Histoire & Sociétés Rurales
A.H.S.R.

I.S.B.N.2868478131
272 pages

p. 203 à 254
doi: en cours

Veille sur la revue
Vous consultez

Comptes rendus

Volume 20 2003/2

2003 Histoire & Sociétés Rurales Comptes rendus

Ouvrages

Archéologie Médiévale, tome 32, Paris, cnrs éditions, 2002, 349 p., 36 €

Fondée par le doyen Michel de Boüard, la revue Archéologie Médiévale devenue une revue propre du cnrs depuis 1983 comporte actuellement 32 numéros. Le dernier volume paru (n° 32/2002), fort de 349 pages, regroupe 7 articles (p. 1-162) suivis de la traditionnelle « chronique des fouilles médiévales en France » (p. 163-338) qui rassemble des notices traitant de toutes les opérations de fouille ou de recherche en archéologie médiévale ou post-médiévale conduites en France durant l’année 2001. Regroupées selon 6 rubriques, ces notices sont suivies par un bulletin critique, assez réduit cette année (p. 339-340) tandis que le tome s’achève par une liste des livres reçus accompagnés d’une petite note de présentation.
Dans le contexte de la crise que traverse actuellement l’archéologie française préventive, une chose frappe en premier lieu dans la composition de ce nouveau numéro. Les auteurs sont en effet dans une très large majorité des personnels de l’ancienne Association Française pour les fouilles Archéologiques Nationales (afan) transformée il y a peu en Institut National de Recherches en Archéologie Préventive (inrap). C’est là un signe salutaire de vitalité dont on ne se plaindra pas mais si la tendance devait se confirmer dans les prochains numéros, il faudra sans doute paradoxalement s’interroger dans le domaine de l’archéologie médiévale sur la désaffection des autres organismes de recherche, notamment universitaires. Cela est d’ailleurs sans doute plus patent pour les études qui concernent le monde rural et plus spécifiquement encore celles qui ont comme cadre chronologique le haut Moyen Âge.
Deux contributions touchent ce domaine de la recherche dans le tome 32. Celle de Vincent Carpentier (p. 69-104) nous livre les résultats d’une fouille récente, conduite en Normandie dans la périphérie du bourg médiéval d’Argentan. La découverte de deux à trois édifices sur poteaux nous montre un habitat rural entièrement bâti en terre et en bois qui constitue le premier exemple d’architecture de ce type dans le département de l’Orne pour les xi e-xiie siècles. L’auteur restitue avec vraisemblance deux bâtiments majeurs : l’un de forme quadrangulaire (7,50 x 4 m) peut-être doté d’un pignon triangulaire à pans coupés et d’un appentis (5,50 x 1,50 m), l’autre plus vaste, plus complexe et plus irrégulier comporterait deux nefs, une pièce quadrangulaire (7 x 7 m), un pignon à pans coupés et un probable appentis. La lisibilité d’un plan de bâtiment en terre et en bois au sol est toujours une affaire délicate. La présence de petite annexes souvent reconstruites et l’absence de sols peuvent rendre les traces confuses. Mais dans les nuages de poteaux, fosses et silos qui ont été relevés l’analyse reste prudente et nous montre surtout l’intérêt de procéder à l’étude de ces petits sites notamment parce que les temps d’occupations relativement courts limitent la densité des traces et aide l’interprétation.
Le dossier présenté par Nadine Mahé (p. 55-68) nous déplace en Île-de-France, sur le site des Ruelles à Serris, en Seine-et-Marne. On est loin ici d’un petit habitat dispersé, mais dans un ensemble rural complexe occupé du début du viie siècle aux premières décennies du xie siècle. Fait exceptionnel, ce sont ici près de 18 ha de superficie qui ont été explorés pendant plus d’une décennie au gré des aménagements de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée. Organisé par un réseau de chemins dès le vii e siècle, l’habitat se structure autour de deux pôles principaux séparés par un ruisseau. Au nord se trouve un enclos matérialisé par une succession de fossés qui accueille un espace funéraire mais aussi des bâtiments à fondation de pierre tandis qu’au sud est identifiée une « ferme domaniale ». Cette organisation laisse place néanmoins à une certaine fluidité qui se manifeste à partir des xe-xie siècles par l’effacement des bâtiments dans le secteur sud et de profondes restructurations au nord du ruisseau. C’est à cette zone que s’intéresse Nadine Mahé en nous présentant « un ensemble de céramiques du xie siècle » issu du comblement d’un puits. Après une présentation classique, panorama général des pâtes, formes, décors et une proposition de typologie des cruches, l’auteur s’interroge sur la constitution du lot et nous livre une interprétation pointilleuse assez surprenante qui laisse le lecteur pour le moins circonspect ! Les fragments de pots retrouvés au fond du puits proviendraient des échecs d’un atelier de réparation de céramique, témoignage d’une « certaine économie du quotidien » ou « d’une activité à visée économique ». Le lecteur qu’il soit ou non archéologue, peut rester perplexe face à ce qui semble être une vision anecdotique de l’archéologie ou une intuition qu’il faudrait mieux étayer !
La contribution d’Emmanuelle du Bouëtiez de Kerorguen et de Valérie Delattre (p. 105-134) nous conduit dans un tout autre domaine, sur une petite île de l’Essonne à Corbeil, où fut établie une commanderie hospitalière à la fin du xii e siècle, la commanderie Saint-Jean de l’Isle qui abrita le siège du prieuré de France à partir de 1275. Les fouilles pratiquées y ont révélé l’existence d’un cloître oublié et d’une trentaine de sépultures (fin xiie-xive siècle) associées à l’inhumation d’au moins une cinquantaine d’individus. L’espace funéraire fermé et privilégié que constitue ce cloître répond semble t-il à une certaine gestion des sépultures. La cour accueille préférentiellement des enfants ou de jeunes adultes tandis que dans les galeries ne sont inhumés que des adultes. L’originalité du recrutement funéraire tient surtout à la forte présence des femmes et dans une moindre mesure des enfants, ce qui témoigne en premier lieu de l’ouverture du lieu à une population a priori laïque. On pourrait aussi se demander si ce recrutement somme toute spécifique n’était pas en rapport avec la présence de la sépulture royale d’Ingeburge, seconde épouse de Philippe-Auguste et surtout bienfaitrice de la commanderie au début du xiiie siècle ?
C’est par une tout autre approche et dans un tout autre champ chronologique que Cécile Treffort (p. 31-54) nous renvoie à ces questions de piété et de salut. La découverte, depuis le xixe siècle, dans le territoire de l’ancienne Burgundia des vie-vii e siècles d’une vingtaine de plaques-boucles décorées d’une représentation de Daniel dans la fosse aux lions souvent associée à des signatures d’orfèvres et/ou de commanditaires, la conduit au terme d’une analyse à la fois très fine et véritablement passionnante à s’interroger sur la fascination de l’écrit et sur le paradigme biblique de la délivrance. Ces objets, souvent associés à un contexte funéraire peuvent finalement apparaître comme de véritables phylactères, usage privatisé des res sanctae qui est encore celui d’une conception individualisée du salut et d’une relation directe avec Dieu.
Dans le domaine funéraire toujours, Emmanuelle du Bouëtiez de Kerorguen (p. 157-162) nous livre une étude de deux pierres tombales du xviie siècle relatives à des cordeliers qui ont été découvertes au couvent et monastère de l’Ave Maria de Paris, établissement regroupant principalement des clarisses. La première pierre démontre le rôle de pied-à-terre que jouait l’établissement pour les religieux de la Province de France parisienne de passage dans la capitale tandis que l’autre indique la présence de tertiaires au sein de la communauté.
Avec Claude de Mecquenem (p. 1-30) nous voici plongés dans un autre type d’établissement religieux, celui de Jouarre en Seine-et-Marne où Théodechilde, la sœur de l’évêque de Paris, emmena un premier contingent de moniales à la fin du premier tiers du viie siècle. L’auteur nous livre un faisceau d’indices pour une nouvelle lecture chronologique des célèbres cryptes Saint-Paul et Saint-Ebrégisile qui ont jusqu’alors été attribuées à la basilique originelle. Au delà de l’analyse conduite, qui amène finalement l’auteur à proposer de dater ces cryptes du début du xii e siècle, on retiendra combien le poids des textes, ici ceux d’une tradition de fondation du monastère au viie siècle a pu une fois de plus orienter l’interprétation des vestiges archéologiques.
Mais l’absence des textes peut aussi se faire cruellement ressentir lorsque l’objet étudié demeure pour le moins insolite ! « Sourd comme un pot acoustique ? », Yves Henigfeld et Maxime Werlé (p. 135-156) s’interrogent sur ce curieux dispositif qui conduit à engager des céramiques dans les maçonneries d’édifices religieux de l’Europe médiévale. Traditionnellement interprétés comme des vases acoustiques, les auteurs nous montrent à partir de découvertes récentes réalisées à Strasbourg que ce dispositif sans doute multi-fonctionnel est aussi attesté en contexte civil et que d’autres interprétations demeurent possibles.
On le voit cette nouvelle livraison d’Archéologie Médiévale est riche, variée et l’on espère que l’archéologie médiévale rurale pourra encore y tenir une place honorable dans les prochains numéros.
Laurent Schneider

Hélène Debax, La Féodalité languedocienne. xie-xiie siècles. Serments, hommages et fiefs dans le Languedoc des Trencavel, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, coll. « Tempus », 2003, 407 p.

L’ouvrage d’Hélène Débax veut porter un nouveau regard sur la société méridionale des xie et xiie siècles et il le fait effectivement en rapprochant deux noms qui ne faisaient traditionnellement pas bon ménage : « féodalité » et « Languedoc ». Quasi antinomiques, ils renvoyaient pour l’un aux régions septentrionales et pour l’autre à un espace qui ignorait cette organisation sociale ou l’adoptait superficiellement. Or, la perspective est renversée : il est désormais affirmé que de la Garonne au Rhône une société féodale structurée, accomplie s’est épanouie, n’ayant rien à envier aux autres terres où elle est habituellement reconnue. Le sous-titre l’affirme clairement : fiefs et hommages ont cours en Languedoc aussi. Ce sont les modalités de cette féodalisation méridionale qui sont ici présentées.
Aboutissement d’une thèse soutenue en 1997 à l’université de Toulouse-Le Mirail, La Féodalité languedocienne d’Hélène Débax est construite autour d’une source exceptionnelle, le cartulaire inédit des vicomtes Trencavel, le plus ancien cartulaire laïque d’Europe, rédigé vers 1186-1188, continué en 1201-1206. Il conserve près de 600 actes du début du xie siècle au début du xiii e, dont plus de la moitié est constituée de serments qui sont au cœur des démonstrations de l’auteur et permettent d’accéder à « l’essence de la féodalité ». L’ouvrage propose un triple regard. Il s’ouvre sur une synthèse de l’évolution politique régionale de l’An mil à la croisade albigeoise, puis développe trois chapitres centraux sur les serments de fidélité pour enfin en traiter les conséquences dans deux domaines essentiels, la justice face à la violence aristocratique et l’exercice du pouvoir des Trencavel.
L’histoire politique languedocienne des xie-xiie siècles est celle de l’ascension d’une famille de vicomtes qui, phénomène rare, exercent un pouvoir indépendant. Proches des comtes de Toulouse depuis le milieu du xe siècle, les Trencavel profitent de l’affaiblissement des Raimondins au siècle suivant. Ils fondent leur pouvoir en forçant les événements. L’heureux mariage avec l’héritière des comtes de Carcassonne met les vicomtes d’Albi et de Nîmes aux commandes des comtés de Carcassonne, Razès, Béziers et Agde. En 1067-1070, la pseudo-vente de Carcassonne et du Razès au comte de Barcelone est en fait présentée de manière convaincante comme une reprise en fief monnayée qui permet de conclure une alliance favorable. Mais ce qui fondamentalement fait la force des maîtres de six vicomtés, c’est la possession de nombreux castra ruraux, châteaux tenus par eux et leurs fidèles, alors que les comtes de Toulouse en sont singulièrement dépourvus. Le xiie siècle, temps de la « guerre de cent ans méridionale » entre Toulouse et Barcelone, voit les Trencavel mener une politique d’alliances alternées, fruit d’une double fidélité seigneuriale. L’antagonisme avec les comtes de Toulouse apparaît le plus profond : la croisade albigeoise l’a confirmé dès 1209.
Les 320 serments du cartulaire conduisent au cœur de la féodalité méridionale. Hélène Débax les considère à la fois comme fondement juridique des liens d’homme à homme, mais aussi comme manifestation de codes de comportement dont elle reconstitue de manière vivante les paroles et les gestes. Qu’est-ce que le serment ? La prestation de fidélité, promesse de jurée, n’est pas une sécurité ou une convenentia qui lie des partenaires mis sur le même plan. Elle est centrée sur le château, le castrum, que son détenteur promet de conserver sans tromper son seigneur, en s’engageant à l’aider, si nécessaire, à le reprendre et à lui remettre s’il le demande. Il s’agit donc bien d’une aide militaire et de la reconnaissance d’une autorité qui apparaît dès les premiers serments autour de l’An mil. Ce rôle du château est capital car il donne toute sa spécificité et toute sa nouveauté – féodale – aux serments languedociens. Le rituel de la cérémonie est reconstitué minutieusement comme un puzzle. La dimension orale prime et se retrouve dans des textes mêlant latin et occitan. Autant que le serment sur les objets sacrés, reliques puis évangiles, le serrement des mains est essentiel. Le geste est parallèle à celui de l’hommage, mais il ne se confond pas lui : il lie une main de chaque acteur et non deux, s’inscrivant ainsi dans la lignée des pactes de paix et autres rites juratoires associés à la main droite.
Le castrum des serments doit être considéré comme un fevum, un fief, puisqu’il est rendable, objet donc d’une clause de restitution. Qui plus est, il est la voie par excellence de l’entrée en dépendance par le fief de reprise. Là encore, la vulgate est remise en cause : il ne s’agit pas d’un transfert de bien, de propriété, mais d’un « habillage juridique » de l’entrée en dépendance. Autrement dit, c’est la reconnaissance d’un pouvoir seigneurial supérieur. Telle est la véritable originalité du fief : une relation de dépendance contrastant avec l’alleu, expression d’un dominium sans subordination. Le fief est plus une manifestation du pouvoir féodal qu’un simple mode de possession car en fait toute la société méridionale le pratique au xiie siècle, du noble au serf qui lui aussi prête hommage. À tel point que l’expression de « fief honoré », l’équivalent du franc-fief, doit être comprise comme une émanation de la « réaction nobiliaire » pour distinguer le fief noble de celui du roturier.
Ce qui a longtemps masqué la féodalité méridionale, c’est l’absence d’une terminologie considérée comme classique, nécessaire. Ainsi en est-il de « vassal », présent seulement comme anthroponyme. Ce nominalisme est à juste titre refusé par Hélène Débax qui privilégie les mécanismes sociaux pour définir les systèmes. La tâche est néanmoins délicate. La recherche des termes désignant le vassal débouche souvent sur des ambiguïtés : le plus utilisé dans les relations d’homme à homme, homo, forme souvent un couple associé à senior, mais il peut désigner tout dépendant, y compris le serf. L’éventail des sens de miles et de fevalis est aussi large. Par contre, les dispositifs des serments sont clairs : l’aide militaire due pour le castrum est bien l’engagement vassalique de l’auxilium et le droit d’albergue est souvent exigé. Quant à l’hommage, il est bel et bien présent, dans le cartulaire des Trencavel comme dans celui des seigneurs de Montpellier, les Guilhem. Apparaissant au milieu du xie siècle, il est habituel au début du xiie. Pourtant, il ne se généralise pas et ne paraît rien apporter de plus par rapport aux inféodations qui l’ignorent. Ce n’est donc qu’une modalité de l’entrée en dépendance (les serfs peuvent aussi faire hommage) et le serment de fidélité semble en fait beaucoup plus exigeant. Cette vassalité méridionale a donc sa propre tonalité, renforcée par les réseaux familiaux et la coseigneurie. Héritière du droit wisigothique et du partage égalitaire, elle divise les castra en autant de parts de droits qu’il y a d’héritiers jusqu’à la fin du xiie siècle. Les serments valorisent les chefs de lignée qui représentent leurs parents et fonctionnent comme des correctifs à l’éclatement des pouvoirs dans le contrôle du château.
Serments féodo-vassaliques, les actes du cartulaire des Trencavel éclairent la société au-delà de leur stricte analyse juridique. Leur production correspond souvent au règlement d’un conflit. La violence aristocratique, autre objet de débat, est ici omniprésente. Prises et destructions et châteaux, demandes de rançon pour les prisonniers à la suite de chevauchées font presque partie du quotidien de la société féodale : « le conflit est l’état permanent des relations entre grands » (p. 237). Cet état permanent légitimise en quelque sorte le discours des clercs et des conciles de paix que les Trencavel paraissent d’ailleurs peu fréquenter. Pourtant cette violence ne s’exerce pas prioritairement au détriment de l’Église, mais est consubstantielle à la coseigneurie qui enchevêtre les droits. Le règlement judiciaire des conflits est géré comme un compromis visant à maintenir la paix et prenant par conséquent souvent la forme d’un partage des droits. La résolution passe lorsqu’il le faut par l’assistance de médiateurs, simples conseillers ou véritables arbitres qui tranchent le différend. Prenant appui avant tout sur des témoignages, demandant de prêter serment et de produire des chartes en cas de contradiction, mais délaissant les duels dés le début du xiie siècle, la justice aristocratique est un instrument de régularisation des rapports sociaux où l’essentiel est de trouver un accord.
Le cartulaire permet plus difficilement de dresser un portrait de la seigneurie des Trencavel, comme exemple de principauté féodale. Le document est constitué pour affirmer le pouvoir des vicomtes sur leurs vassaux et non pour décrire leurs domaines. Cette lacune est évidemment un handicap, car elle ne permet pas d’évaluer le domaine seigneurial et donc les revenus qui sous-tendent le pouvoir vicomtal. C’est là un chantier qui reste ouvert. Des traits forts ressortent néanmoins : la maîtrise d’une part substantielle des revenus des mines des Corbières et du Massif central ; l’importance du contrôle exercé sur les castra, déjà évoquée, qui font de l’Albigeois, du Carcassès et du Razès les piliers du pouvoir vicomtal ; l’accaparement de la haute justice et la mise en place d’un véritable tribunal vicomtal à partir du milieu du xii e siècle. Mais cela ne suffit pas à transformer les vicomtes en véritables « souverains ». Hélène Débax pointe les lacunes de la construction féodale des Trencavel et met au premier plan la juxtaposition des six vicomtés, sans véritable cohérence territoriale ni polarisation. Cette hétérogénéité trouve sa traduction dans la titulature des vicomtes, fluctuante et rarement exhaustive. Il faut attendre les dernières décennies du xiie siècle et Roger II (1167-1194) pour que l’énoncé des vicomtés soit complet. Son pouvoir a en effet une autre dimension que ceux de ses prédécesseurs : il est le premier à utiliser un sceau, sa cour est plus brillante, avec des troubadours, et c’est lui qui ordonne la rédaction du cartulaire. Même sans le titre, le vicomte devient un prince féodal. Ses moyens de gouvernement sont néanmoins limités. Car au manque de cohésion territoriale s’ajoute l’insuffisance du contrôle sur les hommes. Son pouvoir s’exerce sur les vassaux, mais pas au-delà. En effet, la garde des châteaux (castlania) par les chevaliers est donnée en fief et demeure hors d’atteinte du vicomte, sinon par la réserve de fidélité.
C’est en fait plus l’excès de féodalité que son absence qui caractérise le Languedoc. Excès parce que la mise en place précoce des réseaux castraux a empêché les élites aristocratiques, comtes et vicomtes, de construire un système de liens vassaliques et de contrôle territorial qui leur aurait permis d’évoluer comme les comtes de Barcelone, les Plantagenêts ou les Capétiens vers un État monarchique. Trop de féodalité : la conclusion d’Hélène Débax pourra paraître provocatrice au regard de l’image classique d’un Midi sans fiefs et sans vassaux. Mais sa démonstration est d’une très grande qualité, se lit avec passion et emporte l’adhésion. Le sujet, fondée sur une source difficile à interpréter, est traité avec une exigence de tous les instants, en particulier le souci de comprendre le sens des mots pour en mesurer tout le poids. Ce travail en continu permet ensuite d’articuler chaque élément décortiqué dans un ensemble cohérent. Tout cela ne reste pas théorique, car la description de la cérémonie de prestation du serment de fidélité, gestes et paroles comprises, celui des étapes de la procédure judiciaire, témoignent de la volonté de traduire les systèmes dans le concret, dans une société où comptent tant les liens individuels.
L’ouvrage est accompagné de six cartes utiles sur l’évolution des vicomtés, mais souvent à la limite de la lisibilité, de huit généalogies des principaux lignages régionaux et d’un index regroupant heureusement les indices des noms de lieux, des personnes et des matières. On l’aura compris, La féodalité languedocienne d’Hélène Débax va devenir une référence pour l’histoire de la féodalité, remise au cœur de la société médiévale. Pour le Languedoc aussi : les serments de fidélité, voie spécifique de la féodalisation, ne peuvent cacher la pleine appartenance de cet espace au monde féodal. C’est par conséquent l’occasion de répéter, après d’autres, que la croisade albigeoise est loin d’être l’affrontement de deux mondes.
Jean-Loup Abbé

Georges Comet (éd.), L’Outillage agricole médiéval et moderne et son histoire, Actes des xxiiie Journées Internationale d’Histoire de l’abbaye de Flaran, 7-9 septembre 2001, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2003, 302 p., 30 €

Cette 23e livraison des Actes de Flaran – que l’on ne présente plus – rassemble 16 études qui, toutes, révèlent la diversité des approches concernant l’étude de l’outillage agricole de l’Europe médiévale et moderne. Le recueil comprend d’abord plusieurs contributions d’ordre méthodologique. Les deux articles de Michel Colardelle et de Johan David insistent tout particulièrement sur le caractère nécessairement pluridisciplinaire des recherches à conduire sur l’outillage et rappellent le besoin constant de croiser les données matérielles issues des fouilles archéologiques avec les sources écrites, iconographiques, ainsi qu’avec les enquêtes ethnographiques. Dans un esprit un peu différent, Perrine Mane rappelle ensuite que l’utilisation des documents iconographiques ne peut se faire sans précautions méthodologiques. Son travail souligne également l’intérêt de ce type de sources pour l’étude du changement agricole et de la diffusion des innovations technologiques. La contribution de Pascal Reigniez, auteur d’un ouvrage très remarqué paru l’an dernier sur L’Outil agricole en France au Moyen Âge, met en lumière ce que l’archéologie peut apporter à la connaissance de l’outillage agricole médiéval. Fort utilement, l’auteur commence par insister sur les limites de l’archéologie, rappelant que les outils découverts en fouille sont presque toujours incomplets – les parties en bois ont presque toujours disparu – et que la fouille, même la plus exhaustive, ne peut livrer l’ensemble des outils utilisés sur un site : certains ont été récupérés tandis que d’autres – les plus fragiles – ont disparu à jamais. Toutefois, seule la fouille est à même de fournir des objets bien calés chronologiquement dont la provenance topographique est sûre. De plus, comme le rappelle Tadeusz Poklewski-Kozielle à partir d’exemples polonais, la fouille est la seule voie d’accès pour l’étude des traces d’outils et des labours fossiles qui, à leur tour, ouvrent le chemin à l’expérimentation. C’est ce que montre l’article de Grith Lerche qui présente ici quelques essais d’expérimentations effectués à l’aide d’instruments de labours reconstitués à partir d’outils et de traces d’outils découverts au Danemark.
La lecture de ce recueil montre cependant que le poids des habitudes et des clivages académiques fait que les sources sont encore utilisées différemment selon que les chercheurs travaillent sur le Moyen Âge ou l’époque moderne : alors que les premiers interrogent en priorité les sources iconographiques et les données archéologiques, les autres mettent surtout en avant les sources écrites, beaucoup plus explicites pour cette époque. Michel Vanderpooten se tourne ainsi vers les agronomes et, en particulier, vers le plus célèbre d’entre eux, Olivier de Serres. Francis Brumont étudie quant à lui l’outillage des métairies gasconnes de l’époque moderne à partir des contrats de location tandis que Dominique Rosselle s’intéresse à celui du Béthunois à partir de sources fiscales. Du coté des médiévistes, Jean-Michel Lassure effectue, à partir des données archéologiques récentes issues pour l’essentiel de l’archéologie préventive, un inventaire de l’outillage médiéval en Midi-Pyrénées. Il serait assurément souhaitable que de tels catalogues soient élaborés pour chacune des régions françaises, voire européennes, car ils pourraient servir de point de départ à la réalisation, pour le Moyen Âge, d’un véritable atlas agricole. On aimerait cependant que de semblables corpus soient dressés pour l’époque moderne. Encore, faudrait-il convaincre les responsables de l’archéologie nationale de l’intérêt de fouiller des exploitations agricoles post-médiévales, les seules pour lesquelles une véritable confrontation entre sources écrites et données matérielles est véritablement possible.
Quelles que soient les sources utilisées, on s’aperçoit que c’est encore et toujours dans le cadre régional que l’on parvient le mieux à saisir la réalité de l’outillage. Les études de Francis Brumont et de Dominique Rosselle sont ainsi particulièrement éclairantes. Le premier nous livre ici un inventaire détaillé des instruments aratoires, de ceux qui servaient pour les récoltes ainsi que des moyens de transports utilisés dans les métairies gasconnes de l’époque moderne. On y découvre qu’au xvie siècle, bailleur et preneur devaient chacun fournir la moitié du fer nécessaire à la réparation des outils mais qu’après 1590, les bailleurs fournissent de plus en plus souvent la totalité du fer, et ce alors que le poids total de fer livré tend à augmenter parce que les charrues sont plus lourdement ferrées. L’étude des rôles fiscaux du Béthunois, miraculeusement sauvés des destructions de la Première Guerre mondiale, permet à Dominique Rosselle de décrire minutieusement les techniques et l’outillages agricoles de l’Ancien Régime. Son étude révèle l’opposition entre deux espaces voisins : le Nord béthunois constitue un pays de grande culture avec de grandes exploitations fortement pourvues en trains de labour et en animaux, vouées à la production de céréales et de moutons alors que la partie méridionale de cette région est à la même époque un pays de petite culture qui se caractérise par de très fortes densités de population, par l’importance des labours à bras effectués dans des exploitations souvent minuscules, par la fréquence des amendements, par de hauts rendements et par la grande diversité de ses productions.
François Sigaut s’intéresse quant à lui à la faux, qu’il qualifie d’outil « emblématique de l’agriculture européenne », rappelant que l’association faux, foin, prairie de fauche et stabulation des animaux en hiver constitue un système que l’on ne rencontre, jusqu’au xxe siècle, qu’en Europe. Mais l’utilisation ou la non-utilisation de certains outils ne relève pas seulement du domaine économique et social, puisqu’elle est aussi conditionnée par un cadre idéologique qui, d’une certaine façon, détermine quand et comment on se doit d’utiliser certains outils. C’est ce que rappelle José Luis Mingote Calderón à propos de l’Espagne médiévale dans laquelle le laboureur qui enfreignait l’interdiction faite de travailler le dimanche s’exposait à une sanction divine se matérialisant par l’endommagement ou la destruction de ses outils. L’auteur montre que la façon de payer la dîme peut avoir des influences sur la confection des gerbes, mais aussi sur la manière de cribler ou de vanner les céréales.
Qu’il soit produit au sein de la communauté villageoise ou bien acheté à l’extérieur, qu’il fasse appel à une technique complexe ou non, l’outil est bien, comme le rappelle Georges Comet, un élément essentiel de toute production et l’un des vecteurs les plus importants du changement agricole. Tous ceux qui s’y intéressent liront donc avec profit cette 23e livraison des actes de Flaran.
Christophe Maneuvrier

Marie-Pierre Ruas, Productions agricoles, stockage et finage en Montagne Noire médiévale. Le grenier castral de Durfort (Tarn) , Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, daf (Documents d’Archéologie Française) n° 93, 2002, 231 p., 39 €

Chacun sait que la carpologie est une discipline jeune, apparue en France vers le milieu des années 1980, qui s’intéresse à l’étude des paléo-semences découvertes lors des opérations archéologiques. Cet ouvrage de Marie-Pierre Ruas est la publication attendue d’une étude pionnière lancée en 1984, qui donna lieu cinq ans plus tard à un mémoire de l’ehess effectué sous la direction de Jean-Marie Pesez. Quinze ans après, l’auteur nous livre une étude entièrement réactualisée, enrichie par ses nombreux travaux, études de sites ou articles de synthèses.
Disons-le d’emblée, le résultat est remarquable : la forme est impeccable, la démonstration limpide et les illustrations soignées (52 plans, photographies, dessins et graphiques dont beaucoup en couleurs). Le livre comprend en outre 45 tableaux, un lexique des termes techniques et vernaculaires ainsi que trois indices, l’un pour les noms de plantes, l’autre pour les noms de lieux, le troisième pour les termes analytiques. La première partie de l’ouvrage contient d’abord une présentation historique, géographique et environnementale de la montagne de Durfort ainsi qu’une explicitation de la démarche carpologique et des choix méthodologiques. Cette partie semblera peut-être à certains un peu vieillie – ce qui est bien normal puisque l’étude date de 1984 – mais cela ne fait que révéler l’importance prise en 20 ans par la carpologie, les archéologues étant maintenant bien habitués à ce type d’études. Il ne faudrait cependant pas que ceci fasse oublier le caractère exceptionnel de ce grenier qui a livré une incroyable quantité de paléosemences. Le deuxième chapitre est consacré à la présentation des résultats de l’analyse carpologique, c’est-à-dire, pour l’essentiel, à la présentation du corpus végétal qui compte, au sein des 400 000 restes étudiés, 26 plantes cultivées et/ou cueillies et 131 plantes sauvages. Parmi les plus représentées on trouve plusieurs céréales (seigle, froment, millet, etc.), des légumineuses (pois chiches, féveroles) et du raisin. L’auteur établit ensuite la carte de répartition des restes carpologiques, très inégale à l’intérieur du grenier. L’analyse lui permet de distinguer les graines qui proviennent de véritables stocks alimentaires de celles issues de lots plus résiduels (« collations »), et de les distinguer aussi des restes provenant de cultures antérieures, de traitements, ou de nettoyages. La troisième partie, consacrée à l’étude des pratiques agricoles et des cycles culturaux, permet à travers l’examen des associations phytosociologiques (céréales et adventices), de retrouver la provenance de chaque plante cultivée au sein du finage. Ainsi y apprend-on, par exemple, que le seigle provenait de terrains acides campés entre 400 et 600 m d’altitude ; que le blé était cultivé dans la plaine argilo-calcaire voisine tandis que le millet poussait principalement sur les terres alluviales. La tentative de restitution du terroir de Durfort au xiv e siècle que nous présente Marie-Pierre Ruas est aussi audacieuse que séduisante. Loin de s’en tenir à ces résultats, l’auteur s’interroge ensuite sur les pratiques agricoles, confrontant les résultats de ses analyses carpologiques aux données issues des sources écrites. Ceci est l’occasion de montrer que les semis étaient monospécifiques alors que de nombreux textes indiquent pour cette région l’existence de semis mixtes, généralement désignés sous le nom de « méteil ». L’étude des adventices lui permet également de préciser, pour chaque culture, la saison des semailles, la hauteur des coupes et d’émettre quelques hypothèses sur le fonctionnement des cycles culturaux. Dans la quatrième partie, l’auteur montre comment les semences étaient stockées : la rareté des vestiges de paille lui permet d’affirmer que grains et pailles étaient conservés séparément, que les grains de froment et de seigle étaient stockés après avoir été soigneusement vannés, que le millet et l’orge devaient être conservés sous forme d’épillets tandis que les légumineuses étaient précieusement écossées. Certains grains devaient être rangés dans des sacs de toile ou de cuir, d’autres laissés en vrac sur le plancher du grenier, les différents lots étant séparés les uns des autres par un système de cloisons légères.
Cette étude d’un grenier incendié au xive siècle deviendra vite, c’est certain, un classique de la littérature archéologique, mais il faut insister sur le fait que la lecture de ce volume devrait intéresser tous les ruralistes, qu’ils soient habitués à travailler sur les sources écrites ou sur les données matérielles. On ne peut, en effet, que souscrire à ce qu’écrit Georges Comet dans sa préface : c’est « un beau travail d’historienne ». Quant à la démarche mise en œuvre, il va de soi qu’elle devrait soulever l’enthousiasme de tous les archéologues, et pas seulement celui des médiévistes. Un beau livre qui arrive donc à point nommé pour rappeler à tous ses détracteurs que l’histoire des cultures matérielles, même si elle n’est plus très à la mode, a encore beaucoup à nous apprendre.
Christophe Maneuvrier

Benoît Garnot (dir.), Les Témoins devant la justice. Une histoire des statuts et des comportements, Rennes, pur, 2003, 242 p., 21 €

Sur un thème connexe à celui de la preuve (Bruno Lemesle, dir., La Preuve en justice de l’Antiquité à nos jours, Rennes, pur, 2003, 271 p.), les Presses Universitaires de Rennes nous livrent un fort volume consacré aux témoins de l’Antiquité à l’époque contemporaine. Divisé en 36 chapitres qui furent autant de communications au colloque organisé en 2001 par l’umr Georges Chevrier à Dijon, cet ensemble nous livre une réjouissante diversité d’approches et d’opinions. Si, comme l’observe très justement Benoît Garnot en conclusion, ces témoins sont précieux à tous ceux qui souhaitent explorer les mentalités et les comportements, ils le sont également pour la connaissance du fonctionnement des rouages judiciaires dans des contextes aussi divers que la Rome républicaine, la Convention, les républiques de Venise au xvie siècle ou de Genève au xviiie siècle. La matière ayant été peu traitée par les historiens, en dépit de l’évident intérêt qu’il y a à mieux comprendre et à mieux utiliser les sources judiciaires, l’intérêt de cet ouvrage dépasse largement les quelques contributions qui traquent les témoins ruraux. Aucune étude n’est conduite dans une perspective comparative ville-campagnes, mais plusieurs auteurs insistent sur les particularités du secteur géographique plus ou moins rural dans lequel se déroule leur étude.
Dans un beau texte consacré à la répression du faux témoignage en France au xixe siècle, Jean-Claude Farcy montre que ce délit, déjà signalé par Jean-François Soulet pour les vallées pyrénéennes, est un fait essentiellement rural, et qu’il bénéficie d’une réelle indulgence de la justice. Les campagnes, et particulièrement certaines régions montagneuses, semblent réticentes à une régulation de leurs conflits par l’extérieur. Le faux témoignage entre dans des stratégies qui visent soit à paralyser l’action des tribunaux, soit à l’instrumentaliser. La nature des affaires rend compte des différences de sévérité que l’on observe dans les verdicts. Les jurys voient difficilement un crime dans le faux témoignage survenant à l’occasion d’un fait de chasse, mais les faux-témoins sont beaucoup plus souvent déclarés coupables dans les affaires d’usure. Le contexte du délit joue un rôle aussi important, sinon plus, que l’identité du suborneur. Les témoins viennent de différents horizons. Jean Quéniart signale une forte présence des hommes dans les procès consacrés aux vols d’animaux, et des femmes pour les vols de vêtements. Les hommes sont aussi plus nombreux dans les affaires de violence tandis que les femmes le sont dans celles d’injures. Ces différences tiennent dans une large mesure aux formes sexuées de la sociabilité et aux théâtres de la vie sociale. Cela vaut aussi bien dans les villes que dans les campagnes, comme les exemples de Lille et de Lyon nous le prouvent dans les contributions de Catherine Denys et Françoise Bayard, pour les xviie et xviii e siècles. Dans la mesure où ne témoignent en justice que ceux que la justice interpelle, un certain filtrage s’opère toutefois. Jean Pierre Lethuillier distingue les témoins par fonction, maires de communes rurales, gendarmes et gardes champêtres, prêtres et propriétaires que la monarchie censitaire tient en grande estime comme témoins de moralité. Le rôle de ces témoins « professionnels » bas-normands semble, entre la seconde moitié du xviie et la première moitié du xixe siècle, d’autant plus grand que l’on s’éloigne des villes. Les couches sociales les plus modestes, observées par exemple dans le Bessin, font les frais de la suspicion des gens de justice. On doit également prendre en compte l’économie du témoignage, les indemnités versées aux témoins, dont traitent séparément Fabien Gaveau et Hervé Piant. Pour réduire les frais liés aux témoignages, la chancellerie, au début du xixe siècle, établit la distinction entre des témoins inutiles et des témoins nécessaires. Les parquets s’efforcent de diminuer le nombre de témoignages retenus, au profit des notables sur lesquels l’administration centrale préfère s’appuyer. Indépendamment du souci d’économie, la taxation des témoins permet d’apercevoir les représentations des magistrats, qui souhaitent écarter tout soupçon d’égalité entre eux et les témoins. Le fossé social et culturel séparant les juges de certaines catégories de témoins n’est pas le seul obstacle à une exacte prise en compte des témoignages oraux. La transcription par écrit des témoignages donne lieu à de multiples altérations. C’est ce que montre Sandrine Walle pour les interrogatoires conduits par les commissaires à Paris au xviii e siècle. La preuve testimoniale étant certaine si plusieurs témoins disent la même chose, c’est le concours unanime des dépositions qui forme la preuve. Les commissaires et leurs clercs limitent le champ des dépositions pour élaborer des preuves juridiques.
Daniel Martin, à l’aide du fonds judiciaire de la baronnie de Thiers au xviiie siècle, affirme que les témoins sont souvent présents, car à la campagne, il est rare que l’on soit à l’abri d’un regard, mais que beaucoup de témoins se dérobent. Christelle Clément explique, à partir des procédures de la justice seigneuriale de Saint-Seine l’Abbaye (1787-1789), au nord de Dijon, qu’au sein d’une communauté villageoise homogène, le fait de témoigner pose de nombreux problèmes, dans la mesure où il peut entraîner des séquelles à long terme. On observe alors souvent une prudente neutralité. L’étude de Fabrice Vigier sur les monitoires poitevins du xviii e siècle va dans le même sens car le monitoire ecclésiastique, qui est un appel à témoins assorti d’une peine d’excommunication pour ceux qui n’apporteraient pas leur concours, a été précisément conçu pour pallier le manque de témoins. Il n’est guère surprenant alors d’entendre certains témoins déposer qu’ils n’ont rien vu et qu’ils ne savent rien. Mais dans nombre de situations, les témoins ne manquent pas. C’est le cas lorsqu’une communauté souhaite préserver des privilèges, comme Valréas, dans le Comtat Venaissin en 1679, lorsque la mise en place de bureaux de la douane met en péril la prospérité de cette petite enclave comtadine. Sophie Bentin montre selon quels critères les témoins ont été sélectionnés par le premier consul. C’est encore le cas dans certaines affaires d’outrage aux mœurs, ou d’infanticides, dans le dessein parfois de sauver l’honneur d’un voisin ou d’un proche. Tel est le cas dans une affaire décrite par Karine Lambert, dans sa contribution sur les témoignages et la criminalité féminine en Provence (1730-1850). La faiblesse des expertises médicales et des enquêtes policières, nous dit-elle, laisse le champ libre aux dénonciations et à la rumeur. Voisins, proches et parents éliminent ici des femmes isolées et marginalisées par leur statut et rétablissent la paix sociale. Il est vrai qu’un long silence recouvre parfois des crimes connus de tous. C’est ce que l’on découvre avec l’affaire Peinhouët, racontée par Jean-François Tanguy, où l’on constate une longue tolérance à l’égard de menus délits tels que contrebande et braconnage, mais aussi à l’égard d’une affaire d’inceste. Il aura fallu finalement un assassinat, et donc la recherche d’un coupable, pour que la machine judiciaire se mette en marche et que des témoins se fassent connaître, au premier rang desquels apparaissent la femme et les enfants de l’accusé.
De tous ces exemples, et d’autres encore, moins directement profitables à l’historien ruraliste et que nous nous excusons de ne pas pouvoir tous citer, il ressort que la justice est instrumentalisée de bout en bout. Elle l’est même parfois par les historiens eux-mêmes, ainsi que le suggère fortement l’étude d’Alain Wijffels consacrée au procès Irving (2000). De cette faiblesse de la preuve testimoniale, les jurisconsultes de la première moitié du xxe siècle avaient parfaitement conscience. C’est la raison pour laquelle, comme le montre Frédéric Chauvaud, la criminalistique et la preuve par indices ont pris progressivement la place hégémonique que nous lui connaissons.
Jérôme Luther Viret

José A. Lema Pueyo, Jon A. Fernández de Larrea Rojas, Ernesto García Fernández, José A. Munita Loinaz et José R. Diaz de Durana Ortiz de Urbana, Los Señores de la guerra y de la tierra. Nuevos textos para el estudio de los parientes mayores guipozcoanos (1265-1548), Saint-Sébastien, Diputación Foral de Gipuzkoa, 2000, 363 p.

Dans cet ouvrage les auteurs, tous médiévistes de l’université du Pays Basque à Vitoria/Gasteiz, poursuivent l’œuvre entreprise maintenant depuis plusieurs décennies de l’étude de la société basque à la fin du Moyen Âge, en se limitant dans ce cas à la seule province du Guipúzcoa. Le livre se compose de deux parties. La première comporte deux études. L’une, due à J. A. Fernández de Larrea Rojas, concerne les seigneurs de la guerre dans le Guipúzcoa du bas Moyen Âge. L’autre, écrite par J. R. Díaz de Durana Ortiz de Urbina, étudie les Parientes Mayores et les seigneurs de la terre du Guipúzcoa. La seconde partie de l’ouvrage, la plus volumineuse, consiste dans la publication de 270 documents, étagés entre les années 1265 et 1548, et tirés d’archives variées, notamment celles du royaume de Navarre, mais également de la chancellerie royale de Castille à Valladolid, et les dépôts locaux de la province de Guipúzcoa. Le problème d’ensemble posé est celui du passage de la situation caractérisée, au xv e siècle, par les sanglantes guerres de clans nobiliaires, les luchas de bandos, à la proclamation de la noblesse générale de la population, la hidalguía general. Pour les auteurs les luchas de bandos ne sont pas seulement le reflet de rivalités intra-nobiliaires, mais traduisent un conflit social beaucoup plus vaste, tandis que l’hidalguía general est le résultat du triomphe de la bourgeoisies des villes sur la noblesse rurale.
Le travail sur les seigneurs de la guerre commence par une périodisation des affrontements, depuis le banditisme frontalier et les premières luttes entre lignages (1261-1349), le mercenariat au service du roi de Navarre (1350-1406), l’exaspération de la guerre privée (1406-1457), pour arriver au service de la monarchie catholique et à l’importance croissante de la frontière avec la France (1457-1521). Puis il s’attache à détailler les bénéfices tirés de la guerre, pour étudier pour terminer les participants actifs, l’origine des combattants, leur recrutement et la pratique militaire.
L’étude portant sur l’autre visage de la même aristocratie, celle des « seigneurs de la terre », commence par la définir les Parientes mayores comme les chefs des lignages de la noblesse provinciale, divisés entre les deux factions (bandos) des Gamboínos et des Oñacinos, et dont la rivalité demeure d’origine obscure. Puis l’auteur se penche sur la question de savoir sur quelles bases reposaient le pouvoir sur les hommes et l’appropriation de l’excédent économique. Il met en relief non seulement les revenus tirés de la guerre, de l’exploitation des zones montagneuses ou forestières, du patronage des églises, mais encore du monopole des moulins. Par un intéressant renversement, les accords conclus centre seigneurs et communautés villageoises pour la construction, à parts égales et frais communs, de nouveaux moulins aboutissent à la contrainte d’utilisation d’un moulin seigneurial, à cause de l’obligation qui est faite aux constructeurs d’utiliser le nouveau moulin et au seigneur de racheter les parts villageoises. Car on ne saurait oublier que ces nobles du Guipúzcoa, à l’exception d’un seul cas, à tous égards exceptionnel, celui des Guevara, à Oñate, ne sont jamais seigneurs juridictionnels.
L’offensive seigneuriale des xive et xve siècles contre les gens du monde rural et des bourgs (villas) échoue finalement, entre 1475 et 1525, devant la résolution, par la justice royale, des conflits en cours. Les gens du monde rural réussissent à se débarrasser des charges les plus pesantes qu’hidalgos et parientes mayores leur imposaient arbitrairement, et à se convertir en paysans parcellaires, mais les seigneurs conservèrent l’essentiel de leur patrimoine, de leurs rentes et de leurs droits. La bourgeoisie s’impose comme groupe social dirigeant de la société du Guipúzcoa. Elle obtiendra définitivement de la monarchie, au début du xviie siècle, la reconnaissance de l’hidalguía general, en conséquence de l’exemption fiscale. À l’hidalguía general est liée la limpieza de sangre, l’absence de sang juif ou musulman, et le mythe de l’égalitarisme basque.
Jean-Pierre Molénat

Christiane Raynaud, « À la hache ! » Histoire et symbolique de la hache dans la France médiévale (xiiie-xve siècles), Paris, Le Léopard d’Or, 2002, 700 p., 55 €

L’ouvrage de Christiane Raynaud veut présenter une approche globale de cet instrument omniprésent, aux usages multiples dans la France des trois derniers siècles du Moyen Âge. Historienne, spécialiste reconnue de l’analyse des images et spécialement des miniatures sur parchemin, l’auteur a traqué les représentations de haches figurées sur les manuscrits du temps (elle en présente un échantillon de 40 planches, toutes reproduites en noir et blanc), sans négliger la documentation muséale et archéologique, les sources littéraires, législatives, judiciaires ou comptables. Car cet outil polyforme qu’est la hache sert à presque tout et se retrouve partout en cette époque vite troublée par la guerre anglaise et les luttes politiques entre princes ou seigneurs rivaux : de fait, les gens d’armes volent la vedette aux simples manieurs de cognée, reléguant au second plan la hache du défricheur ou celle du bûcheron, sans que celle du boucher, encore moins celle du bourreau puissent rétablir l’équilibre en faveur du monde rural.
Les deux premiers chapitres intéresseront plus spécialement les lecteurs de cette revue. En ouverture, l’auteur examine « une famille d’outils » (p. 13-88) en s’appuyant sur les données d’un vocabulaire assez diversifié, suivi depuis ses origines latines dans ses devenirs dialectaux romans et français, en s’efforçant de reconstituer la typologie fonctionnelle des différentes branches de cette foisonnante famille. Puis on aborde « l’outil agricole et domestique » (p. 89-160) sur la base d’un impressionnant dépouillement des études antérieures mentionnant, très ponctuellement parfois, l’usage de haches (les sources occupent les pages 653 à 692, imprimées en fort petits caractères !). La hache des ruraux n’apparaît plus guère ensuite qu’à l’occasion des délits forestiers dont elle se fait le complice obligé (p. 257-263).
À vouloir saisir cet instrument dans l’ensemble de ses usages techniques et sociaux, licites ou non, symboliques du pouvoir ou emblématiques de la violence du temps, ce livre n’échappe pas à une certaine artificialité : quoi de commun, en effet, entre la cognée des derniers défricheurs, la serpe du vigneron ou du boisilleur, l’herminette du huchier, la hache d’armes des hommes de guerre ? Les sources, éparses et très discontinues, accentuent encore les risques de dispersion, voire de digressions : le commerce du bois était-il d’un examen nécessaire même si l’arbre est bien abattu à force de bras et à coups de hache ? Trop souvent, le lecteur ressent l’impression de lire des fiches glanées au prix d’un effort de compilation considérable mais que l’auteur n’a pas pris le temps de sélectionner utilement, d’ordonner de façon plus synthétique en coupant les branches adventices et en réorganisant sa matière sous forme de tableaux qui lui auraient mieux parlé. L’ouvrage s’avère dès lors bien long, sans fil directeur vraiment convaincant, et une relecture assez négligente du texte aggrave encore cette impression d’un travail trop vite livré à l’impression.
Visiblement Christiane Raynaud, qui a jadis étudié avec réussite le thème de la violence dans les images médiévales, est beaucoup plus à l’aise dans son approche de la hache d’armes qui ensanglante alors les champs de bataille de France. Elle a d’excellentes pages sur ce sujet qui constitue, en réalité, le cœur de son livre. Les mêmes qualités se retrouvent dans son approche de la symbolique de la hache, très présente aussi dans le domaine religieux : le Christ n’était-il pas le fils de Joseph, un humble charpentier de métier ? Mais un charpentier, aussi modeste soit-il, est d’abord un homme de la ville, un artisan : sur ses collègues des campagnes, l’historien médiéviste dispose de bien peu, de trop peu d’informations…
Jean-Christophe Cassard

Jean Tricart (dir.), Le Village des Limousins. Études sur l’habitat et la société rurale du Moyen Âge à nos jours. Rencontre des historiens du Limousin, Limoges, pulim, 2003, 532 p., 25 €

Le village, forme de groupement des populations rurales fut et reste un objet d’études privilégié dans les recherches d’histoire agraire. Qu’il suffise de rappeler, entre autres travaux, les articles pionniers de Pierre de Saint Jacob sur les villages bourguignons ou les études récentes d’Antoine Follain sur les villages normands. C’est que le village, quelle que soit la définition précise qu’on lui donne, est au cœur de la civilisation rurale de la France. Aussi cet important travail collectif sur le village limousin vient-il opportunément enrichir les recherches sur les campagnes françaises en apportant la note spécifique d’une province originale.
L’ouvrage comporte, outre une préface dense et éclairante d’Alain Corbin, 32 contributions présentées par trente auteurs, aussi bien professeurs chevronnés que jeunes doctorants. Les articles couvrent une longue période chronologique, allant du haut Moyen Âge à l’année 2002. Ces textes sont regroupés sous quatre rubriques qui correspondent aux quatre parties du livre suivant un plan à la fois chronologique et thématique.
La première partie (« Émergence du village de l’Antiquité au xve siècle ») s’attache à rechercher les origines des villages et à expliquer l’occupation de l’espace. Au départ se pose la question combien délicate des sources. Dans un texte qui fait figure d’introduction, Bernadette Barrière rappelle la quasi-absence de sources écrites avant les ixe et xe siècles, donc les difficultés de repérer un village du haut Moyen Âge et sa filiation éventuelle avec le village ou la villa gallo-romaine. Ainsi s’impose la nécessité de diversifier les approches en croisant les sources (textes, études des sites et des toponymes, vestiges divers, etc.). Prolongeant ces observations, Patrice Conte montre, en s’appuyant sur des exemples précis, ce que l’archéologie peut apporter à la connaissance des lieux habités : renseignements sur l’habitat, sur l’évolution de la population villageoise et sur ses comportements (par exemple sur le passage du civil au religieux quand les fosses et les silos précèdent les lieux de culte), ou encore sur le rôle des châteaux et des églises comme centres de peuplement, donc sur les rapports entre l’habitat paysan et les « pôles castraux fortifiés ou non ». Des plans montrent la différence entre un habitat plus ouvert et éclaté, et un autre plus resserré. Malgré de nombreuses incertitudes il apparaît que les apports de l’archéologie sont particulièrement précieux en l’absence d’autres sources.
Après la question des sources, trois contributions s’intéressent aux sites et aux conditions qui ont pu favoriser l’implantation des villages. Bernadette Barrière se place sur un plan général en montrant « l’émergence de l’habitat villageois dans l’espace et dans le temps ». Il apparaît que les lieux de pouvoir, en particulier les grands domaines carolingiens seigneuriaux ou ecclésiastiques, ont joué un grand rôle dans la naissance et le développement des villages. L’accroissement démographique du xie siècle s’est traduit par un renforcement de l’encadrement de la population : encadrement civil par le régime seigneurial appuyé sur les châteaux, encadrement spirituel par l’organisation paroissiale et les établissements religieux. À partir du xiiie siècle, le développement du faire-valoir indirect, notamment par les institutions religieuses, a rendu nécessaire l’installation de colons, ce qui a abouti au développement de villages de tenanciers pour la mise en valeur du patrimoine foncier.
Les deux autres contributions qui concernent ces thèmes étudient plus particulièrement les sites des lieux habités en s’appuyant sur des exemples précis. À propos du comté de Rochechouart, dans le bas Limousin, aux confins charentais, Jacqueline Boin montre que les villages se sont implantés sur trois sites : les fonds de vallée (pour l’installation de moulins), les replats sur les versants bien exposés et les hautes terres qui bénéficient de facilités de communication. Remi Crouzevialle, pour sa part, présente les sites des villages de la châtellenie épiscopale de l’Isle dans le sud-ouest du Limousin : là, il s’agit d’un espace relativement privilégié pour l’implantation humaine (sites abrités, versants orientés au sud, proximité de Limoges). Les lieux habités, qualifiés généralement de mas, sont en majorité de très petite taille.
Les contributions qui suivent adoptent un point de vue plus diachronique en étudiant, à partir des origines, les diverses modalités qui ont orienté l’évolution des villages. Le cas de Flavigny, analysé par Jean-François Boyer, est assez significatif. Le village est issu d’une villa gallo-romaine située dans la partie occidentale du plateau de Limoges, dans une situation favorable (proximité de voies de communications et présence d’eau). Devenu lieu de pouvoir dès l’époque carolingienne, le village s’est peuplé par regroupement des hommes autour de l’église. Le lieu habité est ensuite promu en chef-lieu de paroisse, puis, à partir du xiiie siècle, en burgus, tandis que la population se différencie socialement (présence de villares ou maisons de maître). Les transformations liées à la reconstruction du xve siècle (agrandissement de l’église, réaménagement de la place), aboutissent finalement à une certaine forme d’urbanisation du village.
Cette question du bourg, distinct du village, revient avec la contribution de Nicole Raynaud à propos de Bussière-Boffy dépendant de l’abbaye féminine de la Règle de Limoges. L’auteur caractérise le bourg par trois critères : les biens publics, la population et l’habitat. À Bussière-Boffy, les édifices publics du bourg sont les lieux de culte (l’église paroissiale entourée d’un enclos défensif, avec le cimetière, et une chapelle extérieure). La population, aux xiiie et xiv e siècles, est diversifiée : elle comprend, à l’intérieur de l’enclos, le seigneur, les moniales et les familles de notables ; à la périphérie se trouvaient trois villards peuplés d’exploitants agricoles. Ce cas est intéressant car le bourg au sens large comprend à la fois le bourg proprement dit, à l’intérieur de l’enclos, quasiment urbanisé, et une ceinture de villards à vocation agricole. Cette structure socio-spatiale tend à estomper la différence entre bourg et village.
Une autre approche de l’origine et des conditions de développement des villages consiste à étudier le rôle des défrichements médiévaux. Cette question fait l’objet de deux contributions. Avec un exemple – Les Cars – Jean François Boyer présente la particularité d’un village né d’un défrichement pionnier, plus ou moins spontané, hors des autorités religieuses et seigneuriales. Ce village s’est créé au xie siècle dans une clairière au sein d’une zone boisée. Ensuite un prieuré dépendant de Saint-Martial de Limoges est fondé au début du xiie siècle. Certes, le village s’est alors organisé autour du prieuré et de l’église, mais postérieurement au premier groupement des populations. Élargissant le propos, Bernadette Barrière fait une mise au point sur « les villages de défrichement en haut et bas Limousin aux xie et xiie siècles. L’auteur constate que la région était déjà bien occupée dans l’Antiquité et à l’époque carolingienne. Les sources des xi e et xiie siècles, en particulier les documents canonicaux, ou ceux des ordres religieux (Cisterciens, Bénédictins), font état de donations de terres avec des lieux de culte, mais sans que l’on puisse savoir s’il s’agit de fondations de villages liées à des défrichements. Il apparaît finalement que la fondation de villages neufs liés aux défrichements serait un phénomène marginal et que le peuplement se serait développé surtout autour de lieux déjà constitués.
D’autres modalités de développement de villages où des établissements religieux ont joué un rôle essentiel sont évoqués par Luc Ferran et Irène Aubrée. Le premier s’attache au cas particulier d’Aureil en haut Limousin. Il s’agit d’un village né d’un prieuré, en l’occurrence un établissement de chanoines réguliers sur un territoire du chapitre de la cathédrale Saint-Étienne de Limoges et à proximité d’une voie de communication. Les chanoines n’exploitant pas eux-mêmes, font appel à des colons pour la mise en valeur du temporel du prieuré. Ainsi s’est formé un village qui s’est maintenu malgré les vicissitudes de l’histoire. Irène Aubrée montre comment des villages ont pu se développer en partant des celles de l’ordre des Grandmontains fondé par l’ermite Étienne de Thiers à la fin du xi e siècle. Les disciples de cet ermite se sont dispersés dans une vingtaine de cellae ou celles réparties dans le diocèse de Limoges. L’auteur montre comment ces « celles » ont donné naissance à des villages en prenant deux exemples : celui du Rousset où a eu lieu un déplacement du site primitif du lieu habité pour aboutir à la création d’une métairie, en fait un village relativement autonome, et celui de la Drouille Blanche où les habitants se sont regroupés autour de l’établissement religieux féminin de l’ordre des Grandmontains dans une dépendance étroite par rapport au prieuré. Les plans et cartes qui illustrent le texte montrent bien la différence de situation des deux villages.
La deuxième partie de l’ouvrage est plus synchronique que diachronique. Intitulée « Villages et Villageois à la fin du Moyen Âge », il s’agit de faire une présentation des divers aspects de la réalité villageoise limousine au moment où les structures sociales et spirituelles paraissent avoir atteint une certaine stabilité après les vicissitudes des siècles précédents et plus particulièrement après la reconstruction qui a suivi les crises des xive et xve siècles.
Cette partie est introduite par deux contributions. Jean Tricart rappelle que désormais, grâce à des sources plus abondantes et plus variées, de nouvelles approches sont possibles : rapports entre village et terroir, structures familiales, organisation de l’espace autour des villages et des bourgs, économie, sociologie voire démographie villageoises. David Glomot fait un bilan des recherches dans cette perspective pour les villages en haute Marche et Combraille à la fin du Moyen Âge. Il apparaît à la lumière de ces recherches que le village médiéval est un écart de paroisse, constitué de plusieurs bâtiments plus ou moins proches, hébergeant plusieurs familles d’agriculteurs et affirmant une certaine autonomie par rapport au bourg, chef-lieu.
Les textes suivants s’intéressent plus particulièrement à deux thèmes qui concernent plus directement la vie des populations : d’une part, les charges qui pèsent sur les habitants, d’autre part les rapports humains dans le cadre villageois. À propos des charges, Catherine Faure-Delhomme présente le cas du village d’Érin qui naît (ou renaît) véritablement au début du xve siècle après l’organisation par le seigneur (l’abbesse de Sainte-Marie-de-la-Règle de Limoges) du terroir en réseaux de villages autour et au service du centre, c’est-à-dire du prieuré. Cette organisation est remise en cause lors de la reconstruction qui a suivi la guerre de Cent Ans : l’abbesse en tant que seigneur garde la propriété éminente sur l’ensemble alors que le centre donne naissance au village d’Érin et que les réseaux périphériques évoluent vers des « villages modernes » de censitaires dans un paysage rural transformé. Pour sa part, Jean-Marie Allard aborde la question des charges dans un exposé très érudit à propos de la commanderie de Blandeix (Creuse) dépendant de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, vers le milieu du xv e siècle. Constatant la relative stabilité du peuplement pendant l’Ancien Régime, l’auteur insiste sur la lourdeur des charges due à la fois au statut des personnes et des biens (la « servitude réelle ») et du grand nombre des obligations imposées par le seigneur soucieux d’efficacité et de rentabilité : prélèvements monétaires, corvées, banalités, services divers, etc. Quant à Marie Vallée, elle s’attache à étudier le problème des rapports entre l’évolution des villages et l’organisation des terroirs à travers le cas de Bunzac, localité située aux confins du Limousin et des pays charentais. L’auteur analyse surtout la politique seigneuriale des La Rochefoucault après la guerre de Cent Ans : d’abord l’implantation de tenanciers jouissant de conditions avantageuses, mais par la suite un alourdissement des charges. On regrettera, avec l’auteur, l’impossibilité de connaître l’origine de ces pionniers de la reconstruction d’où ont émergé quelques « coqs de village » qui ont remis en valeur l’espace agraire.
Passant du problème des charges à celui de la vie quotidienne des villageois, deux contributions analysent les comportements des populations dans une dialectique concorde/discorde. Jean-Philippe Barthout montre l’aspect concorde et solidarités dans les relations humaines en prenant l’exemple du village de Villemonteix dans la châtellenie d’Eymoutiers, terre dépendant de l’évêché de Limoges, vers 1500. L’auteur met en relief l’importance des formes d’association dans un système classique autour des groupes familiaux et des communautés de travail, donc une solidarité de caractère social et familial par le travail plutôt que de caractère spatial par l’agrégat des habitations. Inversement, Jacqueline Hoareau-Dodineau révèle les conflits ruraux ; elle s’appuie sur les lettres de rémission qui permettent de déceler, en creux, les sources de tension, donc des traits de la mentalité villageoise (sens de l’honneur, force de la cohésion familiale face à l’extérieur qui n’exclut pas des querelles de famille pour des questions d’intérêt). Si les conflits peuvent dégénérer en violence, la règle reste la recherche de solutions pacifiques par l’intervention de tiers à l’intérieur de la communauté villageoise, dans un contexte coutumier qui montre les limites de l’intervention de la justice royale ; toutefois, la rémission intègre le crime dans le domaine de la justice en désamorçant la vengeance privée.
Les 3e et 4e parties du livre étudient le village à l’époque moderne et contemporaine en abordant deux thèmes complémentaires : l’organisation de l’espace villageois et la vie des populations dans le cadre du village. La partie intitulée « Images, morphologie et espaces villageois » comporte deux séries d’approches : d’une part celles qui s’attachent aux représentations, d’autre part celles qui veulent saisir la réalité concrète.
Un bon exemple de vision subjective du village limousin et de ses habitants est présentée par Michel Cassan qui reproduit et commente le témoignage de Pierre Robert, lieutenant général, donc un notable, contemporain de Richelieu. Le texte éclaire la mentalité paysanne en même temps que l’attitude du magistrat révélatrice d’un univers culturel, celui d’un homme d’ordre et d’autorité. Claude Petitfrère, pour sa part étudie les représentations graphiques. Il s’appuie sur l’iconographie, les plans et surtout les cartes (Cassini, Trudaine). L’apport de cette documentation est très éclairant, notamment les dessins de villages en deux ou trois dimensions ; ainsi est-il possible de repérer les sites, le nombre de constructions et l’organisation de l’espace villageois, donc la morphologie du village.
Dominique Danthieux s’intéresse à une époque plus tardive : le village limousin au tournant des xixe et xx e siècles tel qu’il apparaît « au regard de l’autre », le voyageur, le savant et l’érudit. Pour le voyageur, c’est « le village introuvable » ; pour le géographe, c’est le triomphe des hameaux ; pour l’érudit local, c’est le lieu de défense de la petite patrie. L’attitude des classes dirigeantes est ambiguë : d’un côté, l’image du village est en décalage avec les mutations de la sensibilité moderne (lieu fermé, sale, archaïque), mais en même temps c’est le lieu qui échappe à la corruption des grandes villes, où les traditions sont sauvegardées.
Après les représentations, on passe à la description de la réalité des espaces villageois. Dans un long exposé très documenté Michel Kriener présente « les paysages des villages dans leurs permanences et dans leurs changements au cours des xviiie et xixe siècles ». L’auteur rappelle que le village limousin est constitué de petites unités groupées, autonomes, fondées bien souvent sur des liens familiaux ainsi que sur l’organisation spatiale de l’habitat. L’environnement est resté longtemps peu attirant (médiocrité de l’habitat à l’exception de quelques maisons de maître). Les évolutions au cours des xviiie et xixe siècles résultent principalement des progrès des communications, avec, d’ailleurs, des résultats inégaux (modification de l’habitat, évolution démographique modifiant les rapports du village à l’espace). Au xxe siècle, en toute logique, les évolutions ont surtout touché les villages suburbains.
Nicole Blomac s’est intéressée à la mobilité des populations aux xviiie et xix e siècles, « mobilité nécessaire », de sorte que l’espace villageois ne pouvait pas rester un espace clos. Les déplacements se sont multipliés grâce à un réseau dense de chemins vicinaux. Utilisant les animaux de trait et de selle, les villageois se sont ouverts davantage aux moulins et aux foires, donc aux échanges.
La question importante des rapports entre le village et la commune est étudiée par Robert Chanaud. C’est que le village peut être un enjeu dans les relations entre communes, quand, par exemple, (comme ce fut parfois le cas au xixe siècle), un village se détachait d’une commune au profit d’une autre pour des raisons économiques ou politiques, voire à la suite de luttes de clans. Différents cas présentés par l’auteur montrent, certes, l’affrontement d’intérêts particuliers qui ne coïncident pas forcément avec l’intérêt général, mais aussi des possibilités de constituer, au-delà du village, des entités supérieures aptes à promouvoir une ambition et un esprit communal. Pierre Pageot, en présentant Alassac au xixe siècle comme une commune polycentrique, insiste au contraire sur l’autonomie des villages qui, sans exercer un rôle administratif réservé au chef-lieu de la commune, ont organisé une vie autonome, particulièrement autour de manifestations religieuses et festives.
La dernière partie de l’ouvrage s’intitule « Vivre au village à l’époque moderne et contemporaine ». On passe ainsi de l’espace villageois, représenté ou analysé dans sa réalité concrète, à la vie des populations. Trois contributions s’intéressent à divers aspects des sociétés villageoises et à leur évolution au cours des xviii e et xixe siècles. En étudiant « Le Village des hautes terres sous l’Ancien Régime » Nicole Lemaître, tout en rappelant le flou et l’instabilité de la notion de village dans la montagne limousine, s’attache surtout à en appréhender la réalité sociale. L’auteur définit la société villageoise géographiquement (groupes autonomes vivant des ressources de leur terroir), démographiquement (groupes de feux agglomérés), et sociologiquement (forte organisation collective fondée souvent sur des structures familiales allant de pair avec l’individualisme des pratiques d’héritage). Quant à la dimension spirituelle, elle se concrétise par les prêtres de famille, les saints protecteurs, la référence aux ancêtres. Au cours du xixe siècle le goût de l’indivision qui s’était longtemps manifesté par l’existence de communaux, s’estompe : la pression démographique et le développement de l’élevage conduisent à l’émigration et au partage des communaux.
Une importante contribution intitulée « Le village au xixe siècle : entre fragilité statistique et complexité sociale » est l’œuvre d’une équipe de cinq chercheurs : Alain Carof, Philippe Grandcoing, Michel Kiener, Paul-Édouard Robinne et Pierre Vallin. Les auteurs présentent les rapports entre espaces villageois et société au xix e siècle pour 10 communes limousines. Il apparaît que derrière les stéréotypes existent plusieurs situations réelles, notamment quant aux rapports de l’habitat à son support économique. Ainsi aux villages relativement peuplés, à l’habitat groupé, correspondent plutôt les zones montagneuses, boisées, ou en friche, où les usages collectifs contribuent à entretenir des solidarités, une sorte de démocratie villageoise. Au contraire, les grandes propriétés seraient plutôt associées à l’habitat isolé, principalement dans les zones plus basses et moins accidentées. L’évolution au cours du xixe siècle devait être marquée par une affirmation du bourg, chef-lieu de commune, socialement plus diversifié. Autour de 1900, la croissance démographique, inégale, touche surtout les localités au sud de Limoges, grâce à la diversification économique et aux ressources de l’émigration temporaire. Cette contribution, très dense est complétée, en annexe, par des statistiques qui appuient les démonstrations du texte.
Vincent Brousse étudie un cas particulier, fort intéressant, celui du village de Glane, qui fait l’objet d’une profonde mutation entre le début du xixe et le début du xxe siècle. Longtemps village agricole, une « petite Suisse » en somme, cette localité s’est transformée profondément par la pénétration du travail industriel (papier, cuir) pour devenir, à la fin du xixe siècle, un village ouvrier à forte affirmation identitaire marquée par une orientation politique très à gauche (« le petit Moscou »).
La vie des villages n’est pas toujours faite d’unanimisme ; elle se caractérise souvent, comme aux époques antérieures, par un mélange de solidarités et de tensions. Les sources judiciaires sont révélatrices à cet égard. Isabelle Maurin-Joffre fait part des observations sur les rapports entre justice et société villageoise sous l’Ancien Régime. Le fonctionnement des justices seigneuriales dans les villages de l’actuel département de la Creuse, zone frontière complexe, révèle bien des aspects de la réalité villageoise : les maisons et leurs dépendances, les confins de l’espace villageois et, surtout, la vie des habitants (les activités quotidiennes, mais aussi les difficultés, voire les drames). En même temps apparaît le personnel de justice qualifié par l’auteur d’« équipement tertiaire » de village.
Avec la fiscalité et l’exemple de Rancon au xviiie siècle, Alain Blanchard nous plonge au cœur des tensions villageoises. Il s’agit d’une localité constituée d’un bourg et de 24 villages très diversement peuplés. Grâce aux rôles de taille, l’auteur montre que les plus gros contribuables résident dans le bourg et les très petits villages souvent réduits à deux ou trois grosses exploitations, tandis que les gros villages ont une population plus homogène. L’exposé traite surtout les problèmes liés au choix des collecteurs d’après les listes des contribuables. L’établissement des listes et des tableaux, tout comme les opérations d’arpentage pour l’établissement de la taille tarifée en 1743, donnent lieu à des affrontements qui reflètent bien souvent des luttes de clans.
Les incendies sont un des grands fléaux qui touchent traditionnellement les villages. Les tensions sont particulièrement exacerbées lorsqu’il s’agit d’incendies volontaires comme le montre Philippe Grandcoing en étudiant les rapports entre « incendies volontaires et société villageoise à l’époque contemporaine ». C’est que ces incendies sont particulièrement révélateurs des conflits qui peuvent traverser la société villageoise. Certes, la lutte contre les incendies manifeste la solidarité du groupe et la réprobation de ces actes à travers l’image négative de l’incendiaire, « mauvais voisin ». Pourtant, ces actes de malveillance sont le résultat de haines personnelles et familiales, de conflits d’intérêt et d’affaires d’honneur : en somme, l’incendie reste dans le cycle des violences villageoises sous une forme paroxystique.
Dans une conclusion lumineuse et stimulante, Pierre Vallin, docteur d’État en sciences politiques et ancien maire, analyse le village limousin aujourd’hui dans les politiques publiques et dans les pratiques locales. Il s’agit, au-delà des évolutions, de repérer la modernité dans les villages toujours vivants. La proximité des villes contribue au dynamisme villageois qui passe par le renforcement des initiatives locales, la revitalisation des bourgs comme image de la commune, le rejet des nuisances, la rénovation de l’habitat ancien, le développement des infrastructures, l’aménagement de l’espace notamment par les pos, l’intégration de tous les habitants, anciens et nouveaux dans une vie sociale harmonieuse. De là découle une certaine ambiguïté : le village accède à la dignité, mais son espace se banalise. L’auteur termine pourtant sur une note optimiste : le village apparaît comme une entité plus humaine que beaucoup de banlieues ; à l’aube du xxie siècle, il n’est pas obsolète.
Comme on le voit, cet ouvrage dont les textes et figures sont complétés en annexe par un index des noms de lieu, est rempli d’une multitude d’informations sur le village limousin perçu dans ses caractères spécifiques et dans la longue durée. Il est bien évident que cette recension ne peut pas rendre compte de toute la richesse d’un tel travail qui étudie le village sous tous ses aspects : origine et évolution, organisation de l’habitat, structures sociales, comportement des populations, etc. On retiendra simplement quelques apports qui nous ont paru particulièrement significatifs.
En premier lieu, le livre, en multipliant les points de vue, permet de lever, pour le Limousin en tout cas, l’ambiguïté entretenue autour du terme « village », ambiguïté à la fois sémantique et conceptuelle, soulignée d’emblée dans la préface d’Alain Corbin. Il apparaît clairement que le village limousin n’est pas la paroisse ou la commune, mais la première forme de groupement de la population, dans des conditions variables selon les lieux. En somme, historiquement, le village est un groupement de familles à l’intérieur d’une paroisse (ou commune) constituant une entité autonome distincte du chef-lieu, entité peuplée presque exclusivement de paysans, qu’ailleurs on désignerait du terme hameau.
En second lieu découle de cette organisation de l’espace et du peuplement (habitat semi-dispersé) une distinction fondamentale entre les villages et le bourg, chef-lieu de paroisse. Au bourg se trouvent l’église et une population pas nécessairement plus nombreuse, mais plus diversifiée. Cette organisation socio-spatiale n’est pas propre au seul Limousin. S’il y a une spécificité limousine, c’est peut-être un fort sentiment d’appartenance villageoise, une solidarité particulièrement affirmée entre les habitants, solidarité favorisée par les liens familiaux, l’enchevêtrement de l’habitat, la fréquente indivision des espaces agraires (ce qui n’exclut évidemment pas les inévitables tensions à l’intérieur d’un espace où tous se connaissent et s’observent). Selon Pierre Vallin le village aurait été « un micro-lieu de vie où se faisait l’apprentissage de la société dans sa diversité sociale et générationelle ».
Enfin, le choix de la longue durée, adopté ici, permet de voir clairement les conditions de l’évolution des villages (par exemple le rôle des établissements religieux au Moyen Âge ou les ouvertures par le commerce et les différentes formes d’émigration aux époques moderne et contemporaine) et de montrer le mélange d’archaïsme et de modernité analysé naguère par Alain Corbin pour le xixe siècle. Finalement, ce travail collectif se situe à la fois sur le plan des concepts et sur celui des exemples concrets. À cet égard la démarche méthodologique dépasse le cas limousin. Sans doute, les contributions sont-elles d’importance inégale, et certains textes très érudits qui accumulent les informations demandent-ils de la part du lecteur une attention soutenue. En tout cas les apports de cette recherche régionale sont multiples et variés en raison de la diversité des auteurs (historiens, archéologues, archivistes, ethnologues, juristes, politologues, etc.). Un travail aussi riche et aussi complet ne peut que stimuler la réflexion et susciter d’utiles comparaisons avec d’autres régions françaises.
Serge Dontenwill

Jean-Marc Moriceau, Terres mouvantes. Les Campagnes françaises du féodalisme à la mondialisation (xiie-xixe siècle). Essai historique, Paris, Fayard, 2002, 445 p., 26 €

« Quiconque parcourt les campagnes de l’Europe occidentale perçoit nettement les bouleversements qui affectent les paysages et les sociétés rurales depuis près d’un demi-siècle. L’industrialisation et le productivisme effréné d’une a