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Histoire & Sociétés Rurales

2004/1 (Vol. 21)


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Robert Favreau , et Jean Michaud (†), (dir.), Corpus des inscriptions de la France médiévale, 22, Calvados, Eure, Manche, Orne, Seine-Maritime , Paris, cnrs-Éditions, 2003, 500 p., 80 ?.

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Le volume que proposent Robert Favreau et le regretté Jean Michaud est une contribution à la collection des Corpus des inscriptions de la France médiévale dont le Centre d’Études supérieures de Civilisation médiévale de Poitiers a la charge. Ces Corpus constituent des recueils des inscriptions du viii e au xiii e siècle. Le numéro 22 de la série est consacré à la Normandie. Signalons le travail minutieux de vérification fourni par Cécile Treffort qui s’est entourée de la collaboration de nombreux historiens et archéologues de la Normandie. Le Corpus s’ouvre sur une abondante bibliographie. Il comporte 292 inscriptions, un nombre impressionnant, réparties en cinq parties, une par département (Calvados, Eure, Manche, Orne, Seine-Maritime). Chaque partie est précédée d’une carte du département, portant les noms de lieux où ont été trouvées les inscriptions ou d’où celles-ci tirent leur origine. Ces inscriptions proviennent des écrits des chroniqueurs (notamment Orderic Vital, moine de l’abbaye bénédictine de Saint-Evroult, mort en 1141-1142), d’inscriptions sur plomb (des croix funéraires), sur pierre et en orfèvrerie ou bien des inscriptions sur toile (la broderie de Bayeux). En fin d’ouvrage, on trouve un index des noms de personnes et de lieux, un index « matière », une chronologie des inscriptions et 157 planches encore appelées figures (photos) qui renvoient aux notices. Chaque inscription fait l’objet d’une notice organisée en neuf rubriques (A - type d’inscription ; B - lieu de découverte ; C - description du support ; D - transcription ; E - traduction ; F, G, H - remarques paléographiques, langue, genre littéraire, emprunts à l’Écriture sainte ; I - datation, identification des personnages, commentaires). On regrettera parfois que ces distinctions n’aient pas été toujours respectées. Chaque notice est accompagnée de la source et d’une bibliographie. Plus de la moitié des inscriptions date du xiii e siècle. Plus de 60 % des inscriptions sont des épitaphes, le tiers des textes est versifié, hexamètres simples, distiques élégiaques, vers léonins simples ou riches ; une inscription sur cinq est en langue vulgaire, une particularité de la France du Nord. On conserve encore un grand nombre de dalles funéraires avec figures des défunts, ce qui est extrêmement rare, par exemple, dans la France du Sud.

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L’ouvrage fournit en premier lieu des sources pour l’histoire religieuse, en raison du grand nombre d’épitaphes d’abbés, d’évêques mais aussi de simples prêtres. Il renseigne abondamment sur le culte des morts. Des représentations de défunts laïques sur des dalles funéraires et leurs épitaphes (ducs de Normandie, membres de l’aristocratie) permettent des enquêtes sur l’idéologie du pouvoir. On ne sera pas étonné de ne trouver presque rien sur l’histoire rurale. Une inscription (n° 29 et fig. 9) située dans le chœur de l’église de Saint-Martin de Langrune-sur-Mer mentionne une donation d’orge d’une certaine Maheut, femme d’Adam Flamenc, écuyer, qui, en 1298, s’éleva à quatre muids et deux setiers. Cette donation qui servit au commun des bénéficiaires pouvait s’élever à un peu plus de 18 hl.

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Ce Corpus constitue un instrument de travail de première importance pour les chercheurs. En effet, il rassemble une documentation qui, lorsqu’elle était connue, se présentait en ordre dispersé. Et il donne à connaître une foule d’inscriptions méconnues, situées sur des églises, dans des salles de musées, dans des ouvrages d’érudits, sur des vitraux et sur de nombreux autres supports.

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Véronique Gazeau

Julien Le Paulmier, Le Premier traité du Sidre (1589) , Bricqueboscq (50 340), Édition des Champs, 2003, 287 p., 24,5 ?.

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Introduit par Michel Reulos, l’ouvrage constitue la troisième édition en français d’un original édité à Paris en 1588 sous le titre latin de De Vino et Pomaceo. Peu de temps avant son décès la même année, l’auteur autorisait un de ses disciples à traduire et compléter son travail avec des notes qu’il avait lui-même rédigées. Ainsi, Jacques de Cahaignes fit publier à Caen en 1589 une nouvelle édition, cette fois-ci en langue vulgaire, sous le titre de Le Traité du vin et du cidre. Au xix e siècle, alors qu’on se préoccupe de la bonne qualité du cidre, Émile Travers réédite ce traité pour la Société des Bibliophiles Normands en 1896. Une partie des commentaires et remarques, qu’il avait alors ajoutés à l’ouvrage, est reprise ici. S’y ajoutent des annexes supplémentaires : une pomologie du xvi e siècle, une note sur la production du cidre vue comme une tradition qui lutte pour durer, une présentation des musées normands consacrés à l’histoire du cidre et de son eau-de-vie, un rappel des principes de la médecine ancienne, essentiel pour comprendre la réflexion de Julien Le Paulmier, médecin du xvi e siècle, dont la biographie clôt la publication.

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De l’auteur, né à Agneaux en 1520, on sait qu’il avait entamé ses études de médecine à l’Université de Caen pour les terminer à Paris où il acquit une certaine notoriété. Très vite, à l’apogée de sa réputation, après avoir guéri le roi Charles IX, il fut nommé médecin personnel d’Henri III malgré son appartenance à l’Église réformée. Travailleur acharné, il ne cessa de rédiger ses observations médicales, les publiant de temps à autre sous forme de traité. Pendant les conflits religieux, il se réfugia en Normandie, près de Rouen notamment, profitant de la protection du maréchal de Matignon, Seigneur de Thorigny. Devenu riche, il acheta les terres de Vendeuvre près de Saint-Pierre-sur-Dives, et obtint du roi Henri III des lettres d’anoblissement en 1585. Fatigué du soin de sa clientèle et de ses études, il se fixa à Caen. En avril 1588, il fit un dernier séjour à Paris où il publie son De Vino et Pomaceo. Puis il reprit ses travaux à Caen à l’aide de son disciple le docteur Jacques de Cahaignes, avant de mourir.

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Ce Traité du Vin et du Cidre est considéré comme le premier traité portant sur le cidre en tant que breuvage. Le Paulmier s’attache à le décrire et à mettre en avant ses défauts mais surtout ses vertus médicinales. Après en avoir exposé les techniques de fabrication dans les deux premiers chapitres, il annonce ses vertus et distingue ses caractéristiques : la température (alcoolique), ses goûts, ses couleurs, qui varient selon les années et les terroirs (chap. iii à vii). L’auteur souligne au chapitre viii la grande diversité des pommes utilisées pour expliquer la diversité qualitative des cidres. Puis il développe d’autres points : la capacité de conservation constatée selon les cidres, leurs qualités d’accompagnement des mets, l’entretien des tonneaux et leur désinfection. Le problème de la mise en bouteille n’est pas abordé. De fait, jusqu’au xix e siècle, le cidre en bouteille était encore rare et réservé au « cidre bouché », de fabrication particulièrement soignée.

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Contrairement à ses collègues de Paris qui affirment que les maux des Normands sont dus à leur grande consommation de cidre, Le Paulmier défend cette boisson en démontrant qu’elle ne nuit pas à la santé à condition qu’elle soit fabriquée correctement et consommée en fonction des humeurs (physiques) de chacun : à chaque tempérament, son cidre. Il en précise les prescriptions et contre-indications. Ainsi le chapitre ix expose les conditions auxquelles les enfants peuvent consommer du cidre, de même pour les vieillards et pour les malades. Pour contrer ses ennemis, amateurs de vin, il consacre les chapitres suivants au vin en comparaison avec le cidre, aux mauvais cidres auxquels semblent s’être référés les calomniateurs de cette boisson. À l’occasion, l’auteur revient sur les terroirs, les conditions de brassage, et insiste sur les avantages du cidre, notamment l’utilisation profitable du cidre du Pays d’Auge pendant les voyages maritimes.

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Le Paulmier termine son ouvrage par des remarques médicales et pharmaceutiques. Selon lui, le cidre rend la vie de l’homme plus longue que le vin dont il critique largement l’usage. Toutefois, il nuance ses propos en précisant qu’« il faut user sobrement du vin comme du cidre, et mêler ces boissons d’eau pour ne pas s’enivrer ». Pour conclure, il propose des « sidres artificiels », remèdes et préparations variées dont les recettes sont données.

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Julien Le Paulmier est le premier à apprécier le cidre comme boisson omniprésente dans le quotidien des Normands. Il complète les renseignements fournis par le Journal de Gouberville auquel on se réfère plus fréquemment. Partant des œuvres des Anciens, il a essayé, pour parler de cette production jusqu’alors inconnue dans les écrits, de rapporter des faits. C’est pourquoi il détaille précisément la culture des pommiers et les techniques de fabrication du cidre, les diverses sortes de pommes, et donne des conseils sur l’usage de la boisson. On peut noter que Le Paulmier ne mentionne qu’incidemment la distillation, sans distinguer celle du vin de celle du cidre. On peut voir dans cet ouvrage une dimension patrimoniale : en défendant le caractère utile de cette boisson, il en renforce la raison d’être.

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Aurélie Desfrièches

Valérie Jousseaume, Nicole Croix et Denis Mercier, La Chapelle-Basse-Mer. Commune ligérienne. Guide de géographie locale , Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Espaces et territoires », 2003, 95 p., 17 ?.

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Après l’édition en janvier 2002 d’une cassette vidéo retraçant les transformations de la commune de La Chapelle-Basse-Mer (Valérie Jousseaume, Nicole Croix, La Chapelle-Basse-Mer. 100 ans d’évolution des paysages du Val Nantais, Institut de Géographie et d’Aménagement Régional de l’Université de Nantes, janvier 2002, 22 mn 32 s.), située à 25 km à l’amont de Nantes sur les bords de Loire, le duo de géographes nantaises augmenté de Denis Mercier en proposent une version papier qui complète utilement le premier support. Prise comme un exemple d’illustration des transformations socio-économiques des campagnes françaises, la commune a été passée au crible par les étudiants et leurs enseignants-chercheurs.

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Le résultat est une monographie très richement illustrée découpée en six parties qui abordent les mutations socio-spatiales d’un espace rural en cours d’urbanisation. Les références aux évolutions du xx e siècle et de rares incursions au xix e siècle apportent des éclairages indispensables à la compréhension des changements les plus récents. Le cas du lit majeur de la Loire, ignoré, valorisé puis convoité au point de constituer un ultime espace de colonisation urbaine au mépris de crues historiques, offre une saisissante illustration du parti pris des auteurs : proposer un outil de réflexion aux citoyens et aux décideurs.

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Les très nombreux encadrés méthodologiques et la variété des représentations graphiques et cartographiques en font aussi et surtout un outil pédagogique fort utile. Enfin, à travers cet essai de géographie, Valérie Jousseaume, Nicole Croix et Denis Mercier montrent, s’il en était encore besoin, l’intérêt d’une analyse à très grande échelle en précisant, en forme d’avertissement conclusif en direction des apprentis chercheurs, les limites d’une telle entreprise : « idéalisation, absence de changements d’échelle et absence de mise en relation des différents éléments du système territorial ».

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Philippe Madeline

Titres recensés

  1. Robert Favreau , et Jean Michaud (†), (dir.), Corpus des inscriptions de la France médiévale, 22, Calvados, Eure, Manche, Orne, Seine-Maritime , Paris, cnrs-Éditions, 2003, 500 p., 80 ?.
  2. Julien Le Paulmier, Le Premier traité du Sidre (1589) , Bricqueboscq (50 340), Édition des Champs, 2003, 287 p., 24,5 ?.
  3. Valérie Jousseaume, Nicole Croix et Denis Mercier, La Chapelle-Basse-Mer. Commune ligérienne. Guide de géographie locale , Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Espaces et territoires », 2003, 95 p., 17 ?.

Pour citer cet article

« Instruments de Travail », Histoire & Sociétés Rurales 1/2004 (Vol. 21) , p. 285-288
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2004-1-page-285.htm.


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