Accueil Revues Revue Numéro Article

Histoire & Sociétés Rurales

2003/1 (Vol. 19)


ALERTES EMAIL - REVUE Histoire & Sociétés Rurales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Pages 7 - 10 Article suivant
1

Pour la quatrième fois depuis sa création, en 1994, Histoire et Sociétés Rurales change sa couverture : après les laboureurs et moissonneurs du Moyen Âge, les paysans flamands de la Renaissance, les campagnes provençales de Van Gogh, nous voici sous l’égide de la ruralité romaine antique. Ouvriers agricoles ou salariés de Caton, esclaves des agronomes, intendants libres ou non des grandes fermes d’Italie, moissonneur de Mactar, colons des domaines des notables : tous ou presque dépendent, de quelque façon, des maîtres de la terre, des détenteurs de pouvoir, central ou local, romain ou indigène. Les chercheurs qui travaillent sur l’Antiquité n’ont pas manqué d’aborder ces questions depuis les premiers numéros de la revue : les campagnes celtiques, les origines des parcellaires, les moulins du Midi gaulois, les sociétés agricoles de Chine ou d’Asie mineure ont donné lieu à des études ; des sources ont été consacrées au bornage romain et aux contrats grecs ; de nombreuses recensions ont souligné l’intérêt des travaux relatifs à l’économie, à la société et aux pratiques agraires dans l’Antiquité. Pourtant, cet amont de la longue durée qui nous est cher n’avait pas encore trouvé une aussi forte visibilité dans nos colonnes.

2

Avec cette 19e livraison, et derrière cette mosaïque sicilienne qui va nous accompagner jusqu’en 2005, nous inaugurons aussi une formule, celle du « dossier » : un assouplissement relatif, utile pour valoriser quelques rencontres thématiques. Ceci étant, rien ne change dans notre volonté de représenter l’ensemble des temporalités. Chaque année, Histoire et Sociétés Rurales rassemblera une majorité de contributions sur toutes les périodes, soigneusement sélectionnées par son comité de rédaction. Par ailleurs, les questions proches de notre actualité demeurent l’une de nos priorités. L’électrification des campagnes au xxe siècle que scrute Arnaud Berthonnet et l’analyse de la question du bien-être animal, que propose Jean-Paul Bourdon, confirment notre intérêt pour l’histoire contemporaine et les préoccupations du moment. En outre, la présentation du régime féodal dans le Canada français aux xviie et xviiie siècle rappelle, pour l’époque moderne, notre souci de sortir du Vieux continent.

3

À la fin de notre livraison, l’éventail que nous offrons dans les comptes rendus maintient résolument l’ouverture chronologique et thématique d’Histoire et Sociétés Rurales. Le volume accru des recensions – quelque 130 pages pour près de 60 titres présentés – répond à la volonté de servir d’instrument de référence pour les chercheurs, amateurs et professionnels, les bibliothèques et les centres de documentaires, désireux de s’informer sur les dernières parutions relatives aux sociétés rurales, les manifestations scientifiques et les soutenances de thèses marquantes. De l’arpentage romain à l’évolution agraire de Madagascar au xx e siècle, du Portugal musulman médiéval aux « Gens de la terre » des années 1880-1940, de l’évolution des zones boisées en Castille à celle du corps des Eaux et Forêts dans la France rurale du Moyen Âge à l’époque contemporaine, des « nouveaux servages » de l’Europe médiane et septentrionale à la progression de l’économie de marché dans la vallée de l’Hudson de 1780 à 1860, de la « genèse des paysages » chère à la géographie historique au parcours d’un acteur de la modernisation agricole de la Loire-Atlantique, que ne dédaignerait pas la sociologie rurale… les facettes, les échelles, les pas de temps et les registres s’entrecroisent, écho de la fécondité des études rurales. Sans prétendre à l’exhaustivité, la diversité des contributions rassemblées dit clairement qu’il s’agit là du travail de toute une équipe, sans cesse élargie.

4

*

5

De la société Néolithique à celle du xxi e siècle, le contrôle exercé sur la terre a été – et il le demeure – autant un enjeu économique que politique. Chaque période, chaque civilisation, chaque régime ont défini des formes plus ou moins complexes d’attache au sol, qui ne sauraient occulter des continuités ou des parentés. Pour leur part, les historiens de l’Antiquité romaine qui interviennent dans la première partie de ce numéro, abordent depuis une trentaine d’années la difficile question de la nature et de la variété des formes de propriété foncière ; ils scrutent l’accumulation des profits à la campagne et à la ville, la dépense en ville des revenus ruraux, les échanges inégaux entre Rome et ses provinces mais aussi des provinces entre elles, car c’est la terre qui est au cœur du processus patrimonial, civique et guerrier du monde antique. Bourgeoisies et aristocraties municipales, élites ou notables, vieilles familles romaines ou indigènes, liées souvent par des intérêts et des mariages, quel que soit le nom que l’on donne aux détenteurs de fortunes et de pouvoirs, trouvent dans le foncier la source de leur pouvoir. Cette évidence rappelée, surgissent des questions plus difficiles et subtiles. La cohorte de chercheurs qui se rassemble ici autour de la question des « élites locales » tient compte d’héritages fondamentaux qu’elle entend accroître et remodeler. Croisant avec prudence les données qu’apportent l’archéologie, l’épigraphie, les textes littéraires, les « Antiquisants » identifient les familles de notables locaux, de chevaliers ou de sénateurs et leurs biens fonciers, à la lumière d’indices diversifiés, souvent ténus : une grande demeure rurale, des marques de céramique ou de simples tuiles, un texte honorifique, une transaction ou un décret de cité, une pratique ou une loi. Ils offrent aux lecteurs sources et méthodes. Ils disent comment se sont forgées les alliances, développées les stratégies, locales, régionales ou à l’échelle de l’Empire, pour assurer la pérennité d’un pouvoir sur la terre, pouvoir dont les femmes sont loin d’être exclues.

6

Au-delà de la sphère du foncier, les notables ont su accumuler des profits dans la production d’amphores, de tuiles, de briques, dans le commerce des denrées agricoles, soit par leur activité directe, soit par l’entremise d’intermédiaires ou de prête-noms. Ainsi, au sein d’un système largement esclavagiste, se font jour une société et une économie complexes, dans laquelle les rapports sociaux vont bien au-delà de la simple exploitation de l’esclave par le maître. Fortement pluridisciplinaire, confrontant les points de vue de diverses périodes sans négliger la spécificité de chacune, emboîtant les échelles d’analyses, du terroir aux vastes empires, Histoire et Sociétés Rurales aborde donc dans ce volume « des sociétés agraires dans toute leur complexité ». Le dossier sur « les élites et la terre » fait écho à des travaux précédents que connaissent nos lecteurs, sur la propriété aristocratique (nos 13 et 17), les placements fonciers et la rente (nos 6, 7, 11), les élites et leurs rapports aux autres (nos 8, 10, 12), envisagés notamment du xvie au xxe siècle. Il annonce aussi le gros volume des « contrats agraires », qui va bientôt paraître dans notre « Bibliothèque d’Histoire rurale » [1][1] Les Contrats agraires de l’Antiquité à nos jours. Actes..., et prépare quelques articles déjà bien élaborés sur la terre publique et privée lors de la conquête romaine ou sur les paysages antiques.

7

Les préoccupations des Antiquisants rencontrent celles des Médiévistes, Modernistes ou Contemporénéistes : la féodalité du Moyen Âge central, déjà évoquée, tout comme le régime seigneurial canadien du xvii e siècle, que l’on observe aujourd’hui, soulignent les facultés d’adaptation du droit dans un monde dynamique, où, loin d’être figé, il est bien le produit social de rapports de force au sein des communautés rurales. Christophe Chandezon, Michèle Brunet, Georges Rougemont et Denis Rousset, Jean-Luc Fiches ou Philippe Leveau n’avaient-ils pas déjà montré, dans nos colonnes (nos 2, 6 et 9), ce dynamisme des campagnes dès la période antique ? La variété des contrats, des pratiques sociales entre propriétaires, salariés, métayers, fermiers réglant en argent ou en nature, n’est-elle pas là pour inciter les chercheurs à continuer le programme d’enquêtes transversales énoncé dès le premier numéro d’Histoire et Sociétés Rurales et qui aujourd’hui encore se situe « au carrefour de l’histoire économique, sociale, culturelle, de l’anthropologie, de l’ethnologie, de la géographie » ?

Notes

[1]

Les Contrats agraires de l’Antiquité à nos jours. Actes du colloque de Caen (10-13 septembre 1997), édités par Mathieu Arnoux et Gérard Béaur, « Bibliothèque d’Histoire Rurale, 7 », à paraître en octobre 2003.

Pour citer cet article

Moriceau Jean-Marc, Vallat Jean-Pierre, « De l'Empire romain à l'Union européenne : entre droit et pratiques », Histoire & Sociétés Rurales 1/2003 (Vol. 19) , p. 7-10
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2003-1-page-7.htm.


Pages 7 - 10 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback