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Histoire & Sociétés Rurales

2004/2 (Vol. 22)


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La prise en compte des parcellaires médiévaux et l’utilisation des sources planimétriques contemporaines (xixe et xxe siècles) contribuent à faire de la morphologie agraire un objet à part entière de la recherche en histoire du Moyen Âge, et ont permis, depuis quelques décennies, d’obtenir des résultats importants [1][1] Abbé, 1993, 1995, 1997 ; Cursente, 1984 ; plusieurs.... La recherche achoppe cependant sur la question de la datation des formes observées. Une démarche régressive, construite sur la mise en série d’une succession de plans-terriers, terriers, compoix et autres censiers modernes, pourrait faire le lien avec la période médiévale. En leur absence, que faire des chartes des xiiie et xive siècles [2][2] C’est ce qu’a tenté Lavigne, 2002. ?

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Un certain nombre d’études fondées sur des sources textuelles ont porté sur la période allant jusqu’aux xe-xiie siècles. Elles s’attachent surtout aux problèmes de la mesure des parcelles, de leurs formes, délimitations, confronts, et mettent en lumière ce que l’on pourrait appeler la perception de l’espace, c’est-à-dire la transcription par les contemporains de systèmes de représentations, qui, lentement décodés, témoignent d’un contexte social et culturel changeant [3][3] Les travaux les plus récents sont ceux de Bourin, 1995.... À la fin du xiie siècle, sous la plume de certains, le bilan est navrant : imprécision et confusion, dues en particulier à l’usage de mesures fondées sur le temps de travail ou la quantité de semences employées, fondamentalement subjectives, et par là même inaccessibles pour nous [4][4] Richard, 1963, p. 250, rappelle cette dimension hi....

Le champ de l’étude

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Comment savoir plus précisément de quelle manière procédaient ceux qui opéraient sur le terrain, mettre en évidence les cadres sociaux de leur action, établir les bases de leur travail, les enjeux de leur service ? Les sources de l’arpentage au Moyen Âge sont fort disparates. Les actes de la pratique (quelques dizaines de milliers de chartes dépouillées pour la zone du Languedoc occidental et de ses larges bordures) sont d’une pauvreté insigne : moins d’une dizaine de mentions ont pu être exploitées pour cette enquête. Cela est fort dommage car, s’ils indiquent volontiers les superficies, ils ne montrent pas l’action de mesurer. Par là même, toute la précision des paysages (formes et clôture des champs, organisation parcellaire, dispersion de l’habitat) échappe encore et le sujet reste peu accessible.

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Par contre, deux corpus, liés d’ailleurs l’un à l’autre, livrent sur l’arpentage les richesses que l’on pouvait espérer : chartes de franchises (et parfois de peuplement pour les sauvetés) ou de coutumes et contrats de paréage [5][5] Ce texte a subi son banc d’essai en 2003 au séminaire.... Les premières témoignent d’une dynamique propre, socio-politique, d’un agencement des pouvoirs entre seigneurs et communautés (concessions aux habitants des castra, villæ, bastidæ, loci), établissant des prescriptions coutumières. Elles ont un caractère essentiellement normatif et manient le vocabulaire du pouvoir. Les seconds sanctionnent l’accord conclu entre deux partenaires puissants pour fonder une agglomération (bastida, nova populatio). Ces deux sources ont en commun des dispositions multiples dévoilant la saisie et l’appropriation de l’espace par les partenaires, seigneuries, communautés et individus [6][6] La bibliographie des sources éditées est très vaste,.... Elles traduisent une emprise ou un aménagement de l’espace. À travers l’établissement de la norme, elles traitent du quotidien, depuis l’imaginaire jusqu’à la matérialité. Le cadre chronologique étudié va du xiie siècle, avec de rares occurrences, jusqu’au milieu du xive pour la très grande majorité des sources (90 % avant 1340), jusqu’à la fin du xve pour le dépouillement réalisé. Au total 14 départements ont été examinés (des Pyrénées-Atlantiques à la Dordogne, de l’Aveyron à l’Aude) soit un ensemble de 600 chartes environ. L’unité de cette zone est plus documentaire que géographique : la multiplication des chartes y est particulièrement significative, numériquement et historiquement, alors que les panoramas sont d’une variété inlassable : terrasses garonnaises, vallées du piémont pyrénéen, fortes pentes des montagnes pyrénéennes, mais profils plus vallonnés de la Montagne Noire, du Quercy et du Rouergue. De la cité antique à l’habitat dispersé, toutes les formes d’habitat sont entremêlées ; les paysages ne sont pas plus caractérisés par la clôture des champs que par leur ouverture. Pas de grand système agraire cohérent et pérenne.

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Quelles informations nous offrent ces documents sur la mesure de la terre ? L’arpentage comprend l’acte de borner les terres et de délimiter les biens, de mesurer les surfaces, d’évaluer les superficies, mais aussi de découper une étendue, de la lotir en parcelles. J’ai accordé moins d’intérêt aux bornages, qui n’impliquent pas nécessairement la mesure. Il s’agit plutôt de faire le point sur ce que l’on sait de la mesure comme opération et non comme unité ou système de mesure [7][7] Genêt, 1993, p. 199.. Je ne m’attacherai donc pas à la métrologie, mais à l’acte de mesurer, qui renvoie à des pratiques sociales, à leurs enjeux. 226 actes portent de telles indications. Il m’a paru également important d’utiliser un élément de comparaison, un terme chronologique avec les traités de Bertrand Boysset. Cet arpenteur arlésien rédigeant au début du xve siècle a fourni une très utile borne car il était possible de rechercher dans les chartes l’antériorité de pratiques qu’il attestait alors [8][8] Portet, 1995, partiellement parue dans Portet, 1996....

Borner, mesurer, arpenter : le vocabulaire

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La méthode a consisté dans un premier temps à rechercher dans les actes le vocabulaire relatif à la délimitation, la mesure et les méthodes d’évaluation, en laissant de côté tous les signes du repérage spatial (croix, bornes, ruisseaux et routes, confronts, etc.). Un certain nombre de verbes ont été relevés.

Du bornage à la mesure

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Le premier est pelzire[9][9] Sauveterre de Saint-Ybars (Ariège), 1242, Ourliac et.... L’emploi en est rare, réservé au cartulaire de Lézat au xiiie siècle. Le terme est roman et la traduction la plus simple serait « mesurer avec les pieds ». En cela, on peut le rapprocher d’un certain nombre d’autres verbes qui contiennent la racine pedes (pediare et pedificare : mesurer avec les pieds) [10][10] Claudie Amado avait attiré mon attention sur un acte.... Mais à quelle pratique concrète est-il associé sur le terrain ? S’agit-il de compter avec les pieds, de bornes en bornes, ou avec les pas, d’arpenter (comme l’on dit «arpenter » pour « marcher à grands pas ») ? S’agit-il réellement de mesurer ? Cela n’est pas du tout certain, comme on le verra plus bas [11][11] Lavigne, 2002, p. 41, le pense cependant..

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Le verbe esdegare est employé au xiie siècle, sous différentes formes verbales dans des actes de la pratique en Toulousain [12][12] Gimont (Gers), 1178, Clergeac, 1905, p. 55 : Durandus.... La racine decus de decussis renvoie aux bornes de limitation d’une terre et non à la mesure de cette terre [13][13] Arch. dép. Haute-Garonne, H. Malte, Renneville liasse.... Nous sommes encore dans les pratiques de bornage. Ce sens se retrouve dans un nom largement répandu dans les chartes de coutumes méridionales du xiiie siècle : le dex, dont la très grande richesse sémantique permet de passer de la limite matérialisée par des bornes au territoire lui-même, mais qui n’est toujours pas associé à la mesure proprement dite [14][14] Mousnier et Billy, à paraître..

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Le troisième est limitare[15][15] Comme à Sauveterre de Saint-Ybars (Ariège) (hostenderunt,.... La limitation est également associée aux bornes (limites) et le vocabulaire antique s’est bien conservé dans ce champ sémantique. Le verbe est employé lorsqu’il s’agit de parcelles : on définit alors un contour, on le cerne, mais rien ne dit la mesure au sens matériel du terme, d’autant que quelques textes associent ce verbe à « marquer », comme la charte de Brassenx qui prévoit de mettre en possession et de marquer et limiter [16][16] Le Brassenx (Landes), 1361, Marquette et Poumarède,.... Nous pouvons alors faire l’hypothèse qu’il y a pose de signes, de marques, sur le terrain, mais guère plus.

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Avec le verbe mensurare, on arrive assurément à l’action de mesurer la terre. Sa fréquence montre qu’évaluer la surface d’une dotation est une préoccupation croissante au cours du xiiie siècle, que ce soit celle du territoire d’une bastide ou d’une tenure, d’un fief [17][17] Vianne (Lot-et-Garonne), 1284, Bémont, 1900, p. 463.... Son usage évoque et suppose le passage à des procédés opératoires sur le terrain. On trouve également, sur la même racine, le verbe agrimenser, tardivement traduit à Mézin, mais attesté sous forme nominale dès le début du xive siècle [18][18] Mézin (Lot-et-Garonne), 1304, Ourliac et Gilles, 1981..... L’héritage antique est nettement plus visible avec ce terme qui rappelle immédiatement les corpus des agrimensores. Comment mesurait-on ? L’outillage professionnel est, en cette période et dans cette documentation, pratiquement inconnu et les méthodes de travail aussi. Les mesures seules sont accessibles et certaines ont des étalons conservés par les communautés.

Arpenter

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Avec le verbe perticare, on entre dans le domaine de l’arpentage. Il est associé à de nombreuses formes verbales, nominales, et entre dans divers composés qui illustrent vraisemblablement la vitalité des pratiques. Perticatio, aperticum, aperticatum, reperticare, reperticatio se complètent d’un florilège roman : perchar, perjar, areperchar, reperchement, perchador, perjaire, perchayre[19][19] Reperticatio : Solomiac (Gers), 1327, Blade, 1864,.... L’ensemble est formé sur pertica, la perche. C’est la base du vocabulaire de l’arpentage, la racine étant la perche et non l’arpent comme c’est le cas dans le français contemporain. La perche n’est pas seulement instrument mais mesure, et devient action de mesurer sur le terrain. L’on passe alors d’une réalité concrète à une abstraction. La perche est également la base d’un système métrologique avec ses sous-multiples (coudées, rases, pans, etc.) et ses équivalences (arpent-perche, sétérée-perche, dénariée-perche). On peut lui associer un autre verbe, pagellare, attesté seulement dans le Midi d’après les références de Du Cange et les chartes ici examinées, dans les débuts du xive siècle. La pagella est synonyme de pertica et donc pagellare l’est de perticare[20][20] Ornezan (Gers), 1322, Vaquie, 1840-1841, p. 336 : dicti....

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Le verbe tailhare, auquel il faut associer dividere, n’évoque pas précisément la mesure mais les opérations réalisées sur le terrain dans le contexte des lotissements de terres. La charte de coutumes de Montréal-du-Gers inclut une lettre adressée à celui qui va procéder à l’arpentage en vue de constituer et d’édifier une ville ou un castrum : il y reçoit mission de découper les rues, les emplacements et les terres, de diviser les places, terres, aires et lieux de maisons, puis de les attribuer [21][21] Montréal-du-Gers (Gers), 1255, Ourliac et Gilles, 1981,.... Le découpage de l’espace se fait par ouverture des grands axes, puis par division des quartiers ainsi déterminés en surfaces et enfin par construction du lotissement : on taille les grands axes (rues, places et terres) puis les espaces sont découpés (aires et lieux des maisons).

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La conception d’un espace global qui est subdivisé s’affirme là. Le Livre Juratoire de Beaumont-de-Lomagne a conservé non seulement le texte du paréage entre l’abbaye de Grandselve et le roi de France et la charte de coutumes, mais aussi divers procès-verbaux dans le cadre du paréage : la délimitation du territoire de la bastide, puis la délimitation de l’emprise au sol de l’agglomération proprement dite (rues, places et emplacements) [22][22] Babinet de Rencogne et Moulenq, 1888.. Par la suite, les assignations peuvent être données aux emphytéotes. C’est le propre d’un espace abstrait qu’une puissance s’approprie et lotit par morcellement. Mais de telles opérations ne peuvent être abandonnées aux mains d’inconnus. Qui sont ces gens ?

Percheurs et agrimenseurs : un groupe et ses pratiques

Quelques figures

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Si quelques noms émergent de notre documentation, la liste en est vite dressée, d’autant qu’il n’est pas sûr qu’on puisse les considérer tous comme des « mesureurs » de terre. Durand de Cotaniagas, à Gimont, n’a pas mesuré mais borné la terre, ce qui n’est pas la même chose. En 1243, on fait appel à Boson, agrimenseur, pour rappeler les limites d’un décimaire [23][23] « Bosone antiquo agrimessore » : Ourliac et Magnou,.... À Larmont, Raimond de Mérenvielle a mesuré les limites générales, de bornes en bornes et de fontaine en ruisseau, mais s’agit-il d’un véritable arpentage [24][24] Arch. dép. Haute-Garonne, H Malte, Toulouse liasse... ? À Beaumont-de-Lomagne, terres et emplacements sont arpentés et assignés par deux arpenteurs de la sénéchaussée, Pierre Garin, notaire mesureur des terres du roi dans la sénéchaussée de Toulouse, et Pierre Bigore, mesureur communal de Toulouse [25][25] Le premier est dit notarius et mensurator, et le second.... Mais s’agit-il de la commune de Toulouse ou de la sénéchaussée, se demande Jean-Loup Abbé [26][26] Abbé, 1998, p. 55. ? La diplomatique toulousaine, en particulier celle du capitoulat, fait pencher pour une fonction communale. Lors de l’édification de la bastide de Baa, le maître d’œuvre est Maître Gérard de Tour qui assure la mesure des rues de la ville [27][27] Baa (Gironde), 1287, Trabut-Cussac, 1961, p. 142-143....

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Le notaire Pons Maynard est sans aucun doute une figure exceptionnelle. Le voici à l’œuvre à Montréal-du-Gers où, en 1255, il a divisé le sol et l’a distribué aux habitants [28][28] Ourliac et Gilles, 1981, p. 9-10, 12, 117-119, 125-126,.... Délimitant le territoire, mesurant les terres, les assignant et les enregistrant, il joue pour l’occasion le rôle d’arpenteur, de bayle (d’agent seigneurial) et de notaire. Il agit sur commission du sénéchal d’Agenais, y compris pour la concession des coutumes, qu’il assure. On le voit également, lors de la fondation de la bastide de Castillonnès, en charge du bornage des terres concédées par l’abbaye de Cadouin. C’est aussi lui qui a rédigé les coutumes de Galapian, Clermont-Dessus et Laroque-Timbaut. C’est à lui enfin qu’on a donné pour mission de fonder Villefranche-de-Périgord. Quelle carrière !

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Le dernier cas est celui de Beauchalot. Les terres sont concédées par l’abbaye de Bonnefont en 1325 et un arpentage est fait en 1341 par Michel Limousi, procureur du sénéchal de Toulouse, en vertu d’un mandement de sa cour. Il fait arpenter, en présence de l’abbé, d’un notaire et d’autres témoins, plusieurs quartiers de terre, en précise les confronts et la superficie et les assigne à des tenanciers dont il énumère les noms [29][29] Procès-verbal d’arpentage (Arch. dép. Gers, i, 349).... Agissant comme procureur, nous ne connaissons pas son origine professionnelle mais seulement sa fonction ; a-t-il procédé lui-même à l’arpentage ? Rien ne le dit.

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Ces mentions éparses ne permettent aucune approche prosopographique (sauf la biographie de Pons Maynard) et la mention d’un Limousi et d’un Bigore n’autorise aucune extrapolation régionale. Remarquons seulement la présence rayonnante de Toulouse, source de mesureurs pour la sénéchaussée en pleine vague de fondations. Pierre Portet a également relevé un arpenteur juré des terres royales à Saint-Sulpice la Pointe (Tarn) en 1313, ainsi qu’un arpenteur juré des terres royales dans les sénéchaussées de Carcassonne et de Toulouse [30][30] Portet, 1995, t. 1, p. 153, n. 253. Il indique la référence.... Au-delà de ces personnages, une profession se dessine.

Des compétences

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Les premiers arpenteurs mentionnés sont lointains, rares et anciens [31][31] Ibid., p. 152 : l’auteur cite ceux qui en 1139, dans.... Comment sont-ils désignés ? On a déjà évoqué les mesureurs (deux mensuratores œuvrent à Beaumont-de-Lomagne). La charte de Merville les appelle perticator, agrimensor[32][32] Merville (Haute-Garonne), 1307, Douais, 1891, p. 582.... Un tel vocabulaire laisse croire à la permanence de la littérature ancienne des gromaticiens, voire à la pérennité des pratiques antiques d’arpentage, sans doute au service de grands personnages. Mais on trouve surtout des perchadors et autres perchayres. Le vocable, résolument médiéval, est présent en Agenais, en Albigeois et sur l’Adour. Qui les institue ? Les percheurs-arpenteurs dépendent du seigneur, et en particulier du roi, lorsque la sénéchaussée les missionne lors de la fondation d’une bastide, ou bien de la communauté [33][33] Grenade-sur-Adour (Landes), 1322, Meyranx, 1895, p.... ; ou encore des deux autorités comme à Mézin, où la charte prévoit que l’agrimenseur est institué par les seigneurs et le conseil [34][34] Ourliac et Gilles, 1981, p. 253 : « et que l’agrimanseur.... La dimension banale est patente puisqu’il s’agit de contrôler la mesure en contrôlant celui qui mesure. À Pouy-Carréjelard, le conseil, autorisé par le seigneur, peut choisir des crieurs, des messeguiers jurés et des perchadors[35][35] Pouy-Carréjelard (Gers), 1303, Beylot, 1877, p. 18. Ailleurs, ce seront des messeguiers (dit aussi banniers, bandiers, deguiers), des garde-forestiers, des écrivains. Cette accumulation qui n’a rien d’exhaustif montre que nous sommes au niveau d’un personnel seigneurial ou communal, que ce soit celui d’un petit castrum ou d’une grande ville. Cela ne veut pas dire qu’ils ne travaillent que pour le conseil ou le seigneur d’une agglomération. Ils œuvrent aussi pour les particuliers et ils ont capacité à opérer au-delà du territoire quand ils sont sollicités par un de ses habitants [36][36] Montpezat (Lot-et-Garonne), 1279, Ourliac et Gilles,.... Il n’est cependant pas possible d’aller plus loin et de leur supposer une compétence objective, reconnue largement, sinon universellement.

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Lorsque le perchador est institué, il doit prêter serment et à Montpezat-d’Agenais comme à Mézin, nous le voyons jurer sur les Évangiles [37][37] Ibid., p. 253 : « Lequel agrimanseur jurera sur les.... Il s’engage à servir de bonne foi et l’on retrouve une réelle notion d’impartialité dans sa dimension sociale. À Montpezat, il ne doit pas protéger les intérêts des uns au détriment de ceux des autres ; il ne doit manifester aucune partialité (n’avantager ni les amis, ni les ennemis, par quelque moyen que ce soit, don, promesse, chose) [38][38] Ourliac et Gilles, 1981, p. 99-100 : e-l perchaires.... Nous sommes quasiment dans la perspective d’une entreprise de service public. La dimension juridique de son travail est importante, car il va servir de garantie à la propriété : son résultat est donc consigné dans un « instrument », un document officiel écrit. Il est légitime que les chartes de coutumes, avec leur dimension normative, insistent sur cet aspect. Le percheur doit aussi faire preuve de vertu (c’est-à-dire de courage moral) et de loyauté. Ses qualités sont la prudence, l’industrie et l’amour du seigneur [39][39] Charte de Montréal-du Gers, ibid., p. 125 : Noveritis.... Tout cela fait de lui un notable, dont l’action ne troublera pas l’ordre public et la paix sociale. Ces préoccupations sont conscientes chez Bertrand Boysset qui conçoit l’arpentage comme un office reposant sur la justice, et comme pratique reçue socialement [40][40] Gautier-Dalché, 2000, p. 275..

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Les arpenteurs ont-ils des compétences mathématiques ? Sous la plume de Pierre Portet, elles semblent limitées : arithmétique (science des mesures) et géométrie (science des points) appliquées à l’arpentage [41][41] Portet, 1995, p. 10.. Il s’agit d’un savoir empirique, transmis comme une collection de recettes, essentiellement pratique. Les arpenteurs sont versés dans le calcul sommaire et possèdent des notions rudimentaires de géométrie : ils savent mesurer sur le terrain, effectuer des opérations simples, utiliser des tables de conversion de nombres, calculer des proportionnalités (je reviendrai sur ce point un peu plus loin) [42][42] Ibid., p. 153.. Dans la Corse de la fin du xve siècle, on a remarqué que les formules d’aire connues des mathématiciens de l’Antiquité n’étaient pas utilisées mais remplacées par des formules approximatives [43][43] Zerner, Lozi et Cancellieri, 1993, p. 307.. Ces arpenteurs ont sans doute beaucoup de bon sens et d’expérience, mais nous ne savons rien sur leur origine et leur formation. À coup sûr, ils savent lire et écrire. Patrick Gautier-Dalché a cependant attiré l’attention, à partir de l’œuvre de Boysset, sur les rapports assez complexes que cet arpenteur du début du xve siècle entretient avec les exigences scientifiques : le recours systématique à l’analyse de cas, la décomposition poussée des formes concrètes en formes élémentaires, une véritable réflexion sur les rapports entre la discipline et les sciences, une extension de son domaine à la mesure du monde [44][44] Gautier-Dalché, 2000, p. 267-268, 272.. Loin de tenir pour négligeable l’aspect intellectuel de ces traités, il estime que l’auteur a mené une entreprise de « justification et de fondation raisonnée d’une pratique non reconnue dans le corps des sciences » [45][45] Ibid., p. 277..

Un corps professionnel ?

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Des arpenteurs professionnels sont mentionnés dans le nord de la France dès le xiiie siècle [46][46] Guerreau, 1995, p. 88, note 3.. Dans le Midi, l’un d’entre eux opère à Narbonne dont il est originaire, comme en témoigne un acte de 1281, procédant à la délimitation de l’île del Lec entre consuls et vicomte [47][47] Lesné-Ferret, 2001, p. 44.. Pour le Sud-Ouest, Cédric Lavigne estime qu’il s’agit de professionnels, héritiers de la gromatique antique (par l’intermédiaire des manuscrits des agrimensores recopiés aux xe-xie siècles) [48][48] Lavigne, 2002, p. 45.. Jean-Loup Abbé pose le problème de la consistance, voire de la réalité d’un corps d’arpenteurs professionnels au Moyen Âge [49][49] Abbé, 1998, p. 54.. Effectivement, le terme me paraît également abusif, en tout cas pour les textes méridionaux de cette période. Il existe bien, ici ou là, des professionnels, plus nombreux sans doute que nous n’en connaissons par les textes, et Jean-Loup Abbé, travaillant sur l’arpentage, a cherché vainement leurs traces derrière les entreprises d’aménagement de l’espace des cisterciens en Narbonnais. Mais nous manquons de connaissances sur ces personnes, et plus encore sur le corps de métier auquel elles appartiennent. Gérard de Tour, qui opère à Baa, est assisté d’un valet et d’un clerc, équipés de cordes [50][50] Trabut-Cussac, 1961, p. 142-143 : valleto et clerico,.... Il y a sûrement des spécialistes, mais ne sont-ils que cela ? Exercent-ils leur activité d’arpentage des terres à temps plein et exclusivement ? N’ont-ils pas un autre métier, une autre compétence ?

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D’autres catégories interviennent, les notaires apparaissent en premier lieu. Rappelons, après Jean-Loup Abbé, la figure du notaire de Vérone qui a procédé, fort difficilement, à l’arpentage du palus au xiie siècle, non seulement comme homme de loi mais comme homme de l’art [51][51] Guyotjeannin, 1992, p. 270-275.. On a eu tendance à dire que les notaires ne mesurent pas eux-mêmes. Il ne semble pas : voir les cas de Montréal-du-Gers, avec Pons Maynard, de Beaumont-de-Lomagne, avec Pierre Garin. Bertrand Boysset disait d’ailleurs tenir sa science d’un notaire [52][52] Portet, 1995, p. 79 : ce serait Arnaud del Puey.. Carole Puig n’a pas trouvé de mentions d’arpenteurs en Roussillon durant cette période et émet l’hypothèse que le travail fut effectué par des notaires [53][53] Puig, 2003, p. 124.. Mais c’est peu par rapport aux mentions des percheurs.

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D’autres figures énigmatiques apparaissent : quel pouvait être le métier du procureur du roi à Beauchalot ? À Escazeaux, quelqu’un, ayant prêté serment devant le seigneur et les consuls, a semé fidèlement une sétérée, sur laquelle sont calculées la brasse et la perche de la ville [54][54] Escazeaux (Tarn-et-Garonne), 1271, Du Faur, 1891, p..... Un semeur œuvrant sous serment ? Les prohommes d’Agen, Pujols et Montpezat posent un autre problème : dans son article 34, la charte de cette dernière mentionne le cosselh de Montpezat, une assemblée des probhomes[55][55] Ourliac et Gilles, 1981, p. 99-100 : E deu esser la.... Deux hypothèses sont alors possibles : ces probhomes sont-ils les membres d’un conseil élargi ou les percheurs eux-mêmes ? Je tends à penser que ces percheurs jurés feraient partie d’une certaine élite sociale, comme les autres personnels seigneuriaux et communaux vraisemblablement, et méritaient ainsi l’appellation de probhomes, comme reconnaissance sociale de leur probité individuelle : ils concouraient par leur tâche au maintien de la paix sociale. C’est un travail qui mérite salaire.

Un travail rémunéré ?

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La commande est parfois clairement spécifiée : elle est le fait du seigneur lors d’un lotissement, comme à Beaumont-de-Lomagne où le roi fait même appel aux mesureurs de la sénéchaussée et de la ville de Toulouse. Le comte Alphonse de Poitiers a missionné Pons Maynard. On fait donc, parfois, venir de loin ces personnages aux compétences nécessaires. Les clients les plus divers (seigneur, acheteur, tenancier) donnent instruction et celui qui est à l’origine de la demande d’arpentage paie la rémunération [56][56] Pujols (Lot-et-Garonne), 1303, Barckhausen, 1877, p..... Une précaution est prise à Mézin. Les vendeurs, les bailleurs en fief, le seigneur éminent du fief, ne pourront faire percher une terre sans l’accord de celui qui l’a achetée : le nouveau propriétaire a tout lieu de craindre une modification sur le montant du cens, ou sur l’évaluation de l’allivrement, c’est-à-dire l’établissement du montant de la taille par estimation de la valeur du bien en livres [57][57] Ourliac et Gilles, 1981, p. 253 : « Item les heritages....

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La rémunération est indiquée dans deux cas : à Agen et à Montpezat [58][58] Ibid., p. 99-100 : E que aga dedins los dexs de Montpezat,.... À l’intérieur du dex, s’il y a 3 dénariées ou un peu plus, l’arpenteur perçoit 4 deniers de la dénariée ; au-delà il ne reçoit pas plus de 2 deniers. Hors du dex, ce sera en accord avec le client et, s’il y a désaccord, l’arbitrage des consuls interviendra. À Rabastens, pour une surface entre une carterée et une sétérée, répartie en un lieu ou deux, l’arpenteur reçoit 12 deniers ; s’il y a davantage de sétérées, 3 deniers tournois la carterée, ou 3 sous la journée [59][59] Rabastens (Tarn), début du xive siècle, Marty, 1901-1902,.... Deux facteurs rémunérateurs sont identifiés : la superficie à arpenter, selon un calcul proportionnel et dégressif, et la localisation du travail à l’intérieur ou à l’extérieur du dex. Remarquons aussi que l’idée du temps de travail peut se différencier par rapport à celle de la surface géométriquement conçue. Le traité de Bertrand Boysset indique que les hommes choisis par les juges pour procéder aux bornages reçoivent un salaire de 12 deniers par jour à la fin du xiiie siècle à Arles, dans un rayon d’une demi-lieue, et si c’est plus loin, 2 sous [60][60] Portet, 1995, p. 172.. Leur fonction est donc communale, mais s’exerce aussi à l’extérieur du territoire. Le lien entre les partenaires est un lien personnel et non un lien spatial.

Institution, conservation et contrôle des mesures

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Le seigneur institue les mesures de la terre. La charte de Saint-Pastour montre bien la dimension matérielle et conceptuelle de son pouvoir : elle concède « la perche et la mesure de la perche », l’instrument et sa dimension [61][61] Saint-Pastour (Lot-et-Garonne), 1289, Rebouis, 1888,.... Dans une tradition à la fois romaine et carolingienne, les mesures émanent du pouvoir régalien [62][62] Portet, 1991, p. 6. Il renvoie à l’édit de Pitres de.... Mais il convient de remarquer le nombre relativement faible des mesures de terre « éponymes » (selon la belle expression de Cédric Lavigne) : elles sont manifestement beaucoup moins nombreuses que les autres mesures, de poids, longueur et capacités, qui se multiplient au gré des agglomérations et des pouvoirs locaux. Une liste établie pour la zone étudiée retient les perches d’Agen, Toulouse, Albi, Rodez, Montauban, Gimont, Pavie, Rabastens-de-Bigorre, Gan, Marsan (où il s’agit d’ailleurs du journal, mesure de surface et non de la perche), Mondavezan, Fabas, Beaumont-de-Lomagne [63][63] Lavigne, 2002, p. 125-126.. À cette liste, j’ajoute les mesures de Pamiers, Saverdun, Le Fousseret, Auch, Vic-Fezensac, Sauveterre-de-Guyenne, Monflanquin, Lavaur, ainsi que des mesures de terre dites « du lieu » mais peut-être pas éponymes (à Marciac, Plaisance-du-Gers, Grenade-sur-Adour, Ornezan, Albias, Rabastens). Comment croire, comment espérer une dimension unique, une perche quasi ontologique, mère de l’arpent planificateur ! Fermons l’énumération par une étonnante « perche de Gascogne » qui irait peut-être dans le sens unificateur si elle n’émanait d’une chancellerie capétienne tardive associant cet arpent à la pagella de Toulouse (mentions présentes à Trie et Beauchalot vers le milieu du xive siècle). Et pourtant l’emploi de telles mesures ne garantit rien, ni la stabilité chez le modèle, ni la stabilité de l’usage chez l’utilisateur. Le seigneur s’engage bien à ne pas muter les mesures, à Villeréal [64][64] Villeréal (Lot-et-Garonne), 1289, Bémond, 1900, p..... Sans doute craint-on des variations préjudiciables à l’équilibre de la vie agraire et pourtant, la fin du xiiie siècle voit ici ou là des transformations profondes [65][65] Puig, 2003, p. 658, montre les bouleversements de mesures,....

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Il pourrait être tentant de cartographier ces centres dépositaires de mesures employées aussi ailleurs et de tracer les limites de leurs aires d’influence, mais la tentative me paraît aussi illusoire qu’illégitime. Rien ne dit la continuité spatiale d’utilisation entre deux mentions de la même mesure, ni la territorialisation des mesures. L’histoire de l’adoption de ces mesures, des agissements des pouvoirs autour de leur établissement, de leurs modifications et de leur reconnaissance reste à écrire. Retenons un semis de points centraux pour lesquels l’idée même de délimitation est très peu vraisemblable. Les pouvoirs en place surveillent attentivement les mesures, mais ils sont bien démunis pour garantir les limites établies et la permanence des bornages.

Vieilles et nouvelles limites : la mémoire de l’arpentage

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Faute de traces écrites, la consultation des témoins est une nécessité, inscrite elle aussi dans la tradition carolingienne [66][66] Abbé, 1998, p. 54, signale le cas d’Aspiran, en 897.... En l’absence de tout système d’enregistrement de preuves, ils assurent la publicité nécessaire sur les opérations réalisées. Les chartes de coutumes ne font pas mention de ces pratiques, mais les actes de la pratique évoquent les témoins, montrant sur le terrain la délimitation et l’emplacement des bornes. À Fonsorbes, nous en trouvons trace à la fin du xie siècle [67][67] Du Bourg, 1872-1873, p. 346 : honorem predictum demonstrare.... Il s’agit toujours de montrer des limites. On a alors recours aux anciens : en 1242 l’abbé de Lézat requiert le concours de deux vieillards (senibus et valitudines)[68][68] Lavigne, 2002, p. 41, traduit : « pour qu’ils reconnaissent....

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On avait évoqué plus haut les pelzitores de Lézat : mesureurs de terre, arpenteurs ou témoins ? Bernardus de Garriguas et Raimunda Johanna, déjà cités, « mesuraient les terres », traduction hypothétique du verbe pelzire : mais l’un allait à pied, et l’autre, du même âge et décrépite, était juchée sur un roussin, une démarche peu propice à la mesure [69][69] Ourliac et Magnou, 1987, p. 661 : Bernardus de Garrigas... !

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Un autre texte de Lézat permet de trancher [70][70] Ibid., p. 642 (1248) : Abbas predictus produxit vi.... L’abbé, lors d’un conflit, produit 6 pelzitores dont les noms sont donnés et l’adversaire, 5 ; sans craindre la redondance, le texte précise que ces pelzitores pelzierunt, mais ajoute l’information essentielle qu’ils opérèrent en montrant les limites (ostendere). Il s’agit donc certainement de 6 témoins et non d’arpenteurs chargés de mesurer les terres comme le pense Cédric Lavigne [71][71] La charte précise d’abord qu’il s’agit de scitores.... On ne voit d’ailleurs jamais 6 arpenteurs travailler ensemble, ni alors, ni dans les traités postérieurs. La pratique de l’ostentio perdure manifestement, depuis sa très lointaine origine romaine, relayée par les codes byzantins et devenue coutumière. Elle donne lieu à l’emploi de toute une famille de verbes rappelant le déplacement sur le terrain (perambulatio, percalcare, pedificare, perchauchare, proculcare, pediare, pedare, piduare) et à des récits parfois imagés, où le circuit pédestre est remplacé par un tour d’horizon visuel circulaire depuis un sommet éminent [72][72] Je remercie Pierre Portet qui m’a fourni les informations....

Les protagonistes

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Le xiiie siècle est rempli de conflits de limites, qui sont peut-être – mais cela n’est pas sûr – des conflits de bornage, mais qui tous aboutissent à une délimitation (tous les fonds de chartes de la région en sont témoins). En cas de conflit, les arbitres procèdent matériellement à un bornage, nouveau peut-être, que les documents de la pratique conservent (fond de Lézat, des Hospitaliers) [73][73] Arch. dép. Haute-Garonne, H Malte, Toulouse liasse... : ils vont sur le terrain, enfoncent les bornes, marquent les arbres. Cédric Lavigne indique aussi un cas très net à Berdoues d’arbitres procédant ainsi [74][74] Lavigne, 2002, p. 42. L’auteur rappelle que ces pratiques.... Ces bornages ont une importance d’autant plus grande qu’il n’y a ni plan cadastral, ni parcelle figurée [75][75] Guerreau, 1995, p. 93, rappelle qu’il n’y a ni plan....

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Il y a du monde sur le terrain, car un arpentage ne se fait pas dans la solitude de l’art. Les parties en présence sont là. Les bayles représentent les seigneurs et accompagnent l’arpentage [76][76] Meyranx, 1895, p. 172 : que lo percheder nou poudessi... et l’on rappelle éventuellement l’obligation d’effectuer le mesurage en leur présence comme à Pujols [77][77] Barckhausen, 1877, p. 75 : e l’feuzatier deu pagar.... L’affaire se fait souvent devant les parties, des témoins, un notaire [78][78] L’arpentage de Beauchalot le mentionne expliciteme.... Quand on est parvenu à un accord sur le bornage ou la mesure, il faut consigner les résultats. Les procès-verbaux d’arpentage sont rarement conservés. Par contre, l’étape suivante est au cœur de la décision initiale : la charte d’inféodation ou sa nouvelle rédaction. Le bayle, ou le procureur du seigneur, peut faire la charte et la concession du bien [79][79] Saint-Sauvy (Gers), 1275, Rouleau, 1928, p. 26 : Vocato.... Mais ce sont surtout les notaires qui interviennent, l’instrument rédigé étant public : les assignations, les contrats d’inféodation, les baux emphytéotiques, une fois écrits et en double exemplaire, sont conservés respectivement par le seigneur du fief et par le paysan [80][80] À Peyrissas (Haute-Garonne), 1300, Dedieu, 1913, p..... Cette insistance sur la rédaction et sa dimension juridique permet de ne pas oublier qu’il n’y a ni plan, ni cadastre, ni enregistrement des biens fonciers, ni enregistrement des mutations par une autorité fiscale [81][81] Martin, 1993, p. 285, le rappelle dans le contexte.... C’est l’acte notarié qui fait la dimension publique (terriers et censiers gardent un caractère privé).

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Pour effectuer ce contrôle de la régularité et de la légalité des opérations, les autorités locales se déplacent sur le terrain : une rémunération est prévue, pas de manière spécifique pour les consuls (leurs déplacements sont déjà prévus par ailleurs [82][82] La coutume d’Auvillar (Tarn-et-Garonne), Lagréze-Fossat,...), mais pour le bayle et le notaire. À l’Isle-d’Arbeyssan, elle est de 2 sous pour le bayle et de 12 deniers de plus pour le notaire [83][83] Blade, 1864, p. 252..

Le rôle des consulats

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Plusieurs chartes portant prescriptions sur la surveillance des bornages les montrent de la stricte compétence des consuls. Ils ont en effet une dimension légale, assurent la protection de la propriété [84][84] Portet, 1995, p. 151.. En ce qui concerne les mesures, il faut être attentif à un point dont les articles des chartes se font l’écho. Les mesures les plus diverses sont souvent mentionnées, avec charge aux consuls de les contrôler et d’éviter les falsifications, mais il s’agit presque exclusivement des mesures du marché, les poids et les mesures, et pas des mesures relatives aux terres [85][85] Des chartes détaillent parfois les mesures de vin,....

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C’est ce qui a conduit à éliminer du dépouillement à peu près toutes les mentions de cannes et d’aunes, qui sont très largement utilisées pour les textiles, sauf dans les cas renvoyant expressément à la mesure des terres. Pierre Portet avait déjà remarqué que le contrôle des mesures carolingiennes paraissait nettement lié à la police du marché et des échanges [86][86] Portet, 1991, p. 7.. L’occurrence de la conservation des mesures pour la terre est très rare : à Montréal-du-Gers sont explicitement citées les perches, brasses, cannes et rases [87][87] Ourliac et Gilles, 1981, p. 153.. Confiées à la garde des consuls, elles sont placées éventuellement devant la maison du consulat [88][88] Castelnaudary (Haute-Garonne), 1333, Ramière de Fortanier,.... On peut donc imaginer des étalons, vraisemblablement en métal pour les longueurs.

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La nécessité d’un contrôle ne s’explique pas seulement par les risques de fraude, mais aussi parce que les mesures s’usent et qu’il faut éventuellement les restaurer. D’après la charte de Bagnères-de-Bigorre, si la canne est usée ou raccourcie par le temps d’un travers de doigt, le consulat ne percevra pas d’amende pour cette fois, mais la canne sera brisée [89][89] Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), 1171, Soutras-Dejeanne,.... La réformation du destre d’Arles en 1406 à partir de la mesure d’Avignon montre à la fois l’érosion des mesures dans le temps et la possibilité d’opérations assez complexes : établir les 40/39e d’une mesure [90][90] Portet, 1995, p. 123.. La lutte contre la fraude est un souci légitime et les sanctions prévues en cas de non-respect peuvent être sévères. Leur importance suggère qu’on n’est pas réellement dans une faute civile, mais dans une faute religieuse (ira-t-on jusqu’au sacrilège ?). Alain Guerreau rappelle que l’Église est le garant fondamental de la loyauté des mesures et de la fixation des limites spatiales [91][91] Guerreau, 1995, p. 89-90 : dans le traité de Bertrand....

Terroirs, lots et parcelles : comment mesurer ?

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Il n’y a pas lieu de reprendre ici un dossier largement ouvert sur la disparition des mesures des côtés de la parcelle, l’apparition ou la généralisation des mesures de superficie, mais de voir ce que les chartes peuvent apporter, et en particulier à partir du xiiie siècle, sur les manières de procéder. Comment évalue-t-on ?

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Les fondations d’agglomération laissent apercevoir la dotation foncière globale d’origine : au xiie siècle, la sauveté de Poucharramet reçoit 20 modiées de terre puis 4 paires de bœufs ; au xiiie, Cabas est dotée de 20 jugères, Marciac et Solomiac de 500 arpents, Beauchalot de 800 arpents, etc. [92][92] Du Bourg, 1881, p. xxxi ; Mondon, 1912, p. 118. La... En négligeant l’évaluation précise de telles superficies, on a l’impression d’une surface notable. Mais à Marestaing, la bastide est pourvue par ses co-seigneurs de 18 concades (12 arables et 6 de bois), ce qui est bien maigre ou conçu pour une agglomération de dimensions réduites [93][93] Arch. dép. Haute-Garonne, H. Malte, Toulouse liasse.... Et à Saint-Pé de Boulogne sont prévues 8 concades pour construire ou faire la bastide : là il s’agit manifestement de l’assiette bâtie du village [94][94] Saint-Pé de Boulogne (Lot-et-Garonne), Bémont, 1900,.... L’approche sommative est présente dès le xiie siècle : elle dénombre les lots de base de la fondation (à Larramet, il y eut 92 casaux et 2 paires ; à Fronton 400 casaux [95][95] Du Bourg, 1881, p. ix-x, xxxv.). Au xiiie siècle, les paréages contiennent plusieurs fois ce type de données : Beaumont-de-Lomagne a 1 000 localia, casalia, arpenta, Grenade-sur-Garonne 3 000 emplacements, 2 000 casalia et arpenta, Geaune 4 000 arriala[96][96] Grenade (Haute-Garonne), 1290, Floutard, 1988, p. 78..... L’on retrouve la même complexité pour identifier ce qui est de l’emprise bâtie et celle du finage [97][97] À Villeneuve-sur-Lot, les religieux donnent autant.... Par ailleurs, un nombre notable de chartes fournit l’indication chiffrée des superficies de bois réservés ou de prés communs dits padouencs concédées par le seigneur. Une agglomération que l’on fonde ou que l’on dote d’une charte n’est pas qu’une surface bâtie ou cultivée, c’est déjà le foyer de luttes futures ou discrètes autour de la maîtrise de l’incultum seigneurial.

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Mais de manière beaucoup plus générale, l’approche est analytique : les fondateurs procèdent par concession d’un lot de base et les chartes détaillent parfois cette dotation particulière, dont on ne sait si elle est individuellement attribuée. À Bruges, par exemple, chaque habitant recevra un emplacement de 60 x 16 arrazes pour la maison, un demi-journal enclos pour un jardin, 25 journaux de terres arables, 2 journaux de vigne et 2 journaux de bois. À Sauveterre-de-Saint-Ybars, il recevra un emplacement de 6 x 4 brasses pour la maison, un jardin de 12 x 8 brasses, une demie modiée de terre arable, une vigne de 30 x 15 brasses, une sétérée de pré [98][98] Bruges (Pyrénées-Atlantiques), 1360, Laborde, 1914,.... Sur ces données de base, l’on voit varier de manière considérable la nature des parcelles de la dotation individuelle initiale, la typologie des mesures, les dimensions, les superficies attribuées ; souvent même, l’information est très laconique, renvoyant à des choses connues de tous, mais pas de nous.

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Les multiples interprétations possibles de telles données ont des conséquences notables. Pistes et questionnements mériteraient d’être repris par ailleurs, mais quelques points peuvent être soulignés. Que représente la dotation individuelle (typologie agraire et mesures), quelle activité permet-elle pour un ménage ? Tout le territoire n’est pas loti dans la dotation globale initiale : quel est le reste et quel est le sort de ce reste ? S’agit-il de terres « hermes » à préserver ou à défricher, de terres déjà défrichées susceptibles d’être concédées par le seigneur ou de terres défrichées non concédées, que le seigneur se réserve en culture ou qu’il acceptera éventuellement de concéder, mais après quelles tractations ? Cédric Lavigne a étudié certaines de ces possibilités, mais il conviendrait sans doute de reprendre certaines lectures ou certaines interprétations [99][99] Lavigne, 2002, p. 116-120.. D’autres partenaires que les seigneurs et la communauté ont-ils des capacités d’usage sur le territoire du village ? Quels rapports s’établissent alors entre les différents membres ? La conception de « territoire communal » est-elle en construction derrière ces tensions ?

Une unité : la place

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Les chartes offrent une longue liste de dimensions des parcelles. La parcelle urbaine est très précisément chiffrée : elle est la « place », c’est-à-dire à la fois parcelle fiscale, unité tributaire, lot standard [100][100] Cursente, 1998a, p. 235, et 1998b, p. 501.. Elle correspond au bâti de la maison et à son dégagement immédiat. On pourrait dresser le tableau de ces mesures linéaires, qui précisent la largeur et la longueur, ou plutôt la façade sur rue et la profondeur. On ne peut postuler d’équivalence entre le parcellaire fiscal établi par la charte et le parcellaire bâti observable actuellement ou au début du xixe siècle. Mais la morphologie de la place et sa composition, la datation du parcellaire urbain, les unités utilisées, l’occupation effective au sol, l’évolution rapide dans le temps [101][101] Il y eut manifestement beaucoup de modifications en..., la complexité des agencements sociaux sont autant de thèmes susceptibles d’enquêtes fécondes. Notons par exemple l’inégalité du lotissement initial, comme à Pouillon ou à Barran, bastide pour laquelle on connaît par la suite l’étendue des mini-usurpations et des déviations à partir d’une hypothétique égalité originelle [102][102] Cursente, 1998b, p. 505 : certains reçoivent deux emplacements,.... La place elle-même fonctionne comme unité de mesure, mais est-ce bien elle que le preneur s’est réellement appropriée ? Elle est utilisée, bien sûr, pour les emplacements de maison, mais aussi pour la superficie des rues et des places, au sens collectif et urbanistique du terme [103][103] Ibid. p. 502 ; la superficie totale de la ville est.... Une question demeure : ces mesures linéaires servent-elles à chiffrer une superficie ? Les chartes comportent souvent des indications tout aussi précises de dimensions de longueur et de largeur pour les jardins. « Place » et jardins forment sans doute des parcelles à forte valeur ajoutée, par le travail et la résidence, mais ce sont aussi les plus petites. À ce titre, la concession est taxée d’un cens proportionnellement plus important que pour les autres types de parcelles.

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La parcelle rurale s’évalue essentiellement en mesure de superficie. Quelques pistes s’offrent à nous, au-delà des aspects métrologiques (qui seraient nombreux) : peut-on déceler la dispersion des parcelles et l’apparition de quartiers spécialisés (ceinture maraîchère, vignobles, etc.) ? De plus, on ne peut ignorer que, dans bien des castra et bastides, la mise en valeur de l’espace a été antérieure (peuplement existant, granges cisterciennes, etc.). La création d’une agglomération est-elle la fondation d’un parcellaire ? Quels remodelages du parcellaire ont été opérés et à quel rythme (décennies, siècles) dans quelles conditions socio-économiques ? Tout travail sur les parcellaires ruraux doit tenir compte de l’extrême faiblesse des données écrites sur les parcellaires proprement dits à la période contemporaine des chartes de coutumes. De même, nous ne connaissons pas la forme des parcelles culturales, sauf à Agen et Pujols, où les cayrats semblent évoquer des parallélogrammes. Étaient-elles régulières, allongées ou trapues [104][104] Martin, 1993, p. 292, trouve des quadrilatères très... ? Rien ne permet enfin d’approcher véritablement les quartiers de culture.

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Le problème essentiel est cependant de savoir si la mesure utilisée pour les parcelles rurales est mesure de superficie dans une concession de terres diverses, destinée à un habitant, ou seulement référence pour l’établissement des redevances. La question est d’importance : dans le premier cas, on peut former des hypothèses sur la morphologie du parcellaire actuel à partir des données des chartes de coutumes ; mais dans le second, cette dernière demeure hors de notre portée. Dans le corpus étudié, on trouve 39 concessions indiquant la surface de chaque lot de terre cédée (vigne, pré, terre arable, etc.). Les 57 autres cas utilisent des unités de compte pour établir la base de perception des cens. On a alors la certitude que cette redevance est proportionnelle à la surface concédée : 2 deniers par arpent de vigne, ou 1 denier par sétérée de terre, etc. Mais cela ne nous dit rien de la surface des parcelles ni de leur groupement. Une étude récente fondée sur les chartes de Trie, Plaisance-du-Gers, Solomiac, Rabastens-de-Bigorre, Marciac, Geaune et bien d’autres, fait bien l’économie de cette distinction : ces documents indiquent la quotité de la redevance non l’étendue des terres concédées [105][105] Lavigne, 2002, p. 108-110.. Les arpents et autres mesures sont alors des unités de compte utilisées comme bases de prélèvement fiscal : ils ne donnent aucune information sur la morphologie du parcellaire proprement dit.

Perche et arpent : mesure matérielle et représentation

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On ne proposera pas ici une étude globale des cannes, aunes, brasses, stades, perches, sétérées, éminées, arpents, etc. Retenons, pour leur rareté, quelques cas étonnants : le bâton pour mesurer un fossé à Mézin, la corde à Vianne et à Baa, ou le seul destre, présent à Narbonne [106][106] Le destre est l’instrument de base de l’arpentage en.... D’autres perspectives s’ouvrent avec les équivalences : on en trouve à Agen et Pujols une présentation explicite [107][107] Barckhausen, 1877, p. 75 : Item, es coustuma a Pojols.... Dans les quelques cas gersois où des chartes très voisines géographiquement présentent le même système métrologique (l’arpent est constitué de 32 x 64 perches, chaque perche ayant 5 coudées, à Saint-Gemme, Saint-Martin-Viague, Barran, Montbrun et Mazères), on ne peut conclure de ce système identique, de ce paradigme, une identité des dimensions. Les équivalences exprimées ailleurs montrent d’innombrables variations sur les dimensions d’une même mesure. Si certains rédacteurs mentionnent des mesures établies sur une base humaine (pan, pied, coudée, etc.), cela n’autorise pas à postuler la persistance de la mesure romaine du même nom, le pied par exemple. Benoît Cursente a d’ailleurs bien montré que si les mesures à base humaine sont susceptibles d’une évaluation, même approximative (elles fournissent surtout un ordre de grandeur avec une marge d’erreur acceptable), des mesures abstraites comme la perche ne relèvent même pas de ces approximations et leur évaluation chiffrée demeure aléatoire [108][108] Cursente, 1998a, p. 238, n. 62..

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Autre point important, deux mesures de longueur peuvent porter le même nom, pertica, mais, s’appliquant à des cultures différentes, avoir des dimensions différentes : l’énumération systématique des mesures dans la charte de Bouglon différencie les perches pour les terres et celles qui sont pour les vignes [109][109] Bouglon (Lot-et-Garonne), fin xiiie-début xive siècle,.... La formulation aurait pu paraître ambiguë, si les traités de Bertrand Boysset n’avaient très clairement identifié un destre des terres de 16 palms et un destre des vignes qui en contient 13 [110][110] Portet, 1995, p. 101 ; les sétérées de la vigne, de.... Croire que toutes les perches d’un même lieu ont la même dimension n’est pas recevable. A fortiori dans des lieux différents ! On trouve ailleurs la même distinction : la perche des terres arables et la perche des Eaux et Forêts en Bourgogne au xve siècle sont différentes [111][111] Richard, 1963, p. 245, rappelle le terme des rédacteurs....

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Le mot arpent désigne bien évidemment une mesure de superficie utilisée, mais pas exclusivement, comme unité de référence pour le calcul des redevances ; il faut pourtant lui reconnaître d’autres significations, ce qui complique singulièrement son interprétation. On le trouve avec le sens général de « terres cultivées » dans certains paréages (comme à Mondilhan, Mielan, Beaumont-de-Lomagne, etc.), où la dotation initiale comprend localia, casaleria et arpenta, c’est-à-dire les places (de maisons), les jardins et les terres cultivées (on ne différencie pas alors, dans arpenta, les terres arables, les vignes, les prés). Mais, expression plus caractéristique encore de cette dimension générique, on prévoit à Saint-Bauzeil la concession « comme arpent », d’une sétérée et demie de terre, ce qui ne signifie en aucun cas une équivalence entre les deux mesures, mais le fait que l’arpent est synonyme de terre arable [112][112] Saint-Beauzeil (Ariège), 1281, Pasquier, 1881, p. 543.... À Bruges, dans le cadre du paréage, la terre de Capbiis se donnera « à la perche » aux habitants, ce qui revient à dire en concession, en fief [113][113] Laborde, 1914, p. 226 : Item los avem promes e autreiat.... La matérialité des arpents nous reste inaccessible alors que son usage comme mesure de référence est si largement répandu. N’en est-il pas de même pour les monnaies et le rôle du sou ? Et pourtant, ils permettent des opérations intellectuelles complexes.

L’outillage conceptuel des contemporains

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Le passage de la mesure linéaire à la superficie est de celles-ci. On connaît des mesures de longueur et des mesures de superficie, entre lesquelles il n’existe pas de rapport simple, étant donné que les premières ne dérivent pas des secondes [114][114] Martin, 1993, p. 287, insiste sur ce point.. La surface est établie par la mesure du côté (l’arpent vaut 64 x 32 perches par exemple). Une opération mentale beaucoup plus abstraite est représentée par le calcul d’une surface en élevant au carré les mesures des côtés : ce sont les débuts de l’acquisition d’une mesure de superficie en rapport direct avec une mesure de longueur [115][115] On cite des perches carrées en Italie, rappellent Zerner,.... Mais, on trouve aussi la démarche exactement contraire à Escazeaux, avec un passage de la surface au côté : la perche sera établie à partir de la sétérée semée par un paysan assermenté [116][116] Du Faur, 1891, p. 144 : Volmumus et concedimus quod.... Cette notation unique est tout à fait exceptionnelle, mais elle rend vraisemblablement compte de la manière de procéder pour les surfaces évaluées en mesures de grains, et la pratique risque d’en avoir été très largement répandue, quoique de manière silencieuse dans la documentation.

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Le mot cayrat désigne l’unique angle évoqué dans nos sources : il s’agit de l’angle droit et l’équerre est fondamentale dans toutes les opérations d’arpentage. Le bagage mathématique comprend également l’utilisation des chiffres romains, seule perceptible dans les chartes, les nombres entiers, les fractions, et les séries (multiples et sous-multiples). Notons qu’à Rabastens l’établissement d’une mesure de surface se fait en élevant l’unité linéaire au carré : la carterée fait 10 perches de large sur 11 de long soit 110 perches au carré [117][117] Marty, 1901-1902, p. 196 : Item de la perja de la vila.... Un tel énoncé est particulièrement rare [118][118] Puig, 2003, p. 123, a trouvé pour 1306 la mention de..., mais on ne retrouve pas une telle précision à Pujols, à la même date, où l’indétermination de š est flagrante, puisqu’une dénariée de terre se définit à la fois comme un parallélogramme de 12 perches de côté et comme un disque de 48 perches de pourtour [119][119] Barckhausen, 1877, p. 75 : la dinairada de la terra,.... L’approximation était sans doute suffisante : en se servant de calculs préalables, de comptes déjà faits, on pouvait parvenir au résultat. On peut penser que des tableaux de correspondances des mesures existaient.

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Le degré de précision des pratiques et des résultats reste difficile à apprécier. Le cas de Beaumarchais laisse entrevoir un calcul laborieux : le paréage initial prévoit la donation par le comte de mille arpents et plus [120][120] Beaumarchez (Gers), confirmation du paréage 1290 (1288),.... Dans le procès-verbal, ses bayles énumèrent longuement les 1 117 arpents effectivement assignés et fournissent une liste de lots dont l’addition ne monte portant qu’à 1 054 arpents. S’agit-il d’une erreur d’arpentage ? La liste est-elle incomplète ? Le comte aurait-il donné une part de terre initialement et acheté diverses surfaces à certains possesseurs pour constituer la dotation de base ? On s’interroge sur les conséquences d’une rédaction tellement fautive, sur le plan du droit et de la pérennisation de l’information.

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Les contemporains eux-mêmes ont mis en cause la précision des mesures : des valeurs approchantes ont été mises en valeur par Pribetich-Aznar [121][121] Probetich-Aznar, 2001, xvi-3/4, p. 360.. Les textes se font l’écho de cette préoccupation : on mentionne au Py 4 sétérées seu circa de bois réservé et l’expression dit bien que l’on n’est pas assuré de la mesure [122][122] Le Py (Aude), 1482, Ramière de Fortanier, 1939, p..... L’ouvrage de Bertrand Boysset utilise l’expression o entorn, qui n’évoque pas une approximation, mais une marge d’erreur évaluée à 1/16e[123][123] Portet, 1995, p. 127 : la marge serait de 4 à 6 % pour.... Mais nous sommes là au xve siècle et rien n’assure qu’un coefficient d’erreur était déjà en place antérieurement. François Menant m’a signalé la mention de seu circa dès le xiiie siècle en Italie. En la matière il convient de se défier des historiens antérieurs plus que des mesures : là où plus d’un a parlé d’approximation, d’imprécision, de confusion, d’incertitude, il vaudrait mieux rappeler notre méconnaissance des systèmes métrologiques, péniblement reconstitués par bribes lacunaires et non coordonnées. L’exemple analysé par Jean Richard, celui de la portée d’un arc à la fin du xve siècle en Bourgogne, est éloquent : mesure très floue pour nous, elle correspond à un nombre précis de pieds, connu des contemporains [124][124] Richard, 1963, p. 249..

Mesurer, remesurer !

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Dans le cas des fondations d’agglomérations, l’arpentage initial, l’allotissement des terres et des emplacements, représente un gros effort, humain et sans doute financier, un investissement vraisemblablement sur des semaines sinon des mois de travail (l’évaluation n’en a pas encore été faite et la documentation n’autorise pas ce genre de calcul). La puissance seigneuriale, une fois l’opération menée à terme, ne souhaite sans doute pas la renouveler, en tout cas pas de sitôt, pas plus d’ailleurs dans le cas des concessions individuelles [125][125] Beauvais (Tarn), 1342, Jolibois, 1878-1879, p. 146.... D’après la charte de Pardelhan, quand le seigneur de celui qui tient le fief aura perché une fois le fief des casaux, il ne pourra plus réitérer, ou faire réitérer l’opération [126][126] Pardelhan (Gers), fin du xiiie siècle, Castex, 1904,.... Plusieurs interprétations sont possibles, qui ne s’excluent pas : l’arpentage est conçu comme définitif, surtout en temps de création, quand divers rituels insistent sur la dimension fondatrice. L’octroi de la charte de coutumes d’un castrum déjà existant reste associé, symboliquement, à un acte essentiellement inaugural lui aussi. On peut également penser qu’une telle opération n’est pas aisée à mener, matériellement et humainement, et qu’on ne souhaite pas recommencer en toute occasion : les négligences sont possibles, qui viennent s’ajouter à l’imprécision. Les calculs de Henri Leblond dans son étude des plans des bastides médiévales prennent en compte les coefficients d’incertitude [127][127] Leblond, 1987, en particulier p. 57 et 59.. Il faudrait faire sans doute la même chose pour les mesures indiquées par les chartes. On ne prévoit de « repercher », et la charte de Pardelhan le précise, que si c’est nécessaire et utile (à l’appréciation des prud’hommes du conseil). Mais surtout, on doit craindre les démarches chicanières, les futurs procès, les demandes de révision, de la part des personnes impliquées (seigneur éminent, seigneur du fief et tenancier). On prévoit cependant d’y revenir. La charte de Montaigut utilise l’expression de novam operationem : il est vrai qu’il ne s’agit pas d’un ré-arpentage général, mais d’une réévaluation de la superficie d’un fief [128][128] Montaigut (Landes), 1320, Cazauran, 1888, p. 118.. Les grandes bastides royales de la fin du premier quart du xive siècle préfèrent le terme reperticare, et sans doute la sénéchaussée ne manque-t-elle pas de moyens pour en venir à bout. On y revient parfois, à grands frais, presque une génération après la fondation de l’agglomération : le cas de Barran a été analysé en détail par Benoît Cursente [129][129] Cursente, 1998b.. L’intervention a donné lieu à la rédaction d’un procès-verbal général d’arpentage. A-t-il été fait dans des circonstances de reprise en main seigneuriale ? Il faudrait éclaircir le point et les circonstances de cette décision lourde de conséquences.

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Qui prend financièrement en charge le nouvel arpentage ? C’est manifestement celui qui le demande : suivant les intérêts en jeu, ce peut être le seigneur, ou le feudataire, chacun cherchant à vérifier qu’il n’est pas lésé dans la situation. Mais il semble bien que tout le monde n’est pas sourcilleux sur la défense de ses intérêts, et passé trente ans, à Montpezat, le seigneur ne peut plus rien réclamer [130][130] Montpezat d’Agenais (Lot-et-Garonne), Ourliac et Gilles,....

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Les risques sont multiples, aussi bien techniques (terres mal mesurées) que sociaux (usurpations). Le seigneur soupçonne immanquablement la fraude, pas tant au moment de la concession que par la suite, par empiètements discrets. Bien sûr, cela n’a pu se faire que dans le sens d’une extension abusive de la terre tenue par le tenancier. Et au détriment de qui ? Du coup, la réaction est vive. La panoplie des sanctions prévues à l’encontre du tenancier va jusqu’à la perte du fief et la commise est envisagée à Montfaucon [131][131] Montfaucon (Hautes-Pyrénées), 1369, Laurière, t. viii,.... Mais la faute peut aussi résulter d’une erreur et non d’une intention délictueuse : s’il n’y a pas de mauvaise foi, le seigneur n’aura pas de gage, et le tenancier ne perdra pas le fief [132][132] Lafox (Lot-et-Garonne), 1254, Marboutin, 1910, p. 530.... À défaut de commise, la punition de la faute aurait pu être un gage. S’il n’y a pas délit patent, il n’en reste pas moins que le propriétaire a été lésé. Le feudataire va-t-il rendre ce qu’il a détenu indûment ? Dans les dernières bastides royales, on prévoit qu’il ne perd pas le surplus mais paie les oblies dues selon la coutume [133][133] Trie (Gers), 1325, Laurière, t. xii, p. 494 : Si contigerit.... Car c’est bien là que le bât blesse : le seigneur du fief a subi durant tout ce temps un manque à gagner. En restant sur la tenure, le feudataire devra payer les arriérés, comme à Montaigut [134][134] Cazauran, 1888, p. 118 : Item concedimus habitantibus....

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Une fois l’erreur constatée, tout le monde se trouve dans une situation qui est socialement difficile. Il n’y a pas de solution simple et les chartes donnent l’impression d’envisager, ici et là, toute une collection de solutions qui dépendent certainement des conditions locales : rapports seigneurs-feudataires, degré d’organisation de la communauté, différentiation sociale interne, existence d’une pression foncière notable, etc. Si la rigueur ou la mansuétude sont le fait du seigneur, on ne peut oublier la recherche constante, au travers des chartes, de la paix sociale et de la volonté d’éviter les conflits. Les solutions qui dominent sont plutôt empreintes de réalisme.

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À Pujols, le seigneur peut prendre le surplus comme il peut le laisser au tenancier [135][135] Barckhausen, 1877, p. 75 : e aquo es en la boluntat.... On envisage ailleurs de laisser les choses en l’état ce qui veut dire qu’il n’y aura pas de surcroît de cens [136][136] Verlhac-Tescou (Tarn-et-Garonne), 1306, Vacquie, 1842-1844,.... La prescription trentenaire est clairement invoquée à Agen : lorsqu’un tenancier est investi d’un fief depuis 30 ans au moins, dont la superficie est plus ou moins grande que celle qui lui a été concédée, les redevances ne doivent pas êtres augmentées ou diminuées [137][137] Agen (Lot-et-Garonne), fin du xiiie siècle, Barckhausen,....

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La charte de l’Isle-d’Arbeyssan montre une grande attention à l’éventail des situations. Si les personnes ont plus qu’il n’était prévu, fait constaté après un ré-arpentage, le seigneur reprendra ce qui lui est dû, mais on prévoit que ce ne sera ni là où il y a un édifice bâti, ni une vigne, c’est-à-dire les parcelles à forte valeur ajoutée par le travail paysan, et qu’il fera percher ce qu’il reprend. Il faut aussi envisager que le tenancier a reçu moins que ce que mentionnait la charte d’inféodation ; il n’a pas ce qui lui est dû et il faut compléter. Le cas devait être infiniment moins fréquent que les extensions informelles et gourmandes des paysans, et cette charte seule l’atteste. Le seigneur sera tenu de restituer ce qui manque et de donner le complément [138][138] Blade, 1864, p. 249 : En las terras ho possessions.... Dans tous les cas cependant, il n’y a pas de règlement collectif, ou communautaire du conflit. Les rapports sont contractuels, entre le seigneur du fief et le tenancier.

La quête de la rationalité par la proportionnalité

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Pour les tenures en général et les parcelles, lorsque l’on ne tient plus compte de ces sous-entendus moraux (fraude, mansuétude, etc.), on trouve bien plus fréquemment (24 fois) la formule lapidaire secundum magis et minus (suivant le plus ou le moins), qui s’éclaire par sa répétition : dans un texte isolé, il est souvent difficile de savoir à quoi s’applique ce plus et ce moins.

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On trouve aussi des formulations moins elliptiques et beaucoup plus laborieuses (15 fois) qui détaillent la corrélation entre la mesure de la terre et le montant de la redevance, en liant leurs variations. Elles mettent indirectement en rapport la redevance et la surface concédée. À Fonsorbes, dès le début du xiiie siècle, on trouve l’une des premières occurrences sans équivoque [139][139] Fonsorbes (Haute-Garonne), 1205, Du Bourg, 1872-1873,....

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L’expression secundum magis vel minus s’accompagne parfois (comme à Fonsorbes, Escazeaux et quelques autres lieux) de ea ratione (dans la même proportion) ou plus nettement encore, vel prorata, secundum magis et minus à Montfaucon. Cette appréciation est parfois explicitement quantitative avec secundum ipsius terrae quantitatem à Montaigut.

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Florent Hautefeuille a mis en évidence cette proportionnalité des redevances par rapport à la surface dans le bas Quercy de la fin du xiiie siècle [140][140] Hautefeuille, 1998, p. 251.. Elle semble à peu près acquise, mais il faudrait sans doute généraliser l’enquête tant la révolution conceptuelle est grande : la tenure, unité d’exploitation, ou unité fiscale, est à la fois fragmentée dans l’espace et parcellisée dans le système de prélèvement. On est passé d’un service global à des redevances évaluées non dans le cadre d’un rapport personnel mais dans une évaluation des dimensions physiques de la parcelle de terre. On retrouve cette même approche pour fixer les redevances dans la partie habitée en fonction de l’occupation : une fois l’oblie établie pour la place, 1/2 place paie une 1/2 redevance, ou 1/12e de place paie 1/12e de redevance à Bouglon, Labéjan (Gers) et au Frêche (Landes). La proportionnalité se trouve dans les toisés pour les façades : Benoît Cursente cite ainsi le cas de Lectoure (Gers) où le cens est proportionnel au nombre de stades de façade [141][141] Cursente, 1998a, p. 241, n. 77, donne toutes ces références... ; on peut ajouter Ribouisse [142][142] Ribouisse (Aude), 1271, Devic et Vaissette, 1872-1904,..., mais aussi des cas beaucoup plus éloignés de la région étudiée [143][143] Dans la Bourgogne du xive siècle, Richard, 1963, p..... Dans ces conditions, la prise de mesure implique des opérations très précises étant donné les incidences fiscales et il ne s’agit plus d’une évaluation sommaire, mais d’une recherche d’exactitude fiable.

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On peut considérer que nous sommes ici en présence d’une démarche rationnelle. Certes, nous sommes encore fort éloignés d’un rationalisme cartésien, mais le passage de ratio du sens de proportion (fraction, part, portion) à celui de raison n’est plus si éloigné. Est-ce le signe d’une évolution générale vers plus de rationalité ? Deux aspects le confirment : l’approche quantitative, mesurable, univoque et universelle, ainsi qu’un procédé objectif ou qui tend à l’être, et non pas subjectif et personnel. Cette rationalité a été soulignée par Florent Hautefeuille [144][144] Hautefeuille, 1998, p. 257..

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Par contre, il faut souligner que cette dimension ne s’accompagne pas du tout d’une appréciation de la valeur des terres (leur situation dans le finage, leur proximité de l’eau, leur exposition, leur desserte et tout autre critère qui pourrait faire varier cette valeur). Seule la nature des cultures intervient. Et pourtant l’allivrement et l’estimation de cette valeur deviennent la base, déclarative, des registres d’estimes, d’une approche plus cadastrale et résolument fiscale. La valeur de la terre est encore fortement marquée par des considérations interpersonnelles, mais cette valeur devient un prix sur lequel les lois du marché commencent à peser.

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*

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Les chartes de coutumes et les contrats de paréage ont livré une foule d’indications qui, pour répétitives qu’elles soient, apportent bien des informations sur les pratiques de l’arpentage, dans le monde du quotidien, mais vu à travers le prisme des dispositions normatives. L’arpentage, et donc la mesure de la terre, s’enracinent dans une technique vivace qui n’exige pas des prouesses mathématiques, mais nécessite de la rigueur, de la méthode et de la bonne foi. Le sort des propriétés est entre les mains de personnes au-dessus de tout soupçon. En tout cas, on veut y croire ! Engagés sous serment, prestataires de services pour des clients qui les rémunèrent, on ne voit que très rarement apparaître ces notaires ou ces mesureurs, ingénieux et compétents, fondateurs de nouvelles implantations humaines. Les percheurs et autres agrimenseurs opèrent sur le terrain, en présence des parties, de bayles, de témoins, et d’un notaire. Les résultats sont connus (dimensions des concessions, baux d’inféodation, conservation des mesures), mais la pratique elle-même, les instruments nécessaires ne sont presque pas évoqués. Et si nous constatons les résultats du travail de ces techniciens, pour autant, leur travail sur le terrain reste inaccessible.

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Le nombre des occurrences provient de ce que, dans cette vaste région, les opérations de peuplement entreprises à l’initiative des plus petits seigneurs ou des rois eux-mêmes et de leurs sénéchaux, sont nombreuses, récurrentes, obstinées. De la fondation humaine à la fondation juridique, les dispositions des chartes de coutumes et les paréages présentent les concessions globales, particulières, individuelles, mais pas leur organisation dans l’espace rural. Les informations, particulièrement celles sur les mesures, ne suffisent pas pour tracer les lignes et les équerres de la morphologie agraire. Et l’histoire des mesures n’a pas accumulé un faisceau de confirmations suffisant pour corroborer des hypothèses métrologiques, si séduisantes soient-elles.

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Mais là n’est d’ailleurs pas le propos de ces documents et si l’arpentage est présent de manière indirecte, c’est qu’il est au service d’autres intérêts. Car les enjeux sont importants. Il s’agit avant tout d’organiser une énorme affaire de prélèvement seigneurial. Les informations fournies, et de manière chiffrée, sont utiles aux pouvoirs en place, d’autant que ces places sont en train d’évoluer dans un xiiie-xive siècle marqué par des transformations profondes. Les pouvoirs, en particulier des communautés, veillent sur le maintien des bornages et la fiabilité des arpentages. Ils y sont directement intéressés. Le souci fiscal masque éventuellement leurs stratégies sociales. Et lorsqu’on peut contrôler l’apparente simplicité des mesures prévues institutionnellement avec des réalités du terrain, à l’occasion d’un procès-verbal d’arpentage comme celui de Barran, ce n’est pas une surprise de découvrir que la réalité ne colle pas avec les normes. C’est l’espace vécu qui prévaut sur la procédure [145][145] Lavigne, 2002, p. 43, l’indique fort bien lui-même.... C’est la limite essentielle à toute tentative d’utilisation des chartes de coutumes dans une enquête sur les parcellaires.

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Les coutumes fournissent un code judiciaire et un code fiscal, mais les pratiques fiscales changent. Les redevances sont en train de perdre, là et alors, leur caractère global au profit de systèmes plus complexes reposant sur la mesure des biens. Le cadre conceptuel reste féodal et des sanctions comme la commise du fief ou de la tenure inféodée en cas de fraude, reste valable à côté d’une augmentation du cens proportionnelle à la différence constatée. Il faut insister, comme Pierre Portet l’a fait, sur la multiplication des attestations d’arpentage en relation « avec l’introduction de nouvelles pratiques fiscales où la connaissance de la superficie n’est que le point de départ d’une évaluation plus élaborée du rapport à la terre » [146][146] Portet, 1995, p. 203.. Ce n’est pas un espace vécu qui nous est accessible, mais un système plaqué sur le territoire, venu de l’extérieur et accepté par les possédants. L’espace lui-même est devenu une catégorie comptable. Un effort de rationalité peut s’appliquer à lui. Que l’arpentage repose à cette époque sur une mesure linéaire, la perche, à partir de laquelle on évalue un arpent, est cohérent avec nos autres connaissances sur la perception de l’espace à cette période. Il semble d’ailleurs qu’il y ait eu une évolution conceptuelle très significative depuis le Moyen Âge, qui a vu le passage de la ligne à la surface, et de la perche à l’arpent comme base de mesure des terres, passage qu’il faudrait s’efforcer de dater tant il représente une révolution intellectuelle considérable.

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Jean-Philippe Genêt estime que « le passage à l’abstraction n’est possible que lorsqu’il y a quête scientifique, ou lorsque intervient une volonté extérieure organisatrice et planificatrice d’une exploitation économique » [147][147] Gent, 1993, p. 200.. La seconde hypothèse mérite vraiment d’être approfondie dans le Midi de cette période, alors que les grandes manœuvres capétiennes et anglaises, laïques et ecclésiastiques, ont laissé sur la terre et sur les parchemins l’empreinte de leur puissance et de leurs ambitions nécessairement bornées entre elles.

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nb : L’auteur a bien voulu traduire les citations placées en note. Cette traduction est consultable sur le site internet de la revue Histoire et Sociétés Rurales (www.unicaen.fr/socrurales).


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Notes

[*]

Professeur d’histoire médiévale à l’Université de Toulouse-Le Mirail, 47, boulevard Riquet, 31 000 Toulouse. Courriel : <mousnier@univ-tlse2.fr>.

[1]

Abbé, 1993, 1995, 1997 ; Cursente, 1984 ; plusieurs articles dans Castrum 5, 1999 ; Lavigne, 1996, 1997, 1998 ; Querrien, 1994 ; Soyer, 1960, 1962, 1966.

[2]

C’est ce qu’a tenté Lavigne, 2002.

[3]

Les travaux les plus récents sont ceux de Bourin, 1995 ; Durand, 1998, p. 154-175 ; Feller, 1998 ; Guerreau, 1998 ; Mailloux, 1997 ; Martin, 1993.

[4]

Richard, 1963, p. 250, rappelle cette dimension historiographique.

[5]

Ce texte a subi son banc d’essai en 2003 au séminaire dirigé par Monique Bourin (Paris i) et a bénéficié de ses remarques ainsi que de celles d’Élisabeth Zadora-Rio, Pascal Chareille, Samuel Leturcq, Joseph Morsel, Pierre Portet, Jean-Loup Abbé. Qu’ils en soient tous remerciés et particulièrement les deux derniers.

[6]

La bibliographie des sources éditées est très vaste, le répertoire le plus complet pour mon propos étant celui de Carbasse, 1979, avec les compléments apportés par Lavigne, 2002. Les chartes originales sont indiquées en fonction de leur dépôt d’archives.

[7]

Genêt, 1993, p. 199.

[8]

Portet, 1995, partiellement parue dans Portet, 1996 ; Guerreau, 1995.

[9]

Sauveterre de Saint-Ybars (Ariège), 1242, Ourliac et Magnou, 1987, p. 661 : la délimitation du territoire se fait pede ad pedem, pelzirent et limitarent.

[10]

Claudie Amado avait attiré mon attention sur un acte de son Languedoc oriental familier où le propriétaire, ego Willelmus terminavi et in praesentia bonorum hominum, ego ipse monstravi et pedibus meis pedavi : Devic et Vaissete, 1872-1904, t. v, no 337, c. 654-655 de mars 1080.

[11]

Lavigne, 2002, p. 41, le pense cependant.

[12]

Gimont (Gers), 1178, Clergeac, 1905, p. 55 : Durandus de Cotaniagas qui hanc terram esdegavere. Lavigne, 2002, le qualifie de « mesureur de terre », p. 41, note 10.

[13]

Arch. dép. Haute-Garonne, H. Malte, Renneville liasse 24, no 46 en 1208 : sic decata, bodulata vel signata per bodulas.

[14]

Mousnier et Billy, à paraître.

[15]

Comme à Sauveterre de Saint-Ybars (Ariège) (hostenderunt, pelzierunt et limitaverunt) ; Isle-d’Arbeyssan (Gers), 1308, Blade, 1864, p. 252 : daquel vole sas terras ho sas possessions limitar, ho en confins pausar.

[16]

Le Brassenx (Landes), 1361, Marquette et Poumarède, 1979, p. 36 : ids lo pusquen mettre en possession et merquar et limittar schens aucune cause pagar marquer et limiter.

[17]

Vianne (Lot-et-Garonne), 1284, Bémont, 1900, p. 463 : juridictio […] mensurabitur per perticam vel cordam. De nombreux autres cas à Beaumont-de-Lomagne (Tarn-et-Garonne), Pujols, Montpezat, Saint-Pastour et Montauriol (Lot-et-Garonne), Rabastens (Tarn), Montfaucon (Hautes-Pyrénées), Ornézan (Gers).

[18]

Mézin (Lot-et-Garonne), 1304, Ourliac et Gilles, 1981. p. 253 : « Et la perche pour agrimencer doit estre de 10 coudées et d’ung pied ».

[19]

Reperticatio : Solomiac (Gers), 1327, Blade, 1864, p. 178 : Item quod si contigerit plateas et alias possessiones pareagii et pertinentiarum dictae villae pro tempore reperticari. Le même article se retrouve à Trie (Gers) et Revel (Haute-Garonne).

[20]

Ornezan (Gers), 1322, Vaquie, 1840-1841, p. 336 : dicti honores et possessiones mensurentur et pagelentur ; ou encore à Trie (Gers), 1325, Laurière, 1723-1847, t. xii, p. 494 : et plus ultra primam perticam seu pagellam ibi inventum fuerit.

[21]

Montréal-du-Gers (Gers), 1255, Ourliac et Gilles, 1981, p. 125 : ad bastidam Montis regalis constituendam et villam sive castrum ididem edifficandum […] et ad talliandum carrierias et plateas et terras et areralia et loca domorum dividenda et adjudicanda.

[22]

Babinet de Rencogne et Moulenq, 1888.

[23]

« Bosone antiquo agrimessore » : Ourliac et Magnou, 1984, p. 505.

[24]

Arch. dép. Haute-Garonne, H Malte, Toulouse liasse 160, no 14, en 1235.

[25]

Le premier est dit notarius et mensurator, et le second mensurator communis […] qui predicta localia, casalaria et arpenta mensuraverunt diligenter et plurium aliorum assignationem hujusmodi recepit nomine dicti domini regis : Babinet de Rencogne, Moulenq, 1888, p. 83-87.

[26]

Abbé, 1998, p. 55.

[27]

Baa (Gironde), 1287, Trabut-Cussac, 1961, p. 142-143 : les comptes l’appellent magistro operum ; il effectue certains travaux dont mensurancium stratas ville.

[28]

Ourliac et Gilles, 1981, p. 9-10, 12, 117-119, 125-126, 138, 157, 159-160.

[29]

Procès-verbal d’arpentage (Arch. dép. Gers, i, 349) analysé par Lavigne, 2002, p. 44.

[30]

Portet, 1995, t. 1, p. 153, n. 253. Il indique la référence Arch. nat., JJ 49, f° 42-42 v°. Remerciements à Jean-Loup Abbé qui a attiré mon attention sur cette mention.

[31]

Ibid., p. 152 : l’auteur cite ceux qui en 1139, dans l’Histoire du comté de Guines à Ammerval cum geometricalibus perticis et ad mensuram ageris proportionaliter metirentur.

[32]

Merville (Haute-Garonne), 1307, Douais, 1891, p. 582 : Item voluit et concessit idem dominus, quathenus sua interest, quod sit in dicta villa perticator, sive agrimensor, comunis et juratus.

[33]

Grenade-sur-Adour (Landes), 1322, Meyranx, 1895, p. 172 : Item. Que la perche sie de la Vielle per tout tems asy que lous jurats y agen percheder aquel qu’il sie fest favorable et profiteble à lad. Vielle ; ou encore à Pouy-Carréjelard (Gers).

[34]

Ourliac et Gilles, 1981, p. 253 : « et que l’agrimanseur soit mis par lesdicts seigneurs ou seigneur et par le conseil de Mezin unanimemant ».

[35]

Pouy-Carréjelard (Gers), 1303, Beylot, 1877, p. 18.

[36]

Montpezat (Lot-et-Garonne), 1279, Ourliac et Gilles, 1981, p. 99-100 : mas si foras los dexs la menava hom perchar terra o vinha o pratas, deu s’en aquel qu-il menara acordar ab luy.

[37]

Ibid., p. 253 : « Lequel agrimanseur jurera sur les saincts evangiles que bien et loyalement se gouvernera et contiendra en son office ». Pierre Portet m’a rappelé le serment des arpenteurs de Montpellier, de aquels que destran les possessions, (1300 ?), et indiqué la référence (Arch. com. Montpellier, Petit Thalamus, f° 398).

[38]

Ourliac et Gilles, 1981, p. 99-100 : e-l perchaires deu jurar sobre sants avangelis que leyalmen perche e que no-s fassa per amic ni per enamic, ni per do ni per promesa ni per re, mas la vertat e leyaltat tant be per la una part cum per l’autra.

[39]

Charte de Montréal-du Gers, ibid., p. 125 : Noveritis vos prudencia vestra et de industria et de amore quo diligitis dominum comitem et suos firmiter confidentes.

[40]

Gautier-Dalché, 2000, p. 275.

[41]

Portet, 1995, p. 10.

[42]

Ibid., p. 153.

[43]

Zerner, Lozi et Cancellieri, 1993, p. 307.

[44]

Gautier-Dalché, 2000, p. 267-268, 272.

[45]

Ibid., p. 277.

[46]

Guerreau, 1995, p. 88, note 3.

[47]

Lesné-Ferret, 2001, p. 44.

[48]

Lavigne, 2002, p. 45.

[49]

Abbé, 1998, p. 54.

[50]

Trabut-Cussac, 1961, p. 142-143 : valleto et clerico, avec des cordis ad mensurandum villam.

[51]

Guyotjeannin, 1992, p. 270-275.

[52]

Portet, 1995, p. 79 : ce serait Arnaud del Puey.

[53]

Puig, 2003, p. 124.

[54]

Escazeaux (Tarn-et-Garonne), 1271, Du Faur, 1891, p. 144 : aliquis pro domino et consulibus juratus unum sextarium frumenti fideliter seminabit.

[55]

Ourliac et Gilles, 1981, p. 99-100 : E deu esser la terre mesurada e perchada ab prohomes de Montpezat.

[56]

Pujols (Lot-et-Garonne), 1303, Barckhausen, 1877, p. 75.

[57]

Ourliac et Gilles, 1981, p. 253 : « Item les heritages ou biens vendeus ou mis a fiefz par quartellades ou par aultre certaine mezure ou perchages ou livrages ne soient de la en avant agrimansés par les vandeurs, ny par ceulx qui l’auront baillé a fiefz, ny par le seigneur des fiefz, sy ce n’est avecq voullonté de ceulx et aultres en leur nom qui l’auront achepté et receu en fiefz ».

[58]

Ibid., p. 99-100 : E que aga dedins los dexs de Montpezat, si-n i a iii dinayradas o d’aqui enssus, iiii d. de cada dinayrada ; e si-n i a mays, non deu aver mas que ii d. de la dinayrada ; mas si foras los dexs la menava hom perchar terra o vinha o pratas, deu s’en aquel qui-l menara acordar ab luy ; e s desacort y avia, deu en aver a esgard del cosselh, segon que lo loxs sera lonh o pres.

[59]

Rabastens (Tarn), début du xive siècle, Marty, 1901-1902, p. 196 : El perjaire deu aver per son trebalh de una cartairada entro una cestairada, se es en un loc en dos que sia de un home, xii den. tor ; e se mai y avia de cestairadas, que sian tengutz de perjar (corr. pagar) iii den. tor. per cartairada o iii sols del jornal, (a) la cauzida d’aquel de cuy sera la terra.

[60]

Portet, 1995, p. 172.

[61]

Saint-Pastour (Lot-et-Garonne), 1289, Rebouis, 1888, p. 97 : Item, perticam seu mensuram pertice qua mensurando seu perticando terras suas usi sunt, a principio Bastide usque modo, eis similiter concedimus ac etiam confirmamus.

[62]

Portet, 1991, p. 6. Il renvoie à l’édit de Pitres de 864, longuement analysé.

[63]

Lavigne, 2002, p. 125-126.

[64]

Villeréal (Lot-et-Garonne), 1289, Bémond, 1900, p. 423 : Nec perticam qua usi sunt habitatores predicti volunmus de cetero inmutari.

[65]

Puig, 2003, p. 658, montre les bouleversements de mesures, tant à Perpignan qu’à Elne. Lavigne postule plus qu’il ne prouve l’existence d’un système métrologique fondé sur l’arpent à l’échelle du grand Sud-Ouest, à partir d’une planification agraire (2002, p. 132) et pourtant, il est sensible aux variations importantes qu’il a mises en relief à Toulouse entre le xve et le xviiie siècle (p. 213-215).

[66]

Abbé, 1998, p. 54, signale le cas d’Aspiran, en 897 : Ibi jussit esse omnes homines ejustem territorii commanentes tam majores et nobiliores quam mediocres et minores, antiquiores praeterquam et minores aetate, ut quod verum et certum de eodem termino cognoverant et viderant, coram cunctis manifestarent.

[67]

Du Bourg, 1872-1873, p. 346 : honorem predictum demonstrare faceret.

[68]

Lavigne, 2002, p. 41, traduit : « pour qu’ils reconnaissent le territoire, qu’ils le mesurent et qu’ils le bornent ».

[69]

Ourliac et Magnou, 1987, p. 661 : Bernardus de Garrigas videlicet eundo pedes et Raimunda Johanna pre decrepita etate equitatis supra roncinum hostenderunt, pelzierunt et limitaverunt, pede ad pedem.

[70]

Ibid., p. 642 (1248) : Abbas predictus produxit vi pelzitores videlicet Raimundum Poncii de Montemanhino, Raimundum Jordani et Gullelmum et Bernardum Jordani, fratres, Guillelmum Mauelli et Guillelmum Fisso. Dicti vero vi pelzitores pelzierunt nichilominus sicut inceperant ostendo limites pede ad pedem sicut terminus casali.

[71]

La charte précise d’abord qu’il s’agit de scitores seu pelzitores aut agrimensores : chaque partie doit produire des témoins ou garants à pied, ou bien des agrimenseurs (arpenteurs). Le « ou bien » différencie les deux possibilités de preuve qui sont le témoignage ou la mesure.

[72]

Je remercie Pierre Portet qui m’a fourni les informations et les références de cette partie. Ainsi dans un acte de la fin du xe siècle, Ourliac, 1997, p. 261-273, définit percalcatio comme « faire la montrée d’un fonds litigieux en le parcourant », avec un sens très romain du terme ; également cette prise de possession de la vicomté d’Agde par les chanoines de la cathédrale en 1182, du haut de la tour de Mirabelle : Foreville, 1995, acte n° 7, p 103-104.

[73]

Arch. dép. Haute-Garonne, H Malte, Toulouse liasse 133, n° 52, 1275 : les arbitres se sont déplacés sur le terrain et ont montré les bornes, en présence de plusieurs autres personnes des villages voisins.

[74]

Lavigne, 2002, p. 42. L’auteur rappelle que ces pratiques classiques de la loi des Wisigoths sont bien attestées en Provence, Languedoc, Catalogne et Navarre aux ixe et xe siècle en citant entre autres Portet, 1999, p. 59-61.

[75]

Guerreau, 1995, p. 93, rappelle qu’il n’y a ni plan ni dessin de parcelles.

[76]

Meyranx, 1895, p. 172 : que lo percheder nou poudessi livrar ny perchar las terres deux Seignors y non en la presenci dou bayle ou de soun mesadge.

[77]

Barckhausen, 1877, p. 75 : e l’feuzatier deu pagar lo perchador, e l’senhor deu y estre, o hom per lui.

[78]

L’arpentage de Beauchalot le mentionne explicitement.

[79]

Saint-Sauvy (Gers), 1275, Rouleau, 1928, p. 26 : Vocato procuratore dicti domini comitis super perticatione dicti medii arpenti et incartamento infeodationis predicte faciendo et concedento per dictum procuratorem.

[80]

À Peyrissas (Haute-Garonne), 1300, Dedieu, 1913, p. 152 ; à Merville, Douais, 1891, p. 590.

[81]

Martin, 1993, p. 285, le rappelle dans le contexte antérieur italien.

[82]

La coutume d’Auvillar (Tarn-et-Garonne), Lagréze-Fossat, 1868, p. 154, prévoit les frais de nourriture et de voyage des consuls à raison des affaires communales ou d’un intérêt communal ; celle de Villeneuve-d’Aveyron (Aveyron), 1301, prévoit les frais en sous de Rodez, ou en sous tournois (Baillaud et Verlaguet, 1910, t. 2, p. 190, 216). Le plus souvent, ces indications se trouvent dans les ordonnances ou les comptes consulaires, au cours du xive siècle, et non dans les chartes de coutumes.

[83]

Blade, 1864, p. 252.

[84]

Portet, 1995, p. 151.

[85]

Des chartes détaillent parfois les mesures de vin, blé et huile, les poids et livres, les cannes et aunes ; Leblond, 1987, p. 68, se trompe donc en interprétant les pes et mesuras comme des pieds et mesures au lieu des poids et mesures.

[86]

Portet, 1991, p. 7.

[87]

Ourliac et Gilles, 1981, p. 153.

[88]

Castelnaudary (Haute-Garonne), 1333, Ramière de Fortanier, 1939, p. 312 : de totas falsas mesuras e de totas falsas pagellas e de lo far penjar a la perga acostumada davant la mayso del cossolat.

[89]

Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), 1171, Soutras-Dejeanne, 1882, p. 165 : e si la cane ere usade ni abracade per biehece lo travers d’un did, no i deuem auer lei aquere begade, mas que deu ester peciade begade.

[90]

Portet, 1995, p. 123.

[91]

Guerreau, 1995, p. 89-90 : dans le traité de Bertrand Boysset, Jésus est dit destrador, atermenador, esquairador, le véritable arpenteur.

[92]

Du Bourg, 1881, p. xxxi ; Mondon, 1912, p. 118. La liste des autres dotations de fondations est dans Lavigne, 2002, p. 115.

[93]

Arch. dép. Haute-Garonne, H. Malte, Toulouse liasse 165, n° 25.

[94]

Saint-Pé de Boulogne (Lot-et-Garonne), Bémont, 1900, p. 503.

[95]

Du Bourg, 1881, p. ix-x, xxxv.

[96]

Grenade (Haute-Garonne), 1290, Floutard, 1988, p. 78. Pour Geaune, l’information est fournie par Lavigne, 2002, p. 108.

[97]

À Villeneuve-sur-Lot, les religieux donnent autant de terre qu’il sera nécessaire pour faire et construire une bastide, ou ville, pour les rues et places de ladite bastide ou ville (Cassany de Mazet, 1837, p. 280) : cela ne correspond donc pas au finage, ni à la somme des concessions individuelles.

[98]

Bruges (Pyrénées-Atlantiques), 1360, Laborde, 1914, p. 214-215. Sauveterre-de-Saint-Ybars (Ariège), 1242, Ourliac et Magnou, 1987, p. 662.

[99]

Lavigne, 2002, p. 116-120.

[100]

Cursente, 1998a, p. 235, et 1998b, p. 501.

[101]

Il y eut manifestement beaucoup de modifications en raison de l’évolution chronologique et de la prise en compte avec adaptation du flot des nouveaux habitants : Cursente, 1998a, p. 236 ; dans le cas de Barran, l’agglomération s’est partiellement vidée au cours du xive siècle : ibid.., p. 241.

[102]

Cursente, 1998b, p. 505 : certains reçoivent deux emplacements, d’autres n’auront qu’une fraction de place. Le jeu social est analysé p. 506.

[103]

Ibid. p. 502 ; la superficie totale de la ville est de 715 places.

[104]

Martin, 1993, p. 292, trouve des quadrilatères très irréguliers en Italie du Sud dans 30 à 40 % des cas entre le ixe et le xiie siècle. Il faut citer pour des périodes contemporaines, les travaux de Bourin, 1995, et Durand, 1998.

[105]

Lavigne, 2002, p. 108-110.

[106]

Le destre est l’instrument de base de l’arpentage en Languedoc oriental et en Arles. L’arpenteur se défie fortement de l’emploi du cordeau si ce n’est en milieu aquatique : Portet, 1995, p. 101.

[107]

Barckhausen, 1877, p. 75 : Item, es coustuma a Pojols que la percha, ab que hom percha terra, e binha, e bosc, e prat, deu auer de loc : xii pes, que monte viii. razas comunals, e viii razas, que monte xii pes comunals.

[108]

Cursente, 1998a, p. 238, n. 62.

[109]

Bouglon (Lot-et-Garonne), fin xiiie-début xive siècle, Ourliac et Gilles, 1981, p. 65 : mollas de tonet, de teulas, plats et caus, perchas de terra et de vinha.

[110]

Portet, 1995, p. 101 ; les sétérées de la vigne, de la terre arable, du jardin, du bois ne sont pas les mêmes au xvie siècle à Arles, p. 129.

[111]

Richard, 1963, p. 245, rappelle le terme des rédacteurs carolingiens mesurant les terres en perticas agripennales ; et, p. 247, que la perche des forêts est différente de celle des forêts royales et de celle des terres.

[112]

Saint-Beauzeil (Ariège), 1281, Pasquier, 1881, p. 543 : dabimus […] pro arpento unam sestariatam et dimidiam terre.

[113]

Laborde, 1914, p. 226 : Item los avem promes e autreiat que si ere la causa que fessem pariadge ab l’abat de Seubalade que la terra de Capbiis se donas a la perge que la doneram.

[114]

Martin, 1993, p. 287, insiste sur ce point.

[115]

On cite des perches carrées en Italie, rappellent Zerner, Lozi et Cancellieri, 1993, p. 296 ; ils indiquent aussi pour leur période plus tardive le mode de calcul.

[116]

Du Faur, 1891, p. 144 : Volmumus et concedimus quod brachia et perjonus dicte ville mensurentur in unam sesteriam terre.

[117]

Marty, 1901-1902, p. 196 : Item de la perja de la vila que hom mezura las heretatz deu aver de lonc xxii palms ; e aver (corr. an) mestiers a la cartairada x perjas de lonc de cada part dels dos caps dample de la terra, e dels ladriers, xi perjas de lonc de cada ladrier ; e en aissi a en la cartairada c e x escascx e c e x perjas de tout caire.

[118]

Puig, 2003, p. 123, a trouvé pour 1306 la mention de cannées carrées (multiplication d’une longueur exprimées en cannes par une largeur de même unité).

[119]

Barckhausen, 1877, p. 75 : la dinairada de la terra, si es en quatre caires, deu auer xii perchas de cada part ; e, si es redonda, deu auer xlviii perchas en reddon. Mais la charte quasiment identique de Montpezat porte 49 perches de pourtour : Ourliac et Gilles, 1981, p. 100.

[120]

Beaumarchez (Gers), confirmation du paréage 1290 (1288), Monlezun, 1987, t. vi, p. 219 : possunt esse 1000 arpenta et plus. Lors de l’ampliation du paréage en 1294, le comte ayant fait transférer 1 000 arpents de terres pour faire des places, etc, le lieutenant et le bayle appelés sur la tradition de ces arpents, disent que le comte a donné 1117 soit 250 + (230 + 240 + 24 + 30 + 90 + 80 +90 + 20 provenant de divers achats du comte) ; le total n’y est pas !

[121]

Probetich-Aznar, 2001, xvi-3/4, p. 360.

[122]

Le Py (Aude), 1482, Ramière de Fortanier, 1939, p. 547 : cela se comprend d’autant mieux qu’il s’agit de la mesure toujours difficile d’un bois. Mais ce n’est pas le cas pour le pré de Montégut : Decap, 1895, p. 101.

[123]

Portet, 1995, p. 127 : la marge serait de 4 à 6 % pour la Corse du xve siècle, Zerner, Lozi et Cancellieri, 1993, p. 309.

[124]

Richard, 1963, p. 249.

[125]

Beauvais (Tarn), 1342, Jolibois, 1878-1879, p. 146 : aucune nouvelle reperticatio, partielle ou générale, des aires ou casals.

[126]

Pardelhan (Gers), fin du xiiie siècle, Castex, 1904, p. 221 : E quant la fius deus predits casaus aura perchiatz lo senhor de cui seran tengutz a fiu una vetz que puys james no se perchen ne ac fassa fer, si non que ac fes per causa rasonabla que los prohomes deu conselh ac conegossan que fossa fazedor per causa manifestament necessaria o utila. La même approche se retrouve à Montréal-du-Gers.

[127]

Leblond, 1987, en particulier p. 57 et 59.

[128]

Montaigut (Landes), 1320, Cazauran, 1888, p. 118.

[129]

Cursente, 1998b.

[130]

Montpezat d’Agenais (Lot-et-Garonne), Ourliac et Gilles, 1981, p. 100 : Jassia aisso que trenta ans passe que l’feuzatier, aquo que y sera trobat, aia tengut et possedit, no prescriu contra aquel senhor.

[131]

Montfaucon (Hautes-Pyrénées), 1369, Laurière, t. viii, p. 53 : Si dominus noster Rex predictus, aut Pariarius, vellent mensurare terras dictorum habitatorum et reperiabatur aliquod incrementum ultra feudum solvi consuetum quod possessor illius feudum seu excessus feudi, et quod ex causa predicti, illum feudum nec in tota nec in parte non cadat aliqualiter in commissum.

[132]

Lafox (Lot-et-Garonne), 1254, Marboutin, 1910, p. 530 : E si alcus hom o femna de la vila tendra mais de terra en casals o en autres afiuzamens de terras que en la carta d’aquels fieus nos dira, el senher aquela terra li fara perjar els cocelhs de la vila conoissera que no o fa a mala fe, lo senher no deu per aco aver negu gatge ni aquel que la terra te per aco no deu la perdre.

[133]

Trie (Gers), 1325, Laurière, t. xii, p. 494 : Si contigerit plateas et alias possessiones pariagii et pertinentiarum dictae villae pro tempore reperticare, et plus ultra primam perticam seu pagellam ibi inventum fuerit, quod illud plus non possit auferri ab emphiteota per dominos a quibus ipsae res tenebuntur ; sed quod per emphoteotam pro illo pluri persolvat oblias debitas et consuetas in dicta villa. Les mêmes dispositions sont reprises à Solomiac et Revel.

[134]

Cazauran, 1888, p. 118 : Item concedimus habitantibus dictae villae aut in posterum habituris, quod si forte in donationibus suis, terris eis traditis et (?) se tenere plus debito invenirentur post novam operationem quam tendit aut habebit (?) illud plus libere teneat et possideat sicut donationem suam, solvendo exinde domino feodali arriera capita et censum debitum in instrumentis, secundum ipsius terrae quantitatem.

[135]

Barckhausen, 1877, p. 75 : e aquo es en la boluntat del senhor, si o bol retener o laissar.

[136]

Verlhac-Tescou (Tarn-et-Garonne), 1306, Vacquie, 1842-1844, p. 330 : Per raso de sobre pagella e de sobre mesura en tant que las dictas terras o possessions daras en avam ne las pagelan o mesurar eu degnu faysso lo senhor o autre per el lo se convenga per que demande degut a tam de pagella o sobre pagella. Mes tant solamen loces o las oblias a costumas das.

[137]

Agen (Lot-et-Garonne), fin du xiiie siècle, Barckhausen, 1890, p. 256-257.

[138]

Blade, 1864, p. 249 : En las terras ho possessions que les habitans deu dit loc e de las pertiensas daquet non se trove segun la perche que los ditz habitans deu dit loc aien lo compliment de las ditas terras et possessions et las caus tien e recognossen deu dit seynhor a tenir ab instrument, ho ab instrumens publix, quet sia tiengut a lor restituir so que falhyra e si plus se trobe segon la dita perche, que aquet plus sia au dit senhor sia tiencut de prene en aquera partida que sera ses hediffici, ho vinha e que comete a percha en loc hom prume sera pres.

[139]

Fonsorbes (Haute-Garonne), 1205, Du Bourg, 1872-1873, p. 346 : Et qui plus vel minus ibi habebunt ultra I aripentum aut minus debet dare oblias et dominaciones eadem ratione.

[140]

Hautefeuille, 1998, p. 251.

[141]

Cursente, 1998a, p. 241, n. 77, donne toutes ces références et rajoute qu’en Savoie également le système de la toisée était en vigueur.

[142]

Ribouisse (Aude), 1271, Devic et Vaissette, 1872-1904, t. viii, col. 1725.

[143]

Dans la Bourgogne du xive siècle, Richard, 1963, p. 246, n. 5, rappelle la redevance pour la maison dont chaque perche de large doit 10 sous, au xve siècle.

[144]

Hautefeuille, 1998, p. 257.

[145]

Lavigne, 2002, p. 43, l’indique fort bien lui-même après les travaux de Benoît Cursente sur ce procès-verbal.

[146]

Portet, 1995, p. 203.

[147]

Gent, 1993, p. 200.

Résumé

Français

Les chartes de coutumes informent sur les pratiques de l’arpentage, mais à travers les dispositions normatives. Notaires, percheurs et agrimenseurs apparaissent peu mais allient technique vivace, méthode et bonne foi. Les indications sur les mesures sont insuffisantes pour évaluer la morphologie agraire tant les perches sont multiples. L’arpentage est au service d’autres intérêts : organiser le prélèvement seigneurial sous le contrôle vigilant des communautés. L’espace lui-même est devenu une catégorie comptable quantifiable, entraînant des règles de proportionnalité, une rationalité nouvelle. Les grandes rivalités seigneuriales et royales, les innombrables opérations de peuplement se sont montrées soucieuses d’une intervention organisatrice de l’exploitation économique.

Mots clés

  • arpentage
  • chartes de coutumes
  • mesure
  • Midi
  • perche

English

Customary charters provide information on land surveying, but only from a normative perspective. Notaries public, polemen and agrimensors were rarely mentioned, but were credited with speedy techniques, a systematic approach and personal honesty. We cannot piece together any more the morphology of the land from existing sources, because of the variety of perches used. Surveying was focussed elsewhere, on organizing seignorial levies under the vigilant control of the communities. Space itself became a quantifiable accounting category, which brought about proportionality rules and a new rationality. Both the major seignorial and royal rivalries and the countless settling enterprises expressed an interventionist, organizing approach to economic operations.

Keywords

  • customary charters
  • perch
  • Southern France
  • measurement
  • surveying

Plan de l'article

  1. Le champ de l’étude
  2. Borner, mesurer, arpenter : le vocabulaire
    1. Du bornage à la mesure
    2. Arpenter
  3. Percheurs et agrimenseurs : un groupe et ses pratiques
    1. Quelques figures
  4. Des compétences
    1. Un corps professionnel ?
    2. Un travail rémunéré ?
  5. Institution, conservation et contrôle des mesures
    1. Vieilles et nouvelles limites : la mémoire de l’arpentage
    2. Les protagonistes
    3. Le rôle des consulats
  6. Terroirs, lots et parcelles : comment mesurer ?
    1. Une unité : la place
  7. Perche et arpent : mesure matérielle et représentation
    1. L’outillage conceptuel des contemporains
  8. Mesurer, remesurer !
    1. La quête de la rationalité par la proportionnalité

Pour citer cet article

Mousnier Mireille, « Mesurer les terres au Moyen Âge. Le cas de la France méridionale », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2004 (Vol. 22), p. 29-63.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2004-2-page-29.htm


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