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Histoire & Sociétés Rurales

2004/1 (Vol. 21)


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Le perfectionnement des instruments agricoles est l’un des moyens d’améliorer la productivité en permettant de mieux exécuter le travail, de gagner du temps et d’économiser la main-d’œuvre et les animaux de trait. Dès la seconde moitié du xviii e siècle, les agronomes français s’en préoccupèrent. Parmi eux, Duhamel du Monceau fut l’un des premiers à attacher de l’importance à l’expérimentation. Ses tentatives de perfectionnement des instruments de labour et du semoir mécanique entraînèrent d’autres essais dont les résultats furent publiés dans son Traité de la culture des terres[1][1] Dans lequel Duhamel du Monceau rendait compte entre.... D’autres expérimentations, notamment sur les instruments de labour, se poursuivirent au début du xix e siècle, par exemple celles de Guillaume sur la charrue bisoc, puis de Dombasle sur la charrue simple sans avant-train. Pendant les six décennies qui séparent les expériences de Duhamel du Monceau de celles de Mathieu de Dombasle, la fabrication des instruments de culture demeure artisanale, chez les forgerons, les charrons et les charpentiers ou dans les premiers ateliers en ville. Ce fut dans ces derniers que l’on commença au cours des années 1820 – dans un climat socio-économique plus favorable – à produire des instruments en série adaptés de modèles fabriqués en Europe du Nord et qui se perfectionnèrent peu à peu.

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En 1823, avec la création par Mathieu de Dombasle de la fabrique annexe de sa « ferme exemplaire » de Roville (1822-1842), la construction des instruments agricoles se fit dans un cadre nouveau, celui de l’exploitation école, à l’instar des établissements similaires de la Prusse en particulier celui de Thaër, créé à Moëglin en 1819 [2][2] Il s’inspirait certainement de la Description des nouveaux.... La fabrique de Roville fut imitée par l’Institution agronomique de Grignon en Seine-et-Oise (1827-1848) et la ferme-école de Grand-Jouan en Loire-Inférieure (1830-1875). Car dans ces années 1830, l’intensification de la production agricole, en variant les cultures et en introduisant des plantes sarclées, nécessitait l’usage d’instruments perfectionnés, dont la construction paraissait prometteuse.

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Contrairement à la fabrique de Roville, celles de Grignon et de Grand-Jouan ne se développèrent pas. En revanche, celle des Trois-Croix, associée à une ferme-école et dirigée par Jean-jules Bodin de 1835 à 1867, puis par son fils Eugène de 1867 à 1882, devint, selon les contemporains, la plus grande fabrique d’instruments de l’Ouest et l’une des plus importantes en France. On peut alors se demander comment elle parvint à prospérer dans un tel cadre. C’est à travers la gestion de ses deux dirigeants, Jean-Jules Bodin et son fils Eugène, que nous traiterons cette question [3][3] Les sources principales proviennent du fonds des Archives....

De l’atelier à la fabrique : l’action de Bodin père

Un essor rapide

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Durant les cinq premières années (1832-1837), seul un petit atelier employant trois ouvriers fabriquait et entretenait le matériel de la ferme. Il se transforma en peu d’années en une importante fabrique.

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Parmi le matériel de l’exploitation fut introduite en 1836 une charrue Dombasle, grâce à une subvention du département d’Ille-et-Vilaine. Ce fut Auguste Bella, directeur de l’école de Grignon, qui la fournit à Jean-Jules Bodin, son ancien élève [4][4] Jean-Jules Bodin (1805-1869) est né à La Châtre-sur-le-Loir.... Partant du modèle de la charrue simple ou sans avant-train de Dombasle, Bodin perfectionna, à la demande de la Société d’agriculture d’Ille-et-Vilaine, une nouvelle charrue au soc d’acier et au versoir en fonte (figure 1).

Figure 1  - Charrue Dombasle fabriquée par Bodin Figure 1
Source : Notice sur l’Ille-et-Vilaine, Concours régional de Rennes, 1871-1872
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Le labour profond et régulier de cette nouvelle charrue, en plus de réduire le nombre de bêtes de trait – deux bœufs seulement au lieu de deux chevaux et deux bœufs pour l’araire – encouragèrent des agriculteurs à l’essayer. Et certains propriétaires demandèrent à l’établissement agricole d’en fabriquer quelques exemplaires.

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Considérant l’agriculture locale comme l’une des moins avancées, la Société d’agriculture d’Ille-et-Vilaine – en vue d’améliorer un matériel « si défectueux et si incomplet » – prit à sa charge la fabrication de quelques charrues, qu’elle revendit aux fermiers [5][5]  Moriceau, 2002, chapitre 10 fournit des précisions.... Par la suite, la fabrique se mit à produire une large gamme d’instruments, dont la machine à battre. Mise au point par des Écossais à la fin du xviii e siècle, la machine à battre « inaugure la mécanisation de l’agriculture » et aboutit en moins de deux siècles « à la multiplication de la productivité du travail agricole par un facteur compris entre 500 et 1000 » [6][6]  Sigaut, 1995, p. 197.. En Ille-et-Vilaine, Jean-Jules Bodin fut le premier à l’importer d’Angleterre et à l’essayer dans l’exploitation de l’école. Il l’adapta à un manège entraîné par l’énergie animale en 1840, puis par la vapeur en 1857. Ces machines à battre sont devenues par la suite « la spécialité des Trois-Croix » où « le nombre produit et écoulé en 1869 a été de 220 » [7][7]  Desforges, 1870, p. 18. (figure 2).

Figure 2  - Manège Bodin Figure 2
D’après : Notice sur l’Ille-et-Vilaine, Concours régional de Rennes, 1871-1872
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Bien que Hoffman, mécanicien à Nancy, produisît une machine à battre analogue, le directeur des Trois-Croix préféra étudier le modèle original. Il faisait venir les modèles étrangers, notamment en provenance d’Angleterre, les essayait dans l’exploitation de l’école pour les adapter à la nature du sol et aux cultures du pays. Il devait également tenir compte de l’habileté de ses ouvriers. Entre 1837 et 1860, le nombre d’instruments et de machines vendues s’éleva à plus de 20 000 [8][8]  Ibid, p. 3. variant « du plus simple au plus compliqué, du plus traditionnel au plus révolutionnaire », selon Jean-Jules Bodin.

Une gamme diversifiée

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Les catalogues de la fabrique fournissent la liste des principaux modèles de la collection, qui se répartissait – selon le classement de l’époque – en instruments de culture, instruments de transport et instruments de service intérieur (tableau 1).

Tableau 1  - Les instruments d’agriculture de la fabrique des Trois-Croix

Araire ou charrue sans avant-train

Charrue sur avant-train

Charrue à versoir allongé, à age en bois, à une roue ou roulette

Charrue à versoir allongé, à age et manches en fer, et à roues inégales

Charrue à roulettes

Buttoir monté avec age et manche en fer

Fouilleuse à bâti en fer

Herse Valcourt

Herse à couvrir, à 13 dents

Herse articulée

Herse flexible ou à chaînons, du système Howard

Houe à cheval, en fer

Scarificateur en fer, du poids de 450 kg

Semoir à cheval

Rayonneurs

Rouleau Crosskill, à neuf disques, avec limonière, du poids de 850 kg

Faneuse du système Howard

Râteau à cheval

Chariot à quatre roues

Tombereau à deux roues

Tombereau à purin avec distributeur et pompe à l’arrière

Hache-paille sur bâti en fonte

Hache-paille petit modèle

Concasseur-aplatisseur d’avoine

Concasseur de féveroles

Concasseur de tourteaux

Laveur de racines

Coupe-racines à disque du poids de 90 kg

Coupe-racines à trémie en fonte pesant 145 kg

Dépulpeur avec engrenages

Ensemble d’instruments mis en mouvement par un manège (concasseur, hache-paille, dépulpeur…)

Pressoir à vis en fer avec décliquetage

Baratte Valcourt avec battes du système américain

Machine à battre et manège montés sur roues de transport

Tarares

Moulin à farine sur bâti isolé

Machine à vapeur locomobile, système Tuxford

Machine à vapeur locomobile, avec cylindre horizontal placé au-dessus de la chaudière

Scie complète

Source : Catalogue des instruments d’agriculture de M. Bodin, directeur de la ferme-école, 1870
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Dans chaque catégorie d’instruments, les modèles étaient parfois très nombreux, la fabrique présentant plus de 40 charrues différentes [9][9]  Desforges, 1870, p. 7, note 9.. Arrêtons-nous cependant sur les cinq catégories principales. La première charrue, tirée par quatre bêtes de trait, était conçue pour les défrichements et pour les labours des plantes sarclées dans les sols argileux. La deuxième, pour deux bêtes de trait, au versoir moins élevé et moins contourné, était destinée aux « gros labours ». Les trois autres modèles, plus légers, ne demandaient que deux animaux pour des labours moins profonds (labours en terres légères, seconds labours en terres argileuses ou labours des semailles). Chacun de ces cinq modèles fut monté de sorte qu’il puisse fonctionner avec ou sans avant-train. La fabrique construisit également des charrues défonceuses, des charrues bisocs et des charrues Brabant. Par ailleurs, Jean-Jules Bodin essaya en 1865 sur la ferme des Trois-Croix des appareils de labourage à vapeur Howard, mais ces machines convenaient davantage à la grande culture.

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Outre les charrues, la fabrique construisit à partir de la herse Valcourt de nombreux modèles, qui variaient en fonction de la force de tirage. Les essais sur la herse permirent par ailleurs à Jean-Jules Bodin de construire la herse Bodin ou herse à couvrir, sorte d’extirpateur à treize dents servant à couvrir les grains semés, qui, selon lui, donnaient de meilleurs résultats que ceux semés sous raie. Cette herse permettait de mieux enterrer les grains dans les terres argileuses comme il l’explique :

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« Je sème depuis dix ans mes grains sur le labour, et je les enterre à la herse ; mais jusqu’à présent les meilleures herses n’ont atteint qu’imparfaitement ce but sur mes terres compactes, et les instruments plus énergiques, tels que les scarificateurs, les extirpateurs, etc., présentent aussi de graves inconvénients. Sans avoir la prétention d’en faire quelque chose de parfait, je crois avoir construit un instrument assez propre à enterrer les semences, et, au besoin, à faire les fonctions d’un léger extirpateur [10][10]  Bodin père, 1842, p. 8.. »

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Par contre, la fabrique ne vendait qu’un seul semoir à brouette, celui de Dombasle. Comme la conduite de cet instrument demande en général beaucoup d’habileté, il avait choisi ce modèle pour sa simplicité [11][11] Dombasle avait lui aussi éprouvé beaucoup de difficultés....

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Bodin fabriquait également des rouleaux en bois et en fonte, dont le prix était à la portée des petits cultivateurs, ainsi que des modèles armés de pointes de fer ou composés de cercles en fonte.

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Une telle extension de la production, presque sans capital initial et avec de faibles moyens, témoigne d’aptitudes techniciennes particulières et d’un intérêt certain pour le commerce qui a su profiter du désir de modernisation des grands propriétaires.

Une organisation efficace

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Au xix e siècle, la réparation des instruments agricoles nouveaux était un problème. D’une part, les outils et les machines étaient souvent utilisés par des ouvriers inexpérimentés, ce qui augmentait le risque de détérioration du matériel ; d’autre part, la réparation en elle-même était coûteuse du fait de la difficulté à trouver des réparateurs compétents. C’est dans cette situation que Bodin définit les caractéristiques de ses instruments, qui devaient être à la fois simples et solides :

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« Simples, parce que les mains appelées à les diriger sont, pour la plupart, peu exercées et souvent peu soigneuses, et aussi parce que les ouvriers capables de réparer des outils compliqués manqueront encore d’ici longtemps ; solides, parce que des réparations sont toujours très-coûteuses et quelques fois dommageables, lorsqu’elles interrompent un travail pressé. Les instruments en bons matériaux, dont les pièces ajustées avec soin se prêtant un mutuel appui, ne s’usent qu’ensemble, sont en réalité les moins chers, tout en étant nécessairement d’un prix plus élevé [12][12]  Bodin, 1853, p. 3.. »

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Dans la même optique, le directeur des Trois-Croix se souciait de perfectionner ses instruments pour qu’ils ne tombent pas en panne :

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« J’ai reconnu, du reste, que les machines à battre exigent encore, plus que tous nos instruments, des soins tout particuliers dans la construction et l’ajustage, pour ne pas nécessiter de ces réparations continuelles qui dégoûtent de leur emploi […]. Tout récemment, on a ajouté à l’une des roues un rochet qui permet d’arrêter le manège instantanément [13][13]  Ibid., p. 12.. »

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La fabrication d’instruments et de machines solides ne réduit pas totalement le risque de pannes, et dans ce cas la fabrique se chargeait de la réparation. De plus, la fabrique disposait pour certains instruments, comme les faucheuses et les moissonneuses, d’un « assortiment de pièces de rechange ». Dans le catalogue de la fabrique, cet avantage était souligné à des fins publicitaires : on y montrait que les clients traitaient avec « un constructeur réparateur au besoin », et non avec « un commissionnaire marchand ». Mais ce n’était pas le seul argument de vente, les catalogues bénéficiaient d’une attention particulière ; on y donnait des renseignements précis sur la composition et les dimensions des instruments, illustrés par des schémas et des dessins. On y fournissait également des conseils pratiques sur leur usage. Ces catalogues étaient par ailleurs envoyés gratuitement aux personnes intéressées.

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Un autre argument de vente était celui des prix obtenus lors de différents concours et expositions agricoles et industriels, aussi bien au niveau régional que national, et même à Londres. Entre 1842 et 1855, la fabrique remporta douze médailles, les unes d’or à l’Association bretonne en 1846, à l’exposition nationale en 1849 et à l’exposition universelle à Paris en 1855, les autres d’argent à l’exposition des produits de l’industrie en 1844, au concours national des machines en 1850 et 1852, à l’exposition de Londres en 1851 et dans de nombreuses villes de l’Ouest entre 1842 et 1853, dont Le Mans, Saint-Brieuc, Laval et Nantes (tableau 2).

Tableau 2  - Médailles obtenues par la fabrique des Trois-Croix entre 1842 et 1853 Tableau 2
Source : Bodin, 1853
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La fabrique disposait également de dépôts dans différentes villes ; à Nantes, à Laval, dont le responsable était M. Chrétien, directeur de la ferme-école du Camp, à Quimper, à Saint-Brieuc, à Loudéac, à Angers et à La Flèche. À côté de ces dépôts de l’Ouest, une succursale assurait à Paris notamment l’importation des nouveaux modèles qui devaient être fabriqués à Trois-Croix.

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Cette attention portée à la solidité des instruments et à la commercialisation a assuré la prospérité de la fabrique avec une clientèle en France et en Algérie. Le nombre d’instruments vendus par département de 1838 à 1858 met en évidence le rapport entre le volume de la vente et la proximité géographique : sur un total de 16 000 instruments vendus en 20 ans, 15 413 le furent en Bretagne, en Basse Normandie et dans les Pays de la Loire, soit 96 %, dont 85 % pour l’ancienne Bretagne (figure 3). Cette concentration des ventes est un indicateur de la compétitivité de la fabrique dans la région de l’Ouest malgré la concurrence.

Figure 3  - Vente des instruments des Trois-Croix par département de 1838 à 1858 Figure 3
Source : Le Gall et Bessec, 1972 (n’apparaissent pas sur la carte : Corse, 5 ; Algérie, 10)

Une production d’instruments foisonnante

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À partir des années 1830, l’intérêt grandit pour les nouveaux instruments et les nouvelles machines agricoles, ce qui porta les constructeurs mécaniciens à les perfectionner. Aux Ormes, près de Dol (Ille-et-Vilaine), Delorme-Villedaulé fabriquait dès 1828 divers instruments agricoles en série sur le modèle de l’Europe du Nord [14][14] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 7m 228 ; les renseignements.... À Angers, Hoyau, ingénieur civil, et Alfred Dézaunay, ingénieur mécanicien, construisirent à partir 1848 une machine à battre « semblable à celle que l’on construit à l’école royale d’agriculture de Rennes » [15][15]  Hoyyau, 1848 ; Bodin s’associa avec Hoyau pour la.... À Nantes, Renaud-et-Lotz, constructeurs mécaniciens de bateaux à vapeur et de machines-outils, produisaient quelques moulins à sucre et à farine. Mais à partir des années 1850, il commencèrent à s’intéresser à la machine à battre [16][16] Lettre de Renaud-et-Lotz du 14 septembre 1857 au préfet... et la fabriquèrent en série. En 1853, ils lancèrent la production de leur cent premières batteuses à vapeur [17][17]  Bourrigaud, 1993, p. 336.. De nombreux mécaniciens tentèrent de fabriquer cette machine.

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Ces exemples montrent que la fabrique des Trois-Croix prospérait sur un marché ouvert à la concurrence des fabricants mécaniciens. D’ailleurs, cela peut expliquer l’incapacité de certaines fabriques annexées aux exploitations de se développer, comme celle de M. Félix, propriétaire cultivateur à Lannuguy, près de Morlaix. Son catalogue de 1853 proposait une charrue Dombasle, une charrue à deux versoirs, un coupe-racines, une houe à cheval, un extirpateur et un rayonneur [18][18]  Avis aux cultivateurs, Arch. dép. Ille-et-Vilaine,.... À Trois-Croix, on fabriquait alors – à titre comparatif – 33 instruments de culture et d’intérieur de ferme, dont la plupart étaient produits en plusieurs modèles.

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Les fabriques annexées aux exploitations écoles eurent encore plus de difficultés à s’imposer comme fabricants d’instruments agricoles. Seule la fabrique des Trois-Croix, bien qu’annexée à une ferme-école, put, à l’instar de celle de Roville, prendre la dimension d’une petite industrie. Les deux fabriques ont coexisté de 1837 à 1860 et les instruments de Bodin se firent un nom dans les exploitations, aux cotés des instruments Dombasle. Bodin fut d’ailleurs appelé le « Dombasle de Bretagne ». En revanche, à Grignon de même qu’à Grand-Jouan, les fabriques d’instruments se réduisaient à des ateliers d’entretien, comme le décrit Bella pour Grignon :

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« La fabrique présente un bien léger profit (703,32 f) […]. C’est moins une spéculation que l’on a voulu tenter qu’un moyen de propager les instruments perfectionnés, qui facilitent tant l’adoption des nouvelles méthodes […]. Outre le but philanthropique, l’Établissement y trouve encore l’avantage de ne pas éprouver de perte de temps pour les réparations du mobilier de la ferme, et d’avoir pour ses propres besoins un forgeron habile et expérimenté [19][19]  Annales de Grignon, 1830, p. 101.. »

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En fait, Bella et Rieffel n’avaient pas les connaissances suffisantes pour fabriquer des machines. La fabrique des Trois-Croix doit sa réussite en grande partie au savoir technique de Bodin. À partir de 1866, il se retira progressivement de la direction des Trois-Croix. Il céda sa place en 1867 à son fils Eugène, qui assura l’enseignement et la direction de la ferme et de la fabrique.

La direction de Bodin fils

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Travaillant avec son père dès l’âge de 15 ans, Eugène Bodin (1843-1882) connaissait bien l’établissement dont les activités étaient multiples. Pour le seconder, il prit René Petit, son beau-frère, comme directeur-adjoint.

Des instruments toujours aussi solides

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Le départ de Jean-Jules Bodin, qui s’occupait à la fois de la fabrication et de la vente, aurait pu compromettre l’avenir de la fabrique. Il n’en fut rien, le fils ayant continué dans la même optique que son père :

« Notre clientèle, qui ne varie pas beaucoup, est celle qui cherche à avoir du bon et comprend que le prix d’achat d’un instrument n’est jamais qu’une faible dépense si l’instrument est durable et à l’abri de réparations fréquentes [20][20]  Bodin, Eugène, 1868.. »

On reprochait à la fabrique le prix élevé de ses instruments, qui nécessitaient beaucoup de fonte et de fer. Ces prix élevés n’ont pas été un obstacle au développement des Trois-Croix, puisque le nombre d’instruments vendus est passé de 16 000 en 1858 à 20 000 en 1860 et à 40 000 en 1870 [21][21]  Desforges, 1870, p. 3, note 9..

Un développement nouveau

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Compte tenu de ce volume de ventes, le directeur ouvrit une salle d’exposition dans le centre de Rennes, avenue de la Gare, où il présentait en permanence sa collection d’instruments et qu’il confia à un ancien ouvrier expérimenté dans la vente. On répondait là aux demandes de renseignements, on passait les commandes et on assurait le service après vente.

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Cette initiative commerciale fut accompagnée d’innovations techniques, avec notamment l’adaptation d’un semoir écossais pour la petite culture [22][22] Les renseignements font défaut. Cependant, d’une façon.... Il parvint également à remédier à la difficulté que posait le graissage du rouleau Croskill ; pour cela, il plaça une chambre creuse au sein des moyeux. Il perfectionna aussi des moissonneuses qu’il transforma en faucheuses, toutes les pièces travaillantes étant en acier. Les tarares bénéficièrent également d’améliorations techniques avec le débourreur. Par ailleurs, il développa la collection d’instruments d’intérieur de ferme : moulins à pommes, pressoirs, barattes, etc. (tableau 1). De même, il lança des fabrications pour le domaine privé des grandes exploitations : barrières en fer, portes de cours et ponts pour parcs et jardins. C’est cette collection d’instruments et de machines qui valut à Bodin de remporter une médaille d’or à l’exposition universelle de 1878. Cette véritable petite industrie employait 150 ouvriers en 1877.

La fabrique dans le cadre de la ferme-école

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La ferme-école, ou école d’agriculture des Trois-Croix, constituait une annexe de l’École normale primaire de Rennes. Elle fut fondée en 1832 par le conseil général d’Ille-et-Vilaine, qui en donna la direction à Jean-Jules Bodin. Celui-ci l’exploita en co-fermier avec le conseil général. Transférée en 1837 de Gros-Malhon, au nord de Rennes, à Trois-Croix, sur la route de Rennes à Saint-Malo, la ferme de 31 ha s’agrandit par la location de terres entre 1850 et 1867 (figure 4), sa superficie passant à 92 ha, dont environ 62 en terres labourables et le reste en prairies naturelles.

Figure 4  - Domaine des Trois-Croix, plan des terres en 1872 Figure 4

La ferme des Trois-Croix louée en 1837 : 31 ha 24 ares ; la lande de Coätlogon louée en 1850 : 31 ha 45 ares ; les prairies de Saint-Martin louée en 1866 : 14 ha 28 ares ; la ferme des Fontaines louée en 1867 : 15 ha 11 ares.

Sources : Primes d’honneur des fermes-écoles, 1871-1872
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Par ailleurs, l’établissement des Trois-Croix ne reçut le statut officiel de ferme-école, selon la loi du 3 octobre 1848 organisant l’enseignement professionnel de l’agriculture, que le 2 avril 1869. Néanmoins, mis à part le soutien de l’État, ce statut ne modifia en rien son fonctionnement, qui pendant les 37 années précédentes avait correspondu à celui d’une ferme-école.

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Au cours de la période allant de 1837, date de la création de la fabrique (figure 5) [23][23] Par rapport à l’ensemble des bâtiments de la ferme-école,..., à 1890, année de cessation complète des activités de l’établissement, des liens s’étaient établis entre la fabrique et les deux autres domaines : l’enseignement et la production agricole.

Figure 5  - Domaine des Trois-Croix, plan des bâtiments Figure 5

a. Magasin d’approvisionnement de bois ; b. Minoterie de six paires de meules ; c. Scieries et outillage à bois ; d. Ateliers de forges et d’ajustage ; e. Machine à vapeur de 40 chevaux ; f. Réservoirs d’eau, pour alimentation et condensation ; g. Magasin aux outils fabriqués ; h. Magasins aux approvisionnements de fers et fontes ; i. Bureaux ; j. Porterie ; k. Menuiserie ; l. Salle d’étude ; m. Habitation et école ; n. Bouverie, écurie, remise ; o. Hangar pour la préparation de la nourriture hachée ; p. Porcherie ; q. Pompe ; r. Étables ; s. Fumiers ; t. Fosse à purin ; u. Boulangerie, buanderie ; v. Magasin aux fourrages ; w. Poulailler ; x. Jardins ; y. Bascule pour peser les bestiaux ; z. Jardins.

Sources : Primes d’honneur des fermes-écoles, 1871-1872

La ferme et la fabrique

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Les données comptables qui permettraient de dégager les rapports entre la production de la fabrique et celle de la ferme demeurent lacunaires. On peut toutefois affirmer que la fabrique, dont la possibilité de faire des bénéfices était plus assurée que pour la ferme, ne fut pas d’un grand secours financier pour cette exploitation, composée de quatre fermes en fermage distantes les unes des autres et, dans leur majorité, d’une qualité de sol relativement médiocre. En effet, le rendement des cultures ainsi que les résultats financiers de 1869, année de sécheresse, peuvent le démontrer. Dans la ferme des Trois-Croix, la plus anciennement louée, le rendement en hectolitre à l’hectare était de 40 à 45 pour le froment, de 50 à 60 pour l’avoine, et de 50 à 60 pour le colza [24][24]  Arnoult, 1871-1872, p. 811.. Par ailleurs, avec un capital d’exploitation de 72 926 francs, les bénéfices nets atteignaient 10 000 francs, soit environ 14 % [25][25]  Ibid., p. 815.. Dignes d’une ferme-école, ces chiffres, qui ne comprennent pas les comptes de la fabrique, ne représentent portant pas, loin de là, les meilleurs résultats de la ferme :

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« Son infériorité momentanée trouve son explication dans une année de sécheresse et dans l’annexion des terres des Trois-Fontaines, qui ont nécessité des avances, que les premières récoltes ont à peine rémunérées [26][26]  Ibid., note 27.. »

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Si chacun de ces deux secteurs possédait son autonomie financière, dans la pratique, ils étaient complémentaires. En effet, avec une superficie d’une centaine d’hectares, la ferme constituait un excellent terrain d’essais pour la fabrique, qui fut, si l’on se rapporte à Desforges, la seule en France à bénéficier d’un tel avantage :

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« Disons aussi que chacun des instruments fabriqués dans les ateliers des Trois-Croix a pour lui la sanction d’un usage continu sur la ferme-école, conduite par le même directeur […] Nous reviendrons sur les cultures, intensives au plus haut point, de cette ferme de cent hectares. Aujourd’hui nous appuyons seulement sur ce fait particulier, sur cette position exceptionnelle du fabricant cultivateur, non pas sur une petite échelle, mais bien sur une étendue permettant d’employer les instruments de la grande et ceux de la petite culture, qui n’y fonctionnent pas pendant la durée de quelques heures comme à des essais de concours, mais pendant des temps prolongés, faisant découvrir les modifications pratiques à y apporter. Nulle autre fabrique en France n’est dans cette position, dont les Anglais ont bien su comprendre l’importance ; ainsi leurs plus grandes fabriques ont des exploitations d’expériences, éprouvant et sanctionnant ou rejetant les innovations des inventeurs, souvent fort peu pratiques [27][27]  Desforges, 1870, p. 6-7, note 9.. »

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Quant à la ferme, elle bénéficiait d’un matériel supérieur à celui d’une ferme-école normale : 8 charrues double Brabant, 1 charrue bisoc, 3 herses articulées de forces différentes, 2 rouleaux Croskill de 1 100 kg et 400 kg, 1 scarificateur Colman, 1 houe à cheval, 1 semoir Bodin, 1 moissonneuse faucheuse Howard, 2 faneuses, 2 râteleuses et 1 batteuse mue par une locomobile de 6 chevaux. Comparativement, l’outillage de la ferme-école de Kervazek-Trévarez dans le Finistère, d’une superficie de 263 ha dont 115 labourables, considérée comme un établissement modèle, était constitué d’araires, de herses, d’extirpateurs – dont on ignore le nombre – d’un rouleau, d’un semoir à brouette, d’une machine à battre, de tarares, d’un trieur et de deux coupe-racines.

La fabrique et l’école

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Comme la ferme était à la fois une unité de production et une école d’agriculture, le matériel de la fabrique était sollicité également pour l’école. En plus d’économiser la main-d’œuvre et d’exécuter un travail de meilleure qualité, le matériel, s’ajoutant à d’autres modèles expérimentés de la fabrique, constituait pour les apprentis un excellent moyen d’entraînement à l’usage des instruments nouveaux, car « aucune machine ne fut vendue sans être reçue par la ferme, essayée par les élèves » [28][28] Gontier, président de l’Association des anciens élèves,....

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L’importance de la fabrique par rapport à la ferme et à l’école, changea sous la direction d’Eugène Bodin. Son père avait en effet cherché à établir un équilibre entre les trois activités. Comme les agronomes « éclairés » de son époque, il cherchait à former des cultivateurs habiles et à diffuser de nouvelles méthodes auprès des agriculteurs de la région. Ce fut davantage l’école des Trois-Croix que la fabrique qui retenait son attention.

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Sous la direction d’Eugène Bodin, si la fabrique bénéficia d’un important développement, l’enseignement demeura sans net changement. Pour lui, la fabrique était la principale activité de l’établissement, comme il le dit devant le préfet et les membres du conseil général : « Vous pouvez être assurés du maintien de cette fabrique, qui a donné une si heureuse importance à l’école, qui est l’une des plus considérables de France » [29][29]  Bodin, 1868, note 23..

Le déclin

44

La crise agricole des années 1870, résultant, dans le cadre du libre-échange, de la concurrence des pays neufs, notamment des États-Unis d’Amérique, entraîna de sérieuses difficultés. La chute du prix des céréales [30][30] Entre 1871-1875 et 1880, le prix moyen a baissé de..., accentuée par la sécheresse de 1879, affecta le bon fonctionnement de la ferme, d’autant que le budget des fermes-écoles, voté en 1873, venait de subir une réduction de 100 000 francs. Cette réduction, conduisant en 1875 à la suppression d’une partie des primes de sortie des apprentis, posa de sérieux problèmes de recrutement, et ce, à une période déjà marquée par la pénurie de main-d’œuvre [31][31] Loi du 30 juin. Elle mit en place les écoles pratiques.... Par ailleurs, la baisse du prix des céréales et de la viande, principales productions de l’Ouest, mit en difficulté la clientèle de la fabrique, qui subit une baisse brutale des ventes en 1879.

45

La mort d’Eugène Bodin en 1882 semble avoir accru les difficultés. Entre 1883 et 1887, les comptes des cultures sont déficitaires : 7 378 francs d’actif contre 10 011 francs de passif [32][32] Bilan du Conseil général, 1888, Arch. dép. Ille-et-Vilaine,.... En 1884, une Société anonyme fut créée par des proches de Bodin, afin d’entamer la liquidation de l’établissement, qui prit six années. Durant cette période, Émile Herissant, agriculteur du Morbihan et ancien élève de Grignon, fut nommé par la Société directeur général provisoire. Acquise par le conseil général, la ferme-école se transforma en école pratique, conformément à la loi de 1875. Pendant cette période plus de 100 employés perdirent leur travail et la fabrique déposa son bilan en 1890.

46

*

47

En dépit de ses modestes moyens, Jean-Jules Bodin transforma les fermes médiocres du domaine grâce à son dévouement pour l’agriculture et son talent d’agronome praticien. Or, ces qualités ne pouvaient suffire en elles-mêmes à la réussite de la petite industrie, activité qui relève de la mécanique et pour laquelle le savoir agricole fut un atout de plus. Ce fut sûrement grâce aux aptitudes mécaniciennes de Jean-Jules Bodin, transmises à son fils Eugène, que l’essor de cette activité ne ressembla pas à celui des autres fabriques, dirigées par des agronomes éclairés au sein des exploitations-écoles.

48

La particularité de la fabrique résidait en effet dans son annexion à la ferme-école. Si sa présence au sein de cette institution permit de tester la qualité des instruments, garantit à la ferme une meilleure productivité et permit aux apprentis de conduire de nouveaux instruments, elle ne facilita certainement pas la tâche des hommes qui dirigeaient l’établissement, compte tenu de ses rôles multiples. Aux Trois-Croix, cette mission a été bien assurée, grâce au talent et au dynamisme de ses directeurs, mais les qualités des hommes, faute de moyens financiers suffisants, ne permirent pas de résister à la crise agricole de la fin du xix e siècle.

49

L’exemple de la fabrique des Trois-Croix met en lumière l’une des voies de modernisation agricole au xix e siècle, parmi d’autres. Ce n’est qu’en multipliant les études de ce type, qu’on mesurera davantage l’un des aspects les plus significatifs des modifications techniques en agriculture : le progrès de l’outillage.

L’auteur tient à exprimer toute sa gratitude à Jean-Marc Moriceau pour ses remarques pertinentes et ses conseils afin d’améliorer la version finale de cet article.


Bibliographie

  • Sources imprimées

    • Annales de Grignon, 1830.
    • Bilan du Conseil général sur la situation de la ferme des Trois-Croix, 1888, Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 7m 59.
    • Bodin, Eugène, Rapport annuel des travaux de l’école d’agriculture des Trois-Croix, présenté à M. Le Maire, Rennes, 1er septembre 1868, Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, 7m 58 ;
      —, Rapport sur la situation de la ferme-école des Trois-Croix, adressé au préfet et au Conseil général d’Ille-et-Vilaine, 1876, Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 7m 59.
    • Bodin, Jean-Jules, Lettre aux membres du Conseil général d’Ille-et-Vilaine, Rennes, 10 août 1837, Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, 7m 58 ;
      —, Extrait d’Éléments d’agriculture, 1842, Arch. Trois-Croix-Le Rheu, non classé ;
      —, Notice sur les instruments aratoires perfectionnés, Rennes, 1853, Extrait du catalogue de la fabrique des Trois-Croix, 1870, Arch. Trois-Croix-Le Rheu, non classé
    • Brochure bibliographique sur Jean-Jules et Eugène Bodin, Arch. Trois-Croix-Le Rheu, non classé.
    • Desforges, A., « La fabrique d’instruments d’agriculture de M. Bodin, Directeur de la ferme-école des Trois-Croix à Rennes », Extrait du Journal de l’Agriculture, numéros des 5 et 20 juillet 1870.
    • Dombasle, Mathieu de, « Fabrique d’instruments perfectionnés d’agriculture », Annales de Roville, 1827, p. 347-363 ;
      —, « Instruments agricoles », Annales Agricoles de Roville, 1832, p. 405-434.
      « Ferme-école des Trois-Croix », Extrait du rapport de G. Arnoult, Primes d’honneur des fermes-écoles, 1871-1872.
    • Hoyau, « Machine et manège portatifs pour battre le blé et autres grains », 1848, Recueil d’ouvrages et publications, partie 2, p. 516-520, Bibliothèque Municipale de Nantes, 17874.
    • « Le centenaire des Trois-Croix », Aux cultivateurs d’Ille-et-Vilaine, n° 48, Arch. Trois-Croix-Le Rheu, non classé
    • « Notice sur le département d’Ille-et-Vilaine », concours régional de Rennes, Primes d’honneur des fermes-écoles, 1871-1872, p. 179-223.
  • Bibliographie

    • Beltran, Alain, et Griset, Pascal, Histoire des techniques aux xix e et xx e siècles, Paris, Éd. Armand Colin, 1990, 187 p.
    • Boulaine, Jean, « Vingt ans de vulgarisation trop exclusive (1785-1805) », 120e Congr. nat. soc. hist. scient., Aix en Provence, 1995, Traditions agronomiques européennes, p. 43-52 ;
      —, Histoire de l’agronomie en France, Paris, tec & doc Lavoisier, 1992, 392 p. ; 2e éd. revue et augmentée : 1996, 437 p. ;
      —, et Logros, Jean-Paul, D’Olivier de Serres à René Dumont, Portraits d’agronomes, Paris, tec & doc Lavoisier, 1998, 315 p.
    • Bourrigaud, René, Le Développement agricole au 19e siècle en Loire-Atlantique, cdmot, 1994, 496 p.
    • Chevet, Jean-Michel, « La transmission des savoirs agricoles dans les processus de croissance aux xviii e-xix e siècles : l’exemple de la région parisienne », in Amouretti, Marie-Claire, et Sigaut, François, (éd.), Traditions agronomiques européennes (élaboration et transmission depuis l’Antiquité), Paris, cths, 1998, p. 171-180.
    • Cocaud, Martine, « Les cadres de la rénovation agricole en Ille-et-Vilaine dans la première moitié du xix e siècle », Revue d’Histoire moderne et contemporaine, 1996-3, p. 479-495.
    • Duby, Georges, et Wallon, Armand, (dir.), Histoire de la France rurale, vol. 3, Paris, Seuil, 1976.
    • Fernand, Benoît, Histoire de l’outillage rural et artisanal, Paris, 1947 ; 2e éd., Marseille, Laffitte Reprints, 1984, 168 p.
    • Haudricourt, André-Georges, et Delamarre, Mariel Jean-Brunhes, L’Homme et la charrue à travers le monde, Paris, Gallimard, 1955 ; 2e éd., Lyon, La Manufacture, 1986, 411 p.
    • Le Gall, Hervé, et Bessec, Alain, L’École des Trois-Croix, un établissement au service du progrès agricole, 1835-1889, mémoire de maîtrise, Université de Rennes-2, 1972, 189 p.
    • Moriceau, Jean-Marc, Terres mouvantes. Les campagnes françaises du féodalisme à la mondialisation (xii e-xix e siècle), Paris, Fayard, 2002, 264 p.
    • Sigaut, François, « L’évolution technique des agricultures européennes avant l’époque industrielle », Revue Archéologique du Centre de la France, 27-i, 1988, p. 7-41 ;
      —, « La naissance du machinisme agricole moderne », Anthropologie et sociétés, vol. 13, n° 2, 1989, p. 79-101 ;
      —, « Entre pratiques raisonnées et science efficace : l’âge des doctrines en agronomie », in Amouretti, Marie-Claire, et Sigaut, François, (éd.), Traditions agronomiques européennes (élaboration et transmission depuis l’Antiquité), Paris, cths, 1998, p. 181-196.

Notes

[*]

Université de Paris iv-Sorbonne. Adresse personnelle : 9 b, Chemin de Bonneville, 44300 Nantes. Courriel : <nagwa. maaty@ laposte. net>

[1]

Dans lequel Duhamel du Monceau rendait compte entre 1852 et 1858 des essais agricoles que la traduction de l’anglais Jethro Tull l’amena à réaliser dans sa propriété près d’Orléans : Boulaine, 1998, p. 27.

[2]

Il s’inspirait certainement de la Description des nouveaux instruments d’agriculture de Thaër qu’il avait traduite et publiée en 1821.

[3]

Les sources principales proviennent du fonds des Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, dans la sous-série 7m concernant l’agriculture, ainsi que de bibliographies conservées à l’école des Trois-Croix-le Rheu dont la ferme-école fut l’ancêtre. Je tiens à remercier Jean-Louis Oleron, directeur de l’eplea de Rennes-Le Rheu de m’avoir permis d’effectuer des recherches dans les Archives de l’école.

[4]

Jean-Jules Bodin (1805-1869) est né à La Châtre-sur-le-Loir dans la Sarthe d’un père médecin. Ancien élève de l’école de Grignon, il fut à la fois comptable et professeur à l’école normale de Rennes de 1832 à 1841 puis reprit ses cours en 1856 en plus de ses fonctions de directeur exploitant de la ferme-école.

[5]

Moriceau, 2002, chapitre 10 fournit des précisions sur l’équipement, « indicateur du progrès agricole », des grandes exploitations d’Île-de-France. Le progrès qu’il souligne dans la « diffusion puis la spécialisation de ces nouveaux instruments » dans la seconde moitié du xviii e siècle, atteste de cet écart interrégional.

[6]

Sigaut, 1995, p. 197.

[7]

Desforges, 1870, p. 18.

[8]

Ibid, p. 3.

[9]

Desforges, 1870, p. 7, note 9.

[10]

Bodin père, 1842, p. 8.

[11]

Dombasle avait lui aussi éprouvé beaucoup de difficultés à le mettre au point : Annales Agricoles de Roville, 1827, p. 355. Hugues, président du comice de Bordeaux, effectua également en 1833 une série d’expériences sur le semoir. Il y adapta une trémie particulière pour y disposer des engrais en poudre : Arch. dép. Ille-et-Vilaine, cote 7m 228.

[12]

Bodin, 1853, p. 3.

[13]

Ibid., p. 12.

[14]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 7m 228 ; les renseignements disponibles le concernant sont très lacunaires.

[15]

Hoyyau, 1848 ; Bodin s’associa avec Hoyau pour la fabrication du manège de sa machine à battre.

[16]

Lettre de Renaud-et-Lotz du 14 septembre 1857 au préfet sur les machines de divers systèmes à battre les grains, Arch. dép. Loire-Atlantique, 1m 2014.

[17]

Bourrigaud, 1993, p. 336.

[18]

Avis aux cultivateurs, Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 7m 228.

[19]

Annales de Grignon, 1830, p. 101.

[20]

Bodin, Eugène, 1868.

[21]

Desforges, 1870, p. 3, note 9.

[22]

Les renseignements font défaut. Cependant, d’une façon générale, les modifications de ce type consistaient, pour l’adaptation à la petite culture, à réduire la taille des machines, comme on le fit en particulier pour la locomobile Tuxford.

[23]

Par rapport à l’ensemble des bâtiments de la ferme-école, les locaux réservés à la fabrique sont importants.

[24]

Arnoult, 1871-1872, p. 811.

[25]

Ibid., p. 815.

[26]

Ibid., note 27.

[27]

Desforges, 1870, p. 6-7, note 9.

[28]

Gontier, président de l’Association des anciens élèves, « Discours du Centenaire des Trois-Croix », in Aux cultivateurs d’Ille-et-Vilaine, n°48, p. 1, Arch. Trois-Croix-Le Rheu, non classé.

[29]

Bodin, 1868, note 23.

[30]

Entre 1871-1875 et 1880, le prix moyen a baissé de 27 % : Désert, in Duby et Wallon, 1976, p. 395.

[31]

Loi du 30 juin. Elle mit en place les écoles pratiques et modifia le régime des fermes-écoles.

[32]

Bilan du Conseil général, 1888, Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 7m 59, in Le Gall et Bessec, 1972.

Résumé

Français

Annexée à la ferme-école des Trois-Croix (1832-1890) créée par Jules Bodin, près de Rennes, la fabrique n’était au départ qu’un atelier d’entretien des instruments. Puis elle se transforma rapidement en petite industrie. En 1837, on y essaya la machine à battre. En 1858, la fabrique possédait trois machines à battre à vapeur. Entre 1837 et 1858, on y produisit plus de 16 000 instruments. Elle employait 150 ouvriers en 1877. Pendant près de quatre décennies, cet établissement agricole et industriel contribua à répandre l’usage des instruments perfectionnés. La crise agricole a entraîné le déclin de la fabrique et de la ferme-école à partir de 1878.

Mots-clés

  • bodin
  • Bretagne
  • fabrique
  • ferme-école
  • instruments agricoles

English

Originally, the factory appended to the farm-school of Trois-Croix (1832-1890) which was founded by Jules Bodin near Rennes was only a workshop for the maintenance of the farm’s tools ; but it grew into a small industrial concern. In 1837, for the first time in the region, a threshing machine was used there ; in 1858, Trois-Croix owned three steam threshing machines. From 1837 to 1858, over 16,000 tools were manufactured in the factory, and in 1877, it employed 150 workers. For about four decades, this agro-industrial enterprise managed to bring about increasing use of sophisticated farming tools. After 1878, the factory and the farm-school suffered from an adverse economic context, which eventually led to the demise of both.

Keywords

  • agricultural machinery
  • Bodin (jules)
  • Brittany
  • factory
  • school-farm

Plan de l'article

  1. De l’atelier à la fabrique : l’action de Bodin père
    1. Un essor rapide
    2. Une gamme diversifiée
    3. Une organisation efficace
    4. Une production d’instruments foisonnante
  2. La direction de Bodin fils
    1. Des instruments toujours aussi solides
    2. Un développement nouveau
  3. La fabrique dans le cadre de la ferme-école
    1. La ferme et la fabrique
    2. La fabrique et l’école
    3. Le déclin

Pour citer cet article

Abou el Maaty Nagwa, « La fabrique des instruments agricoles de la ferme-école des Trois-Croix », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2004 (Vol. 21), p. 115-132.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2004-1-page-115.htm


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