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Histoire & Sociétés Rurales

2004/1 (Vol. 21)


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Le rôle des petites villes et des bourgs est central pour connaître la pénétration du marché dans le monde rural et, en général, pour analyser l’organisation des espaces économiques à lépoque médiévale [1][1] L’introduction de la sphère de la distribution – du....

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Réaliser cet objectif impose de reconstituer le réseau des marchés ruraux, lieu de contact entre la paysannerie et l’activité commerciale, ainsi que leur insertion dans la sphère d’influence des centres urbains et semi-urbains [2][2] La pluralité des approches de cette question se manifeste.... Cette perspective implique un changement de l’échelle d’observation habituelle des processus d’intégration – et de domination – à travers le marché, pour passer d’un ensemble régional, défini par le rayonnement des grandes villes [3][3]  Epstein, 1991, 1992, 1993 : celui dédié à l’étude..., à une « microrégion » (entre 1 000 et 4 000 km2) [4][4] Ces limites approximatives correspondent à la surface..., articulée autour d’un centre urbain moyen ou petit.

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Néanmoins, il ne s’agit pas d’une adaptation mécanique du modèle régional, car les régions ont deux caractères spécifiques qu’on ne trouve pas dans les espaces de dimensions plus réduites ou plus larges. Elles constituent l’unité pratique du pouvoir institutionnel et le cadre fondamental des processus de spécialisation productive [5][5]  Epstein, 1991, p. 10-11.. Par contre, la microrégion apparaît comme le lien des rencontres quotidiennes de la population rurale avec le marché. Même dans les contrées orientées vers la production pour le circuit d’échange régional, la demande paysanne – outils, semences, animaux, draps, crédit – s’exerce dans un rayon plus court, coïncidant avec la zone d’attraction des bourgs et des petites villes. Le cadre microrégional aide donc à connaître de façon directe – à travers le fonctionnement concret des divers marchés – les rapports entre la ville et la campagne, alors que les approches régionales privilégient les données indirectes fournies par la hiérarchie urbaine et l’organisation institutionnelle de la distribution.

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Notre propos est d’analyser le rôle des petits centres urbains dans l’organisation de leur territoire rural à travers le marché, et en même temps d’examiner l’articulation de ces noyaux avec les villes moyennes et la capitale régionale. L’activité commerciale pousse à l’intégration économique, mais elle entraîne aussi la hiérarchisation de l’espace, les ressources tendant à s’accumuler de façon inégale vers les niveaux supérieurs du réseau de peuplement [6][6]  Bois, 1994. En dehors de ses effets intégrateurs et.... À cet égard, le marché du crédit apparaît comme une des voies principales d’intégration et de domination des petites villes et des bourgs sur l’espace rural [7][7] Sur l’importance du crédit rural dans les rapports.... C’est à travers les modalités du crédit qui rendent compte de la consommation et de l’investissement paysan que l’on peut établir ces rapports et leurs transformations liées à la crise de la fin du Moyen Âge.

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La comarca de La Plana, une petite zone de 1 470 km2 située au nord du royaume de Valence – incorporée au système féodal par la conquête catalano-aragonaise du xiii e siècle [8][8] Pour le développement de la société féodale, d’origine... –, constitue un bon espace d’observation des transformations de la fin du Moyen Âge en raison de sa complexité géographique et démographique [9][9] Cette contrée, connue au Moyen Âge comme « Camp de... (carte 1).

Carte 1  - La comarca de La Plana au miroir des obligations (1416-1499) Carte 1
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En effet, cette microrégion s’étend autour de la plaine alluviale du Millars (550 km2), un terroir très fertile caractérisé par l’extension de la huerta et l’établissement des principales agglomérations urbaines. Avec un millier de feux au début du xv e siècle, Castelló était le plus grand centre de la contrée et le cinquième du royaume après Valence, la capitale régionale. Au nord, l’étendue alluviale, irriguée et ouverte sur la mer, est coupée par un plateau (700 km2) plutôt dédié à la culture sèche et à l’élevage, la population étant très concentrée dans des bourgs et des gros villages. Au sud, la plaine littorale est limitée par la Serra d’Espadà, une zone montagneuse définie par un réseau de petits hameaux islamiques.

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En 1415 La Plana avait une population d’environ 5 800 feux [10][10] La description démographique a eté élaborée à partir..., distribuée de façon inégale : la plaine groupait 61 % des effectifs, la montagne mudéjar 25 % et le plateau 14 %, tandis que leur surface respective était 37 %, 15 % et 48 %. Par rapport à la zone littorale, le nord restait faiblement peuplé ; par contre, l’intérieur islamique, avec une densité similaire à la huerta et moins de ressources, supportait une forte pression démographique. C’était, dans ses traits essentiels, l’espace rural sur lequel se faisaient sentir les sphères d’influence des principaux centres urbains et semi-urbains du nord valencien. La question qui se pose est d’établir si, pendant le xv e siècle, ces agglomérations, avec Castelló à leur tête, ont fait progresser l’intégration économique de notre microrégion. Y répondre engage à s’interroger sur leur véritable nature urbaine – au-delà du poids démographique – et leur rôle dans le fonctionnement du marché.

La vila valencienne : entre le monde rural et le monde urbain

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Depuis la colonisation catalano-aragonaise du xiii e siècle, la dénomination de vila était réservée aux localités moyennes qui, sans atteindre le rang des véritables villes, exerçaient des fonctions urbaines sur leur territoire rural [11][11]  Bonnassie et Guichard, 1984, p. 79-115.. Pendant la période d’expansion qui a suivi, quelques-uns de ces noyaux, tels Morella et Alzira, arrivèrent à se transformer en villes moyennes, mais ce développement ne fut ni irréversible ni général. Les viles valenciennes différaient autant des gros villages que des petits centres urbains. On peut les assimiler aux « bourgs » qui en l’Angleterre et en France du Nord s’étaient consolidés avec l’expansion de la société féodale en tant que centres économiques et politiques encadrant un petit espace rural [12][12]  Braudel, 1986, p. 141-145 ; Bois, 1995 ; Hilton, 1985.... Sans quitter la contrée de La Plana, quatre localités – Castelló, Onda, Vila-real et Borriana – sont appelées viles dans la documentation médiévale. Il s’agit de noyaux d’une certaine importance – entre 500 et 1 000 feux pendant la première moitié du xiv e siècle –, très proches du seuil établi pour définir la ville médiévale.

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Cependant, plutôt que dans le poids démographique, il faut chercher les traits urbains des viles dans leur influence économique et politique sur l’environnement rural. Déjà vers la fin du xiii e siècle, trente ou quarante ans après la conquête féodale, Onda, Castelló et Vila-real avaient reçu du roi la concession d’une foire, tandis que Borriana avait au moins un marché, et, comme de Castelló, le privilège d’un petit port pour le cabotage. Or, les foires et même les petits ports ne sont pas un trait urbain réservé aux viles. Au xiv e siècle, quelques llocs – Almassora et Nules – ont dépassé le niveau strictement rural en développant des activités commerciales liées aux foires et au transport des marchandises. Ces noyaux et Cabanes, une agglomération également seigneuriale qui avait une foire depuis 1260, montrent qu’au-dessous des viles royales il y avait encore des gros llocs seigneuriaux qui dépassaient le niveau strictement rural.

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Au début du xv e siècle, il y a dans La Plana au moins sept localités qui, par leur population – dépassant les 200 feux – et leurs fonctions urbaines – une foire ou un port –, organisent l’espace économique. Ceci dit, leur influence sur l’environnement rural proche – dans un rayon de 10 km – ne s’exerçait pas toujours sans interférences, comme dans la plaine irriguée de la vallée du Millars, où Castelló, Vila-real, Borriana et Almassora voyaient se chevaucher leurs zones d’influence. En fait, l’existence de ces nombreuses viles dans un espace relativement réduit impliquait une hiérarchie interne. Bien que Borriana fût le seul centre remarquable à l’époque islamique, l’aménagement de l’espace économique et politique féodal a été fait depuis le xiii e siècle en faveur de Castelló [13][13] Les foires de Vila-real (1274) et d’Almassora (1398).... La question est de savoir si cette localité est devenue une petite ville ou si elle est restée bloquée, comme les autres viles, au niveau du gros bourg.

Castelló : gros bourg ou petite ville ?

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Le seuil à partir duquel on peut considérer un centre comme proprement urbain n’est pas défini par un seul critère, mais par plusieurs – surtout la démographie et les fonctions économiques et politiques [14][14] Sur la difficulté à distinguer les petits noyaux urbains.... La démographie ne se limite pas au nombre des habitants [15][15]  Bériac, 1987, p. 29-40.. Il faut tenir compte aussi de la hiérarchie du peuplement et de la capacité d’attraction des immigrants pour maintenir une croissance soutenue [16][16] Pour l’époque moderne, on a proposé comme trait urbain.... Les limites proposées pour définir les centres urbains oscillent de 800 à 2 000 habitants et jusqu’à 5 000 [17][17]  Blockmans, 1987, p. 167-181 ; Bresc, 1986, p. 67-69 ;.... Au xv e siècle, Castelló s’est trouvée à la frontière du monde urbain, puisque sa population a diminué d’un demi millier de feux, c’est-à-dire, d’environ 3 500-4 000 habitants à seulement 1 750-2 000 [18][18] Ces niveaux de population sont obtenus en appliquant.... La hiérarchisation du peuplement dans La Plana ne permet plus d’identifier Castelló comme une localité pleinement urbaine. En effet, bien que depuis les années 1330 elle fût une des principales viles valenciennes et centre de la « Plana de Borriana », c’est aussi vrai qu’au début du xvi e siècle la population de la municipalité d’Onda surpassait celle de Castelló, de sorte que la relative hégémonie qu’elle avait eue vers 1400 disparut un siècle plus tard en faveur d’une organisation bipolaire de la région. Par rapport à Valence, qui augmenta de 8 000 à 10 000 feux pendant ce siècle, le poids de Castelló ne fit que diminuer, car en 1415 il en représentait un huitième de la population, et vingt fois moins en 1510. Ainsi, la crise et la redistribution démographique du xv e siècle n’ont pas entraîné une urbanisation importante du gros bourg.

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Pendant la seconde moitié du xv e siècle, partiellement en raison de la politique du pouvoir local, Castelló devint un centre d’attraction pour les immigrants, de sorte qu’on enregistra un demi millier d’établissements légaux. Cet apport était certainement important si on considère que la localité avait seulement 5 à 600 feux [19][19] Dans les années 1450, 233 immigrants s’établissent.... Mais la population totale reste inchangée, car un nombre égal d’habitants est parti s’établir à Valence, parce que Castelló constituait une étape vers la capitale régionale. La diminution de la population pendant le xv e siècle peut difficilement être interprétée comme un comportement démographique urbain, il faut plutôt la lier au développement de la capitale du Pays Valencien, qui a fait passer les viles du nord à des dimensions de moins en moins urbaines.

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Un autre facteur reconnu comme caractéristique des centres urbains est la fonction politique – militaire, judiciaire ou représentative – qui leur permet de dominer le territoire rural [20][20]  Souriac, 1987, p. 65-80, et Dontenwill, 1987, p. .... À cet égard, Castelló ne disposait d’aucun appareil de domination politique sur l’espace rural qui l’entourait [21][21] Depuis 1335, Castelló était le siège de la Governació.... En effet, la juridiction du conseil et du maire local (justícia) – il était juge royal ordinaire – se limitait au territoire municipal, comme c’était le cas dans les communautés rurales indépendantes, puisque toutes les communes du royaume – villages, bourgs et villes – étaient organisées juridiquement selon le modèle urbain de Valence. Une vila pouvait exercer son autorité légale seulement sur les alqueries placées dans son propre territoire communal, comme il arrivait à Vila-real et Borriana, mais non à Castelló, où – excepté le hameau de Fadrell – il n’y avait aucun petit établissement subordonné. De cette façon, au moins formellement, la capitale de La Plana ne pouvait être un véritable centre politique pour les communautés rurales proches, qui constituaient des municipalités indépendantes avec leurs propres juges ordinaires et restaient encadrées par leurs seigneuries laïques et ecclésiastiques. Par ailleurs, certaines localités secondaires – entre 100 et 200 feux – participaient aux assemblées royales (Corts) au côté de Castelló et des autres bourgs et villes [22][22]  Romeu, 1985, p. 67..

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Finalement, selon le critère économique, la caractéristique principale des sociétés urbaines mediévales est qu’elles étaient en même temps des centres de consommation de produits agricoles et des lieux producteurs de biens artisanaux et de services. Le poids de ces fonctions urbaines est mesurable à partir de la structure socio-professionnelle de la communauté. Pour décider de ce qui distingue une petite ville d’une moyenne, il faut que la proportion des habitants occupés aux activités agricoles ne dépasse pas 10 à 15 % du total et, en plus, que au moins 25 % d’entre eux soient de véritables artisans [23][23]  Cabantous, 1987, p. 401-420, propose un maximum de.... Ce critère s’avère plus déterminant que la simple dimension démographique, à tel point que des localités qui pourraient paraître rurales par leur population sont en fait de petites villes sous l’angle de leur structure socio-professionnelle. Ainsi, dans le cas de Castelló, que sa démographie place entre le monde urbain et le monde rural, les activités agricoles prédominantes ont une importance décisive pour déterminer la nature de la société locale. Pendant la seconde moitié du xv e siècle – la seule époque livrant des données quantifiables –, plus de la moitié des habitants de Castelló étaient des paysans propriétaires – avec quelques pâtres et pêcheurs on arrivait à 60-70 % –, tandis que les artisans et les petits commerçants étaient 20 %. Les marchands, notaires et juristes représentaient moins de 10 % et, finalement, la petite noblesse et les ecclésiastiques avaient un poids insignifiant [24][24] Pour la structure des activités : Viciano, 1994 ; il.... Si Castelló et les autres viles de La Plana exerçaient des fonctions économiques urbaines, l’importance de leur secteur agricole – comme leur évolution démographique – leur maintenait une identité rurale au xv e siècle [25][25] Selon de Vries, 1984, p. 10-13, une agglomération est....

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La notion de « bourg » – de gros bourg –, entendue comme un intermédiaire entre le monde rural et la ville, semble adéquate pour caractériser ces viles valenciennes, et peut devenir synonyme de « petite ville » et de small market town à condition de bien distinguer ces modèles de « villes » par rapport aux réalités pleinement urbaines. Mais quelle influence économique pouvaient exercer de tels centres sur un espace caractérisé par une forte concentration de la population [26][26] En 1510, les établissements inférieurs à 100 feux (en..., où une grande partie de la paysannerie propriétaire habitait dans de gros villages ou des bourgs dépourvus de contrôle institutionnel sur leur hinterland rural ?

La géographie d’un marché rural

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Le bourg était le centre d’un marché défini, tout d’abord, par la demande de produits agricoles et l’offre de biens manufacturés et de crédit rural. Les contrats rédigés chez le notaire ou dénoncés devant le juge signalent l’immersion des paysans dans ce marché. Les transactions quotidiennes, cependant, échappent souvent à la formalisation notariée, tandis que les données des registres judiciaires sont plutôt dispersées. Pour le Pays Valencien, nous disposons d’une source qui éclaire un vaste secteur du marché rural. Il s’agit des « obligations » enregistrées devant le justícia local, l’officier qui était « maire » et juge ordinaire à la fois. Cette documentation est constituée par des actes de reconnaissance de dette, mais à côté des prêts pécuniaires il y a surtout des achats et des ventes à crédit. En effet, chaque acte informe sur l’identité de l’acheteur (débiteur), celle du vendeur (créditeur), l’objet vendu (semence, animaux, outillage, vêtements), son prix, la date d’expiration prévue et celle réelle d’annulation. Néanmoins, la source ne permet pas de saisir toutes les modalités du crédit ni celles du marché. Il faudrait chercher dans les actes notariés les prêts de capitaux importants et la plupart des contrats concernant la vente des grains et de terre [27][27] De toute façon, les obligations semblent être la forme.... En revanche, par l’intermédiaire des obligations, il est possible de connaître le marché des produits de consommation et les investissements nécessaires pour la reproduction de la petite exploitation agricole. Il s’agit donc d’une approche – sous la forme du crédit – des rapports économiques entre le bourg et son territoire rural dans la perspective de la demande paysanne.

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À partir des obligations qui lient un habitant de Castelló à un étranger, on peut mesurer son rôle dans l’organisation du marché du crédit au niveau régional [28][28] Arxiu Municipal de Castelló (amc), Cort del justícia.... Le genre d’opérations que l’on enregistrait sous la forme d’obligations, en général de petites sommes, avait un caractère surtout local [29][29] La valeur moyenne des obligations était de 54 sous.... En effet, 85 % des obligations enregistrées par le justícia de Castelló étaient réalisées par un créditeur et un débiteur du lieu. C’est seulement dans les 15 % restant qu’un des deux agents était un étranger. Ces affaires-là, qui dépassaient le cadre local, atteignaient un volume considérable – on en connaît 706 réparties entre 1416 et 1499 [30][30] Il s’agit des années 1416 (20 cas), 1422 (54), 1430... –, de sorte qu’ils constituent une base documentaire utilisable pour circonscrire l’espace économique d’un gros bourg comme Castelló (cf supra carte 1).

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Sa zone d’influence est restreinte, puisque 75 % des opérations se font avec des habitants de La Plana, et 15 % avec des clients situés dans l’Alcalatén et le Maestrat, les contrées les plus proches de l’intérieur et du nord montagneux [31][31] Le reste des contrées du nord valencien – l’Alt Millars,.... Hors de ces zones typiquement rurales, la seule grande ville en rapport avec Castelló, Valence, ne représente que 6 % des obligations relevées pour le xv e siècle. En outre, les relations entre Castelló et les villes et gros bourgs du nord valencien – Morella, Sant Mateu, Sogorb et Morvedre – sont presque inexistantes [32][32] Sur 706 obligations, il y a Sant Mateu (4 cas), Morella.... La distance géographique et les traits urbains de ces localités jouaient, sans doute, un rôle négatif pour un marché orienté vers la consommation et les investissements quotidiens des paysans. En fait, deux tiers des obligations sont établies avec des clients habitant à moins de 15 km. Entre 15 et 30 km, un rayon qui comprend presque toute La Plana et la partie la plus proche de l’Alcalatén, on rencontre 15 % des cas, et au-delà de cette limite on trouve les 20 % restant. Le territoire d’influence de Castelló s’étend surtout sur un rayon de 15 km, une distance sensiblement supérieure aux 8-10 km sur lesquels se faisait sentir l’attraction des bourgs français et anglais [33][33] Dans le cas anglais, le rayonnement des market towns....

Rapports économiques et peuplement

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Cette pénétration spatiale ne résultait pas d’un plus grand dynamisme urbain, mais de la configuration du peuplement. En effet, une concentration aussi forte de population empêchait tout réseau d’établissements ruraux autour de Castelló. Dans la limite de 8 km, on trouvait seulement cinq agglomérations – Vila-real avec deux hameaux (alqueries), Almassora et Borriol –, presque toutes de rang supérieur à une simple communauté paysanne. Or, dans cet espace plus proche, la géographie économique ne se conforme pas exactement à celle du peuplement, mais les contacts tendent à devenir plus intenses vers le nord du fleuve Millars, un territoire sans grandes viles. Laissant à part le cas d’Almassora, la localité la plus proche de Castelló, les rapports avec des lieux septentrionaux tels que Borriol et Vilafamés sont beaucoup plus étroits qu’avec les gros bourgs méridionaux comme Vila-real et Borriana [34][34] Vilafamés (34 obligations) et Borriol (70) avaient.... Dans le secteur compris entre 15 et 30 km, cette orientation vers le nord devient plus évidente, même en termes absolus : 80 % des obligations sont effectuées avec des habitants du nord du Millars. Au-delà de cette limite, la seule connexion remarquable vers le sud est Valence (41) et, en second lieu, la ville de Morvedre (10). Au contraire, l’espace d’influence de Castelló s’étendait vers le nord, sur la région du Maestrat, pour arriver aux alentours de Sant Mateu, à environ 60 km de distance. Si l’on compare la structure du réseau du peuplement avec la géographie du marché du crédit, apparaissent des zones vides surtout au sud du fleuve Millars. En effet, au-delà d’un rayon de 15 km, les contacts entre Castelló et les localités de la Plana Baixa sont beaucoup plus faibles. Ces vides deviennent particulièrement évidents dans le cas d’Onda, un des principaux centres de La Plana, et des poches mudéjares de la Serra d’Eslida et de la Vall d’Uixó, qui regroupent une population comparable à celle des gros bourgs. On peut expliquer cette distorsion – le peu de liaison avec le sud de la région – par la concentration de noyaux de peuplement dans cette zone relativement réduite. En effet, Vila-real, Borriana et Onda étaient des bourgs qui exerçaient une influence semblable à celle de Castelló sur leur propre environnement rural. Il faut ajouter le poids de Sogorb et de Morvedre, car, si l’on considère l’influence de ces viles sur 30 km, elle atteint la zone montagneuse et les plaines littorales de la Plana Baixa. L’influence de Castelló se fait sentir davantage vers le nord, sur un espace étendu qui n’est disputé par aucun centre de même importance jusqu’à la hauteur de Sant Mateu et Morella.

Castelló et les autres localités

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Cette distorsion entre le peuplement et les rapports économiques ne se limite pas à l’espace, elle se manifeste aussi dans la hiérarchie des centres de population. En effet, dans la région de La Plana, sur tout le xv e siècle, les contacts entre Castelló et les viles représentent 30 % des 524 obligations, tandis qu’avec les petites communautés rurales – de moins de 100 feux – la proportion est de 13 %. La plupart des opérations s’établissent, donc, au niveau des llocs, c’est-à-dire des petits bourgs et des gros villages, qui arrivent à en comptabiliser plus de 56 %. La prédominance de Castelló sur les localités moyennes est-elle un simple reflet de leur poids démographique ou la conséquence de quelque distorsion significative ?

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Pendant la seconde moitié du xv e siècle – l’époque la mieux documentée en matière de population –, il est évident que les llocs se trouvent surreprésentés dans le marché du crédit. À cette époque, 60 % des 218 obligations se réalisent avec ces petits bourgs et ces gros villages, tandis que leur poids démographique dans la contrée, en 1510, s’abaisse à 30 % [35][35] Ces llocs étaient Almassora, Almenara, Artana, Betxí,.... Au contraire, les communautés rurales, qui groupent presque 30 % des habitants, représentent seulement 17 % des obligations. Les viles, de leur côté, ont des rapports aussi faibles, puisque elles enregistrent un quart du crédit et 40 % du poids démographique.

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Dans la microrégion de La Plana, les contacts économiques lient surtout Castelló aux localités moyennes, tandis que ses relations avec le milieu strictement rural ou vers celui plus urbain restent secondaires. Cette situation est renforcée par l’isolement des grandes poches de peuplement islamique dispersé, mais il est très probable que les villages et hameaux restent plutôt sous l’influence directe des petits bourgs, tandis que les paysans des autres viles participent à leur propre marché local. Vers 1510 l’espace de La Plana devait être assez hiérarchisé, mais partagé en deux zones : au nord du Millars sous l’influence de Castelló et au sud sous celle d’Onda. En fait, si l’on place sur l’échelle logarithmique les dix localités les plus grandes du nord (y comprises Vila-real et Borriana), la distribution devient plus proche d’une ligne droite que pour l’ensemble de La Plana. Castelló tend à intégrer leur territoire, mais seulement vers sa partie septentrionale, protégée de l’attraction des autres centres semi-urbains.

Une demande paysanne

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Jusqu’ici, on a seulement considéré les rapports entre Castelló et les autres localités, sans déterminer leur signification économique. Le poids des activités agraires est dominant, car plus de 60 % des obligations concernent des ventes à crédit de produits agricoles et d’animaux. Il s’agit surtout d’un marché céréalier – plus de la moitié des obligations – limité au froment, qui, même cultivé dans des champs irrigués, est la principale céréale d’hiver sur le territoire de Castelló [36][36] Des 237 obligations céréalières, 222 correspondent... (tableau 1).

Tableau 1  - Nature des obligations de credit établies par un habitant de Castelló (créancier ou débiteur) avec un étranger Tableau 1
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Le second produit agricole est la caroube, fruit d’un arbre destiné à l’alimentation des équidés. L’importance commerciale de cette culture, qui pendant le xv e siècle a remplacé une bonne partie des vignobles, est liée à la diffusion du cheval [37][37]  Domingo, 1983.. Les bovins représentent seulement 7 % des ventes d’animaux de travail, les chevaux (rossins) plus de la moitié, les mules un quart et les ânes une dizaine. Si un cinquième des obligations rendent compte du marché de ces animaux nécessaires à la petite exploitation, il faut remarquer la rareté des ovins, écartés des plaines irriguées au profit des zones montagneuses, de sorte que prédominent les porcs et les chèvres, mieux intégrés dans l’économie des petits et moyens paysans. Or, le marché de la terre n’apparaît pas là, mais on peut le retrouver dans d’autres sources, car en fait s’échangeaient seulement quelques petites parcelles sous la forme d’obligations. À son tour, le secteur artisanal, produits manufacturés et matières premières, est à un niveau plus bas, oscillant autour des 15 %. Il s’agit surtout de draps et de vêtements de qualité ordinaire – plus de 40 % des obligations – et, en second lieu, de matières premières pour l’activité textile. Pris dans son ensemble, l’importance de ce secteur – deux tiers du total manufacturier – est cohérente avec la demande paysanne et la prédominance des métiers du textile dans l’artisanat local. Finalement, les prêts de petites quantités d’argent et les réclamations des cens impayés – cens emphytéotiques ou rentes constituées – ne représentent que 10 % des obligations.

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Cette prédominance des activités agricoles est structurelle pendant le xv e siècle et elle se manifeste à tous les niveaux du réseau du peuplement. Les achats ou ventes à crédit des habitants de Castelló avec ceux des bourgs, villages et hameaux de La Plana ont surtout un caractère agricole, autour de 70 % des obligations dans les localités les plus grandes et de 60 % dans les communautés rurales. Le paradoxe n’est qu’apparent car la plupart des habitants des gros et petits bourgs sont aussi de véritables paysans qui s’endettent pour assurer la reproduction de leurs petites exploitations. Il est vrai que la tonalité rurale de ce crédit traduit une réalité économique : l’influence de Castelló sur la région s’exerçe surtout par le marché agraire.

Des céréales et des animaux

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Cependant, il faut déterminer si ces rapports, analysés globalement, sont égalitaires ou s’ils impliquent des liens de dépendance économique des localités du nord valencien avec leur capitale. D’abord, les paysans vont à Castelló surtout pour acheter à crédit. En effet, dans la plupart des échanges documentés – 72 % sur 706 –, les agents de cette localité sont des vendeurs créanciers. Cela est évident pour les biens agricoles (79 % des cas), les produits artisanaux (73 %) et les prêts d’argent (71 %). Les réclamations des cens impayés constituent l’exception, puisque les habitants de Castelló y figurent (74 % des cas) comme des débiteurs qui s’engagent à rembourser un étranger. Mais en comparant la structure de l’offre et de la demande, on peut voir que les résidents de ce gros bourg sont présents à la fois sur le marché manufacturier et le crédit dans la même proportion. Au contraire, il se confirme que Castelló est un centre vendeur de produits agricoles et payeur de cens. Il semble clair que les prêts d’argent et les de cens impayés renvoient à une situation où le débiteur reste économiquement dépendant de son créancier. Mais il n’en est pas toujours ainsi dans le cas du marché agricole (tableau 2).

Tableau 2  - Structure interne des obligations agricoles Tableau 2
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Ici on peut distinguer la vente des céréales et celle des animaux de travail. La première exprime des liens de dépendance, car le marché céréalier qui apparaît dans les obligations est celui de la précarité. Il s’agit de petits paysans qui, pendant l’époque de cherté saisonnière, achetent à crédit de petites quantités de grain pour la consommation ou la semence aux vendeurs créditeurs que sont les marchands, les commerçants et les paysans aisés. Les vendeurs pouvaient fixer les conditions des contrats pour profiter de la variation saisonnière des prix [38][38] Le fonctionnement de ce marché spéculatif des céréales.... Au contraire, l’achat d’animaux de travail, même si l’acheteur reste comme débiteur, n’implique pas de subordination : c’est un investissement. En fait, tous les paysans remplacent leurs bêtes, mais seuls les plus démunis doivent recourir au marché pour semer ou manger [39][39] Le concept de « dépendance » est utilisé ici, non pas....

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Cela confirme que le marché agricole se fait au bénéfice de Castelló. Pendant l’époque de cherté, le bourg vend des céréales aux paysans les plus pauvres des environs ; par contre, il importe des animaux de travail pour maintenir la capacité productive de ses exploitations et exporte de la caroube, ce qui montre le succès de cette spécialisation. Le marché de la terre, bien que sous-estimé dans les obligations, renforce aussi le rôle dominant de Castelló. Ses habitants acquièrent surtout des parcelles possédées par des étrangers, même si elles se trouvent sur son territoire municipal.

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Cette hégémonie ne se limite pas au marché agricole, car les obligations artisanales dessinent un tableau similaire (tableau 3).

Tableau 3  - Structure interne des obligations artisanales Tableau 3
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Les habitants de Castelló vendent surtout des vêtements et achètent des matières premières pour la production textile. Cependant le bourg exporte aussi de la laine et du pastel, et il consomme des produits manufacturés de Valence et des bourgs proches. Cela veut dire qu’on rencontre un certain niveau d’intégration régionale de la production et du commerce textile. Mais le fait que Castelló importe du drap – apporté par les cardeurs (paraires) de Vila-real et d’autres localités du nord – pour les teindre laisse à penser que cette intégration se fait souvent en faveur du gros bourg, où se réalise la phase finale de certains processus de production.

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La prédominance de Castelló sur le nord valencien atteind un niveau plus ou moins important en fonction de la position que chaque localité occupe dans le réseau du peuplement régional. En effet, parmi les obligations établies par les habitants des gros bourgs de La Plana – Onda, Vila-real et Borriana –, 72 % des échanges se font en faveur de créanciers de Castelló, tandis que la proportion passe presque à 85 % quand il s’agit des résidents des petits bourgs (llocs) et des villages. Au contraire, les rapports avec les localités à caractère plus urbain entraînent une situation de dépendance pour Castelló. Les contacts avec Valence et les villes moyennes ou gros bourgs semblables à la capitale de La Plana – Morvedre, Sogorb, Sant Mateu et Tortosa – ne sont pas nombreux, car ils représentent moins de 10 % des 706 obligations, mais très significatifs. En effet, avec Valence, les habitants de Castelló se retrouvent presque toujours en position de débiteurs (97 % des cas), et avec les autres centres plus ou moins urbains cette proportion est aussi élevée (70 %).

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On peut dire qu’il y a des rapports étroits entre la place qu’occupe Castelló dans le nord du Pays Valencien et sa position économique à l’égard du marché des échanges à crédit. Les habitants de La Plana – des communautés rurales mais aussi des bourgs – sont surtout des paysans qui vont à Castelló pour s’endetter, tandis que les citadins – ou leurs agents – des villes moyennes et, plus encore, de Valence y vont pour réclamer des cens et prêter de l’argent. Ceci confirme les liens de dépendance que Castelló entretient avec la grande ville. En effet, dans la plupart de leurs rapports avec la capitale du royaume (52 % sur 40), les habitants de Castelló sont des débiteurs d’argent ou de cens. Par contre, le marché agricole (15 %), limité surtout à la vente d’animaux, ne dessine pas un tel lien de subordination. Les échanges textiles (15 %) non plus, puisque les citadins vendent des produits finis, mais aussi des matières premières semi-élaborées aux artisans locaux.

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Tout cela change quand on considère les contacts – et ce sont les plus nombreux – entre Castelló et les populations moins importantes de La Plana. Dans le cas des gros bourgs (viles), les habitants de Castelló apparaissent comme créditeurs de l’argent et des cens (6 % sur 115 cas), mais ici la domination est exercée plutôt à travers le marché agricole : les habitants de ces bourgs vendent surtout des animaux à Castelló, mais ils achètent des céréales à crédit [40][40] Parmi les produits agricoles apportés par les créanciers.... Les rapports avec les petits bourgs (llocs) sont similaires [41][41] Les habitants des llocs apportent à Castelló surtout..., mais cette domination économique augmente dans les cas des villages [42][42] Les paysans des villages vont à Castelló pour acheter.... Bien que son importance soit de beaucoup inférieure à celle du marché agricole, le commerce des produits artisanaux renforce cette hiérarchie entre Castelló et les populations de La Plana. En effet, si on prend le secteur textile, il s’avère que les paysans des gros bourgs vont à Castelló pour s’approvisionner en vêtements, mais les artisans de ces localités – principalement de Vila-real – achètent dans la même proportion des matières premières des marchands de cette vila ou qui apportent leurs tissus pour les teindre. Les habitants des petits bourgs apparaissent surtout comme acheteurs de vêtements, mais on rencontre aussi des traces d’activités artisanales, puisque certains vont à Castelló pour acheter de la laine, du lin et des outils. En revanche, les contacts avec les villages se limitent aux paysans qui consomment des produits textiles finis [43][43] Bien que les données soient peu nombreuses pour les.... Les rapports avec les gros bourgs sont donc marqués par une certaine intégration de la production, mais Castelló, comme centre fournisseur de produits manufacturés, tend à dominer les petits bourgs et surtout les communautés rurales. La capitale de La Plana exerçe un rôle économique différent en fonction de la hiérarchie du peuplement. C’est un fait à caractère structurel, mais il faut se demander comment la crise médiévale – plus tardive dans une région périphérique et « nouvelle » comme le Pays Valencien – arrive à affecter les rapports entre un centre semi-urbain et son espace rural.

Entre la crise et la reconversion

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D’abord, il s’agit, comme ailleurs, d’une crise démographique. Pendant le xv e siècle, la population de La Plana, de même que celle du Pays Valencien, subit les effets d’une sévère contraction. Les 5 800 feux de 1415 se réduisent à 3 700 en 1510, soit une chute de 35 % [44][44] Selon les données apportées par Ferrer, 1975 ; Guinot,.... Il est probable qu’en réalité la perte soit plus prononcée, puisque la population semble plafonner vers 1375, tandis que la stagnation, au niveau le plus bas, définit globalement la période 1450-1500. La question est donc savoir si la dépression démographique de La Plana s’est accompagnée d’une redistribution de la population, signe d’une réorganisation des espaces économiques [45][45]  Epstein, 1991, p. 16-28.. D’abord, les poches denses de peuplement mudéjar, tendent à perdre leur population – elles représentent 25 % en 1415 et 22 % en 1510 –, cependant la restructuration ne favorise pas la plaine littorale (stable autour du 60 %), quoiqu’on la considère souvent comme plus dynamique [46][46] Sur l’expansion des plaines irriguées : Iradiel, 1..., mais le plateau du nord (il passe de 14 % au 18 %), qui reste lié à une agriculture « traditionnelle ». De toute façon, il s’agit d’une réorganisation plutôt modeste par rapport à l’hémorragie globale.

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D’autre part, les transformations dues à la crise n’aboutissent pas non plus à renforcer le taux d’urbanisation. Si l’on considère comme population « urbaine » les habitants des centres de plus de 300 feux – c’est-à-dire qui dépassent 1 000 habitants – [47][47] Approche purement « statistique », puisque une bonne..., la proportion descend de 47 % à 37 %. Même les viles royales comme Castelló, Vila-real, Borriana et Onda, en fait les agglomérations les plus urbaines avec plus de 350 feux en 1415, parviennent à peine à résister (autour de 40 %). En fait, la chute des principales localités urbaines – autour de 35 % – est semblable à celle des bourgs ruraux. Cependant, cela ne veut pas dire que ces viles ont la capacité de dominer la campagne au point de se décharger sur elle du poids de la crise qui les affecte durement. Au contraire, Castelló, la capitale de La Plana, subit une réduction de sa population (47 %) plus marquée que la moyenne. Si cette localité groupe 16,6 % de la population en 1415, en 1510 la proportion est de 13,7 %. Onda échappe seule à cet affaiblissement. À partir de 1470, elle récupère une partie de sa population à tel point qu’en 1510 il ne lui manque que 11 % par rapport à 1415. Par conséquent, son importance augmente, passant 10,6 % à 14,6 % du total régional, au-dessus de Castelló. Les changements dans la hiérarchie urbaine sont importants et traduisent les modifications dans la distribution des ressources et les processus d’intégration et de domination de l’espace rural par les principaux centres de la région.

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La théorie du lieu central est utile pour analyser l’organisation des marchés dans les économies pré-industrielles. La distribution des volumes de population des villes sur une échelle logarithmique indique le degré d’intégration économique d’une région, plus élevé à mesure que les données se rangent sur une ligne droite (longnormal distribution) [48][48] Cet outil a été appliqué à la Toscane, la Sicile et.... De ce point de vue, si l’on considère les dix localités les plus grandes de La Plana, il est évident que la restructuration démographique du xv e siècle n’a pas abouti à une intégration globale de la microrégion (tableau 4).

Tableau 4  - Hiérarchie des principales localités de La Plana Tableau 4
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En 1415, une localité comme Castelló était à la tête d’une réseau urbain hiérarchisé, c’est-à-dire ajusté à une distribution sur une ligne droite (figure 1).

Figure 1  - Distribution de la hiérarchie urbaine de La Plana (Vila-real et Borriana inclues) Figure 1
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Au contraire, en 1510, on observe des distorsions importantes – des étages horizontaux – au niveau supérieur et moyen du réseau de peuplement, signe d’un espace économique moins articulé. La transformation la plus significative se rencontre à la tête de l’ensemble, car on passe d’une hérarchie structurée autour d’une seule capitale (Castelló) à une organisation bipolaire du territoire (Onda-Castelló). Cette similitude démographique suggère une identité de fonctions et, partant, un affaiblessement de l’intégration du marché à l’échelle de la microrégion. Plus encore, la bipolarisation va de pair avec une instabilité des hiérarchies urbaines : seulement trois localités sur dix (Vila-real, Almenara et Vilafamés) occupent la même place en 1415 et en 1510 ; Castelló perdant notamment son hégémonie en faveur d’Onda. En fait, la primauté de Castelló – le ratio entre son volume démographique et l’ensemble des dix localités principales de La Plana – était déja faible en 1415 (0,24) et sa valeur diminue encore en 1510 (0,21), signe des difficultés de l’intégration au niveau microrégional [49][49] Dans les grandes régions italiennes les mieux intégrées....

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Ces fluctuations de la hiérarchie urbaine sont rendues possibles en premier lieu par la forte mobilité individuelle d’une population faite de paysans propriétaires ou tenanciers libres. Ce n’est pas la dépossession mais l’existence d’un marché de la terre qui permet la migration [50][50] Sur la mobilité : Sánchez Adell, 1978 ; et sur le marché.... En second lieu, le fait qu’aucune localité ne jouit de pouvoirs institutionnels pour contrôler le flux humain explique l’instabilité du peuplement. La redistribution démographique durant la crise médiévale ne semble pas avoir favorisé la plaine irriguée, ni le processus d’urbanisation ni l’intégration économique de la microrégion.

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Ce modèle d’évolution est-il différent de celui de l’échelle régionale ? Le rôle de Castelló dans l’organisation économique du nord valencien présente des traits structuraux – offre de céréales et de produits textiles à la paysannerie – durant le xv e siècle. Néanmoins, les rapports de ce centre avec son territoire rural et le réseau urbain valencien ne sont pas insensibles aux transformations liées à la crise de la fin du Moyen Âge. Le modèle général, bien défini pour certaines régions italiennes, montre que la dépression démographique et économique s’accompagne d’une reconstruction du tissu productif sous l’hégémonie de la ville. La redistribution de la population en faveur des centres urbains, une agriculture plus spécialisée et qui vend davantage, l’intégration des marchés et la croissance des activités manufacturières sont considérées comme les processus qui caractérisent la reconversion économique européenne du xv e siècle [51][51] Pour une syntèse de ces transformations, dans le contexte.... Bien que plus tardivement que le reste du continent, le Pays Valencien est touché aussi par la chute de la population. Entre 1375 et 1450, le nord de ce territoire perd entre un tiers et la moitié de ses habitants. Au niveau de la microrégion, on a vu que, dans La Plana, la population ne tend pas à se concentrer dans les viles ni dans la plaine irriguée. Il faut donc analyser si les changements dus à la contraction démographique ont eu une ampleur suffisante pour modifier, au début des Temps Modernes, les relations de ces gros bourgs avec l’espace rural.

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La crise démographique qui frappe Castelló pendant le xv e siècle ne suit pas un processus linéaire. La baisse commençe en 1420-1430 et arrive à son minimum vers 1450. Comme ailleurs en Europe, la population augmente les années suivantes, mais reste bloquée vers 1470 à un niveau très inférieur à celui d’origine. La population subit alors une nouvelle dépression qui finit par la réduire au niveau le plus bas du siècle, de telle sorte qu’au début des Temps Modernes la démographie continue à stagner au niveau de la moitié des effectifs du siècle précédent. Ces phases coïncident avec l’évolution de la production agricole et des échanges locaux – selon la dîme et les taxes municipales ad valorem[52][52]  Viciano, 1994, 2000. –, ce que confirme sa cohérence, et délimitent la chronologie pour analyser les transformations de l’articulation de Castelló avec son espace rural. D’abord, le marché du crédit rural, comme l’ensemble de l’activité économique, subit une forte contraction pendant le xv e siècle. On peut estimer la réduction du nombre brut des obligations à environ 70 %, une chute qui, par rapport à la décrue démographique, aurait pu aller jusqu’à 35 % [53][53] Il est possible que l’amélioration de la paysannerie.... Néanmoins, malgré cette dépression globale, on peut identifier des changements qualitatifs vers un plus grand contrôle de Castelló sur le territoire rural, bien que celui-ci soit limité au nord de La Plana. Pour établir ces tendances, il faut considérer quelques indicateurs (tableau 5).

Tableau 5  - Rayonnement économique de Castelló Tableau 5
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Tout d’abord on peut mesurer l’ouverture du marché vers l’espace rural en considérant le rapport entre les obligations extralocales – c’est-à-dire établies avec un agent étranger – et celles qui lient deux habitants de Castelló. À son tour, le contenu des contacts extérieurs – le rôle de cette vila comme centre vendeur ou acheteur – est exprimé par le ratio entre les obligations où les habitants de Castelló sont des créanciers et le cas contraire. En second lieu, la pénétration géographique est exprimée à travers le rapport entre les opérations de « longue distance » – plus de 15 km – et celles de court rayon, tandis que l’influence sur les différents niveaux de la hiérarchie urbaine se montre par le ratio entre les viles – Onda, Vila-real et Borriana – et le reste du territoire de La Plana. Finalement, le rapport entre les produits artisanaux et agricoles définit la nature, plus ou moins rurale, des ventes effectuées par Castelló.

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À partir de ces indicateurs, on remarque que la baisse démographique de la première moitié du siècle ne provoque pas une contraction du rayonnement extérieur de Castelló. Et, plus encore, l’intensification de ces liens est clairement favorable à la vila, car malgré la diminution de sa population, son rôle de centre vendeur des produits de consommation paysanne s’amplifie. Les effets de la crise se manifestent, cependant, par la réduction du rayon d’influence de cette localité, la difficulté à pénétrer dans les localités plus urbaines (viles) et la diminution des exportations artisanales. La phase de récupération démographique et économique de 1450-1470 accélère l’emprise des créanciers locaux sur la région et, pour la première fois depuis la crise, une tendance à étendre son influence sur son espace économique. Néanmoins, la croissance ne modifie pas la base rurale des rapports entre Castelló et son territoire, qui au contraire se confirme. En effet, l’expansion dépend des contacts avec les llocs (67 %), tandis que les gros bourgs voisins (16 %) échappent au contrôle de la capitale de La Plana. De plus, les exportations sont majoritairement agricoles (82 %) et les ventes de biens manufacturés rares (8 %). Or, cet essor de la population s’arrête à un plafond plus bas que le niveau initial ; il fut suivi très tôt par une chute définitive des grands indices démographiques et économiques.

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Néanmoins, cette dernière phase dépressive n’inverse pas mécaniquement les tendances de la croissance antérieure avortée. On assiste, il est vrai, à une contraction du rayonnement de cette vila dans sa microrégion et à une stagnation de l’activité de ses habitants comme créanciers. Par contre, il y eut une inflexion ascendante de la pénétration à longue distance [54][54] Jusqu’au point qu’en 1484-1499, pour la première fois,..., des contacts avec les bourgs voisins [55][55] Distribution des obligations en 1484-1499 : viles (36 %),... et des échanges de produits artisanaux par rapport à ceux de l’agriculture [56][56] Bien que les ventes agricoles restent majoritaires.... La différence entre les deux périodes dépressives est évidente : durant 1415-1450 tous les indices sont orientés à la baisse, tandis qu’entre 1470 et 1500, malgré l’aggravation de la crise démographique, ces trois indicateurs opèrent une remontée remarquable, jusqu’à dépasser le niveau maximal du début du xv e siècle. On assiste à une certaine réduction du marché du crédit dans le cadre d’une dépression globale, mais aussi à une transformation qualitative des liens entre le gros bourg et son territoire, un espace qui n’était pas uniforme, mais hiérarchisé en fonction du réseau de peuplement. Dans le cas des viles – les grands bourgs aux traits urbains –, les obligations agricoles s’orientent à la baisse, tandis qu’augmente le commerce de produits artisanaux. Les rapports avec les llocs – petits bourgs ou gros villages – ne connaissent pas de transformations remarquables. Au contraire, les échanges avec les villages sont de plus en plus agricoles [57][57] De 1400-1450 à 1450-1500, l’évolution des obligations.... Ces différentes marchandises vendues et achetées à crédit ont un rapport avec les traits plus ou moins urbains des localités de la région. Sans réduire son marché agricole prédominant – des grains et des animaux –, Castelló tend à devenir un centre vendeur de produits manufacturés plus intégré – et de façon plus égalitaire – aux localités de niveau urbain similaire, tout en renforçant son contrôle sur l’espace strictement rural à travers le marché céréalier. Cet accroissement du poids des obligations artisanales – surtout textiles – corrobore les données qui suggèrent une croissance des activités manufacturières à Castelló, et notamment la reconversion du secteur du cuir vers le textile [58][58] Il y a d’abord une croissance des artisans liés à la.... Malgré la persistance de la crise démographique, les transformations économiques subies par d’autres régions européennes qui commencent leur redressement durant la seconde moitié du xv e siècle, tendent à se manifester aussi dans une région qui, néanmoins, n’arriva pas à retrouver son plein développement avant l’Époque Moderne.

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Le rôle du marché dans la reconversion économique provoquée par la crise de la fin du Moyen Âge peut être analysé au quotidien si l’on considère la fonction des petits et moyens centres urbains dans leur territoire rural. L’étude du marché du crédit à travers l’analyse des documents notariés confirme les données indirectes fournies par la hiérarchie urbaine. Le cas du nord valencien montre que, malgré la contraction globale de l’activité économique, les gros bourgs comme Castelló parviennent à encadrer de façon plus serrée leur arrière-pays. Cependant, cette tendance n’est pas uniforme : les contacts avec les centres semi-urbains de la région sont plus égalitaires – il y a une certaine articulation des activités artisanales –, tandis que Castelló tend à dominer les localités rurales par l’exportation de céréales et de produits textiles. Une plus grande intégration économique autour des gros bourgs n’est pas contradictoire avec une division de la microrégion. La bipolarité démographique de La Plana à la fin du xv e siècle suggère son partage en deux espaces et, en fait, la géographie du crédit confirme que l’influence de Castelló se réduit à la moitié de la contrée. Cette limitation du rayonnement se retrouve aussi à propos d’autres modalités du crédit moins liées à la consommation et les petits investissements quotidiens, comme c’est le cas des rentes constiuées (censals). La géographie des débiteurs – particuliers ou municipalités – qui payent des rentes aux voisins de Castelló durant le xv e siècle, selon les réclamations présentées devant la justice, coincide avec la zone du marché des obligations. Vers la capitale de La Plana afflue l’argent des contrées voisines du nord – Baix Maestrat – et de l’intérieur – l’Alcalatén et l’Alt Millars – dans un rayon de 50 km, mais il reste une zone d’ombre pour le sud, notamment avec les gros bourgs tels que Onda, Vila-real et Borriana. Ici l’influence de Castelló atteint seulement Almassora, un bourg situé à 5 km. Il est probable que le crédit local des gros bourgs pouvait satisfaire la demande privée de capitaux, tandis que les sommes plus élevées nécessaires pour le financement des municipalités, sous la forme de dette publique consolidée, étaient obtenues directement dans le marché de Valence [59][59]  Viciano, 1997. Vers 1450, la participation des créditeurs....

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La capacité de Castelló – ou d’Onda – à intégrer l’ensemble de La Plana à travers le marché des rentes constituées s’avère aussi très limitée. Cette vila et les autres du nord valencien renforcent leur contrôle sur leur hinterland rural, mais aucune n’arrive à se développer et à devenir une véritable ville qui puisse encadrer le reste des bourgs de la région. Elles restent bloquées à un niveau semi-urbain. Sans doute, le drainage des ressources économiques et humaines qui s’opère en faveur de Valence contribue à cette stagnation. Vers 1500, dans la sous-région septentrionale (7 000 km2), entre les viles (autour de 500 feux) et la métropole régionale (presque 10 000 feux), aucune ville n’occupe une place intermédiaire.

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En fait, ce désequilibre du réseau urbain est réel si l’on considère l’ensemble du royaume de Valence. Au début du xvi e siècle, le ratio entre la population de la capitale et les dix localités les plus importantes est semblable aux valeurs les plus élevées calculées pour la Toscane, où la primauté de Florence ne peut s’expliquer par l’action du marché. Il résulte aussi de la coercition et de la domination politique de la capitale toscane sur les autres villes de son territoire [60][60] La primauté de Florence, par rapport aux dix principales.... Dans le cas de Valence, la métropole n’a pas d’instruments de contrôle politique sur les autres villes et bourgs du royaume. Mais elle est le siège de l’administration fiscale du domaine royal et du nouvel impôt décidé par l’assemblée estamentale (Corts) et perçu par la Generalitat. La ville concentre aussi une grande partie des rentes royales et des impôts prélevés sur tout le territoire valencien. Et, plus encore, la métropole est le centre financier qui domine complètement le marché de la dette publique, sous la forme de rentes constituées, au niveau régional. C’est d’abord un rapport économique : les habitants de Valence prêtent leurs capitaux aux municipalités du royaume en échange d’un taux d’intérêt établi par le marché. Mais il s’agit d’une rente perpétuelle, si le débiteur n’arrive à rembourser le capital [61][61] Sur l’origine et la diffusion des rentes constituées.... Et, d’habitude, cela se révèle impossible, de sorte que l’endettement devient chronique, et le réseau de rentes perpétuelles qui affluent à Valence ressemble de facto à une structure « tributaire » établie sur l’ensemble du territoire.

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Ce drainage des ressources, lié à la fiscalité et surtout au contrôle de la dette publique des villes et bourgs de toute la région, a sans doute son importance pour expliquer la distorsion dans hiérarchie du réseau urbain si favorable à Valence. Dans le cas de Castelló, de même que pour les flux démographiques, le bilan entre les rentes constituées qui arrivent des localités plus rurales et celles qui en sortent vers la métropole est négatif. On peut calculer que, vers 1425, les rentes royales ordinaires et le poids de la dette publique s’élève à 50 000 sous qui sont transférés chaque année à Valence sans aucune contrepartie. Une somme équivalante à 3 200 hl de froment, suffisante pour nourrir 800 personnes, ou le revenu annuel d’une centaine de familles d’artisans [62][62] Vers 1425, les droits ordinaires du domaine royal de.... Si l’on considère que les hommes partent avec les richesses, voici un facteur non négligable de l’affaiblissement démographique de Castelló – et des autres localités du pays – en termes absolus et par rapport a la croissance de Valence.

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La distorsion de la hiérarchie urbaine au nord valencien, c’est-à-dire, l’absence de villes moyennes capables d’occuper une niveau intermédiaire entre la métropole régionale et les centres semi-urbains tels que Castelló et Onda, indique la faible intégration des marchés au-delà d’espaces réduits. Par contre, l’activité du marché du crédit le plus proche de la consommation de masse, surtout de la paysannerie, esquisse une segmentation de l’espace économique de la région de La Plana, partagé entre viles qui n’arrivent pas à dépasser le seuil proprement urbain pour organiser l’ensemble du territoire. Malgré les éléments « optimistes » comme la reconversion qualitative, il y a aussi les réalités « pessimistes » de la crise : tout un ensemble de difficultés qui semblent avoir empêché l’intégration et la croissance du nord valencien jusqu’au second quart du xvi e siècle.


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Notes

[*]

Arxiu del Regne de València, Avinguda de la Constitució, 284 (Monestir de Sant Miquel dels Reis), 46010 València (Espagne). Courriel : <Pau. Viciano@ uv. es>.

[1]

L’introduction de la sphère de la distribution – du marché et de la ville – dans la réflexion sur le système féodal a même connu un essor remarquable parmi les médiévistes de tradition marxiste depuis la fin des années 1980, cf. Hilton, 1985, 1992 ; Bois, 1989, 1995. Sur le rôle économique des petites villes, cf. les travaux réunis in Poussou et Loupès, 1987.

[2]

La pluralité des approches de cette question se manifeste pour l’Angleterre, où l’on a étudié des aspects strictement économiques comme la création des marchés durant l’époque de la croissance médiévale (Britnell, 1981 ; Mate, 1996) et la formation des prix (Britnell, 1996), ainsi que le comportement des paysans face au marché (Biddick, 1985 ; Dyer, 1989, 1995) et l’influence des petites villes sur leur espace rural (Dyer, 1996).

[3]

Epstein, 1991, 1992, 1993 : celui dédié à l’étude comparée de la Sicile (25 000 km2), la Toscane (12 000 km2) et la Lombardie (27 000 km2).

[4]

Ces limites approximatives correspondent à la surface comprise entre deux cercles (de 21 et 36 km de rayon) où se placent les marchés autour d’un « lieu central », selon le modèle idéal énoncé par W. Christaller et appliqué à l’Aquitaine médiévale par Higounet, 1987.

[5]

Epstein, 1991, p. 10-11.

[6]

Bois, 1994. En dehors de ses effets intégrateurs et dynamisateurs, le marché du crédit renforce les inégalités sociales et territoriales, et l’application anachronique de la « théorie de la dependance » peut être aussi idéologique que l’apologie néo-smithienne de la neutralité du jeu de l’offre et la demande.

[7]

Sur l’importance du crédit rural dans les rapports ville-campagne en Toscane : Pinto, 1982. Pour une approche au niveau européen, cf. les travaux réunis dans Berthe, 1998.

[8]

Pour le développement de la société féodale, d’origine catalane, dans la région valencienne sur les ruines du monde islamique vaincu : Torró, 1999.

[9]

Cette contrée, connue au Moyen Âge comme « Camp de Borriana » ou « Plana de Borriana », n’avait pas de limites précises, mais comprenait toujours la plaine alluviale avec Castelló et les principaux centres urbains. Ici, on prend la délimitation la plus utilisée par l’administration et les associations contemporaines et par la recherche académique, qui combine des critères physiques et géographiques avec d’autres historiques et culturels : Membrado, 1997.

[10]

La description démographique a eté élaborée à partir des données fournies par Ferrer, 1975 ; Guinot, 1988 ; Furió, 1995.

[11]

Bonnassie et Guichard, 1984, p. 79-115.

[12]

Braudel, 1986, p. 141-145 ; Bois, 1995 ; Hilton, 1985 et 1992, préfère la dénomination de « petite ville » ou small market town.

[13]

Les foires de Vila-real (1274) et d’Almassora (1398) furent établies à condition qu’elles ne coïncident pas avec celle de Castelló (1269) ; sur l’organisation du réseau commercial de la Plana : Sánchez Adell, 1982, et Navarro et Igual, 1992. Le rôle des foires régionales dans la croissance économique a été signalé par Epstein, 1994.

[14]

Sur la difficulté à distinguer les petits noyaux urbains des grands centres ruraux : Poussou et Loupès, 1987 ; Ginatempo et Sandri, 1990, p. 11-57.

[15]

Bériac, 1987, p. 29-40.

[16]

Pour l’époque moderne, on a proposé comme trait urbain que 15-20 % de la population masculine soit né à plus de 10 km de la localité : Cabantous, 1987, p. 401-420.

[17]

Blockmans, 1987, p. 167-181 ; Bresc, 1986, p. 67-69 ; Cabantous, 1987, p. 401-420 ; Chevalier, 1982, p. 30-31 ; Ginatempo et Sandri, 1990, p. 53-54 ; Herlihy et Klapisch, 1978, p. 224.

[18]

Ces niveaux de population sont obtenus en appliquant un coefficient de 3,5-4 habitants par feu, selon les calcul de Rubio, 1995.

[19]

Dans les années 1450, 233 immigrants s’établissent à Castelló, mais selon les données du monnayage (morabatí) la population de cette vila reste stagnante : 649 feux en 1451 et 677 en 1463. L’attraction exercée sur les immigrants avait un rayon considérable, puisque seulement 16 % des nouveaux venus arrivaient de moins de 10 km de Castelló, et 70 % du double, la plupart des contrées proches du royaume valencien, cf. Sánchez Adell, 1982.

[20]

Souriac, 1987, p. 65-80, et Dontenwill, 1987, p. 255-282.

[21]

Depuis 1335, Castelló était le siège de la Governació du nord du royaume, une organisation administrative et judiciaire de l’État, mais l’oligarchie locale ne pouvait pas l’utiliser pour attirer – à travers la réglementation du marché ou la fiscalité – les ressources rurales vers la vila.

[22]

Romeu, 1985, p. 67.

[23]

Cabantous, 1987, p. 401-420, propose un maximum de 10 % d’agriculteurs et un minimum de 25 % d’artisans, tandis que pour Pounds, 1981, p. 297, dans les villes de 2 000-10 000 habitants, les habitants liés à l’agriculture doivent représenter 10-15 % du total et les artisans 50 %.

[24]

Pour la structure des activités : Viciano, 1994 ; il y a des données empiriques utiles dans Iradiel et al., 1995, bien que ces évidences ne justifient pas toujours un discours subordonné à la « théorie de la modernisation ».

[25]

Selon de Vries, 1984, p. 10-13, une agglomération est une ville si elle présente à un haut degré les conditions suivantes : grandeur démographique, densité de l’établissement, activité non agricole, diversité de métiers non-agricoles.

[26]

En 1510, les établissements inférieurs à 100 feux (en bonne partie mudéjares) groupaient 40 % de la population de La Plana, ceux de 100-200 feux 20 % et ceux de plus de 200 feux 40 %. La concentration du peuplement a été considérée comme un trait des sociétés méditerranéennes : Bresc, 1986.

[27]

De toute façon, les obligations semblent être la forme la plus fréquente de crédit rural : c’était le cas d’une petite ville de Bourgogne au xviii e siècle, où les paysans obtenaient 80 % des prêts notariés via les obligations : Rosenthal, 1994, p. 291. Sur le marché valencien des rentes constituées : Furió, 1993.

[28]

Arxiu Municipal de Castelló (amc), Cort del justícia (1416-1499). Pour une description de cette source : Magdalena, 1988.

[29]

La valeur moyenne des obligations était de 54 sous de Valence, mais elle oscillait entre 30 sous pour les réclamations des cens et 93 pour les prêts d’argent, tandis que la vente à crédit des marchandises agricoles (55 sous) et manufacturées (45 sous) occupait un niveau intermédiaire. À cette époque, le salaire d’un journalier agricole arrivait à 2 sous et 1 hl de froment coûtait 15-20 sous.

[30]

Il s’agit des années 1416 (20 cas), 1422 (54), 1430 (39), 1432 (25), 1440 (61), 1442 (34), 1447 (67), 1448 (102), 1455 (63), 1465 (76), 1466 (50), 1484 (61), 1491 (17) et 1499 (37). Ces données sont incomplètes pour 1416, 1422, 1432 et 1491.

[31]

Le reste des contrées du nord valencien – l’Alt Millars, l’Alt Palància i Els Ports – n’arrive pas à grouper 1 % des obligations.

[32]

Sur 706 obligations, il y a Sant Mateu (4 cas), Morella (0), Sogorb (1) et Morvedre (10).

[33]

Dans le cas anglais, le rayonnement des market towns sur leur espace rural s’exerçait sur une distance moyenne de 8-12 km, dans le cas des petites transactions enregistées, comme les obligations valenciennes, dans les courts records : Dyer, 1996.

[34]

Vilafamés (34 obligations) et Borriol (70) avaient environ 100 feux durant le xv e siècle, tandis que Borriana (47) et Vila-real (104) en avaient trois ou quatre fois plus.

[35]

Ces llocs étaient Almassora, Almenara, Artana, Betxí, Borriol, Cabanes, Les Coves, Nules et Vilafamés.

[36]

Des 237 obligations céréalières, 222 correspondent au froment, et le reste se partage entre l’orge, l’avoine et le sorgho (panís), autre grain mineur.

[37]

Domingo, 1983.

[38]

Le fonctionnement de ce marché spéculatif des céréales a été étudié à partir de l’activité des familles de Castelló, telles que les Legem, membres de la minorité juive (Mira, 1993), marchands comme les Miquel et paysans aisés devenus marchands comme les Agramunt (Viciano, 1993, et 1995). Les obligations passées par les Miquel comme créanciers (un total de 195 entre 1440 et 1499) impliquent des débiteurs locaux et étrangers, mais la nature des transactions est semblable au rayonnement extérieur de Castelló reflété dans le tableau 1 : agricoles (67,68 %), artisanales (10,76 %), prêts (5,64 %), cens (8,71 %) et autres (7,21 %).

[39]

Le concept de « dépendance » est utilisé ici, non pas dans le sens de la « théorie de la dépendance » qui analyse le capitalisme contemporain, mais de façon plus relative, comme l’effet du pouvoir économique, c’est-à-dire la capacité du pôle dominant à conditionner les stratégies du pôle dominé, même s’il n’arrive pas à annuler son autonomie. Cf. les définitions du « pouvoir économique » apportées par Martínez, 1990, et Epstein, 1993, p. 455.

[40]

Parmi les produits agricoles apportés par les créanciers des bourgs à des habitants de Castelló (31 cas), 74 % étaient des animaux et 3 % des céréales, tandis que, dans le sens contraire (83 cas), 63 % concernent les grains et seulement 17 % les bêtes.

[41]

Les habitants des llocs apportent à Castelló surtout des animaux (60 % sur 30 cas) et presque pas de céréales (7 %), tandis qu’ils achetent du grain (60 % sur 182) et peu de bêtes de travail (6 %).

[42]

Les paysans des villages vont à Castelló pour acheter des céréales à crédit (72 % sur 36 cas) et moins pour se fournir en animaux (17 %). Par contre, ils ne sont quasiment jamais vendeurs (7 cas).

[43]

Bien que les données soient peu nombreuses pour les débiteurs de localités de La Plana – gros bourgs (16), petits bourgs (23), villages (5) –, elles semblent très cohérentes : la consommation des produits manufacturés augmente avec le caractère rural (50 %, 78 % et 100 % respectivement), tandis que les achats de matières premières diminuent (19 %, 17 % et rien pour les villages).

[44]

Selon les données apportées par Ferrer, 1975 ; Guinot, 1988 ; Furió, 1995.

[45]

Epstein, 1991, p. 16-28.

[46]

Sur l’expansion des plaines irriguées : Iradiel, 1989.

[47]

Approche purement « statistique », puisque une bonne partie de cette population sont de vrais paysans ; sur la notion d’urbanisation : de Vries, 1984, p. 10-13.

[48]

Cet outil a été appliqué à la Toscane, la Sicile et la Lombardie par Epstein, 1993, p. 456-457 ; pour les considérations méthodologiques : de Vries, 1984, p. 87-95.

[49]

Dans les grandes régions italiennes les mieux intégrées (la Toscane et la Lombardie), cet indicateur atteind des valeurs très supérieures, situées entre 0,3 et 0,4 : Epstein, 2000, p. 99-101.

[50]

Sur la mobilité : Sánchez Adell, 1978 ; et sur le marché de la terre, Furió, 1990.

[51]

Pour une syntèse de ces transformations, dans le contexte d’une réinterprétation de la dépression médiévale des xiv e et xv e siècles comme une « crise d’intégration » : Epstein, 2000, p. 38-72.

[52]

Viciano, 1994, 2000.

[53]

Il est possible que l’amélioration de la paysannerie ait contribué à la diminution du crédit, mais cette contraction était liée surtout à la réduction de l’activité économique globale provoquée par la chute démographique, car il s’agissait d’un endettement structurel, qui dérivait du revenu stationnaire des paysans. Si l’on prend comme indice 1416-1432 = 100,00, l’évolution des obligations extralocales fut 62,26 (1440-1448), 59,43 (1455-1466) et 31,13 (1484-1499) ; cette baisse, bien que moins prononcée, se confirme aussi par rapport à la population de Castelló : 92,04 (1440-1448), 81,27 (1455-1466) et 64,32 (1484-1499) ; il faut dire que pour les années 1416, 1422, 1432 et 1491, les données brutes sont estimées à partir d’années incomplètes.

[54]

Jusqu’au point qu’en 1484-1499, pour la première fois, les obligations situées hors du rayon de 15 km représentent la majorité (54 %), et parmi elles, ressortent les localités placées à plus de 30 km (37 %).

[55]

Distribution des obligations en 1484-1499 : viles (36 %), llocs (49 %) et villages (15 %).

[56]

Bien que les ventes agricoles restent majoritaires (60 %), les ventes artisanales subissent une poussée atteignant le niveau le plus haut du siècle, tant par rapport à celles-là que par rapport à l’ensemble des obligations (27 %).

[57]

De 1400-1450 à 1450-1500, l’évolution des obligations agricoles est la suivante : viles (de 76 à 63 %), llocs (de 68 à 77 %) et villages (de 54 à 70 %) ; et celle des obligations artisanales : viles (de 12 à 25 %), llocs (10 % ; stable) et villages (de 22 à 15 %).

[58]

Il y a d’abord une croissance des artisans liés à la production textile, notamment pendant les dernier quart du xv e siècle : 16 cardeurs (paraires) et 7 tisserands en 1462 ; 12 et 9, respectivement, en 168 ; 9 cardeurs en 1479 ; 24 cardeurs et 9 tisserands en 1497 : Viciano, 1994, vol. i, p. 35. Sur la reconversion artisanale : Iradiel, 1995.

[59]

Viciano, 1997. Vers 1450, la participation des créditeurs de Castelló à la dette publique de Borriana est limitée à 14 % de son volume, tandis que les habitants de Valence y représentent 70 % : Viciano, 1992.

[60]

La primauté de Florence, par rapport aux dix principales villes de Toscane, se situait entre 0,442 et 0,569 durant le xv e siècle, selon Epstein, 2000, p. 98-100, qui remarque l’importance des facteurs politiques. Dans le cas de Valence, vers 1510, sa primauté arrive à 0,566, calculée à partir des données démographiques suivantes : Valence (9 879 feux), Oriola (1 937), Xàtiva (911), Alzira (880), Oliva (710), Ontinyent (687), Cocentaina (648), Sogorb (621), Elx (600) et Morvedre (Sagunt) (551), selon Furió, 1995, p. 186 ; et El cens de 1510, 2002, p. 352 et p. 548-558.

[61]

Sur l’origine et la diffusion des rentes constituées comme la forme dominante de la dette publique : García Marsilla, 2002 ; et Furió, 1993.

[62]

Vers 1425, les droits ordinaires du domaine royal de Castelló, centralisés a Valence, atteignent environ 15 000 sous, tandis que les rentes constituées payées par la municipalité aux créanciers de la capitale se situent entre 30 000 et 40 000 sous : Viciano, 2000, p. 70 ; et id ., 1990. Sur l’équivalence entre l’argent – 30 sous par cafís (2 hl) – et la consommation de froment (2 cafissos par personne) : Furió, 1997, p. 519 et 522.

Résumé

Français

L’objectif de l’article est d’analyser le rôle des petits centres urbains dans l’organisation de leur territoire à travers le marché, et en même temps d’examiner leur articulation avec les villes moyennes et la capitale régionale. Au xv e siècle, le marché du crédit apparaît comme une des voies principales d’intégration et de domination des petites villes et des bourgs dans l’espace rural. À travers les modalités du crédit paysan, on peut établir ces rapports et mesurer leurs transformations.

Mots-clés

  • consommation paysanne
  • crédit rural
  • crise médiévale
  • intégration économique
  • petites villes
  • réseau urbain

English

This paper studies the role played by small urban centers in the structuration through market activity of their surrounding areas, at the same time probing their links with medium-sized cities as well as with the regional capital, Valencia. In the xvth century, the credit market turns out to be one of the main tools for integration and domination of small towns and boroughs in rural areas. What these relationships were, and how they changed over time, can be recaptured through the various forms of peasant credit.

Keywords

  • crisis of the Middle-Ages
  • economic integration
  • peasant consumption
  • rural credit
  • small towns
  • urban network

Plan de l'article

  1. La vila valencienne : entre le monde rural et le monde urbain
    1. Castelló : gros bourg ou petite ville ?
  2. La géographie d’un marché rural
    1. Rapports économiques et peuplement
    2. Castelló et les autres localités
  3. Une demande paysanne
    1. Des céréales et des animaux
  4. Entre la crise et la reconversion

Pour citer cet article

Viciano Pau, « Marché du crédit et structuration de l'espace rural. Le Pays Valencien au xve siècle », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2004 (Vol. 21), p. 11-38.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2004-1-page-11.htm


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