2004
Histoire & Sociétés Rurales
Sources
Un paysan normand au STO en Allemagne
Le journal de Pierre Lebugle (juin 1943-août 1945)
Philippe Madeline
Jean-Marc Moriceau
[*]
En juin 1943, Pierre Lebugle, aide familial sur la modeste ferme laitière de ses parents à Camembert (Orne), est requis par le Service du Travail Obligatoire. Envoyé dans une grande exploitation proche de Berlin, son univers quotidien passe des herbages du Pays d’Auge à la grande culture du Neumark. 21 mois durant, Pierre Lebugle avec trois camarades de la même commune, participe aux travaux des champs dans un contexte relativement privilégié qu’il consigne dans son journal jusqu’à son retour en Normandie après un périple qui le conduit jusqu’à Moscou.
Mots-clés :
Allemagne, grande culture, journal, Neumark, Normandie, Pays d’Auge,
sto
.
In June 1943, Pierre Lebugle, a hand on the little dairy farm of his parents situated in Cambert (Orne,) was required for the Service du Travail Obligatoire. Sent to a very large farm near Berlin, his everyday life moved from the pastures of Pays d’Auge to the cash crops in Neumark. For 21 months, Pierre Lebugle and three friends from his village took part in farm work in a relatively privileged context, which he recorded in his diary, kept until his return home after travelling all the way to Moscow.
Keywords :
cash crops, diaries, Germany, Neumark, Normandy, Pays d’Auge,
sto
.
Si le service du travail obligatoire est une institution bien connue dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, on n’en mesure pas toujours les effets concrets sur la main-d’œuvre requise
[1]. Pour le monde rural, il est même exceptionnel de disposer d’un témoignage personnalisé, émanant de la minorité des travailleurs forcés qui firent marcher les exploitations agricoles de l’Allemagne nazie.
Les souvenirs qu’en ont laissé les requis ne s’attardent guère à détailler au jour le jour leurs activités de l’autre côté du Rhin. Il est d’ailleurs difficile de trouver l’édition d’un journal de cultivateur comparable à celui que nous présentons, pour les années 1943 à 1945. La plupart de ceux qui partaient rejoignaient, on le sait, surtout les usines allemandes. Parmi ceux qui furent employés dans l’agriculture, bien peu tinrent un journal continu, depuis le départ au STO jusqu’au retour au pays, en y incluant la phase contemporaine à l’effondrement du IIIe Reich et les longues opérations qui ont marqué leur rapatriement.
C’est dire tout le prix du document qui suit : il retrace à la fois, au quotidien, le travail requis dans une grande ferme près de Berlin et les transferts successifs, dans les fourgons de l’armée soviétique, en Pologne et en Russie. Ce type de témoignage vient souligner l’intérêt, y compris en histoire contemporaine, de l’édition des sources des acteurs du monde rural confrontés aux événements tragiques du
xx
e siècle. La chance a voulu que la source écrite a pu être accompagnée d’informations livrées au cours de plusieurs entretiens accordés par son auteur, Pierre Lebugle, ancien cultivateur à Camembert (Orne)
[2]. Après les
Mémoires de Gilbert Clain, qui avait commencé sa vie dans une petite exploitation de taille comparable
[3], ou, pour un contexte régional proche, le
Journal du sieur de Gouberville, les carnets de Pierre Lebugle viennent souligner la richesse encore sous-exploitée des archives familiales. Pourquoi refuserait-on aux sources privées du temps récent un statut documentaire égal à celui que les historiens accordent, sans l’ombre d’un soupçon, à celles des époques plus anciennes ?
La fin d’une exception : des agriculteurs requis par le sto
Sous la pression de l’occupant allemand, et en particulier de l’action du Gauleiter Fritz Sauckel, le gouvernement de Vichy promulgue, le 16 février 1943, la loi qui introduit le Service du Travail Obligatoire. Durcissant la loi du 4 septembre 1942 qui imposait le recrutement forcé d’une première fournée de 200 000 Français, cette seconde mesure impose un service de 2 ans aux classes d’âges 1920, 1921 et 1922. Dans un premier temps, certaines catégories socio-professionnelles, comme les agriculteurs, réussissent à bénéficier d’une exemption.
Cependant, les effectifs de recrutés restent en-deçà des exigences de la seconde action Sauckel. Aussi les clauses d’exception sont abrogées par Vichy
[4]. Aux agriculteurs, Laval inflige un coup de tonnerre avec la loi du 31 mai 1943 qui prévoit l’envoi de toute la classe 1922. De juin à octobre 1943, lors de la troisième action Sauckel, les 1 169 Ornais requis incorporent les cultivateurs de la classe 1942
[5].
C’est dans ce contexte de durcissement où des citadins comme ceux d’Alençon trouvent qu’« il n’y a pas de raison que les paysans ne partent pas comme les ouvriers »
[6], que de jeunes agriculteurs, notamment des aides familiaux, sont contraints à partir pour l’Allemagne. Pierre Lebugle, né le 9 janvier 1922 au hameau de La Bucaille, dans la commune de Camembert (Orne), où il travaille chez ses parents, était de ceux-là.
Camembert-Guhden-Moscou : un itinéraire singulier
Parti du sud du Pays d’Auge, en Basse-Normandie, avec trois de ses camarades, Pierre Lebugle met six jours pour faire le trajet qui le conduit, de gare en gare, d’Alençon (Orne) jusqu’au Neumark, à Kietniz, au nord-est de Berlin, entre Küstrin et Stettin (23-29 juin 1943, l. 4-64).
C’est dans une grande ferme de Guhden, village de 168 habitants en 1939, qu’il reste près de 20 mois, pour accomplir son STO (29 juin 1943 au 17 février 1945, l. 65-1547). L’arrivée des troupes soviétiques (l. 1519) entraîne un périple en Europe orientale, marqué par un séjour de deux mois à Lodz (Pologne) du 1er mars 1945 au 20 avril, avant un transfert en URSS. Pierre Lebugle et ses camarades séjournent alors dans un camp à 12 km de Bronitchi, au sud-est de Moscou, du 29 avril 1945 au 2 juillet 1945 (l. 1763-1904). Arrive enfin un long rapatriement en France, qui conduit nos quatre Augerons, d’un train à l’autre et selon diverses attentes – huit jours dans Berlin en ruines, du 11 au 17 juillet 1945 –, à retraverser l’Europe en sens inverse du 2 juillet au 1er août 1945, date du retour à Camembert (l. 905-2100).
En définitive, comme c’était le cas pour bien des requis « libérés » par l’armée soviétique, l’expatriation a duré plus longtemps mais dans de meilleures conditions matérielles et de traitement que dans les secteurs Alliés
[7].
Partir ? un personnage et son environnement
Alors que l’Orne figure parmi les départements où le nombre de réfractaires est presque aussi important que celui des requis et que le
Gauleiter Sauckel se déclarait « courroucé » à la préfecture d’Alençon du fait qu’il s’agissait de « l’un des départements de France qui cachait le plus de réfractaires »
[8], le choix assumé par Pierre Lebugle a été la résignation. Sans qu’il soit assuré de proposer des explications définitives, quelques remarques permettent de rendre compte de cette attitude.
Tout d’abord, notre personnage fait partie de ces petits exploitants catholiques du Pays d’Auge, fortement imprégnés par le jacisme, dont on pourrait attendre un relatif loyalisme à l’égard d’un régime comme celui de Vichy. Catholique pratiquant, dès son enfance, adhérent à la Jeunesse Agricole Catholique, on le voit à l’âge de 9 ans sur une photographie de groupe devant l’église de Vimoutiers, en 1931 avec déjà l’un de ses futurs compagnons de route, Henri Prieur, entourant l’évêque de Sées et le vicaire général. Le 23 juin 1943, lors de la convocation à Vimoutiers, à la veille de son départ, c’est l’abbé Maurice Rebour, prêtre de la JAC, qui pose devant le café de La Renaissance à côté de Gaston Blondeau, Pierre Lebugle et Henri Prieur. Pour aider les requis à supporter l’expatriation, l’Église a fait éditer un carnet de route de « bon chrétien », que Pierre Lebugle emporte avec lui. Dans son périple en Allemagne, puis en Pologne et en Russie, l’auteur scande son journal de bord de quelques références religieuses : dès le 25 juillet 1943, il se rend à la messe à Königsberg et il en va ainsi plusieurs dimanches à l’occasion des fêtes catholiques ; il fait ses Pâques le mardi 27 mars 1945 au camp de prisonniers de Lodz ; il célèbre la fête du Sacré-Cœur le 10 juin 1945 à Bronitchi, note sa participation à la « Sainte-Communion ». Chez Pierre Lebugle, comme pour un certain nombre de ses camarades issus de la JAC, l’infraction aux lois est étrangère à la culture et aux convictions religieuses. Le sens de l’entraide et de la solidarité est bien marqué. À la Jeunesse Agricole Catholique comme à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, l’« objection de conscience » ne semble pas avoir été un argument proposé aux requis par le clergé comme il le fut, en revanche, pour la Jeunesse Étudiante Catholique et l’Action Catholique de la Jeunesse Française.
Pourtant, il serait imprudent d’y voir un déterminisme univoque. D’une part, à la différence de la JOC, l’attitude de la JAC, en essor pendant la guerre dans l’Orne, n’a pas suscité encore d’analyse d’ensemble
[9]. D’autre part, on sait désormais que pour le département voisin du Calvados, depuis 1942, incontestablement, les cultivateurs se détachent de la Corporation paysanne, témoignant d’une méfiance accrue à l’égard du régime
[10].
Par ailleurs, le hameau de la Bucaille, l’un des multiples petits villages de la commune de Camembert, constitue l’un de ces groupements d’habitat intercalaire où tout le monde se connaît, qui fait l’originalité du bocage normand depuis longtemps (figure 1).
Figure 1
Au départ : huis clos à Camembert
À l’intérieur de ce gros hameau, coexistent plusieurs petites exploitations herbagères de 10 à 15 ha, dont celle d’André Lebugle et Yvonne Boutigny, qui y sont installés depuis 1920, lors de la cession par le grand-père Polydor Lebugle (figure 2).
Figure 2
Pierre Lebugle : un petit cultivateur dans son microcosme familial
Sources : Arch. comm. Camembert, Déclarations agricoles du Ministère de l’Agriculture et du ravitaillement, 1941 et 1943 ; Liste des exploitations agricoles en 1959-1960
Cinq ou six vaches à traire, quelques cochons à engraisser, des veaux, des pommes, du foin, un peu de beurre doux à vendre à Vimoutiers : telles sont les activités familiales qui occupent le jeune Pierre Lebugle et sa sœur Christiane, qui hériteront plus tard, à parts égales, des terres de La Bucaille. Dans ce contexte socio-géographique, la peur des représailles pour ses parents cultivateurs a joué, incontestablement. Après avoir obtenu un sursis, notifié le 9 juin 1943, jusqu’au 25 juin, le courrier du 19 juin 1943, émanant du commissariat général au STO (Direction départementale d’Alençon) était clair sur ce point :
« Vous êtes prié de vous présenter le mardi 25 juin avant 15 heures, à l’école supérieure des filles à Alençon, 98, rue du Mans. Vous êtes averti qu’en cas de défaillance insuffisamment motivée, des sanctions graves seront prises à votre égard, ainsi qu’envers la famille et les tiers complices.Votre sursis au 25 juin est donc réduit d’autant [11]. »
Enfin, la décision du jeune camembertois n’a pas été prise seule. Elle a fait l’objet, même dans l’urgence, d’une concertation avec ses copains requis. Quatre jeunes du canton de Vimoutiers avaient été convoqués : en dehors de Pierre Lebugle lui-même, Jean Louvet (cultivateur), Jean Pihan (journalier) et Henri Prieur (cultivateur), tous quatre de Camembert, Gaston Blondeau (cultivateur), du bourg voisin de Vimoutiers. L’importance de la décision rendait particulièrement appréciable la solidarité du petit groupe localement concerné : c’est après en avoir discuté ensemble que la bande des quatre partage le poids de la décision pour préserver la sécurité de leurs familles respectives. Pour éviter toute forme de représailles, aucun d’entre eux n’a voulu être réfractaire en brisant ce consensus. Face à l’épreuve, les liens tissés entre les quatre jeunes protagonistes ont favorisé une position commune. L’esprit de camaraderie se manifeste tout au long du séjour par le souci de rester ensemble, de partager les colis, les loisirs (l. 459, 848 et 878), les fêtes (l. 135 et 912) et anniversaires (l. 422). En dehors de cette volonté commune, arrêtée seulement par des événements extérieurs, comme le rapatriement d’Henri Prieur le 13 novembre 1943 imposé par son état de santé, une certaine chance a maintenu les liens entre les quatre copains, jusqu’en Pologne et en Russie. Au-delà de cette amitié salutaire, le sens de la communauté de patrie est affirmé aussi par les liens avec des requis normands extérieurs au canton de Vimoutiers, comme ceux de Flers ou d’Alençon. Il culmine au camp de Bronitchi, le 28 mai 1945 : « Nous formons un groupement de tous les Normands du camp ».
Un travail de routine : « Ramasser des pommes de terre. Il fait beau »
Agriculteur de naissance, Pierre Lebugle est employé comme tel en Allemagne. Mais le type d’agriculture qu’il rencontre est fort différent de la petite exploitation herbagère et familiale qu’il connaissait en Pays d’Auge. Dès le 30 juin 1943, dirigé en Prusse, de l’autre côté de l’Oder, il est employé par la commune de Guhden, comme l’atteste un certificat du 5 août 1943 signé du maire, Walter Blümel
[12]. Le lieu de travail est un grand domaine prussien, situé à mi-chemin entre Berlin et Stettin (figure 3).
Figure 3
À l’arrivée : entre Berlin et Sttetin, l’univers contraint de Pierre Lebugle (juin 1943-février 1945)
Classiquement, nous retrouvons là une structure de grande exploitation : une grande ferme à côté du château du propriétaire, que l’auteur n’a jamais vu. En superficie : 5 à 600 ha (et tout à côté une autre de 1 200 ha), une taille bien supérieure aux exploitations beauceronnes que l’auteur connaissait de nom. Le système de culture associe céréales (blé, seigle, orge, avoine, colza et luzerne) aux plantes sarclées (pommes de terre et betteraves) qui réclament, avec une élevage bovin et porcin, une abondante main-d’œuvre. Pour y répondre, les deux fermes accueillent des requis de différentes nationalités – Français, Polonais, Italiens (l. 235) – et des prisonniers soviétiques, sous la direction d’un contremaître qui n’est autre que Blümel. La mécanisation n’est alors qu’amorcée puisqu’un tracteur – sans doute de marque Deutz – servait à déplacer la machine à battre mais chevaux et bœufs assuraient toujours les façons culturales.
Dans ce cadre, l’aide familial augeron a un statut effectif d’ouvrier agricole : sa carte de travail l’établit comme
Landarbeiter avec comme n° de matricule 58
k/1143
[13]. L’un des intérêts du document est d’éclairer la nature des tâches non spécialisées auxquelles passent successivement Pierre Lebugle et ses trois camarades, sous la direction de Blümel, « l’inspecteur » au service du propriétaire : d’une part, des tâches récurrentes, qui rythment les saisons (récoltes estivales avec la cueillette des pois, l’arrachage du lin, le ratelage du seigle, etc.), cultures exigeantes de la pomme de terre (sarclage, arrachage et tri) et de la betterave (démariage, sarclage et binage) avec les opérations d’amont (épandage du fumier) et d’aval (transport des produits) selon les caprices du ciel, si prégnants en agriculture (« il fait beau », « il pleut ») ; d’autre part, des tâches ponctuelles et assez diverses (tassage du blé, rentrée du charbon, comblement des fossés, ramassage du chiendent et des pierres dans les champs, chargement du fumier, soin des cochons à la porcherie, cassage du bois, etc.).
Sans être écrasantes, ces tâches deviennent de plus en plus pénibles, même si l’auteur n’en souffle mot en dehors des furoncles qui le contraignent à garder la chambre : mais alors, les soins sont immédiats et le repos assuré. Les journées de travail s’allongent au cours du séjour : 10 h 30 à partir du 13 juillet 1944 puis 11 h à compter du 2 octobre 1944 avec 1 h seulement pour le repos. Serait-ce lié à l’accroissement des besoins de l’Allemagne nazie ?
Quelques loisirs : une situation relativement privilégiée
Il est vrai qu’on est loin de la tourmente et que, par rapport au travail forcé dans les usines allemandes, le travail à la ferme n’a pas que des désagréments. Jamais l’auteur ne se plaint de manquer de nourriture : sur place le ravitaillement est assuré à nos quatre compères qui font eux-même leur cuisine dans leur « baraque » (13 juin 1944), quitte à risquer d’y mettre le feu en faisant cuire du lard (25 mars 1944) ! Les colis de Camembert arrivent à bon port, avec la production du cru, des pommes (le 29 janvier et le 1er février 1944), des rillettes (le 3 mars 1944) même si le poulet envoyé le 28 décembre 1943 n’arrive que le 19 janvier suivant… Les extra sont donc possibles, notamment le dimanche : avec les pommes reçues, Pierre Lebugle confectionne des tartes (les 4 et 5 février 1944) ; il fait aussi des crêpes (27 février 1944), des confitures, du chocolat (19 septembre 1943) et des sablés. Par ailleurs, nos requis envoient de la nourriture à leurs camarades partis dans les usines comme Jean Pihan, envoyé à l’extérieur dès le 13 décembre 1943 (colis des 9 janvier et 2 avril 1944).
Pour l’ensemble de leurs travaux, les requis sont rémunérés. Certaines tâches comme l’arrachage des pommes de terre donnent même lieu à une minutieuse comptabilité sous forme de tickets (l. 227 et suivantes). Troc et menus travaux apportent aussi aux requis des compléments en nature ou en numéraire comme le 16 avril 1944. Finalement, Pierre Lebugle réussit même, au début, à envoyer de l’argent à ses parents… un étonnant revenu complémentaire pour l’exploitation familiale (3 000 F le 1er février 1944) !
Le travail laisse la place aux loisirs comme la photographie et la baignade sur la plage de Guhden dans le lac voisin de Mohrin, en juin et juillet 1944. Une fois accomplies les diverses tâches agricoles requises, Blümel accorde une certaine liberté d’action qui se manifeste par les divers déplacements des quatre Augerons : messe à Königsberg, théâtre, cinéma à Bärwalde, visite à divers camps de prisonniers voisins. Cette situation relativement privilégiée est renforcée par l’esprit de camaraderie des quatre Camembertois exilés qui célèbrent fêtes et anniversaires.
Dans ce milieu relativement protégé, à l’écart des dangers du front, longtemps éloigné des bombardements, inconnus, et des camps de concentration, insoupçonnés, les informations arrivent rapidement. Le courrier marche assez bien. Lettres et colis-postaux parviennent régulièrement, rythmant les relations avec la mère patrie donnant même lieu, chez Pierre Lebugle, à une numérotation spécifique. Les nouvelles des principales opérations militaires sont diffusées sans tarder : le débarquement de Normandie est connu dès le 6 juin 1944, sans doute grâce à Radio-Berlin ; la capitulation allemande du 8 mai 1945 est annoncée la veille. En revanche, les événements localisés, même s’ils concernent directement les intéressés, comme les bombardements des villes normandes par les Américains n’arrivent à leur connaissance que par la voie du courrier, quinze jours après (29 juin d’abord puis 15 juillet pour les destructions de Vimoutiers, survenues le 14 juin 1944).
Dans cette vie somme toute moins difficile que dans les camps proches des villes allemandes comme Brême
[14], l’arrivée des Russes, le 1
er février 1945 marque une césure. Couché en joue par les soldats soviétiques, l’auteur a connu certainement son moment de plus grande frayeur, qui le conduisit à biffer les quelques lignes compromettantes qu’il venait d’écrire sur l’attitude des libérateurs dans la ferme
(l. 1519-1520). Ensuite s’ouvre une dernière période, très longue, d’attente, où les quatre camarades se retrouvent dans l’univers des camps de Français libérés, en Pologne et en Russie.
Un document composite
La source que nous publions correspond à deux documents complémentaires. Un carnet, de 90 x 150 mm, couvre la période du départ, du 23 juin 1943 au 18 mars 1944 ; il est repris au 1er janvier 1945. Un petit agenda (70 x 115 mm) couvre toute l’année 1944 (l. 404 à 1470). Sur ces deux supports, l’auteur, titulaire du certificat d’études primaires depuis 1935, a écrit à l’encre jusqu’au mardi 13 février 1945 puis au crayon (crayon de couleur et crayon à papier en alternance), ce qui donne les passages les plus difficiles à déchiffrer. Rédigé au jour le jour, dans la baraque, à chaque moment de liberté – en dehors de rares passages rajoutés après coup, mais très peu après les événements – et sans que les camarades de chambrée y prêtent une véritable attention, le journal de Pierre Lebugle n’a donc subi aucune interruption.
Pour en assurer l’édition, nous avons donc dû procéder à quelques choix. Le document principal est le carnet, que nous avons pris comme base d’édition pour l’année 1943 et l’année 1945. Pour l’année 1944, que couvre intégralement l’agenda, nous avons retenu ce dernier par souci d’homogénéité, y compris pour le premier trimestre qui a fait l’objet d’une rédaction parallèle, mais quasiment identique, dans le carnet. Pour faciliter la lecture, la ponctuation a été normalisée comme l’orthographe des noms propres. En revanche, pour l’ensemble du texte, nous avons respecté la rédaction propre à l’auteur.
*
Certes, le document proposé est loin d’être exhaustif : il trahit peut-être des réticences, et sans doute des non-dits… liés à la personnalité du témoin et à sa situation de requis en territoire ennemi. Toutefois, rien d’important n’a été occulté car, dans la négative, on aurait dû voir les langues se délier après la guerre, dans un tout autre contexte, ce qui ne fut pas le cas.
Qu’en a retiré Pierre Lebugle en tant qu’agriculteur, et d’un point de vue général, en tant qu’homme ? Sur le premier point, il n’y a pas d’incidence. Après 1945, tout le monde a repris « son train-train habituel ». Il est vrai que dans le domaine agricole, l’opposition de structure entre la petite exploitation « paysanne » de Camembert (15 ha avec 6 vaches entre 1945 et 1947) et la grande entreprise capitaliste de Guhden aurait rendu difficiles des transferts techniques. Sur un plan plus général, la position de requis n’entraînait pas, au retour au pays, de bruyantes démonstrations collectives, même si elle ne suscita pas d’hostilité particulière. Elle alimenta des souvenirs, forgea une identité et une sociabilité, marquées par l’obtention le 3 mai 1955 d’une attestation de l’Office national des Anciens Combattants de la qualité de « personne contrainte au travail en pays ennemi ». Titulaire d’une carte de déporté du travail (n° 009511), délivrée en 1968 par la Fédération nationale des déportés du travail, au titre de l’Association départementale de l’Orne, Pierre Lebugle participe depuis régulièrement aux différentes rencontres organisées par la section de Vimoutiers.
Finalement, le bilan le plus riche, c’est à l’historien qu’il incombe de le tirer. Au-delà des quelques pistes proposées dans cette présentation, bien des éléments n’ont pu être retenus. Les rapports avec les autres requis Français mais aussi les Polonais et les Italiens, les relations avec les camps de prisonniers transparaissent dans le texte. Les pérégrinations entre Guhden et Moscou et la longueur de l’attente libératoire y sont bien marquées aussi. Enfin, un renversement de perspective, à partir des archives allemandes de la commune, apporterait d’utiles compléments sur la réalité de l’exploitation. Tel quel, le journal de Pierre Lebugle livre donc un matériau brut, continu mais évidemment sélectif, qui convie à des études plus larges.
Photographie 1
Photo d’identité de Pierre Lebugle en 1943
(carte de travail)
Photographie 2
Vimoutiers, quelques instants avant le départ pour le STO (23 juin 1943)
(De gauche à droite : Maurice Rebour, vicaire de Vimoutiers, Gaston Blondeau, Pierre Lebugle, Henri Prieur)
Photographie 3
L’équipe des camarades devant leur logement en Allemagne
(De gauche à droite : Jean Louvet, Henri Prieur, Jean Pihan, Gaston Blondeau, Charles Dieudonné et Pierre Lebugle)
Photographie 4
Intérieur du logement
Photographies de famille et images pieuses pour se souvenir et espérer
Photographie 5
La lessive à Guhden
Septembre 1943
Photographie 6
Le ramassage des pommes de terre à Guhden
Ensemble des requis venus de l’Orne, des Deux-Sèvres et du Loir-et-Cher, avec les paniers et le croc à pommes de terre, sous la direction de l’« inspecteur », debout à droite
Photographie 7
Le travail : le battage à la locomobile
Photographie 8
Les loisirs : un dimanche au bord du lac de Guhden
De gauche à droite : Jean Louvet, Henri Prieur, Gaston Blondeau et Pierre Lebugle, avec en arrière, deux camarades du Loiret
Photographie 9
Les requis en route vers Moscou (avril 1945)
Assis au centre : Pierre Lebugle
Photographie 10
Passage à Berlin en ruines (mardi 17 juillet 1945)
139. 1943-1945 - « Mon journal de bord au STO en Allemagne, 1943-1945 »
Principales étapes de notre voyage en Allemagne (du 23 au 29 juin 1943)
Départ de Camembert, le 23 juin à 12 h 30. Arrivé à Alençon à 3 h.
Embarqué à 52 gars à la gare d’Alençon le 24 juin, en direction du Mans. Passé par : Champfleur, Bourg-le-Roy, Vivoin, Beaumont, Montbizot et Le Mans
[15].
Au Mans, 2 h. d’attente. À 5 h., nous reprenons le train pour Paris. Passé par : Champagne, Saint-Marc-la-Bruyère, Pontreu-de-Montfort, Connerré, Beillé, Seau, Boëssé-le-Sec, La Ferté-Bernard, Nogent-le-Rotrou, Condé-sur-Huisne, La Loupe, Courville-sur-Eure, Chartres, Maintenon, Épernon, Rambouillet, Les Essarts-le-Roi, La Verrière, Saint-Cyr, Versailles. Et arrivons à 9 h et 1/2 à la gare Montparnasse
[16].
De la gare, on nous mène à la caserne Mortier, en autobus. On nous donne quartier libre et nous couchons chez des cousins à Gaston Blondeau
[17].
Le 25 juin : nous rentrons à la caserne à 9 h. L’après-midi, nous prenons le train à 5 h à la gare de l’Est, là, nous changeons de réseau : nous prenons le réseau du Nord. Nous traversons tout le nord de la France : Amiens, Compiègne, Saint-Quentin, etc. Et passons la frontière franco-belge à minuit.
Le samedi 26, nous passons par Maubeuge, Liège, Namur, etc. et nous passons la frontière belgo-allemande à Aberstalle vers 1 h. Là, visite des bagages par la douane. Nous reprenons le train en direction d’Ex-la-Chapelle [Aix-la-Chapelle]. Nous y arrivons à 2 h 1/2. Nous sommes réconforté : nous touchons une bonne gamelle de soupe, un morceau de pain, du beurre et des confitures. Nous touchons aussi 2 marks. À 5 h, rassemblement et nous prenons le train en direction de Berlin à 7 h. Nous passons à Dortmund, Cologne, Essen, etc. Nous arrivons à Berlin le dimanche 27 juin.
De là, nous sommes dirigé sur un camp de trillage apelé Wilemssagen. Nous y arrivons à 1 h 1/2. Nous restons au camp toute la journée du lundi. Le soir, nous obtenons une permission pour sortir. Nous allons à la ville voisine apelée Erkener.
Nous repartons le mardi 29, à 1 h, 6 camarades ensembles, accompagnés d’autres camarades, en tout 40 gars. À 7 h nous arrivons à Küstrin, ville située à 50 km de Berlin. Là, nous sommes partagé en deux groupes, l’un de 12 gars se dirigeant sur Königsberg, et notre groupe, comprenant 28 gars. Nous sommes dirigé sur une petite gare apellée Vietniz. On se partage du groupe de 12 et on nous dirige sur une grande ferme à Guhden. Nous y arrivons le mardi 29 à 10 h du soir.
Le lendemain après-midi, nous commençons à travaillé. Les dimanches suivant, nous rendons visite à des prisonniers, à Bellin. Nous allons au cinéma à Bärwalde. Là, nous voyons beaucoup de prisonniers français. Nous aussi à Mohrin. Nous allons à la messe à Königsberg
[18].
Adresse des camarades
Libault, Émile, Aux Touches de Cersay (Deux-Sèvres)
Grelier, Jacques, Ulcot, par Argenton-château (Deux-Sèvres).
Marcel Pasquet, Aux Touches de Cersay (Deux-Sèvres)
Boisteault, Moïse, Aux Touches de Cersay (Deux-Sèvres)
Maquignon, Gilbert, Aux Veaux, commune de Saint-Pierre à Charey (Deux-Sèvres)
Vergnault, Marc, Aux Touches de Cersay (Deux-Sèvres)
Fardeire Lumo, Gouanne, Cersay (Deux Sèvres)
André Gentil, Au Billeu, Pontlevoy (Loir-et-Cher)
Boucher, Georges, Beauvais, Pontlevoy (Loir-et-Cher)
Pucheux, Régis, Aux Toits, Saran (Loiret)
Lesmesle, André, Ormes par Ingré (Loiret)
Guerrard, Marcel, La Fouquerie, Flers (Orne)
Georges Arsicaud, Hôtel de la Préfecture, Alençon (Orne)
Tramontain, Jean, 8, rue de l’École Normale, Alençon (Orne)
Lenoir, René, 22, rue Orbe, Rouen (Seine-Inférieure)
Celissac Maurice, 2, rue Cécile Devant, Clamart (Seine-et-Oise)
Barberey, Georges, chez Madame Delasusse, rue de….
Gautier, René, 7 rue Mozart (coupé)
Dieudonné, Charles, Plessis-Dorain (Loir-et-Cher).
Emploi du temps
Juin [1943]
Mercredi 30 juin. Nous charroyons de l’orge du grenier au moulin.
Juillet [1943]
Jeudi 1er juillet. Nous mettons du colza debout
[19].
Vendredi 2 juillet. Nous arrachons les pommes de terre.
Samedi 3. Nous mettons du colza debout.
Dimanche 4
. Nous allons à Mohrin, nous voulons faire le tour du lac et nous sommes obligé de revenir sur nos pas.
Lundi 5. Nous binons des bettraves.
Mardi 6. Nous binons des bettraves.
Mercredi 7. Nous chargeons du colza.
Jeudi 8. Nous chargeons du colza.
Vendredi 9. Nous cueillons des pois.
Samedi 10. Nous tassons de l’orge.
Dimanche 11
. Nous rendons visite à des prisonniers français à Bellin.
Lundi 12. Tassé de l’orge.
Mardi 13. Arracher des pommes de terre.
Mercredi 14. Détassé des bettraves. Nous fêtons le 14 juillet
[20].
Jeudi 15 juillet. Biné des pommes de terre.
Vendredi 16. Chargé du colza à la batteuse.
Samedi 17. Cueillir des petits pois.
Dimanche 18
. Au cinéma à Bärwalde.
Lundi 19. Arracher des pommes de terre.
Mardi 20. Arracher des pommes de terre.
Mercredi 21. Arracher du lin à la main.
Jeudi 22. Arracher du lin.
Vendredi 23. Finir d’arracher le lin et mettre du seigle debout.
Samedi 24. Mettre du seigle debout.
Dimanche 25
. À la messe à Königsberg.
Lundi 26. Mettre du seigle debout.
Mardi 27. Mettre du seigle debout.
Mercredi 28. Rattelé du seigle avec un bœuf. Reçu ma 1re lettre.
Vendredi 30. Tassé de l’orge sous le hangar.
Samedi 31. À la batteuse.
Août [1943]
Dimanche 1er
août
. Travaillé : rentré de l’orge. Nous faisons de la photo.
Lundi 2 août. Tassé du blé sous le hangar.
Mardi 3. Tassé du blé sous le hangar.
Mercredi 4. À la machine.
Jeudi 5. Tassé de l’avoine et rentré du charbon.
Vendredi 6. Chargé des voitures d’orge.
Samedi 7. Chargé du blé.
Dimanche 8
. Resté à Guhden.
Lundi 9. Coupé de la graine de bettraves jusqu’à 8 et il pleut Nous rentrons à la maison.
Mardi 10. Rentré des pois.
Mercredi 11. Charroyé du blé.
Jeudi 12. À la batteuse, à la balle.
Vendredi 13. Tassé du seigle.
Samedi 14. Nous n’avons pas travaillé.
Dimanche 15
. Resté à Guhden. On nous photographie pour les cartes de travail.
Lundi 16. Arracher de l’herbe dans les patatte.
Mardi 17. Arracher de l’herbe dans les patatte.
Mercredi 18. À la batteuse.
Jeudi 19. Coupé la graine de bettrave.
Vendredi 20. À la batteuse. À la peulle
[21].
Samedi 21. Charroyé du seigle.
Dimanche 22
. À la messe à Königsberg.
Lundi 23. À la graine de bettrave.
Mardi 24. Idem.
Mercredi 25. Arraché de l’herbe dans les patattes.
Jeudi 26 août. Vidé de la paille.
Vendredi 27. Charroyé du fumier.
Samedi 28. Coupé de l’herbe dans les pattates.
Dimanche 29
. Resté à Guhden.
Lundi 30. Arracher des pommes de terre.
Mardi 31. Charrié du fumier.
Septembre [1943]
Mercredi 1er
. Arraché de l’herbe dans les pattates.
Jeudi 2 septembre. Arraché des pommes de terre.
Vendredi 3. Aux pommes de terre.
Samedi 4. Le matin, aux p. de t. L’après-midi, nous n’avons pas travaillé. Il pleut.
Dimanche 5. Resté à Guhden. Photo.
Lundi 6. Aux pommes de terre.
Mardi 7. Idem.
Mercredi 8..
Jeudi 9. ……. Il arrive du renfort.
Vendredi 10.
Idem. Gaston lave notre linge
[22].
Samedi 11.
Idem. L’après-midi, je quitte le chantier en compagnie de Georges
[23].
Dimanche 12
. Resté à Guhden.
Lundi 13. Aux patates. Arrestation de Pasquet
[24].
Mardi 14. Au docteur en compagnie de Henri
[25].
Mercredi 15. Aux pattates.
Jeudi 16. À la chambre.
Vendredi 17. À la chambre.
Samedi 18. À la chambre, fait la lessive.
Dimanche 19
. À Guhden. Fait du chocolat.
Lundi 20. Départ des gars des Deux-Sèvres. L’après-midi, pas travailler. Il pleut.
Mardi 21. Aux pattate avec Pihan. 82 tickets
[26].
Mercredi 22. Aux patates “ “ “ 88 “ “ “.
Jeudi 23. “ “ “ “ “ “ 89 “ “ “.
Vendredi 24. “ “ “. “ “ “. 79 “ “ “
Samedi 25. Finir le champ de Belin. 75 “ “
Dimanche 26
. Levé à 10 h. Fait la lessive.
Lundi 27. Dix-neuf Italiens arrivent à Guhden. Fait 40 tickets. Maquignon part pour la France
[27].
Mardi 28. Aux pattates. 57 tickets. Reçu une lettre.
Mercredi 29. “ “ “. 65 tickets. Anniversaire à Henri
[28].
Jeudi 30. “ “ “. 24 tickets. Reçu mon passe-montagne. 1 lettre.
[Octobre 1943]
Vendredi 1er octobre. Aux pattes (sic). 20 tickets. Touché 21 marks.
Samedi 2. Aux pattates avec J. Louvet. 724 tickets.
Dimanche 3
. À Guhden. But une bouteille de vin.
Lundi 4. Aux patates arrière la machine. Fait 102 tickets avec Jean Louvet. Reçu 1 lettre.
Mardi 5. Aux pattattes. 97 tickets. Reçu un colis. Départ des soldats allemands.
Mercredi 6. Aux pattates. 39 tickets. Charles Lane.
Jeudi 7.“ “ “. 93 tickets.
Vendredi 8. “ “ “. 34 tickets. Discussion avec l’homme aux tickets
[29]. Touche mon passeport et reçu 20 marks.
Samedi 9. 67 [illisible]. 40 Italiens arrivent.
Dimanche 10
. Travailler au piq[illisible] jusqu’à midi.
Lundi 11. Aux pattattes. 36 tickets. Il a gelé blanc.
Mardi 12. “ “ “. 36 tickets.
Mercredi 13. “ “ “. 37 tickets. Reçus coli de 5 kgs. 1 lettre de France.
Jeudi 14. “ “ “. 44 tickets. Reçus lettre du 7 octobre
Vendredi 15. “ “ “. 44 tickets. Touché 23 marks.
Samedi 16. 25 tickets le matin. Près-midi resté à la chambre.
Dimanche 17
. Nous restons à Guhden. Vider une bouteille de vin. Visite à Königsberg.
Lundi 18. 18 tickets. Marcel Pasquet rentre. Henri [illisible].
Mardi 19. 19 tickets. Finir les pattattes. Reçus 2 colis.
Mercredi 20. Commencé les betteraves. Reçus 1 coli et 2 lettres.
Jeudi 21. Aux bettraves.
Vendredi 22. Au bettraves. Touché 15,81.
Samedi 23. “ “ “. 4e mois que nous sommes partis de France. Reçu un coli de poires.
Dimanche 24
. À Guhden
Lundi 25. Aux bettraves.
Mardi 26. Aux bettraves.
Mercredi 27. “ “ “. Reçus un coli de 20 kgs.
Jeudi 28. Aux bettraves. Reçus 2 lettres et 1 coli-poste.
Vendredi 29. “ “ “. Touché 16 M 04. 4e mois à Guhden.
Samedi 30. “ “ “. Pas de lettres.
Dimanche 31
. Pas de lettres. Fait un bon souper dans notre chambre.
[Novembre 1943]
Lundi 1 novembre. Reçus lettre du 22. Aux bettraves.
Mardi 2. Reçus 2 lettres et 2 colis-postes.
Mercredi 3. Aux bettraves. Fête la Saint-Charles
[30].
Jeudi 4. “ “ “. Libaux part en prison
[31].
Vendredi 5. Il fait froid. L’après-midi resté à la chambre. Reçus 2 colis.
Samedi 6. “ “ “. Reçus 1 lettre de Christiane
[32].
Dimanche 7
. Il tombe de la neige. Reçus lettre du 24, n° 10.
Lundi 8. Je reste à la chambre. Charles reçoit 4 colis
[33].
Mardi 9. À la chambre. Reçus 2 colis du 30 septembre [mot illisible].
Mercredi 10. Au docteur. “ “ “. 2 colis du 28 septembre et du 30 octobre.
Jeudi 11. À la chambre.
Vendredi 12
. Au docteur. À la chambre. Touché 8 M 50. Henri reçois ses feuilles.
Samedi 13.
Henri part
[34]. À la chambre. Pas de lettre.
Dimanche 14
. À la chambre. Pas de lettre.
Lundi 15. À la chambre. Pas de lettre.
Mardi 16. À la chambre. Pas de lettre.
Mercredi 17. Au docteur. Une lettre du 26 octobre, n° 12.
Jeudi 18. À la chambre. Bombardement de Jadickendorf
[35].
Vendredi 19. Au docteur. Reçus 1 lettre du 3 novembre, n° 1.
Samedi 20. À la chambre. Jean Phian me tient compagnie
[36]. Reçus lettre du 31 octobre.
Dimanche 21
. À Guhden. Pas de lettre. Fait une sablée.
Lundi 22. Au docteur. Fait la lessive.
Mardi 23. À la chambre avec Phian.
Mercredi 24. À la chambre. Finir la lessive.
Jeudi 25. Chargé du fumier.
Vendredi 26. Arraché des carottes.
Samedi 27. “ “ “ des carottes, coupé du bois. Reçus une lettre 8 novembre.
Dimanche 28
. Rendre visite aux prisonniers.
Lundi 29. Ce qui sont notre chambre vider des voitures de paille [un mot illisible].
Mardi 30. Déroncé dans le milieu d’un champ.
[Décembre 1943]
Mercredi 1er décembre. Trailler des pommes de terre.
Jeudi 2. Trié des pommes de terre.
Vendredi 3. À la gare. Reçus 2 lettre n° 2 et 5.
Samedi 4. Trié des patattes. Reçus 1 lettre.
Dimanche 5. À Guhden. Fait de la photo.
Lundi 6. Trié des pommes de terre.
Mardi 7. Chargé du fumier. Reçut une lettre.
Mercredi 8. Recouvrir des silos
[37]. Reçus 1 lettre.
Jeudi 9. Chargé du fumier.
Vendredi 10. Coupé du bois. Il neige. Reçu une [lettre] de Christiane.
Samedi 11. À la machine.
Dimanche 12
. À Guhden.
Lundi 13
. Départ de Jean Phian et de 9 autres camarades.
Mardi 14. Vidé des voitures de paille.
Mercredi 15. Lavé.
Jeudi 16. Vidé des voitures de paille. Reçu une lettre.
Vendredi 17. “ “ “. Reçu lettre du [mot illisible].
Samedi 18. Tassé de la paille.
Dimanche 19
. Rentré du charbon au château.
Lundi 20. À la machine. Reçu une lettre de [illisible].
Mardi 21. Tassé de la paille. “ “ “ une lettre de Mar[illisible].
Mercredi 22. Tassé “ “ “ et tassé des carottes. Reçus 2 lettres.
Jeudi 23. Trillé des pommes de terre.
Vendredi 24. Lavé.
Samedi 25. À la messe à Königsberg.
Dimanche 26
. À Guhden.
Lundi 27. Comblé des fossés dans les champs.
Mardi 28. “ “ “.
Mercredi 29. “ “ “.
Jeudi 30. “ “ “. Reçu lettre de Henri
[38].
Vendredi 31. “ “ “ de Gabriel
[39].
26 dimanches passés à Guhden.
Année 1944 à Guhden40, [Janvier 1944]
Samedi 1e
. À Guhden. Reçu une lettre du 12 décembre.
Dimanche 2. À Guhden.
Lundi 3. Comblé des trous dans le milieu des champs
[41].
Mardi 4. Comblé des trous dans le milieu des champs. Reçu une lettre n° 6, de décembre.
Mercredi 5. Même travail. Reçu lettre n° 4.
Jeudi 6. Vidé des voitures de fumier.
Vendredi 7. Étendre du fumier.
Samedi 8. Étendre du fumier.
Dimanche 9
. À Guhden. Georges Arsicaud vient nous voir. Nous lui donnons un coli à remporté pour Pihan. Reçu une lettre. Fêté mon anniversaire. 22 ans.
Lundi 10. Finir d’étendre du fumier le matin. Trillé des pommes de terre après-midi. Reçu 1 coli du 28 décembre.
Mardi 11. Bouché un fossé derrière les granges. Je travaille seul. Reçu 2 lettres 22 et 23 décembre.
Mercredi 12. À la machine. Reçu ma valise en bois. Échangé un pain contre un peut de goutte avec l’inspecteur
[42].
Jeudi 13. À la gare. Fait un wagon de pommes de terre avec Charles, Jean Tramontin et Marcel Pasquet.
Vendredi 14. À la machine. Reçu un coli poste du 28 décembre. Touché 13 M 39 de paye.
Samedi 15. À la machine. Reçu 2 lettres 24 et 26 décembre.
Dimanche 16
. À Guhden. Jean Pihan passe la journée avec nous.
Lundi 17. Cassé du bois et chargé 3 voitures de sacs de seigle. Reçu une lettre de Gabriel Jouane.
Mardi 18. Cassé du bois.
Mercredi 19. Chargé du fumier. Reçu une lettre de Marcel Fouquier
[43] et une de Christiane, du 19 décembre. Reçu un coli-poste de poulet du 28 décembre.
Jeudi 20. Coupé du bois. Reçu une lettre de mes parents du 30 décembre n° 13, une carte de marraine du 20 d. et une lettre de parrain Marc du 30 décembre
[44].
Vendredi 21. Trillé des pommes de terre.
Samedi 22. Chargé des voitures de fumier avec Jean Tramentin et Émile Libault
[45]. Échangé des cigarettes contre du sirop de bettrave.
Dimanche 23
. Au théâtre à Bärwalde voir jouer « Bichon ». Reçu 2 lettres, la dernière de décembre et l’autre du 5 janvier n° 2. Reçu 10 lettres pour nous 4.
Lundi 24. Découvrir des silos à pommes de terre. Reçu une lettre de Christiane du 2 janvier. Échangé des cigarettes contre du sirop de bettraves.
Mardi 25. Chargé du fumier. Reçu une lettre de chez l’oncle Georges
[46].
Mercredi 26. Reçu 7 lettres, 2 de mes parents, une de la tante, une de Marc, une de Henri, une de l’abbé Guibé et de Christiane et de Thérèse Drouin
[47]. Reçu 1 coli du 30 décembre contenant mon petit Noël.
Jeudi 27. À la machine. Colporté 90 à 100 sacs de seigle. On nous fait éteindre la lumière. Écrit à Christiane.
Vendredi 28. Chargé du fumier.
Samedi 29. Fait la lessive. Reçu un coli de pommes du 14 décembre et un coli gare du 7 janvier. Reçu une lettre du 1er janvier.
Dimanche 30. Rendre visite aux prisonniers des bois
[48]. Mangé avec eux. Gaston et Jean vont voir Gabriel Letourneur
[49] à Ebeswald. Reçu une lettre de tante Lucie
[50].
Lundi 31. Étendre du fumier.
[Février 1944]
Mardi 1er
. Finir d’étendre du fumier et trillé des pommes de terre. Reçu une lettre du 12 janvier et un coli de 78 pommes, du 10 janvier. Envoyer 3000 F en France.
Mercredi 2. À la machine.
Jeudi 3. Trillé des pommes de terre. Reçu une lettre du 15 jan. N° 6. On nous apprend que nous sommes restreind en correspondance et on refuse nos lettres. Jean ne travaille pas et nous faire cuire des haricots.
Vendredi 4. Pas travailler. Reçu une lettre du 16 janvier n° 7 et une lettre de Madame Lafosse. Fait cuire des haricots et confectionné une tarte aux pommes.
Samedi 5. À la chambre. Fait de la couture et confectionner 2 tartes. Écrit une lettre chez nous. Reçu une lettre du 17 janvier de marraine. Charles va raser les prisonniers à Mohrin.
Dimanche 6
. À Guhden. Gaston rend visite aux prisonniers de Jädikendorf. Lemesle échange sa montre contre un accordéon. Envoyé la 1re carte postal à mes parents.
Lundi 7. À la machine. Jean à la gare. Écrire chez nous.
Mardi 8. Reçu une lettre du 20 janvier n° 8.
Mercredi 9. Trillé des pommes de terre. Marcel Pasquet nous quitte pour une destination inconnue. Écrire chez nous.
Jeudi 10. Étendre du fumier. Il neige (12 cm). Reçu 2 colis, un du 14 et l’autre du 20 janvier.
Vendredi 11. Étendre du fumier. Il neige encore (20 à 25 cm).
Samedi 12. Cassé du bois pour le tracteur
[51].
Dimanche 13
. À Guhden. Jean et Gaston vont mangé chez les prisonniers. Reçu une lettre de maman, du 23 janvier n° 10 et une de Christiane, du 19 janvier.
Lundi 14. Chargé des baneaux de betteraves.
Mardi 15. Haché de la paille. Reçu 2 lettre, le n° 2 de janvier et le n° 1 de février.
Mercredi 16. Cassé du bois pour le tracteur avec Gaston.
Jeudi 17. Cassé du bois pour le tracteur avec Olivier
[52]. Reçu un coli-poste du 12 janvier. Il fait froid.
Vendredi 18. Chargé des voitures de fumier. Il fait froid.
Samedi 19. Chargé des voitures de fumier le matin et couvrir des silos l’après-midi. Il fait froid. Fait faire une bague avec une pièce de bronze.
Dimanche 20
. À la messe à Bärwalde. Reçu 3 lettres, n° 2, 3 et 4 de février, toutes censurées
[53]. Il fait froid, 11° au-dessous de zéro.
Lundi 21. Découvrir un silos de feuilles de bettrave en compagnie de Olivier. Après-midi, cassé du bois pour le tracteur. Reçue 2 lettres n° 11 et 12 de janvier.
Mardi 22. Vidé des voitures de fumier. Après-midi, il neige. Fin des battages.
Mercredi 23. Chargé du fumier et battre du lin. Reçu nos cartes de contrôle. Nous expédions notre première lettre.
Jeudi 24. Pelé des sapins dans la cour de la ferme en compagnie de Émile Libault.
Vendredi 25. Étendre du fumier et trillé des pommes de terre. Reçu une lettre de Christiane du 25 janvier.
Samedi 26. Fait ma lessive. Démêlé de la pâte pour faire des crêpes.
Dimanche 27
. À Guhden. Fait des crêpes. Reçu une lettre de Henri.
Lundi 28. Vidé 6 voitures de charbon. Vidé une voiture de 1 500 briques. Jean Tramontin reçoit sa feuille de perme.
Mardi 29. Sortir des briques dedans la porcherie. Fait des trous dans la porcherie. Reçu 2 lettres de chez nous, 11 et 13 février et une de Gabriel, du 31 janvier. Jean Tramontin nous dit au revoir.
[Mars 1944]
Mercredi 1er
. Départ de Jean Tramontin. Étendre du fumier dans les champs. J’ai eut froid. Reçu une lettre de Christiane du 11 février.
Jeudi 2. Chargé des voitures de terre avec 2 Russes. Reçu une lettre de Maurice Loquet. Il fait froid et tombe des giboulées. Nous apprenons que Marcel Pasquet est dans un camp à Francfort.
Vendredi 3. Chargé des voitures de terre. Il fait froid. Reçu 2 lettres de chez nous, n° 8, 18 février, et n° 9, 19 février. Reçu un coli-poste. Une boîte de rillettes. Fait un coli pour Pihan. Touché 14 marks 44.
Samedi 4. Curé un fossé avec des Russes. Reçu un coli-gare du 4 février. Charles va coupé les cheveux aux prisonniers à Mohrin.
Dimanche 5. À Guhden. Gaston et Jean vont manger chez [les] prisonniers et les prendre en photo. Je fait des crêpes. Reçu un coli-poste du 23 février.
Lundi 6. Étendre du fumier avec Olivier. Reçu 2 lettre du 20 février et du 22 février.
Mardi 7. Étendre du fumier avec Jean, Charles et Gaston. Envoyé 150 marks.
Mercredi 8. Vider des pommes de terre de semence et les mettre en silos. Reçu une lettre de Henri du 17 février.
Jeudi 9. Dégaré de l’engrais avec Gaston. L’après-midi, cassé du bois pour le tracteur.
Vendredi 10. Nettoyé un silos à pommes de terre. Chargé un baneau d’engrais avec un Italien. Reçu 1 lettre du 26 février, n° 11. Touché 14 M 90.
Samedi 11. Étendre de la terre. Il pleut à verse.
Dimanche 12
. À Guhden. Reçu une lettre du 27 février, n° 12. Gaston va voir les prisonniers de Jädikendorf.
Lundi 13. Il pleut et tombe de la neige. Fait un wagon de pommes de terre avec un Polonais. Il tombe des giboulées.
Mardi 14. Vidé des voitures de pommes de terre de semence et chargé deux autres voitures pour faire un wagon demain.
Mercredi 15. Chargé des ordures avec le père Meuller. Il fait beau temp, du soleil toute la journée.
Jeudi 16. Vider un wagon de pommes de terre à la gare. L’après-midi au clapa. Il fait beau. Charles coupe les cheveux au berger.
Vendredi 17. Semer de l’engrais. Nous commençons le matin à 6 h 1/2 et finissons le soir à 6 h. Ensuite 1 h 1/2 pour manger.
Samedi 18. Semer de l’engrais.
Dimanche 19
. À Guhden. Reçu 2 lettres, une du mercredi 1er mars, n° 1, et l’autre du jeudi 2 mars, n° 2. Nous recevons une lettre de Jean Tramontin nous fesant part de son voyage.
Lundi 20. Découvrir des silos de pommes de terre. Reçu une lettre du 8 mars, n° 4. Il tombe des giboulées.
Mardi 21. Charroyé de la terre avec Muller. Charger un fût d’eau. J’ai eût bien froid. Il tombe des giboulées. Reçu une lettre du 10 mars, n° 5. Il tombe encore des giboulées.
Mercredi 22. Pas travailler. Je raccommode et écrit une lettre et une carte chez nous. Charles à la gare ; Gaston au clapa et Jean, avec Muller. Il tombe des giboulées. Écrit à Maurice Loquet et à Gabriel Jouanne.
Jeudi 23. Fait un wagon de pommes de terre avec un Polonais. Il fait beau.
Vendredi 24. Remplacé le Polonais s’occupant de la porcherie jusqu’à midi. Après-midi, découvrir un silos et curé un fossé. Il pleut et tombe des giboulées. Remis de la nouvelle paille dans nos paillasse.
Samedi 25. Scié du bois pour l’inspecteur en compagnie de Violette
[54]. Manquer de mettre le feu dans notre chambre, la graisse où je fesais cuire du lard s’étant enflammée.
Dimanche 26
. À la messe à Bärwalde.
Lundi 27. Travaillé à la porcherie en remplacement de l’Allemand M. Kramp. Envoyé la 2e lettre de mars.
Mardi 28. À la porcherie.
Mercredi 29. À la porcherie.
Jeudi 30. À la porcherie.
Vendredi 31. Fait des tas de paille autour des silos à pommes de terre. L’après-midi, défriché une lisière en bordure d’un champ.
[Avril 1944]
Samedi 1er
. Fait un wagon en compagnie d’un Polonais. Mangé à 1 h 1/2. L’après-midi, bricolé dans le jardin du patron. Fait courir le poisson d’avril à Charles.
Dimanche 2. Georges Arsicaud mange avec nous et nous lui donnons du ravitaillement à remporté à Jean Pihan. Il fait bien beau. L’après-midi, voir les prisonniers de Jädickendorf avec Olivier, Violette, et Gaston.
Lundi 3. Trillé des bettraves pour les repiqués d’ici quelque temps. Il fait froid.
Mardi 4. Trillé des bettraves. Il fait encore froid.
Mercredi 5. Fait un wagon avec un Polonais, Gaston et Charles. Cet après-midi, trillé des bettraves. Reçu un coli du 10 mars. Il vient de l’orage et tombe de l’eau à torrents.
Jeudi 6. Ramassé des pierres dans un champ et bouché des trous creusés par les sangliers en compagnie de Charles et de Gaston. J’ai mal au pouce.
Vendredi 7. À l’occasion du Vendredi saint, nous ne travaillons pas.
Samedi 8. Pas travailler. Je vais voir le docteur pour mon pouce.
Dimanche 9. À la messe à Königsberg. L’après-midi à Bärwalde, assiste à une compétition sportive offerte par les prisonniers. Il fait beau.
Lundi 10. Nous n’avons pas sorti. Après mangé, nous avons fait de la photo. Moi et Charles, nous fesons un tour au lac et nous fesons encore de la photo… Il fait bien beau.
Mardi 11. Au docteur. Il fait beau. Reçu 2 lettres, une du 24 mars, n° 11, et l’autre du 22, n° 12. Reçu également un coli-poste du 13 mars.
Mercredi 12. Pas travaillé. Gaston me tient compagnie. Il fait beau.
Jeudi 13. Pas travaillé. Porté des lettres à la poste à Mohrin. Envoyé la 1re lettre d’avril.
Vendredi 14. Au docteur. Reçu une lettre du 14 mars, n° 13.
Samedi 15. Repris mon travail. Vidé des voitures d’engrais avec les semeurs.
Dimanche 16
. Le matin, béché le jardin d’une voisine avec Lenoir. Elle nous paie à manger et nous donne 10 œufs.
Lundi 17. À l’engrais. Reçu 2 lettres, une du 19, n° 7, et une du 22, n° 10.
Mardi 18. À l’engrais. Charles me coupe les cheveux.
Mercredi 19. Remplacé le Polonais à la porcherie. Charroyé une voiture de pommes de terre, du charbon, et fait cuire des pommes de terre.
Jeudi 20. À la porcherie. Reçu une lettre de Henri.
Vendredi 21. À la porcherie. Reçu un coli-gare du 24 mars.
Samedi 22. À la porcherie. Reçu une lettre du 19 mars, n° 8.
Dimanche 23
. Soigné les cochons et finir de bêcher le jardin de Madame Krantz. Reçu une lettre du 1er avril.
Lundi 24. À la porcherie. Piqué tous les cochons. Le soir, fait le concert au bord du lac en compagnie de Dédé, Olivier et Charles.
Mardi 25. À la porcherie. Écrit à Henri.
Mercredi 26. Le matin, charroyé de la paille et l’après-midi, semé de l’engrais. Il fait beau.
Jeudi 27. Planté des pommes de terre. Il fait du vent froid.
Vendredi 28. Planté des pommes de terre. Il fait encore froid. Une nouvelle Polonaise travaille avec nous. Reçu une lettre du 14 avril, n° 2. Touché 21 marks.
Samedi 29. Planté des pommes de terre. Il fait beau. Georges Arsicaud vient nous voir.
Dimanche 30. À la messe à Jädickendorf en compagnie de Gaston. L’après-midi, au théâtre à Königsberg.
[Mai 1944]
Lundi 1er
. Pas travailler. Nous sommes convoqué au bureau. On nous avertie que l’on s’est plaint de la disparition de poules donc de nous tenir sur nos gardes. Il pleut.
Mardi 2. Fait un wagon de pommes de terre en compagnie de Gaston, Lenoir et Olivier. Il pleut. Il arrive un nouvel inspecteur.
Mercredi 3. Semé de l’engrais avec Gaston, Lenoir, Olivier et Violette. Il pleut l’après-midi.
Jeudi 4. Gaston et moi nous allons cherché deux remorques de pommes de terre à Woltersdorf
[55], à 6 km d’ici. L’après-midi, nous allons livrer une remorque de pommes de terre à Mohrin. Il fait vent et tombe des giboulées.
Vendredi 5. Ramassé des cailloux dans les champs le matin et l’après-midi, semé de l’engrais. Reçu une lettre de Christiane du 8 avril. Jean reçoit un coli.
Samedi 6. Ramassé des cailloux dans les champs.
Dimanche 7
. À Guhden. Jean Pihan nous rend visite. Je vais le conduire à la gare. Lenoir part à Berlin.
Lundi 8. Planté des pommes de terre. Il fait un froid de canard sauvage. Reçu une mettre du 22 avril, le n° 4.
Mardi 9. Ramassé du chiendent et des pierres dans les champs. Il fait beau. Lenoir n’est pas encore rentré de Berlin.
Mercredi 10. Lenoir rentre de Berlin. Planté des pommes de terre. Il fait beau.
Jeudi 11. Planté des pommes de terre. Il fait beau. Charles au dentiste.
Vendredi 12. Je remplace le Polonais à la porcherie. Gaston reçoit son harmonica. Il fait beau.
Samedi 13. À la porcherie. Reçu une mettre du 4 mai, n° 1.
Dimanche 14
. À Guhden. Soigné les cochons. Reçu 2 lettres, une du 25 et l’autre du 30 avril.
Lundi 15. À la porcherie. Reçu une lettre du 29 avril. Il fait mauvais temps, du vent et de l’eau.
Mardi 16. À la porcherie. Le mari de Mme Kranz arrive en permission. Il fait beau.
Mercredi 17. À la porcherie. Je soigne les cochons tout seul avec un jeune Polonais. Reçu 2 lettres, une du 5 mai et l’autre du 8 mai.
Jeudi 18. À la porcherie. Il pleut presque toute la journée. Les copains ne travaille pas l’après-midi. Charles se fait couper les cheveux et moi je fais du pain.
Vendredi 19. À la porcherie.
Samedi 20. À la porcherie. Reçu une lettre du 10 mai.
Dimanche 21
. À la porcherie. Gabriel Letourneur nous rend visite. Gaston à la messe à Jädickendorf. Les camarades à Küstrin.
Lundi 22. À la porcherie. Il fait froid.
Mardi 23. À la porcherie. Je trouve 2 cochons de crevés. Il tombe de la grêle.
Mercredi 24. À la porcherie. Je trouve un cochon crevé.
Jeudi 25. À la porcherie. Reçu 2 lettres, une du 11 mai et l’autre du 16 mai. Envoyé 50 marks. Il fait froid.
Vendredi 26. À la porcherie. Il fait froid. Touché 14 marks.
Samedi 27. À la porcherie. Reçu une lettre du 19 mars.
Dimanche 28
. Soigne les cochons. L’après-midi, nous nous sommes baignés.
Lundi 29. Charles laisse tombé sa ceinture dans la fosse d’aisance pour la 1re fois nous dit-il. Pas travailler. Soigner les cochons. Je me baigne.
Samedi 30. À la porcherie. Je me baigne. Reçu une lettre du 22 mai.
Mercredi 31. À la porcherie.
[Juin 1944]
Jeudi 1er
. À la porcherie. Je me baigne. Reçu un coli-gare du 27 avril.
Vendredi 2. À la porcherie. Il fait mauvais temps. Touché 20 M 33.
Samedi 3. À la porcherie et charroyé de la luzerne avec un charrettier polonais. Reçu un coli du 21 avril. Envoyé ma 1re lettre de juin.
Dimanche 4
. À Guhden. Soigné les cochons.
Lundi 5. À la porcherie. 7 ouvriers quittent la ferme.
Mardi 6. À la porcherie et fait un silos d’herbe coupée. Nous apprenons qu’un débarquement anglais est effectué en Normandie
[56]. Reçu une carte du 27 mai.
Mercredi 7. À la porcherie. Reçu une lettre de Christiane, du 11 mai. Il pleut de 3 h à 5 h.
Jeudi 8. À la porcherie.
Vendredi 9. Fini mon travail à la porcherie. Détassé des bettraves avec des camarades.
Samedi 10. Au bettraves. Reçu une lettre du 30 mai.
Dimanche 11
. À la messe à Bärwalde et nous assistons à un match de foot-balle.
Lundi 12. Aux bettraves. Rentré à la chambre à 4 h 1/2.
Mardi 13. Aux bettraves. Reçu une lettre de chez nous du 24 mai. Reçu une lettre de Henri du 16 mai. Il vient de l’orage. Nous rentrons à la baraque à 10 h.
Mercredi 14. Aux bettraves. Bombardement de Vimoutiers, 300 victimes
[57].
Jeudi 15. Aux bettraves.
Vendredi 16. Aux bettraves. Reçu un coli du 5 mai.
Samedi 17. Aux bettraves.
Dimanche 18
. Travaillé jusqu’à midi. Fait des crêpes. Fait de la photo.
Lundi 19. Aux bettraves. Reçu un coli du 14 mai.
Mardi 20. Aux bettraves.
Mercredi 21. Finir les bettraves. Envoyé ma dernière lettre de juin.
Jeudi 22. Sarclé dans les pommes de terre. Reçu un coli du 25 mai… peut-être le dernier.
Vendredi 23. Il y a un an que nous quittions nos chers parents. Offrir un bouquet à Jean pour sa fête. Coupé de l’herbe dans les pommes de terre. Il fait beau.
Samedi 24. Biné les bettraves. Il pleut.
Dimanche 25
. À Guhden. Accompagné Jean à Mohrin. Gaston rend visite aux prisonniers de Butterfelde
[58].
Lundi 26. Biné des bettraves. Il fait beau.
Mardi 27. Biné les bettraves. Il vient de l’orage. Je me baigne.
Mercredi 28. Biner les bettraves. Il fait beau. Je me baigne. Les camarades m’offre un bouquet pour ma fête.
Jeudi 29. Aux bettraves. Il y a un an que nous sommes arrivé à Guhden. Reçu une lettre de chez nous du 5 juin. Je me baigne. Nous apprenons que plusieurs villes de l’Orne ont été bombardées : Vimoutiers, Argentan, Domfront, Briouze
[59].
Vendredi 30. Aux bettraves.
[Juillet 1944]
Samedi 1er
. Aux bettraves. Tout seul. Reçu une carte de Lisieux du 20 mai.
Dimanche 2
. Le matin, fait ma lessive. L’après-midi, nous mettons du colsa debout pendant 2 heures, ensuite nous nous baignons.
Lundi 3. Aux bettraves. Nous nous baignons.
Mardi 4. Aux bettraves. Nous nous baignons.
Mercredi 5. Aux bettraves. Nous nous baignons.
Jeudi 6. Aux bettraves. Nous nous baignons.
Vendredi 7. Aux bettraves. Porté du ligneul
[60] à un prisonnier du Komando de Damersoph pour réparer mes souliers. Nous nous baignons. Touché 21 marks.
Samedi 8. Aux bettraves. Il fait chaud, nous nous baignons. Jean reçoit une lettre du 22 juin que sa cousine lui a envoyée.
Dimanche 9
. À Guhden. Olivier et Gautier à Küstrin. François Vial et un camarade nous rende visite. Il fait très chaud. Nous nous baignons ensemble.
Lundi 10. Le matin, biné les bettraves. Dautre sont à la machine, battre le colza. L’après-midi, pas travaillé. Il pleut. Écrit la 1re lettre de juillet.
Mardi 11. Finir de biner les bettraves.
Mercredi 12. Le matin, arraché des choux pour replanter. L’après-midi, planté des choux.
Jeudi 13. Le matin, planter des choux. L’après-midi, Gaston et moi nous mettons des râteleures d’orge en tas. Nous finissons à 7 h. Nous fesons maintenant 10h 1/2 par jour.
Vendredi 14. Finir de mettre les râtelures en tas. L’après-midi, Charles et moi, nous relevons des tas d’orge abattus par le vent et la pluie.
Samedi 15. Le matin, mettre du colza debout. L’après-midi, cueillir des petits pois. Reçu une lettre de chez nous du 19 juin. On me donne des détailles sur le bombardement de Vimoutiers
[61].
Dimanche 16
. À Guhden. Il pleut.
Lundi 17. Cueillir des petits pois. Envoyé ma 2e lettre de juillet. Reçu une lettre du 21 juin. Pihan arrive de Berlin pour s’embaucher chez Blumel. Il pleut.
Mardi 18. Le matin, cueillir des petits pois et l’après-midi, coupé des chardons dans le blé. Il pleut. La demande de Pihan est acceptée.
Mercredi 19. Pihan part pour Berlin chercher ses affaires. Dégarer un wagon d’engrais.
Jeudi 20. Pihan rentre parmi nous. Finir de cueillir des petits pois et coupé des chardons. À la machine, passé des gerbes de colza.
Vendredi 21. Jean Pihan recommence à travailler avec nous. Arraché de l’herbe dans les pommes de terre. L’après-midi, chargé des balles de paille à la machine.
Samedi 22. Arraché de l’herbe dans les pommes de terre. L’après-midi, coupé des chardons dans le blé. À 3 h, il vient un grand orage. Nous rentrons à la ferme et nous rentrons de la paille.
Dimanche 23
. Nous mangeons de bonne heure et nous allons, Gaston et moi, rendre visite aux prisonniers de Damersdorf et de Bellin. Le soir, à [Mohrin] en compagnie de Charles.
Lundi 24. Arraché du lin le matin. L’après-midi, à la machine.
Mardi 25. Au docteur pour 2 furoncles que j’ai à la jambe. Gaston se fait prendre la main dans la presse à la machine.
Mercredi 26. Je remplace Olivier à la cuisine. Je reçois une lettre du 27 juin m’apprenant la mort de ma pauvre cousine, France, décédée des suites du bombardement de Vimoutiers
[62]. Il fait beau.
Jeudi 27. À la cuisine. Il fait beau.
Vendredi 28. Au docteur.
Samedi 29. À la cuisine. Fait ma lessive. Gaston reçoit une lettre de sa fiancée.
Dimanche 30
. Travailler à arracher du lin jusqu’à midi. Gaston à la messe à Jädickendorf. L’après-midi, il pleut encore.
Lundi 31. Ce matin, chargé des voitures de paille. L’après-midi, nous commençons à rentré du seigle. Nous sommes dérangé par un orage formidable.
[Août 1944]
Mardi 1er
. Ce matin, arraché du lin. Il pleut un peu. L’après-midi, nous partons arraché des pommes de terre mais il pleut et nous rentrons à la chambre. Reçu une lettre du 2 juillet.
Mercredi 2. Le matin, arraché de l’herbe dans les pommes de terre. L’après-midi, relevé du seigle. Blümel travaille avec nous tout l’après-midi. Il fait beau.
Jeudi 3. Le matin, relevé du blé et de l’orge. L’après-midi, relevé et lié du lin. Reçu une lettre du 12 juillet. Il fait beau. Nous fêtons l’anniversaire à Gaston.
Vendredi 4. Lié et mettre du lin debout. Reçu une lettre du 1er juin. Il fait beau.
Samedi 5. Finir de placé la machine avec Lenoir et l’après-midi, à la machine. Je suis au sacs. Reçu une lettre du 5 juillet. Il fait beau.
Dimanche 6
. À la messe à Jädikendorf en compagnie de Gaston. Il fait beau.
Lundi 7. À la machine. Aux sacs. Il fait beau. Jean Pihan se fait arraché une dent à Bärwalde. Me baigné.
Mardi 8. Rentré 11 voitures de lin et tassé de l’orge sous le grand hangard. Il fait beau. Envoyé ma 2e lettre d’août. Me baigné.
Mercredi 9. Chargé des voitures d’orge toute la journée. Il vient un orage le soir, mais il ne pleut pas. Il fait chaud toute la journée. Me baigné.
Jeudi 10. À la machine, battre du blé. Il fait beau. Nous nous baignons. Cueillir un panier de pommes de terre car nous n’en avons plus.
Vendredi 11. Chargé des voitures de blé en compagnie de Charles, Gaston, Jean Pihan et Lemesle. Il fait beau. Nous nous baignons.
Samedi 12. À la machine. Porté les sacs. Le soir, à Damersdorf, chercher des haricots. Il fait beau. Ramassé un sac de blé.
Dimanche 13
. Fait ma lessive. François Vial, le camarade de Jädickendorf nous rend visite.
Lundi 14. Chargé des voitures de blé. Il fait beau.
Mardi 15. Déchargé des voitures de blé et chargé des râtelures d’orge. Il fait beau.
Mercredi 16. À la machine, finir de battre le seigle. Il fait beau.
Jeudi 17. Mettre du lupin et des petis pois en tas. L’après-midi, des réfugiés russes étant arrivés au village, nous sommes obligé de déménager. Les camarades viennent habité avec nous.
Vendredi 18. Sortir des pommes de terre dedans une cave. Reçu une lettre du 18 juillet. Chargé de l’avoine. Gaston passe cuisinier.
Samedi 19. Tassé de l’avoine sous un angard. Reçu une lettre du 10 juillet. Il fait beau, je me baigne. Les prisonniers italiens passent civiles
[63].
Dimanche 20
. Travailler à rentrer de l’avoine jusqu’à midi. Reçu une lettre du 30 juillet. Visite du délégué régional du Kreis Küstrin
[64]. Il fait beau, nous nous baignons.
Lundi 21. Biner les choux le matin. L’après-midi, coupé la graine de bettrave. Il fait chaud. Je me baigne.
Mardi 22. Coupé la graine de bettrave. Il fait chaud. Je me baigne.
Mercredi 23. Coupé la graine de bettrave le matin. L’après-midi, à la machine, aux sacs, en compagnie de Charles. Il fait chaud, nous nous baignons.
Jeudi 24. À la machine toute la journée. Il fait beau. Je me baigne.
Vendredi 25. Mettre de la graine de battrave debout le matin. Et l’après-midi, ramassé des pommes de terre derrière la machine. Reçu une lettre du 1er août. Charles est malade. Il fait beau.
Samedi 26. Le matin, ramassé des pommes de terre et l’après-midi, cassé du bois pour le tracteur et vidé une voiture de pommes de terre pour les cochons. Il fait chaud. Discussion avec Lenoir et Jean.
Dimanche 27
. Au cinéma à Küstrin. « Tragédie au cirque ». Il fait beau. Le délégué de Küstrin vient se baigné. Nous ramenons 2 colis de la délégation française.
Lundi 28. Il pleut un peu à la suite d’un orage. Ramassé des pommes de terre toute la journée. Il fait chaud et le soir il éclaire beaucoup. Me baigné.
Mardi 28. Ramassé des pommes de terre toute la journée. Il fait beau.
Mercredi 30. Le matin, ramassé des pommes de terre et l’après-midi, fait un wagon de 207 sacs de seigle en compagnie de Lemesle, Lenoir et Bronko. Il fait beau.
Jeudi 31. Le matin, finir un enclos et commencer à nettoyer les silos à bettraves. L’après-midi, tassé des voitures de bettraves à graines. Il fait beau.
[Septembre 1944]
Vendredi 1er
. Fait un wagon de pommes de terre en compagnie de Lemesle, Gautier et Lenoir. Nous rentrons à 1 h 1/2. L’après-midi, nous nettoyons un fossé dans la cour de la ferme. Discussion entre Charles et Pihan. Il fait beau, mais du vent.
Samedi 2. Curé un fossé dans la cour de la ferme. Il fait vent.
Dimanche 3
. À Guhden. Rendre visite au prisonniers du kommando des Bois. Il pleut.
Lundi 4. Curé un fossé dans la cour de la ferme. Il bruine.
Mardi 5. Ramassé des pommes de terre derrière le tracteur « 50 tickets ». Il fait beau.
Mercredi 6. Ramassé des pommes de terre (37 t.). Il pleut un peu.
Jeudi 7. Ramassé des pommes de terre (28 tickets). Il fait beau. Nous mangeons un jeune roussi
[65] que Jean Pihan a capturé en labourant.
Vendredi 8. Ramassé des pommes de terre, 23 tickets. Il commence à faire frais le matin. Fait réparer mes souliers du dimanche.
Samedi 9. Arraché des pommes de terre au pic. Il fait beau.
Dimanche 10
. Ramassé des pommes de terre jusqu’à midi (12 tickets). L’après-midi, fait des crêpes et raccommodé 2 culottes. Il arrive 15 Polonaise de Varsovie à la ferme.
Lundi 11. Ramassé des pommes de terre (40 t.). Il fait beau.
Mardi 12. Ramassé des pommes de terre (34 t.). Les nouvelles Polonaise commencent à travailler. Il fait beau.
Mercredi 13. Ramassé des pommes de terre (35 tickets). Il fait beau.
Jeudi 14. Ramassé des pommes de terre (35 t.). Il fait beau.
Vendredi 15. Ramassé des pommes de terre. Il fait beau.
Samedi 16. Ramassé des pommes de terre (12 t.). Il fait beau. Nous recevons un phono de la délégation française.
Dimanche 17
. À Guhden. Il fait beau. Nous allons danser le soir chez les Italiens. Bu une bouteille de vin.
Lundi 18. Ramassé des pommes de terre (22 tickets). Il fait beau.
Mardi 19. Ramassé des pommes de terre (10 t.). Il fait beau. Nous sommes obligé de rentrer à 9 h à partir de ce jour et il y a contrôle dans les chambres.
Mercredi 20. Arraché des pommes de terre. Il fait beau.
Jeudi 21. Arraché des pommes de terre. Il fait beau.
Vendredi 22. Arraché des pommes de terre (52 tickets). Il fait beau.
Samedi 23. Arraché et ramassé des pommes de terre (53 t.). Il fait beau. Reçu une lettre de chez nous du 8 août.
Dimanche 24
. À la messe à Jädickendorf. Il pleut un peu.
Lundi 25. Ramassé des pommes de terre (16 t). Il fait froid.
Mardi 26. Le matin, il pleut, nous rentrons à la baraque à 11 h. L’après-midi, couvrir des silos à pommes de terre et arracher des navets.
Mercredi 27. Arraché des pommes de terre au pic (24 t.). Il fait meilleur.
Jeudi 28. Pas travailler, j’ai un gros rhume. Il fait beau.
Vendredi 29. À la chambre. Il fait beau. Reçu 19 mark.
Samedi 30. Le chef passe dans la chambre, je suis obligé d’aller au docteur. Il fait froid.
[Octobre 1944]
Dimanche 1
er
. Fait la lessive. L’après-midi, au kommando des Bois rapporté du pain. Il fait froid.
Lundi 2. Ramassé des pommes de terre (44 t.). Il fait froid. Il arrive 30 soldats pour aider à ramassé des pommes de terre. Nous commençons à travailler le matin à 6 h et nous finissons le soir à 6 h.
Mardi 3. Ramassé des pommes de terre (19 t.). Il fait beau temps l’après-midi.
Mercredi 4. Ramassé des pommes de terre (31). Il fait beau. Nous n’avons plus qu’une heure pour manger. Nous fesons 11 h par jour.
Jeudi 5. Ramassé des pommes de terre (40 t.). Il fait beau.
Vendredi 6. Arraché des pommes de terre (32 t.). Il fait beau. Touché 19 M 92.
Samedi 7. Arraché des pommes de terre au pic, 22 t. Il fait beau. Nous sommes tous enrhumé.
Dimanche 8
. À Guhden.
Lundi 9. Arraché des pommes de terre (28 t.). Il fait beau.
Mardi 10. Arraché des pommes de terre (28 t.). Il pleut. Envoyé un message radioffusé
(sic) à Berlin destiné à nos famille
[66].
Mercredi 11. Fait un wagon de betteraves à la gare de Vietnitz. Il fait beau.
Jeudi 12. Ramassé des pommes de terre, 30 t. Il fait beau.
Vendredi 13. Ramassé des pommes de terre (25 t). Il fait beau. Touché 21 M 35.
Samedi 14. Ramassé des pommes de terre (42 t). Il fait beau. Charles me coupe les cheveux.
Dimanche 15
. À Guhden. Il fait beau.
Lundi 16. Ramassé des pommes de terre (52 t). Il fait beau.
Mardi 17. À la gare, fait un wagon de betteraves en compagnie de Charles. Il pleut une partie de la journée. Gaston est légèrement malade. Il va au docteur. Il prend du repos. 1
er diffusage de mon message à mes bien-aimés parents
[67].
Mercredi 18. Le matin, ramassé des pommes de terre (17 t). Il pleut.
Jeudi 19. Arraché des bettraves en compagnie de Charles. Il pleut à 3 h 1/2 de l’après-midi.
Vendredi 20. Arraché des bettraves. Il fait beau. Touché 18 Marks.
Samedi 21. Arraché des bettraves. Il fait beau.
Dimanche 22
. À Guhden. Il pleut. Je vais au kommando de Damersdorf chercher du gruau de seigle. Le soir, danser chez les Italiens. Diffusion de mon message à mes bien-aimés pare