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Histoire & Sociétés Rurales

2003/2 (Vol. 20)


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Chaque année sèche porte au premier plan de l’actualité le drame des éleveurs. Comment nourrir les bêtes, voire comment les abreuver ? Les consommateurs découvrent que pour avoir de la viande et du lait, il faut commencer par avoir de l’eau. Sinon, pas d’herbe, et pas de foin pour l’hiver.

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Ces contraintes pesaient lourdement sur le développement de l’élevage à l’époque médiévale. Avant la diffusion de rotations faisant systématiquement place aux légumineuses et autres fourrages artificiels, avant la conversion de régions entières à la culture de l’herbe, l’élevage butait vite sur le manque de pâtures, le sol lui étant disputé par les céréales dévoreuses d’espace. Seules les zones humides et les montagnes pouvaient tourner l’obstacle sans peine. La majorité des paysans du Moyen Âge devait se contenter de fort petits troupeaux.

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C’est ce petit cheptel éparpillé que l’historien a le plus de mal à rencontrer. Les textes les plus nombreux concernent un élevage important, voire spéculatif, celui qui alimente les boucheries des grandes villes, assure la remonte de la cavalerie ou fournit la matière première à l’industrie de la laine ou du cuir. En effet, les documents dont on dispose pour étudier l’élevage à l’époque médiévale sont en majorité d’origine seigneuriale ou urbaine. Il est difficile de rencontrer l’éleveur sans le truchement de ceux qui louent des terres, placent des capitaux, distribuent les emplois ou achètent les produits de l’agriculture [1][1] Beck, 1997, p. 21..

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Certains actes de la pratique peuvent dans une certaine mesure répondre à cette attente s’ils émanent de villages ou de modestes bourgades où le cheptel fournit une part importante des moyens de subsistance et de travail. C’est le cas des testaments enregistrés dans le comté de Forez, qui était encore une région essentiellement rurale aux xive et xve siècles : sa plus grande ville, Montbrison, ne dépassait pas 5 à 6 000 habitants [2][2] Fournial, 1967, p. 437-450..

Que peut-on attendre des testaments ?

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La majorité des testaments provient de paysans et artisans de villages et bourgs. En testant ils veulent régler à la fois les rites funéraires et communautaires qui accompagneront leur décès et le sort de leurs biens immobiliers et mobiliers, dont leur cheptel. Tout comme certaines sources judiciaires, les testaments transmettent leurs vœux, exprimés en franco-provençal et que le notaire traduit en latin mais en conservant beaucoup de mots et d’expressions appartenant à la langue parlée [3][3] Gonon, 1973.. C’est surtout le cas si le testateur s’est exprimé devant un groupe de parents et d’amis qui, après le décès seulement, déposent sous serment devant notaire qui note in extenso leurs témoignages. Ces dépositions sont riches en détails qui font le bonheur des amateurs de pittoresque [4][4] Id, 1969..

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Pour savoir quel profit on peut tirer de ce corpus riche d’environ 6 000 textes, précisons tout d’abord en quelles occasions le testateur peut livrer des renseignements sur le cheptel gros ou menu [5][5] Les testaments sont conservés sous forme de copies....

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Le repas qui suit la sépulture lui fournit une première occasion : le testateur parfois veut lui-même décider du menu. Tel cet habitant de Saint-Galmier qui, en 1403 enjoint de sacrifier (devastari, dit-il) pour le repas de ses funérailles le lozellum (taureau) et le porc qui se trouvent dans sa maison [6][6] Ibid., B 1882, 116. Pour ne pas rendre la carte illisible,.... Puis le chef de famille, parfois la mère, un oncle ou quelqu’un d’autre proche, prévoit les dots que ses héritiers devront verser aux enfants encore à marier. À sa fille Jeanne, un paysan de Noailly assigne pour testament une dot de 9 setiers de blé et 9 « vaches dotales », chacune d’elles estimée 7 sous. Dot à payer, selon l’usage, au rythme de 1 setier et 1 vache à chaque mois de mars suivant le mariage [7][7] Ibid., B 1857, 10v°..

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Tout testament contient la liste plus ou moins longue des legs, les uns à des fins pieuses, les autres destinés aux parents et amis. À la fabrique (luminaire) de Firminy, un paroissien en 1374 lègue duo apes sive brutz (ruches d’abeilles) ; à sa mère, un testateur lègue une vache pili rubei, en précisant que c’est la plus grande de celles qu’il a pour l’heure dans son étable (sui stabuli) [8][8] Ibid., B 1868, 66 ; B 1892, 31 v°..

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Dans la masse hétéroclite des legs, deux attirent particulièrement l’attention. Tout d’abord, il est en Forez un bail à cheptel qui s’appelle la commanda et qui est couramment pratiquée dans tous les milieux. Un testateur de Saint-Héand lègue à un voisin toutes les bêtes à laine et le capital que ledit légataire tenait de lui ad comandam mediumque lucrum et incrementum[9][9] Ibid., B 1881, 87 v°.. D’autre part, outre ses biens propres, la femme survivante reçoit de son époux un viager. Qu’il s’agisse d’un petit troupeau ou d’une pension, la veuve retraitée du pays de Forez se voit presque toujours assurée de protéines animales. La femme d’un habitant de Saint-Héand, qui teste en 1397, recevra entre autres une vache et son veau, 8 bêtes à laine, et 6 gros à la Toussaint pour acheter un petit cayonum sive porcum pro alimentando eamdem de carnibus. Elle pourra sa vie durant nourrir ces animaux sur les biens des héritiers. Elle recevra également une livre de cire à Pâques, provenant des ruches du testateur [10][10] Ibid., B 1881, 203..

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Comme on s’en doute, le corpus des testaments foréziens est inégalement riche en données sur l’élevage. Selon les décennies, les textes utilisables représentent de 20 à 35 % du total [11][11] Voir Annexe 1.. Le testateur peut en effet laisser à ses héritiers ou aux exécuteurs le soin d’organiser le repas de funérailles au lieu de préciser quelles bêtes abattre ce jour-là. Il peut aussi, au lieu d’attribuer au légataire des biens mobiliers, leur léguer une somme d’argent. Il en est de même des dots. L’évolution de l’économie tend à multiplier les largesses posthumes en numéraire, au grand regret des historiens.

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Enfin le comté de Forez, malgré sa modeste superficie – il correspond grosso modo au département de la Loire – offre de grands contrastes d’altitude et de climat, donc de ressources agricoles. Au centre, c’est un fossé d’effondrement occupé par une plaine que traverse la Loire. À l’Ouest, du côté auvergnat, se dressent les « Monts du Soir », barrière abrupte qui culmine à 1634 m. À l’Est, du côté lyonnais, les « Monts du matin » sont plus aisément abordables et franchissables. La polyculture règne alors partout, mais avec de fortes nuances. Champs de céréales, pâtures et étangs dominent dans la plaine. Les coteaux bien orientés, de Montbrison à Saint-Haon-le-Châtel, sont tapissés de vignes. L’élevage est disséminé partout, mais il est nettement plus important dans la partie Ouest, aux confins de l’Auvergne.

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Aussi les testaments des Monts de Forez révèlent-ils des pratiques originales comme nous le verrons plus loin [12][12] Lorcin, à paraître., et contiennent sur le cheptel plus de détails que partout ailleurs, témoin cet extrait d’un testament de Saint-Just-en-Chevalet fait en 1398. Ce paysan ordonne de sacrifier pour le repas de ses funérailles la vache appelée Blonda. Une autre de ses vaches, celle qu’on appelle Vinerelhe, sera vendue et l’argent retiré sera « transformé en pain, vin et sel » pour le même repas. Son fils Jean recevra une vache et son veau que tient en commande J. de V., de Cherier, sous le capital de 4 l. 6 s. 8 d.t. Son fils Étienne recevra la vache appelée Grivella ainsi que son veau mâle, et 2 brebis. Sa mère recevra la vache appelée Griveta et 2 brebis. Il lègue à sa femme (entre autres biens) 2 vaches avec leurs veaux femelles ; l’une des vaches est dite Tholosa et l’autre Colomba. On lui rendra la vache qui lui appartient et qui est en commande chez le père de sa femme, et 2 brebis. Le testateur lui lègue aussi le veau mâle né de la Tholosa, 2 brebis et 1 franc [13][13] Arch. dép. Loire, B 1883, 149.. De nos jours s’élèvent timidement des voix qui souhaitent « réinventer le lien » entre éleveurs et animaux. Connaître chaque bête par son nom est un des fils dont est tissé ce lien [14][14] Porcher, 2002, introduction..

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Cependant ne comptons pas sur les testaments pour obtenir le tableau complet de l’élevage en Forez à la fin du Moyen Âge, cela pour une raison évidente. Le testament ne décrit pas l’héritage, ses terres, son cheptel, son outillage, c’est-à-dire ce qui fait l’essentiel de l’exploitation. Il mentionne seulement ce qui sera soustrait du patrimoine sous forme de legs, dots, paiement de dettes et de frais funéraires. Il faudrait compléter le corpus des testaments à l’aide d’inventaires (trop peu nombreux) et de sources seigneuriales (trop abondantes), ce qui dépasserait le cadre de cet article.

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Il s’agit ici d’ouvrir simplement des pistes de recherche en étudiant quelques aspects de l’élevage tel que le montrent les testaments. On abordera ainsi, successivement, les « vaches dotales » et leur mode de paiement, le contrat de « commande » et sa diffusion, puis la veuve retraitée et son petit cheptel, et la consommation de viande qui repose encore très largement sur le porc, frais ou salé. Pour terminer, quelques remarques sur le cheptel, les testaments faisant surtout connaître les vaches.

Les « vaches dotales »

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Dans n’importe quelle société pratiquant l’élevage, le bétail peut constituer la dot qui transfère d’un lignage à l’autre une part de richesse mobilière. « On devrait le jour des noces laisser la mariée à la maison », s’écriait le prédicateur Robert de Sorbon, scandalisé par les marchandages auxquels donnait lieu le mariage dont l’église avait fait un sacrement, « et conduire à l’autel son argent et ses vaches » [15][15] Sermon sur le mariage, ms. Paris, Bibl. nat., lat.....

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Vaches et veaux, brebis et porcs, chèvres et oies, sont en Forez comme ailleurs attribués en quantité aux filles à marier ainsi qu’à leurs frères. Mais il existe dans les paroisses de l’ouest du comté, et surtout dans les Monts du Forez, une coutume originale sur laquelle Marguerite Gonon attirait l’attention dès 1960 [16][16] Gonon, 1960, p. 183-187.. Outre le lit garni, les vêtements de fête et les frais de noces, traditionnellement à la charge du patrimoine, les enfants dotés reçoivent une quantité identique de setiers de seigle et de vacas dotales (ou matrimoniales). Ces vaches dotales ont la particularité d’être estimées en sous de façon presque immuable. À chacun de ses quatre fils impubères, un testateur de Trelins en 1339 lègue 5 setiers de seigle et 5 vaches matrimoniales ad bonos usus et consuetudines terre foren[sis]. Ces dots seront versées au rythme usuel de 1 setier de seigle et 10 sous 6 deniers pour les vaches, à chaque mois de mars, et à chaque enfant une fois marié. Il a reçu de sa femme à titre de dot 10 setiers de seigle et 10 vaches matrimoniales ad bonos usus. À titre d’augment, il lui lègue 10 setiers de seigle et 2 « vaches dotales ».

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Un testateur de Saint-Martin-la-Sauveté prévoit ainsi les dots attribuées à ses enfants. Sa fille recevra 9 setiers de grains et 9 vaches dotales, chacune estimée 7 sous forts. Trois de ses fils recevront la même chose que leur sœur et selon les termes accoutumés. Le quatrième fils aura 6 setiers de grains et 6 vaches dotales, estimées de même 7 sous forts chacune, mais il sera de plus entretenu pendant sa scolarité de 6 ans aux écoles de grammaire [17][17] Arch. dép. Loire, B 1857, 13 v° ; B1869, 8 v°..

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Le prix d’une vache sur le marché ne correspond plus à cette estimation dont on ne sait à quelle époque elle fut déterminée. Aussi les vaches dotales ne sont-elles, dans la période couverte par les testaments, des vaches réelles mais fictives. La fille ou le fils doté ainsi reçoit à chaque mois de mars suivant son mariage, un setier de seigle et une petite somme d’argent. Si petite que le premier versement est souvent double. Un testateur de Saint-Just-en-Bas rappelle la dot qu’il a accordée à son fils Pierre lors du mariage de celui-ci et stipulée dans le contrat : 12 vaches dotales, la première estimée 14 sous forts et chacune des autres 7 sous forts [18][18] Ibid., B 1881, 100..

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Le décalage entre la somme fixée pour la vache dotale et le prix d’une vache sur le marché ne peut que s’accroître. Vers 1380, une vache vaut 3 à 4 florins, comme en témoignent les mêmes testaments. Dans les premières décennies du xve siècle, une génisse vaut 2 à 3 florins, une bonne vache 3 à 4 livres tournois, un bœuf 6 livres (ou 6 francs). Les testateurs ne confondent pas les « vaches dotales » et les vaches bien vivantes de leur troupeau.

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Il arrive qu’un compromis s’esquisse entre la valeur coutumière de la vache dotale et la valeur marchande de l’animal. Un habitant de Saint-Bonnet-le-Courreau rappelle en 1386 qu’il a reçu pour dot de sa belle-fille 16 setiers de seigle et 16 vaccas matrimoniales quarum prima duplex est, 16 brebis et leurs agneaux. Il lui donne à titre de restitution 27 brebis, 3 vaches et un petit veau (ces vaches s’appellent Bruna, Greyva et Rigota), 2 chèvres, 7 ruches et 16 brebis avec leurs agneaux. Sa propre femme lui avait apporté en dot 7 vaccas matrimoniales de 2 florins [19][19] Ibid., B 1872, 92 v°..

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Les témoignages de ce genre sont rarissimes. Mais les testateurs qui indiquent le prix coutumier des vaches dotales sont de moins en moins nombreux, ce qui laisse la porte ouverte aux suppositions. Quoi qu’il en soit, la coutume des vaccas dotales tombe lentement en désuétude. Après 1400, une vingtaine de testaments en font encore état, tous provenant des Monts du Forez. On ne peut savoir quand cet ancien usage disparut, puisque le corpus testamentaire ne va pas au-delà du milieu du xve siècle.

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N’en concluons pas que l’élevage bovin décline dans les Monts du Forez si attaché à ses traditions. Il est au contraire en plein essor, comme nous aurons l’occasion de le voir.

La commande et ses marges : un contrat à la portée de tous

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Le bail à cheptel, quel que soit son nom local, est une forme de placement, pour ne pas dire de spéculation. C’est ce que démontrent les contrats notariés ; il en est ainsi en Forez comme ailleurs [20][20] Fournial, 1958, p. 10-11.. Mais les testaments laissent soupçonner que le rôle de la commande ne se limite pas à cela. En descendant les degrés de l’échelle sociale, il se rapproche de l’entraide, de l’échange, du troc, de tout un ensemble de pratiques mal définies qui ne requièrent ni de passer devant le notaire, ni de disposer de numéraire.

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La commande [21][21] Ce mot apparaît dans les testaments sous toutes les... apparaît tout d’abord comme un moyen de faire fructifier des capitaux. Nobles, bourgeois de Montbrison et d’ailleurs, clergé rural, paysans, tous savent en user.

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Un testateur de Saint-Bonnet-le-Château en 1418 lègue 40 l.t. à la fille d’un de ses amis et demande aux exécuteurs testamentaires d’investir cette somme en une commande d’animaux ou quelque autre placement utile en attendant que la légataire soit en âge de se marier. Le curé de Montrond en 1427 enjoint à son héritier de récupérer les 15 écus que lui doit un habitant d’Ambierle. L’héritier consacrera les 15 écus à l’achat de bovins qu’il placera en commande. Au bout de 6 ans, le profit tiré des bêtes servira à faire célébrer des messes dans l’église de Renaison [22][22] Arch. dép. Loire, B 1884, 65 ; B 1892, 20 v°..

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Quelle que soit la nature des bêtes et leur nombre, la commande est un classique bail à mi-croît. Un testateur de Périgneu tient en commande ad medium lucrum et incrementum de J. C. de la paroisse de Saint-Marcellin une roncine cum quadam podra sive pullina sous le capital de 1 franc [23][23] Ibid., B 1872, 69..

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Rien n’oblige le testateur à donner des précisions sur la commande qu’il lègue à l’un de ses proches. Il rappelle tantôt la valeur du capital placé, tantôt la nature des bêtes, tantôt le nom de l’éleveur. Les variations monétaires que connût le xive siècle contraignent parfois à introduire des détails inhabituels. Un testateur de Saint-Bonnet-le-Château lègue à sa fille Jeanne en 1343 une vache et les bêtes à laine que tient de lui A. de P. sous le capital de 70 sous monete currente nunc sunt decem anni[24][24] Ibid., B 1872, 79..

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Nombre de legs consistent en bêtes placées en commande sans que le testateur impose jamais au bénéficiaire de prolonger le bail en cours. Le bailleur semble décider sans se soucier de l’éleveur. Le plus précautionneux demande simplement de « prévenir » celui qui élève le bétail. Un testateur de Saint-Marcel-de-Félines lègue à sa femme la commande (sous capital de 5 florins 3 gros) qu’il détient dans la maison de J. de R., qu’elle pourra prendre quand elle voudra vocato tamen tenementario dicte comande[25][25] Arch. dép. Loire, B 1881, 143..

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Des bovins, des porcs en commande sont fréquemment désignés par le testateur pour être abattus et distribués aux pauvres ou consommés au repas de funérailles ou au repas d’anniversaire. Un clerc de Saint-Galmier lègue à son frère en 1317 la moitié d’un curtil cum omnibus brutis animalibus que tenet a me ad commandam. Le légataire devra rendre unum meliorem bovem quem tenet a me ad commandam die obitus mei pro convivio faciend[26][26] Ibid., B 1852, 163..

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La commande en effet n’est pas conclue pour une durée déterminée. Il n’en est jamais question ni dans les testaments, ni dans les contrats des siècles suivants dont un petit nombre a été conservé. On ne sait trop comment se détermine la fin du bail. Quoi qu’il en soit, c’est le bailleur qui prend l’initiative. Aux deux luminaires de Pralong, un testateur lègue un aveyl sive examen (essaim) quand les gens du comte de Forez viendront faire le partage des abeilles, car les ruches sont tenues en commande du comte de Forez par plusieurs personnes [27][27] Ibid., B 1866, 47 v°..

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La durée du bail dépend sans doute aussi de la nature du cheptel. Elle ne peut être la même selon qu’il s’agit de vaches, de brebis, d’abeilles, etc., puisqu’en fin de bail le croît est partagé entre le propriétaire et l’éleveur.

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Il est dans la nature du testament de « gommer » les difficultés, l’imprévu, les calamités, les conflits. Aucun testateur ne fait allusion aux épizooties, très peu à l’insécurité. Pourtant on voit parfois qu’il n’y a pas de croît à partager, voire que le cheptel commandé a diminué au lieu de se multiplier. Un testateur de Cremeaux déclare avoir dans la maison d’A. de V. 2 brebis sous le capital d’un demi florin. De ces deux bêtes, una est mortua infra annum[28][28]  Ibid., B 1882, 20.. Si l’on en croit les documents postérieurs, la perte est supportée par l’éleveur seul.

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Les commandes importantes semblent toutes faire l’objet d’un contrat notarié, à plus forte raison si le bailleur est lui-même un homme de loi bien connu d’une ville de châtellenie du Forez ou du Lyonnais voisin. Tout le capital des bovins qu’il tient en commande de Philippe Metons, clerc notaire de Sury-le-Comtal et d’Étienne Magnin de Saint-Symphorien-le-Château et qui est décrite dans leurs registres lui a été intégralement payé, déclare un testateur de Craintilleux en 1385 [29][29] Arch. dép. Loire, B 1872, 82..

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On peut toutefois se demander si preneur et bailleur font toujours les frais d’un acte notarié. Peut-être se contentent-ils du témoignage de quelques notables des environs, auxquels on demande d’estimer les bêtes. Point n’est besoin de faire venir boucher ou marchand de bestiaux. Un testateur précise que toutes les bêtes suivantes étaient tenues en commande sub sorte seu precio (le capital) de 22 fr. 13 gros (dont 16 font 1 franc) : 2 bœufs de labour, 3 lozellos (taureaux), 4 vaches avec leurs veaux et une petite génisse. Ces bêtes furent estimées par 5 témoins dont noble Henri de Saint-Priest, cosseigneur de Fontaneys, et dom Pierre Chalvel, curé de Grammont [30][30] Ibid., B 1881, 90 v°..

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L’exemple suivant est plus probant. La commande a été simplement passée devant quatre témoins. Le curé de Boisset-Saint-Priest en 1399 lègue à son neveu la commande de 68 bovins, au capital de 12 francs or, qu’il a dans la maison de P. de La Vacheresse dans la paroisse de Saint-Hilaire. Cette commande fut conclue en présence de Michel Fradel, dom Étienne Tamissier, prêtre, Jean de Goybet et Agnès de La Boeri, servante du testateur il y a de cela 3 ans [31][31] Ibid., B 1883, 94 v°..

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Il faut rappeler que le Forez conserve l’usage du testament nuncupatif oral, dont la teneur est confiée à la seule mémoire des témoins jusqu’au décès du testateur, voire longtemps après. L’administration comtale fait pression sur les sujets pour qu’ils adoptent une autre procédure, celle où le notaire entend les dernières volontés du testateur et met l’acte en forme publique sans attendre. Mais le testament oral ne disparaît ni de l’usage ni de la mémoire, chaque poussée épidémique lui vaut un regain de faveur. En cas d’urgence, on se passe de notaire [32][32] Lorcin, 1998.. Il n’y aurait rien de surprenant à ce que les baux à cheptel restent eux aussi du domaine de l’oral, surtout lorsqu’ils ne concernent que peu de bêtes.

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D’autre part, les testateurs qui ont du bétail placé chez autrui ne font pas tous explicitement référence à la commande. Certains (57 sur 411) se contentent de dire qu’ils possèdent telle ou telle bête « dans la maison de X ou Y », et l’on ne peut être sûrs que ce placement soit une commande. Certains animaux sont dits « en garde ».

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L’apiculture implique, comme de nos jours, que les ruches soient installées là où les abeilles trouveront une provende variée et sans se gêner mutuellement. Ce n’est pas nécessairement un bail à cheptel. Un testateur de Haute-Rivoire lègue à des membres de sa famille des ruches placées en divers endroits, deux « dans la maison d’Et. Seyvas, deux dans celle de M. Prevôt, et d’autres au moulin de la Torrenche » [33][33] Arch. dép. Loire, B 1880, 14.. Ajoutons que l’apiculture apparaît fréquemment, les besoins du luminaire étant grands. C’est, semble-t-il, une affaire d’homme. Il est rare qu’un testateur lègue une ruche à une femme.

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L’important est que, avec ou sans commande explicitement mentionnée, l’usage de placer des bêtes chez autrui est largement répandu et cela surtout au début de la période. Il s’agit souvent de bêtes isolées ou en très petit nombre, et sans que soit indiquée leur valeur. Un testateur de Violay en 1317 lègue à son filleul une brebis qu’il possède « dans la maison de J. de E. ». Une testatrice de Saint-Haon-le-Vieux en 1315 lègue à sa sœur une brebis qu’elle possède dans la maison de P. de B. à Villemontais. Un habitant de Noailly lègue en 1321 à ses deux frères les deux vaches qu’il possédait dans leur maison [34][34] Ibid., B 1852, 185 ; B 1857, 8 ; B 1853, 65 v°..

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Le testateur n’expose jamais ses raisons. Mais il peut s’agir d’une simple commodité. La femme qui se trouve brusquement seule, le ménage d’où les grands enfants sont partis, le paysan malade ou accidenté, celui qui doit s’absenter, peuvent recourir à ce procédé pour éviter de vendre leurs bêtes. Ce peut être une forme d’entraide entre voisins, entre parents. L’éparpillement du cheptel familial se fait souvent au sein de la parenté. Un testateur de Roanne en 1345 lègue à sa femme les droits qu’il a sur 13 bovins dont sa sœur tient 2 en commande, son gendre 6 et un paroissien de Marolles 5. Ces animaux, précise t-il, per maiori parte descenderunt de quadam vacha quam J. de Rodana olim dedit dicte Margarite sa femme. Un autre testateur ordonne de sacrifier pour le repas une vache que tient en commande son frère ; le veau sera conservé par son frère à titre d’incremento sive lucro[35][35] Ibid., B 1861, 51 v° ; B 1883, 51..

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Qu’il s’agisse de commande ou non, placer du bétail chez autrui est un usage qui régresse au cours de la période étudiée. Au début du xive siècle, la moitié des testaments où il est question d’élevage en faisaient état, et seulement 10 % entre 1420 et 1440. En même temps, la distribution géographique de ces placements se modifie.

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La commande apparaît au début de la période comme une forme d’investissement que pratiquent surtout les habitants de petites villes comme Montbrison et Saint-Haon, qui sont à la fois châtellenie comtale, nœud de routes, siège d’études de notaires, etc. Ce trait persiste mais la hiérarchie des lieux d’où sortent les capitaux sous cette forme n’est plus la même au siècle suivant. Les paroisses qui viennent en tête sont surtout les bourgades situées sur les cols de la barrière montagneuse occidentale, ou au pied de celle-ci.

Tableau 1 - Origine des bailleurs de bétail (nombre de testaments par chefs-lieux de châtellenie)Tableau 1
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Autre modification : les commandes, alors même qu’elles deviennent moins nombreuses, sont plus éparpillées dans le comté. Avant 1380 on en rencontre dans 133 paroisses, pour 170 entre 1380 et 1450. L’usage de ce bail à cheptel est en recul dans les petites villes du centre, mais il se répand dans les villages les plus éloignés de Montbrison. Le placement de bêtes chez autrui sous ses diverses formes, sans mention de commande, se diffuse lui aussi plus largement.

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On voudrait pouvoir mettre cette évolution en rapport avec celle de l’élevage lui-même. Les animaux qui quittent la maison de leur propriétaire sont-ils en majorité des bovins, des ovins, des équidés ? En fait, les textes sont trop laconiques pour que l’on puisse faire la statistique des bestiaux placés chez autrui. Le testateur, surtout s’il peut remettre à ses héritiers et légataires des contrats notariés, ne juge pas toujours utile de rappeler le nombre, ni même la nature des biens qu’il possède. Le curé de Saint-Jean-la-Vestre en 1420 lègue aux paroissiens tout ce qu’ils lui doivent et une commande d’animaux d’un capital de 8 l.t., placée chez l’un des habitants, pour acheter un livre liturgique appelé Responsoyres gallice. Il lègue une autre commande d’animaux qu’il a chez un habitant de Saint-Priest-la-Vestre, paroisse voisine, pour acheter un psautier et autres objets qui manquent à l’église du lieu [36][36] Arch. dép. Loire, B 1888, 97..

Le ménage de la retraitée et son petit cheptel

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Comme dans toutes les régions de droit écrit, même fortement imprégné de coutume, le mieux connu des légataires est la femme survivante. C’est à celle-ci que sont bien souvent consacrées les plus longues clauses profanes, car l’époux décrit minutieusement le viager et les legs qu’il lui accorde [37][37] Lorcin, 1981, p. 68-73 et 173-179..

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Rappelons simplement que la femme en principe récupère ses biens propres (dot fournie par la parenté, augment promis par l’époux lors du mariage, héritages et legs dont elle a pu bénéficier). Mais souvent elle ne retire ses biens propres que si elle se remarie ou si elle sort de la communauté pour tenir ménage à part parce qu’elle « ne veut ou ne peut vivre avec les héritiers ». Dans cette dernière éventualité, le mari lui attribue un logement et une pension.

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On ne peut faire ici l’étude de l’ensemble des biens de la retraitée en Forez. Je signale seulement les différences qui apparaissent avec le Lyonnais voisin à partir de sources identiques, les testaments.

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En Lyonnais, si la pension n’est pas stipulée en numéraire, elle consiste essentiellement en céréales et en vin. Le mari ne lésine point sur ces deux nourritures de base. S’ajoutent souvent des denrées diverses également fournies par les terres de l’héritage : légumes verts, huile, bois, etc. En revanche la nourriture carnée est beaucoup plus rare, et consiste en lard salé (bacons ou petasons). Les veuves les mieux loties ne sont pas celles des cantons où l’élevage est le plus développé (Monts du Lyonnais et de Tarare) mais celles des petites villes.

49

En Forez, les protéines animales tiennent une place nettement plus importante. Le lard est presque de règle dans les clauses testamentaires qui concernent la femme survivante. Il arrive que le porc ne soit pas la seule viande salée à figurer dans les fournitures. Un testateur de Fontaneys mentionne, en décrivant la pension viagère que recevra sa femme si elle ne peut vivre avec les héritiers, une cuisse de bœuf ou de vache salée, et la moitié d’un petason (lard). Une femme de Balbigny se voit attribuer de même en 1352 par son époux un porcum sive cayonum, un nœud de chanvre, 2 aunes de serge, un quartier de bacon et une cuisse de veau salée [38][38] Arch. dép. Loire, B 1860, 22 ; B 1862, 17 v°..

50

Plus souvent encore, la veuve recevra chaque année un porc, un cayon, qu’elle engraissera elle-même en le nourrissant sur les terres des héritiers. Un habitant de Bouthéon en 1313 lègue à sa femme une brebis et un agneau, et veut qu’elle puisse chaque année nourrir un porc de herbis hospicii. Un autre, paroissien de Saint-André-en-Roannais, décide en 1342 que sa femme, si elle le veut, pourra nourrir un porc in exitus et plateis. Un paroissien d’Aveizieux prévoit en 1347 que sa femme pourra se procurer la nourriture de quatre brebis et d’un ou deux porcs, in planilibus seu pascuis des biens qu’il laisse en héritage [39][39] Ibid., B 1851 bis, 51 ; B 1861, 72 v° ; B 1861, 104....

51

Les biens propres de la retraitée ne lui permettraient pas nécessairement d’élever des bêtes. Le mari précautionneux prend donc soin d’inclure en son testament le droit de faire paître un ou deux porcs, voire d’autres bêtes, sur les biens que gèrent les héritiers. Un testateur de Firminy en 1384 lègue à sa femme, entre autres biens, 4 ovins, une vache de poil blanc avec son veau femelle. La veuve pourra, hiver comme été, nourrir ces bêtes sur les biens de l’héritage, ainsi qu’un porc chaque année. Un testateur de la Fouillouse lègue à sa femme chaque année un cayon (porc) d’une demi année qu’elle pourra nourrir et engraisser de fructibus, rapis, glandibus et caulibus ac in pascuis de ses héritiers. Elle aura aussi une chèvre, qu’elle pourra nourrir de la même manière [40][40] Ibid., B 1876, 27 ; B 1877, 98..

52

Si la veuve est encore alerte à l’ouvrage, cette solution lui permet d’avoir une retraite active au lieu de se trouver désœuvrée. Les héritiers sont de leur côté soulagés d’une partie du labeur et n’ont pas à fournir à la veuve du lard confectionné par leurs soins. Mais le voisinage peut, comme chacun sait, entraîner des frictions entre les bêtes comme entre leurs éleveurs. Un testateur prévoit que sa veuve pourra nourrir son porc aux frais de l’héritier, mais sans le laisser pourtant prendre sa provende dans l’auge commune. Sa femme pourra nourrir aux frais de l’héritier un porc chaque année, tamen non in bachato, et 4 ou 5 poules. L’héritier lui remettra un porc et une chèvre qu’elle pourra faire paître in pascuis de l’héritage. Si elle veut élever aussi une vache et son veau et 4 ou 5 brebis, elle le pourra [41][41] Arch. dép. Loire, B 1886, 29..

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Un porc, une ou deux brebis, une chèvre, des poules, parfois une oie, voire une vache et son veau… Voilà qui garantit à la femme seule (outre le pain, toujours prévu en setiers de seigle) du lait, des œufs, du lard, quelques poignées de laine, et un peu de viande fraîche de temps à autre. La veuve n’est pas nécessairement à plaindre.

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Il arrive même que la femme survivante, grâce à ses biens propres et aux legs de son mari, dispose d’un petit troupeau qui excède les besoins d’une femme seule. La femme d’un testateur de Mably recevra des biens de son époux une vache et son suivant, une chèvre, une oie mâle et une autre femelle cum fructu ipsorum, une suem sive troya et sex lactantes (cochons de lait), 3 brebis et un mouton. Un testateur de Saint-Étienne (sur Furan) laisse à sa femme 5 animalia ovilis, un porc qui se trouve chez le testateur, une chèvre, et la plus grande de ses deux vaches [42][42] Ibid., B 1871, 53 ; B 1862, 152.. On ne peut savoir si la femme élèvera elle-même toutes ses bêtes ou si elle les placera en commande. Le mari, bien souvent, ne lui garantit pas moins le petit bétail typique de la femme seule. La femme d’un testateur de Saint-Laurent-la-Conche possède, parmi ses biens propres, 11 bovins, comprenant 4 vaches et 4 petits veaux nés cette année, 2 taureaux d’un an et une génisse d’un an. On les lui rendra. Si elle ne peut vivre avec l’héritier, elle pourra nourrir 2 porcs, une chèvre et des poules sur les biens de l’héritage. Il lui donne chaque année le foin d’une seytive de pré [43][43] Ibid., B 1862, 88..

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Les testaments des villages situés en altitude, ceux des Monts du Forez, renseignent mal sur le sort des veuves. Non que celles-ci soient nécessairement négligées, mais simplement parce que la pension viagère semble peu pratiquée, alors qu’elle est d’usage courant ailleurs. La veuve semble normalement devoir rester au foyer avec les héritiers. Peut-être est-ce dû à la manière dont sont bâties les fermes. Pour que les femmes seules puissent faire ménage à part, il faut qu’il existe des maisonnettes, ou que l’on puisse attribuer à la mère une pièce indépendante. Il faudrait en savoir davantage sur l’habitat du haut Forez à la fin du Moyen Âge.

La viande des banquets

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Tout comme la pension viagère de la retraitée, le menu du repas de funérailles est le signe d’un élevage important. La viande est de règle à ce repas, sauf s’il tombe un jour de maigre, qui est offert selon l’usage « à tous ceux qui viendront ». Les restes sont distribués aux pauvres.

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Les testateurs sont inégalement diserts sur le sujet. Au fil du temps, on voit se modifier la façon de parler du repas d’enterrement.

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Au cours des premières décennies du xive siècle les héritiers sont, dans la majorité des cas, libres d’organiser le prandium à leur convenance. Peu de testateurs leur donnent des directives. Ils évoquent plus souvent les distributions à faire aux pauvres, soit le jour de la sépulture, soit au cours de l’année qui suit, voire dans les deux ans. Un testateur de Saint-Paul-d’Uzore en 1313 ordonne de distribuer aux pauvres de Chalain d’Uzore, la paroisse voisine, 3 setiers de seigle en pain cum carnibus et vino competentibus prout est in villa et parrochia Sancti Pauli […] facere consuetum. Les pauvres recevront, enjoint un testateur de Montbrison en 1356, 6 setiers de seigle et 3 bacons salés valant 4 florins d’or [44][44] Arch. dép. Loire, B 1851bis, 108 ; B 1862, 83..

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Après 1340, l’usage s’installe de consacrer un passage du testament au repas d’enterrement. On sert presque toujours du lard. S’ajoute de plus en plus fréquemment de la viande fraîche d’une bête appartenant au testateur. On tuera une génisse ou un porc. Un génisse valant 45 s.v. […] comenderetur porcus quem sibi donaverat maritus suus quondam… On tuera unus torellus de animalibus que erant in hospicio[45][45] Ibid., B 1860, 62 ; B 1860, 20 v° ; B 1858, 71 ; B.... L’habitude est bien ancrée au milieu du siècle et se perpétue.

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Après 1360, le testateur donne souvent des précisions sur les bêtes à sacrifier. Que l’on tue quadam vacca pinguis qui est dans sa maison (in hospicio suo)… deux grossa animalia bovina etatis quinque annorum, ainsi que des viandes salées… 2 florins de pain blanc, 3 barraux de vin et si besoin est 2 ânées de vin en plus, unus lozellus castratus vel duo[46][46] Ibid., B 1869, 7 v° ; B 1868, 23 v° ; B 1868, 29 v....

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À la fin du xive siècle, les quantités augmentent et le bœuf, apparu après 1360, devient plus courant. Certains testateurs indiquent le prix des animaux, sans dire si ces bêtes doivent être prélevées sur son troupeau ou si les héritiers devront les acheter : deux vaches grosses et grasses, si elles ne suffisent pas qu’on en tue une autre, une vache grosse de 5 francs or et des viandes salées, la viande d’un sien bœuf de labour de poil rouge [47][47] Ibid., B 1866, 22 v° ; B 1872, 25 v° ; B 1863, 102....

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Il n’est pas rare de voir sacrifier deux ou trois bovins pour ces agapes. Le testateur enjoint parfois de récupérer le cuir, denrée précieuse dont il faut tirer argent immédiatement. Un testateur de Saint-Rambert prévoit d’abattre les deux bœufs de sa maison pour le repas de ses funérailles. De leur cuir, on achètera de la viande de porc pour le même repas [48][48] Arch. dép. Loire, B 1885, 132..

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D’autres, encore plus prévoyants, disent par quoi remplacer la viande si le repas tombe un jour maigre. Malgré les nombreux étangs exploités dans la plaine, on a recours plus volontiers au pain blanc et au vin, nourritures de prestige, plutôt qu’au poisson. Un testateur de Villerest ordonne de dépenser 1 franc pour les viandes. Si le repas de funérailles tombe un jour maigre, les héritiers consacreront la même somme à des œufs, du fromage et du pain de froment… Le porc et le bacon seront remplacés, si c’est un jour de maigre, par 8 bichets de froment et une ânée de vin… Aux pauvres, un testateur prévoit de distribuer pour le « bout-de-l’an » (l’anniversaire un an après les funérailles) la viande d’une génisse et du pain. Si cela tombe un jour maigre, les héritiers vendront la génisse et achèteront du vin avec cette somme [49][49] Ibid., B 1877, 28 ; B 1879, 113 v° ; B 1875, 5..

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Au cours des années, la manière de s’exprimer a nettement évolué. Certes, vers 1420-1440, plus de la moitié des testateurs continue de dire le nombre et l’espèce des bêtes à tuer pour servir au repas de la viande fraîche. Une minorité préfère indiquer le prix des bestiaux. Enfin d’autres laissent aux héritiers le soin de choisir en fixant la somme à dépenser en viandes fraîches et salées. Cette dernière méthode connaît un succès croissant : 6,5 % au milieu du xive siècle, 46 % entre 1430 et 1440. Peut-être le motif le plus fort est-il le désir de laisser de nouveau plus d’initiative aux héritiers. Car l’usage se répand en même temps de confier à ces derniers le soin d’organiser non seulement le repas mais l’ensemble du factum funerarie. Maint testateur se borne aussi à recommander d’offrir aux parents, aux amis, au clergé, à tous ceux qui viendront plenam reffectionem ou reffectionem plandidam (sic). La distribution aux pauvres se confond plus ou moins avec le banquet, car un testateur prévoit que les premiers afflueront ab ortu solis usque ad occasum.

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Si le calendrier l’autorise, le repas de funérailles ne se conçoit pas sans viande d’après les testaments qui émanent de moyens et petits possédants. Il en est de même du repas qu’offre le prêtre qui célèbre sa première messe et que parfois le père prévoit longtemps à l’avance.

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Un testateur de Saint-Médard lègue à son fils Pierre divers biens dont 6 brebis. Pierre s’il veut étudier pourra rester à l’école pendant 4 ans. Le jour où il chantera sa première messe, les héritiers paieront le repas qu’il offrira, repas composé d’une vache valant jusqu’à 3 francs, d’un porc valant jusqu’à 1 franc, 1 setier de froment et 3 ânées de bon vin [50][50] Arch. dép. Loire, B 1871, 56 v°..

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Ce sont là des banquets, des repas rituels et exceptionnels à la fois, où tout un village est convié, et même davantage. Il faut se rappeler aussi que les bestiaux étaient plus petits que les parallélépipèdes de viande que nous voyons dans les pâtures.

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Porcins et bovins viennent nettement en tête des animaux consommés. Les exemples donnés, et les estimations qui suivent, sont tirés des seuls testaments qui précisent soit la nature des bêtes à consommer, soit leur prix. Il n’est pas tenu compte des testaments, et ce sont de loin les plus nombreux, où il est prévu simplement du lard (petasons et bacons) ni de ceux où il est dit simplement « des viandes ».

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Si l’on pouvait comptabiliser le tout, le porc arriverait largement en tête, puisqu’il est consommé à la fois en viande fraîche (10 à 40 % des bêtes) et sous forme de lard (tableau 2).

Tableau 2 - Détail des viandes fraîches prévues pour le repas de funérailles Tableau 2
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Il en est de même dans l’ordinaire de la retraitée. En Forez, le porc n’est pas un mythe du passé mais une réalité de tous les jours, en plaine comme en montagne, tout au long de la période couverte par les testaments. Les constats faits par ceux qui étudient les ossements d’animaux ne contredisent pas ce résultat. Au château d’Essertines par exemple, site de garnison, la primauté du porc va en augmentant. C’est un site « socialement favorisé ». Les testaments semblent indiquer que la primauté du porc et du bœuf n’est pas une exception [51][51] Beck, 1993..

Le cheptel : Colomba, Bruna, Mignota et les autres

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Compter les animaux légués ne peut donner que des résultats douteux, car le cheptel principal échoit aux héritiers et reste inconnu. Le testateur ne peut guère en soustraire les bêtes nécessaires à la bonne marche de l’exploitation, et ce souci apparaît même s’il jouit d’une aisance certaine. Un habitant de Marcilly lègue à sa fille 15 fr. or de dot et divers biens en nature. Il lui lègue aussi une vache quand elle se mariera, à condition qu’il y ait alors chez lui plus de 2 vaches, sinon non [52][52] Arch. dép. Loire, B 1868, 85.. Pour la même raison, on lègue fréquemment un porc ou des pourceaux, mais très rarement la truie.

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Le troupeau que l’on ne voit pas peut pourtant être assez important pour exiger de recourir à une main d’œuvre spécialisée. Un testateur de Saint-Just-sur-Loire doit à son bouvier les gages de l’année. Il lui lègue donc 21 gros 6 demencs de froment, ainsi que la toile de lin et la laine pour les deux ans. À son berger il doit 3 setiers et une émine de seigle et la toile de lin de l’année pro labore et messe[53][53] Ibid., B 1867, 4..

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De plus, les vaccas dotales, comme on l’a vu, sont des vaches fictives et non des bovins réels. Le bétail en commande est souvent désigné de manière laconique. Pour toutes ces raisons, mieux vaut se borner à faire quelques remarques d’ordre qualitatif.

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Lorsque le legs consiste en un petit nombre de bêtes, il est fréquent de donner, quelle que soit l’espèce, la femelle et son suivant. À la luminaire de Cezay, un testateur lègue en 1338 une brebis et son agneau. À chacun de ses filleuls et à chacune de ses filleules, il lègue de même une brebis et son agneau… Un testateur de Luré en 1342 fait 7 légataires. Chacun d’eux recevra une brebis et son agneau. Une vache appelée Colomba avec son veau mâle, une génisse qui est fille de la vache appelée La Morina, une truie avec 3 cochons de lait, 3 oies, 1 hoc sive anserulum, et 2 chèvres : c’est ce que les héritiers devront remettre à leur mère, outre la dot à restituer. La femme d’un testateur reçoit en legs 3 oies et leurs oisons qui se trouvent dans la maison du testateur, et la commande d’ovins avec le capital qui est placée dans la maison de V. R. [54][54] Ibid., B 1856, 16 v° ; B 1862, 178 ; B 1881, 208 v° ;....

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Les chèvres en général ne sont pas suitées ; les truies et les oies sont assez rares. Ce qui revient comme un leitmotiv, le cadeau le plus courant, est « une vache et son veau », ou « une brebis et son agneau ».

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La manière de parler des bêtes, comme toujours dans les testaments foréziens, mêle le franco-provençal au latin. La vache est, selon les textes, vacca ou vacha. Le taureau est le plus souvent appelé lozel et non torellus. Le cochon de lait est un leytent, la génisse une brava. Il n’y a pas de frontière étanche entre brava et vacca puisqu’il est parfois légué une brava pregnans.

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Le testateur signale rarement l’âge du bétail, qui dépasse rarement un, deux ou trois ans, sauf s’il s’agit de bœufs de labour [55][55] Forest, 2001.. Là encore, les ossements d’animaux étudiés confirment ce constat. Au château d’Essertines, on note une préférence pour les animaux jeunes (les porcs sont abattus âgés d’un ou deux ans, les bovins d’un à quatre ans).

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Le testateur indique plus volontiers la couleur de la robe des bovins. Les 98 mentions recueillies montrent une majorité de vaches ayant la robe unie, le plus souvent de couleur foncée (pili rubei, nigri, vermeilhi) [56][56] Cf. Annexe 2.. Mais il y a aussi des vaches tachetées, bariolées, rayées, sur lesquelles on aimerait en savoir davantage. Comme le regrettait déjà Robert Grand en 1950, les documents décrivant les bêtes sont très rares. Il distinguait en Occident deux catégories de bovins, l’une au Nord au pelage tacheté, l’autre au Sud au pelage unicolore. Celle-ci présenterait « toute la gamme du fauve, depuis le gris poussant au brun ou au noirâtre, sur la tête et l’encolure, des variétés ibériques jusqu’au jaune chaud de la race limousine, en passant par l’ocre délavé des variétés pyrénéennes, garonnaise, charolaise, ou même de celle du Poitou ou de l’Aubrac, qui paraissent se rattacher à un type général de race aquitaine ». Le Forez, inséré dans le Massif Central, peut subir les influences croisées remontant la vallée de la Loire et suivant les routes du commerce et des pèlerinages vers l’Aubrac et l’Espagne, vers le Midi à travers les Cévennes.

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Rares sont les testateurs qui insistent sur les particularités de leurs bêtes. Ceux qui le font semblent fiers de posséder un animal d’aspect original, sans doute beau à voir, et que les héritiers sont priés de ne pas confondre avec un autre… Une femme de Montbrison recevra à la mort de son mari une vache pili rubei et stellatam in fronte avec son veau femelle. Un autre lègue un bos jugalis […] pili quasi frumenti et jail in cauda et supra equinis (sic)[57][57] Arch. dép. Loire, B 1871, 55 v° ; B 1881, 202..

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Le corpus des testaments permet de constituer une collection originale, celle des noms donnés aux bêtes. Il s’agit presque toujours de bovins. On connaît par leur nom 63 vaches, 1 taureau, 1 veau, 2 chevaux, 1 chèvre [58][58] Cf. Annexe 3..

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Les noms les plus répandus sont ceux que l’on rencontre en Lyonnais : Blonda, Colomba, Rigota. Bien d’autres sans doute connaissent une large diffusion, mais la confrontation est difficile car les testateurs du Lyonnais ne donnent pas ce renseignement [59][59] Lorcin, 1974, p. 50..

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À la différence de ce que l’on constate à l’époque contemporaine, aucun de ces noms, sauf Colomba, n’est usité comme nom de femme. En revanche, bien d’autres pourraient s’appliquer en qualité de surnom à des personnes humaines. Car les termes recueillis évoquent souvent l’aspect, que ce soit la stature ou la corpulence (Rebolla, Reonda, Torta) ou la couleur (Blanchona, Bruna, Chataigni, Greyva). Le propriétaire juge bon parfois d’expliquer son choix, même s’il est évident. À sa belle-sœur, un habitant de Chalain-d’Uzore lègue en 1375 deux vaches avec leurs veaux. L’une de ces vaches est blanche et s’appelle Colomba, l’autre est rouge et s’appelle Reonda[60][60] Arch. dép. Loire, B 1866, 14. Les animaux à robe blanche....

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Une même infirmité explique le terme « le Borgne », donné aux deux seuls chevaux du corpus dont on connaisse le nom. La dame du Chambon-Feugerolles en 1361 lègue à un de ses proches 10 florins d’or ainsi qu’un de ses roncins, videlicet dictum lo borlo (le borgne) [61][61] Arch. dép. Loire, B 1865, 43..

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Certains mots plus rares, comme Tholosa ou Foresa, peuvent évoquer une origine. Mais la liste dans son ensemble fait défiler une galerie de silhouettes : Basseta, Mignota, Torta, des couleurs unies ou barriolées. Le nom le plus poétique est celui de la chèvre Eterla (étoile), l’unique chèvre des 6 000 testaments qui ait un nom à elle [62][62]  Ibid., B 1865, 43..

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Pourquoi introduire, comme le fait une minorité de testateurs, le nom des bêtes dans ce document solennel qu’est le testament ? C’est, semble-t-il, le signe d’un attachement, ou du moins de l’intérêt porté à l’animal. Signe d’autant plus évident que les vaches connues par leur nom sont léguées pour vivre. Il est exceptionnel que celles-ci soient désignées pour être mangées lors des funérailles. Enfin, mentionner le nom n’est pas un usage uniformément répandu. Sur les 63 vaches connues par leur nom, 41 vivaient dans les Monts du Forez, 10 dans les plaines et coteaux situés au pied de la montagne, 7 dans les paroisses situées sur la rive droite de la Loire proches voisines du Lyonnais, et 5 en Roannais. Les Monts du Forez, qui jouxtent l’Auvergne, font sur ce point comme sur d’autres, figure originale.

Carte 1 - Localisation des actes mentionnant des noms de bovinsCarte 1
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Le Forez à la fin du Moyen Âge est un pays de bovins, d’ovins, de porcs et de petit bétail. Les bœufs de labour semblent fournir l’essentiel de la force de travail. Seuls quelques testaments de nobles font état de chevaux. Les autres équidés mentionnés, en petit nombre, sont des roncins et des juments.

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L’absence d’âne et de mulets dans cette petite région relativement pauvre, enclavée dans les montagnes, a de quoi surprendre. Serait-ce une question de vocabulaire ? Dans la Bourgogne étudiée par Corinne Beck, le mot roncin s’applique à n’importe quel équidé [63][63] Beck, 1997.. Il peut en être de même en Forez, par exemple lorsque tel habitant de Saint-Bonnet-le-Château lègue à son neveu trois animalia sua appellati roncine (sic) [64][64] Arch. dép. Loire, B 1859, 50 v°.. On est d’autant plus tenté par cette hypothèse que l’unique mention d’âne du corpus se trouve dans le testament d’un des plus hauts personnages de l’administration comtale, le Juge du Forez. Celui-ci en 1413 lègue à sa femme asinum suum et deux vaches [65][65] Ibid., B 1892, 87.. Le ministre de la justice serait donc le seul forézien assez cultivé pour appeler un âne un âne…

88

*

89

Des sources sérielles, les testaments, montrent que l’animal domestique est beaucoup plus présent en Forez que dans le Lyonnais voisin.

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La nature du cheptel diffère peu : des porcs, des ruches, de la volaille un peu partout, des vaches en quantité, plus de brebis que de moutons, quelques « roncins » pour les transports… Ce qui distingue le Forez de son voisin est la fréquence étonnante des allusions à l’élevage dans cet acte notarié qui règle à la fois le sort du patrimoine et les suffrages à prévoir pour l’âme du testateur. C’est aussi la manière de parler des bêtes et les usages particuliers que cela laisse parfois entrevoir.

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La vache est devenue précocement une sorte d’étalon pour mesurer les dots attribuées aux enfants. Bien après le temps où une vache pouvait valoir 5 à 7 sous, cet étalon est resté en usage dans la partie occidentale du comté. Les Monts du Forez, qui touchent à l’Auvergne, sont particulièrement attachés à cette coutume.

92

Les testateurs des mêmes paroisses de l’Ouest sont les plus diserts lorsqu’ils parlent de leurs vaches. Ils indiquent volontiers le nom de la bête, parfois la couleur de sa robe, de temps en temps sa filiation ou son âge…Ces données, rares dans l’ensemble de la documentation médiévale, sont d’autant plus précieuses qu’elles proviennent non d’un seigneur ou d’un bailleur de fonds, mais le plus souvent de l’éleveur lui-même. Les vaches sont à la fois précieuses et familières. Un paysan de Savigneu en 1369 veut que ses héritiers, en cas de guerre ou de danger, rassemblent dans la maison qu’il possède à Montbrison « ses filles avec les vaches, les enfants et les biens » [66][66] Arch. dép. Loire, B 1863, 11 v°..

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Dans l’ensemble du comté, une partie du cheptel du testateur se trouve souvent éparpillée dans plusieurs maisonnées. Il s’agit dans la majorité des cas de commande (bail à cheptel) dont les bourgeois des villes ont donné l’exemple. Mais confier quelques bêtes à un voisin, voire une seule, est un habitude répandue, avec ou sans contrat notarié, à tous les étages de la société.

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Enfin une importante consommation de viande fraîche et salée se décèle dans les menus des repas d’enterrement, qui sont des banquets de fête, et dans les legs et pensions viagères accordés à la veuve. La pension annuelle comporte soit du lard, soit un porc à engraisser sur les biens de l’héritage. Si la paysanne retraitée du plateau lyonnais reçoit fréquemment une parcelle de vigne, voire des tonneaux vides ou pleins et un peu plus peu plus d’un litre de vin par jour, la veuve forézienne aura un porc, une chèvre et des poules, parfois une vache et son veau qu’elle nourrira sur les biens des héritiers.


Annexe

1 - Données sur l’élevage dans les testaments foréziens1
2 - Couleur de la robe des bovins (98 mentions)2

Bibliographie

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  • Durand, Robert, (éd.), L’Homme, l’animal domestique et l’environnement du Moyen Âge au xviiie siècle – Enquêtes et documents, n° 19, Centre de Recherche sur l’histoire du monde atlantique, Université de Nantes, Nantes, Ouest-Editions, 1993, 387 p.
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  • Fournial, Étienne, Les Villes et l’économie d’échanges en Forez aux xiiie et xive siècles, Paris, Presses du Palais Royal, 1967, 821 p.
  • Gonon, Marguerite, Les Institutions et la société en Forez au xive siècle d’après les testaments, Mâcon, Association des Chartes du Forez, Fondation Georges Guichard, 1960, 231 p. ;
  • —, « L’intervention des témoins dans les testaments nuncupatifs en Forez », Bulletin de la Diana, t. xli, 1969, p. 241-252 ;
  • —, La Langue vulgaire écrite des testaments foréziens, Publication de l’Institut de linguistique romane de Lyon, vol. 26, Paris, Les Belles Lettres, 1973, 292 p.
  • Grand, Roger, et Delatouche, Roger, L’Agriculture au Moyen Âge de la fin de l’Empire romain au xvi e siècle, Paris, E. de Boccard, 1950, 740 p.
  • Lorcin, Marie-Thérèse, Les Campagnes de la région lyonnaise aux xive et xve siècles, Lyon, Bosc, 1974, 548 p. ;
  • —, « Ripailles de funérailles ou les pauvres seront-ils invités au repas d’enterrement ? », Mélanges en l’honneur d’Étienne Fournial, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 1978, p. 239-253 ;
  • —, Vivre et mourir en Lyonnais à la fin du Moyen Âge, Lyon, cnrs, 1981, 208 p. ;
  • —, « Un temps pour tester un temps pour mourir : du testament nuncupatif oral au testament public dans les campagnes foréziennes de la fin du Moyen Âge », Revue Historique, ccxcix, 3, 1998, p. 489-514 ;
  • —, « Le notariat, métier d’appoint pour les prêtres des Monts du Forez (1300-1450) », Actes du colloque Religion et Montagne, Tarbes, 30 mai-2 juin 2002, à paraître.
  • Porcher, Jocelyne, Éleveurs et animaux – Réinventer le lien, Paris, puf, 2002, 301 p.

Notes

[*]

Professeur émérite d’Histoire du Moyen Âge à l’Université Lumière-Lyon 11 ; 14, rue du Professeur Weill, 69006, Lyon. Courriel : <jeanlorcin@ libertysurf. fr>.

[1]

Beck, 1997, p. 21.

[2]

Fournial, 1967, p. 437-450.

[3]

Gonon, 1973.

[4]

Id, 1969.

[5]

Les testaments sont conservés sous forme de copies exécutées dès 1287 par la cour comtale de Forez, déposées aux Archives départementales de la Loire, de B 1850 à B 1901. Seuls les registres B 1851 et B 1851bis ont été publiés. J’utilise les transcriptions manuscrites de Arch. dép. Loire, B 1853 à B 1901 faites par Marguerite Gonon. Pour alléger le texte, je ne transcris pas les noms des personnes citées.

[6]

Ibid., B 1882, 116. Pour ne pas rendre la carte illisible, seules les localités indispensables ont été indiquées.

[7]

Ibid., B 1857, 10v°.

[8]

Ibid., B 1868, 66 ; B 1892, 31 v°.

[9]

Ibid., B 1881, 87 v°.

[10]

Ibid., B 1881, 203.

[11]

Voir Annexe 1.

[12]

Lorcin, à paraître.

[13]

Arch. dép. Loire, B 1883, 149.

[14]

Porcher, 2002, introduction.

[15]

Sermon sur le mariage, ms. Paris, Bibl. nat., lat. 15959, fol. 264rb. Je remercie Nicole Bériou de m’avoir donné l’exacte référence à ce texte célèbre.

[16]

Gonon, 1960, p. 183-187.

[17]

Arch. dép. Loire, B 1857, 13 v° ; B1869, 8 v°.

[18]

Ibid., B 1881, 100.

[19]

Ibid., B 1872, 92 v°.

[20]

Fournial, 1958, p. 10-11.

[21]

Ce mot apparaît dans les testaments sous toutes les orthographes possibles : comanda, commanda, comenda, commenda.

[22]

Arch. dép. Loire, B 1884, 65 ; B 1892, 20 v°.

[23]

Ibid., B 1872, 69.

[24]

Ibid., B 1872, 79.

[25]

Arch. dép. Loire, B 1881, 143.

[26]

Ibid., B 1852, 163.

[27]

Ibid., B 1866, 47 v°.

[28]

Ibid., B 1882, 20.

[29]

Arch. dép. Loire, B 1872, 82.

[30]

Ibid., B 1881, 90 v°.

[31]

Ibid., B 1883, 94 v°.

[32]

Lorcin, 1998.

[33]

Arch. dép. Loire, B 1880, 14.

[34]

Ibid., B 1852, 185 ; B 1857, 8 ; B 1853, 65 v°.

[35]

Ibid., B 1861, 51 v° ; B 1883, 51.

[36]

Arch. dép. Loire, B 1888, 97.

[37]

Lorcin, 1981, p. 68-73 et 173-179.

[38]

Arch. dép. Loire, B 1860, 22 ; B 1862, 17 v°.

[39]

Ibid., B 1851 bis, 51 ; B 1861, 72 v° ; B 1861, 104 v°.

[40]

Ibid., B 1876, 27 ; B 1877, 98.

[41]

Arch. dép. Loire, B 1886, 29.

[42]

Ibid., B 1871, 53 ; B 1862, 152.

[43]

Ibid., B 1862, 88.

[44]

Arch. dép. Loire, B 1851bis, 108 ; B 1862, 83.

[45]

Ibid., B 1860, 62 ; B 1860, 20 v° ; B 1858, 71 ; B 1861, 61.

[46]

Ibid., B 1869, 7 v° ; B 1868, 23 v° ; B 1868, 29 v°.

[47]

Ibid., B 1866, 22 v° ; B 1872, 25 v° ; B 1863, 102 v°.

[48]

Arch. dép. Loire, B 1885, 132.

[49]

Ibid., B 1877, 28 ; B 1879, 113 v° ; B 1875, 5.

[50]

Arch. dép. Loire, B 1871, 56 v°.

[51]

Beck, 1993.

[52]

Arch. dép. Loire, B 1868, 85.

[53]

Ibid., B 1867, 4.

[54]

Ibid., B 1856, 16 v° ; B 1862, 178 ; B 1881, 208 v° ; B 1881, 75.

[55]

Forest, 2001.

[56]

Cf. Annexe 2.

[57]

Arch. dép. Loire, B 1871, 55 v° ; B 1881, 202.

[58]

Cf. Annexe 3.

[59]

Lorcin, 1974, p. 50.

[60]

Arch. dép. Loire, B 1866, 14. Les animaux à robe blanche semblaient recherchés si l’on en juge par les redevances indiquées dans les chartes : Grand, 1950, p. 485.

[61]

Arch. dép. Loire, B 1865, 43.

[62]

Ibid., B 1865, 43.

[63]

Beck, 1997.

[64]

Arch. dép. Loire, B 1859, 50 v°.

[65]

Ibid., B 1892, 87.

[66]

Arch. dép. Loire, B 1863, 11 v°.

Résumé

Français

Pour les xive et xve siècles, les testaments du Forez, qui émanent surtout de paysans et d’artisans ruraux, témoignent, avec la coutume des vaccas dotales de l’importance de l’élevage bovin : le testateur indique volontiers le nom de ses vaches, voire leur couleur. L’usage de placer une partie du cheptel familial chez autrui, en « commande » (bail à cheptel) ou autrement, est largement répandu. Le menu des repas d’enterrement et la pension viagère accordée à la veuve montrent une importante consommation de viande porcine ou bovine et confirment que l’élevage, encore plus nettement qu’en Lyonnais, y est omniprésent.

Mots-clés

  • bail à cheptel
  • bovins
  • Forez
  • retraite des veuves
  • testaments

English

xivth and xvth century wills from the Forez region, the vast majority of them drawn up for farmers and rural craftsmen, enable us to hear the voice of the cattle breeders of the area. The habitual recourse to vaccas dotales testifies to the importance of cattle breeding in the Monts du Forez ; testators frequently specified the name and even the color of their cows. The habit of placing part of the family’s livestock in someone else’s custody (livestock lease) was widespread at all levels of society. The menus for funeral feasts and the alimony benefits granted to widows prove the important place of beef and pork in local eating habits and confirm that cattle breeding was universal, even more so than in the nearby Lyonnais region.

Keywords

  • bovines
  • cattle leasing
  • Forez
  • widow’s alimonies
  • wills

Plan de l'article

  1. Que peut-on attendre des testaments ?
  2. Les « vaches dotales »
  3. La commande et ses marges : un contrat à la portée de tous
  4. Le ménage de la retraitée et son petit cheptel
  5. La viande des banquets
  6. Le cheptel : Colomba, Bruna, Mignota et les autres

Pour citer cet article

Lorcin Marie-Thérèse, « L'Élevage dans le Forez des xive et xve siècles au miroir des testaments », Histoire & Sociétés Rurales 2/2003 (Vol. 20) , p. 11-35
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2003-2-page-11.htm.


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