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Histoire & Sociétés Rurales

2003/2 (Vol. 20)


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C’est en préparant un article déjà publié ici [1][1] Histoire et Sociétés Rurales, n° 15, 1er semestre 2001,... que s’est imposé à notre attention un mystérieux « mal de langue » des animaux qui ne correspondait à aucune affection répandue de nos jours [2][2]  Vallat, 2002, texte : p. 85-159, annexes : p. 113-210.....

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Apparu sous la forme d’épizooties ou de cas sporadiques, au moins depuis le xve siècle, il touchait autrefois les herbivores – équins, bovins, ovins, lapins et lièvres – et parfois aussi les porcs [3][3] Voir par ex. Bibl. mun. Avignon, ms. 1628 : « Chronique.... À partir du xixe siècle et pour des raisons indéterminées, cette affection s’est raréfiée au point que les auteurs modernes amenés à la décrire ont dû se fier le plus souvent à leurs prédécesseurs. Comme on avait attribué au charbon tous les phénomènes nécrotiques au Siècle des Lumières, c’est à celui-ci que le mal de langue est resté rattaché par la suite. Le médecin François Boissier de Sauvages a contribué à pérenniser l’assimilation du charbon et du mal de langue en baptisant ce dernier glossanthrax (charbon de langue) dans sa célèbre classification des maladies, la Nosologia methodica[4][4] Sauvages, 1763, t. 2, p. 360.. Il ne faisait d’ailleurs que reprendre d’autres auteurs, tels Louis Liger [5][5] Liger, 1775, t. 1, p. 289-290. ou, plus tard, Claude Bourgelat [6][6] Lettre de Bourgelat, Directeur de l’École royale vétérinaire....

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Le dépouillement de documents relatifs à plusieurs épizooties anciennes nous a cependant appris qu’il ne pouvait s’agir du charbon bactéridien ou symptomatique, ni même, on le verra, d’une maladie contagieuse. Jamais le mal de langue n’a entraîné de mortalités très considérables en comparaison de la peste bovine, pour ne citer qu’elle ; mais il a motivé, à chacune de ses apparitions, de nombreuses Instructions administratives, très profitables, d’ailleurs, aux éleveurs auxquels elles rappelaient le remède efficace. De sorte que la lecture d’archives rurales et d’imprimés officiels du xviiie siècle révèle assez souvent la maladie. Le ruraliste concerné par cette période gagnera donc à la connaître. C’est l’épisode de 1763, important et bien documenté, qui sera utilisé ici pour montrer les principaux aspects de la maladie et les réactions des autorités qu’elle a suscitées.

Les sources utilisées, de 1682 à 1848

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Notre premier soin a été de rassembler le plus possible de documents d’archives et d’imprimés afin de déterminer les caractéristiques moyennes de la maladie. C’est évidemment par la riche chronologie de Charles Frédéric Heusinger que cette enquête se devait de commencer [7][7] Heusinger, 1853.. Les passages concernant le chancre volant ou glossanthrax dans les différents pays d’Europe y sont bien individualisés, de 1682 à 1838.

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Nous sommes parvenus à examiner bon nombre de ces références dans divers fonds d’Île-de-France, en particulier : les Philosophical Transactions de la Société de Londres (année 1682) [8][8] Winkler, 1683 [Bibl. centrale du Muséum National d’Histoire... ; le Journal des Savants (année 1682) [9][9] « Extrait d’une lettre écrite à l’auteur du journal... ; les Réflexions sur les maladies du gros bétail de la Société des médecins de Genève [10][10] Société des Médecins de Genève, 1745, p. 243-264 [Bibliothèque... ; le Mercure historique et politique (1732) [11][11]  Mercure historique et politique…, t. xcii, 1732, p. 114-120... ; la Nouvelle Maison Rustique de Louis Liger (éditions postérieures à la 4e, de 1732) ; la Nosologia methodica de François Boissier de Sauvages [12][12] Sauvages, 1763 [Bibliothèque Interuniversitaire de... ; les Mémoires de l’Académie royale des Sciences[13][13] Du Hamel, 1767, p. 550-552. ; les Annales de l’Agriculture française (que nous avons en outre dépouillées de 1796 à 1839) [14][14] « Épizootie charbonneuse sur les bœufs et sur les cochons »,.... On y ajoutera plusieurs autres ouvrages [15][15]  Barberet, 1766, p. 13, p. 48-49 et note de Bourgelat... (tableau 1).

Tableau 1 - Relevé des épisodes de « mal de langue » fournis par l’enquêteTableau 1
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Malheureusement beaucoup de sources italiennes et allemandes sont restées hors de notre portée. La chronologie de George Fleming fournit un témoignage néerlandais de 1682, et des extraits significatifs du livre de Johann Jacob Scheuchzer que nous n’avons pu consulter [16][16] Fleming, 1871, p. 150 et p. 248-253 [d’après Scheuchzer,.... Jean-Jacques Paulet, lui aussi auteur d’une chronologie, propose quelques références concernant des épizooties de mal de langue non signalées ailleurs mais n’indique pas ses sources [17][17] Paulet, 1775, t. 1, p. 113 ; p. 343-344.. Les Instructions et observations… renvoient également à Goulin pour les observations d’Audouin de Chaignebrun dans la Généralité de Paris en 1763-1764 [18][18] C. Barrier, in Chabert, Flandrin, Huzard, t. 5, 3e....

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Pour l’année 1763, le fonds ancien de l’École vétérinaire d’Alfort a livré, plusieurs textes officiels [19][19] Cf. bibliographie : publications officielles, infra,.... À Alfort se trouvent pareillement : le Journal Œconomique (1751 à 1772) qui nous a fourni un article de 1763 [20][20] Journal œconomique, juillet 1763, p. 309-311. ; un ouvrage allemand de 1787, inconnu des bibliographies consultées [21][21] Vom so gennanten epidemischen Zungenkrebs…, 1787. ; le livre où Tribout, vétérinaire de Moselle, rapporte un accès inédit de « chancre sous la langue » dans sa région en 1806 [22][22] Tribout, 1807, p. 45. ; le Journal des vétérinaires du Midi[23][23] Estampe, 1844 ; Miquel, 1845.. Une citation d’un ouvrage autrichien de Johann Emanuel Vieth nous a été envoyée et traduite par notre confrère luxembourgeois Georges Theves [24][24]  Veith, 1818, t. 2, p. 180-187.. Enfin M. Guus Mathijsen, bibliothécaire honoraire de la Faculté de Médecine vétérinaire d’Utrecht, a eu l’amabilité de nous transmettre un article extrait de son recueil jubilaire [25][25] Wijgergangs, 1995..

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Des sources anciennes faisant état du mal de langue ont été publiées ou exploitées par Léon Moulé (1919) (courrier de Bourgelat), Gaston-Charles Barthélemy (1932) (pour la Lorraine), Paul-Martin Bondois (1932), Henri Hours (1957), Michel Dronne (1965). Nos recherches concernant plus généralement les épizooties nous ont permis de relever d’autres documents aux Archives nationales (F10 1447) et à celles du Val-de-Marne (7 M 208 et 214). Les Archives départementales de Dordogne ont eu l’amabilité de nous faire parvenir la copie d’une page du livre de raison du curé de Beauronne datant de 1732, mais ce passage avait paru déjà dans L’Élevage sous l’Ancien Régime[26][26] Moriceau, 1999, p. 38.. En plus des documents qui apportent des indications chronologiques et géographiques, la maladie a été décrite pour elle-même dans différents traités [27][27] Hastfer, 1756, t. 1, p. 158 ; Brugnone (1781), éd..... L’année 1763 sera examinée plus loin.

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Au xviiie siècle, si l’on en croit les médecins, les administrateurs et surtout Claude Bourgelat, le fondateur des Écoles vétérinaires, les soins donnés aux bestiaux relevaient de la magie la plus rétrograde :

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« Il suffit d’avoir parcouru les campagnes, à l’effet de porter des secours aux bestiaux malades, pour juger de l’espèce de barbarie dans laquelle est encore plongé le plus grand nombre des cultivateurs et des possesseurs de ces mêmes bestiaux. Une maladie opiniâtre et qui dévaste leurs écuries, leurs bergeries et leurs étables est, selon eux, l’effet d’un sortilège ; et ceux dans l’esprit desquels la démonomanie est fortement enracinée n’ont garde de soumettre les malades au moindre traitement parce qu’ils sont persuadés qu’il n’est aucune ressource contre la puissance invincible du diable. Les bergers sont spécialement regardés comme sorciers dans certaines provinces et, sous ce titre, ils ont droit à la confiance et à la crainte respectueuse du paysan [28][28] Bourgelat, « Des maladies des animaux considérés en.... »

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Bien des vétérinaires de l’Ouest et du Berry pourraient témoigner que la croyances dans les sorts jetés aux animaux s’est maintenue jusqu’à une époque récente. Aussi le mal de langue a-t-il un intérêt particulier comme contre-exemple à l’usage si général de la sorcellerie. La raison de cette exception est à chercher sans doute dans l’efficacité et la simplicité du traitement traditionnel ; de sorte que nous n’avons relevé aucune intervention du surnaturel dans les différents épisodes de la maladie, hormis peut-être en 1682 [29][29]  Winkler, 1683, p. 93, « Some impute this contagion....

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Pour ce qui concerne l’environnement scientifique, rappelons seulement qu’à défaut d’une médecine des animaux satisfaisante, celle de l’homme servait encore de guide pour expliquer et traiter les épizooties [30][30] Vallat, 2001, p. 68-73..

La grande vague française de 1762 à 1764

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Le mal de langue était déjà apparu en 1762, de juillet à octobre, dans la généralité d’Auvergne. C’est à Herment (actuellement Puy-de-Dôme) que des élèves de la toute nouvelle École vétérinaire de Lyon [31][31] Les premiers élèves arrivèrent en février 1762 dans... avaient été envoyés pour combattre la maladie [32][32] Arch. dép. Val-de-Marne, 7M 208, f° 543 (arch. Alfort,.... En août 1762, une lettre d’Anne-Robert Turgot, alors Intendant du Limousin, indiquait qu’elle s’était montrée dans six paroisses de sa généralité [33][33] Ibid., f° 391..

En 1763, la gestion d’une épizootie d’importance moyenne sous l’Ancien Régime

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En 1763, les premiers cas se produisent au mois de février dans l’élection de Gannat, lieu plus exposé, semble-t-il, déjà touché en 1731 et qui le sera encore en 1787 [34][34] Lettre de C. Bourgelat à H.-L. Bertin, 21 février 1763,.... Pour l’ensemble de l’année, le tableau 2 résume ce que fournissent les textes sur l’extension du mal de langue, et trois cartes (figures 1 à 3) tentent de visualiser ces données de mars à juillet.

Tableau 2 - Le « mal de langue » de 1763 en FranceTableau 2
Figure 1 - Le « mal de langue » en mars-avril 1763Figure 1
Figure 2 - Le « mal de langue » en mai-juin 1763Figure 2
Figure 3 - Le « mal de langue » en juillet 1763Figure 3
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Les sources sont assez nombreuses pour permettre d’apprécier la réaction des divers intervenants face à l’épizootie. De nos jours, la gestion d’une crise de cette nature passe par plusieurs phases : 1° La détection sur le terrain par l’éleveur, le maire ou le vétérinaire sanitaire. 2° L’isolement des premiers malades pendant le temps nécessaire aux experts pour déterminer la nature de la maladie puis la méthode de lutte qu’elle exige. 3° La publication d’Arrêtés ministériels ou préfectoraux qui établissent un réseau d’épidémiosurveillance, définissent le périmètre de sécurité, les conditions d’abattage et de désinfection, etc. 4° L’application de ces mesures, qui relève de l’autorité des préfets et des maires, avec l’aide des Services vétérinaires départementaux, des vétérinaires sanitaires et, au besoin, de la force publique [35][35] Pour les notions fondamentales d’épidémiologie animale :.... Les éléments de ce schéma se retrouvent, on va le voir, dans la prise en compte des épizooties sous l’Ancien Régime, à cette différence qu’ils ne sont jamais distincts et que, le plus souvent, ils interfèrent ou se chevauchent.

Détection de la maladie, mesures d’urgence

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Depuis l’Arrêt de la Cour du Parlement de Paris du 24 mars 1745 [36][36] Delafond, 1838, p. 89-93. ainsi que l’Arrêt du Conseil du 19 juillet 1746 [37][37] Ibid., p. 93-99. (au moins en théorie, car il ne s’agit pas en 1763 de la Peste bovine qui avait motivé ces textes), les éleveurs doivent déclarer spontanément toute maladie d’apparence épidémique « à peine de cent livres d’amende » [38][38] Delafond, 1838, p. 94..

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Les responsables locaux effectuent sans tarder un dénombrement des animaux atteints. Ces responsables sont « les officiers, soit du roi, soit des sieurs haut-justiciers, auxquels la police appartient, chacun dans leur territoire, même les syndics des communautés en cas d’absence des dits officiers » [39][39] Arrêt du Conseil du 24 mars 1745, Art. 1.. Pour détecter la maladie, ils font appel « à des personnes à ce intelligentes » (où l’on reconnaît à coup sûr les maréchaux ferrants) « le tout sans frais » [40][40] Ibid.. Les animaux malades sont isolés, après marquage, dans des bâtiments et dans des zones de pâture distincts et dûment désignés. Les communautés touchées perdent évidemment le droit de parcours sur les territoires voisins. La vente et le déplacement de bovins ne sont autorisés qu’après avoir obtenu un certificat mentionnant que le lieu d’origine est indemne de la maladie à trois lieues à la ronde. Au début de l’année 1763, ce texte n’a été repris que dans la généralité de Tours [41][41] Ordonnance de Mgr l’Intendant de Tours…, 1763. et celle de Champagne [42][42] Règlement édicté par l’Intendant de Champagne, Henri-Louis.... L’intendant de Champagne, inquiété par la peste bovine qui sévissait effectivement dans le nord de l’Europe, préférait considérer toute contagion comme pouvant relever de la maladie tant redoutée. À Tours, Gaspard Lescalopier, qui avait dû combattre la terrible peste bovine de 1745 dans la généralité de Montauban, gardait sans doute en mémoire les mesures adoptées alors [43][43] Gaspard César Charles Lescalopier (1700-1792). Célèbre.... Mais la plupart des intendants n’avaient pas autant de sujets d’inquiétude : leurs administrés avaient reconnu dans la nouvelle maladie le mal de langue de 1731. Ainsi l’intendant du Berry, confiant dans le remède traditionnel, ne cacha pas là-dessus son désaccord avec son collègue de Tours [44][44] Arch. dép. Val-de-Marne, 7 M 208, f° 399..

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Il est certain que d’anciennes feuilles imprimées furent retrouvées, mais surtout, à compter de 1732, la Nouvelle Maison rustique de Louis Liger reproduisit dans ses nombreuses rééditions l’Observation officielle publiée en avril 1731 [45][45] Liger, 1775, t. 1, p. 289-290.. En Alsace, plus simplement encore, le dernier mal de langue ne remontait qu’à 1756 [46][46] Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 402.. Aussi la plupart des généralités bénéficièrent-elles de réimpressions d’observations antérieures, dites parfois « imprimés de remèdes » [47][47] Ibid., f° 418., avant même que le pouvoir central, Ministère ou Contrôle général, n’ait pris de mesures. C’est ce que révèlent plusieurs réponses à la circulaire envoyée par Henri-Léonard Bertin [48][48] Henri-Léonard-Jean-Baptiste Bertin (1719-1792) quitta... le 19 juin, comme celles du chancelier de Lorraine [49][49] Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 410., des intendants de Franche-Comté [50][50] Ibid., f° 411., des généralités de Montauban [51][51] Ibid., f° 413. et de Metz [52][52] Ibid., f° 416., ou encore l’Avis distribué dans l’élection de Guéret [53][53] Ibid., f° 423.. Outre les intendants qui rendaient compte de la maladie au Contrôle général et au ministre, l’existence de celle-ci fut rapportée par une autre voie administrative, remontant des officiers royaux au Procureur général du Parlement de Paris, François Joly de Fleury (figure 4).

Figure 4 - Remontée de l’information au pouvoir central sur les épizooties en 1763Figure 4
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Dans le fonds considérable laissé par ce magistrat aux Archives de la Bibliothèque nationale, Paul-Martin Bondois a relevé, concernant l’épizootie de 1763, les courriers des Lieutenants de Police de Châlons [54][54] Bibl. Nat., Joly de Fleury 382, dossier 4344, f° 325... et de Sézanne [55][55] Ibid., f° 332 et p. 365., des Procureurs fiscaux de Cosne [56][56] Ibid., f° 312-313 et p. 357-358. et de Sainte-Menehould [57][57] Ibid., f° 323-324 et p. 360-361., du Substitut de Mamers [58][58] Ibid., f° 327 et p. 370. et même de l’évêque du Mans [59][59] Ibid., f° 335 et p. 370..

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De fait, François Joly de Fleury ne manquait pas de communiquer à son tour ces renseignements au ministre chargé de l’agriculture [60][60] Bibl. Nat., Joly de Fleury 382, dossier 4344, f° 312-313.... Pressés par l’approche de la maladie, certains magistrats locaux improvisèrent une sorte de police sanitaire fondée sur l’interdiction des déplacements et de la vente de la viande et du lait. Ainsi, le Procureur fiscal de Cosne-sur-Loire, averti de l’arrivée du mal pour avoir eu sous les yeux un « mémoire de recettes donné par un juge de Sancerre », fut très impressionné par la rumeur populaire qui croyait la contagion « si rétive » que les personnes pouvaient la porter d’un endroit à un autre. Il prit à la hâte une ordonnance empêchant les Cosnois, et spécialement les bouchers, de se rendre, sur l’autre rive de la Loire, aux foires d’où eux-mêmes ou leur bétail auraient pu rapporter le mal. Le courrier envoyé ensuite à la capitale n’eut d’autre objet que d’entériner une décision prise en toute indépendance en raison des lenteurs de la poste [61][61] Bondois, 1932, p. 357-358 ; Arch. dép. Val-de-Marne,.... Le Procureur fiscal de Sainte-Menehould, quant à lui, préféra s’en remettre à l’Arrêt du Parlement du 24 mars 1745. Mais l’effet de celui-ci eût été dérisoire s’il n’avait été appliqué que dans la ville et ses faubourgs. Il écrivit donc à Paris pour en obtenir l’extension au bailliage tout entier [62][62] Ibid., f° 323-324 et p. 360-361..

L’intervention d’experts, médecins et élèves vétérinaires

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Peu d’intendants déclarèrent avoir fait appel à des experts, la consultation informelle de maréchaux ou de modestes chirurgiens ne méritant sans doute pas d’être mentionnée. Ici encore, Gaspard Lescalopier, à Tours, s’est démarqué en envoyant « sur les confins de [sa] généralité, du côté du Poitou et du Berry », le Sieur Duverger, « médecin expérimenté » [63][63] Ordonnance de Mgr l’Intendant de Tours…, 1763, pré.... Malheureusement celui-ci faisait peu de cas du savoir populaire et reconnut dans cette maladie une sorte de charbon qui risquait de se communiquer à la population, suggérant sans doute à l’intendant d’appliquer, par précaution, les Arrêts de 1745 et 1746 (inadaptés, répétons-le, car limités à la seule espèce bovine) [64][64] Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 400..

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On ne sait s’il s’agissait du médecin des épidémies dont chaque généralité disposait, au moins en principe, depuis 1750. On apprend seulement que, le 24 juin, le praticien n’était toujours pas indemnisé de la somme de 78 livres qu’il avait dépensée pour son voyage d’avril [65][65] Ibid., f° 401.. Dans la généralité de Paris, en revanche, existait effectivement un « médecin envoyé par ordre du roi pour les maladies épidémiques », Henri Audouin de Chaignebrun (1713-1781), qui se consacrait à l’occasion aux maladies des animaux [66][66] Vallat, 2001, p. 91.. Mais rien ne précise, dans le cas présent, son rôle exact auprès de l’administration [67][67] Goulin, 1777, t. 1, p. 137..

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L’École vétérinaire ouverte l’année précédente à Lyon se devait de prendre une part active à la résolution de cette crise de l’élevage. Henri-Léonard Bertin [68][68] Dronne, 1965 : concernant H.-L. Bertin et l’épizootie..., qui avait été la cheville ouvrière de la nouvelle institution, tenait là l’occasion d’en prouver l’utilité, et il avait en Claude Bourgelat (1712-1779) [69][69] Mammerickx, 1971., fondateur officiel et directeur de l’École, un collaborateur dévoué. Les deux hommes se connaissaient de longue date. Depuis 1740, Bourgelat avait dirigé dans la même ville l’Académie royale d’équitation, un de ces établissements relevant du Grand Écuyer où les jeunes nobles venaient recevoir une formation préparatoire à l’état militaire. C’est probablement entre 1754 et 1757 que Claude Bourgelat, au demeurant bon littérateur et écuyer célèbre dans l’Europe entière, se lia avec l’Intendant du Lyonnais, Bertin, d’une amitié qui ne devait jamais se démentir. La correspondance des deux hommes, conservée aux Archives nationales mais surtout dans celles de l’École d’Alfort [70][70] À la création de l’École d’Alfort en 1765, Bourgelat..., a été publiée par Léon Moulé [71][71] Moulé, 1919.. Quoique ce courrier fasse une grande part à l’administration des Haras à la tête desquels Bertin avait également placé Bourgelat, il permet de suivre le rôle de la profession vétérinaire naissante dans la résolution des épizooties, spécialement celle de 1763 [72][72] Lettre de C. Bourgelat à H.-L. Bertin, 21 février 1763,.... En matière de santé animale, tout restait à faire. À l’occasion des grandes contagions, c’était les médecins, répétons-le, qui étaient consultés par le pouvoir et il faut avouer que la création des écoles leur laissa un large droit de regard sur les maladies animales. Les avis autorisés de Claude Bourgelat n’empêchèrent pas, en 1774, par exemple, la nomination d’un jeune et brillant médecin, Félix Vicq d’Azyr, pour juguler la peste bovine du Sud-ouest. Quant au traitement d’affections plus ordinaires, les particuliers avaient recours aux nombreux ouvrages publiés par les écuyers, tout ou partie consacrés à la santé du cheval. Enfin, pour effectuer les soins sur les différentes espèces domestiques, et pas seulement les équidés, on s’adressait aux maréchaux ferrants, seuls véritables détenteurs de la pratique. Ceux-ci répétaient avec plus ou moins de bonheur des gestes thérapeutiques traditionnels dont parfois, hélas, l’intention première était oubliée depuis longtemps. Dans ce contexte, le mal de langue représentait pour l’École une sorte de défi et l’on se souvient que, dès les premiers cas de 1762, Claude Bourgelat avait envoyé des élèves en Auvergne et dans le Forez à la demande des intendants [73][73] Bourgelat, lettre du 21 février 1763, ibid.. En 1763, il lui fallut renouveler ces déplacements, non sans quelques réticences [74][74] Le 21 février 1763, le nombre des élèves nationaux.... D’abord les modalités de défraiement de l’École n’avaient pas encore été clairement établies et Bourgelat se plaignait de ne pas avoir été remboursé par l’Auvergne et le Forez des dépenses engagées l’année précédente, insinuant même que ses revenus et sa fortune n’y suffiraient bientôt plus [75][75] Ibid., lettre du 3 avril 1763, 1919 [1917], t. lxx,.... Il fallut en effet attendre l’Arrêt du Conseil du 16 juillet 1784 (article 2) pour que les déplacements d’élèves occasionnés par les épizooties fussent définitivement institutionnalisés [76][76] Delafond, 1838, p. 36.. Jusque-là, certaines généralités mirent parfois quelque négligence à honorer leurs dettes envers les Écoles. Outre les motifs financiers, une autre objection semblait plus sérieuse, celle de la formation et de l’aptitude des élèves confrontés à cette nouvelle tâche. Claude Bourgelat ne se cachait pas le faible recrutement de ses disciples, fils de maréchaux pour beaucoup, dont certains avaient reçu une instruction générale fort sommaire. Plus grave encore, l’enseignement dispensé s’attachait avant tout aux matières fondamentales, comme l’anatomie, la matière médicale [77][77] Étude des corps bruts ou organisés qui forment les... ou la botanique, utiles, certes, mais développées au détriment de la pathologie. À la vérité, celle-ci restait à édifier entièrement, et les seuls cours pratiques, ceux qui portaient sur la ferrure et les bandages, se bornaient à l’espèce équine [78][78] Bost, 1992, p. 46-49.. Restait au directeur la solution de ne choisir que les meilleurs éléments pour les envoyer soigner les bestiaux dans les provinces, munis à leur départ « de bonnes instructions » [79][79] Lettre de Bourgelat à Bertin, 21 février 1763, in Moulé,... et en les guidant tant bien que mal, à distance, par courrier. Louis Bredin (1738-1814), qui devait à son tour devenir directeur de l’École de Lyon, fut de ceux là [80][80] Ibid., 3 avril 1763.. Il était toutefois inévitable que certaines observations fautives des disciples induisent le maître en erreur, comme celle de ces trois élèves commis dans le Bugey en juillet 1763, qui fit prendre les cas d’une maladie qui était probablement le charbon symptomatique pour la peste bovine sévissant alors au Danemark [81][81] Ibid., [1918], t. lxxi, p. 262-264 et 301-303.. On voit que, même incorrectement renseigné, le véritable expert demeurait Bourgelat en personne, au travers de ses consultations épistolaires.

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Mais ces voyages furent aussi l’occasion inespérée pour les futurs « artistes vétérinaires » de se former à leur métier, et les hésitations du grand homme sur l’utilité « de ces sortes de courses » [82][82] Lettre de Bourgelat, 3 avril 1763. fut heureusement de courte durée. Il y trouva bientôt la matière d’une publicité flatteuse pour l’École car, non content de prescrire les soins destinés aux malades, il enjoignait aux élèves d’administrer un traitement préservatif de sa composition aux animaux encore sains [83][83] Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…,.... À la fin de leur séjour, les élèves avaient pour mission d’obtenir des notables locaux un certificat mentionnant leurs succès, et de nombreuses statistiques nous sont parvenues où les bêtes « préservées » ne manquaient pas de grossir sans scrupule le chiffre des animaux guéris [84][84] Lettre du 22 juillet 1763, in Moulé, 1919 [1918], t..... Le baron de Grimm en fit le reproche à l’ancien écuyer qu’il rangeait sans égards au rang des charlatans :

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« L’établissement des écoles vétérinaires a acquis en peu d’années une grande célébrité dans toute l’Europe. J’avoue que je ne peux me garantir d’un peu de prévention contre cet établissement (sic), quand je vois avec quelle affectation la Gazette de France et tous nos papiers publics rapportent à tout instant les cures merveilleuses des élèves de ces Écoles, opérées dans les maladies épizootiques, et attestées par les curés et subdélégués du village où le miracle s’est fait ; quand je vois l’étalage qu’on fait, dans chaque gazette, des prix remportés et mérités par tous les élèves également […] le tout en présence de M. Bertin ministre secrétaire d’État. J’avoue que cette charlatanerie me déplaît et m’indispose [85][85] Lettre du 1er octobre 1770, citée par Raillet et Moulé,.... »

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Marc Mammerickx a fait justice de ces attaques. Si le fondateur de l’École ne fut jamais lui-même vétérinaire, il sut habilement réunir les conditions les plus favorables au développement de la profession qu’il avait créée, et la « propagande savamment orchestrée » dont il usa y fut pour beaucoup [86][86] Mammerickx, 1971, p. 156-157.. On ne peut lui nier d’ailleurs tout rôle scientifique puisque, le premier en France, il proposa un plan de lutte raisonné contre les épizooties, lequel devait se révéler en grande partie prophétique [87][87] Bourgelat, 1775..

Le Ministère s’en mêle : la circulaire du 19 juin 1763

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Claude Bourgelat finit-il par persuader son ami Henri-Léonard Bertin de généraliser au royaume entier le traitement et le préservatif qu’il avait mis au point ? Le Ministre lui écrivit en tout cas dans ce sens :

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« Les symptômes de la maladie qui s’est manifestée au début du printemps, quoiqu’elle n’ait pas de suite malheureuse, m’en font appréhender le retour, car le dérangement des saisons en occasionne toujours le cours ; je crains de voir réapparaître en automne la même épidémie et que les symptômes en soient plus fâcheux à l’entrée de l’hiver […] j’ai cru devoir rassembler en abrégé les observations qui me sont venues de tous les lieux où la maladie s’est déclarée, et d’y joindre un extrait de votre lettre à M. l’Intendant de Berry, parce que dans le cas où les accidents et la malignité viendraient à augmenter, le remède de la Maison Rustique serait insuffisant, et qu’il convient d’avoir recours à ce que vous prescrivez [88][88] Lettre de Bertin à Bourgelat, 19 juin 1763, Arch. dép..... »

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Le propos de Bertin était donc de prévenir le retour du mal et sa totale confiance dans le fameux traitement préservatif ne laisse pas de surprendre. Le 19 juin, la circulaire fut envoyée aux intendants, accompagnée de vingt – ou même quarante – exemplaires d’un mémoire imprimé [89][89] Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…,.... On s’étonne de la complexité de la méthode proposée. En l’absence d’élèves de l’École, la préparation des ingrédients réclamait à l’évidence la participation de personnes suffisamment versées en botanique, sinon de l’apothicaire local. De plus, l’application des remèdes exigeait des manipulations répétées des animaux pour les lotions de la langue, l’administration des breuvages, après l’inévitable saignée inaugurant le protocole, et on mesure à quel point celui-ci devait être dispendieux en temps et en personnel.

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« Ce traitement comme on le voit, est fort raisonné et comme il a été suivi d’un plein succès, on ne peut trop en faire usage. Mais aussi faut-il avouer qu’il est difficile et coûteux, ce qui ôte aux gens de la campagne l’agrément d’en faire usage. M. Turgot, intendant de Limoges, dans la généralité duquel il y a eu beaucoup de bestiaux attaqués de cette maladie, a jugé de ce régime en père du peuple confié à ses soins. Il a cherché à diminuer les frais et à pouvoir combattre la contagion sans tant d’attirail ni de soins minutieux, la plupart du temps hors de portée des gens de la campagne ; en conséquence il a fait essayer le remède suivant dans les paroisses de l’Élection de Guéret dans la haute Marche, où cette maladie faisait des progrès et il en a obtenu tout le succès qu’il pouvait désirer […] [90][90] Journal œconomique, juillet 1763, p. 310.. »

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Le lecteur moderne, convaincu de l’inutilité de tant de dépenses, penche volontiers pour la sévérité, mais il convient de ne pas sous-estimer l’effet moral de toute cette agitation. Les paysans qui ont aidé les élèves à prémunir leurs bestiaux y ont vu peut-être la marque d’une sollicitude à laquelle on ne les avait guère accoutumés jusque-là. Comment croire pourtant qu’ils aient pu envisager d’effectuer eux-même le traitement préservatif en dehors de toute maladie, simplement pour avoir vu cet avis placardé ou l’avoir entendu lire en chaire à l’office dominical ? Le discernement d’Anne-Robert Turgot ne fit pas exception et plusieurs intendants exprimèrent clairement leurs réserves à Henri-Léonard Bertin. Ce rappel au bon sens pourrait se comprendre, ainsi que l’a fait Michel Dronne [91][91] Dronne, 1965, p. 98., comme une insolence à peine masquée, en particulier dans le cas de l’Intendant de la Généralité de Metz, qui écrivait : « J’espère, Monsieur, que vous approuverez que je laisse les peuples dans la tranquillité dans laquelle ils sont entrés à cet égard, et que je ne fasse pas distribuer les observations dont il s’agit [92][92] Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 416.… » Mais, sans doute, la plupart des intendants ne virent-ils dans cet imprimé qu’un souhait du Ministre relatif à un sujet secondaire. À l’exception peut-être de ceux qui avaient fait appel aux services de l’École vétérinaire – Anne-Robert Turgot était de ceux-là [93][93] Lettre de Bourgelat du 3 avril 1763– leur opinion n’était sans doute pas encore arrêtée sur la valeur de Claude Bourgelat. Aussi leurs réponses se situèrent-elles entre l’approbation polie [94][94] Lettre de l’Intendant de la Généralité d’Orléans, 8... et l’expression de doutes sérieux quant à l’accueil de ces conseils par la population. Bien sûr, quelques-uns, comme en Normandie ou en Picardie, publièrent un avis conforme aux désirs de Henri-Léonard Bertin [95][95] Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…,.... Mais ce ne fut pas l’attitude générale. L’intendant d’Alsace décida de s’en tenir à la méthode prophylactique auparavant en usage, « à peu de chose près la même que celle [qu’il venait] de recevoir [96][96] Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 402. ». Si Le Bret, à Rennes, se proposa « d’en répandre un assez grand nombre d’exemplaires », ce ne fut pas sans craindre « que des précautions aussi intéressantes pour le public ne deviennent inutiles et que, les bestiaux une fois guéris, les paysans négligent les préservatifs pour l’avenir [97][97]  Ibid., f° 403. ». En Lorraine, Antoine Chaumont de la Galaizière feignit de ne retenir que la dernière phrase de la lettre de Bourgelat qui encourageait au pansage soigneux des animaux.

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« Au surplus, je me conformerai à vos intentions en prescrivant aux habitants des campagnes de soigner plus attentivement leurs bestiaux et surtout de les tenir proprement et de la panser afin d’éviter que la malignité intérieure du venin actuel ne prenne de nouvelles forces […] [98][98] Ibid., f° 410.. »

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Dans la généralité de Montauban, on choisit aussi de s’en tenir au traitement ancien, celui que préconisait le Contrôleur général paraissant « trop compliqué pour des paysans à qui on ne doit présenter rien que de très simple » [99][99] Ibid., f° 413.. En bref, les réponses des intendants manifestèrent une indépendance à peine voilée vis-à-vis de Versailles, même s’il ne s’agissait pas, en l’occurrence, d’une maladie bien meurtrière.

Ultimes répliques en 1764

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En 1764, la maladie sévit encore, mais de façon plus discrète. Philippe-Étienne Lafosse, dans l’article « aphthes » de son dictionnaire, fait déborder la durée de l’épizootie de 1763 jusque dans les premiers mois de l’année suivante sur l’effectif équin de la capitale :

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« À la fin de l’année 1763 et au commencement de 1764, nous eûmes à Paris une très grande quantité de chevaux ainsi attaqués ; plusieurs périrent mais comme on n’ignorait pas ces remedes, on les mit en usage et la plûpart furent sauvés [100][100] Lafosse, 1775, t. 1, p. 32.. »

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Et Jean-Baptiste Huzard, dans la publication qu’il consacre au même sujet, note à son tour :

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« Il paroît que, pendant l’année 1763 et au commencement de 1764, les aphthes formèrent le caractère essentiel de l’épizootie qui régna sur les chevaux et les bêtes à cornes dans presque toute la France [101][101] Huzard, « Des aphthes ou ulcères à la bouche », in.... »

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Il faut évidemment admettre que le terme aphte correspond ici à tout autre chose que la lésion caractéristique de la fièvre aphteuse et que l’insensibilité des chevaux à cette maladie suffit à l’écarter d’emblée. D’ailleurs, le mal de langue réapparaît d’avril à juin dans la région de Saint-Étienne où l’élève Bredin, encore lui, est envoyé à St-Genis-Terrenoire, Saint-Héand, Sorbiers, Rochetaillée, Le Chambon, Saint-Sauveur-en-Rue [102][102] Arch. dép. Rhône, C 132, in Hours, 1957, p. 78.. On lui confie 27 bêtes malades dont 22 guérissent et 5 meurent. Il en « préserve » 64, toujours selon les indications de Claude Bourgelat. À Épernay, une alerte semble donner raison au Directeur de l’École sur le bien fondé de son traitement préservatif et il écrit à Henri-Léonard Bertin :

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« Cette épidémie est, si j’ose dire, justement méritée. Plusieurs de MM. les Intendants, satisfaits ainsi que le peuple des apparences d’une guérison qui n’était autre chose qu’un mal pallié, rejetèrent, l’année passée, très loin d’eux mes idées sur la nécessité d’un traitement intérieur pour la cure radicale du chancre qui se manifestait sur la langue des bêtes à cornes. M. Dodas [Dodart, Intendant du Berry], entre autres, me manda que cette maladie n’en était pas une. Vous pouvez conclure aujourd’hui, Monseigneur, qu’on peut être excellent Commissaire Départi et très mauvais médecin [103][103] Hours, 1957, lettre de Bourgelat à Bertin du 21 août.... »

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Mais lorsque Louis Bredin arrive sur place, la maladie, après avoir tué 29 bœufs, a disparu [104][104] Moulé, 1919 [1918], t. lxxi, lettres des 14 août 1764.... En août, ce sont les chevaux d’un régiment de Carcassonne qui souffrent à leur tour du mal de langue [105][105] Ibid., lettre s.d. (septembre 1763), p. 388..

Essai de reconstitution de la maladie

Signes cliniques

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Sans entrer dans le détail des symptômes, on peut résumer l’évolution de la maladie en trois phases qui se succèdaient, sur un animal, en moins de deux jours.

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Dans la première phase se formaient sur la langue des vésicules blanchâtres qui, de 3 à 4 mm. de diamètre, augmentaient en 4 heures jusqu’à 10 mm. en prenant une teinte rouge, puis noirâtre. Ce stade passait d’ordinaire inaperçu et ne pouvait être détecté sans une inspection soigneuse de la bouche. Aussi recommandait-on de visiter « avec soin deux ou trois fois par jour la langue des animaux » afin de les traiter le plus tôt possible [106][106] Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…,.... Un autre signe certainement bien observé est rapporté par le Procureur fiscal de Cosne selon lequel les animaux « sont attaqués lorsqu’ils laissent tomber l’eau en sortant de l’abreuvoir » [107][107]  Bondois, 1932, p. 357-358..

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Aucuns signes généraux n’apparaissaient avant la seconde phase qui débutait par la rupture des vésicules. Celles-ci laissaient échapper un contenu gluant, séro-sanguinolent ou jaunâtre. À l’endroit de chaque vésicule persistait un ulcère à bords indurés dont le fond se creusait sur 2 à 10 cm. Comme sur toute lésion de la surface de la langue, des brindilles de foin pouvaient s’y accumuler, de même que le poil récupéré par l’animal en se lèchant. Certains observateurs n’ont pas manqué d’attribuer – abusivement – la maladie à ces touffes de poil « sorties » de la langue. Selon l’imprimé de Metz, « l’humeur produit des poils jaunâtres et fait tomber la langue » [108][108] Observations sur la maladie du bétail, et les remedes... ; dans l’Avis de Guéret, « les bords de la plaie sont garnis de poils assez longs et qui pénètrent assez avant dans la langue » [109][109] Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 423. ; ou encore, « il se forme un toupet de poil jaunâtre qui ronge la langue et la fait tomber » [110][110] Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…,....

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La troisième phase survenait 24 heures après le début de la maladie, avec la chute des parties nécrosées de la langue. Parfois, c’était l’extrémité de la langue tout entière que l’on trouvait dans l’auge, comme sectionnée. Le plus souvent la mort survenait à ce moment, annoncée par des mouvements convulsifs et par l’œdème laryngo-pharyngé responsable d’asphyxie ou, chez les ruminants, de météorisation (distension des estomacs par des gaz digestifs qu’une obstruction de l’œsophage empêche d’être évacués par la bouche). La nécrose pouvait parfois s’étendre à la bouche, au pharynx et au larynx, ainsi qu’aux voies digestives. Si l’élimination de larges portions gangrenées de la langue semblait, le plus souvent, difficilement compatible avec la vie, on n’en a pas moins rapporté le rétablissement de certains malades. En 1763, « il y a eu tels animaux auxquels la langue ne tenait plus que par un appendice de la grosseur d’un doigt et qui n’en sont pas morts, mais qui ont été longtemps à s’en remettre » [111][111] Du Hamel, 1767, p. 550..

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La mortalité n’était grave, semble-t-il, qu’en début d’épizootie, avant que le traitement ne soit connu de tous [112][112] Ibid.. En 1763, les avis ont divergé quant aux pertes d’animaux. L’évêque du Mans se félicitait « qu’il [ne soit] pas mort, dans plus de quatre cents paroisses, une seule bête à cornes ni un cheval » [113][113] Bondois, 1932, p. 370..

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En Poitou, il ne mourut « aucun bestiau » [114][114] Arch. dép. Val-de-Marne, 7 M208, f° 400. ; à Cosne-sur-Loire, « moyennant l’usage du remède […] il n’est mort aucun de ceux qui ont éprouvé la maladie » [115][115] Bondois, 1932, p. 360.. De même, Henri-Léonard Bertin écrivait avec satisfaction que, dans 23 paroisses du Bourbonnais parcourues par les élèves de l’École vétérinaire, de 80 bêtes malades, toutes avaient été sauvées par leurs soins [116][116] Ibid., p. 358-359.. Mais en juillet, à Ussel, sur les 139 bovins atteints, traités ou non, il en mourut 34, et, sur 381 porcs et moutons, on en aurait même perdu 46 [117][117] Lettre de Bourgelat à Bertin, 22 juillet 1763, in Moulé,.... Dans ce cas, le taux de létalité (morts/malades) approchait donc de 20%.

Le mal de langue n’était certainement pas contagieux

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Ces épizooties ont presque toutes connu, en France, une durée identique de deux ans, avec un espacement variant de 8 à 32 années (tableau 3).

Tableau 3 - Durée et fréquence des épisodes généralisés de mal de langue en FranceTableau 3
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Les localisations successives du mal de langue sur le territoire révélées par les figures 1 à 3 surprennent par leur éparpillement et suggèrent que des foyers naissaient ici ou là, sans relation entre eux. Lorsqu’il s’agit d’une maladie réellement contagieuse, les nouveaux cas s’organisent sensiblement selon une ligne de front, ou encore le long des voies de communications. Ici, rien de semblable, même si le mal de langue a partout été considéré comme contagieux en début d’épizootie [118][118] Ordonnance de Mgr l’Intendant de Tours…, 1763 ; Lettre.... Ainsi le Procureur fiscal de Méréville, non content de faire isoler les malades, ordonna aux maréchaux de se déplacer pour traiter les animaux en interdisant que l’on amène ceux-ci « à leurs boutiques pour les médicamenter, de crainte que les bestiaux sains ne gagnassent cette maladie » [119][119] Ibid., p. 371..

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De son côté, le chancelier de Lorraine, Antoine-Martin Chaumont de la Galaizière, dont l’intransigeance au sujet des corvées avait fait l’impopularité, avait cru devoir suspendre celles-ci, tant il était persuadé que le rassemblement d’attelages sur les routes en chantier favoriserait la contagion du chancre à la langue [120][120] Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 410.. Mais, la maladie passée, les témoins durent en général reconnaître qu’elle ne s’était pas communiquée d’un animal à l’autre. À Cosne-sur-Loire, elle était éteinte lorsque le Procureur fiscal affirma avoir « remarqué qu’elle n’était pas contagieuse, comme on l’avait annoncé » [121][121] Ibid., f° 411.. On ne doit donc pas s’étonner que Gaspard L’Escalopier, Intendant à Tours, après avoir repris, le 20 avril, le texte de 1746 dans toute sa rigueur, ne fut plus, en juin, « aussi rigoureusement attaché aux préjugés de la contagion » [122][122] Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 409.. Il considérait désormais celle-ci peu marquée : pour lui, seuls les animaux dont la langue se gangrenait pouvaient communiquer le mal, soit par le souffle, soit par l’herbe contaminée par leur bave infectée. Dans le Gâtinais, « de dix vaches, quatre ou six dans une vacherie ont été malades et une saine entre deux malades n’a point été attaquée » [123][123] Du Hamel, 1767, p. 551., ce qui, dans le langage actuel, signifierait que la contagion ne « suivait pas le rang » et était donc fort peu marquée. Dès le 5 mai, l’Intendant du Berry l’avait annoncé :

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« On ne s’est point aperçu que, dans les mêmes étables, tous les animaux fussent également infectés. […] Je ne suis pas persuadé que cette maladie se communique de proche en proche par voie de contagion [124][124] Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 399.. »

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Ces témoignages prouvent suffisamment que le contage, faible ou inexistant, ne pouvait expliquer en rien le caractère explosif de la maladie.

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Si le mal de langue ne se communiquait pas, s’agissait-il d’une maladie liée à la saison ou à la localité ? Certes, l’épidémiologie moderne a fait place nette des préjugés hippocratiques qui, jusqu’à l’époque pastorienne, soumettaient l’apparition des maladies aux phénomènes environnementaux. Mais la météoropathologie n’est pas morte pour autant et il reste légitime d’analyser les facteurs écologiques associés aux épizooties. Ainsi la répartition mensuelle des épisodes de mal de langue, relevée sur l’ensemble de notre documentation [125][125] Établie sur 49 sources indépendantes. Tableau récapitulatif :..., permet de mettre en évidence une incidence plus élevée d’avril à juin (figure 4).

Figure 4 - Répartition mensuelle des textes de 1681 à 1838Figure 4
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Les sources montrent également qu’en dehors des cas sporadiques, la maladie survenait dans certaines régions plus que dans d’autres. On a déjà cité le Bourbonnais, mais l’Aunis-Saintonge, le Périgord, la Lorraine et le Lyonnais ont été touchés en priorité, alors que la Haute-Normandie et le piémont pyrénéen ont échappé, selon toutes apparences, aux épizooties.

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Il semble donc que l’on ait eu affaire à une maladie se montrant par intervalles, inféodée à certaines régions mais capable de toucher, les années de grande occurrence, des territoires très étendus, principalement d’avril à juin.

Une zoonose ?

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La maladie n’atteignait que les herbivores. Qu’en était-il de l’homme ? Plusieurs auteurs font état de contamination humaine, mais, ce qui ne va pas sans inciter au doute, toujours dans le but de prouver la nature contagieuse de la maladie : selon le docteur Winkler « les personnes qui ont soigné leur bétail sans précautions ni égards pour leur propre santé furent elles-mêmes infectées et moururent comme leurs bêtes » [126][126] Winkler, 1683, p. 93 : « Those persons that carelesly.... La même année, en 1682, le Journal des Savants se fait l’écho de deux cas :

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« Ce mal étoit si contagieux qu’il se gagnoit aisément par le seul attouchement de ce qui avoit approché la partie affectée. Un homme a perdu la vie pour s’estre servi d’une cueillere dont on avoit râclé la langue d’un boeuf malade ; et un bourgeois d’une ville de Guienne a esté attaqué de ce mal pour avoir seulement mis dans sa poche une pièce de trente sols avec laquelle son fermier avoit frotté la langue du bœuf malade. Il s’est fait traitter comme le bœuf et est guéri de mesme [127][127] Sauvages, 1763, t. 2, p. 360 : « […] nec non homines.... »

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Pour François Boissier de Sauvages, en 1732, « cette épidémie […] infecta et tua […] un assez grand nombre de personnes à Nîmes » [129][129] Vallat, 2001, p. 89.. Mais en 1763, les temps ont changé et le procureur fiscal de Cosne-sur-Loire semble moins affirmatif. Il annonce clairement qu’il rapporte une rumeur :

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« Il se dit dans le public que la communication est extrêmement dangereuse et […] qu’un […] homme, pensant une bête malade, pourquoy s’estoit servy d’ung éscu pour lui ratisser la langue ; lequel, ayant mis dans sa bouche, pour se faciliter le service des deux mains pour le surplus de remèdes qu’il voulut faire, est mort le lendemain [128][128] Bondois, 1932, p. 357-358.. »

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Ces bruits n’ont rien de surprenant. Même de nos jours, lorsqu’une épizootie fait rage, l’appréhension gagne les esprits et la récente manifestation de fièvre aphteuse l’a bien illustré. Comme toujours sont apparus dans la population des « cas » plus que douteux dans leur majorité. On a vite oublié que les « aphtes » ou le prurit interdigité se produisent chez l’homme en l’absence de toute maladie animale. Pour revenir au mal de langue, les récits de contagions disparaissent à partir de 1763, alors même que les sources deviennent plus nombreuses et plus parlantes. Cela suffit, semble-t-il, à écarter l’éventualité d’une zoonose.

Les difficultés du diagnostic rétrospectif

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Le diagnostic rétrospectif nécessite avant tout d’éliminer les affections voisines dont on ne citera que les plus connues : les charbons, bactéridien ou symptomatique, qui présentent tous deux suffisamment de différences avec le mal de langue pour que la confusion puisse être facilement écartée de nos jours [129][129] Vallat, 2001, p. 89. ; la fièvre aphteuse, qui épargne les équidés, cause peu de morts et surtout s’accompagne de lésions des onglons. Nous avions pensé, avant de réunir assez de documents, que le bacille de la nécrose, Fusobacterium necrophorum, pouvait être responsable de la maladie [130][130] Ibid, p. 87.. En réalité, s’il provoque des ulcérations comparables de la cavité buccale, il n’atteint à la fois que quelques animaux en mauvais état dans une exploitation isolée tandis que l’évolution des lésions demande plusieurs jours, ce qui n’est pas le cas du mal de langue.

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La solution du problème nous a été suggérée par le Dr-Vétérinaire Jean-Marie Gourreau de l’afssa-Alfort où il est spécialement chargé des affections buccales. Il s’agirait de brûlures causées par le poil de chenilles urticantes. De nos jours, l’érucisme (du latin eruca chenille) se manifeste surtout chez le chien, dans le sud et le sud-ouest de la France, par un choc anaphylactique et des nécroses étendues de la langue et de la gueule [131][131] Poisson et al., 1994.. Les chenilles de papillons crépusculaires, principalement Thaumetopœa pityocampa, la processionnaire du pin, et Th. processionea, la processionnaire du chêne [132][132] Noctuidae, Notodontidae., répandent dans l’environnement des poils microscopiques acérés et creux contenant un venin, un puissant histamino-libérateur capable de tuer les tissus par vasoconstriction. Ces poils, fichés dans les téguments par milliers, y progressent à la faveur de barbules dirigées dans le sens opposé à leur pénétration, avant de se casser et de libérer totalement leur substance toxique. Leur progression est accélérée par les mouvements de l’organe dans lequel ils se trouvent et l’on comprend pourquoi la langue, très mobile, ait pu être atteinte en priorité dans la bouche. La présence des chenilles urticantes dans la nature de mars à juin correspond assez à la fréquence accrue du mal de langue à cette période. Pour les autres mois de l’année, la conservation presque indéfinie du venin dans l’étui que forme le poil urticant expliquerait la persistance du mal. On pense aux animaux entrant en contact avec les nids tissés par les insectes, détachés des arbres et chargés de mues, autant qu’à l’atteinte des bêtes en stabulation, consommant du foin infesté car fauché en juin, au moment où les chenilles progressent dans l’herbe à la recherche d’un lieu d’enfouissement ensoleillé [133][133] Guy Démolin, communication personnelle.. Les populations de processionnaires ont de plus la particularité de varier fortement selon des cycles pluriannuels. Un certain nombre de générations successives attendent plusieurs années, sous forme de chrysalides, des conditions atmosphériques optimales, libérant une nuée de papillons l’été favorable venu. La pullulation massive de chenilles, ou gradation, qui en résulte après la ponte, s’accorde avec l’espacement dans le temps des accès de « mal de langue » dont chacun ne durait que deux années (tableau 3).

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Une remarque des contemporains vient encore étayer l’hypothèse de l’érucisme, celle du déplacement progressif de l’épizootie du sud-ouest au nord-est de mars à juillet. En 1763, selon l’intendant de la généralité de Tours, le mal « s’est fait sentir d’abord dans le Limousin, une partie du Poitou et du Berry, avant d’arriver à Chinon, Loches et Richelieu » et il pense même qu’il est possible « qu’une colonne d’air, chassée vers le Nord, en ait répandu l’infection sur son passage » [134][134]  Ordonnance de Mgr l’Intendant de Tours…, 1763, pr.... Le procureur fiscal de Cosne le confirme : la maladie remonte du Bourbonnais, du Nivernais et du Berry vers la rive droite de la Loire. Il est normal qu’au printemps, les chenilles se développent plus ou moins tôt selon un gradient de température orienté du sud au nord, tempéré d’ouest en est par l’influence océanique. On constate effectivement que la Lorraine et l’Alsace ont été atteintes tardivement, en juin 1763. Enfin, à Ussel, dans l’actuelle Corrèze (figure 3, n° 26), c’est le climat d’altitude (600 m) qui aurait reporté le mal de langue jusqu’à la fin de juillet. Notons que les seuls cas tardifs ne concordant pas avec ce schéma furent ceux de la vallée du Rhône. Le dernier argument en faveur de l’érucisme est fourni par les observateurs eux-mêmes. L’année 1731, marquée par une épizootie retentissante, a vu une prolifération tout-à-fait inaccoutumée de chenilles processionnaires, à tel point que les contemporains ont naturellement établi une relation entre la maladie et ces insectes [135][135] Réaumur, 1786, t. 2, p. 131-132 ; Bondois, 1926.. En 1763, la coïncidence n’a pas été aussi flagrante, mais dans le Maine on n’hésita pas à accuser encore « le nombre prodigieux de chenilles » [136][136] Lettre de l’Évêque du Mans, 12 juin 1763, in Bondois,....

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Ce faisceau de bonnes raisons n’explique pas, hélas, pourquoi le mal de langue s’est raréfié au début du xixe siècle jusqu’à devenir sporadique, à partir des années 1830. La processionnaire du chêne, la plus dangereuse et la plus septentrionale, a-t-elle cédé du terrain à celle du pin ? La baisse de fréquence de la maladie pourrait à la rigueur se justifier par la transformation du milieu dans lequel vivaient les insectes ; dans ce cas, il faudrait qu’un tournant soit survenu aux alentours de la Révolution, puisque c’est à cette époque que le mal de langue s’effaça réellement. Michel Devèze souligne le mauvais état des forêts françaises à la fin de l’Ancien Régime, partiellement attribuable à leur dévastation par les bestiaux [137][137] Devèze, « Les forêts françaises à la veille de la Révolution... ; en dépit d’une tendance générale à écarter le bétail de la forêt dès le milieu du xviii e siècle, la pratique du pâturage des sous-bois subsistait bel et bien [138][138] Moriceau, 1999, p. 109.. Dans ce cas, une conversion sensible des massifs forestiers au profit des conifères aurait-elle fait reculer la processionnaire du chêne ? Duhamel du Monceau et la Société d’Agriculture de Paris eurent beau se faire les apôtres ces essences [139][139] Devèze, 1982, p. 201., on n’envisagea de reboiser en résineux qu’un siècle plus tard, après 1860, en particulier dans les régions montagneuses et les Landes [140][140] Devèze « Le reboisement des montagnes françaises dans.... C’est seulement à ce moment que se modifia la proportion feuillus/résineux, cause indirecte de l’essor de la processionnaire du pin, avec la plantation massive de pins noirs d’Autriche [141][141] Poisson et al., 1994, p. 90 (997)..

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Le changement attendu ne se situe donc pas dans le domaine forestier. Si l’on incrimine toujours la processionnaire du chêne, il faudrait qu’à la fin de l’Ancien Régime l’arbre parasité et les haies dont il faisait partie aient régressé de façon significative autour des pâtures, ce qui semble bien le cas dans le nord-est de la France. Mais que dire des pays de bocage de l’Ouest et de leur « forêt linéaire » ? Les chênes têtards auraient-ils disparu des haies, alors qu’ils étaient l’unique source de bois de chauffage dans ces régions ? Cette trop improbable hypothèse écartée, aucune modification connue de la population d’arbres ne peut donc expliquer le recul du mal de langue.

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Aussi faudrait-il s’interroger sur un phénomène ignoré, peut-être infectieux, diminuant l’importance de Th. processionea, car les insectes ont également leurs parasites, leurs bactéries et leurs virus. Reste enfin à mettre en cause une espèce voisine. La chenille du bombyx chrysorrée (Euproctis chrysorrea, Limantriidae), ou « cul-brun », qui fréquente le chêne, l’orme et divers arbres fruitiers, possède également un pouvoir urticant prononcé. Pas plus que d’autres, cette solution invérifiable ne résout l’énigme.

Un traitement efficace

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Celui-ci consistait à racler jusqu’au sang les vésicules dès leur apparition, avant leur rupture. Tour à tour, les auteurs ont recommandé la cuiller, la pièce de monnaie dont un bord pouvait être limé en manière de scie (figure 5) [142][142] Goulin, 1777, t. 1, p. 137-138. ou même un instrument dentelé fabriqué par un orfèvre dont Toon Wijgergangs a réuni plusieurs représentations [143][143] Wijgergangs, 1995..

Figure 5 - L’instrument dentelé et son utilisation pour gratter les lésions de la langue (fictif )Figure 5
(Winkler, 1683 ; Goulin, 1777)
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L’intervention de l’artisan se justifiait car on insistait sur le métal qui devait servir à confectionner ces outils, l’argent. Seul un correspondant de l’Académie des Sciences, sans doute au-dessus de ce préjugé, admit qu’une cuiller en étain faisait aussi bien l’affaire [144][144] Du Hamel, 1767, p. 551.. Jean-Baptiste Huzard, dans un article où il confond malheureusement mal de langue et fièvre aphteuse, explique cette prédilection pour les métaux précieux :

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« Presque tous les auteurs recommandent d’employer une cuiller ou une pièce d’argent pour gratter les aphthes ; mais que l’instrument soit d’or, d’argent, de fer, de cuivre ou même de bois, la nature du métal n’est d’aucune importance pour cet objet. Cette idée de recommander l’emploi de l’argent tenoit sans doute à celle que l’on avoit de la bénignité des métaux que l’on appeloit parfaits et auxquels on attribuoit beaucoup de vertus ; si on n’a pas osé recommander l’or, c’est qu’on savoit qu’il n’étoit pas commun dans les campagnes où règnent le plus souvent ces sortes de maladies. Au reste l’étain, dont le plus grand nombre de cuillers est composé, est trop mou et trop foible pour cette opération [145][145]  Huzard, « Des aphtes ou ulcères dans la bouche »,.... »

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Au procédé populaire qui avait pourtant fait ses preuves, Claude Bourgelat tint à substituer « une méthode plus conforme aux vrais principes » [146][146] Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…,.... Il était, selon lui, « plus sûr et préférable de faire emporter [la tumeur] avec le bistouri et les ciseaux que de la racler simplement » [147][147] Ibid.. Le geste devenant ainsi moins brutal, plus chirurgical, manifestait une distance utile entre la technique vétérinaire et celle des guérisseurs traditionnels. Les acides les plus agressifs et même le fer rougi servaient ensuite à détruire le fond de la lésion, où l’on pensait que se trouvait le principe rongeant en profondeur la substance de la langue. Pour finir, on lavait la bouche, jusqu’à guérison, à l’aide de solutions « apophlegmatisantes », c’est-à-dire capables de provoquer une salivation profuse, auxquelles participaient diverses plantes irritantes mêlées au sel, au poivre et au vinaigre. Toutes les prescriptions se ressemblaient, ne différant que par l’un ou l’autre des ingrédients.

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L’efficacité reconnue du traitement corrobore sensiblement l’étiologie proposée plus haut. Dans l’érucisme, les poils urticants implantés dans la langue continuent à y progresser tant qu’on ne les en a pas ôtés. Arrêter ce processus aurait bien consisté à éliminer les tissus en voie de mortification avec les poils qu’ils contenaient en grattant jusqu’aux couches saines, reconnaissables au fait qu’elles saignent facilement.

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Auprès des moyens thérapeutiques réservés aux malades, prenaient place les préservatifs, médications destinées aux animaux indemnes qui devaient leur éviter d’être atteints eux aussi. Cette pratique, très utile, on l’a vu, aux desseins de Bourgelat, n’était pas nouvelle. Elle s’était imposée auparavant à l’occasion d’autres épizooties et d’épidémies, principalement la peste humaine de 1720. Ainsi l’imprimé paru à Metz proposait un remède préservatif dont on imbibait une spatule munie de feutre afin de frictionner la langue, de même qu’un procédé pour « parfumer » les écuries en faisant brûler des mèches fumigènes de fabrication domestique [148][148] Observations sur la maladie du bétail, et les remedes.... Claude Bourgelat fut d’abord partisan de la saignée, de complexes boissons acidulées (on disait « acidules ») et également des parfums, fumigations qu’il indiquait de faire dans les étables en jetant vinaigre et substances odorantes sur des charbons ardents [149][149] Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…,.... Les parfums et les vapeurs acides étaient censés les neutraliser l’alcalinité fétide des miasmes et autres principes morbifiques. En juin 1763, Bourgelat supprima la saignée, ajouta des lotions de la langue et ordonna la « désinfection » au vinaigre des auges et des râteliers [150][150] Ibid.. En Gâtinais, comme préservatif, « on a frotté tous les jours la langue [des chevaux et des vaches] avec un poireau trempé dans du poivre, du sel et du vinaigre » [151][151] Du Hamel, 1767, p. 551-552.. L’auteur de la lettre s’est même servi d’un « bridon de bois imbibé de poivre, de sel, de vinaigre et d’ail », ce que l’on nommait aussi billot ou mastigadour[152][152] Masticatoire. Substance qu’on introduit et qu’on fixe.... Ces procédés, sous des formes plus ou moins adultérées, persistèrent dans quelques régions, alors que l’affection qui en avait été l’origine était depuis longtemps oubliée. Ils n’eurent désormais d’autre but que de maintenir la santé et l’appétit des animaux, comme le rapportait encore, en 1839, Louis-Henri Hurtrel d’Arboval, probablement pour les avoir observés dans sa pratique du Pas-de-Calais :

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« Les ménagères des campagnes aiment à frotter la langue et l’intérieur de la bouche de leurs vaches avec un mélange de vinaigre, d’ail, de poivre, d’assa-fœtida, de camphre ou d’autres substances analogues ; elles en composent aussi des nouets et des billots pour les mettre dans la bouche, et même des colliers, tout au moins inutiles, malgré les fausses idées que le vulgaire y attache quelquefois [153][153]  Hurtrel d’Arboval, 1839, t. 4, p. 99.. »

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Constatation habituelle : la prescription savante passée de mode, il en subsiste longtemps des traces dans la médecine populaire, et, faut-il l’avouer, les exemples actuels susceptibles d’illustrer ce fait ne manquent pas.

En 1763, l’absence d’experts compromet l’action du pouvoir

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Sans s’engager dans une critique anachronique qui imposerait au passé les exigences des réglementations modernes, on peut tenter d’analyser les faiblesses de la gestion des épizooties en 1763. Dans un premier temps – de mars à mai – les intendants ont pris, en toute indépendance, les mesures qui leur semblaient appropriées. Malgré le consensus sur le caractère contagieux du mal, ni le Ministère ni le Contrôle général n’intervinrent avant le 19 juin, lorsque Henri-Léonard Bertin tenta d’imposer des mesures prophylactiques générales. Sans doute, la mortalité restait modérée, le traitement opérait, et aucune généralité n’avait encore demandé le secours ni même l’avis de Versailles, excepté l’envoi de quelques élèves vétérinaires.

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Sans conséquences en 1763, cet attentisme en haut lieu devait se révéler catastrophique huit ans plus tard, en 1771, quand revint la peste bovine dans le nord du royaume. La funeste contagion avait fait une terrible hécatombe aux Pays-Bas – plus de 375 000 têtes de 1769 à 1770 – avant de pénétrer en France [154][154] Gazette d’Amsterdam, 16 août 1770, in Delafond, 1838,.... On ne peut imaginer que le Conseil du roi ait pu ignorer des nouvelles aussi inquiétantes. Pourtant l’ordonnance du 6 janvier 1739, qui prévoyait dans ce cas la fermeture des frontières, ne fut pas appliquée. Après la Flandre autrichienne [155][155] Vicq d’Azyr, 1776 : pour la Flandre autrichienne, Ordonnance..., la Flandre française ne tarda pas à être atteinte, suivie de la région de Laon d’où la maladie s’étendit à toute la Picardie et à l’Artois, occasionnant la mort de 11 000 bêtes [156][156] Delafond, 1838, p. 154.. Le 31 janvier 1771, un Arrêt du Conseil déplorait que, « malgré les secours que Sa Majesté a fait porter aux lieux où ladite maladie s’est manifestée, la contagion a continué à se répandre par la négligence, même par la mauvaise foi des propriétaires des bestiaux malades […] » [157][157] Ibid., p. 99.. Accuser la population pour son manque de civisme ne pouvait cacher la réalité : les secours s’étaient encore limités à l’envoi d’élèves vétérinaires pour traiter les animaux, mesure très illusoire contre une maladie réfractaire à toute thérapeutique et que seule une stricte police sanitaire aurait pu ralentir.

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Plus que de supposer l’incapacité de l’Ancien Régime à gérer une crise de ce genre, il faut voir ici l’effet d’un défaut de structures. Sur place, en l’absence d’experts fiables, la maladie était plus ou moins bien détectée et reconnue. On avertissait ensuite l’intendant qui, en bon père de famille, décidait seul de ce qu’il convenait de faire, et, plus grave, n’en référait pas nécessairement à Versailles. L’action des officiers locaux, on l’a vu, n’était pas moins improvisée. Il fallut attendre l’Arrêt du Conseil du 18 décembre 1774 pour que Turgot, devenu Contrôleur général, centralise définitivement les informations et les décisions en matière d’épizooties [158][158] Article 5 : ibid., p. 105.. De surcroît, la connaissance des maladies des bovins restait très rudimentaire et la formation clinique faisait défaut aux professionnels appelés à seconder le pouvoir dans la gestion des grandes contagions du bétail. Les médecins consultés par les autorités appliquaient avec plus ou moins de bonheur une culture médicale étrangère à la pathologie des bestiaux ; Claude Bourgelat, malgré des vues générales prémonitoires, n’avait guère plus de connaissances pratiques ; quant aux élèves vétérinaires, leur formation n’en était qu’à ses débuts.

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On manquait donc de spécialistes chevronnés autant au ministère que sur le terrain. Un protocole de lutte contre les épidémies animales avait certes été mis au point à l’occasion des pestes bovines de 1714 et de 1745 [159][159] Arrêts du Conseil du 16 septembre 1714, du 6 janvier..., mais, faute d’une nosologie précise, il était difficile de se persuader du bien fondé des règles les plus contraignantes. L’application par les autorités locales prêtait à discussion car il fallait compter avec la crainte d’entraver le commerce, et pas seulement celui des bestiaux, le transport des marchandises faisant surtout appel à la traction animale [160][160] Lettre de l’Intendant du Berry, 5 mai 1763, Arch. dép..... Enfin, seule solution efficace, et que l’Europe du Nord avait déjà mise en usage avec succès, l’abattage précoce répugnait à l’esprit français. Il ne passa dans la pratique qu’en 1774, dans un Sud-ouest submergé par la peste bovine où il fut d’ailleurs tardif et inutile.

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L’épizootie de 1763 n’en marque pas moins un certain nombre de progrès, résultats évidents de la volonté de quelques hommes, et l’on peut dire que, dans ce domaine, brille pour la première fois un peu de l’esprit des Lumières. Les débuts de l’École vétérinaire de Lyon en sont une preuve modeste mais certaine. Passionné de sciences, d’agriculture et d’horticulture, Henri-Léonard Bertin, conçut cette institution en 1761 – l’École d’Alfort en 1765 – et la protégea jusqu’à son départ des affaires, en 1780. Claude Bourgelat, pour sa part, organisa et dirigea l’enseignement jusqu’à sa mort, en 1779. L’écuyer lyonnais était aussi, à sa façon, homme de progrès. Il avait fait partie, en son temps, de l’équipe de l’Encyclopédie pour laquelle il avait rédigé de 1755 à 1757 les articles relatifs à l’équitation et à la maréchalerie. Malgré les lacunes de l’instruction prodiguée aux élèves, il cherchait sincèrement à jeter les bases d’une médecine animale rationnelle qui vit effectivement le jour en quelques décennies. Quant aux intendants, certains au moins, gagnés aux vues des Physiocrates, avaient parfaitement compris l’enjeu que représentait la création d’une profession spécialisée dans la lutte contre les contagions animales. Anne-Robert Turgot en fut un bon exemple, qui alla jusqu’à réclamer la création d’une école vétérinaire dans sa généralité du Limousin.

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*

80

En bref, le caractère bénin de cette épizootie de mal de langue a eu deux conséquences : celle de diminuer, huit ans plus tard, la vigilance du pouvoir contre l’invasion de peste bovine ; celle de donner une idée favorable de la capacité des élèves vétérinaires et indirectement d’aider la nouvelle école à perdurer.

81

Pour ce qui concerne l’histoire naturelle du mal de langue, il faut distinguer les acquis des hypothèses. Nous avons établi que la maladie était une entité pathologique à part entière, certainement non contagieuse. Elle s’est manifestée sur les herbivores à des intervalles variables, dans des régions préférentielles, par accès de deux années. À l’évidence, elle était liée à des facteurs environnementaux. La supposition selon laquelle le mal de langue aurait été du aux chenilles processionnaires semble étayée par un faisceau considérable d’arguments. Cependant il ne s’agira toujours que d’une conjecture tant que seront ignorés les facteurs responsables de la disparition progressive des épizooties. Le doute ne pourrait être levé que par une expérimentation coûteuse et surtout contestable, en raison du climat de compassion pour les animaux qui s’est désormais imposé.


Annexe

Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux dans plusieurs provinces de France, et remèdes éprouvés contre cette maladie Juin 1763, Paris, imprimerie Royale, in-4°, 7 p.

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On attribue aux chaleurs excessives de l’été dernier, qui dessécha extrêmement tous les herbages et corrompit les eaux, la maladie dont les Bestiaux et particulièrement les bêtes à cornes, ont été attaqués dans quelques provinces du royaume dès le commencement du Printemps ; la rigueur et la longueur de l’Hiver dernier, qui a retenu les boeufs plus long-temps qu’à l’ordinaire dans les étables, est la cause immédiate et peut être plus naturelle de ce mal; il s’est manifesté presqu’en même temps et de la même manière en Limosin, en Poitou, dans le pays d’Aunis, en Bourbonnois, en Touraine et en Berri ; l’Orléanois et la Champagne en ont été infectés plus tard : on apprend que les bestiaux de Lorraine, du pays Messin et du Haynault confinant le pays du Luxembourg et des Ardennes, sont attaqués de la même maladie ; elle se déclare par les mêmes symptômes, porte le même caractère, et cède par-tout au même remède qu’on emploie généralement pour la guérir.

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On a observé en Flandre et dans le Haynault, que cette maladie est précisément la même qui avoit régné en 1714.

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Description Elle se manifeste par un bouton qui paroît dessus ou dessous la langue près de sa racine, où il se forme un toupet de poil jaunâtre qui ronge la langue et la fait tomber ; en Lorraine elle se découvre par une vessie qui paroît au même endroit blanche dans sa naissance, elle rougit et devient presque noire ; elle crève et laisse un ulcère chancreux qui creuse dans l’épaisseur de la langue, en avançant du côté de la racine, et la coupe en entier ; la bête mange, boit et travaille à son ordinaire ; ce symptôme est à peu près le même par-tout, il ne diffère que du bouton à la vessie, mais toujours suivi de l’ulcère chancreux. Cette maladie, capable d’effrayer par l’apparence de malignité et la promptitude avec laquelle elle se répand, n’a heureusement aucune suite fâcheuse ; elle cède aisément à des remèdes simples et il n’en résulte, à moins qu’on ne la néglige, aucune catastrophe funeste.

85

Cure On visitera avec soin deux ou trois fois par jour la langue des bestiaux, et si l’on aperçoit un bouton, une vessie ou un ulcère, il faut tout de suite racler avec une cuiller ou une pièce d’argent, la partie malade ou cicatrisée de la langue, jusqu’à ce que le sang sorte, et que le poil, s’il y en a, soit tombé : on prend ensuite du vinaigre le plus fort, on y mêle du sel, du poivre, beaucoup d’ail, de la rue, si l’on en a, et de la poirée bien pilée, on frotte avec ce mélange la partie malade et toute le langue, ce qu’il faut répéter deux ou trois fois par jour.

86

On recommande ce remède avec une confiance entière, puisqu’il a été employé dans toutes les provinces où la maladie s’est manifestée, et qu’il a eu le succès le plus complet.

87

Cette épidémie gagne en un jour toute une paroisse, sans qu’il y ait aucune communication avec d’autres, ce qui dénote que le mal est de la nature de ceux dont les causes résident dans une certaine habitude que les corps ont contractée par l’air ou par les alimens, et qu’il est à propos d’employer des remèdes préservatifs pour les bestiaux qui n’en sont point encore attaqués; la recette suivante a très bien réussi en Lorraine, en Limosin et dans d’autres provinces.

Prenez pour chaque Bête

Préservatif

Thériaque ou Orviétan

trois dragmes

Gérofle

une dragme

Canelle

une dragme

Poivre concassé

deux dragmes

Gingembre

une dragme

Genièvre en grains

deux dragmes

Et une muscade de moyenne grosseur, qu’il faut concasser.

88

On fait infuser le tout dans un pot bien couvert pendant cinq ou six heures au moins, dans une pinte de bon vin rouge ; et avant de donner le remède, on a soin de bien remuer le tout de manière que le marc suive l’infusion : on observe encore de ne donner ce breuvage que quand la bête a demeuré cinq à six heures sans manger.

89

Le Roi ayant, par son arrêt du 4 août 1761, établi à Lyon une école pour former des élèves de toutes les provinces dans la connoissance des maladies des bestiaux et de leur guérison, il en a confié la direction au sieur Bourgelat, écuyer du Roi, et correspondant de l’Académie Royale des Sciences. L’école est fréquentée par des élèves qui y ont accouru de plusieurs généralités du royaume, et l’on n’a pas tardé à reconnoître les bons effets de cet établissement.

90

La sécheresse de l’été dernier ayant causé pendant ses chaleurs des maladies des bêtes à cornes dans les provinces de Dauphiné, de Forès, Auvergne, Limosin et Bourbonnois, le sieur Bourgelat envoya quatre de ses élèves dans ces provinces où les remèdes qu’ils ont administrés ont eu tout le succès qu’on en pouvoit espérer, ils ont réussi de même cette année, et l’on ne croit pouvoir mieux terminer ces observations que par l’extrait d’une lettre du sieur Bourgelat, qui ne laisse rien à désirer sur cet objet.

91

Extrait d’une Lettre de M. Bourgelat

92

Après avoir parlé des remèdes ci-dessus appliqués pour l’ulcère qui survient avec tant de promptitude à la langue des animaux, il ajoute :

93

« Une pareille méthode est simple et peut-être très bonne ; cependant dans le cas où le mal auroit fait certains progrès, elle pourroit être insuffisante. J’y en ai substitué une plus conforme aux vrais principes, et elle a été mise en usage dans la généralité de Moulins, sur trois-cent-trente bêtes à corne qui ont été traitées par mes Elèves, et qui toutes ont été guéries.

94

Ils se sont d’abord occupés du soin d’administrer aux animaux sains les remèdes préservatifs, ils ont dans cette intention saigné ces mêmes animaux à la jugulaire ; cette opération a été suivie de lotions fréquentes sur la langue, de boissons acidules (sic) nitrées et de parfums.

95

Lotion

96

Prenez vinaigre, poivre, sel, assa-foetida concassé, mêlez bien le tout, laissez macérer, remuez encore et frottez la langue et toutes les parties de la bouche dans les deux mâchoires avec cette liqueur (sic). Etuvez spécialement la langue dessus et dessous et dans ses côtés avec un linge qui en sera imbibé, vous pouvez ajouter à la liqueur une demi-once de sel ammoniac.

97

Boisson

98

Faites de l’eau blanche avec du son selon la méthode ordinaire, mettez-y cristal-minéral une once, et du vinaigre jusqu’à une agréable acidité.

99

Parfums

100

Faites évaporer du vinaigre sur des charbons ardens dans les écuries, ou bien :

101

Prenez baies de genièvre quatre poignées, absynthe, racine d’enula campana, feuilles de sabine, de chacune deux poignées, myrrhe une once, pulvérisez le tout, faites brûler sur un réchaud.

102

Il sera bon encore de faire macérer dans suffisante quantité de vinaigre des baies de genièvre que l’on donnera à la dose d’une poignée dans du son deux fois par jour.

103

Si la contagion est extrême, on prendra feuilles de rue deux poignées, on les fera infuser dans demi-pinte de vin rouge, on y ajoutera quelques gousses d’ail, des baies de genièvre et deux dragmes de camphre ; on en donnera tous les matins à jeun une corne à chaque animal. C’est ainsi, Monsieur, que nous sommes parvenus à préserver dans le Bourbonnois deux-cent-vingt-cinq bœufs, dont plusieurs communiquoient avec les animaux malades.

104

Quant au traitement de ceux-ci, j’ai défendu toute saignée, j’ai recommandé les parfums ; et en ce qui concerne la tumeur, j’ai cru qu’il étoit plus sûr et préférable de la faire emporter avec le bistouri ou les ciseaux, que de la racler simplement. J’ai ordonné des scarifications exactes dans le fond et sur les bords de l’ulcère ; j’ai fait étuver ensuite cinq ou six fois par jour la langue et la partie ulcérée avec de la teinture de myrrhe et d’aloès, ou avec de l’eau-de-vie chargée de sel ammoniac et de camphre à la dose de demi-once de l’un et de l’autre sur huit once de cette même eau. Le camphre s’y dissout insensiblement en triturant peu à peu dans un mortier, et en augmentant la dose d’eau-de-vie à mesure de dissolution.

105

Comme je n’ai pu me persuader que dans la circonstance d’une maladie dont la contagion est aussi rapide, il suffisoit de la traiter extérieurement, j’ai prescrit ensuite des alexitères ou remèdes préservatifs suivans :

106

Prenez racine de contrayerva et d’aunée en poudre, de chacune trois dragmes, poudre de vipère demi-once, camphre une dragme, mêlées avec suffisante quantité d’extrait de genièvre, formez une pilule, donnez à l’animal.

107

Ou bien, prenez racine de dompte-venin, d’impératoire, d’aunée, d’angélique, à la dose de demi-once chacune, faites bouillir dans deux livres de vinaigre rosat jusqu’à diminution du tiers ; ajoutez à la colature, orviétan une once et demi, donnez en deux doses à l’animal, l’une le matin à jeun et l’autre le soir, et ayant soin de le bien couvrir pendant l’effet du remède. Il importe au surplus de bien panser et bien étriller les animaux qui sont sains.

108

Voilà, Messieurs, une méthode dont l’expérience garantit le succès. Je me hâte de vous l’adresser. »


Bibliographie

  • Périodiques

    • Annales de l’Agriculture Française, ou recueil encyclopédique d’agriculture, 1796, in-8°, fig., fondé par Tessier, Bosc et Huzard : 1ère série, 1796-1797 puis 1801-1817, 70 vol. ; 2e série, 1818-1828, 44 vol. ; 3e série 1829-1839, 24 vol. etc.
    • Bulletin de la Société centrale de Médecine vétérinaire, t. 1, 1847. Parution définitivement séparée du Recueil de médecine vétérinaire à partir de 1883 : t. 1, nouvelle série, xxxviie vol. de la collection. À partir de 1928, Bulletin de l’Académie vétérinaire de France.
    • Histoire de la Société royale de Médecine, 2 tomes in-4° par parution, l’un pour l’Histoire, l’autre pour les Mémoires de médecine et de physique médicale tirés des registres de la Société Royale de Médecine : 1776, Paris, Philippe Denys Pierres, 1779 ; 1777-1778, Paris, Ph. D. Pierres, Didot, 1780 ; 1779, impr. de Monsieur, 1782 ; 1780-1781, Paris, id., 1785 ; 1782-1783, (Paris ?), 1787 ; 1784-1785, (Paris ?), 1788 ; 1786, Paris, Barrois, Didot impr., 1790 ; 1787-1788, Paris, id., 1790 ; 1789, t. x, Paris, Didot, An VI (1798).
    • Journal des Sçavans, t. x, Amsterdam, Pierre Le Grand, 1682, in-12.
    • Journal des Vétérinaires du Midi, Toulouse, 1 vol. in-8° par année. 1e série : 10 t., 1838-1847. 2e série, 1848 et s.
    • Journal économique ou mémoires, notes et avis sur les arts, l’agriculture et le commerce et tout ce qui peut avoir rapport à la santé, ainsi qu’à la conservation et augmentation des biens… par Baudeau, Boudet, Goulin, Querlon, Dreux du Radier, et autres, Paris, 1751-1772, 43 vol. in-12 et 15 vol. in-8°.
    • Mémoires de l’Académie royale des Sciences, Année 1764. Paris, Imprimerie royale, 1767, in-4°.
    • Mercure historique et politique contenant l’état présent de l’Europe, ce qui se passe dans toutes les cours, les intérêts des princes et tout ce qu’il y a de curieux pour le mois de janvier 1732, par M. Rousset, membre de la Société royale de Berlin, tome xcii, La Haye, Henri Scheurleer, 1732, in-12.
    • Recueil de Médecine vétérinaire, 1 vol. in-8° par année, 1824-1999, Paris, Gabon, puis Béchet, puis Baillière, etc. En 1826 et 1827 : Journal de médecine vétérinaire. Reprend en 1828 son titre initial. 2e série, t. 1 à 12, Recueil de médecine vétérinaire pratique, 1832-1843. 3e série, 1844 et suiv.
  • Publications officielles

    • Avis sur une maladie qui a attaqué un grand nombre de bestiaux à cornes dans différentes provinces du royaume, Amiens, veuve Godart, 1763, in-4°, 6 p. [env Alfort]
    • Instruction sur la maladie courante du gros bétail, s.l., Couret de Villeneuve, imprimeur du roi et de l’évêché, 1763, in-4°, 4 p. [env Alfort]
    • Observation sur la maladie des bêtes à cornes et remedes pour les en préserver et guérir, Paris, Imprimerie royale, 1763, in-4°, 3 p. [env Alfort]
    • Observation sur une maladie qui attaque les bêtes à cornes dans la généralité d’Auvergne et qui s’est introduite sur la fin du mois d’Avril 1731 dans l’élection de Gannat, généralité de Moulins, Placard imprimé, in-4°, s.l.n.d. [Arch. dép. Calvados, C6404, Intendance de Caen].
    • Observations sur la maladie du bétail, et les remedes pour la prévenir, en conséquence de l’Arrêt du Parlement de Metz du 3 mai 1763, et de l’Ordonnance de M. l’Intendant. Metz, 1763, in-4°, 3 p. [Arch. dép. Val-de-Marne, 7M 208, f° 412]
    • Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux dans plusieurs provinces de France, et remèdes éprouvés contre cette maladie, Paris, Imprimerie royale, Juin 1763, in-4°, 7 p. [bnf] Cf. infra, Annexe.
    • Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux dans plusieurs provinces de France ; et les remedes éprouvés contre cette maladie, Juin 1763, Rouen, J. J. Le Boullenger, 1763, in-4°, 8 p. [env Alfort]
    • Observations sur une maladie qui attaque les bêtes à cornes dans la généralité d’Auvergne, et qui s’est introduite sur la fin du mois d’avril dans l’élection de Gannat, généralité de Moulins. 1 f., in-4°, s.l.n.d. [1731] [env Alfort]
    • Ordonnance de Monseigneur l’Intendant de Tours concernant la Maladie régnante sur les Bêtes à Cornes dans quelques Élections de la Généralité de Tours, du vingt Avril 1763, Tours, E. Vauquier impr., in-4°, 8 p. [env Alfort, 765]
  • Ouvrages parus avant 1900

    • Barailon, Docteur en médecine de Montpellier, médecin en chef de la généralité de Moulins pour les épidémies, les épizooties et tous les objets de salubrité publique, associé régnicole de la Société royale de Médecine de Paris, membre de celle d’agriculture de Moulins, médecin ordinaire du roi, son conseiller au pays de Combraille, etc., Instruction sur les maladies épizootiques les plus familières de la généralité de Moulins, sur leurs préservatifs et sur le traitement le plus convenable à chacune d’elles, Moulins, J. Pavy, 1787, in-4°, 57-(2) p.
    • Barberet, Dionys, Mémoire sur les maladies épidémiques des bestiaux qui a remporté le prix proposé par la Société Royale d’Agriculture de la généralité de Paris pour l’année 1765. Paris, d’Houry, 1766, in-8° de vi-162 p. [Notes de Claude Bourgelat].
    • Berthaud, ancien élève de l’École d’Alfort, etc., auteur du nouveau Maréchal-Expert, Le Nouveau parfait bouvier, traité complet de l’élevage des bestiaux, contenant le parfait bouvier, le parfait berger […] suivi de conseils sur l’administration d’une basse-cour, l’éducation des abeilles et des vers à soie, et d’un précis sur les chevaux et les bêtes de somme, nouvelle édition, Paris, B. Renault, 1835, in-12, 220 p.
    • Bonsi, Istruzione veterinaria sulla presente epidemia contagiosa, Venezia, 1801
    • [Bourgelat, Claude] Mémoire sur les maladies contagieuses du bétail, Paris, Imprimerie royale, 1775, in-4°, 32 p.- À la suite: Sommaire d’un Mémoire sur une question très-importante, Paris, Imprimerie royale, 1775, in-4°, 11 p.
    • [Brugnone, Carlo Giovanni] Barentin de Montchal, C., Traité sur les haras, extrait de l’ouvrage de Jean Brugnone, Directeur de l’École vétérinaire de Turin et membre de l’Académie des Anismatici de Belluno, Paris, Mme Huzard, 1807, in-8°, 238 p. [Traduction abrégée de l’ouvrage italien de 1781].
    • Chabert, Philibert, Flandrin, Pierre, Huzard, J.-B., Instructions et observations sur les maladies des animaux domestiques, Paris, Huzard, 1e éd. : t. i (Almanach vétérinaire), 1782 ; t. ii, 1792 ; t. iii, 1792 ; t. iv, 1793 ; t. v, 1794 ; t. vi, 1795 ; 6 vol. in-8°. Dernière édition, citée ici : t. i, 4e éd., 1809 ; t. ii, 4e éd., 1827 ; t. iii, 3e éd., 1808 ; t. iv, 3e éd., 1812 ; t. v, 3e éd., 1813 ; t. vi, 3e éd., 1824.
    • Delafond, Onésime, Traité sur la police sanitaire des animaux domestiques, Paris, Béchet, 1838, in-8°, 813 p., 2 tableaux h.t. ;
    • —, Professeur de pathologie, de thérapeutique, de police sanitaire, de médecine légale et de chirurgie pratique à l’École royale vétérinaire d’Alfort […], Traité sur la Maladie de sang des bêtes bovines suivi de l’étude comparée de cette affection avec l’entérite suraiguë et la fièvre charbonneuse, Paris, Labé, 1848, in-8°, 316 p.
    • Duhamel du Monceau, Henri-Louis, « Observations botanico-météorologiques, faites au château de Denainvilliers, proche de Pithiviers, en Gâtinois, pendant l’année 1763 », Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1764, 1767, p. 550-552.
    • Duverdier de Marsillac, « Épizootie qui a régné dans le département du Cantal, en mars et avril 1838, sur les bêtes à grosses cornes », Recueil de médecine vétérinaire, 1838, p. 392-399.
    • Estampe, « Observation de Glossanthrax sur le cheval », Journal des vétérinaires du Midi, 1844, p. 41-47
    • Fantini, G., Sull’epidemia contagiosa insorta nel Piceno, Jesi, 1787
    • Fleming, George, Animal plagues : their history, nature, and prevention, t. 1, London, Chapman and Hall, 1871, in-8°, xxxiv-548 p. ; t. 2 (from a. d. 1800 to 1844), London, Baillière, Tindall and Cox, 1882, xii-539 p.
    • Fot, Augier du, Médecin-Pensionnaire de la ville de Laon et de la Généralité de Soissons, pour les maladies épidémiques, Mémoire sur la maladie épizootique du pays Laonnois, Laon, Jean Calvet, 1771, in-12, 50 p.
    • Gellé, Pierre-Benjamin, Pathologie bovine ou traité complet des maladies du bœuf, Paris, Bouchard-Huzard, Lyon, Ayné, Toulouse, l’auteur, 1840, 3 vol in-8°.
    • Goulin, Mémoires littéraires, critiques, philologiques, biographiques et bibliographiques pour servir à l’histoire ancienne et moderne, Paris, Jean-François Bastien, 1777, in-4°, 2 vol.
    • Guersent, L.B., Dr en médecine, Essai sur les épizooties, Paris, C.L.F. Panckoucke, Mme Huzard, 1815, in-8°, iv-127 p.
    • Hastfer, Frédéric W., Instruction sur la manière d’élever et de perfectionner les bêtes à laine, composé en Suédois, mise en François par M.***, Paris, Guillyn, Dijon, François Desventes, 1756, 2 vol. in-12°, de xliv-178 et 238 p.
    • Hurtrel d’Arboval, Louis Henri, Dictionnaire de médecine et de chirurgie vétérinaires, Paris, J.-B. Baillière, 2e éd., 1838-1839, 6 vol. in-8°.
    • Huzard J.-B., dit Huzard fils, Esquisse de nosographie vétérinaire, extrait du Nouveau Dictionnaire d’Histoire naturelle de Déterville, 1818, in-8°, 141 p. ; 2e éd., Paris, Mme Huzard, Déterville, 1820, in-8°, 342 p.
    • Lafore, Pierre-Augustin, Traité des maladies particulières aux grands ruminants, Paris, Bouchard-Husard (sic), Toulouse, Lebon, Lyon, Savy, 1843, in-8°, 728 p.
    • Lafosse, Philippe-Étienne, Dictionnaire raisonné d’hippiatrique, cavalerie, manège et maréchallerie, Paris, Boudet, 1775, 4 vol. in-8°.
    • Leroi, Giovanni-Luigi, Compendio teorico pratico d’istizioni veterinarie pei casi di epizoozie con appendice alla terza parte sul modo di amministrare il verd, e le sue varie influenze sull’organismo animale sano ed infermo, Milano, Giuseppe Borsani, 1815, 2 vol. in-8°.
    • Liger, Louis, Oeconomie générale de la Campagne, ou Nouvelle Maison Rustique, 4e éd. 1732, 5e éd. 1740, 6e éd. 1749, 7e éd. 1755, 8e éd. 1762, 9e éd. 1768, 10e éd. 1775, 11e éd. 1777, 12e éd. par J.-F. Bastien 1798, 13e éd. 1804.
    • Miquel, « Exemple frappant de guérison d’anthrax malin à la langue et à la gorge… », Journal des vétérinaires du Midi, 1845, p. 119-124.
    • Orlandi, Pietro, Accademio correspondante delle Georgiche Società di Montecchio, di Corneto, di Foligno etc., Memoria sulle malattie de’bestiami, Roma, in Lazzarini, 1786, in-8°, 188 p.-15 pl. h. t. de botanique ;
    • —, Sulla vera origine del cancro volante, che produsse grave mortalità de’buoi nello Stato Pontifico, Roma, 1787
    • Ozanam, J.A.F., Histoire médicale générale et particulière des maladies épidémiques contagieuses et épizootiques, qui ont régné en Europe depuis les tems les plus reculés jusqu’à nos jours, 2e éd., Paris, Lyon, chez l’auteur, 1835, 4 t. in-8°.
    • Paulet, Jean-Jacques, Recherches historiques et physiques sur les maladies épizootiques avec les moyens d’y remédier dans tous les cas, Paris, Ruault, 1775, 2 vol. in-8° de xix-416 + (4)-501 p.
    • Petrini, L., Memoria dell’epizoozia bovina del 1786, Loreto, 1786
    • Pozzi, Giovanni, Delle epizoozie dei bovi, delle pecore e dei porci e di alcune altre loro malattie, della rabia dei cani, e delle regole per impedire la diffusione dei contagi, Milano, G.G. Stefanis, 1812, in-8°, 421 p.
    • Pradal, Amédée, Traité des maladies du porc, leurs symptômes, leurs causes, avec l’indication des procédés opératoires, des moyens de les guérir et de les préserver, Castres, J.L. Pujol, 1847, in-8°.
    • Réaumur, de l’Académie Royale des Sciences, Mémoires pour servir à l’histoire des insectes, Paris, Imprimerie royale, 1734-1742, 6 vol. in-4°.
    • [Rozier, abbé] Cours complet d’agriculture théorique, pratique, économique et de médecine rurale et vétérinaire, ou dictionnaire universel d’agriculture, par une société d’agriculteurs, et rédigé par l’Abbé Rozier, Paris, rue et Hôtel Serpente, puis Librairie d’Éducation et des Sciences et Arts, et Marchant, Drevet, Crapart, etc… 1783-1805, 12 vol. in-4°.
    • Sauvages, François Boissier de, Nosologia methodica sistens morborum classes, genera et species, juxta Sydenham mentem et botanicorum ordinem Classis iii, Amsterdam, les frères de Tournes, 1763, 5 vol. in-8°.
    • Scheuchzer, Johann Jacob, Fliegender zungenkrebs, eine viehseuche, Zürich, 1732, 60 p.-1 fig.
    • Société des Médecins de Genève, Réflexions sur la maladie qui a commencé depuis quelques années à attaquer le gros bétail, en divers endroits de l’Europe, avec un recueil de quelques autres pièces sur ce sujet, Paris, Piget, 1745, in-12, ix-492 p.
    • Tourneux, Maurice, Correspondance littéraire, philosophique et critique adressée à un souverain d’Allemagne depuis 1770 jusqu’en 1782, par Grimm, Diderot, Raynal, Meister etc., revue sur les textes originaux…, Paris, 1879, t. ix, p. 132.
    • Traité des maladies des bestiaux et des animaux les plus utiles à l’homme, et sur la manière de les guérir avec les meilleurs remedes, et de les préserver de maladies ; avec une instruction sur les moyens de les nourrir pendant l’hiver au défaut des fourrages gâtés, ou qui manquent, en substituant d’autres alimens en place, qui serviront à engraisser et à multiplier les animaux et à enrichir les particuliers qui se serviront de ces moyens, par un Médecin des Facultés de Besançon et de Montpellier, Besançon, veuve Daclin, 1782, in-12, viii-229-(2 ) p.
    • Tribout, C., artiste vétérinaire et membre de la Société d’Agriculture, Arts et Commerce du département de la Moselle, Mémoire sur le traitement des maladies épizootiques les plus communes dans le département de la Moselle, et sur les prairies naturelles et artificielles, Metz, B. Antoine, 1807, in-8°, 80-(1) p.
    • Vatel, Pierre-Isidore, Élémens de pathologie vétérinaire ou précis théorique et pratique de la médecine et de la chirurgie des principaux animaux domestiques, Paris, Gabon, 1828, 3 vol. in-8°.
    • Veith, Johann Emanuel, der Urzenenkunde Doctor, provisorischem Director und Professor am k. k. Thierarznen Institute, Handbuch der Veterinärkunde in besonderer Beziehung auf die Seuchen der nussbarsten Haussäugethiere, für Physiker, Kreischirurgen, Thierärzte und Ökonomen, Wien, Ben Jacob Maner und Compagnie, 1818, in-8°.
    • Vicq d’Azyr, Félix, Doct. Régent de la Faculté de Médec. de Paris, Médecin Consult. de Mgr. Le Comte d’Artois ; de l’Acad. Roy. des Sciences, Professeur d’Anatomie humaine et comparée, Commissaire-Général pour les épidémies, et premier Correspondant avec les Médecins du Royaume, Exposé des moyens curatifs et préservatifs qui peuvent être employés contre les maladies pestilentielles des bêtes à cornes, divisé en trois parties, Paris, Mérigot l’aîné, 1776, in-8°, xvi-(1)-728 p.
    • Vom so gennanten epidemischen Zungenkrebs, oder vielmehr von der zu einer heilsamen Würkung der Natur gereichenden Mundfaule unter dem Rindvieh. Zur Beruhigung erschreckter landleute von einem Chur-Braunschweigischen Landwirth, Göttingen, Johann Christian Dieterich, 1787, in-8°, 44 p. [Du soi-disant glossanthrax ou plutôt de l’action bénéfique de la pourriture de la bouche sur la santé des bêtes bovines. Au soulagement des paysans effrayés, de la part d’un fermier du Brunswick.]
    • Winkler, « An abstract of the letter from Dr Wincler chief physitian of the Prince Palatine, dat. Dec. 1682. to Dr Fred. Slare fellow of the Royal Society, containing an account of a murren in Switzerland, and the method of its cure », Philosophical transactions giving some accompt of the present undertakings, studies, and labours of the ingenious many considerable parts of the world, vol. xiii, 1683, n°145, p. 93-95.
  • Ouvrages parus après 1900

    • Bondois, Paul-Martin, « La protection des jardins et des cultures au xviiie siècle. La première loi d’échenillage, 1732 », Revue d’histoire économique et sociale, 1926, p. 447-457 ;
    • —, « La protection du troupeau français au xviiie siècle. L’épizootie de 1763 », Revue d’histoire économique et sociale, 1932, p. 352-375.
    • Bost, Jack, Lyon, berceau des sciences vétérinaires, Lyon, éd. Lyonnaises d’art et d’histoire, 1992, in-8°, 161 p.
    • Devèze, Michel, La Forêt et les communautés rurales, xvie-xvii e siècles (recueil d’articles), Paris, Publications de la Sorbonne, série réimpressions n° 3, 1982, in-8°, xxxviii-500 p.
    • Dronne, Michel, Bertin et l’élevage français au xviiie siècle, (thèse pour le doctorat vétérinaire Alfort 1965 n° 49), Maisons-Alfort, au Manuscrit, 1965, in-8°, 237 p.
    • Ferrières, Madeleine, Histoire des peurs alimentaires du Moyen Âge à l’aube du xxe siècle, Paris, éd. du Seuil, 2002, 294 p
    • Hours, Henri, La Lutte contre les épizooties et l’École vétérinaire de Lyon au xviiie siècle, Paris, puf, 1957, 94 p.
    • Hubscher, Ronald, Les Maîtres des bêtes, les vétérinaires dans la société française (xviiie-xxe siècle), Paris, Odile Jacob, 1999, in-8°, 441 p.
    • Mammerickx, Marc, Claude Bourgelat, avocat des vétérinaires, Bruxelles, l’auteur, 1971, in-8°, 199 p.
    • Moriceau, Jean-Marc, L’Élevage sous l’Ancien Régime (xvie-xviiie siècles), Paris, Sedes/her, 1999, 256 p.
    • Moulé, Correspondance de Claude Bourgelat, t. 1, Corbeil, impr. Crété, s. d., 61 p. ; t. 2, Paris, Asselin et Houzeau, 1919, in-8°, 218 p., extrait du Bulletin de la Société Centrale de Médecine Vétérinaire, vol. lxv, 1911, vol. lxvi, 1912, vol. lxix à lxxii, 1916-1919.
    • Poisson, L., Boutet, J.-P., Paillassou, P., Fuhrer, L., « Quatre cas d’envenimation par les chenilles processionnaires du pin chez le chien », Le Point Vétérinaire, vol. 25, n° 158, mars 1994, p. 992-1002.
    • Raillet, Alcide, et Moulé, Léon, Histoire de l’École d’Alfort, Paris, Asselin et Houzeau, 1908, in-4°, xx-829 p.
    • Toma, Bernard, Dufour, Barbara, Sanaa, Moez, Bénet, Jean-Jacques, Shaw, Alexandra, Moutou, François, et Louza, Armando, Épidémiologie appliquée à la lutte collective contre les maladies animales transmissibles majeures, 2 éd., Maisons-Alfort, aeema, 2001, in-8°, xxxvi-696 p.
    • Vallat, François, « Les épizooties en France de 1700 à 1850. Inventaire clinique chez les bovins et les ovins », Histoire et Sociétés Rurales, n°15, 1er semestre 2001, p. 67-104 ;
    • —, Épizooties en France de 1700 à 1850. Approche méthodologique. Application à une maladie oubliée, le Mal de langue ou Glossanthrax de Boissier de Sauvages, Mémoire de dea d’Histoire, sous la direction de Daniel Teysseire, Caen, 2002, 193 p. (texte) - 210 p. (annexes).
    • Wijgergangs, Toon P., « Tongblaar in de vorige eeuwen »,, in Van der Horst, Koert, Koolmees, Peter A., et Monna, Adriaan, (dir.), Over beesten en boeken. Opstellen over de geschiedenis van de diergeneeskunde en de boekwetenschap. (Aangeboden aan Guus Mathijsen bij zijn afscheid als bibliothecaris van de Faculteit der Diergeneeskunde te Utrecht), Rotterdam, Erasmus Publishing, 1995, p. 45-58.

Notes

[*]

Docteur-Vétérinaire, 23, rue Sadi Carnot, 93170, Bagnolet. Courriel : <francoisvallat@ epizooties. com>.

[1]

Histoire et Sociétés Rurales, n° 15, 1er semestre 2001, p. 67-104.

[2]

Vallat, 2002, texte : p. 85-159, annexes : p. 113-210. Synonymie : bouffle, bouflaballe, la boussole, le louet, l’ampoule, le ou la surlangue, sous-langue, le chancre volant, le charbon à la langue, le glossanthrax, la vessie à la langue, le perce-langue, la platane, la mayée, le toro, le poids ou pèze (ce dernier affecte particulièrement le palais), la verpeline, la vertepeline, l’échauty, le ou la légra. Les termes chancre et, chez le porc, boucle et tac désignent aussi d’autres maladies.

[3]

Voir par ex. Bibl. mun. Avignon, ms. 1628 : « Chronique de Jehan Redolphe Rouret, 1582-1606 », cité par Ferrières, 2002, p. 270-272.

[4]

Sauvages, 1763, t. 2, p. 360.

[5]

Liger, 1775, t. 1, p. 289-290.

[6]

Lettre de Bourgelat, Directeur de l’École royale vétérinaire de Lyon, à Henri-Léonard Bertin, Secrétaire d’État, 21 février 1763, in Moulé, 1919 [1917], t. lxx, p. 332-333.

[7]

Heusinger, 1853.

[8]

Winkler, 1683 [Bibl. centrale du Muséum National d’Histoire Naturelle].

[9]

« Extrait d’une lettre écrite à l’auteur du journal touchant la mortalité du gros bétail qui a ravagé cet esté dernier plusieurs provinces du royaume », Journal des Savants, x, 1682, p. 399-400 [Bibl. de l’Académie de Médecine].

[10]

Société des Médecins de Genève, 1745, p. 243-264 [Bibliothèque de l’École Nationale Vétérinaire d’Alfort].

[11]

Mercure historique et politique…, t. xcii, 1732, p. 114-120 [Bibliothèque Mazarine].

[12]

Sauvages, 1763 [Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine].

[13]

Du Hamel, 1767, p. 550-552.

[14]

« Épizootie charbonneuse sur les bœufs et sur les cochons », Annales de l’Agriculture française, t. 12, 1802, p. 69-72 ; « Compte rendu de l’École Vétérinaire de Lyon pour l’année 1821 », ibid., t. 17, 1822, p. 56. [Bibl. de l’Ac. d’Agriculture]

[15]

Barberet, 1766, p. 13, p. 48-49 et note de Bourgelat p. 150-153 ; Paulet, 1775, t. 1, p. 233 ; Barailon, 1787, p. 10 ; Chabert, « Du charbon ou anthrax… », 10e et 11e observation, p. 203-208, 13e observation, p. 212-231, in : Chabert, Flandrin, Huzard, t. 1, 4e éd., 1809 ; Chabert, « Aphthes » ibid., t. 4, 4e éd., 1812, p. 158-178 ; Hurtrel d’Arboval, 1838-1839, t. 1, p. 116 ; Duverdier de Marsillac, 1838.

[16]

Fleming, 1871, p. 150 et p. 248-253 [d’après Scheuchzer, 1732, British Library, cote 07293 k27(5)].

[17]

Paulet, 1775, t. 1, p. 113 ; p. 343-344.

[18]

C. Barrier, in Chabert, Flandrin, Huzard, t. 5, 3e éd., 1813, p. 135 ; « Relation de différentes maladies épidémiques qui ont régné, dans la généralité de Paris, sur plusieurs espèces d’animaux, depuis le commencement de 1763 jusqu’en 1764 », in Goulin, 1777, t. 1, p. 137-144 [bium].

[19]

Cf. bibliographie : publications officielles, infra, p. 112-113.

[20]

Journal œconomique, juillet 1763, p. 309-311.

[21]

Vom so gennanten epidemischen Zungenkrebs…, 1787.

[22]

Tribout, 1807, p. 45.

[23]

Estampe, 1844 ; Miquel, 1845.

[24]

Veith, 1818, t. 2, p. 180-187.

[25]

Wijgergangs, 1995.

[26]

Moriceau, 1999, p. 38.

[27]

Hastfer, 1756, t. 1, p. 158 ; Brugnone (1781), éd. 1807, p. 207-220 ; Traité des maladies des bestiaux…, 1782, p. 153 ; Rozier, t. 3, 1783, p. 30-32 ; Orlandi, 1786, p. 56 ; Pozzi, 1812, p. 26 ; Leroi, 1815, t. 1, p. 271-278 ; Vatel, 1828, t. 2, 2e partie, p. 14 ; Berthaud, 1835, p. 32-33 ; Gellé, 1840, t. 2, p. 243-252 ; Lafore, 1843, p. 684-687 ; Pradal, 1847, p. 87 ; Delafond, 1848, p. 222-225, 243-244, 284-286.

[28]

Bourgelat, « Des maladies des animaux considérés en général » [d’après un ms. de 1772], in Chabert, Flandrin, Huzard, t. 2, 4e éd., 1827, note, p. 119.

[29]

Winkler, 1683, p. 93, « Some impute this contagion to the witch-craft of the three Capucins in Switzerland. »

[30]

Vallat, 2001, p. 68-73.

[31]

Les premiers élèves arrivèrent en février 1762 dans les locaux de la Grande rue de la Guillotière : Bost, 1992, p. 27.

[32]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7M 208, f° 543 (arch. Alfort, dans un dossier malencontreusement intitulé « fièvre aphteuse » par un archiviste de la fin du xixe siècle).

[33]

Ibid., f° 391.

[34]

Lettre de C. Bourgelat à H.-L. Bertin, 21 février 1763, in Moulé, 1919 [1917], t. lxx, p. 332-333.

[35]

Pour les notions fondamentales d’épidémiologie animale : Toma et al., 2001. Pour l’histoire de la Police sanitaire vétérinaire sous l’Ancien Régime : Delafond, 1838.

[36]

Delafond, 1838, p. 89-93.

[37]

Ibid., p. 93-99.

[38]

Delafond, 1838, p. 94.

[39]

Arrêt du Conseil du 24 mars 1745, Art. 1.

[40]

Ibid.

[41]

Ordonnance de Mgr l’Intendant de Tours…, 1763.

[42]

Règlement édicté par l’Intendant de Champagne, Henri-Louis de Barberie de Saint-Contest, du 29 mai 1763, Arch. dép. Marne C 2987, et Bibl. nat., Joly de Fleury 382, dossier 4344, f° 320, in Bondois, 1932, p. 361.

[43]

Gaspard César Charles Lescalopier (1700-1792). Célèbre pour ses démêlés, en 1750, avec la Cour des Aides de Montauban au sujet des corvées, cet intendant autoritaire, sinon cassant, fut alors peu soutenu par le Contrôle général qui, en guise d’avancement, finit par le déplacer à Tours, où ne siégeait aucune cour souveraine.

[44]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7 M 208, f° 399.

[45]

Liger, 1775, t. 1, p. 289-290.

[46]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 402.

[47]

Ibid., f° 418.

[48]

Henri-Léonard-Jean-Baptiste Bertin (1719-1792) quitta le Contrôle général des Finances, dont il était titulaire depuis 1759, le 14 décembre 1763. Louis XV rétablit alors en sa faveur le cinquième Secrétariat d’État dont Bertin choisit lui-même les attributions pour en faire une sorte de ministère de l’économie et de l’érudition. De ce que la Cour appela bientôt le « petit ministère », relevaient : les manufactures de porcelaine, les Haras et les Écoles vétérinaires, l’agriculture et les Sociétés d’agriculture, le partage des communaux, les canaux d’arrosement, les mines, les carrosses, fiacres, coches, messageries et autres voitures publiques, tant par terre que par eau, à l’exception de celles de la Cour ; le roulage, les petites postes, les dépôts et collections des chartes, les loteries, à l’exception de celle de l’École militaire, l’Échange de la Principauté des Dombes, ses suites, revenus et impositions, les dons, pensions, brevets et expéditions qui dépendaient de son département : Dronne, 1965, p. 21-22.

[49]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 410.

[50]

Ibid., f° 411.

[51]

Ibid., f° 413.

[52]

Ibid., f° 416.

[53]

Ibid., f° 423.

[54]

Bibl. Nat., Joly de Fleury 382, dossier 4344, f° 325 in Bondois, 1932, p. 362.

[55]

Ibid., f° 332 et p. 365.

[56]

Ibid., f° 312-313 et p. 357-358.

[57]

Ibid., f° 323-324 et p. 360-361.

[58]

Ibid., f° 327 et p. 370.

[59]

Ibid., f° 335 et p. 370.

[60]

Bibl. Nat., Joly de Fleury 382, dossier 4344, f° 312-313 in Bondois, 1932, p. 357-358 ; Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 396.

[61]

Bondois, 1932, p. 357-358 ; Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 396.

[62]

Ibid., f° 323-324 et p. 360-361.

[63]

Ordonnance de Mgr l’Intendant de Tours…, 1763, préambule.

[64]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 400.

[65]

Ibid., f° 401.

[66]

Vallat, 2001, p. 91.

[67]

Goulin, 1777, t. 1, p. 137.

[68]

Dronne, 1965 : concernant H.-L. Bertin et l’épizootie de 1763, p. 89-100.

[69]

Mammerickx, 1971.

[70]

À la création de l’École d’Alfort en 1765, Bourgelat y amena de Lyon ses archives. Celles-ci ont été confiées depuis aux Archives départementales du Val-de-Marne.

[71]

Moulé, 1919.

[72]

Lettre de C. Bourgelat à H.-L. Bertin, 21 février 1763, in Moulé, 1919 [1917], t. lxx, p. 332-333 ; ibid., 22 juillet 1763, [1918], t. lxxi, p. 262-263.

[73]

Bourgelat, lettre du 21 février 1763, ibid.

[74]

Le 21 février 1763, le nombre des élèves nationaux s’élevait à 41, auxquels s’ajoutaient des étrangers envoyés de Suède, de Russie et d’Angleterre. Dans les mois qui suivirent, l’arrivée d’autres élèves porta, fin avril, le chiffre des français à 97 : Moulé, 1919 [1916], t. lxix, p. 373.

[75]

Ibid., lettre du 3 avril 1763, 1919 [1917], t. lxx, p. 333-334.

[76]

Delafond, 1838, p. 36.

[77]

Étude des corps bruts ou organisés qui forment les médicaments.

[78]

Bost, 1992, p. 46-49.

[79]

Lettre de Bourgelat à Bertin, 21 février 1763, in Moulé, 1919 [1917], t. lxx, p. 332-333.

[80]

Ibid., 3 avril 1763.

[81]

Ibid., [1918], t. lxxi, p. 262-264 et 301-303.

[82]

Lettre de Bourgelat, 3 avril 1763.

[83]

Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…, juin 1763.

[84]

Lettre du 22 juillet 1763, in Moulé, 1919 [1918], t. lxxi, p. 262-263.

[85]

Lettre du 1er octobre 1770, citée par Raillet et Moulé, 1908, p. 363, d’après Tourneux, 1879, t. ix, p. 132.

[86]

Mammerickx, 1971, p. 156-157.

[87]

Bourgelat, 1775.

[88]

Lettre de Bertin à Bourgelat, 19 juin 1763, Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f°9.

[89]

Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…, juin 1763.

[90]

Journal œconomique, juillet 1763, p. 310.

[91]

Dronne, 1965, p. 98.

[92]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 416.

[93]

Lettre de Bourgelat du 3 avril 1763

[94]

Lettre de l’Intendant de la Généralité d’Orléans, 8 juillet 1763, Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 418.

[95]

Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…, juin 1763, note finale.

[96]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 402.

[97]

Ibid., f° 403.

[98]

Ibid., f° 410.

[99]

Ibid., f° 413.

[100]

Lafosse, 1775, t. 1, p. 32.

[101]

Huzard, « Des aphthes ou ulcères à la bouche », in Chabert, Flandrin, Huzard, t. 4, 3e éd., 1812, p. 162.

[102]

Arch. dép. Rhône, C 132, in Hours, 1957, p. 78.

[103]

Hours, 1957, lettre de Bourgelat à Bertin du 21 août 1764, p. 384.

[104]

Moulé, 1919 [1918], t. lxxi, lettres des 14 août 1764 (p. 382), 22 août (p. 386), 9 septembre (p. 391), 22 septembre (p. 393), 13 et 25 octobre 1764 (p. 399-400).

[105]

Ibid., lettre s.d. (septembre 1763), p. 388.

[106]

Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…, juin 1763, « cure » ; Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 415 : « Mémoire concernant une maladie épidémique qui règne actuellement sur les bêtes à cornes dans presque toutes les communautés de la Subdélégation de Lauzerte » [ ms.]

[107]

Bondois, 1932, p. 357-358.

[108]

Observations sur la maladie du bétail, et les remedes pour la prévenir…, [3 mai 1763].

[109]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 423.

[110]

Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…, juin 1763, « description ».

[111]

Du Hamel, 1767, p. 550.

[112]

Ibid.

[113]

Bondois, 1932, p. 370.

[114]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7 M208, f° 400.

[115]

Bondois, 1932, p. 360.

[116]

Ibid., p. 358-359.

[117]

Lettre de Bourgelat à Bertin, 22 juillet 1763, in Moulé, 1919 [1918], t. lxxi, p. 262-263.

[118]

Ordonnance de Mgr l’Intendant de Tours…, 1763 ; Lettre du Procureur fiscale de Cosne… in Bondois, 1932, p. 357-358 ; Lettre du Substitut de Mamers… ibid., p. 370.

[119]

Ibid., p. 371.

[120]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 410.

[121]

Ibid., f° 411.

[122]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 409.

[123]

Du Hamel, 1767, p. 551.

[124]

Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 399.

[125]

Établie sur 49 sources indépendantes. Tableau récapitulatif : Vallat, 2002, texte, p. 111.

[126]

Winkler, 1683, p. 93 : « Those persons that carelesly managed their cattle without a due respect to their own health, were themselves infected and dyed away like beasts ».

[127]

Sauvages, 1763, t. 2, p. 360 : « […] nec non homines plures Nemausi anno 1732 infecit et jugulavit haec pestis […] »

[128]

Bondois, 1932, p. 357-358.

[129]

Vallat, 2001, p. 89.

[130]

Ibid, p. 87.

[131]

Poisson et al., 1994.

[132]

Noctuidae, Notodontidae.

[133]

Guy Démolin, communication personnelle.

[134]

Ordonnance de Mgr l’Intendant de Tours…, 1763, préambule.

[135]

Réaumur, 1786, t. 2, p. 131-132 ; Bondois, 1926.

[136]

Lettre de l’Évêque du Mans, 12 juin 1763, in Bondois, 1932, p. 370.

[137]

Devèze, « Les forêts françaises à la veille de la Révolution de 1789 », p. 179-272, in Devèze, 1982, p. 245.

[138]

Moriceau, 1999, p. 109.

[139]

Devèze, 1982, p. 201.

[140]

Devèze « Le reboisement des montagnes françaises dans la seconde moitié du xixe siècle », in id., 1982, p. 251-256.

[141]

Poisson et al., 1994, p. 90 (997).

[142]

Goulin, 1777, t. 1, p. 137-138.

[143]

Wijgergangs, 1995.

[144]

Du Hamel, 1767, p. 551.

[145]

Huzard, « Des aphtes ou ulcères dans la bouche », in Chabert, Flandrin et Huzard, 1812, t. 4, p. 169.

[146]

Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…, juin 1763. « Extrait d’une lettre de M. Bourgelat ».

[147]

Ibid.

[148]

Observations sur la maladie du bétail, et les remedes pour la prévenir…, 3 mai 1763.

[149]

Observations sur la maladie qui a attaqué les bestiaux…, juin 1763. « Extrait d’une lettre de M. Bourgelat » (parfums).

[150]

Ibid.

[151]

Du Hamel, 1767, p. 551-552.

[152]

Masticatoire. Substance qu’on introduit et qu’on fixe dans la bouche des animaux pour exciter la sécrétion et l’excrétion de la salive et des fluides perspiratoires et folliculaires […]. Les maréchaux en font usage en nouet, en billot : en nouet, ces substances, grossièrement pulvérisées et enfermées dans un linge, sont suspendues à un mastigadour (espèce de mors garni d’anneaux) ou à un filet ; en billot, le linge qui les contient entoure un bois qui traverse, comme le ferait le canon d’un mors de bride, la bouche d’un angle à l’autre : Hurtrel d’Arboval, 1839, t. 4, p. 99-100.

[153]

Hurtrel d’Arboval, 1839, t. 4, p. 99.

[154]

Gazette d’Amsterdam, 16 août 1770, in Delafond, 1838, p. 153.

[155]

Vicq d’Azyr, 1776 : pour la Flandre autrichienne, Ordonnance du 10 mai 1769, p. 688-691 ; Édit additionnel du 11 janvier 1770, p. 691-700.

[156]

Delafond, 1838, p. 154.

[157]

Ibid., p. 99.

[158]

Article 5 : ibid., p. 105.

[159]

Arrêts du Conseil du 16 septembre 1714, du 6 janvier 1739, du 14 mars 1745 et du 19 juillet 1746, ibid., p. 83-99 ; Vallat, 2001, p. 74-75.

[160]

Lettre de l’Intendant du Berry, 5 mai 1763, Arch. dép. Val-de-Marne, 7M208, f° 400.

Résumé

Français

Le « mal de langue », ou glossanthrax, courant jusqu’au début du xixe siècle, a disparu vers 1830. Il se manifestait chez les animaux herbivores par la nécrose de la langue en 24 heures. L’épizootie française de 1763 permet d’une part d’illustrer la gestion d’une crise moyenne de l’élevage sous l’Ancien Régime, avec ses faiblesses et ses innovations, et d’autre part d’étayer une hypothèse étiologique : la maladie aurait été due à la toxicité de chenilles processionnaires urticantes, et correspondrait actuellement à l’érucisme.

Mots-clés

  • bœuf
  • cheval
  • élevage
  • épizootie
  • glossanthrax
  • mouton
  • porc

English

Common until the beginning of the xixth century, the « mal de langue » or glossanthrax disappeared around 1830. It would manifest itself in herbivorous animals by a necrosis of the tongue within a 24-hour period. The French epizootic of 1763 not only illustrates the management, with both its weaknesses and innovations, of an average crisis in animal husbandry under the Old Regime, it also supports an etiological hypothesis : the disease was due to the toxicity of processionary (« stinging ») caterpillars, and more particularly to erucism.

Keywords

  • Animal husbandry
  • epizootics
  • glossanthrax
  • ox
  • sheep
  • swine

Plan de l'article

  1. Les sources utilisées, de 1682 à 1848
  2. La grande vague française de 1762 à 1764
    1. En 1763, la gestion d’une épizootie d’importance moyenne sous l’Ancien Régime
    2. Détection de la maladie, mesures d’urgence
    3. L’intervention d’experts, médecins et élèves vétérinaires
    4. Le Ministère s’en mêle : la circulaire du 19 juin 1763
    5. Ultimes répliques en 1764
  3. Essai de reconstitution de la maladie
    1. Signes cliniques
    2. Le mal de langue n’était certainement pas contagieux
    3. Une zoonose ?
    4. Les difficultés du diagnostic rétrospectif
  4. Un traitement efficace
  5. En 1763, l’absence d’experts compromet l’action du pouvoir

Pour citer cet article

Vallat François, « Une épizootie méconnue : le « mal de langue » de 1763 », Histoire & Sociétés Rurales 2/2003 (Vol. 20) , p. 79-119
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2003-2-page-79.htm.


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