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Histoire & Sociétés Rurales

2003/1 (Vol. 19)


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On sait que la documentation d’activités manufacturières liées à des entreprises locales, révélée par l’instrumentum domesticum, permet d’approfondir la connaissance de la composition et de la nature des patrimoines qui offraient la possibilité à des membres des familles locales, possédant déjà des propriétés foncières, de consolider leur position ou d’atteindre le sommet de la hiérarchie sociale. Cet aspect thématique est depuis longtemps au cœur du débat sur la dimension économique et sociale du monde antique et, parmi la vaste bibliographie disponible, nous signalerons ici les essais de M. Torelli [1][1] Torelli, 1996 ; Id., 2000. et de D. Nonnis [2][2] Nonnis, 1996. pour leur approche méthodologique en rapport avec notre sujet.

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Nous nous occuperons ici de la production d’objets en terres cuites et en particulier des lateres signati dont l’interprétation n’est pas facile, surtout pour la zone prise en considération. Il faut avant tout tenir compte, en plus du problème de la rareté de la documentation, de la difficulté de n’avoir pour données que des éléments onomastiques. C’est sur la base de telles sources, complétées naturellement par le support de la documentation épigraphique monumentale, que l’on peut préciser les modalités d’intervention dans ce cadre économique de la part des notables locaux ainsi que leur éventuel rapport avec les officinatores.

Les typologies des fabriques de lateres signati

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On peut en général distinguer essentiellement trois types d’implantations pour la fabrication de lateres signati. Le premier est lié à des structures qui évoquent des chantiers, destinées à la cuisson sur place des pièces en terre et situées à l’intérieur de zones affectées à la construction d’édifices divers, avec les évidents avantages, en terme d’économie et d’emplois, que cela pouvait comporter. Le deuxième concerne des installations domestiques. La production des lateres obéit alors à un usage strictement privé. Lea troisième est toujours en rapport avec des installations domestiques mais les produits pouvaient toutefois être mis en circulation en dehors de la propriété, dans un rayon limité, et commercialisés. L’interprétation qu’il convient de faire de la présence de cachets imprimés découle de ces types d’implantation et de l’hypothèse d’une commercialisation du produit [3][3] Cf. The inscribed economy : production and distribution.... Il s’agit de marques de fabrique qui garantissent l’origine de l’objet et permettent l’identification de différents éléments : les productions diverses cuites dans des fours communs, le contrôle du travail des artisans employés par le propriétaire d’un ensemble d’ateliers, le nom des propriétaires-gérants (et celui de leurs serfs et affranchis), les initiales des ouvriers pétrisseurs, la vérification interne à l’organisme producteur et enfin le contrôle de la production pour des raisons fiscales [4][4] Zaccaria, 1987..

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Dans tous les cas, le cachet nous apprend toujours quelque chose et, comme l’a remarqué M. Steinby, « il semble peu crédible qu’un cachet ait été apposé sur des produits exclusivement destinés à un usage privé » [5][5] Steinby, 1993, p. 14..

La production de terres cuites de Venouse

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En ce qui concerne la production de terres cuites à Venouse, des fours de dimensions réduites ont été retrouvés sur des terrains d’habitation qui remontent à une période comprise entre la fin de la République et le début de l’Empire [6][6] Marchi & Sabbatini, 1996, p. 127-128.. Ces fours étaient destinés à une utilisation irrégulière quoique prolongée dans le temps et à des productions non spécialisées. Il est naturel que la présence diffuse des vétérans de Philippes sur le territoire ait été aussitôt suivie par l’implantation de fours pour la production de lateres et d’instrumentum de différents types, offrant aux installations de la zone, des fermes de modestes dimensions ou plus importantes, une pleine autonomie, selon le célèbre conseil donné par Varron dans son De re rustica, i, 22, 1. Les nombreux fours signalés dans la portion du territoire explorée par Marchi et Sabbatini témoignent d’autre part d’un tissu de production dense et équilibré, conforme à l’organisation locale des domaines et des habitats, longtemps fondée sur la diffusion de la petite et de la moyenne propriété. Cette organisation favorisa largement un vaste et progressif développement sur le territoire d’activités artisanales, dont certaines spécialisées, comme celles des installations liées à la production de terres cuites.

Rares exemples de lateres républicains

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Les exemplaires de lateres produits entre la fin de la période républicaine et le début de l’Empire sont très rares. Certains ont étés retrouvés dans un cadre rural, portant une marque de fabrique. Le nombre restreint de témoignages, quand il n’est pas la conséquence du manque de documentation, s’explique par l’absence des conditions nécessaires à un développement « industriel » et donc par l’inutilité d’inscrire des marques sur les produits.

Les difficultés d’interprétation

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Certains exemplaires ont des initiales difficiles à interpréter, ce qui est l’indice de productions de terres cuites essentiellement « privées », fruit probable de l’activité d’ateliers réduits directement gérés par leurs propriétaires et implantés dans une zone restreinte. Le cachet ne permet pas de remonter jusqu’au dominus lorsque les éléments onomastiques se limitent à des initiales, comme c’est le cas du cachet tlv (figure 1)[7][7] Sabbatini, p. 169 ; Marchi-Sabbatini, 1996, n° 9, 52,.... À l’heure actuelle, il n’est pas possible de savoir qui se cache derrière l’union des trois lettres.

Figure 1 - Le cachet tlvFigure 1
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Si l’implantation décrite auparavant devait obéir à des besoins strictement privés, un autre type d’établissement, toujours lié à des installations rurales, devait répondre à des fonctions qui n’étaient plus ou pas seulement domestiques. Les produits manufacturés en général, et les terres cuites en particulier, pouvaient être destinés à une commercialisation extérieure, même si limitée en distance. Cela peut être le cas signalé par le cachet sur la tuile [e]x o(fficina) C. M. Iusti, lui aussi lié à un milieu rural que l’on peut dater, grâce à d’autres éléments, de la période entre la fin du ier siècle avant J.-C. et le début du siècle suivant [8][8] Vinson 1972, p. 68, n° 22 ; Sidebotham, 1980, p. 240 ;.... La reconstitution du mot o(fficina) suppose la présence d’une fabrique à caractère « industriel » d’une certaine taille. Dans ce cas non plus, il n’est pas possible de remonter jusqu’à l’officinator car le patronyme est abrégé et le nom propre Iustus, s’il est bien attesté dans la région, ne suffit pas à caractériser une famille. On serait tenté de lire dans le M qui indique le patronyme le nom Minatius (voir plus bas), mais ce n’est qu’une hypothèse. Nous n’avons pas non plus la possibilité d’identifier le propriétaire du fundus, dans le cas où ce dernier était différent de l’officinator.

La gens Minatia

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Un nom domine dans la fabrication des lateres signati, au début de la période impériale. C’est celui des Minatia dont le patronyme d’origine osque s’ajoute à d’autres nomina osci que l’on retrouve dans l’onomastique romaine de la colonie de Venouse à l’époque du triumvirat [9][9] Voir à ce sujet l’analyse de Silvestrini, 1996, p..... Sa production de lateres semble tournée aussi bien vers l’usage domestique que vers la commercialisation. Une tuile avec une marque sur une cartouche rectangulaire L. Minati provient en effet d’un cadre rural (figure 2)[10][10] Sidebotham, 1980, p. 240..

Figure 2 - Le cachet L. MinatiFigure 2
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Une autre tuile, portant le même type de marque rectangulaire, provient d’une zone urbaine qui correspond à l’emplacement actuel de l’église de la S. Trinità. Ce quartier a connu un développement immobilier justement entre la fin du ier siècle après J.-C. et le milieu du siècle suivant. C’est alors qu’a été construit un quartier résidentiel dont portent témoignage les structures liées à des domus[11][11] Marchi, 1997, p. 28-32.. L’amphithéâtre bâti sur une zone d’habitations rasées pour en permettre l’édification date de la première moitié du ier siècle après J.-C. (chronologie conseillée par cil, ix, 465 = ils, 5083) [12][12] Pour la datation, voir Buonocore, 1992, p. 97, n° ....

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En tenant compte des circonstances de découverte des lateres, il est possible d’avancer l’hypothèse qu’une installation pour la production de céramique et en particulier de tuiles et de briques était liée à des fundi appartenant à L. Minatius. Notre personnage possédait peut-être également un chantier dans un quartier situé à la périphérie de la ville mais concerné par le développement urbain.

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Au sujet des tuiles retrouvées « sur le pavement des suspensurae » [13][13] Marchi, 1997, p. 23, n° 20. des thermes, dont certaines portaient la marque L. Minati et d’autres le cachet Minatiae L. f., il est plausible que cette découverte (si le terme « tuile » a été employé au sens propre) doive être mise en relation avec un réemploi des tuiles, à l’époque antique, lors d’une phase de restauration des thermes. Cela ne peut donc certainement pas être un élément à prendre en compte pour une chronologie, même approximative, d’une première phase de construction des thermes à l’époque du début de l’empire. La production a dû passer ensuite entre les mains de la fille Minatiae L. f. (figure 3).

Figure 3 - Le cachet Minatiae L. f.Figure 3
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Des tuiles portant le même cachet, sur un cartouche rectangulaire identique, ont été retrouvées aussi bien dans une zone urbaine – un amphithéâtre et des thermes [14][14] CIL, ix 6388 ; Sidebotham, 1980, p. 240 ; Sabbatini,... –, que rurale dans des endroits différents mais proches, au nord-est de la cité, le long du parcours de la voie Appienne, sur le tronçon Venouse-Gravina et près d’un cours d’eau. Les circonstances de la découverte des cachets sont très intéressantes, surtout celles concernant la zone rurale. Des structures liées à une installation thermale ont été retrouvées et datent du iie siècle après J.-C. [15][15] Marchi-Sabbatini, 1996, p. 35, n° 125..

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Nous ne possédons qu’une seule attestation du patronyme dans le cadre de l’épigraphie monumentale (cil, ix, 449, maintenant perdue). Il s’agit d’une femme, certainement de classe sociale élevée, dont le nom patronymique est différent de celui de la Minatia inscrit sur les tuiles, mais possédant probablement avec cette dernière des liens de parenté : Minatia C. f. […]a. Dans un legs testamentaire, elle offre 250 000 sesterces aux colons de la colonie de Venouse. Quant au nom patronymique de la femme, et considérant que cette Minatia devait avoir presque le « monopole » de la fabrication de lateres à l’époque des premiers empereurs, il est possible, comme nous l’avons suggéré auparavant, que derrière l’officinator C. M. Iustus se cache un certain C. M(inatius) Iustus, peut-être un affranchi, lié d’une façon ou d’une autre à un membre de la famille.

La production de terres cuites, le patrimoine et la carrière politique

Les Licinii

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Un document encore en partie inédit, remontant à la première époque impériale, offre un exemple de relation entre production de terres cuites, consolidation du patrimoine et carrière politique. La pièce, retrouvée dans un faubourg proche au nord-est de la ville, dans la zone où se développera la catacombe juive, porte la marque Liciniae (figure 4).

Figure 4 - Le cachet LiciniaeFigure 4
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À côté du cachet se trouve également l’empreinte d’un petit animal, peut-être un chien, passé sur la terre pas encore cuite. La femme n’est pas connue par ailleurs et l’on ne possède qu’une autre attestation du patronyme dans l’onomastique locale, en la personne de T. Licinius, signalé comme préfet en 32 avant J.-C. dans le fragment des Fastes locaux (cil, ix, 422, 29). Les rapports entre la domina et le préfet ne sont pas établis mais on peut imaginer un lien parental au vu du confinement de l’aristocratie locale.

Les Muttieni

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Toujours en provenance d’une zone rurale, dans un environnement qui a restitué quelques fragments de terres cuites, des bases de colonnes en calcaires, des supports de poutres et des céramiques caractéristiques d’une ferme que le matériel retrouvé permet de dater de l’époque du triumvirat, citons une tuile portant le cachet Muttie[---] que le premier éditeur reconstitue à juste titre en Muttie(ni)[16][16] Marchi-Sabbatini, 1996, p. 57, n° 247-248.. Le nom propre, d’origine osque, est généralement assez répandu en Apulie septentrionale et n’est pas étranger à l’onomastique de Venouse. Il est attesté en effet, à cheval entre le ier siècle avant J.-C. et le siècle suivant, avec le duumvir M. Muttienus L. f. qui, en compagnie de son collègue C. Vibius L. f. et des édiles M. Messius T. f. et M. Camillius L. f., a posé une dédicace ob honorem (cil, ix, 445) et participé, ex decreto decurionum, à la restauration de statues (cil , ix, 444). Dans la mesure où la période d’activité du magistrat et du Muttienus qui produit des terres cuites est identique, on peut supposer que les deux hommes, à défaut d’être une seule et même personne, avaient un lien. Ce dernier exemple, plausible, apparaît comme une nouvelle confirmation de l’intérêt que les domi nobiles portaient aux activités de production dont les effets économiques étaient immédiats et qui leur avaient permis soit de conserver une position sociale prestigieuse, soit d’atteindre la magistrature. Le patronyme Muttienus est attesté encore au iie siècle après J.-C. à Venouse, mais avec un autre prénom : Muttiena P. f. Silvana. Ce nom est gravé sur un monument funéraire à bossages retrouvé dans une localité proche de celle où a été découverte la pièce avec le cachet [17][17] Chelotti, 2000, p. 242-243, n° 3..

Les Deciani

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Le cachet d’une autre terre cuite mérite notre attention. Elle a été retrouvée dans une localité rurale, pas très loin du tracé de la voie Appienne, près d’un cours d’eau [18][18] Marchi-Sabbatini, 1996, p. 75, n° 407-408.. La reconnaissance de surface a révélé l’existence d’une zone riche en fragments de terres cuites, en restes de colonnes en calcaire, en céramiques, autant de preuves de la présence d’un habitat. Tout à côté d’autres terres cuites et céramiques font penser que se trouvait là une zone de production, peut-être un four pour terres cuites. Les deux structures, qu’on peut sans doute relier, remontent, tout du moins pour une première phase, à la toute fin de l’époque républicaine. La tuile avec le cachet sur un cartouche rectangulaire [-] Decian(i)[19][19] Sabbatini, 1996, p. 168. provient du premier site (figure 5)[20][20] Vinson, 1972, p. 68, n° 21..

Figure 5 - Le cachet [.] Decian(i)Figure 5
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Le nom propre, en soi très rare, ne figure nulle part dans l’onomastique locale mais possède dans la voisine Canosa quelques attestations qui se limitent au ier siècle après J.-C [21][21]  Chelotti, Gaeta, Morizio et Silvestrini, 1985, p. 143,.... Il était porté de toute façon par des personnes de position juridique modeste.

Les Salvii

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La famille Salvia, qui a déjà fait l’objet de plusieurs études, permet d’avancer une hypothèse plus sûre quant au rapport entre activité artisanale, richesse ou enrichissement et ascension politique [22][22] Chelotti, 1996 ; Torelli, 1996, p. 295 ; Torelli, 2000,.... Retraçons à grands traits l’histoire de cette famille : un certain C. Salvius Bubulcus est questeur en 34 avant J.-C. à Venouse (cil, ix, 422, 13) ; il a probablement un lien de parenté avec L. Salvius L. f., que nous connaissons comme duumvir (ae , 1973, 201). Avec son collègue C. Aemilius Bassus, il restaure les conduites et les bouches des fontaines à l’époque d’Auguste. Le magistrat est sans doute à identifier comme étant L. Salvius, maître des esclaves Cinura et Silo dont le nom apparaît sur une inscription retrouvée dans la campagne de Venouse [23][23] Silvestrini, 1994, p. 248-250.. C. Salvius Capito, qui marque les tuiles à l’époque d’Auguste, pourrait avoir un rapport avec les deux premiers mentionnés. Certains exemplaires de ces tuiles ont été découverts en zone rurale [24][24] À propos de ces cachets, de l’analyse de la documentation.... Il a certainement un lien de parenté avec [C. ?] Salvius Capito, édile, dont le nom apparaît dans un document relatif à l’équipement d’une famille de gladiateurs (cil, ix, 465), rappelée plus haut, et qui remonte à la première moitié du ier siècle après J.-C. La famille, aux intérêts économiques variés, passera au milieu du iie siècle de l’aristocratie locale à celle de Rome à travers le consul homonyme suffectus de 148 après J.-C. [25][25] Sur ce personnage, voir à présent Andermahr, 1998.. Ce dernier possédait très probablement les esclaves Hexocus et Chara dont les noms apparaissent sur une inscription retrouvée elle aussi dans la campagne de Venouse où la famille continue donc à avoir des intérêts fonciers.

C. Aemilius Bassus

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C. Aemilius Bassus[26][26] Cararinella, 1986, p. 28-29 ; Silvestrini, 1994, p..., collègue de L. Salvius L. f. sur l’inscription rappelée précédemment, exerce lui aussi à l’époque d’Auguste une activité de production de terres cuites. Quatre pièces marquées de son nom et le bord supérieur d’un tonneau portant la même inscription ont été retrouvés dans une localité du territoire de Venouse [27][27] Chelotti, 1996, p. 284-286., où affleure à la surface une structure résidentielle apparemment de haute tenue. Il est d’ailleurs probable, selon l’hypothèse de Luigi Moretti [28][28] Moretti et Dileo, 1973, p. 142., que l’inscription fragmentaire datée de l’époque augustéenne et réutilisée dans l’église abbatiale dite Inachevée (cil, ix, 487 : [- Aemi ?]lio L. f. Bass[o]) évoque ce personnage. La hauteur des lettres, à l’origine en bronze, fait penser qu’il devait s’agir d’une inscription importante destinée à un personnage sûrement de haut rang.

Les dominae

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La participation des femmes aux entreprises de terres cuites est intéressante. Au début de l’Empire, on l’a vu, était en activité une certaine Minatia L. f. Au iie siècle après J.-C., c’est le cas d’une autre femme, Babullia Rectina, comme nous l’apprennent deux exemples de pièces marquées de son nom et retrouvées elles aussi sur le territoire de Venouse, toujours au nord-est, près d’un cours fluvial et dans les environs du tracé de la voie Appienne [29][29] Sabbatini, in Salvatore, p. 168 ; Marchi-Sabbatini,... où se trouvent les restes d’un édifice et une zone de fragments de terres cuites, de pieds de colonnes en calcaire et de céramiques.

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Le nom propre n’est pas très répandu et les zones où on le rencontre ont été récemment identifiées par M. Silvestrini [30][30] Silvestrini, 1996, p. 281. À propos de l’analyse et.... Sa présence est particulièrement significative dans la zone apulo-lucano-irpine. On en signale une attestation dans la villa de S. Giovanni di Ruoti [31][31] Buck et Small, 1985. ainsi qu’à Canosa [32][32] ae, 1986, 206., à Potentia avec un quadrumvir [33][33] Cil, x, 133., et un signaculum à Aeclanum avec Babullianum[34][34] Cil, ix, 6083, 168.. La famille Babullia est connue à Venouse grâce au document cil, ix, 486, qui se révèle intéressant pour établir l’existence d’un lien entre les familles Babullia et Salvia. L’inscription, conservée aujourd’hui dans le parc archéologique de Venouse, parle en effet d’une Babullia Anthis ayant un lien affectif avec Castor, esclave de C. Salvius Capito. Une inscription de Telesia [35][35] Cavuoto, 1973, p. 236-239. Le texte a été examiné aussi... semble confirmer les rapports entre les deux familles puisque L. Babullius C. f. Rectinus de la tribu Horatia, et donc originaire de Venouse, est lié à des membres de la famille Salvia, dont un porte le nom propre Capito.

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D’autres éléments onomastiques apportent une nouvelle confirmation si l’on considère que Rectinus/-a[36][36] À présent in Chelotti, Gaeta, Morizio et Silvestrini,... est un nom caractéristique d’autres membres des deux familles, comme on peut le déduire de l’inscription de Canosa (cil, ix, 322) où est mentionnée une certaine Sal(via) Rec(tina)[37][37] L’hypothèse de Van Buren (1939) de la reconstitution.... On peut considérer cette dernière comme appartenant à la famille des Salvii (Capitones), de même que Rectina n(ostra) pour son retour (ob reditum) dédie aux Lar(ibus) Cas(anicis) un de ses affranchis, C. Salvius Eutichus, dans une inscription du territoire de Larino [38][38] Cil, ix, 725 = ils, 3608, à présent in Silvestrini,.... Un personnage de rang équestre a été récemment retrouvé comme étant originaire de Venouse : P. babullius C. f. Sallu[vius ---][39][39]  Silvestrini et Grelle, 1999., connu par une inscription de Paestum [40][40] Mello et Voza, 1968, p. 128-133, n° 86 ; Keppie, 1983,.... L’origine de Venouse de ce membre des Babullii, qui a probablement collaboré comme tribun aux opérations d’installation des colons et aux dépendances du légat chargé de s’occuper de la fondation au début des années 70 après J.C., est confortée par une lecture plus juste de la ligne 1, là où l’inscription est trouée, d’un H, initiale de la tribu Horatia, à la place d’un F relatif à la tribu F(alerna), ainsi que par le fait que les noms Babullius et Salluvius, généralement peu diffusés, sont particulièrement répandus à Venouse et dans la proche Canosa [41][41] Nous ne disposons pas d’éléments nous permettant d’affirmer,....

25

*

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L’analyse de la documentation épigraphique et, en particulier, l’étude onomastique a fait apparaître des rapports, des liens de parenté et aussi naturellement des intérêts économiques communs et de grande ampleur entre les familles Babullia et Salvia. Ces relations ont duré pendant une très longue période qui voit, sur le plan politique, la famille Salvia passer de l’élite locale au sénat. Cet exemple illustre bien la question du rapport existant entre activité de production et politique locale ayant par la suite des liens avec Rome.


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Notes

[*]

Università degli studi Bari. Piazza Umberto I, 70 125 Bari, Italie.

[1]

Torelli, 1996 ; Id., 2000.

[2]

Nonnis, 1996.

[3]

Cf. The inscribed economy : production and distribution in the roman empire in the light of instrumentum domesticum, Rome, 1993.

[4]

Zaccaria, 1987.

[5]

Steinby, 1993, p. 14.

[6]

Marchi & Sabbatini, 1996, p. 127-128.

[7]

Sabbatini, p. 169 ; Marchi-Sabbatini, 1996, n° 9, 52, 405.

[8]

Vinson 1972, p. 68, n° 22 ; Sidebotham, 1980, p. 240 ; Marchi-Sabbatini, 1996, p. 75, n° 411.

[9]

Voir à ce sujet l’analyse de Silvestrini, 1996, p.40-41.

[10]

Sidebotham, 1980, p. 240.

[11]

Marchi, 1997, p. 28-32.

[12]

Pour la datation, voir Buonocore, 1992, p. 97, n° 67.

[13]

Marchi, 1997, p. 23, n° 20.

[14]

CIL, ix 6388 ; Sidebotham, 1980, p. 240 ; Sabbatini, 1996, p. 167.

[15]

Marchi-Sabbatini, 1996, p. 35, n° 125.

[16]

Marchi-Sabbatini, 1996, p. 57, n° 247-248.

[17]

Chelotti, 2000, p. 242-243, n° 3.

[18]

Marchi-Sabbatini, 1996, p. 75, n° 407-408.

[19]

Sabbatini, 1996, p. 168.

[20]

Vinson, 1972, p. 68, n° 21.

[21]

Chelotti, Gaeta, Morizio et Silvestrini, 1985, p. 143, n° 124 ; Chelotti, 1998, p. 203, n° 2.

[22]

Chelotti, 1996 ; Torelli, 1996, p. 295 ; Torelli, 2000, p. 321.

[23]

Silvestrini, 1994, p. 248-250.

[24]

À propos de ces cachets, de l’analyse de la documentation et pour une bibliographie, cf. Chelotti, 1996, p. 283-290.

[25]

Sur ce personnage, voir à présent Andermahr, 1998.

[26]

Cararinella, 1986, p. 28-29 ; Silvestrini, 1994, p. 250-252.

[27]

Chelotti, 1996, p. 284-286.

[28]

Moretti et Dileo, 1973, p. 142.

[29]

Sabbatini, in Salvatore, p. 168 ; Marchi-Sabbatini, 1996, p. 27, n° 39.

[30]

Silvestrini, 1996, p. 281. À propos de l’analyse et de la diffusion du nom, voir également Simelon, 1993, p. 94.

[31]

Buck et Small, 1985.

[32]

ae, 1986, 206.

[33]

Cil, x, 133.

[34]

Cil, ix, 6083, 168.

[35]

Cavuoto, 1973, p. 236-239. Le texte a été examiné aussi par Silvestrini, 1996, p. 277-279.

[36]

À présent in Chelotti, Gaeta, Morizio et Silvestrini, p. 181, n° 177.

[37]

L’hypothèse de Van Buren (1939) de la reconstitution du nom en Rec(tina) est maintenant reprise par Silvestrini, 1996, p. 275 et par Chelotti, 1996, p. 288.

[38]

Cil, ix, 725 = ils, 3608, à présent in Silvestrini, 1996 (cit. nt.), p. 273.

[39]

Silvestrini et Grelle, 1999.

[40]

Mello et Voza, 1968, p. 128-133, n° 86 ; Keppie, 1983, p. 174-175 ; Keppie, 2000, p. 324.

[41]

Nous ne disposons pas d’éléments nous permettant d’affirmer, comme Sabbatini, in Salvatore, p. 165, que l’atelier des cachets se trouvait à Canosa. La documentation de Venouse semble plus consistante que celle de Canosa.

Résumé

Français

Les lateres signati de Venouse, cité de l’Apulie, datent de la période comprise entre la fin de la République et l’époque impériale. Ils ont été trouvés aussi bien en milieu rural qu’en ville. Les domini dont on lit les noms sur les lateres sont également connus par des inscriptions et font partie de l’élite locale. Nous indiquons aussi les dominae.

Mots-clés

  • lateres signati
  • élite
  • dominae

English

The lateres signati of Venusia, an Apulian city, date back to a period lasting from the end of the Republic to the imperial era. They were found both in rural settings and in the city itself. The domini whose names are given in the lateres are also known through other epigraphic material and belonged to the local elite. We also give the names of the dominae.

Keywords

  • lateres signati
  • Roman elite
  • dominae

Plan de l'article

  1. Les typologies des fabriques de lateres signati
    1. La production de terres cuites de Venouse
    2. Rares exemples de lateres républicains
    3. Les difficultés d’interprétation
  2. La gens Minatia
  3. La production de terres cuites, le patrimoine et la carrière politique
    1. Les Licinii
    2. Les Muttieni
    3. Les Deciani
    4. Les Salvii
    5. C. Aemilius Bassus
    6. Les dominae

Pour citer cet article

Chelotti Marcella, « Production de terres cuites et élites locales. L'exemple de Venouse (Apulie) », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2003 (Vol. 19), p. 67-78.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2003-1-page-67.htm


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