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Histoire & Sociétés Rurales

2003/1 (Vol. 19)


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L’article de Maryse Simon sur « Les animaux du diable » nous a opportunément rappelé l’importance de la sorcellerie dans l’Europe de l’époque moderne [1][1] Histoire et Sociétés Rurales, 1er semestre 2002, n° 17,.... Ce sujet, on le sait, a passionné les érudits et les chercheurs depuis fort longtemps. La bibliographie qui s’y rapporte est immense, même en écartant la masse des écrits sans valeur qui l’encombrent.

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Il reste cependant des questions incomplètement résolues. L’une d’elles est de savoir comment les croyances relatives à la sorcellerie ont été progressivement disqualifiées, puis finalement éliminées de l’espace public. Ces croyances n’ont pas disparu. Elles subsistent çà et là, chez certaines personnes et à l’intérieur de certains sous-groupes sociaux. Mais leur validité n’est plus reconnue par aucune institution établie, notamment la justice : une plainte pour maléfices ne serait plus reçue aujourd’hui par aucun tribunal. Comment en est-on arrivé à cette situation, qui n’allait pas de soi autrefois, et qui ne va toujours pas de soi partout dans le monde ?

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Un mot assez connu de Voltaire mérite ici d’être rappelé :

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« L’esprit de sagesse et de critique, qui se communiquait de proche en proche, détruisit insensiblement beaucoup de superstitions. C’est à cette raison naissante qu’on doit la déclaration du roi, de 1672, qui défendit aux tribunaux d’admettre les simples accusations de sorcellerie. On ne l’eût pas osé sous Henri IV et sous Louis XIII ; et si, depuis 1672, il y a eu encore des accusations de maléfices, les juges n’ont condamné d’ordinaire les accusés que comme des profanateurs qui d’ailleurs employaient le poison ».

(Le Siècle de Louis XIV, 1756, ch. 31, « Des sciences »)
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Cette réponse nous laisse toutefois un peu sur notre faim. D’où venait « l’esprit de sagesse et de critique » dont parle Voltaire, et pourquoi l’a-t-il finalement emporté, à des dates d’ailleurs très différentes d’un pays à l’autre ? Voltaire lui-même avait bien conscience de ces difficultés. « Encore de nos jours en 1750, écrit-il dans le Dictionnaire philosophique[2][2] À l’article « Arrêts notables sur la liberté natur..., la justice sacerdotale de l’évêque de Vurtzbourg a condamné comme sorcière une religieuse fille de qualité au supplice du feu. » Ce qui montre au moins que la raison naissante a dû livrer bien des batailles, et même en perdre un bon nombre, avant de l’emporter définitivement.

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C’est une de ces batailles, encore plus tardive puisqu’elle se situe au début des années 1790, que rapporte l’article « Égagropiles » de l’Encyclopédie méthodique[3][3] Section « Agriculture », tome iv, an IV-1796. reproduit ci-après.

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Le mot égagropile (on trouve aussi et plus souvent aegagropile) est un mot rare et savant (du grec aigagros, « chamois », et pilos, « laine foulée, feutre »). Il ne se trouve guère dans les dictionnaires les plus courants, qui, assez curieusement, lui préfèrent le mot bézoard, encore plus exotique [4][4] Les définitions sont cependant parfois confuses, et.... Et plus curieusement encore, tous les dictionnaires, des plus courants aux plus spécialisés, semblent d’accord pour ignorer le mot gobe ou gobbe, qui leur correspond en français. La réalité dont il s’agit est pourtant bien banale. Il s’agit de boulettes de poils et d’autres matières indigestibles qui se forment occasionnellement dans le tube digestif des ruminants.

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Là où on rejoint l’histoire de la sorcellerie, c’est que dans la France du xviii e siècle, les gobes sont considérées comme le résultat de maléfices, imputable à la malveillance de quelque voisin. Dans l’affaire qui est ici en question, le mot de sorcellerie n’est plus prononcé – nous sommes tout de même en 1792 – mais les bases de l’accusation sont celles des procès de sorcellerie les plus classiques. En première instance, les juges du tribunal de Beaumont-le-Roger n’y voient que du feu. Ils reçoivent et instruisent la plainte comme s’il s’agissait d’un délit ordinaire, et ils condamnent les accusés à des peines fort lourdes. Manifestement, « l’esprit de sagesse et de critique » n’était pas encore descendu sur tous les magistrats de France cette année-là.

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Il faut passer à l’échelon supérieur, au tribunal d’Évreux, pour que les choses prennent une autre tournure. L’École Vétérinaire d’Alfort et la Société d’Agriculture de Paris sont consultées et des experts sont désignés. Ceux-ci auraient pu se contenter d’émettre un avis. Au lieu de cela, ils se lancent dans un véritable programme d’expérimentations, aux fins de montrer que les gobes sont des production naturelles et qui n’affectent pas sensiblement l’état de santé des animaux qui en ont. En définitive, la procédure est retournée contre les plaignants, qui sont à leur tour lourdement condamnés, et qui doivent notamment faire tous les frais de publicité nécessaires pour innocenter les accusés.

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Inutile de poursuivre. Les lecteurs intéressés trouveront dans l’article lui-même les détails de l’histoire. Une histoire qui m’a paru exemplaire par tout ce qu’elle nous apprend sur la façon dont les choses se sont passées concrètement, matériellement, sur un terrain bien précis. Combien d’affaires du même genre attendent d’être exhumées ? Seule une enquête collective permettra peut-être de la savoir. Jean-Marc Moriceau a trouvé dans les archives un jugement du présidial de Meaux en 1781 où il est aussi question de gobes [5][5] Bulletin de la Société de Mythologie Française, septembre.... C’est un indice, qui sera sans doute suivi d’autres, si l’attention des chercheurs se porte sur ce sujet.

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Qu’on ne s’y trompe pas, d’ailleurs. Il ne s’agit pas d’ajouter quelques pages à la littérature générale, déjà innombrable, sur l’histoire de la sorcellerie. Car la majeure partie de celle-ci couvre la période des grands procès, qui commence au xve siècle pour se terminer entre 1670 et 1730 selon les pays : période exceptionnelle, où la multiplication des procès obéit à un mécanisme auto-reproducteur assez semblable à celui qui gouverne les épidémies, les rumeurs, voire les bulles spéculatives qu’on observe dans d’autres contextes. Que se passe-t-il en des temps moins troublés, quand les maléfices sont ordinaires, pour ainsi dire ? Ici, c’est à l’ethnologie qu’on pense, et on sait que la sorcellerie rurale a fait elle aussi l’objet d’importantes études au xxe siècle. Mais ces études ont, par rapport aux précédentes, l’inconvénient contraire. Elles se situent à une époque où la sorcellerie n’est plus qu’une survivance, où tout ce qui la concerne est devenu plus ou moins clandestin. Ce n’est peut-être pas le moindre intérêt de l’affaire d’Evreux que de nous ouvrir une fenêtre sur le fonctionnement des maléfices ordinaires, après la fin des grands procès mais avant qu’ils ne soient réduits à l’état de folklore.

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L’article « Égagropiles » a été publié sous la signature de Tessier. Il reprend l’essentiel d’un article antérieur, « Sur les Gobes, qu’on trouve dans les estomacs des animaux ruminants », que Tessier avait fait paraître en 1792 dans son Journal d’Agriculture (p. 388), continué sous le titre d’Annales de l’Agriculture Française.

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La notoriété d’Alexandre-Henri Tessier (1741-1837) est loin d’égaler celle de ses contemporains Parmentier (1737-1813) ou François de Neufchâteau (1750-1828), bien que sur tous les plans, son rôle ait été au moins aussi important que le leur. Ce n’est pas ici le lieu de résumer sa biographie, dont on trouve de bons résumés dans les dictionnaires biographiques du xixe siècle (j’ai utilisé la Nouvelle Biographie Générale du Dr Hoefer, éditée par Firmin-Didot, tome 44, 1848). Rappelons seulement que Tessier, qui porta le titre d’abbé jusqu’en 1792, bien qu’il n’eût pas reçu les ordres, fut naturaliste et médecin avant de se tourner vers l’agriculture. Il fut docteur-régent de la Faculté de médecine de Paris, membre de la Société royale de médecine, de l’Académie des sciences, de la Société d’agriculture, etc. Un des ses principaux titres est d’avoir dirigé jusqu’à la Révolution l’établissement royal de Rambouillet, dont on peut dire qu’il fut le premier centre national de recherche agronomique (avant la lettre). Il fut aussi le principal rédacteur de la section « Agriculture » de l’Encyclopédie méthodique, le fondateur des Annales de l’Agriculture Française, qui fut probablement le plus important périodique agricole de la première moitié du xixe siècle, etc.

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L’article doit aussi beaucoup à Jean-Baptiste Dubois de Jancigny (1753-1808). Juriste, Dubois alla d’abord enseigner le droit à Varsovie (1775-1783). De retour en France, il devint, avec Parmentier et Lefèvre, rédacteur de la Feuille du cultivateur. Sa carrière fut surtout administrative. Sous la Convention, on le trouve à la Commission des subsistances, puis à la Commission d’agriculture et des arts. Sous le Directoire, il est chef du bureau de l’agriculture au Ministère de l’Intérieur, sous le Consulat, il sera préfet du Gard, etc. Contrairement à Tessier, les données biographiques de Dubois ne sont pas faciles à trouver [6][6] Je remercie M. Pierre Zert, de l’Académie d’Agriculture,.... La plupart des dictionnaires biographiques l’ignorent (sauf le grand Larousse du xixe siècle) et assez bizarrement, ses ouvrages sont répertoriés, non à « Dubois de… », mais à « Jancigny », dans le catalogue de la Bibliothèque nationale. À noter cependant qu’il est cité à plusieurs reprises par Octave Festy dans Les Conditions de production et de récolte des céréales (Gallimard 1947, voir l’index).

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C’est encore Festy qui nous apprend que Chabert, le troisième expert dans l’affaire des gobes d’Évreux, était en 1793 professeur et directeur de l’École vétérinaire. Je n’ai pas cherché à en savoir davantage sur ce dernier. Il est évident qu’entre 1780, les « agronomes » constituent déjà un milieu nombreux et actif, mais qui, à l’exception de quelques figures emblématiques (Parmentier, etc.), reste mal connu d’une historiographie peut-être trop obnubilée par les événements politiques et militaires [7][7] Le seul ouvrage récent où sont rassemblés d’assez nombreux....

129 - 1792 - Encyclopédie Méthodique, Article : « Égagropiles »

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Source : Encyclopédie méthodique, section Agriculture, t. iv, p. 161-166.

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Ce sont des corps naturels plus ou moins arrondis, formés de poils ou de laine qu’on trouve dans un des estomacs des animaux ruminans, c’est-à-dire, des bœufs et vaches, des daims, des cerfs, des chèvres et sur-tout des bêtes à laine.

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L’ignorance et le préjugé qui toujours l’accompagne, ont souvent fait regarder les Égagropiles comme des compositions artificielles, faites par des hommes méchans, et jettées dans les endroits où passant les Troupeaux, afin qu’alléchés par quelques-uns des ingrédiens, ils les avalent et soient empoisonnés. C’est pour cela qu’on leur a donné le nom de Gobbes.

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Cette opinion erronée a bien des fois, parmi les gens de la campagne, causé des haines envenimées, des querelles sanglantes, et des procès criminels. Au commencement de 1792, il en a été jugé un au Tribunal d’Évreux, dont l’extrait m’a paru propre à faire bien connaître les Égagropiles, parce que les Juges se sont entourés de toutes les lumières que la Physique, l’Anatomie et la raison peuvent procurer.

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Les nommés Jean et Jean-Pierre Laurent, père et fils, demeurans en la paroisse de La Neuville-du-Bosc, aux environs d’Harcourt, en Normandie, ont dénoncé : « Que des ennemis attachés à leur perte, faisaient périr leur Troupeau de moutons en semant des Gobbes dans les lieux où ils allaient paître ; que ce même troupeau, composé de 150 bêtes à laine, avait été renouvellé quatre à cinq fois, depuis sept à huit ans, qu’en quinze jours il avait perdu quarante moutons. » Sur cette dénonciation est intervenu un réquisitoire du procureur du Roi de la ville de Beaumont-le-Roger, pour être autorisé à faire informer. Quatorze témoins ont déposé : « Que le nommé Pierre-François Penchon avait menacé de ruiner Laurent, père et fils, par la perte de leurs bestiaux ; qu’il avait défendu à son Berger et à ceux de ses amis, de mener leurs Troupeaux en certains endroits, où il disait qu’il ne faisait pas bon ; qu’on l’avait vu à son domicile, fabriquer des Gobbes, les passer au beurre noir dans une poële à frire ; que ces Gobbes avaient été vues chez lui dans une assiette, etc. » À ces assertions se joignaient trois procès-verbaux des Officiers Municipaux de La Neuville-du-Bosc, qui constataient la mort de quatre bêtes à laine du troupeau de Laurent et l’ouverture des corps, dans lesquels on avait trouvé des Gobbes, qu’on disait être des pelotons composés de bourre menue, couverts de poix ou de brai ; chaque procès-verbal était terminé par ces mots : ce qui nous a paru avoir beaucoup contribué à la mortalité desdites bêtes. Le dépôt des Gobbes a été fait au Tribunal, pour pièces de conviction.

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Sur les informations, Pierre-François Penchon a été décrété et mis en prison, puis, après les formes accoutumées, condamné à six ans de galères et en 1,500 livres de dommages et intérêts envers Jean Laurent. Appel par l’accusé au Tribunal d’Évreux, pour être jugé en dernier ressort. Ce Tribunal soupçonnant, avec raison, une condamnation injuste, prononcée par des hommes peu éclairés, a dabord profité d’un défaut de formes pour annuler la Sentence du premier Juge, l’information et le décret de prise-de-corps, et ordonner la relaxation de Pierre-François Penchon, et vu le grand intérêt public que présentait cette affaire, il a voulu, avant de faire droit sur le fond, que par le directeur de l’École Vétérinaire d’Alfort et ceux des Professeurs de ladite École qu’il désirerait s’adjoindre ; il fut procédé par la voie d’analyse, ou toute autre à l’examen des Gobbes, déposées au greffe du Tribunal pour en reconnaître la composition et savoir si elles étaient l’ouvrage de l’homme et l’effet d’un maléfice, ou d’une simple opération animale, et qu’ils donnassent leur avis sur la possibilité ou l’impossibilité de faire périr les animaux herbivores, spécialement les moutons, par des Gobbes quelconques, etc.

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L’examen des Gobbes a été fait à l’École Vétérinaire juridiquement et dans les formes rigoureuses de Droit, en présence d’un homme de Loi, représentant Penchon et de Jean Laurent. M. Chabert, directeur de cette École, a donné une consultation qui contient des expériences, et la Société d’Agriculture, invitée par M. Chabert, a examiné la consultation, a donné son avis, et approuvé le rapport de deux commissaires qu’elle avait nommés pour lui en rendre compte.

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Le Tribunal saisi de toutes ces pièces favorables à l’accusé, a condamné les Laurent père et fils, ses dénonciateurs, à 1500 livres de dommages et intérêts envers Penchon ; il a ordonné l’impression du jugement à leurs frais jusqu’à 200 exemplaires, pour être distribués par Penchon, et lui servir de réparation, condamné lesdits Laurent aux dépens envers Penchon, supprimé les Mémoires des Laurent comme injurieux et diffamatoires, et enfin, pour donner à cette affaire toute la publicité que l’utilité générale demande, le Tribunal a arrêté qu’un extrait du procès-verbal de l’examen des Gobbes, fait à l’École Vétérinaire, ainsi que la consultation de M. Chabert, et l’avis de la Société d’Agriculture, fussent transcrits à la suite du jugement, comme en faisant partie, et que le tout fût imprimé en placards et jusqu’à 600 exemplaires, pour être affichés et distribués dans toute l’étendue des districts d’Évreux et de Bernay, et notamment dans la ville de Beaumont-le-Roger, et en la paroisse de La Neuville-le-Bosc.

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Les Juges étaient M M. Bourlet-Vallée, Le Boulanger, Damille Ville-Morin, Buzot, Dutocq, Branley, Engren, Le Roy, Président.

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Il résulte de l’examen des Gobbes, fait à l’École Vétérinaire, qu’elles ne contenaient aucun poison, ni minéral, ni végétal ; mais qu’elles étaient composées de laine, de débris de végétaux et de matières terreuses ; qu’elles n’étaient point enduites de poix, ni de brai, et que la matière qui les enveloppait, était le produit des sucs de la Caillette, quatrième estomac des moutons.

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Je vais transcrire presqu’en entier la consultation de M. Chabert et le rapport des commissaires de la Société d’Agriculture, parce que c’est dans ces pièces, que se trouvent les expériences et les observations, propres à détruire le préjugé, trop répandu et trop enraciné sur ces prétendus empoisonnements de bestiaux par le moyen de Gobbes.

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« Nous avons choisi, dit M. Chabert, deux brebis, dont l’une jouissait de la meilleure santé, et l’autre était affectée d’une toux séche, et avait la respiration très-laborieuse, au moindre exercice qu’on lui faisait prendre. On présenta à la première deux boules de filasse d’une texture lâche et molle, et qui avaient été trempées dans de l’eau salée, elle les refusa d’abord ; mais en les lui mettant a plusieurs reprises dans la bouche, elle les a mâchées légérement et les a avalées, presqu’aussitôt. On lui en donna deux autres, composées de sa laine et enduites de miel, qu’elle a prises et avalées ; on lui en donna encore deux autres, immédiatement après, qui étaient également composées de sa laine, de miel et de sel, et qu’elle avala avec la même facilité que les dernières, ainsi que les deux autres enfin qui étaient également composées de sa laine et de miel avec addition de farine. »

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« On observa ensuite cet animal pendant deux jours sans qu’il montrât le moindre symptôme maladif ; après ce temps, on lui donna deux autres Gobbes, dont l’une était composée de sa laine et de poix noire, enveloppée ensuite d’une pâte faite avec du miel et de la farine ; l’autre, composée comme celle-ci, était roulée dans du sel ; celles-ci furent prises par la brebis avec la même facilité que les autres ; mais en les mâchant elle sentit le goût de la poix et les rejetta aussi tôt : ce ne fut qu’à force de les lui remettre dans la bouche qu’elle les avala et encore fallut-il la lui tenir fermée pour en forcer la déglutition. »

30

« Nous avons observé cette brebis pendant plusieurs semaines et elle n’a montré aucun symptôme maladif. »

31

« Nous avons soumis l’autre brebis aux mêmes expériences ; elle a fait les mêmes difficultés pour prendre les Gobbes, qui n’ont operé aucun changement quelconque, ni en bien, ni en mal, sur sa santé ; elle a continué de tousser comme de coutume ; et en tout n’a rien montré de particulier. Nous les avons laissées a peu près deux mois dans cet état, à compter du premier jour de cette expérience, après lequel tems nous les avons fait sacrifier, quoique jouissant d’une très bonne santé. »

32

« Leur ouverture n’a montré aucun vestige de Gobbes ; et nous avons trouvé tous les viscères dans un état tel que nous avions lieu de l’esperer, d’après les signes extérieurs de santé que donnait la première brebis, et ceux de maladie qu’offrait la seconde. »

33

« Nous avons voulu pousser ces expériences plus loin encore sur une autre brebis qui jouissait aussi de la meilleure santé. On lui a fait prendre deux Gobbes composées de pâte ordinaire, garnies d’une couche de poix noire et recouvertes en suite de miel et de farine ; dans le centre de chacune de ces Gobbes, il y avait deux grains et demi d’Arsenic en poudre ; elle a refusé et rejetté plusieurs fois ces corps, et ce n’est qu’à force de les lui remettre dans la bouche et de la lui tenir fermée qu’il a été possible de les lui faire avaler ; elle a mangé en suite comme de coutume et n’a montré pendant six jours consécutifs, aucun symptôme maladif ; nous lui avons ensuite donné dix grains de ce même Arsenic dans une seule Gobbe preparée comme les précédentes, et qu’elle n’a avalée qu’avec les plus grandes difficultés. Pendant les huit jours qui ont suivi, nous n’avons remarqué aucun symptôme maladif. Nous lui en avons ensuite donné vingt grains préparés comme ci-devant et qui n’ont pas plus produit d’effet, car presqu’aussitôt elle a mangé comme à l’ordinaire et n’a donné lieu pendant huit jours à aucun symptôme de maladie ; après ce tems nous avons augmenté la dose d’Arsenic de dix grains, nous l’avons enveloppé de papier et de poix noire ; cette Gobbe ne fut avalée par l’animal qu’avec les plus grandes difficultés et par force ; pendant huit jours nous n’avons rien remarqué de particulier ; nous avons porté ensuite la dose jusqu’à quarante grains d’Arsenic qu’on lui a fait avaler comme auparavant et avec les mêmes difficultés ; pendant six jours elle n’en parut nullement affectée, ce qui nous détermina à augmenter la dose de dix grains sans que cela donna le moindre signe maladif. Nous avons ensuite porté la dose jusqu’à soixante grains ; puis, à un gros ; ensuite, à quatre scrupules, et enfin à cinq scrupules que nous lui avons fait prendre de la même maniere qu’auparavant : le même jour elle n’en parut point affectée, mais le lendemain matin elle but beaucoup plus qu’à l’ordinaire ; son poulx était cncentré, petit ; le surlendemain elle perdit entièrement l’appétit ; son poulx était très-petit, très-concentré ; elle regardait de temps en temps son flanc gauche, et resta dans cet état une journée entière. Le lendemain on la trouva morte ; elle avait fienté, ses crotins étaient mous et point moulés. »

34

« A l’ouverture du cadavre nous avons trouvé dans le bonnet, les deux dernières Gobbes qu’on lui avait fait prendre ; l’une était intacte, et l’autre, à demi défaite, avait répandu une partie de l’arsenic dans les alimens, et sur les membranes du second estomac. Celui-ci était enflammé dans presque toute la partie inférieure au point d’avoir acquis une couleur de rouge brun. La partie inférieure et moyenne de la vessie conique gauche de la panse avait une tache de cette nature, de huit à neuf pouces de circonférence. »

35

« Il résulte de toutes les expériences auxquelles nous nous sommes livrés, que les Gobbes qu’on donnerait aux moutons, dans le dessein de les empoisonner, seraient divisées et atténuées comme les alimens dont ces animaux se nourrissent, et qu’elles seroient ensuite expulsées au dehors avec les excrémens auxquels elles se combinent le plus communément sous une forme extrêmement déliée, lorsqu’aucune cause particulière, qui agit sur les estomacs, en facilite leur formation. Dans les cas au contraire, où cette cause existerait, alors les Gobbes arrivant dans la panse ou le premier estomac, et passant ensuite dans le bonnet, s’y diviseraient, comme cela a constament lieu, pour arriver brin par brin dans le feuillet et ensuite dans la caillette, où on les trouve le plus communément, et où on en a trouvé dans le mouton dont on rapporte l’ouverture dans le troisième procès-verbal, où il est dit qu’elles ont été retirées de la molette, ce qui signifie formellement la caillette. Les Gobbes quelques petites qu’elles soient ne peuvent jamais arriver dans le feuillet, ou troisième estomac, sans être entièrement divisées, parce que ce viscère ne communique au bonnet, ou deuxième estomac, qu’à la faveur d’une petite goutière qui ne permet le passage qu’à des corps très-fins et très-atténués. Il s’en suit donc que la matière qui sert de base aux Gobbes qu’on a trouvées dans les estomacs des moutons, qui font ici l’objet de la cause qui nous occupe, y est arrivée peu-à-peu sous forme de filament de laine brute ; que cette laine s’y est assemblée et agglutinée par le suc gastrique, et a formé le corps ovoïde dont il s’agit. Si les Gobbes restent dans la caillette et ne pénètrent pas au-delà de ce viscère, c’est que sa grande courbure est en contre-bas ; que son ouverture postérieure est recourbée en contre-haut et contournée de derrière en-devant, en sorte que la nature a pris tous les moyens pour que des corps d’un certain volume ne puissent arriver dans des intestins très-fins, très-étroits, et très-entortillés, dans lesquels ils auraient suspendu la marche des alimens et donné lieu à des coliques mortelles. »

36

« Tous les corps étrangers que l’animal peut avaler, sont de deux sortes : les uns sont dissolubles et les autres indissolubles ; les premiers parvenus dans la panse, étant dissous par la chaleur et l’humidité du viscère, y séjournent très-peu, à moins qu’ils ne soient d’une nature très corrosive ; alors qu’ils attaquent les parois, ils les irritent, les corrodent et les brûlent ; l’animal résiste peu à leur action, et leurs effets destructeurs, sur la partie qui en a éprouvé l’impression, sont si fortement prononcés, qu’il est bien difficile qu’ils échappent à l’œil même le moins exercé. Il n’en est pas de même des seconds : ceux-ci sont ou fins ou déliés, comme les poils, la laine, les matières sablonneuses, terrestres, etc. ou sont d’un volume plus considérable, tels que des morceaux de cuir, de bois, de fer, des clous, des épingles, des aiguilles, etc. »

37

« Ces derniers corps d’un certain volume et d’une nature indissoluble, restent dans la panse où ils ont été déglutis, ou descendent dans le bonnet et y séjournent constament, à moins que les épingles et les aiguilles, ne se fassent jour à travers de cette poche, et ne penetrent dans la poitrine, ainsi qu’on le voit très-fréquemment dans les vaches, qui y sont bien plus exposées que les moutons. Mais en ce qui concerne les poils, la laine et autres corps de cette nature, ils passent de la panse dans le bonnet, de ce viscère dans le feuillet, et arrivent enfin dans la caillette, ou quatrième estomac. Là, ils y restent, et lorsque quelques causes facilitent leur accumulation, ils s’y rassemblent peu-à-peu, comme nous l’avons expliqué, et forment une masse plus ou moins volumineuse, que les artistes et les naturalistes connoissent sous le nom d’Égagropile et les gens de la campagne, sous celui de Gobbe, parce qu’ils s’imaginent que l’animal l’a avalée ou Gobbée ; aussi le mouton qui la renferme est-il réputé Gobbé, ou animal Gobbé. »

38

« Quand à la cause des Egagropiles, prises ici pour des Gobbes, elle dépend de l’action des animaux qui se lèchent et qui avalent peu à peu les poils ou la laine qui les recouvrent. Aussi les troupeaux qui ont été affectés de la galle ou d’une démangeaison quelconque, y sont-ils infiniment plus exposés que les autres. Quant à leurs effets, dans les animaux qui les renferment, ils sont nuls ou à peu de chose près nuls, à moins qu’elles ne soient d’un très-gros volume, ce qui est, à l’égard du mouton, infiniment rare ; d’où nous concluons que celles qu’on a trouvées à l’ouverture des cadavres du troupeau de Laurent, n’étaient point la cause de la mort de ces animaux, mais seulement le corps matériel qui a frappé le plus éminemment le sens de la vue des personnes qui ont rédigé les procès-verbaux et dont le jugement a été suscité par des bruits populaires, ou par le nom seul de Gobbe, qui signifie que la chose a été donnée à dessein ; en sorte que si l’ouverture de ces cadavres eût été faite par des personnes de l’Art, elles auraient été indubitablement, abstraction des Gobbes, dirigé leurs recherches sur toutes les parties des sujets, et elles auraient trouvé des causes très-légitimes de la mort de ces animaux. »

39

« Quoi qu’il en soit, nous n’en concluons pas moins que les corps de délit du procès qui, nous occupe, sont de véritables Égagropiles, et qu’ils n’ont été nullement fabriqués par la main des hommes.

40

Délibéré à l’École Vétérinaire d’Alfort, le 4 Décembre 1791. Signé Chabert. »

41

Extrait des registres de la Société d’Agriculture, du 19 Décembre 1791

42

« À la dernière séance de la Société d’Agriculture, M. Chabert a lu une consultation qu’il a été prié de faire par M. Branley, juge au Tribunal du district d’Évreux, Département de l’Eure. L’objet de cette consultation étant d’éclairer sur une procédure criminelle, dont il résulte qu’un laboureur est condamné, par un premier Tribunal en 1500 de dommages et intérêt et à six ans de galères, M. Chabert a cru devoir faire appuyer son avis de celui de la Société d’Agriculture. la compagnie en conséquence nous a chargés, M. Dubois et moi d’examiner les pièces qui ont motivé la consultation et de lui en rendre compte.

43

M. Branley, dans une première lettre, demande à M. Chabert « si les habitans des campagnes ont raison de croire que l’on empoisonne leurs moutons, avec ce qu’ils appellent des Gobbes. » Selon eux, ce sont des pelottes formées de bourre, de friture, de miel de beurre, ou poix. On les jette dans les champs où passe le troupeau. Les animaux alléchés par le miel, avalent les pelottes et en meurent. Dans le procès criminel dont il est question, plusieurs procès-verbaux d’ouverture de moutons, crus empoissonnés, attestent qu’on leur a trouvé dans les estomacs des pelottes de bourre, couvertes de brai ou de poix, de la longueur de plus d’un pouce, et d’environ un pouce de largeur. M. Branley, rapporteur de l’affaire au Tribunal d’Appel, ayant lu dans quelques écrits que cette opinion des gens de la campagne est un préjugé, témoigne un grand désir d’en être instruit.

44

M. Chabert a répondu provisoirement à ce juge, que, d’après le simple extrait de procès-verbaux, il n’y avait pas matière à accusation, et qu’afin de donner un avis circonstancié, il le priait de lui envoyer la copie des procès-verbaux entiers et les Gobbes trouvées dans les animaux.

45

Les Gobbes étant déposées par le dénonciateur, partie civile, comme pièces à conviction, M. Branley n’a pu les faire passer à M. Chabert [*][*] Depuis cette époque les prétendues Gobbes ont été envoyées... mais il les décrit de manière à ne laisser aucun doute sur leur nature ; ce sont de véritables Égagropiles. M. Branley le soupçonnait si bien qu’il a cherché à s’en assurer en lisant le mot Égagropile dans l’Encyclopédie, dans l’instruction de M. Daubenton pour les bergers et dans M. de Buffon ; il s’est convaincu que les Gobbes du procès, ne sont autre chose que ces corps, dont l’existence est très-commune dans les ruminans.

46

Les procès-verbaux d’ouverture de corps sont au nombre de trois. Ils indiquent en peu de mots, qu’on a trouvé dans le bonnet ou la caillette des moutons des plotons composés de bourre menue, couverts de poix ou de brai ; ce qui a paru contribuer à la mort des animaux. A la suite est une lettre du maître de poste de Nonnancourt à un des juges du district d’Évreux ; ce maître de poste ayant perdu quarante moutons les fit ouvrir et les trouva tous Gobbés, c’est-à-dire, que dans leurs estomacs il y avait des Gobbes. Pour s’assurersi la malice des hommes entrait pour quelque chose dans la mortalité qu’il éprouvait sur les moutons, il composa lui-même plusieurs fois des Gobbes, qu’il placa sur leur passage ; aucun animal n’y toucha ; il en conclut que les moutons se Gobbent eux mêmes, où ce qui est la même chose, qu’il ramassent la matière dont se forment les Gobbes. Il observe en outre qu’on en voit quelquefois dans leurs estomacs de si grosses qu’ils n’auraient pu les avaler. Le maître de poste de Nonnancourt a aussi entendu dire que les Gobbes étaient un effet naturel.

47

D’après ces pièces, plus que suffisantes pour former un avis, M. Chabert a fait sa consultation. Elle contient des expériences bien concues pour faire voir combien il est difficile d’empoisonner les herbivores etc.

48

M. Chabert, après quelques explications sur la manière dont se forment les Égagropiles, conclut que les Gobbes, trouvées dans le corps des moutons du sieur Laurent, ne sont pas la cause de leur mort.

49

Si dans une matière aussi importante il n’était pas utile de réunir le plus d’autorités possibles, nous nous contenterions d’applaudir au zèle éclairé de M. Branley, qui, en juge intègre, cherche à s’affermir dans une opinion précieuse à l’innocence, à louer l’intelligence et la justesse d’esprit du maître de poste de Nonnancourt, et à remercier M. Chabert, qui, pour détruire un préjugé funeste, a fait le premier des expériences positives et décisives. Mais nous devons à la cause qu’il s’agit de défendre, et au désir même de M. Chabert ; l’exposé de quelques réflexions et observations que l’un de nous (M. Tessier) a été portée de faire.

50

Les Égagropiles sont des corps arrondis, formés intérieurement de piols, ou de filamens de laine réunis et recouverts extérieurement d’un enduit plus ou moins épais. les animaux ruminans, ou à plusieurs estomacs, tels que les bêtes à cornes et les bêtes à laine, y sont très-sujets ; on les trouve le plus souvent dans le quatrième, c’est-à-dire, dans celui d’où partent immédiatement les intestins, et que nous connaissons sous le nom de Caillette ; le séjour de ces corps dans les estomacs, altère la couleur des poils et de la laine, de manière qu’on les prend pour de la vieille bourre ; l’enduit qui les recouvre est formé par les sucs toujours contenus dans les estomacs, pour servir à la digestion ; ces sucs s’attachent ou se collent aux poils, ou aux filamens de la laine par leur viscosité naturelle. Expliquer comment se fait dans les estomacs, la réunion de ces matières, n’est pas une chose facile, parce que les hommes ne connaissent pas les opérations secrètes de la nature. On n’explique pas plus aisément comment les oiseaux de proie qui, en mangeant d’autres oiseaux, avalent des plumes, rassemblent en boule arrondie ces plumes dans leur estomacs, pour les vomir et s’en débarrasser, ces animaux, qui n’ont qu’un seul estomac, ayant la facilité de vomir. Mais cette explication n’est pas nécessaire. Il suffit qu’on sache de quoi sont composés les Égagropiles, et comment les animaux ruminans avalent des poils ou de la laine. Or, tous les hommes qui ont observé avec attention les habitudes de ces animaux, ont remarqué que c’était particulièrement en léchant leurs petits et en se léchant eux-mêmes, que leur langue ramassait des poils ou de la laine qui passait ainsi dans l’oesophage, et de là dans les estomacs. Pour ne pas nous écarter des moutons, nous ajouterons qu’ils avalent encore de la laine en mangeant soit aux rateliers, en hiver, soit dans les broussailles, en été. Les plus avides s’enfoncent dans les rateliers et couvrent leurs toisons, ou de bourre, de foin, ou de fleurs de trèfles ou luzerne, ou d’épis de bled que les autres s’empressent de ramasser, en arrachant des filaments de laine qu’ils avalent en même-temps. En été, lorsque les troupeaux passent dans les broussailles, quelques flocons de laine s’accrochent aux branches, les bêtes qui veulent en brouter les feuilles, n’en séparent pas la laine ; et c’est ainsi qu’on explique avec une grande facilité et une grande vérité, comment des filaments de poils et de laine s’amassent dans les estomacs des animaux, pour former ces Égagropiles, que les gens de la campagne appellent des Gobbes.

51

Les hommes instruits en histoire naturelle et dans la médecine vétérinaire, ont donc eu raison de regarder les Égagropiles comme le simple effet d’une opération de la nature, qui ne suppose pas un état maladif, car les animaux vivent longtemps, ayant des Égagropiles dans leurs estomacs. Les bouchers qui tuent presque toujours des animaux bien portans, seraient en état d’assurer que, fréquemment, ils leur trouvent des Égagropiles. L’un de nous, (M. Tessier), occupé plus d’une fois à soigner des épizooties, et par conséquent à ouvrir des animaux morts de maladie, certifie en avoir rencontré dans les estomacs de beaucoup de moutons enlevés évidemment par la pourriture, ou par le sang.

52

Il résulte de cet exposé, que c’est un préjugé de croire que les Gobbes ou Égagropiles trouvées dans les moutons, sont un moyen employé pour empoisonner ces animaux, et qu’il n’y a pas matière à accusation pour cet objet dans la cause pendante au Tribunal du district d’Évreux, 1° parce que ces Égagropiles sont des corps naturels ; 2° parce que d’après les expériences du maître de poste de Nonnancourt et de M. Chabert, des Gobbes offertes aux moutons ne seraient pas recherchées ni prises par eux ; 3° parce qu’il n’est pas facile d’empoisonner les animaux, comme M. Chabert et d’autres avant lui l’avaient prouvé. Nous sommes certains qu’on a donné à des chiens des bâtons de pierre infernale assez considérables, sans qu’ils en aient été incommodés. Nous pensons que la Société d’Agriculture peut, avec confiance, appuyer l’avis de M. Chabert, et concourir avec lui à détruire un préjugé dont elle voit les dangers.

53

Signé : Tessier ; J. B. Dubois.

54

Pour terminer enfin cet article par un avis, qui me paraît utile, je crois devoir dire que quand il y a sur les moutons une mortalité, dont on ignore la cause, au lieu de s’en prendre aux Égagropiles, qui sont dans la caillette, il faut examiner avec soin les autres parties du corps. Par exemple, le foie rempli de vers, qu’on appelle douves, des hydatides, ou vessies d’eau, éparses dans les viscères du bas-ventre ou de la poitrine, de l’eau même épanchée dans la moitié du bas-ventre, sont des preuves de la pourriture, occasionnée par des paturages humides. Si au contraire, on trouve des vaisseaux, sur-tout ceux qui rampent sous la peau, gorgés de sang, un épanchement de ce fluide dans quelque viscère ou capacité, une excretion ou sortie du sang, au moment de la mort, par quelque organe, on peut conclure que c’est la maladie du sang, qui tue. Des boutons inflamatoires ou gangrénés dans diverses parties du corps indiquent le charbon malin etc. Il est donc très-important d’appeler dans les cas de mortalité, des hommes éclairés, pour en bien constater la cause et en même-temps essayer des moyens curatifs et préservatifs. C’est ainsi qu’on connaîtra les véritables causes des mortalités, que l’ignorance attribue à des sortilèges ou à de mauvaises intentions.

55

(Tessier.)

Notes

[*]

82ter, Boulevard Gambetta, 93130 Noisy-le-Sec.

[1]

Histoire et Sociétés Rurales, 1er semestre 2002, n° 17, p. 63-89.

[2]

À l’article « Arrêts notables sur la liberté naturelle ».

[3]

Section « Agriculture », tome iv, an IV-1796.

[4]

Les définitions sont cependant parfois confuses, et on ne sait pas toujours très bien si le bézoard est une gobe ou un calcul.

[5]

Bulletin de la Société de Mythologie Française, septembre 2003, à paraître.

[6]

Je remercie M. Pierre Zert, de l’Académie d’Agriculture, de m’en avoir fourni l’essentiel.

[7]

Le seul ouvrage récent où sont rassemblés d’assez nombreux résumés biographiques sur ce milieu est l’Histoire de l’agronomie en France, de Jean Boulaine (Paris, Lavoisier, 1992).

[*]

Depuis cette époque les prétendues Gobbes ont été envoyées à l’école vétérinaire, où on les a examinées, ainsi qu’il a été dit plus haut.

Plan de l'article

  1. 129 - 1792 - Encyclopédie Méthodique, Article : « Égagropiles »

Pour citer cet article

Sigaut François, « Combattre les préjugés sur l'empoisonnement du bétail à la fin du xviiie siècle. L'article « Égagropiles » de l'Encyclopédie Méthodique (1792)», Histoire & Sociétés Rurales 1/2003 (Vol. 19) , p. 241-251
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2003-1-page-241.htm.


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