Histoire & Sociétés Rurales
A.H.S.R.

I.S.B.N.2868478131
272 pages

p. 37 à 52
doi: en cours

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Études

Volume 20 2003/2

2003 Histoire & Sociétés Rurales Études

Irriguer ou non ?

La guerre de l’eau en Galice (1600-1850)

José Manuel Pérez García  [*]
Les sources fiscales comme le Cadastre de la Ensenada (1752-1753) soulignent l’importance de l’irrigation en Galice occidentale et les différences notables de rendements entre les terres céréalières susceptibles d’être irriguées et celles qui ne pouvaient l’être. Cet état de fait entraîna d’intenses conflits dans les périodes d’expansion quand se produisirent d’importants changements dans le modèle productif, alors qu’ils se calmaient dans les périodes de maturité malthusienne. Le déroulement du processus diverge selon les motivations des acteurs géographiquement concernés par les ressources en eau.Mots-clés : conflits sociaux, irrigation, meuniers, rendements. Fiscal primary sources such as the Cadastre de la Ensenada (1752-1753) highlight the important role of irrigation in western Galicia and the significant differences in yields which existed between those grain-growing areas which could be irrigated and those which could not. This situation brought about intense conflicts, which multiplied during periods of expansion characterized by far-reaching changes in the productive model, and conversely abated during periods of Malthusian maturity. However, this process diverged within the region under examination due to the cconflicting motives of the actors clashing over the water resources.Keywords : 18th century, Galicia, grain yields, irrigation, rural conflict, water resources.
L’importance de l’irrigation est un fait bien connu dans l’histoire moderne de la Galice. Dans la région côtière les zones irriguées atteignirent une extension notable dans les terres céréalières, à en juger par les pourcentages bien connus du Salnés ou de La Ulla [1]. Dans certaines régions de l’ouest de la province d’Orense, elles représentent des superficies importantes aussi [2], même si dans l’intérieur galicien la présence de l’irrigation a été associée au développement des prairies permanentes, entraînant dans ces zones de nombreux conflits [3]. Cependant, ce fut dans les basses terres de la province de Tuy que les pourcentages furent les plus élevés tout comme les rendements céréaliers [4]. Accuser les ruralistes galiciens d’ignorer cet aspect si crucial est fort injuste [5]. Notre propos ? approfondir leurs analyses à partir de la région du Bas Miño, qui rassemblait, sur 300 km2, 5 communes et 38 paroisses (carte 1) [6].
Carte 1
Localisation des paroisses de Galice méridionale étudiées
IMGIMGLocalisation des paroisses de Galice méridionale é...IMGIMF
La Galice méridionale – presque 30 % du territoire galicien – jouit d’un climat tempéré (14° de moyenne annuelle), mais avec une composante méditerranéenne, marquée par un important déficit de précipitations en été (200 à 400 mm), ce qui rend souhaitable l’usage de l’irrigation. Les amples espaces qui s’alignent le long du cours inférieur du fleuve présentent de bons sols de vallée et aussi des terres grises légèrement pauvres en matière organique qui exigent une fumure intensive, pas si facile à fournir à cause de la faiblesse chronique de l’élevage et de la faible extension des friches, que se disputait une population très nombreuse, dépassant les 100 h/km2 au milieu du xviiie siècle.
Ainsi, dans notre région, étaient atteintes toutes les valeurs extrêmes que l’on pouvait rencontrer dans la Galice d’Ancien Régime : densités maximum, exploitations minimum (0,5 ha de terre cultivable par exploitation), rendements maximum, communaux minimum (32 %), niveaux maximum d’occupation du terroir cultivé (42 %), niveaux d’élevage minimum (moins de 5 têtes de bétail par famille) et produit net paysan maximum (proche de 75 %).
Dans cette contribution, nous aborderons successivement deux questions fondamentales :
  1. La différence, en ce qui concerne les rendements, entre les zones irriguées et celles qui ne le sont pas ;
  2. Les conflits autour des ressources en eau.
La première question peut être abordée avec quelque garantie à partir de la documentation du Cadastre de La Ensenada qui est conservée entièrement et est très riche en information [7]. Il est bien vrai qu’une fois de plus, les données de cette source sont entachées d’une forte marge d’occultation qui doit être résolue, problème dont nous nous sommes déjà occupé ailleurs [8].
Malgré tout, nous ne croyons pas que la sous-estimation évidente des superficies déclarées puissent affecter sérieusement la relation entre zones sèches et zones irriguées, la question dont nous nous occupons ici. Commençons par analyser la distribution de la superficie cultivée (tableau 1).
Tableau 1L’usage du sol dans le Bas Miño vers 1750

a
Répartition des superficies cultivées (ha)
IMGIMGType d’occupation du sol	Superficie	...IMGIMF
Type d’occupation du sol Superficie % % cumulé Labour irrigué 1 310,6 34,7 34,7 Labour non irrigué 1 705,8 45,2 79,9 Vignoble 700,6 18,6 98,5 Jardins 33,1 0,87 99,38 Prairies 20,9 0,56 99,94 Autres (cannaie, verger) 2,45 0,06 100 Total 3 773,3 100 –


b
Répartition des emblavures (céréales, en ha)
IMGIMGZones	Paroisses	%	Irrigué	%	Sec	%	% ...IMGIMF
Zones Paroisses % Irrigué % Sec % % irrigué Orientale (Salceda de Caselas) 8 17,9 505,7 38,6 265,2 15,5 65,6 Centre orientale (Tuy) 11 32,2 461,0 35,2 539,0 31,6 46,1 Centre occidentale (Tomiño) 13 28,4 198,9 15,2 551,7 32,3 26,5 Occidentale (El Rosal et La Guardia) 6 21,5 145,0 11,0 349,9 20,5 29,3 Total 38 100 1 310,6 100 1 705,8 100 43,4

(Source : cadastre de La Ensenada, 1752-1753)
 
L’importance des terres irriguées
 
 
Les terres céréalières constituaient le plus grand souci de ces populations rurales avec une importante présence de la vigne [9], mais aussi avec des terres irriguées très étendues (36,2 % de l’ensemble) – labour, jardins, prairies et autres – presque entièrement destinées aux céréales.
Si pour affiner l’analyse, nous nous limitons à la terre occupée par des rotations majoritairement biennales, où alternait la céréale dominante, le maïs, avec les blés d’hiver (froment ou seigle) et de printemps (millet) en régime de cultures dérobées (culture irriguée) ou de récolte annuelle ( culture sèche), la présence des terres irriguées est encore plus importante (tableau 1b).
Si nous faisons confiance à la source cadastrale la différence entre les zones semble très accusée. Dans la zone orientale, les terres irriguées occupent les deux tiers des terres à céréales, tandis que dans les zones occidentales, elles occuperaient entre 25 et 30 %. Ainsi les deux zones orientales, qui couvraient la moitié de la superficie de la région, contrôlaient les trois quarts des surfaces irriguées, tandis que de l’autre côté, on atteignait à peine le tiers sur un territoire identique. Ces chiffres, en fin de compte, seront déterminants pour marquer les différences abyssales existant entre les rendements de paroisses qui partagent les mêmes conditions environnementales et permettent d’émettre un doute raisonnable quant à la modestie de l’extension des terres irriguées dans la zone occidentale et surtout dans les communes de El Rosal et Tomiño, où les superficies réelles étaient sans doute supérieures à celles que déclare le Cadastre, même si nous ne pouvons le prouver, mais seulement poser la question [10]. En conclusion, si les données du milieu du xviiie siècle disent que les céréales irriguées occupaient 43,4 % du terroir, il est assez probable qu’au moins la moitié de l’espace couvert par les céréales était irrigable, ce qui fait que notre zone pouvait lutter sans rougir, au moins en termes relatifs, avec les plaines littorales du Levant où les systèmes d’irrigation étaient beaucoup plus complexes [11].
De gros écarts de rendements
Les différences entre les zones irriguées et celles qui ne l’étaient pas apparaissent clairement dans les rendements (tableau 2).

Tableau 2
L’impact de l’irrigation sur les rendements céréaliers selon le Cadastre de 1752-1753 (Moyennes pondérées – en ferrados de grain/ ferrados de superficie puis en hl/ha).
IMGIMGZones	Irrigué	Sec	Différence (%)	Irr...IMGIMF
Zones Irrigué Sec Différence (%) Irrigué Sec Différence (%) Orientale 8,3 5,4 + 53,7 33,1 22,1 + 49,8 Centre orientale 5,9 4,3 + 37,2 24,0 17,5 + 37,1 Centre occidentale 6,2 3,9 + 59,0 25,4 15,9 + 59,7 Occidentale 4,0 2,6 + 53,8 17,9 10,1 + 77,2 Total 6,7 4 + 67,5 27,1 16,2 + 67,2

Les différences entre les zones sont très accusées si nous faisons le calcul en moyennes pondérées en tenant compte des superficies et des qualités réellement occupées par les deux systèmes. Nous pouvons avancer une première conclusion qui est que la possibilité d’irriguer augmente les rendements moyens par rapport à la semence comme par rapport à la superficie de 67 %, ce qui constitue sans doute un écart suffisamment substantiel pour faire de l’eau un bien à se disputer, comme nous le verrons plus bas.
Ceci dit, nous pouvons encore apporter une plus grande précision à ce calcul en ne tenant compte que des 22 paroisses pour lesquelles nous considérons les déclarations du Cadastre comme raisonnables, en écartant les 16 paroisses pour lesquelles l’occultation nous semble excessive. Ces estimations définitives sont réunies dans le tableau 3, ci-dessous.

Tableau 3
Rendements pondérés dans les paroisses les plus représentatives (en ferrados grain/ superficie puis en hl / ha)
IMGIMGParoisse	Irrigué	Sec	Différence (%)	...IMGIMF
Paroisse Irrigué Sec Différence (%) Irrigué Sec Différence (%) Entienza 9,5 4,0 + 137,5 37,7 17,0 + 121,8 Guillarey 9,7 6,4 + 51,5 37,5 26,2 + 43,1 Salceda, Sta Maria 9,0 4,7 + 91,5 36,0 19,9 + 80,9 Areas 7,8 3,9 + 100 31,3 16,9 + 85,2 Paramos 7,8 4,1 + 90,2 31,0 17,0 + 82,4 Budiño, S. Salvador 7,4 3,8 + 94,7 29,6 16,0 + 85,0 Rebordanes 7,4 3,8 + 94,7 29,6 16,0 + 85,0 Pesegueiro 7,4 4,0 + 85,0 29,5 16,6 + 77,7 Malvas 7,1 4,1 + 73,2 28,9 16,7 + 73,1 Salceda, S. Jorge 7,2 3,6 + 100 28,8 14,9 + 93,3 Budiño, S. Esteban 7,2 4,8 + 50,0 28,6 20,1 + 42,2 Parderrubias 7,1 3,8 + 86,8 28,3 16,1 + 75,8 Baldranes 6,8 4,4 + 54,5 27,9 17,9 + 55,9 Currás 6,8 3,9 + 74,4 27,7 15,8 + 73,5 Caldelas 6,7 4,0 + 67,5 27,4 16,5 + 66,1 Picoña 6,8 3,8 + 79,8 27,2 15,8 + 72,2 Soutelo 6,6 4,2 + 57,1 26,9 17,0 + 58,2 Couso 6,4 4,1 + 56,1 26,2 16,7 + 56,9 Amorín 6,4 3,9 + 64,1 26,1 16,2 + 61,1 Tollo 6,4 3,9 + 64,1 26,1 15,8 + 65,2 Barrantes 6,3 4,1 + 53,7 25,9 16,7 + 55,1 Piñeiro 6,3 3,9 + 61,5 25,9 16,1 + 60,9 Moyenne 7,3 4 + 78,0 29,3 17,2 + 70,3

Comme on peut le voir, les divergences internes sont limitées à quelques cas isolés, mais, maintenant, l’écart entre les zones irriguées et celles qui ne le sont pas s’est élargi jusqu’à approcher les 75 %.
Quoi qu’il en soit, on pourrait encore mieux juger de cette différence si nous analysons cette question au niveau des zones pour lesquelles nous disposons de l’information la plus sûre et en prenant en compte les différentes qualités de terre qui apparaissent dans le Cadastre de La Ensenada. Jugeons-en dans le tableau 4 qui concerne les deux zones orientales.
Tableau 4L’incidence de la qualité des sols sur les rendements

a
Aire de haut rendements pondérés (zone orientale, 8 paroisses) Rendement à la semence puis par hl / ha
IMGIMGQualité	Surface irriguée (ha)	%	Rend...IMGIMF
Qualité Surface irriguée (ha) % Rendement Surface non irriguée (ha) % Rendement Diff. (%) Rendement irrigué Rendement non irrigué Diff. (%) 1re 133,7 26,4 8,2 131,8 49,7 5,4 + 51,9 41,8 26,1 + 60,2 2e 251,8 48,8 5,9 77,3 29,1 4,0 + 47,5 33,1 20,6 + 60,7 3e 120,2 23,8 5,4 56,2 21,2 2,9 + 86,2 23,6 14,9 + 58,4 Total 505,7 100 – 265,3 100 – – – – –


b
Aire de rendements pondérés moyens (zone centre-orientale, 11 paroisses)
IMGIMGQualité	Surface irriguée (ha)	%	Rend...IMGIMF
Qualité Surface irriguée (ha) % Rendement Surface non irriguée (ha) % Rendement Diff. (%) Rendement irrigué Rendement non irrigué Diff. (%) 1re 106,1 23,0 7,8 110,5 20,5 5,6 + 39,3 31,9 22,4 + 42,4 2e 174,0 37,7 6,2 221,5 41,1 4,7 + 31,9 24,8 19,0 + 30,5 3e 180,9 39,2 4,6 207,0 38,4 3,5 + 31,4 18,7 13,8 + 35,6 Total 461,0 100 – 539,0 100 – – – – –

Une agriculture virtuose ?
Irriguer dans la région du Bas Miño assure des niveaux de rendements difficiles à dépasser dans le contexte des agricultures de l’Ancien Régime. Dans les paroisses orientales, dont les déclarations au Cadastre méritent une entière confiance, les terres irriguées, qui dominent ici (65,6 % des terres céréalières) produisaient entre un peu plus de 5/1, soit 23,6 hl/ha (en troisième qualité) et un splendide 8/1, soit 42 hl/ha (première qualité).
Comme y prédominent les terres de seconde qualité, nous obtenons une moyenne de 6/1 (33 hl/ha), sans aucun doute formidable. D’autres sources confirment que ces brillants résultats du minifundium de la Galice méridionale n’étaient pas chimériques, comme le montre le procès qui eut lieu, au sujet de l’utilisation des eaux, entre des habitants de la paroisse de Forcadela avec les paroisses environnantes [12]. Selon l’enquête menée par les experts nommés par les parties en présence, sur les 1 444 ferrados irriguées grâce au plus important canal du fleuve Caudal, 200 sont qualifiées d’humides, « mais pas au point de ne pas avoir besoin de deux arrosages et ainsi sur chaque ferrado on en récolte huit, et avec un arrosage, six, et sans arroser, quatre ». La quasi-coïncidence avec les chiffres du tableau 4b est évidente. Dans les zones sèches, les rendements, encore estimables sans doute, tombent à 4,5/1 en moyenne et 22 hl/ha, ce qui suppose une diminution approximative de 50 % par rapport aux zones irriguées [13], inférieur à celle que nous avons calculée plus haut, ce qui montre aussi que de fausses déclarations étaient possibles également en ce qui concernait la qualité. La marge entre culture irriguée et culture sèche, même si elle n’est pas aussi spectaculaire que dans le monde méditerranéen [14] ou dans les bonnes vallées de l’Espagne intérieure [15], n’en reste pas moins très significative, d’autant plus que, grâce aux procès, nous savons qu’il en était bien ainsi. Dans le magnifique procès de 1771, les experts signalent que, sur l 19;ensemble qu’ils ont mesuré, 944 ferrados – plus de 80 % – se situaient en zone sèche et avaient donc besoin d’être irrigués. Et, ce faisant, si on arrosait trois fois « chaque ferrado de superficie produisait six ferrados de maïs, et si on les baignait une ou deux fois, ils produiraient la moitié moins et si on ne les arrosait pas, ils en produiraient seulement deux » [16]. C’est-à-dire que ces experts contemporains accentuent encore la différence entre irriguer et ne pas le faire pour ces terres sèches.
 
La lutte pour l’eau : un thème peu étudié
 
 
C’est ainsi que la nécessité d’irriguer convertit l’eau en un enjeu de conflits intenses au sein des communautés paysannes. Cependant, jusqu’à présent le thème des luttes autour de l’eau n’a pas suscité, à notre avis, une attention suffisante [17]. Quand il a été abordé par les modernistes galiciens, ce thème l’a été exclusivement à partir des litiges conservés à la Royale Audience, dont la consultation est obligée, mais insuffisante. De plus, il exige un considérable investissement en temps pour s’avancer dans la lecture lassante des grosses liasses qui sont arrivées jusqu’à nous [18].
Notre perspective micro-spatiale permet d’intégrer les justices seigneuriales de première instance, plus récentes mais très riches, et surtout la riche information des registres notariés où l’on trouve, non seulement l’origine de nombreux affrontements à partir des actes de procuration, mais aussi ce que nous pourrions appeler les affrontements avortés qui sont reflétés dans les accords, pactes et désistements. Il faut noter que du dépouillement exhaustif de cette documentation (tableau 5), l’on peut déduire que l’utilisation des eaux de superficie et souterraines entraîna des conflits plus nombreux dans la région du Bas Miño que la jouissance des communaux, ce qui traduit l’importance de l’un et l’autre de ces usages [19].
Tableau 5Chronologie et typologie des conclits au sujet de l’eau dans le Bas Miño (1600-1850)

a
Chronologie selon les fonds documentaires (nombre de cas)
IMGIMGPériode	Archive du Royaume de Galice...IMGIMF
Période Archive du Royaume de Galice (La Corogne) Registres notariés (Pontevedra) Archives diocésaines (Tuy) Total 1600-1649 3 1 0 4 1650-1699 7 8 0 15 1700-1749 3 8 0 11 1750-1799 6 5 0 11 1800-1849 4 2 12 18 Total 23 24 12 59


b
Typologie des conflits selon les périodes considérées
IMGIMGMotif du conflit	1600-1649	1650-1720...IMGIMF
Motif du conflit 1600-1649 1650-1720 1721-1780 1781-1842 Total Répartitions et partages 0 1 2 13 16 Entre les irrigants d’un fleuve ou d’une source 1 7 0 3 11 Nouveaux canaux, nouvelles irrigations 0 7 3 3 13 Contre les meuniers 3 4 0 6 13 Servitudes 0 5 0 0 5 Pour l’usage domestique 0 0 0 1 1 Total 4 24 5 26 59

Des conflits associés aux phases d’expansion
Première phase (1650-1720). Elle coïncide avec ce qui a été appelé le cycle euphorique du nouveau modèle agraire, en gestation au xviie siècle, et centré sur la victoire écrasante des céréales de printemps, en particulier du maïs, sur le vieux modèle basé sur la domination des céréales d’hiver [20].
Deuxième cycle (1770-1840) . Il semble s’ouvrir vers 1770-1780 quand les affrontements se multiplient de nouveau durant une longue période qui se poursuit jusqu’au seuil des années 1840, date à laquelle nous arrêtons notre recherche. Il est vrai qu’alors, l’inclusion des conflits conservés dans le fonds ecclésiastique de Tuy pourrait biaiser un peu notre échantillon, mais il n’en est pas moins certain que cette époque coïncide de façon très significative avec une structure agraire qui donne de nouvelles preuves de dynamisme (simplification des rotations, hausse des rendements, introduction des prairies artificielles, nouvelles cultures et nouvelles espèces forestières, privatisation des communaux, etc.). Ces changements, qui se succédaient après une longue phase de stagnation et de maturité malthusienne avec peu de conflits (1720-1730 à 1770-1780), durent causer de nouvelles pressions sur les eaux et réactiver les affrontements [21].
À l’ouest : premières luttes autour des nouveaux canaux
Malgré tout, l’information contenue dans ces sources permet une meilleure connaissance de sa géographie et de la nature des conflits les plus courants. Sur les 27 conflits de la première phase enregistrés entre 1650 et 1720, la majorité se situe dans la zone Occidentale – communes actuelles de El Rosal et La Guardia – qui concentrent rien moins que 15 d’entre eux. Dans les autres communes, les chocs furent plutôt occasionnels (4 à Tomiño, 3 à Tuy et 5 à Salceda de Caselas), si bien que la lutte coïncide avec les zones où prédomine l’irrigation par des canaux qui servent à dériver les eaux de rivières et de ruisseaux courts, provenant de montagnes parallèles au cours du Miño, qui alimentent d’abondants cours d’eaux qui naissent à 400 ou 500 m d’altitude et fertilisent les vallées à mesure que leur niveau baisse. On perçoit un bon exemple de ce modèle dans les trois procès engagés par la paroisse de Forcadela, située sur les rives du Miño, contre les paroisses de la juridiction de Tomiño pour l’utilisation du Caudal qui naît dans les monts de Cereixo et traverse ensuite la vallée de Tebra, débouchant dans le Miño, après avoir fertilisé plusieurs paroisses sur son passage (voir le procès de 1771 cité à la note 12). La paroisse plaignante dans ce cas, Forcadela, se situe à « une lieue » de ladite vallée et le long de ce court trajet se succédaient les canaux ou levadas suivants :
  1. un premier canal, nouveau, celui qui est en litige, grâce auquel sont « fertilisés seulement quarante et six ferrados » ;
  2. un deuxième dans la paroisse de Tebra 69 autres ferrados, et 22 autres « à force de seaux », d’où sort une dérivation qui irrigue 132,5 ferrados, dans la paroisse de Taborda et fait tourner en outre trois moulins ;
  3. un troisième canal, située à Tomiño, qui part d’un barrage situé sur le fleuve dans le village de Pedra avec un moulin à l’entrée suivi par deux autres à Taborda et finalement trois autres à Forcadela ;
  4. enfin, un quatrième qui sort du même barrage et permet « d’irriguer et de fertiliser 1 444 ferrados », sans compter des parcelles de friches que « leurs propriétaires peuvent réduire en culture ». Ainsi, sur une distance d’une lieue, ce cours d’eau très conflictuel dans son histoire a un double usage, d’entraîner des moulins qui moulent durant la nuit – neuf sont cités – et d’irriguer pendant la journée une superficie considérable qui atteignait 62 ha [22].
Nous pouvons déduire de l’examen de ces procès les sources de conflits les plus notables pour cette première période :
• Chronologiquement, les premiers chocs sont en relation avec les meuniers ou avec la construction de nouveaux moulins et de leurs barrages respectifs qui sont remis en question par ceux qui sont en possession de l’usufruit des eaux litigieuses [23]. Cependant, les affrontements ne semblent pas nombreux, ce qui provient très probablement du fait qu’il existe un consensus pour que, durant les mois d’été les plus conflictuels, les champs soient fertilisés le jour et que les meuniers utilisent l’eau durant la nuit [24]. Et aussi, parce que les moulins se situaient près des sources des cours d’eau et des ruisseaux, comme on peut le voir encore aujourd’hui aux moulins de Folón sis dans une zone inculte aux fortes pentes (Santa María del Rosal).
• Les autres affrontements remarquables furent ceux qui eurent pour origine les défrichements intenses qui eurent lieu durant cette période [25] et entraînèrent des problèmes importants au sujet des droits de passage pour l’usage de l’eau [26].
• Enfin, la construction de nouveaux canaux ou les innovations dans l’utlisation des eaux dans les zones d’irrigation règlementée donnèrent lieu à de petites disputes [27]. C’est alors qu’on élabora les premiers partages qui ne furent pas, semble-t-il, suffisamment précis pour empêcher les nombreux conflits entre les irrigants [28].
À l’est : conflits autour de l’eau des mares
Comme nous l’avons déjà indiqué, les affrontements reprennent entre 1771 et 1842 où nous enregistrons un total de 29 conflits. La géographie a changé alors de manière radicale, vu qu’elle se concentre dans la zone opposée: l’Orientale et la centre orientale qui en totalisent 22 ; la commune de Tuy se détache de cet ensemble puisque un groupe de six paroisses de la vallée qui vont de Areas à Caldelas en passant par Tuy, Guillarey, Paramos et Baldranes concentre 18 des 29 conflits répertoriés dans toute la région du Bas Miño à cette période.
Alors, l’intérêt passe des canaux qui permettent de dériver les eaux des rivières et ruisseaux au modèle d’irrigation propre à cette sous-région qui se réalise à travers de mares et de réservoirs ouverts au pied des sources provenant des eaux souterraines.
Ici la grande extension atteinte par l’irrigation ne se fait pas en fonction d’artères fluviales importantes comme pourrait être le Louro ou encore plus le Tea, difficiles à utiliser dans cette zone parce dans leur cours final, ils coulent dans de vastes vallées, à faible pente, exception faite de quelques cas isolés [29], mais résulte de la floraison des eaux souterraines qui sont utilisées au maximum par l’intermédiaire de nombreuses mares et de réservoirs d’où les eaux étaient ensuite lâchées. Quelques procès témoignent du grand nombre de mares qui pouvaient exister dans les paroisses de cette zone [30].
Les classiques affrontements minoritaires avec les meuniers continuent, mais il s’agit presque toujours de nouveaux moulins qui rencontrent des réticences de la part d’irrigants qui ont clairement imposé leur suprématie sur l’utilisation de l’eau [31]. À cette époque, en été, les moulins ne disposent plus de la liberté d’autrefois de moudre la nuit, les divers partages que nous connnaissons spécifiant un usage continu de l’eau pour l’arrosage.
Les tours ou cycles des irrigants distribuent l’eau de manière ininterrompue au long des jours et des nuits. Les 44 habitants des paroisses de Areas et Randulfe (Tuy) se répartissaient ainsi l’eau de la mare de Sabugueiro en 1832 (tableau 6, infra). Le thème clé de la période fut la nécessité de refaire les partages parce que ceux qui existaient, « antiques » ne s’ajustaient pas à la nouvelle réalité des temps.

Tableau 6
Répartition de l’eau de la mare de Sabugueiro en 1832
IMGIMGParts	Horaire	Parcelles irriguées	No...IMGIMF
Parts Horaire Parcelles irriguées Nombre d’habitants* Extension (ferrados) Extension (ha) 1re 7 h dimanche à 7 h45 lundi 24 12 29,5 1,29 2e 7 h45 lundi à 8 h mardi 20 8 27,8 1,22 3e 8 h mardi à 8 h30 mercredi 12 4 27,1 1,18 4e 8 h30 mercredi à 8 h50 jeudi 18 12 29,4 1,29 5e 8 h50 jeudi à 7 h50 vendredi 23 3 27,6 1,21 6e 7 h50 vendredi à 8 h samedi 25 4 29,0 1,27 7e 8 h samedi à 7 h dimanche 12 8 26,6 1,16 Total 7 jours complets 134 51 198,0 8,65 * Certains irriguent dans plusieurs parts et en réalité il n’y a que 44 irrigants. N.B. : La condition est que « celui qui prend de jour, la semaine suivante doit le faire de nuit ». Source : AHDT, FH, Pedimentos n° 5879, 22 juillet 1832

Parfois, des thèmes intéressants sont débattus, comme de savoir si l’eau doit bénéficier seulement aux terres céréalières ou aussi aux vignobles, aux incultes [32] et même aux prairies [33]. Ailleurs, on remet en question des droits d’usage immémoriaux car les exclus au fil du temps veulent entrer dans les nouveaux partages, ce qui montre clairement qu’alors on lutte pour un bien rare [34]; ne manquent pas non plus les problèmes causés par de nouvelles sources à exploiter ou par la création de nouvelles zones irriguées [35]; les plaintes contre une mauvaise répartition de l’eau pour des problèmes de concentration de la ressource en peu de mains ou pour la raison inverse ne manquent pas non plus [36]. Ce qui est certain, c’est que durant la première moitié du xixe siècle, les partages se caractérisent par une grande précision horaire dans la distribution de l’eau [37], ce qui n’empêche pas des conflits aigus dans l’utilisation des tours d’arrosage [38] qui peuvent dégénérer en agressions [39].
L’eau : un bien indispensable, mais rare
En définitive, tous voulaient irriguer, mais l’insuffisance des ressources en eau engendrait des situations conflictuelles, qui parfois débouchaient sur des procès coûteux et souvent se terminaient par des accords ou des amendes. La faute en revenait à la climatologie, avec des étés excessivement chauds et secs.
Alors se rompait le fragile équilibre existant entre les besoins à couvrir et les ressources en eau disponibles de sorte que, comme le signalait un témoin en se référant aux tours d’un modeste partage, « quand on arrosait la dernière portion les premières étaient déjà en train de brûler » [40]. La pression démographique, les changements révolutionnaires introduits par les nouvelles cultures, l’extension de l’espace cultivé et les cycles climatiques défavorables entraînaient de fréquentes tensions où la possession immémoriale et les droits sur les terrains communaux s’opposaient à ceux qui voulaient bénéficier des usages collectifs de l’eau.
 
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NOTES
 
[*]Professeur d’Histoire moderne à l’Université de Vigo, 23, Avenida de Galicia, 4°B, E-36207, Vigo, Espagne.Traduction de Francis Brumont. Ce travail a été financé dans le cadre du projet de la Xunta de Galice, n° PGIDT99PX113281B intitulé « Dinámicas demográficas, estrategias de reproducción y estructuras de poder en la Galicia Meridional (1450-1850) ».
[1] Pour le Salnés, entre 29 et 33 % des terres à céréales ; la 1ère mention de répartition des eaux date de 1650 : Pérez García, 1979, p. 171-172 ; résultats similaires pour La Ulla : Rey Castelao, 1981, p. 98.
[2]À Celanova, splendide pourcentage de 42,3% : Rodriguez Fernandez, 1999, p. 41.
[3]Conflits plus nombreux dans la Galice intérieure qu’en Galice occidentale : Rey Castelao, 1995, p. 59-61.
[4]Sur ces problèmes, Pérez García, 1996b, p. 156 et suiv.
[5]Sanchez Regueiro et Fernandez Prieto, 1999, p. 350, critiquent « le dédain de l’historiographie agraire ». Sur les abondantes répartitions d’eau au xviiie siècle et le développement de l’irrigation, Saavedra, 1999, p. 84-85.Pour Abel Bouhier, l’irrigation galicienne « était bien organisée et tenait une place importante » : Bouhier, 1979, p. 673.
[6]D’est en ouest, ce sont les communes de Salceda, Tuy, Tomiño, El Rosal et La Guardia, plus deux paroisses non comprises dans ces communes, mais qui en faisaient partie au xviiie siècle.
[7] Livres de Réponses Générales, Livres Personnels et Résumés Généraux : Archivo Provincial de Pontevedra (dorénavant ahpp), Catastro, Caisses 551. 554, 558, 562, 570, 573, 576, 587, 589, 593, 594, 595, 598, 599, 606, 616, 617, 619 A et B, 620 A, 623, 625, 628, 630, 631, 637, 638, 639, 640, 641, 642 et 645.
[8]Pour une dernière approche de cette question, Pérez García, 1996b, p. 155 et suiv.
[9]Les deux provinces de Orense et Tuy étaient les plus viticoles : Saavedra, 1994, p. 94-95. La vigne à Tuy pouvait fournir le tiers des revenus paysans : Pérez García, 2000, p. 84.
[10]Les différences de rendements entre les communes orientales de Salceda et Tuy et les occidentales de Tomiño, El Rosal et La Guardia entre 1736 et 1859 étaient faibles et la dichotomie que reflète le Cadastre de 1752-1753 est en réalité une fiction : Pérez García, 1999a, p. 227-228.
[11]Pour les zones irriguées du Levant, Alberola Roma, 1998, p. 63 ; pour l’Espagne, Eiras Roel, s.d., p. 35-37. Pour les superficies des vastes zones irriguées valenciennes, Ardit Lucas, 1993, vol. ii, p. 11 et suiv.
[12]Archivo del Reino de Galicia, Real Audiencia (arg, ra), Vecinos, liasse 9143, pièce 23 (23 septembre 1771). Pour une vision optimiste des rendements galiciens du maïs : Eiras Roel, 1997, p. 11.
[13] Des informations qualitatives confirment nos estimations, telle que celle du témoin Matías Rodríguez qui signale que « ces champs donneront… deux cents fanègues de mil, ou environ, et si on ne les arrose pas avec ladite eau, ils donneront cent fanègues » : arg, ra, Particulares, liasse 20 802, pièce 70, 1695, f° 91.
[14]Les meilleures huertas de Valence offraient 24 hl/ha et les terres non irriguées seulement de 4 à 10 hl/ha : Ardit Lucas, 1993, vol. ii, p. 40-44. Données semblables pour la Huerta de Valence : Pérez García, 1992, p. 492. À Lérida, les zones irriguées rendaient 15 hl/ha et les non irriguées, 8 : Vicedo et alii, 1999, p. 245.
[15]Dans la vallée de l’Orbigo (León), les terres irriguées produisaient 17,4 hl/ha et pouvaient atteindre même les 25,9, ce qui contrastait avec les 7,7 hl/ha que produisaient les ségalas en zone sèche : Rubio Perez, 1987, p. 113-114.
[16]Cf. note 12. Ainsi, ces terres ne détonnaient pas par rapport à celles décrites par A. Alberola pour la Huerta d’Alicante qui produisaient 18 hl/ha si on les arrosait et 5 hl/ha si on ne le faisait pas : Alberola Roma, 1984, p. 220-221.
[17] On a surtout étudié les conflits antiseigneuriaux et la lutte pour les terres incultes : Saavedra, 1996, p. 21 et 26. Cette thématique a été analysée également pour la période 1750-1850 à travers l’étude de « stratégies de faible risque » sans inclure l’irrigation : Herves Sayar et alii, 1997, p. 168-172.
[18]Voir une première incursion dans ce thème par Candal Gonzales, 1993, essentiellement p. 91-96, avec peu d’information sur les procès. La chronologie des conflits au sujet de l’eau a été étudiée par Rey Castelao, 1995, surtout p. 57-61. Les nombreux procès conservés dans la Royale Audience forment deux séries : celle des Vecinos, cataloguée et récemment éditée (G. Quiroga Barro, dir., 2002, 2 vol.) et celle des Particulares, – plus volumineuse –, cataloguée sur d’anciens fichiers fournissant peu d’information. Dans notre échantillon de la Royale Audience, 7 procès correspondent à la première série et 16 à la seconde.
[19]Pour une période similaire, nous avons enregistré 48 conflits pour l’utilisation des incultes face à 59 pour l’usage des eaux. Pour les premiers : Pérez García, 2000, p. 95.
[20]Pour une première vision de ce changement historique dans les terres de la Galice occidentale et de l’intérêt croissant pour les ressources aquifères : Pérez García, 1981, p. 152. L’attention pour l’irrigation fut beaucoup plus tardive en Catalogne (Vilar, 1962, tome ii, p. 244-246) ou en Navarre (Floristan Imizcoz, 1982, p. 304), mais pas à Valence où le siècle clé a été le xvi e comme l’a montré Domingo Pérez, 1983.
[21]Cette chronologie n’associe pas les conflits aux périodes de crise : Candal Gonzalez, 1993, p. 102. Nous croyons avec PegertoSaavedra que l’intensification basée sur le maïs est à l’origine des nombreuses répartitions d’eau du xviiie siècle, à cause de l’augmentation des superficies irriguées : Saavedra, 1999, p. 95. Dans la vallée de l’Orbigo, les conflits sont également les plus nombreux durant les phases d’expansion des xvie et xviiie siècles et s’atténuent durant la crise du xviie siècle : Rubio Pérez, 1997, p. 92, 97 et 100.
[22] Nous disposons d’une ample information sur ce Caudal : les habitants de Forcadela provoquèrent le premier choc en 1678 parce que ceux de Tebra et de Taborda « firent et fabriquèrent une tranchée dans le canal de Souto […] enlevant l’eau de son cours et la soustrayant par différents conduits ». L’Audience obligea les innovateurs à « ne la soustraire nulle part et […] à rendre ce qu’ils auraient emporté » : arg, ra, Vecinos, liasse 18286, pièce 64, 26 février 1678. En 1698, le conflit renaît, provoqué de nouveau par les habitants de Forcadela parce que « Juan Velasco et d’autres, habitants de Tebra […] voulurent les priver de leur droit, en emportant les eaux et […] en les soustrayant de leurs propriétés », ayant l’intention de fabriquer un nouveau canal ce qui entraîne un affrontement semblable au premier : arg, ra, Vecinos, liasse 18510, pièce 30, 18 août 1694. Les problèmes ne s’arrêtèrent pas là puisque dans le procès déjà mentionné (note 14), le motif est de nouveau « la fabrication d’un nouveau barrage », alors que les opposants se plaignaient de ce qu’on « les empêchait d’ouvrir une nouvelle tranchée avec licence de la Justice ordinaire ». dans ce cas non plus, nous ne connaissons pas la sentence de l’Audience.
[23]Procès entamé en 1633 par des habitants de El Rosal contre Domingo do Porto, propriétaire d’un moulin, parce qu’ils veulent utiliser les « eaux perdues ». Un accord s’ensuivit en 1636 qui permettait cette utilisation. Archivo Histórico Provincial de Pontevedra, Fonds des protocoles (ahpp, fp), G 2028, 16 février 1633 et 19 avril 1636. Un procès similaire fut engagé par don Parcero Barbosa contre Benito Domínguez, meunier, parce que ce dernier « avait percé la digue […] appelée de Souto […] pour conduire l’eau à ses moulins […] empêchant l’usage de ladite eau, ce qui conduisit [son] champ à sa perte » : arg, ra, Particulares, liasse 14142, pièce 7, 1631.
[24] Procuration de Andrés da Dorna et consorts pour que les meuniers de l’Atamuxe ne les empêchent pas d’irriguer « la coutume et l’usage […] étant de sortir l’eau des cours d’eau pour arroser les terres […] durant la journée, la laissant ensuite […] pour que de nuit puissent moudre les moulins » : ahpp, fp, Livre 5 B, 5 juillet 1716.
[25]Pérez García, 2000, p. 90-92.
[26]Plainte présentée par Benito de Prado et consorts « pour avoir introduit l’usage de clore les friches […] et […] avoir changé le cours de l’eau » ; on accorda que Benito jouisse d’un jour d’eau chaque quinzaine et d’une heure tous les huit jours en échange du droit de passage : ahpp, fp, Livre 39, 5 novembre 1674.
[27]Domingo González et consorts se plaignent contre María Vicente parce que « étant en possession du droit d’utiliser l’eau […] des Forcadas […], récemment María Vicente, accompagnée de ses fils et de ses filles étaient allées audit lieu des Forcadas pour faire un nouveau canal et emporter ladite eau vers le village de Rezelle où elles habitent, alors que […] on n’a jamais irrigué avec cette eau ledit village » : ahpp, fp, Livre 5 B, 19 juillet 1716.
[28]Le premier partage d’eau date de 1650 : arg, ra, Particulares, liasse 16865, pièce 48, 18 août 1650 ; c’est-à-dire l’année même où nous avions rencontré le premier dans le Salnés : Pérez García, 1979, p. 172. Les deux environ vingt ans après l’introduction du maïs.
[29] Ainsi dans le procès cité à la note 15, le témoin Domingo Baqueiro, nous dit que sur le Caselas existent « de nombreux barrages et digues et que différents propriétaires y prennent l’eau pour irriguer leurs fruits et rouir leurs lins et enlèvent l’eau avec des cruches, ce qui emploient toute sorte de gens ».
[30]La paroisse de Caldelas pouvait disposer des mares suivantes : Urgal, Cova de Barros, Foxo, Nogueira, Vírgenes, Campo dos Gallos, Fuente de la Torre, Barreira, Pozón, Regueira et Faxún, soit un total de 11. Archivo Histórico Diocesano de Tuy, Fondo Hospital (ahdt, fh), Pleitos, Caldelas, 4 septembre 1834.
[31]Dans le procès qui oppose les jurades de Ferreiros et Marzán – toutes deux de la commune de El Rosal –, pour l’utilisation des eaux de la Sobervia en 1808, ce qui est en cause, c’est l’irrigation des terres, et il est bien loin le temps où les meuniers voulaient se faire « seigneurs du fleuve » : arg, ra, Particulares, liasse 22621, pièce 25, 1808.
[32]Procès entre des habitants de Guillarey et le licencié don Juan A. González qui firent deux partages des barrages de Carvallas et Lavandeira parce, pour les uns, l’eau devait être répartie « en fonction des terres qu’ils possédaient […] sans distinguer les labours, incultes, vignes ou près » tandis que pour les autres si on employait de l’eau pour les incultes, les vignes et les défens « ce serait une injustice de prendre l’eau à l’assoiffé […] pour la donner à celui qui n’est pas assoiffé et n’en a pas besoin pour produire » : arg, ra, Vecinos, liasse 16074, pièce 2, 11 août 1774.
[33] Les prairies permanentes sont rares et les prairies artificielles tardives, mais elles provoquèrent des conflits, parce que, comme le signale un témoin, « les herbages sont très préjudiciables aux labours » et si « on doit estimer les herbages, alors les terres qui donnent du pain doivent être estimées beaucoup plus » : arg, ra, Particulares, liasse 12101, pièce 18, 1817. Sur l’introduction des prairies artificielles dans cette zone : Pérez García, 1999b, p. 225.
[34]En 1842, des habitants de Guillarey désirent irriguer leurs terres avec l’eau qui descend des monts de la Balada, mais d’autres s’y opposent puisque « l’eau ne suffit pas pour ceux qui ont toujours arrosé leurs champs avec elle » : ahdt, fh, Pedimentos, n° 5554, 1842. Le cas de don Gregorio Sobrino et José Trigo est surprenant car, bien que les eaux de Constantina naissent sur leurs terres et que le juge leur a donné raison et leur a concédé l’irrigation qu’il demandaient, les irrigants anciens les attaquent devant l’Audience car « ils ont l’ambition de vouloir irriguer aussi des propriétés très éloignées et distantes » : arg, ra, Particulares, liasse 22093, pièce 108, 1775.
[35]Ainsi, le pouvoir octroyé par Marcos da Besada et consorts à des avoués de l’Audience contre Manuel Fernández et consorts pour qu’on leur permette l’ouverture d’une source : ahpp, fp, livre 56C, 11 septembre 1786. Procès semblable entamé par José Gandón et consorts contre Julián Gandón et autres pour la création d’une nouvelle zone irriguée : adt, fp, Pedimentos n° 5612, 1829.
[36] Dans le procès cité à la note 32 (1834), l’eau est utilisée par « huit habitants et que les autres n’en ont pas » ; pour ceux-là « [leurs] champs ne portent pas de fruits par manque d’eau et la dernière année, la majeure partie de la récolte fut perdue ». Situation opposée dans le nouveau partage que réclament 34 habitants pour les mares de Siguñeira, Marcos et Maragatos parce que « ceux qui ont peu de terres utilisent beaucoup d’eau et ceux qui en ont beaucoup, très peu » : ahdt, fh, Pedimentos, 1842, Baldranes.
[37]Dans le partage de l’eau du Campo das Pareiras, l’horaire solaire est encore utilisé qui règle les tours de 3 semaines en 3 semaines, en commençant par Juan Sobrino qui doit irriguer le lundi depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher suivi de Francisco Lorenzo qui irriguera le mardi jusqu’au coucher du soleil : ahpp, fp, livre 65C, 1 avril 1799. Ces partages sont de plus en plus exacts comme celui de Fuente da Baliña déjà très précis qui compte 3 conques par heure (109 m3) et 6 ferrados par jour (0,29 ha) : ahdt, fh, Pedimentos n° 5860, 1825.
[38]Voir le procès engagé par Manuel Cruces et José Sanchez contre María Rosa Novas pour le réservoir de Serén, parce que, alors qu’ils allaient le fermer, ladite María Rosa « avec son génie despotique et avec mépris […] eut le courage et la hardiesse de vider les eaux du réservoir et de s’en servir pour arroser » : ahdt, fh, Pleitos, pièce 5860, 1825.
[39] Plainte déposée par Francisco Pérez parce qu’il fut objet de « coups sans pitié » de la part de Domingo González alors qu’il était en train « de fermer le réservoir appelé do Foxo […] de sorte qu’il [le] blessa mortellement ». À la fin l’agresseur s’en tira avec les dépens et une amende de 20 réaux : ahdt, fh, Pedimentos, 1825, Caldelas.
[40]arg, ra, Particulares, liasse 22062, pièce n° 6, 7 février 1829, Partage des eaux de la source de Eido Vello (Guillarey).
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En 1842, des habitants de Guillarey désirent irriguer leurs...
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[35]
Ainsi, le pouvoir octroyé par Marcos da Besada et consorts ...
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[36]
Dans le procès cité à la note 32 (1834), l’eau est utilisée...
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[37]
Dans le partage de l’eau du Campo das Pareiras, l’horaire s...
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[38]
Voir le procès engagé par Manuel Cruces et José Sanchez con...
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[39]
Plainte déposée par Francisco Pérez parce qu’il fut objet d...
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[40]
arg, ra, Particulares, liasse 22062, pièce n° 6, 7 février ...
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Localisation des paroisses de Galice méridionale étudiées