce bond en avant fantastique que la France a fait au cours des trois dernières décennies » [48][48] Inra-mensuel, 91, 1997, p. 75.. Grâce à cette entente, les forces productives de la nation ont été démultipliées. À partir des années 1960-1970, la maîtrise technique des problèmes que pose l’élevage ne dépend plus uniquement de la compétence des éleveurs, mais aussi de celle des scientifiques, des ingénieurs, des techniciens et des entreprises comme les firmes d’aliments du bétail [49][49] Voir dans Archorales les entretiens de Claude Cornu.... Un système « scientifico-industriel » est mis en place et « l’industrialisation de l’élevage » cesse d’être une métaphore pour rentrer dans les faits. La valeur nutritive des aliments composés des firmes est désormais calculée à partir des indications données par l’inra, expliquée et adaptée par les instituts techniques, les lycées agricoles, les vétérinaires [50][50] Inra et École des Mines, 1998, p. 363-376.. Tout en se retrouvant confiné dans un cadre de vie semblable à celui que dénonçaient les agronomes sous l’Ancien Régime, l’animal mange enfin scientifiquement dans des « machines à habiter », véritables usines appelées pudiquement « ateliers », tandis que certains consommateurs commencent à se plaindre de la mauvaise qualité de leur alimentation carnée, mais non des conditions de vie des animaux d’élevage. Ces consommateurs, récemment urbanisés, sont encore trop proches du monde rural, où l’on n’est pas tendre avec les bêtes – castration à vif, contention, claustration, injures et coups de bâton sont habituels –, pour s’indigner du sort des animaux des élevages industriels. Les atteintes à l’environnement, les pollutions diverses vont les toucher davantage.

25

Pendant ce temps, le personnel des instituts techniques agricoles et de l’inra ne fait qu’augmenter [51][51] Les effectifs de l’inra passent de 257 personnes en.... L’ère de l’agriculture industrielle et scientifique va pouvoir commencer, de même que celle des très grands élevages français – très grands par le nombre d’animaux qu’ils vont arriver à concentrer sur peu d’espace et « français » pour ne pas occulter dans ce processus le caractère national des éleveurs qui, eux, doivent affronter la concurrence internationale, même dans une Europe agricole commune, parce que, dans chaque pays, les éleveurs restent totalement dépendants de leur État, de même que les scientifiques. Bien sûr, cette « collusion » entre les scientifiques français et l’État ne semble pas être la cause directe du traitement infligé aux animaux dans ces grands élevages. Les scientifiques ne réclament pas l’enfer sur terre pour ces animaux-là. Mais ce sont bien des études scientifiques qui ont permis de traiter ces animaux comme des plantes sous serre et de cerner au plus près la manière de ne satisfaire que leurs besoins primordiaux, au moindre coût, réduisant leur vie à la survie, les condamnant à la claustration, la promiscuité, l’immobilité et l’ennui. De ce fait, n’ont-ils pas cautionné indirectement le système d’élevage industriel actuel ? Mais comment le leur reprocher, puisque c’est l’État lui-même – et non la « société », qui ne dit mot pour l’instant sur cet aspect de l’élevage – qui les a encouragés à aller dans ce sens ?

26

*

27

Les instances dirigeantes de la recherche, au lieu de chercher à connaître le rôle qu’elles ont joué dans l’apparition des problèmes posés par l’intensification de l’agriculture industrielle [52][52] Comme par exemple Landais, 1996 ; et Larrère et Larrère,... et d’essayer de cerner scientifiquement les raisons historiques qui ont conduit la science à traiter les animaux comme ils le sont, en soumettant leur passé à l’analyse sur la longue durée, se sont appuyées sur une vague censure morale extérieure – sans insister sur le fait qu’elle venait de Bruxelles, via le ministère de l’Agriculture – pour inciter les scientifiques à afficher des recherches sur la question du bien-être des animaux.

28

La façon dont il faut envisager les conditions de vie des animaux d’élevage est donc restée une question marginale en France, tant que les centres de recherche ne s’en sont pas préoccupé. En leur imposant ce nouveau thème du bien-être des animaux, on a souhaité qu’ils puissent fournir des mesures de la « chose » ainsi nommée et se positionner en tant qu’experts auprès du législateur pour lutter autant contre la concurrence par l’éthique des pays protestants, qui essayent par ce moyen de contrarier l’élevage français en espérant lui faire subir un accroissement de ses coûts de production, que contre les réactions trop « sensibles » du consommateur français, s’il se manifeste. Au sein des centres de recherche, ce n’est donc pas une demande directe et scientifiquement cernée, venant de la société, qui a imposé tout à coup sa loi à la science, au contraire la « demande sociale » s’est introduite par le sommet.

29

La science, en contribuant à la rationalisation des méthodes de l’élevage industriel, a confisqué à son profit le savoir sur l’élevage et a couvert implicitement la dégradation des conditions de vie des animaux. Aujourd’hui, alors qu’elle justifie sa nouvelle préoccupation du bien-être des animaux par la demande sociale, peut-elle accompagner le desserrement des contraintes tout en évitant de remettre en cause le fait qu’elle continue à s’arroger le savoir sur l’animal, la mesure « objective » de son « bien-être », et à se maintenir ainsi hors de l’atteinte sociale ? Si dans l’avenir se faisait jour une véritable demande sociale, ne devrait-elle pas faire face à un savoir déjà constitué sur la « souffrance » des animaux par la science même, qui la renverrait, comme par le passé, à sa trop grande sensibilité et à son ignorance ?


Annexe

Premières directives européennes concernant les animaux d’élevage

30

Source : Fabre, 1999, p. 83-84. Pour les modifications successives de ces directives, voir le site de la Commission européenne (europa.eu.int/)

Tableau 1 - Normes minimales relatives à la protection des poules pondeuses en batterie

Délais

1er janvier 1988 pour les nouvelles cages.

1er janvier 1995 pour toutes les installations.

Dispositions générales

Conception, entretien, surveillance, ventilation, éclairage, alarmes, inspections des animaux

Cages

Surface : 450 cm2/poule.

Hauteur : 40 cm sur 65 % de la surface et pas moins de 35 cm en tout point.

Sol : la pente ne doit pas excéder 14 % ou 8 degrés.

Mangeoire : 10 cm minimum de longueur par poule.

Abreuvoir : 10 cm minimum de longueur par poule.

Interventions

Débecquage autorisé en cas de picage ;

doit être réalisé par un personnel qualifié ;

ne doit pas dépasser 1/3 de la longueur ;

autorisation de plus d’1/3 pour des motifs vétérinaires et réalisé par un vétérinaire.

Écrêtage possible uniquement sur les poussins de moins de 72 heures ; possible sur les volailles de plus de 72 heures à condition d’être effectué par un vétérinaire.

Déphalangeage, désailage et éjointage sont interdits.

Désonglage autorisé.

Directive 86/113/cee (arrêté du 29 décembre 1987)

Tableau 2 - Normes minimales relatives à la protection des veaux

Délais

1er janvier 1994 pour les nouvelles installations.

1er janvier 2007 pour toutes les installations.

1er janvier 2004 pour les installations non conformes à la 91/629.

Dispositions générales

Conception, entretien, surveillance, ventilation, éclairage, alarmes, inspections des animaux

Cases

Collectives : 1,5 m2 par veau d’un poids vif de 150 kg ; 1,7 m2 entre 150 et 220 kg ; 1,8 m2 pour les veaux de plus de 220 kg.

Individuelles : interdites après l’âge de 8 semaines.

Les veaux doivent pouvoir s’étendre, se reposer, faire leur toilette et voir d’autres veaux. Si les veaux sont attachés, leur attache ne doit pas les blesser.

Interventions

Le muselage est interdit.

Alimentation

L’alimentation doit contenir suffisamment de fer (niveau moyen d’hémoglobine : 4,5 mmol/l) et des aliments fibreux pour chaque veau âgé de plus de deux semaines ; quantité augmentée de 50 à 250 g par jour pour les veaux de 8 à 20 semaines.

Directive 91/629/cee, modifiée par la 97/2/cee et la décision de la commission du 24 février 1997 (arrêté du 20 janvier 1994 en cours de modification prévue en 1997)

Tableau 3 - Normes minimales relatives à la protection des porcs

Délais

1er janvier 1996 pour l’interdiction de l’attache des truies (nouvelles installations).

1er janvier 1998 pour les normes de surface minimum par porc (toutes exploitations).

1er janvier 2006 pour les normes de surface et l’interdiction de l’attache dans toutes les exploitations.

Dispositions générales

Conception, entretien, surveillance, ventilation, éclairage, alarmes, inspections des animaux

Cases

Porc ? 10 kg : 0,15 m2

Porc entre 10 et 20 kg : 0,20 m2

Porc entre 20 et 30 kg : 0,30 m2

Porc entre 30 et 50 kg : 0,40 m2

Porc entre 50 et 85 kg : 0,55 m2

Porc entre 85 et 110 kg : 0,65 m2

Porc ? 110 kg : 1 m2

Les porcs doivent pouvoir se reposer et se lever, disposer d’une place propre pour se reposer, voir d’autres porcs. Si les porcs sont attachés, leur attache ne doit pas les blesser.

Interventions

Castration des porcs mâles de plus de quatre semaines autorisée uniquement sous anesthésie et par un vétérinaire.

Section partielle de la queue et des dents possible seulement en cas de blessure.

Section partielle des dents autorisée dans les sept jours suivant la naissance.

Interdiction du sevrage avant trois semaines.

Directive 91/630/cee (arrêté du 20 janvier 1994)

Ce travail doit beaucoup aux remarques de Raphaël Larrère, directeur de l’unité stepe. Je remercie également Jacques Rémy et Bernard Desbrosses, de la même unité, pour leur relecture attentive et leurs suggestions.


Bibliographie

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  • Polanyi, Karl, La grande Transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, Paris, Gallimard, 1994, 425 p.
  • Pomian, Krzysztof, « La science dans la culture », in Les Idées en France (1945-1988), Paris, Folio-Gallimard, 1989, p. 463-472.
  • Porcher, Jocelyne, « L’animal des zootechniciens et celui des éleveurs : à la recherche du lien perdu », communication au 22e colloque de l’Association des ruralistes français, Rambouillet, 28-30 octobre 1998, à paraître.
  • 49-96, l’inra, témoignages, références, inra-mensuel, 1997, n° 91, 162 p. (n° spécial pour le cinquantième anniversaire de la création de l’inra).
  • Renan, Ernest, Souvenirs d’enfance et de jeunesse, Paris, GF-Flammarion, 1973, 314 p.
  • Rosanvallon, Pierre, L’État en France de 1789 à nos jours, Paris, Seuil, 1990, 378 p.
  • Salomon, Jean-Jacques, Science et politique, Paris, Seuil, 1970, 407 p.
  • Thabault, Roger, Mon Village, ses hommes, ses routes, son école, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1982, 251 p.
  • Théry, Jean-François, et Barré, Rémi, La Loi sur la recherche de 1982. Origines, bilan et perspectives du « modèle français », Paris, inra, 2001, 136 p.
  • Thomas, Keith, Dans le Jardin de la nature. La mutation des sensibilités en Angleterre à l’époque moderne, 1500-1800, Paris, Gallimard, 1985, 408 p.
  • Veissier, Isabelle, Sarignac, Catherine, et Capdeville, Jacques, « Les méthodes d’appréciation du bien-être des animaux d’élevage », Productions animales, inra, 1999, p. 113-121.
  • Verley, Patrick, L’Échelle du monde, essai sur l’industrialisation de l’Occident, Paris, Gallimard, 1997, 720 p.

Notes

[*]

inra-ésr, unité stepe, 65, Boulevard de Brandebourg, 94205 Ivry-sur-Seine cedex.

Courriel : <jpbourdon. ivry. inra@ wanadoo. fr>.

[1]

Veissier et al., 1999, p. 113. C’est moi qui souligne. De même, l’article de Burgat et Dantzer, 1997, insistait sur le fait que le bien-être animal était « une nouvelle préoccupation ».

[2]

Burgat, 2001b, p. 111-115.

[3]

« Pour ce qui concerne la caractérisation précise de cette demande et les perspectives qu’on pourrait tirer d’une analyse de son contenu, force est de constater que les données manquent. Même si des sociologues y travaillent peut-être actuellement, il reste que l’évolution des sensibilités ne se mesure pas au point de tracer, dans le détail et de manière certaine, l’avenir de la consommation carnée » : Burgat, 2001c.

[4]

Pubinra : www. inra. fr.

[5]

Théry et Barré, 2001, p. 14. On peut aussi se demander combien il faut réunir de personnes pour qu’une demande soit reconnue comme « demande sociale ».

[6]

Thomas, 1985, p. 233 et 247.

[7]

Mayaud, 1997, p. 531.

[8]

Faure, 1997, p. 565. Pour la protection des animaux au xixe siècle : Agulhon, 1998.

[9]

Pomian, 1989, p. 463.

[10]

Burgat, 2001a, p. 69-70. C’est surtout la presse locale qui rend compte de ces manifestations.

[11]

Certains éleveurs « traditionnels » craignent aussi que l’Union européenne n’interdise bientôt certaines de leurs pratiques, comme le gavage des oies et des canards (Archorales, 7, 2002, p. 27) ou le « veau sous la mère » du Limousin, qui reste constamment à l’étable dans l’obscurité avant d’être abattu à quatre mois, muselé la moitié du temps (Archorales, 4, 2000, p. 168-169).

[12]

Les premiers travaux sur cette question dans le département d’économie et de sociologie rurales de l’inra datent de 1997.

[13]

Sur ce site, la « protection animale », y compris celle des animaux d’élevage, est rangée avec la santé dans la rubrique « alimentation » et non « production animale et végétale », ce qui tendrait à montrer qu’on s’adresse au « grand public » plutôt qu’aux éleveurs (www. agriculture. gouv. fr).

[14]

Burgat, 2001b, p. 109-111.

[15]

Cranney, 1996, p. 417 ; Burgat, 2001b, p. 117-124.

[16]

La Lettre de l’agri bien-être animal, 1, 1999 (www. tours. inra. fr/ BienEtre/ lettre. htm).

[17]

La Lettre de l’agri bien-être animal, 4, 2000, rapporte seulement les résultats d’une enquête d’Arouna Ouédraogo auprès de ménages français sur la représentation de l’élevage « qui fait ressortir que les conditions sanitaires des animaux est un élément bien plus important que les conditions d’élevage pour caractériser un mode d’élevage acceptable. » La demande sociale demeure introuvable.

[18]

Burgat, 2001b, p. 110 ; La Lettre de l’agri bien-être animal, 6, 2000.

[19]

Fabre, 1997, p. 28-29.

[20]

La Lettre de l’agri bien-être animal, 12, 2001.

[21]

En 1995, le ministre de l’Agriculture britannique déclare que les jours de l’élevage des veaux en batterie sont comptés dans l’ue et en 1996 les Britanniques envisagent de faire inscrire le principe du bien-être des animaux dans le nouveau traité de l’ue : Dantzer, 1995, p. 35.

[22]

L’expression « bien-être animal », simple calque de l’anglais animal welfare ou animal well-being (on n’insistera pas ici sur la différence entre ces deux notions dans les pays anglo-saxons), n’a pas de sens en français pour les animaux, où elle ne peut s’employer qu’à propos du corps humain. On ne peut tout au plus parler que du bien-être de l’animal.

[23]

Mension-Rigau, 1994, p. 438-455.

[24]

« Le physiologiste n’est pas un homme du monde, c’est un savant, c’est un homme qui est saisi et absorbé par une idée scientifique qu’il poursuit : il n’entend plus les cris des animaux, il ne voit plus le sang qui coule, il ne voit que son idée et n’aperçoit que des organismes qui lui cachent des problèmes qu’il veut découvrir » : Ferry et Germé, 1994, p. 428.

[25]

« Cette excellente personne se trompait assurément, la vivisection, avec les soins d’humanité qui l’entourent, représentant la décillionième partie de ce que les animaux souffrent, est une chose bien inoffensive. […] Nous aimons l’absurdité féminine, tout en ne voulant pas qu’elle gouverne le monde et y fasse trop la loi » : Renan, 1973, p. 206 et 257.

[26]

Ibid., p. 42.

[27]

« En 1968, aux États-Unis, plus de 50 % des fonds consacrés à la recherche et au développement allaient à la défense, en France 45 %, et en Angleterre 40 %. Si l’on ajoute les recherches atomiques et spatiales, ces pourcentages s’élevaient pour les États-Unis à plus de 80 % et à plus de 60 % pour l’Angleterre et la France » : Salomon, 1970, p. 100 (et p. 50-56 pour la période révolutionnaire).

[28]

Porcher, 1998 ; Denis, 1996.

[29]

Verley, 1997, p. 25-41.

[30]

Selon Baudement, « pour la zootechnie, les animaux domestiques sont des machines, non pas dans l’acception figurée du mot, mais dans son acception la plus rigoureuse, telle que l’admettent la mécanique et l’industrie » : Demolon, 1946, p. 295.

[31]

Bourdon, 1997 et 1998.

[32]

Titre d’un ouvrage publié en 1858 par André Sanson, professeur de « zootechnie » (le mot apparaît en 1834 et « zootechnicien » en 1862). Pour l’histoire de la zootechnie et son évolution actuelle : Landais et Bonnemaire, 1996.

[33]

Moriceau, 1999, p. 44-46 ; Bourdon, 1998 ; Denis, 1996, p. 104, et 1998, p. 225.

[34]

C’est l’une des raisons qui explique que la science soit restée jusqu’à nos jours un domaine presque exclusivement masculin, même si un renversement de tendance s’observe actuellement, en particulier dans les écoles vétérinaires. Denis, 1996, p. 107, signale que Magne (1804-1885) fut l’un des rares professeurs de l’école vétérinaire d’Alfort à mettre en garde contre les « effets de la brutalité » sur les animaux.

[35]

Burgat, 2001b, p. 116.

[36]

Bourde, 1967 ; Charmasson et al., 1992 ; Cranney, 1996 ; Landais et Bonnemaire, 1996. Quant à l’action d’une association dirigée par des savants, comme agent de diffusion de la science officielle dans une grande région d’élevage de l’Ouest au xixe siècle : Bourdon, 1993 et 1996.

[37]

C’est pendant l’Entre-deux-guerres, sous une Troisième République très provinciale, que le terme « paysan » accède enfin à l’honorabilité pour une courte période. Les élites parisiennes, suivies par les notables locaux, se mettent à considérer la paysannerie comme un monde à part en France et qui doit le rester. « Les admirateurs des vertus paysannes, loin de rejeter l’isolement rural, le célébraient à l’envi » : Paxton, 1996, p. 128-132.

[38]

Ancien élève de l’institut agronomique de Versailles, directeur des domaines de l’Empereur, grand défricheur, et directeur du ministère de l’Agriculture de 1879 à 1896.

[39]

Salomon, 1970, p. 25 ; Rosanvallon, 1990, p. 236-237.

[40]

Bloch-Lainé et Gruson, 1996 ; Paxton, 1996, p. 288-289 ; Cranney, 1996, p. 53-102 et 456-457.

[41]

Bourdon, 1982.

[42]

Landais et Bonnemaire, 1996.

[43]

Cranney, 1996, p. 196-197.

[44]

Jacqueline Sainclivier signale que, dès les années 1930, Le Corbusier livre son projet de « ferme radieuse » dans Les Cahiers de l’Émancipation paysanne d’Henri Pitaud : Histoire et Sociétés Rurales, 16, 2e semestre 2001, p. 261.

[45]

Polanyi, 1983, p. 213. Par contre, si l’amélioration du confort est lente à la campagne, les paysans, au fur et à mesure que leur nombre diminue, disposent de plus d’espace et sont moins soumis à la promiscuité. Cela est très net à Mazières-en-Gâtine : Thabault, 1982, p. 108-109.

[46]

Mal-être, pour désigner l’état d’une personne qui ne se sent pas bien psychiquement dans la société, est apparu vers 1970, tandis que stress est apparu en français dès les années 1950. On parlait beaucoup alors de personnes « surmenées », comme on le disait des chevaux cent ans auparavant.

[47]

Cranney, 1996, p. 243.

[48]

Inra-mensuel, 91, 1997, p. 75.

[49]

Voir dans Archorales les entretiens de Claude Cornu (n° 1), Michel Journet, Gilbert Liénard (n° 4), Raymond Février (n° 6), Daniel Rousselot-Pailley, Gilbert Jolivet et Claude Calet (n° 7).

[50]

Inra et École des Mines, 1998, p. 363-376.

[51]

Les effectifs de l’inra passent de 257 personnes en 1946 à 4 866 en 1966, 6 505 en 1976, 8 312 en 1986 et 8 570 en 1996 : Cranney, 1996, p. 471-474.

[52]

Comme par exemple Landais, 1996 ; et Larrère et Larrère, 2001.

Résumé

Français

Depuis une dizaine d’années, les instances dirigeantes de la recherche agronomique en France incitent les chercheurs à se pencher sur la question du « bien-être » des animaux d’élevage en invoquant les exigences actuelles de la demande sociale. En fait, cette nouvelle préoccupation trouve son origine dans les réglementations de l’Union européenne qui imposent un desserrement progressif, mais apparemment inéluctable, des contraintes subies par ces animaux. L’argument de la demande sociale permet de faire l’impasse sur les rôles respectifs de l’État et de la science dans la dégradation des conditions de vie des animaux au cours du processus d’industrialisation de l’élevage.

Mots-clés

  • bien-être des animaux d’élevage
  • demande sociale
  • France
  • industrialisation
  • science
  • progrès

English

For the last ten years, the institutional leaders of agronomical research in France have been encouraging researchers to look into the welfare of farm animals, a concern raised in the name of current social demand. As a matter of fact, this new preoccupation originates with European Union rules which impose a gradual but apparently inescapable alleviation of the constraints presently bearing on farm animals. The social demand argument obfuscates the history of the relationship between the State and science and their respective roles in the degradation of animal living conditions during the process of industrialization of livestock farming.

Keywords

  • farm animal welfare
  • France
  • industrialization
  • progress
  • science
  • social demand

Plan de l'article

  1. La formulation de la demande sociale
    1. Émergence et échec
    2. Percée soudaine de la « demande »
    3. Les nouvelles réglementations de l’Union européenne
    4. La demande officielle
  2. Les savants et les animaux
    1. L’insensibilité de la science
    2. L’animal et la machine
    3. Industrialisation de l’agriculture et bien-être des hommes
    4. Industrialisation de l’élevage et souffrance des animaux

Pour citer cet article

Bourdon Jean-Paul, « Recherche agronomique et bien-être des animaux d'élevage. Histoire d'une demande sociale », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2003 (Vol. 19), p. 221-239.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2003-1-page-221.htm


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