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Histoire & Sociétés Rurales

2003/1 (Vol. 19)


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Il est rare que des fouilles archéologiques de villae restituent des textes liés à des membres de la classe dirigeante. On mesure ainsi l’intérêt de la documentation relative aux biens fonciers des élites. Encore faut-il en proposer une analyse typologique.

Une typologie épigraphique

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Dans le cadre des deux regiones d’Italie du Sud que nous avons prises en considération, l’éventail documentaire disponible est assez large. Sans exclure des compléments ultérieurs, nous retiendrons pour l’heure sept catégories de sources :

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1. Inscriptions en l’honneur de membres des élites locales retrouvées sur le territoire d’une ville (cas très rare).

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2. Inscriptions de caractère funéraire pour des membres des élites retrouvées (ou conservées) dans la campagne (cas le plus fréquent).

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3. Inscriptions d’esclaves des membres des élites retrouvées dans la campagne (le cas des affranchis est significatif) [1][1] La condition sociale et juridique particulière des....

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4. Instrumentum inscrit.

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5. Documents exceptionnels comme la Tabula des Ligures Baebiani[2][2] Dans la vaste bibliographie sur ce document et parmi....

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6. Découvertes épigraphiques liées à des fouilles archéologiques ou à des recherches archéologiques systématiques.

Inscriptions honorifiques

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Le modèle de la première catégorie se trouve dans les inscriptions honorifiques pour les sénateurs romains retrouvées dans leurs propriétés [4][4] Pour l’emploi de l’expression « inscriptions honorifiques »,.... Ainsi, en Apulie, le cas bien connu du texte du cil, ix, 688 (= erc, i, App. i, 7) est exemplaire. Placée en l’honneur du consul du iii e siècle Lucius Publilius Celsus Patruinus dans sa propriété de la campagne d’Ordona par l’ordo et populus de la proche Canosa, ville où l’influent personnage avait été curator rei publicae et patronus, l’inscription a été retrouvée à 3 km d’Ortanova, dans la localité de Santa Felicita, près du fleuve Carapelle, à 15 km environ d’Ordona [5][5] L’inscription est reprise de Jacques, 1983, n° 70,.... Dans cette même localité, une autre inscription porte le nom d’un autre membre de cette famille sénatoriale que l’on considère unanimement comme originaire du centre d’Herdonia (cil, ix, 686 = erc, i, App. ii, 1).

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Le texte du cil, ix, 415 (= erc, i, 40) : Sex. Dasimio / A.f. Ouf(entina) Primo, / IIIIvir(o) aed(ili), IIIIvir(o) i(ure) d(icundo), / quaestori, / publice / d(ecreto) d (ecurionum) pourrait entrer dans cette catégorie dans la mesure où elle concerne les classes dirigeantes locales. Sextus Dasimius Premier appartient à une éminente famille de Canosa d’origine locale [6][6] Les Dasimii sont attestés à Canosa dans 11 textes épigraphiques.... L’inscription remonte à une période comprise entre le milieu du i er siècle après J.-C. et l’instauration de la colonie (époque des Antonins). Elle aurait très bien pu figurer dans le forum de la ville et il est donc important d’éclaircir les circonstances de la découverte. Il faut noter l’absence de l’indication relative à l’exposition publique, locus datus, mais c’est aussi le cas d’autres inscriptions honoraires de la région de Canosa placées probablement dans la cité [7][7] Cil ix 330, 334, 340, 344, respectivement erc , i,....

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Gravée sur une plaque en marbre, l’inscription en question a été signalée au milieu du xixe siècle dans le hameau de Gaudiano, situé à 18 km au sud-ouest de Canosa (Canusium), dans une zone où le premier éditeur, G. N. D’Errico, signalait « une prodigieuse quantité de ruines, de tombes […] d’inscriptions intéressantes » [8][8] D’Errico, 1846/47, p. 69 ; erc, i, 40 et erc, ii, p. 156..... L’opinion commune, partagée également par Mommsen, veut que l’épigraphe ait été trouvée sur place. Dans cette même zone, en 1975, une grande villa, habitée de l’époque d’Auguste jusqu’à la fin de l’Antiquité, a été partiellement découverte [9][9] Les sondages de surface menés par la Direction archéologique.... L’hypothèse selon laquelle un vicus aurait été installé dans la zone a été également avancée. La possibilité que des inscriptions honoraires (en général en rapport avec des statues), en tout point identiques au textes présentés dans les lieux publics, aient été exposés dans les propriétés des personnages honorés est admise : une éventualité plutôt rare pour les membres de l’ordre équestre et de l’aristocratie municipale, mais tout de même attestée.N’oublions pas que les honneurs pouvaient aussi être posthumes [10][10] Voir les sondages et les observations de Eck, 1996....

Textes funéraires

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Les exemples attribués à la typologie funéraire sont bien plus nombreux (plusieurs dizaines de textes épigraphiques pour les deux regiones considérées). Dans l’ensemble, la situation de Canosa et de Brindisi apparaît nettement privilégiée. Pour Canosa, grâce à l’ordre des décurions de 223 (cil, ix 338 = erc, i, 35) qui donne le nom de 125 membres de l’élite locale des premières décennies du iiie siècle. Dans le cas de Brindisi, le décret municipal de la fin de l’époque républicaine illrp, 558, que nous évoquerons par la suite, conserve 14 noms de décurions (on peut lire 11 patronymes de familles différents), en plus de celui du personnage honoré. Ces documents permettent de désigner comme membres des classes dirigeantes des personnages et des familles qui resteraient sans cela de simples noms.

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Le texte de Canosa cil, ix, 378 (= erc , i, 131) : Memoriae ; [Me]rope Faeniae filiae, /[Theo]dote Galbiae uxori, / [Theo]doto Artorio nepoti, / mihi ; vivos meo in solo/[Mer]ops Faenius L. f. feci.) est sur ce point emblématique [11][11] L’inscription est conservée à Canosa, murée avenue.... L’auteur de la dédicace affirme avoir réalisé la tombe du vivant de son commanditaire et dans sa propriété (datation : fin du iie siècle-premières décennies du iiie siècle). L’expression meo in solo est rare. Un rapprochement intéressant, si l’on considère la chronologie, peut être fait avec un passage de l’Histoire Auguste (Tacit., 15), in solo proprio, relatif à des cénotaphes construits à Terni dans la propriété familiale de l’empereur Claudius Tacitus. L’appartenance de Faenius Merops à l’élite est rendue certaine par la présence dans l’ordre des décurions de deux L. Faenii Meropes. Les deux autres familles mentionnées dans le texte, Galbii et Artorii, figurent sur la liste [12][12] Le lien entre cette inscription et l’ordre des décurions.... L’inscription est gravée sur une plaque monumentale (116 cm sur 227 et des lettres de 15 sur 13) et provient de la localité de Santa Lucia, située à 1 km de Canosa. La zone a restitué des fragments de céramique, de tonneaux et de meules, de pavés retrouvés sur les routes, des matériaux remontant en gros à l’époque comprise entre la fin de la République et la fin de l’Antiquité [13][13] Volpe, 1990, p. 162.. La grande plaque recouverte d’inscriptions constitue un clair témoignage de l’existence d’imposants monuments funéraires sur le territoire des villae.

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Un autre exemple, provenant toujours de Canosa, est relatif à la famille locale la plus étudiée, les très célèbres Baebii[14][14] Documentation des Baebii à Canosa : erc, i, 29, 48,.... Il s’agit d’un bloc funéraire erc, i 29 (= ae, 1986, 190) : Sacrum/ Dis Manibus ; / [L.] Baebius L. f. / Ouf(entina) Strabo f. trib(unus) mil(itum) leg(ions) III bis aurat(ae)/ fecit. Le monument (117 cm x 110 x 41), daté du début de l’époque impériale, a été retrouvé lors de travaux agricoles dans la localité de Palombara (terres de la commune de Barletta), à une dizaine de kilomètres de Canosa. Il avait certainement été réutilisé, comme le montrent les deux brisures symétriques sur les côtés. On a récupéré dans la zone des meules, des fragments d’amphores, de la céramique (matériaux d’époque impériale et de la fin de l’Antiquité) [15][15] Volpe, 1990, p. 171.. Dans ce cas, la typologie du bloc et le texte – seul figure le nom du constructeur de la tombe – présupposent un monument funéraire. Le lieu de la découverte, même si l’on envisage un déplacement depuis une zone plus ou moins proche, indique quoi qu’il en soit sa localisation dans une zone extra-urbaine, probablement dans une importante propriété des Baebii de Canosa.

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On peut ajouter qu’on a trouvé à 5 km de ce site une autre modeste épitaphe funéraire qui mentionne deux affranchis des Baebii (cil, ix, 6188 = erc , i, 90). Cela constitue un nouvel indice en faveur de la localisation de la propriété de cette famille de grande influence, du moins durant le ier siècle après J.-C., dans la zone orientale de Canosa, sur l’axe qui conduit à la ville actuelle de Barletta. Il ne faut pas négliger le fait qu’avec cette famille nous nous situons dans la frange la plus haute de l’élite locale. Ses membres appartenaient à l’ordre équestre de la fin du ier siècle, comme l’indique l’épitaphe citée. L’hypothèse que la famille ait rejoint le rang consulaire à l’époque suivante, sous Domitien, est plausible [16][16] Cf. supra, n. 14..

La preuve archéologique

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Il convient de souligner en outre que nous ne disposons pas dans les deux regiones considérées de confirmations archéologiques de cette preuve épigraphique, c’est-à-dire de restes de monuments funéraires imposants. Ce fait ne saurait toutefois surprendre. Dans un article récent consacré aux sénateurs romains de la Grèce orientale, O. Salomies rappelle qu’il ne reste plus que deux ou trois cas de preuve archéologique de tombes sénatoriales dans cette très vaste zone [17][17] Salomies, 2001, p. 151, n. 50..

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Le cas suivant (illr, 558 = cil , xii 3173) est plus problématique [18][18] Ce décret est repris in Sherk, 1970, n° 15.. Il s’agit d’une plaque de calcaire (64 cm x 105 x 6) retrouvée en 1955 dans la campagne de Latiano, à environ 22 km de Brindisi, dans la localité de Crisumma, et réutilisée comme couvercle d’une tombe à une époque successive [19][19] La localité de la découverte, située à 1 km de Latiano,.... Le texte présente le nom et la carrière d’un important magistrat du lieu ainsi que le texte d’un décret municipal en son honneur, largement lacunaire surtout dans sa partie finale :

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C. Falerio C.f. Nigro IIII[Ivir(o)] / aed. [p]otestat., IIIIvir(o) i. d., auguri, IIII vi[r(o) / quinq. decurione[s et] municipes ex s. [c.]. / Pridie k. April. / [Scr(ibundo) ad]f(uerunt)…

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Apparaissent ensuite les noms des décurions présents lors de la rédaction du texte, la proposition de l’hommage adressé au magistrat ainsi qu’à une autre personne dont le nom a été perdu, les motivations – Quom iei de sua pecunia forum sternant canalesque [---]o lapide faciendas polliciti sint idemque macellum [---/---]e et [---et ar]mamentari[um --- etc. – et enfin la décision d’honorer qui prévoyait apparemment l’érection d’une statue. Le décret remonte à la toute fin de l’époque républicaine. La distance par rapport à Brindisi et le modeste réemploi successif indiquent que la plaque a probablement été retrouvée dans cette zone. La chronologie est primordiale pour reconstituer sa fonction originelle. En effet, à la fin de la République, le cursus honorum n’était généralement indiqué que dans les inscriptions funéraires et des statues dédicatoires étaient placées près de la tombe du défunt [20][20] Voir les remarques de Eck, 1996 b, p. 283, et p. 307,.... Il apparaît donc vraisemblable que la dalle provienne d’un ensemble funéraire. D’ailleurs la remarque à propos de la double dédicace honorifique du décret, alors que la première mention ne concerne que le seul Gaius Falerius Nigrus, confirme que ce décret a été reproduit après le nom et le cursus du seul Nigrus, probablement dans les limites de sa propriété ou dans ses environs. Les verbes au présent et la pollicitatio d’œuvres ultérieures nous permettent d’ajouter que le texte du décret présuppose que les dédicataires ont été honorés de leur vivant [21][21] On sait que l’on peut lire sur certains décrets municipaux,....

Réutilisation d’inscriptions funéraires

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Dans cette catégorie, les cas d’inscriptions funéraires réutilisées dans des églises de campagne ou de villages modernes, situés sur les terres d’anciens centres urbains ne sont pas rares, surtout à l’endroit de probables vici antiques. Dans des cas de ce genre, même si le lieu de la découverte est plus incertain, la mise au jour des monuments dans la zone ne fait généralement aucun doute. L’inscription cil, ix, 216, retrouvée dans la commune actuelle de Mesagne, à 14 km de Brindisi (ancien vicus fréquenté à l’époque pré-romaine et romaine) constitue un bon exemple [22][22] Cil , ix, p. 19 ; Cocchiaro, 1989 ; Burgers, 2001,.... Le monument est signalé en 1833 près du couvent des Capucins, situé alors dans les faubourgs du village, sur la route conduisant à l’agglomération plus importante de Tuturano, à 8 km environ du lieu où la pierre tombale évoquée plus haut a été retrouvée. Le texte est le suivant :

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D. [m.] / Ti. Clau[dius.. f.] / Quir. F[---] / IIII vir ae[d. pot.] / IIII vir iur. [dic.] / h(ic) s(itus). Huic [ob merita] / ord(o) dec(urionum) [statuam] eques[trem dec(revit)][23][23] La tribu Quirina différente de celle de la majorité....

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Dans cette épigraphe, après le cursus et la formule hic situs, la mention de la dédicace d’une statue équestre décidée par l’ordo – certainement des habitants de Brindisi –, est à noter. Dans cet exemple, comme dans celui de la pierre examinée précédemment, même si c’est sous une forme différente, sont rappelés dans un contexte funéraire, en plus des étapes de la carrière, les hommages publics reçus [24][24] Le phénomène est bien connu pour les tombes des sénateurs :....

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L’autel funéraire cil ix, 24 add., déjà signalé dans l’église de S. Maria delle Cerrate au début du xviie siècle, est un autre exemple. L’autel est conservé aujourd’hui encore dans l’église située dans la campagne de la commune de Squinzano, à environ 15 km de Lecce. C’est l’épitaphe d’un décurion de 12 ans, P. Tutorius P.f. Camil(ia) Hermetianus et de sa mère Aelia Thetis [25][25] Cil, ix, 24 ad. L. et p. 2, pour la datation du manuscrit.... La tribu Camilia est celle des citoyens de Lupiae (Lecce). Il est donc probable que le territoire de ce centre urbain se soit étendu au point d’englober la zone de découverte de l’inscription [26][26] Suite aux fouilles menées par l’Université Libre d’Amsterdam,....

Inscriptions d’esclaves retrouvées dans la campagne

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Pour la troisième catégorie, indiquée par le signe 0, nous disposons d’un nombre limité d’attestations liées à la frange la plus élevée, celle dont nous savons ou pouvons supposer que ses membres accédaient aux rangs supérieurs. Les inscriptions suivantes illustrent cette catégorie : cil, ix, 322 (= erc, i, 177), autel funéraire retrouvé à Canne (territoire de Canusium), de Rhodanus Sal(viae) Rec(tinae) ser(vus) act(or) et qu’on peut faire remonter à la seconde moitié du Ier siècle après J.-C. [27][27] Silvestrini, 1996, p. 275-282.. On peut démontrer l’appartenance de la domina à la famille des Salvii (Capitones) de Venouse, famille de l’élite de la colonie depuis la fin de l’époque républicaine et dont nous pensons qu’elle a atteint le rang consulaire à l’époque des Antonin [28][28] Ibid. Au sujet de la localisation de certaines propriétés....

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Le texte de Venouse constitue un nouvel exemple [29][29] Chelotti, 1999, n° 2, p. 18-20.. Ce document évoque une lanipendia et un dispensator de Camillius Rutilus. On a retrouvé l’inscription près de Venouse, à Notarchirico, à environ 15 km du centre urbain, sur un site d’où provient du matériel archéologique datable de la période entre la fin de l’époque républicaine et la fin de l’époque antique [30][30] Marchi et Sabbatini, 1996, p. 67-68 et 70-71..

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La présence à Venouse d’un magistrat de la colonie au tout début de l’empire portant le même patronyme, pourtant rare (cil , ix, 445 : M. Camillius L. f.), est attestée. Cet exemple a permis d’établir un lien entre la famille de l’élite locale de Venouse et un sénateur de l’époque flavienne qui porte le même nom. C’est bien la rareté de ce nom qui rend le rapprochement pertinent [31][31] Camodeca, 1982, p. 146-147, repris dans les études....

L’instrumentum

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Certaines catégories d’instrumentum comme les signacula, lateres, et amphorae, peuvent constituer le témoignage de propriétés foncières, à condition que l’on connaisse les circonstances particulières des découvertes et que l’on prenne en compte les spécificités de chaque catégorie. L’exemple de certains cachets sur des amphores – en dehors des terres cuites examinées par Marcella Chelotti – montre, nous semble-t-il, la complexité du problème. La coïncidence entre certains noms de familles repérables sur les cachets d’amphores de la région de Brindisi et les noms de magistrats et de décurions de la capitale régionale a été depuis mise en avant lors d’études, notamment au colloque de Clermont-Ferrand en 1991 [32][32] Silvestrini, 1996, en particulier les pages 36-38.. Toutefois le lien entre ces cachets sur les amphores et la propriété foncière, qui peut être théoriquement envisagé pour les membres de l’élite locale, ne peut être démontré aujourd’hui.

Quelques cas dans l’Italie du Sud

La région de Brindisi

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Le fait que les cachets étaient liés à la production des amphores est désormais une opinion largement partagée et qui se vérifie également pour la zone de Brindisi. On identifie généralement grâce aux noms des esclaves le personnel impliqué dans le processus de fabrication et grâce aux noms des hommes libres les propriétaires ou les gérants des figlinae. On ne peut exclure la possibilité que des esclaves aient géré des activités de production de façon indépendante [33][33] Pour la zone de Brindisi, cf. les orientations de Manacorda,....

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Les sceaux en rapport avec des familles de l’élite locale sont les suivants : -]n. audi (sur une amphore de Brindisi non identifiée), l. fanni et m. fabi (sur des amphores de la même zone de forme iii, datées de la première moitié du ier siècle avant J.-C.) [34][34] Les deux premiers ont été édités par Palazzo, 1996,.... Ces cachets ont été retrouvés dans la campagne de Brindisi, les deux premiers sur le site artisanal d’Apani, le troisième sur le site artisanal de Mamorelle. Ce dernier apparaît sur une des deux anses d’une amphore dont on ne conserve que la partie supérieure du corps. Figure sur l’autre anse le nom d’esclave charit(o). Il s’agit de deux réalités très différentes, qu’on ne peut relier au modèle d’une figlina située dans le fundus d’un de ces éventuels propriétaires.

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On peut considérer ces derniers plutôt comme des usagers, nous ne savons pas à quel titre, de ces structures de production. Apani fut en effet l’un des plus importants centres de production d’amphores de la région de Brindisi. Là ont été retrouvées, avec les vestiges de deux fours, plusieurs centaines de cachets, parmi lesquels un nombre significatif de noms de notables à côté de noms d’esclaves. À Marmorelle, on a exhumé quatre fours, quelques centaines de sceaux. On y a enregistré, en plus des nombreux noms d’esclaves, la présence très majoritaire du nom de la gens Visellia (le nom m. fabi est le seul nom n’appartenant pas à un esclave retrouvé sur le site en deux exemplaires, dont l’un lacunaire). C’est pourquoi on a pensé attribuer à Visellius la propriété de ce lieu de production et de celui, proche, de Giancola où le patronyme Visellius est également majoritaire [35][35]  Manacorda, 1994, respectivement p. 9-18 (Apani) et....

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Que des propriétaires de domaines proches de ces sites artisanaux les aient utilisés, d’une façon ou d’une autre, est maintenant envisageable grâce à la toute récente valorisation de deux épitaphes d’une affranchie des Fabii, datées entre la fin du ier siècle avant J.-C. et les premières décennies du siècle suivant, et retrouvées dans la campagne de Brindisi, à Torre Mozza (à 6 km au sud-ouest de Brindisi et à environ 3 km de la localité de Marmorelle où l’on a découvert les deux exemplaires du cachet m. fabi). Là a été délimité un vaste habitat qui peut être une grande villa (iie siècle avant J.-C. et ve après J.-C.), dont la propriété a été attribuée aux puissants Fabii de Brindisi, tout du moins pour une période de son histoire [36][36] Aprosio, 2001, p. 39-51..

Les Pouilles et la Basilicate

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Dans les dernières décennies, des fouilles systématiques et des recherches archéologiques ont été effectuées et sont encore en cours dans différentes zones des Pouilles et de Basilicate [37][37] On trouve dans le recueil Modalità insediative (voir... : à Vaste dans la région du Salento par l’Université de Lecce [38][38] Voir les propositions de D’Andria, 1990, p. 49-50 et..., dans la campagne et l’arrière-pays de Brindisi par l’équipe dirigée par Daniele Manacorda (Université de Sienne) [39][39] Cambi, 2001, p. 366-373, à propos de la distribution... et par l’Université Libre d’Amsterdam [40][40] Burgers, 2001, p. 249-266, qui se réfère aux recherches..., dans les terres d’Ordona, de Lucera et de Troia (Aecae) par l’équipe de Giuliano Volpe (Université de Foggia) [41][41]  Volpe, 2001, p. 315-343, à propos des recherches effectuées... et dans différentes zones de la Basilicate [42][42] Small (Université d’Edimbourg), 2001, p. 35-53 (avec.... Une partie des recherches a été publiée et les résultats offrent des aperçus prometteurs et utiles aussi pour l’histoire des élites. Nous voudrions évoquer deux cas différents.

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Le premier a été étudié dans l’article sus-cité, publié par les Annales de l’Université de Sienne et relatif à l’implantation de Masseria Torre Mozza, dans la campagne de Brindisi, découverte au cours des repérages de surface réalisés par l’équipe de D. Manacorda en 1991. On a retrouvé sur ce site une stèle en partie conservée et portant le nom suivant : Fabia (mulieris) l(iberta) Brundisina. Elle se trouvait par chance à proximité d’un fragment épigraphique, lui aussi provenant de Masseria Torre Mozza et conservé au Musée Provincial de Brindisi. On peut y lire une partie du même nom (la décoration de la partie supérieure des deux pièces et les caractères paléographiques confirment qu’il s’agit bien de deux « inscriptions jumelles ») [43][43] Aprosio, 2001. Les mots entre guillemets se trouvent.... Les deux stèles délimitaient probablement le lieu de la sépulture. Cet élément épigraphique prend toute sa valeur si on le relie à la vaste implantation dont on peut penser qu’il s’agissait d’une grande villa, grâce à la présence de « marbres polychromes, de plâtres peints, de tesselles de mosaïque ». La période de majeure expansion de cette villa peut être datée des deux derniers siècles de l’ère pré-chrétienne. Un petit tombeau a été découvert dans une zone proche de la villa. On avance l’hypothèse que Torre Mozza était le centre de la propriété des célèbres Fabii (Hadriani) de Brindisi [44][44] Aprosio, 2001, p. 46-47.. Rappelons qu’un certain C. Fabius C.f. Hadrianus est présent dans l’ordre des décurions de Brindisi à la fin de la République, à l’époque évoquée plus haut (illrp, 558). C’est justement ce nom qui a permis à E. Badian d’établir que la famille du préteur romain homonyme (84 ou 83 avant J.-C.) était originaire de Brindisi. Cette hypothèse a été reprise par la suite dans les études de prosopographie [45][45] Badian, 1963, p. 133 ; voir récemment Palazzo et Silvestrini,....

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Le second cas concerne une zone à proximité de la villa de S. Giovanni di Ruoti en Basilicate, à 20 km environ de Potenza, située dans la campagne de cette ville. La villa, qui a fait l’objet de fouilles longues et systématiques, a été habitée sans changements importants durant les deux premiers siècles de l’Empire et agrandie ensuite à la fin de la période antique [46][46]  Small et Buck, 1994.. À 400 m de cette villa et à 150 d’une autre implantation repérée mais qui n’a pas été fouillée, on a retrouvé quelques inscriptions funéraires et des blocs de pierre provenant d’un cimetière voisin [47][47] Buck et Small, 1985, p. 98-109.. Deux d’entre elles sont particulièrement intéressantes puisqu’on retrouve dans les deux textes, tous deux datés entre la seconde moitié du ier siècle avant J.-C. et le milieu du iie siècle après J.-C., deux noms de familles, Babullii et Meneii, déjà présents parmi les magistrats de Potenza dans une épigraphe remontant au tout début de la période impériale (cil, x, 133 : P. Meneius C.f., Cn. Babullius Restitutus, IIIIvir(i)) : deux familles de l’élite locale, vivant à la même époque, qui possédaient une propriété dans cette même zone.

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Quelle leçon peut-on tirer de cette rapide présentation ? Si la propriété foncière des classes dirigeantes locales était en étroite relation avec le territoire des villes romaines, nous n’en avons pas toujours retrouvé les traces et il n’a pas toujours été possible d’interpréter celles qui étaient visibles. C’est ce que montrent les cas de Brindisi et de Canosa où seule la présence d’ordres de décurions permet de relier les noms qui figurent sur les cachets et sur certaines épitaphes funéraires, par ailleurs peu significatives, aux membres des élites.

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Bien des exemples examinés concernent la frange la plus élevée de l’élite, qui comprend les familles sénatoriales d’origine locale : une donnée qui ne saurait surprendre. Car en définitive, c’est bien l’étendue de leurs propriétés foncières, l’abondance d’inscriptions retrouvées en ville et à la campagne et d’objets manufacturés portant leurs noms ainsi que leur éventuelle longévité qui ont permis à certaines de ces familles de traverser les siècles qui nous séparent de la vie des municipes et des colonies romaines.


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Notes

[*]

Università degli studi Bari. Piazza Umberto I, 70 125, Bari, Italie.

[1]

La condition sociale et juridique particulière des affranchis, qui restaient souvent au service de leur dominus précédent, donne toute sa valeur à la documentation relative aux affranchis mais cette dernière n’est toutefois pas suffisante pour tirer des conclusions certaines. Pour une approche générale de la question : Fabre, 1981, p. 331.

[2]

Dans la vaste bibliographie sur ce document et parmi les études les plus récentes consacrées au thème de cette rencontre : Champlin, 1981, qui aborde plus particulièrement la question du transfert des propriétés et la condition sociale des propriétaires (voir p. 256, n. 36, les indications bibliographiques essentielles à propos de la controverse relative à la participation ou à l’absence de participation des décurions à l’emprunt agraire). Voir aussi l’étude récente de Iasiello, 2001, avec référence à gentes qui possédaient des domaines engagés dans la Tabula et à la probable localisation de ces propriétés.

[3]

Les toponymes, qui constituent une trace fascinante du passé, sont un instrument qu’il est difficile d’utiliser dans la reconstruction historique et qu’il faut évaluer en fonction des différentes aires géographiques, de leur histoire, ainsi que de l’avancée des études de toponymes, très inégales d’une région d’Italie à l’autre. Pour une vue d’ensemble : Champlin, 1993. L’utilité de ces études a été mise en avant en Italie pour les zones où le paysage n’a pas subi de grandes transformations et où l’on peut imaginer que la terre a été exploitée sans interruption : Calzolari, 1994. Dans le cas de la Tabula des Ligures Baebiani : Petracco Sicardi, 1990, p. 285-289. En ce qui concerne les élites locales de la seconde région d’Auguste, signalons un cas emblématique et bien connu : le toponyme « Tuturano », sur le territoire antique de Brindisi, actuel petit village à l’intérieur des limites communales de Brindisi (à 13 km), dont le nom rural dérive du nom latin, originaire de Messapie, Tutorius. L’étymologie, déjà proposée par Schulze, 1904, p. 244, est confirmée par les études de la langue messapique : de Simone, 1964, p. 28. Le nom latin dérive du nom messapique, formé à son tour à partir du prénom bien connu Taotor, attesté maintenant également comme nom divin : Id, 1988, p. 357-359. Cet auteur avance l’hypothèse qu’il s’agirait d’une des familles de prêtres de Messapie : Id., 1984, p. 189. Le nom noble latin est attesté à Brindisi et dans la campagne environnante dans 7 inscriptions différentes et bien documenté à Delo dans le dernier quart du ii e siècle avant J.-C. : Silvestrini, 1996, p. 39-40, n. 64.

[4]

Pour l’emploi de l’expression « inscriptions honorifiques », voir les observations éclairantes de Eck, 1984, p. 201.

[5]

L’inscription est reprise de Jacques, 1983, n° 70, p. 157-158 ; voir aussi Silvestrini, 1999, p. 94-95 (idem pour le texte cité ensuite, cil ix 686). Voir erc, i et ii.

[6]

Les Dasimii sont attestés à Canosa dans 11 textes épigraphiques différents, présents dans l’élite dirigeante aussi bien à la période municipale que coloniale : Silvestrini, erc, ii, p. 259 ; et Silvestrini, 1994, p. 88. L’épigraphe en question est signalée aussi par Chelotti, 1996, p. 289-290, comme témoignage possible de la localisation dans la zone de Gaudiano (cf. infra) de la propriété des Dasimii.

[7]

Cil ix 330, 334, 340, 344, respectivement erc , i, 23, 27, 37, 52 (les trois premières reprises également in Silvestrini, 1999, p. 158-159, 161-162). Sur la difficulté d’interpréter la présence ou l’absence de la formule locus datus avec certitude : Eck, 1996, p. 305-306.

[8]

D’Errico, 1846/47, p. 69 ; erc, i, 40 et erc, ii, p. 156. On a aussi trouvé provenant de la même zone une épigraphe en l’honneur du consul Gaius Calvisius Sabinus, vraisemblablement consul en 39 avant J.-C. : cil, ix, 414 = erc, i, 20, qui semblerait elle aussi venir d’une de ses propriétés de campagne. On a aussi supposé, par voie de conséquence, que les deux plaques pouvaient provenir de la spoliation du centre urbain de Canosa en vue de leur possible réutilisation à l’époque médiévale dans le bourg de Gaudiano : Grelle, Francesco, erc, ii, p. 183, n. 27 et p. 180. Toutefois la découverte certaine dans cette même zone de Gaudiano de quelques inscriptions funéraires, en partie conservées avec les épigraphes en question ( erc, i-ii, n° 72, 211, 217, Add. 20, Add. 27, Add. 29, Add. 31, et aussi 137, 216, 219) rend peu probable le fait que ces deux plaques seulement proviendraient du centre urbain.

[9]

Les sondages de surface menés par la Direction archéologique de la Basilicate ont été dirigés par Jean Andreau et Cécile Klein : Volpe, 1990, p. 157.

[10]

Voir les sondages et les observations de Eck, 1996 b, p. 305-312.

[11]

L’inscription est conservée à Canosa, murée avenue S. Sabino ; voir aussi Silvestrini, 1999, p. 123-124.

[12]

Le lien entre cette inscription et l’ordre des décurions est déjà mentionné in cil ix 378, ad l. Sur le tableau L. Faenius Merops apparaît parmi les duoviralicii qui ont endossé la charge de duumvir deux fois (erc, i, 35, ii, 16), L. Faenius Merops iunior parmi les aedilicii (iii, 19). Les Galbii figurent à trois reprises : C. Galbius Soterianus, patronus eq(ues) R(omanus) et allectus inter quinq(uennalicios) (erc , i, 35, i, 38 et ii, 10) ; C. Galbius Atticillanus et C. Galbius Amandus, praetextati (iv, 30 et 35) ; les Artorii avec T. Artorius Minervalis, aedilicius (iii, 8). Sur ces liens : Chelotti, 1990, p. 607-608.

[13]

Volpe, 1990, p. 162.

[14]

Documentation des Baebii à Canosa : erc, i, 29, 48, 89-98, 111, 154 ; voir aussi Silvestrini, 1999, p. 144 ; sur la probable provenance de Canusium de la famille de P. Baebius Italicus, cos. suff. en 90 : Camodeca, 1982, p. 142, et erc, i, 89.

[15]

Volpe, 1990, p. 171.

[16]

Cf. supra, n. 14.

[17]

Salomies, 2001, p. 151, n. 50.

[18]

Ce décret est repris in Sherk, 1970, n° 15.

[19]

La localité de la découverte, située à 1 km de Latiano, est indiquée par Marangio, 1975, p. 116 et fig. 1.

[20]

Voir les remarques de Eck, 1996 b, p. 283, et p. 307, relatives à l’épigraphie sénatoriale.

[21]

On sait que l’on peut lire sur certains décrets municipaux, même plus tardifs, que le personnage honoré pouvait faire placer la statue, dont la base portait l’inscription du décret, où bon lui semblait : voir par exemple cil, ix, 5694 = Sherk, 1970, n° 53, exemple de Tuficum, 141 après J.-C. ; Reynolds et Ward Perkins, 1952, n° 601 = Sherk, 1970, n° 65, exemple de Leptis Magna (iiie siècle après J.-C. On a observé également qu’à la suite de la délibération des décurions, la mise en place effective de l’hommage était du ressort de la personne honorée et de ses parents : Christol, 1986, p. 86-87. Ces derniers pouvaient décider également de disposer les statues dans un lieu privé plutôt que public : Eck, 1996, p. 311. Mais dans ce cas, la chronologie laisse plutôt supposer une nouvelle proposition du décret dans un cadre funéraire. Il est vraisemblable qu’une statue de Falerius Nigrus et de l’autre personne honorée aient déjà été exposées à Brindisi dans un lieu public.

[22]

Cil , ix, p. 19 ; Cocchiaro, 1989 ; Burgers, 2001, p. 263.

[23]

La tribu Quirina différente de celle de la majorité des habitants de Brindisi, inscrits à la Maecia, s’explique par la probable origine affranchie du défunt : c’était la tribu de l’empereur Claude, Voir aussi pour une bibliographie postérieure : Silvestrini, 1998, p. 83-84.

[24]

Le phénomène est bien connu pour les tombes des sénateurs : Eck, 1996 a, p. 237-238.

[25]

Cil, ix, 24 ad. L. et p. 2, pour la datation du manuscrit de G. Marciano, Descrizione, origine e successi della terra d’Otranto avec la première transcription du texte ; le manuscrit a été édité par la suite avec une reproduction photographique in Susini, 1962, p. 163-165, qui attribue l’épigraphe à Valesium (vicus ?municipium ?) sans toutefois exclure une possible provenance de la campagne de Lupiae (Lecce). Valesio se trouve à une dizaine de kilomètres de la localité de Le Cerrate.

[26]

Suite aux fouilles menées par l’Université Libre d’Amsterdam, on sait que Valesio n’avait pas d’autonomie administrative à l’époque romaine. Le site était le siège d’un relais de poste et se trouvait probablement compris dans le territoire de la ville de Brindisi, dont les habitants étaient enregistrés dans la tribu Maecia : Boersma et Yntema, 1987, p. 94-95 ; Id., 1995

[27]

Silvestrini, 1996, p. 275-282.

[28]

Ibid. Au sujet de la localisation de certaines propriétés des Salvii entre Venouse et Canosa : Chelotti, 1996, p. 284-285. Sur les relations entre les Salvii et d’autres familles de la nobilitas municipale de Venouse (Babullii) : Silvestrini, 1996 ; Grelle et Silvestrini, 1999, vol. ii, p. 183-184.

[29]

Chelotti, 1999, n° 2, p. 18-20.

[30]

Marchi et Sabbatini, 1996, p. 67-68 et 70-71.

[31]

Camodeca, 1982, p. 146-147, repris dans les études suivantes.

[32]

Silvestrini, 1996, en particulier les pages 36-38.

[33]

Pour la zone de Brindisi, cf. les orientations de Manacorda, 1994, p. 3-18, 29-30 ; Id. 1989, p. 456-458. Au sujet des amphores de production apinienne : Palazzo et Silvestrini, 2001, p. 57-100.

[34]

Les deux premiers ont été édités par Palazzo, 1996, p. 50, le troisième par Palazzo et Silvestrini, 1993, p. 167-173. À propos de l’appartenance des Fannii, des Fabii, des Audii à l’élite locale de Brindisi : Silvestrini, 1996, p. 36 et 39, et Silvestrini, 1998, p. 81-83, 92 et 94. Nous ne prenons pas en considération les quatre cachets sujets à discussion qui présentent le prénom, le patronyme et la lettre Q., pour laquelle nous avons repris la version q(uaestor), car ils ne sont pas conformes au reste de la documentation : Silvestrini, 1996, p. 37-38.

[35]

Manacorda, 1994, respectivement p. 9-18 (Apani) et p. 4-9 (Giancola et Marmorelle) ; Id., 1990, p. 380-382 et 387-388, où est avancée l’hypothèse que les implantations de Giancola et Marmorelle étaient localisées sur un domaine unique et que ce dernier faisait partie de la propriété de Visellio ; sur Apani : Palazzo et Silvestrini, 2001, p. 57 et la n. 2 ; sur Marmorelle : Palazzo, 1994 a, p. 168 ; pour une présentation d’ensemble des différents sites artisanaux : Palazzo, 1994 b, p. 53-60.

[36]

Aprosio, 2001, p. 39-51.

[37]

On trouve dans le recueil Modalità insediative (voir Lo Cascio, 2001), qui réunit les articles de deux colloques organisés par l’Université « Federico II » de Naples (février 1997 et juin 1998), une bonne présentation générale de cette orientation de la recherche.

[38]

Voir les propositions de D’Andria, 1990, p. 49-50 et le catalogue correspondant.

[39]

Cambi, 2001, p. 366-373, à propos de la distribution des sites archéologiques dans la campagne de Brindisi, au nord-ouest du centre urbain.

[40]

Burgers, 2001, p. 249-266, qui se réfère aux recherches menées ces vingt dernières années.

[41]

Volpe, 2001, p. 315-343, à propos des recherches effectuées dans la région de la Daunie et, p. 344-354, l’appendice de V. Romano, Ricognizione nella Valle del Celone ; voir également De Fino et Romano, 2001, p. 43-89. Pour les aspects plus directement historiques, mentionnons la collaboration en cours entre l’équipe de G. Volpe, l’auteur de cet article et F. Grelle (Université de Lecce).

[42]

Small (Université d’Edimbourg), 2001, p. 35-53 (avec des références aux travaux précédents) ; on trouve dans ce même volume des articles de Fracchia (Université d’Alberta, Canada), 2001, p. 55-73, de Gualtieri (Université de Pérouse), 2001, p. 75-103, de De Siena et Giardino (Direction archéologique de la Basilicate, Université de Lecce), 2001, p. 129-167.

[43]

Aprosio, 2001. Les mots entre guillemets se trouvent p. 41 ; le fragment conservé au Musée Provincial avait déjà été édité in NotScav, 1887, p. 207 et à nouveau présenté en tant qu’inédit par Soffredi, A, p. 48, n° 31, avec une intégration partielle de Donati, 1980, p. 155.

[44]

Aprosio, 2001, p. 46-47.

[45]

Badian, 1963, p. 133 ; voir récemment Palazzo et Silvestrini, 1994 ; Silvestrini, 1996, p. 36-37 (comprenant une bibliographie).

[46]

Small et Buck, 1994.

[47]

Buck et Small, 1985, p. 98-109.

Résumé

Français

On propose une identification des typologies épigraphiques relatives aux biens fonciers des élites locales ; inscriptions retrouvées sur les terres de municipes et de colonies (textes honoraires et funéraires pour les membres des élites, textes relatifs à leurs esclaves) retrouvées lors de fouilles archéologiques ou de recherches archéologiques systématiques, instrumentum inscrit, documents exceptionnels comme la Tabula des Ligures Baebiani, toponymes. Il est proposé à la fin de l’article une exemplification de certaines des typologies évoquées.

Mots-clés

  • domaines
  • élites
  • typologies épigraphiques

English

This article suggests an identification of epigraphic typologies pertaining to the landed property of local elites ; inscriptions found during archeological excavations or systematic archeological surveys on the territories of municipes and colonies (honorofic and funerary texts for members of the elites, texts dealing with their slaves), written instrumentum, exceptional pieces such as the Tabula of the Ligures Baebiani, toponymic evidence. Lastly, we give examples of some of the typologies listed in the article..

Keywords

  • estates
  • elites
  • epigraphic typologies

Plan de l'article

  1. Une typologie épigraphique
    1. Inscriptions honorifiques
    2. Textes funéraires
    3. La preuve archéologique
    4. Réutilisation d’inscriptions funéraires
    5. Inscriptions d’esclaves retrouvées dans la campagne
    6. L’instrumentum
  2. Quelques cas dans l’Italie du Sud
    1. La région de Brindisi
    2. Les Pouilles et la Basilicate

Pour citer cet article

Silvestrini Marina, « Les biens-fonds des élites locales en Italie du sud. L'exemple des Regiones II et III (Apulie et Calabre)», Histoire & Sociétés Rurales 1/2003 (Vol. 19) , p. 51-65
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2003-1-page-51.htm.


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