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Histoire & Sociétés Rurales

2005/1 (Vol. 23)


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On sait depuis longtemps que le maïs, qui a fait la réputation de la Bresse à travers ses volailles, fut cultivé relativement tôt dans cette plaine aux conditions physiques propices. Dès que s’ouvrent les cotations conservées, en 1625 – la même année qu’Udine, en Vénétie –, la mercuriale de Louhans en fait état [1][1] Ponsot, 2001.. L’historien et homme politique de cette petite ville qu’était Lucien Guillemaut en avait même déduit avec lucidité que la céréale américaine avait dû être introduite dès l’orée du xviie siècle.

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Dans le cadre d’une recherche sur l’histoire rurale des pays de Bresse menée depuis les années 1980, la chronologie s’est précisée. Des jalons sont apparus, qui se sont rapidement multipliés à partir de la première mention retrouvée (1612). Sur les conditions de l’arrivée de la nouvelle plante dans la région, on ne sait presque rien. L’enjeu est pourtant d’importance, car s’il n’a pas provoqué à lui seul une « révolution agricole », comme on l’a parfois soutenu, le maïs a eu d’incontestables effets à plus ou moins long terme sur les systèmes d’occupation du sol, les pratiques et le calendrier des cultures, l’élevage des volailles puis des gros animaux, et en bout de course sur l’alimentation humaine.

Un dossier réouvert

Les vertus du maïs

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Dès 1740, la Nouvelle Maison Rustique signale le succès du maïs en Bresse :

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« Son grain se réduit en farine […] pour faire du pain […] et de la pâte pour engraisser les chapons ; c’est pour cela que les Bressans en ont de si gras et en si grande abondance ; car on voit dans ce pays-là des champs tout remplis de cette sorte de bled » [2][2] Liger, 5e éd., Paris, 1740, p. 607 et suiv. Remarques....

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De son côté, en 1785, Parmentier – qui le nomme encore « blé de Turquie » – affirme qu’« il est cultivé en France dès le règne de Henri II », en se fondant sur la vieille Maison Rustique d’Estienne et Liébault ; il ajoute que « depuis nombre d’années, c’est une des productions les plus importantes de Bresse » [3][3] Parmentier, 1812.. Au même moment, Arthur Young le félicite d’avoir fait disparaître la jachère dans le sud de la France [4][4] Cité par Parmentier, ibid, article 7, qui approuve. En tous cas il a fortement contribué à « une meilleure rentabilité de l’exploitation », estimait Jean Jacquart [5][5] Jean Jacquart in Histoire de la France rurale, t. 2,.... Dès la fin du xvie siècle son pouvoir de substitution aux vieilles céréales panifiables pendant les crises de subsistance a été reconnu en Italie, et en France au milieu du siècle suivant, comme à Toulouse [6][6] Ibid.. Mais gare aux excès : d’après certains témoignages sa culture atteignit en Languedoc les limites du profitable, de la « bonne économie », dès le début du xviiie siècle [7][7] Le Roy Ladurie, 1966, p. 71..

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Un tel succès ne pouvait qu’exciter les détracteurs. Parmentier insinue qu’ils sont mus par « les seigneurs décimateurs et leurs fermiers » car ce grain n’était pas sujet à la dîme à l’origine. On l’accuse de nuire aux récoltes des plantes qui lui succèdent, d’épuiser les sols, et même d’avoir des effets néfastes sur la constitution des hommes : « C’est la culture des pauvres mais c’est une pauvre culture qui fait des nains », argue un Franc-Comtois en 1766 [8][8] Cité par Gay, 1984, p. 83 (sans mentionner l’auteu... !

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On a pas encore bien mesuré l’impact du maïs sur l’agriculture en France. Il est cependant assuré qu’en Languedoc, d’après Léon Faucher, comme en Bresse selon ceux de Jean Rubin, son introduction a permis au moins une autre agriculture et une autre consommation dès le xviie siècle [9][9] Faucher, 1934 ; Rubin, 1997..

L’ancienneté du dossier bressan

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D’après les données connues à ce jour, on peut nettement vieillir la chronologie de la diffusion du maïs en Bresse (tableau 1).

Tableau 1 - Premières attestations de « turquis » trouvées en BresseTableau 1
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Les trois premières références (« avant 1600 », 1601 et 1603) nécessitent une explication. « Le turqui est cultivé depuis 120 ans seulement dans le pays », déclarait le curé de Saillenard entre 1700 et 1717, dans une pièce de la procédure citée par un Journal de la cure au xixe siècle. Robert Michelin a vu le document dans les années 1980 mais il a disparu depuis. Dans ses pages consacrées à l’alimentation des malades de l’Hospice de Bourg-en-Bresse en 1932, Eugène Dubois estime que « le maïs ou plutôt la farine jaune apparaît dès 1603 » car il ne l’a pas vu figurer au xvie siècle. Selon cet historien des pays de l’Ain, « l’usage des gaufres de sarrasin n’existait sûrement pas encore à cette époque ». Sa référence est vague : un « mémoire de la dépense de bouche ». Les papiers de l’Hôtel-Dieu sont conservés maintenant par les Archives municipales [10][10] Dubois, 1932, p. 175. Je remercie Élisabeth Roux, directrice....

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Le premier compte conservé couvre la période août 1603-Noël 1605 ; effectivement dans les recettes figurent « six coupes de turquis », et dans les dépenses « une coupe de turquis » [11][11] Dossier e 17. ; en décembre 1604, après avoir acheté un porc le recteur porte en dépense en nature « trois coupes de seigle, trois d’orge, une de febves, une de turquis, le tout mis en farine pour la nourriture du pourceau » [12][12] Article 122.. Le turquis en recette ne peut provenir que des domaines de l’établissement, dont les comptes sont mélangés avec ceux de l’hospice proprement dit, comme il est expressément indiqué pour le froment et le seigle. Le turquis en dépense est le même, entrée et sortie, il n’y a pas de mentions d’achats de grains à l’extérieur. Mais ce compte est synthétique, un résumé de la comptabilité remis par le recteur aux syndics de la ville ; il renvoie pour les détails et les pièces justificatives à un « journal des dépenses », qui ne figure plus dans les archives, mais que Eugène Dubois a probablement pu consulter [13][13] Ces archives ont été expurgées ou partiellement perdues.... Nous devons donc nous passer des précisions désirables : provenances, dates, nature exacte, etc. Enfin, Denise Turrel, dans sa thèse sur Bourg-en-Bresse au xvie siècle, en étudiant une « visite de greniers » (en fait de maisons) en mars 1601, mais seulement par sondage, n’avait pas trouvé de turquis dans la liste des denrées conservées [14][14] Turrel, 1986, p. 154-155 et p. 156, note 13..

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En fait, parmi les quatre « rôles » figurant dans le dossier, on trouve le cahier des hostes des Logis, dans lequel ce terme apparaît quatre fois : Henry Lallemand en a 7 coupes (à côté de 8 de millet), Tamisier 4 ou 5 coupes (mais 25 de febves), Jean Ryvet 3 coupes (12 de seigle), Claude Jaquet bat le record avec 12 coupes « qu’il a dit appartenir à son grangier » – son métayer –, si bien que son domaine a dû en récolter le double (mais 30 de seigle, 10 de millet) [15][15] Arch. mun. Bourg-en-Bresse, cc 71 ; pas de turquis....

Quelques commentaires

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Le tout début du xviie siècle fournit bien les premières attestations de la présence d’un nouveau grain. La référence à la fin du xvie siècle, vers 1597 théoriquement, n’est qu’une déduction à partir d’un témoignage postérieur, qui renvoie à une source que je n’ai pas encore retrouvée (un procès sur dîme du début du xviiie siècle). Mais le tir groupé à partir de 1608 ne laisse guère de doute.

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Les quatre premières mentions se rangent sous le vocable turquis ; c’est le mot qui a perduré jusqu’à nos jours dans le patois de toute la Bresse bourguignonne et dans une partie de la Bresse savoyarde ; nous reviendrons sur le problème de dialectologie que pose ce terme.

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Par ailleurs, comme un temps de familiarisation est nécessaire avant que des documents écrits consignent une nouveauté [16][16] Curieusement, les représentations graphiques peuvent..., il est vraisemblable que c’est dans les dernières années du xvie siècle que le « turquis » est arrivé dans la plaine de la Saône. L’inventaire des domaine des Ridet, laboureurs de Montpont-en-Bresse, en 1612 et 1614 (nos 10 et 12), est particulièrement probant car il nous montre « le bled turquis » présent à la fois en plein champ, sur une surface non négligeable, et dans la maison, en farine « pour faire du gasteau pour la nourriture du ménage » [17][17] C’est-à-dire du pain, le mot a perduré en patois local.... De plus, on le distingue alors bien du « panil », du « millet », et aussi du « panay » – ce qui était plus facile car c’est une racine. Or les laboureurs montponnais, et autres bressans, ont dû avoir besoin de plusieurs années pour apprendre à cultiver et à utiliser le nouveau venu. C’est donc bien au début du règne de Henri IV, en dépit des troubles consécutifs aux dernières guerres de Religion, qu’une graine nouvelle est venue lancer, ou relancer, l’élevage de la poule et du poulet, qu’ils soient destinés « au pot », au four ou à la broche.

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Localisons toutes ces données pour poursuivre l’analyse. La carte suggère les chemins que la plante a pu emprunter pour sa diffusion à travers le pays (carte 1).

Carte 1 - Premières attestations de «turquis» rencontrées en Bresse (1600-1651) Carte 1
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Aucune mention n’a été découverte pour cette période dans la Bresse au nord de la Seille, mais ce silence n’est pas une preuve, les actes du début du xviie étant très rares dans cette contrée. Ce n’est peut-être pas un hasard si les dates les plus anciennes correspondent à celles du Val de Saône. La densité relative des mentions à l’Est, le long du rebord du Jura, a peut-être une signification. Enfin constatons que les dates sont très proches dans les deux Bresses, ce qui interdirait de supposer une progression du Sud vers le Nord et fragilise l’hypothèse lyonnaise.

Problèmes généraux

Les mystères de la chronologie

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Comment insérer le maïs bressan dans une chronologie large, française et européenne ? Depuis son point de départ colombien et sévillan de 1492, la céréale nouvelle remonta la péninsule Ibérique vers le nord, essentiellement en suivant les deux côtes, l’atlantique et la méditerranéenne [18][18] L’examen des témoignages disponibles montre que Colomb.... Pratiquement en même temps elle gagna l’Italie – les relations maritimes étaient intenses, il est facile d’imaginer les supports – et tout le Bassin méditerranéen [19][19] Hémardinquer, 1973.. Sa diffusion dans les deux péninsules a donné lieu à des travaux, elle est donc relativement bien documentée, même s’il reste des zones d’ombre [20][20] Voir les travaux de Perez García, 1978 et 1990 (mais.... Elle est connue en Catalogne dès 1520, alors qu’elle piétine sur la côte atlantique, n’atteignant les Asturies qu’en 1591, la Galice littorale et le Pays basque vers 1600 [21][21] Des dates beaucoup plus précoces ont été avancées par.... Les Romains ont pu la voir représentée aussi tôt qu’en 1518, et les Vénitiens la cultivaient déjà en 1539.

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En France, en revanche, les recherches ont été tardives et lentes et aucune bonne synthèse n’est encore disponible ; la connaissance rigoureuse a été entravée par des affirmations hasardeuses qui ont malheureusement fait autorité [22][22] Il a fallu toute la ténacité de Jean-Jacques Hémardinquer.... En tout cas, dans l’état actuel des travaux, le maïs n’a frappé aux portes pyrénéennes du royaume, côté atlantique, qu’à la fin du premier tiers du xviie siècle, au Pays basque, et côté méditerranéen en Roussillon-Languedoc maritime à une date mal déterminée mais probablement encore plus tardive. À l’intérieur, en Languedoc toulousain, on le voit cultivé dans les années 1630 ; de là sa progression vers le nord a été très lente, buttant sur le rebord méridional du Massif central jusqu’à la fin du siècle [23][23] Pour cette région que le maïs colonisera fortement....

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Or, même aux dates les plus précoces dont on soit sûr (Bayonne, 1630 ; Castelnaudary, 1637), il avait déjà pris pied depuis deux ou trois décennies dans les plaines méridionales de la Saône. Il faut donc bien lui chercher d’autres voies de pénétration en Bresse, une fois écartée celle du Sud-Ouest, à saute-mouton sur le Massif central. L’exercice est difficile car les témoignages sont rares. Cependant, la voie du Sud-Est, ou rhodanienne, n’a pas été explorée ; or théoriquement, par Marseille et d’autres ports français en rapport avec la Catalogne, la plante a pu remonter dès le xvie siècle la vallée du Rhône. Cette géographie historique délicate à établir a empêché la réalisation d’une véritable synthèse nationale.

Le piège des mots

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Comment identifier la plante ? Les sources sont connues. Ce sont d’abord les médecins « herboristes » de la Renaissance et, moins nombreux, du xviie siècle. Des spécialistes comme Hémardinquer en France et Finan aux États-Unis ont étudié leurs écrits, mais le piège réside dans la nomenclature et l’imprécision des descriptions : quelle plante, et sous quel nom, sachant que le terme « maïs » n’est pas employé avant le xviiie siècle, et encore pas partout ? Le maïs se confond avec d’autres plantes importées plus ou moins récemment. Seule la présence de gravures permet parfois une identification. Il est imprudent de trop demander à ces textes anciens, et d’ailleurs les travaux qu’ils ont suscités en ont probablement tiré l’essentiel. Le texte du médecin (lyonnais d’origine, ligérien de résidence) Bruyerin-Champier illustre bien ces ambiguïtés ; de même que la description du « grain de Turquie » par Olivier de Serres, que j’ai remise en cause [24][24] Ponsot, 2003..

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Il faut donc recouper et compléter cette première source par d’autres, surtout les actes notariés de la fin du xvie siècle et du début du xvii e, la période cruciale ; mais aussi les procès au sujet des dîmes. Ces derniers n’ont malheureusement laissé que de rares pièces explicites dans les archives des bailliages, comme le montre le cas de la Bourgogne du Sud [25][25] Trop souvent seule la sentence est conservée, pas les.... Quant aux minutes, elles sont beaucoup plus abondantes et plus riches, et recèlent peut-être la clé du mystère. Toutefois, leur exploitation exige un travail considérable, car il est impératif de lire tous les actes et de le faire entièrement. En effet, la plante peut se cacher dans n’importe quel type d’acte, de l’inventaire au contrat de mariage [26][26] Elle a été trouvée dans une « compensation » par un..., des prêts ou obligations aux quittances, aux accords et transactions, si bien que la productivité de ce gros travail est faible. De plus, les actes notariés recèlent encore un écueil : celui des appellations qui ne sont pas… « d’origine » ! Sous la plume du notaire tout comme sous celle des « herboristes », comment identifier la plante, le grain, la petite graine ? Toutes ces curiosités botaniques empruntent des noms variables dans l’espace et le temps, souvent vernaculaires, patoisants, ou fantaisistes.

Une hypothèse : la voie italienne

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Le maïs est très probablement arrivé en Bresse dans les toutes premières années du xviie siècle, voire les dernières du xvi e, et l’hypothèse la plus vraisemblable quant à sa provenance est celle de l’Italie, via Lyon ou les vallées savoyardes. La précocité de l’implantation ne s’explique certes pas par l’environnement, mais celui-ci a sans doute favorisé la réussite. Les conditions naturelles ne sont pas à négliger : le vieux maïs, antérieur à l’arrivée des hybrides en 1950, aimait les sols profonds même un peu lourds comme les argiles bressanes, et les étés chauds et humides ; les paysans bressans bénissaient donc les pluies d’août, fréquentes. Les conditions économiques jouent également : la production ayant longtemps été consommée sur place, par les hommes comme par les animaux, le commerce a joué un rôle négligeable, les villes des alentours n’appréciant guère la nouvelle céréale. Les conditions culturelles enfin : les Bressans du Moyen Âge et du xvie siècle étaient habitués aux « petites graines », que l’on pilait au lieu de les moudre : orge, millet (le pillé), panil ; le nouveau venu était plus gros et exigeait la meule, mais lui aussi était apte à la fabrication des bouillies traditionnelles. Ce petit pays n’avait cependant pas l’exclusivité des conditions favorables à l’implantation. Les pays de la Garonne, la plaine d’Alsace, les basses terres de la Franche-Comté, le val de Loire avaient à peu près les mêmes atouts ; ils ont en effet accueilli la nouvelle plante, mais un peu plus tard semble-t-il, et c’est ce qui pose le problème.

L’énigmatique « turquis »

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Cependant, au fur et à mesure de la multiplication des mentions une difficulté lexicologique s’est levée et accentuée : qu’est-ce au juste que ce « turquis » ? Eugène Dubois n’hésitait pas : pour lui c’était du maïs ; mais il a cependant conscience du doute possible puisqu’il tient à l’écarter en affirmant que « le sarrasin n’existait pas encore ». En 1610, l’appellation « gros panis de turquis » semblait avaliser l’identification au maïs. C’est bien le terme le plus répandu en Bresse, mais depuis quand ? A-t-il pris la place d’un vocable plus ancien ? Surtout, « turquis » a-t-il pu désigner primitivement le sarrasin ?

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Les linguistes ont mis en lumière cette ambiguïté dialectale qui a duré pendant un bon demi-siècle, de la fin du xvie au premier quart du xviie. Un examen plus approfondi de ce problème linguistique fait ressortir des arguments contradictoires. En faveur du sarrasin, sa désignation par l’expression « blé de Turquie » dans différentes régions de France. On la trouve aussi précocement que vers 1508 dans les Heures d’Anne de Bretagne au-dessus d’un dessin explicite ; mais ce terme n’a pas survécu en Bretagne et dans tout le Massif armoricain et ses marges où l’appellation commune fut par la suite (à compter du xvie siècle ?) « blé noir » [27][27]  Hémardinquer, 1964 ; la légende « blé de Turquie »....

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Il en est de même, tout près de la Bresse, dans une petite partie de la Franche-Comté [28][28] Franconie, 1997.. Dans le patois de la Bresse savoyarde le sarrasin est la trequeilla alors que le maïs est généralement lou pane[29][29] Curieuse différence de vocabulaire pour deux parties.... Le premier terme est celui qu’emploie le grand poème en patois bressan (celui de Pont-de-Veyle plus précisément) de Bernardin Uchard, le Guemen d’on povro labory de Breissy, rédigé en 1614, au moment même où le maïs se répand dans le pays : les paysans mangent des « goffro d’enterquia » qui ne peuvent être que de sarrasin [30][30] Au vers 268 ; la préparation en gaufres lève l’équivoque,.... Insistons sur le terme pane : la Bresse savoyarde est la seule (petite) région à désigner le maïs par ce mot en France ; or il est on ne peut plus pertinent, les linguistes ayant établi depuis longtemps que les nouvelles plantes ont pris le nom de celles auxquelles elles se sont substituées, et en Bresse le maïs a supplanté (partiellement) le millet et surtout le panil, lou pane[31][31] Franconie, 1997 et 1998..

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En sens inverse, les arguments ne manquent pas pour identifier le turquis au maïs. D’abord c’est l’appellation populaire qu’il a conservée dans les dialectes de tout le Centre-Est, y compris la Bourgogne et sa partie bressane [32][32] Martin et Tuaillon, 1971 ; Taverdet, 1975.. Ensuite, Eugène Dubois a probablement eu raison d’affirmer que le sarrasin n’existait pas encore en Bresse en 1603 : il n’a été attesté que dans de rares documents, sous une forme explicite (« sarrasin », « blé noir »), avant le milieu du xviie siècle, par exemple à Romenay en 1613 (annexe, n° 10), et pas avant 1625 dans la mercuriale de Louhans, bien distingué du « turquis ». Michel Nassiet place au xviie siècle ou même au xviii e (dans la vallée du Rhône par exemple, lieu névralgique) l’époque de la diffusion du blé noir, en dehors de son « berceau armoricain » [33][33] Nassiet, 1998.. Toutefois, il ne mentionne pas le travail d’Hémardinquer, qui établissait la présence probable du sarrasin dans la région lyonnaise dès le xvie siècle : il y a d’abord ce texte controversé du médecin d’origine lyonnaise Bruyerin-Champier, qui décrit en 1560 un « blé de Turquie » qui semble bien être du sarrasin [34][34]  De re cibaria, Lyon 1560, v 23 ; trad. du latin par.... Puis un passage des Contes et discours d’Eutrapel, de Noël du Fail, qui mentionne en 1585 l’envoi de Lyon à Rennes « d’un fardeau de bled noir appelé en aucuns lieux froment noir ou sarrasin » [35][35] Cité in Hémardinquer, 1964. La fausse identification.... Enfin Hémardinquer avait trouvé des documents probants dans les archives du Lyonnais et du Dauphiné : un arrêt judiciaire de 1550 mentionnant « des millets et blés appelés sarrasins » dans la vallée du Rhône en amont de Lyon, et un procès sur les dîmes en basse Isère attribuant au début des années 1620 le développement [sic] de la nouvelle culture. Remarquons dans le dernier extrait fourni en annexe, celui de Viriat en 1651 (n° 21), la très intéressante distinction entre le « turquis noir » ou « sarrasin » et le « gros panil » qui désigne le maïs et laisse supposer un « turquis jaune »… effectivement rencontré à Romenay mais un siècle plus tard, à côté du « noir » [36][36] Arch. dép. Saône-et-Loire, minutes Lallemand, Romenay,....

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Il est délicat de trancher, il nous faudrait pour cela disposer de beaucoup plus de mentions textuelles non ambiguës, mais s’il fallait prendre position j’inclinerais en faveur de l’identification du maïs derrière le turquis, car les arguments en faveur du sarrasin me semblent plus beaucoup moins forts. Mais le dossier est loin d’être fermé.


Annexe

1 - 25 juillet 1608 - Obligation

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Source : Arch. dép. Ain, minutes Chavy, notaire à Feillens, 3 e 12621.

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« Philibert et Jacques Lay, frères, de Felliens, doibvent in solidum ou autre debt ut sup à hon[este] Claudine Gonod, dudit lieu présente, six coppes de froment, trois coppes febves, six coppes de turquys et cinq livres tournoys et cest [tant ?] ledit bled pour prest et ledit argent pour vente de larg gras heu et reçu comme ont dit contantes, payables in solidum comme dicte est dans la prochaine feste de Toussaint […].

30

Faict audit Felliens en la maison de ladite ordonante […]. »

2 - 1er janvier 1609 - Cession de cense

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Source : Arch. dép. Ain, minutes Retis, notaire à Feillens, 3 e 12551, f° 170v.

32

« Antoine Collas, dit Painet, tuteur de Jean Collas, fils de feu Claude Collas des Guillemot et de feue Claudine Pernet mère dudit pupil a remis les biens de ladite cense [acte précédent : « du meix dudit pupil »] à François Myret de Nopale […] à charge de payer à la rate et temps d’icelle cense […].

33

En marge : ladite mère a payé une coppe seille, cinq coppes millet et cinq coppes turquis à bon compte du jour de Saint-Martin dernier passé, le 27 mars 1610. »

3 - 25 janvier 1610 - Obligation

34

Source : Arch. dép. Ain, minutes Gerey, notaire à Saint-Nizier-le-Bouchoux, 3 e 32148, (anciennement aux Arch. dép. Saône-et-Loire).

35

« Pierre Arnollet, alias Manet, laboureur de Molleyssiat, pour lui et ses communiers ( ?) confesse debvoir à Guillaume fils de Philibert Burtin de Saint-Nizier laboureur quinze coppes seille, trois coppes de gros panil turquis, trois [et moitié ?] coppes panil sec et trois coppes d’orge vernonge, bon bled à la mesure de Saint-Trivier, pour cause de vrai et juste prest […] dont payables oblige sa personne et biens dans la St. Barthelemy prochaine venant […] Fait chez Claude Theveliod ( ?) hoste à Molleyssiat […]. »

4 - 24 février 1610 - Quittance

36

Source : Arch. dép. Saône-et-Loire, minutes Griffan, notaire à Louhans, 3 e 525.

37

« Denise Roussel, veuve de George Beurdin, de Gruay près Louhans, et Pierre Roussel son fils gendre dudit Beurdin confessent avoir reçu de Misard ( ?) Beurdin son beau-fils 90 livres, soit 60 livres pour ses droits et deniers et 30 livres de pension lui constituée en deux quartaux et une mesure de grains par son mari en leur traité de mariage et en son testament, les grains savoir dix de bled quatre de turquis deux cards [quarts] d’orge, mesure de Louhans […]. »

5 - 1er août 1610 - Grangeage

38

Source : Arch. dép. Saône-et-Loire, minutes Alliod, notaire à Condal, 3 e 4639.

39

« Girarde Beauvièvre, veuve d’hon[neste] Loys Vaneaul, en qualité de tutrice de Albert et Loys Cupilard, donne pour trois ans à Claude Paral de la Varodière ses biens sis au dit lieu plus les terres des Costes et le Curtil Baron sises à Varennes-Saint-Sauveur, à moitié fruits fors du bled de Turquis et panyl seulement un tiers au laissant et deux-tiers au reteneur, plus le chevesne mâle pour les cordages au reteneur […].

40

Fait et passé à Varennes maison de ladite Vaneaul. »

6 - 22 octobre 1610 - Grangeage

41

Source : Arch. dép. Saône-et-Loire, minutes Alliod, notaire à Condal, 3 e 4639.

42

« Loys Aymard, fils de feu honnête Aymard, mercier de Saint-Amour, remet pour six ans à Jehan Mareschal de Saint-Sulpice une grange rière Condal dite le meix Desboz, à moitié fruits fors du panyl et turquis desquels le laissant n’aura que de cinq mesures deux et le chevesne mâle au retenant pour les cordages […]. »

7 - 2 novembre 1610 - Obligation

43

Source : Arch. dép. Ain, minutes Gerey, notaire à Saint-Nizier-le-Bouchoux, 3 e 32148

44

« Antoine Pierre Bonier, laboureur de Molleyssiat, paroisse de Saint-Nizier, reconnaît debvoir à Guillaume Burtin, laboureur de Saint-Nizier, son maître, quatre coupes de seille, une de froment, une de febves, huit de panil, partie gros, partie petit, mesure de Saint-Trivier […]. »

8 - 14 janvier 1611 - Traité de mariage

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Source : Arch. dép. Ain, minutes Berthod, notaire à Cormoz, 3 e 870, fos 162v à 165v.

46

« Jean, fils de Benoit Joffay, dit Pernet le Jeune, de Bernoux, paroisse de Pirajoux, et Philiberte, fille de feu Denys Veras ( ?), de Quinta, paroisse de Foissiat. Se constitue la future ses biens en commandise et en argent et obligation jusqu’à la somme de 107 livres, plus sa mère Clauda Forest lui constitue 40 livres, une vache et tous ses meubles, à charge par les futurs de l’entretenir et nourrir avec eux, servir et honorer comme enfants sont tenus faire à père et mère, et ou elle ne voudrait demeurer avec eux dans ce cas lui bailler sa vie durant douze coupes de froment, six de seigle, trois de panis [panil ?] et trois coupes de panis turquis ou de millet au choix desdits époux […] plus encore donne ladite mère une jugne de six livres […]. »

9 - 8 mai 1612 - Inventaire

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Source : Arch. dép. Saône-et-Loire, minutes Febvre, notaire à Montpont, 3 e 4479.

48

« Au village de Denizay en la maison de feu Anthoyne Ridet […] en la cause testamentaire entre Jean Ridet fils dudit feu Anthoyne héritier institué par son testament et Denise et Benoiste sœurs légataires et héritières particulières fut dit et ordonné par le lieutenant général en la Cour de la chancellerie de Chalon que […] inventaire soit faict par moi [notaire] des biens délaissés […] et mettre en vendaige tous lesdits biens meubles […]. Sur le grenier estant du costé de bize se soit trouvé un arche de bois de chasne […] dedans lequel se soit trouvé trois quartaux froment que ledit Jean Ridet a dit avoir vendu […] pour le prix de onze livres le quartau rendu à Tournus […]. Item un tonneau plein de froment contenant un quartau aussi vendu pour le prix de onze livres. Item trois tonneaux plains de pany non baptu estimé huit livres. Item une benne de paille estant pleyne de pany baptu estimé quatre livres. Item un tonneau plain de febves estimé cinq livres. Item un autre tonneau dans lequel se sont trouvé quatre couppes de froment estimé cinquante six sols. Item un autre tonneau dans lequel se sont trouvé environ trois couppes de yer estimé quarante huit sols […]. Item dedans un autre arche se sont trouvé trois couppes de voisses estimées onze sols la couppe […]. Item environ deux quartaux de farine de gasteau demeuré pour la nourriture du ménage […]. Item une fillette dedans laquelle se sont trouvé environ trois couppes de pilé estimé quinze sols et demi la couppe […].

49

S’ensuit la déclaration des meix maison et héritages délaissés par ledit Ridet […]. Item la pièce du curtil proche les maisons contenant la semée de deux couppes ensemencée de febves. Item une pièce de terre contenant la semée de deux couppes ensemencée de blandonne. Item une pièce de deux couppes ensemencée de poix et de voisses. Item deux pièces de terre l’une après l’autre appelées le Grand et le Petit Vernay contenant en tout deux couppes et demi ensemencées par ledit Ridet de bled turquys […]. Item une pièce contenant la semée d’une couppe ensemencée d’orge […]. Item une pièce contenant six couppes de semée ensemencée en partie de panys et le reste en labeur […]. »

10 - 14 novembre 1613 - Grangeage

50

Source : Arch. dép. Saône-et-Loire, minutes Guillemod, notaire à Romenay, 3 e 35282 f° 203v.

51

« Me Abraham Hostellet, notaire et praticien de Romenay, donne pour quatre ans à hon[neste]. Loys Parnin, hoste et bourgeois de Romenay, la grange Hostellet sise aux Barres, à moitié fruits se partageant à la coppe incontinent après le battage […] et ne pourra ledit Parnin prendre de l’ensemencement de ladite terre aucun turquis, panil, millet et bled sarrazin […]. »

11 - 18 août 1614 - Inventaire

52

Source : Arch. dép. Saône-et-Loire, minutes Febvre, notaire à Montpont, 3 e 4479.

53

« Moi, notaire suivant la volonté et ordonnance de feu Pierre Ridet, de Denizet, par son testament […] m’estant acheminé au village dudit Denizet maison des hoirs dudit Ridet en présence de Me Danyel Clerguet procureur d’office audit Montpont aux fins de procéder à l’inventaire des biens meubles délaissés […] en présence des prudhommes appelés pour l’estimation […]. En la chaintre Androz a été ensemencé la semée de deux couppes febves. Item en un autre champ il y a du panys à la quantité d’une couppe de semée. Item audit champ la semée d’une mesure de voisses. Item la semée de la quantité d’une couppe de froment turquis […]. »

12 - 5 février 1616 - Obligation

54

Source : Arch. dép. Ain, minutes Gauthier, notaire à Saint-Trivier-de-Courtes, 3 e 21143.

55

« Michel et Jehan Curveur, laboureurs de Montmorin, à présent résidant à Sonsville, paroisse de Saint-Trivier, confessent devoir […] à Me Claude Chevallier, praticien dudit Sonsville, […] assavoir la quantité de dix moitieres et deux coppes froment, trois moitieres cinq coppes et demi de seigle, huit coppes d’orge, six coppes de petit panil, six coppes de febves, trois coppes de voysses, trois coppes panil de turquis, quatre coppes de graine de chevesne, le tout mesure de Saint-Trivier, beau bled loyal marchand et recepvable, et quatre livres et demi de laine. Et c’est pour juste et loyal prest leur en fait en devant, ce qu’ils disent et confessent contents et quictent et créent pacte. Le dit bled pour ensemencer les terres de la grange dudit créateur où résidaient lesdits confessants l’année dernière et pour leur nourriture […] Payable le tout en paix dans la Saint Barthelemy apostolique prochaine […]

13 - 1616 - Dîme du maïs

56

Source : Gaspard, 1843, p. 503.

57

« Le monastère est gros décimateur de […] Chapelle Naude, Condal, Sainte-Croix, Cuiseaux, Dommartin, Flacey-en-Bresse, Joudes, Varennes-Saint-Sauveur, Frontenaud, Champagna […] lève aussi la menue dîme, celle des grabadis, sur les grains semés au printemps sauf avoine : orge, millet, panis, sarrasin, chanvre,vesces, fèves, poix, lentilles, et le maïs ou blé de Turquie depuis la fin du xvie siècle ou le commencement du xvii e, car on lit qu’en 1616 les habitants de Flacey furent condamnés à en souffrir ou à en payer la dîme. »

14 - 1619 - Inventaire

58

Source : Gaspard, 1840, p. 42.

59

« J’ai trouvé dans un inventaire fait à Huilly en 1619 l’estimation d’une assez grande quantité de turquin et de farine de turquin. Dès lors, je n’ai pas été étonné de retrouver le turquis ou le turquet cultivé en grand et déjà assujetti à la dîme pendant tout le xviie siècle dans un très grand nombre de communes de l’ancienne Bresse chalonnaise et de plusieurs autres de la Franche-Comté voisines de Cuiseaux. »

15 - 5 février 1620 - Mariage

60

Source : Arch. dép. Saône-et-Loire, minutes Febvre, notaire à Montpont, 3 e 4480.

61

« Codicille au traité de mariage du 30 décembre 1618 entre Guillaume Rigoudier, du Meix Belon, paroisse de Montpont, et Jeanne Corlin, veuve de Jean Loisy, de Grannoz, paroisse de Sornay : pension de survie à la veuve de deux cartaux de froment mesure de Louhans, deux mesures de febves, deux mesures de poix, deux mesures de turquis , deux mesures de millet, deux fillettes de vin, six livres en argent, un porc ou douze livres, quatre pintes de sel, six soillons de chevesne, et pour sa retraite la chambre blanche à contrebise de la maison […] le choix de deux vaches par elle après que les héritiers en auront choisi deux. »

16 - 1625 - Sentence

62

Source : Gaspard, 1858, p. 228.

63

« Un jugement de la Justice de l’abbaye du Miroir en 1625 oblige les habitants de Flacey à payer la dîme du maïs. »

17 - 12 novembre 1637 - Grangeage

64

Source : Arch. dép. Saône-et-Loire, minutes Burdin, notaire à Louhans, 3 e 4406 (dans un compte du 28 janvier 1649).

65

« Anthoine Peynet [ailleurs dans l’acte Pesnet], laboureur de Culay, paroisse de Bruailles, et Marie Bigy, sa femme, se trouvent redebvables à noble Me François Chatot, cy devant bailly de Louhans, et à présent conseiller du roi et son procureur au bailliage et chancellerie de Chalon, de la quantité de trente quatre quartaux deux quarts de soille, six quartaux six quarts de turquis , quatorze quarts de panis, deux quarts et demy d’aveyne, trois mesures et demye de voisses, trois quartaux trois quarts de froment, trois quarts de febves, demy quart de poix, cent quatre vingts six livres un sol en argent, treize chappons, soixante et huit livres de fromage, deux pintes trois chauveaux de beurre fondu, en conséquence du grangeage de son bien et domaine de Culay par [devant] Lafanée (notaire à Louhans) le 12 novembre 1627 […]. Chatot fit procéder par contrainte sur les enfants et héritiers dedits Pesnet et Bigy pour le payement des somme et grains cy dessus rapportés […]. »

18 - 14 octobre 1630 - Inventaire

66

Source : Gonnet, 1944, p. 111 (l’acte publié, reçu Chapuis notaire à Cuisery et Huilly, manque dans sa liasse aux Arch. dép. Saône-et-Loire).

67

« Après le décès et trespas de feu noble Gaspard de Gaulles, vivant escuyer seigneur de Remilly [paroisse de Louhans], résidant à Plainchampt [paroisse de Loisy], capitaine d’une compagnie au régiment du baron de Choien […] suivant les réquisitions de damoiselle Jeanne du Cloz sa veuve mère et tutrice de ses enfants […] et des curateurs […]. En la maison de Plainchampt […] un petit monceau de seigle où il y peut avoir demy bichet mesure de Tournus, un autre monceau d’orge dix coupes, trois mesures d’avoyne et une coupe comble de voisses, plus un autre [monceau] de panis il y a environ demy bichet, plus environ demy bichet de millet, environ une coupe comble de febves, item six coupes de poilz dans une fillette, dans une autre chambre environ huit coupes de turquie non baptu étant encore en panouilles que le tout n’a été taxé ains délaissé pour la nourriture desdits moindres. »

19 - 1630 - Inventaire

68

Source : Arch. dép. Ain, minutes Claude Grefferat, notaire à Meillonnas, 3 e 29359, f° 524.

69

« A Lyonnières, hameau de la paroisse de Meillonnas [après la Révolution rattaché à Saint-Étienne-du-Bois], s’est treuvé de panil de Turquie sur des perches […] au grenier trente coupes de froment, trente de blandon, dix de millet, trois de petit panil, trois de veysses, quatre de pois blanc, cinq d’avoine, quatre de noix, quatorze de febves […]. »

20 - 18 septembre 1651 - Amodiation

70

Source : Arch. dép. Ain, minutes Jean Grefferat, Cuisiat.

71

« Anthoine Grethier, laboureur de Choigneurier en Dombes, et François Advocat, son neveu, cohéritiers de feu messire Claude Grethier, curé de Choigneurier, amodient et accensent à Remont Flumet, vigneron de Cuisiat, les fruits pendant par racines dans les vignes dudit feu messire Grethier rière le territoire de Cuisiat ensemble la part de moitié des gros panil estant au grangeage […] desdits biens, et le quart des pommes et poires, pour le prix de huit livres […]. »

21 - 10 novembre 1651 - Debt

72

Source : Arch. dép. Ain, minutes Trollier notaire à Bourg, 3 e 17, f° 318.

73

« François Brottet, laboureur de Tannol, paroisse de Viriat, confesse debvoir à hon. Catherine Bergier, veuve d’hon. Claude Monnial, tutrice aux enfants feu Me Claude Monnial, son fils, advocat au présidial et bailliage de Bresse, présente, la somme de trente livres tournois, quinze couppes gros panil et quinze couppes turquis noyre appelé bled sarrazin mesure de Bourg, pour cause de prest aud. confessant […] qu’il promet payer en cette ville de Bourg obligeant sa personne et biens dans un an prochain. Fait au lieu de Tannol grange desdits défunt et héritiers Claude Monnial […]. »


Bibliographie

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  • Gaspard, Bernard, « L’introduction du maïs, du sarrasin et de la pomme de terre dans l’arrondissement de Louhans », L’Agriculteur, journal de la Société d’Agriculture de Louhans, 1840, p. 33-46 ;
    —, Histoire de Gigny et de son monastère, Lons-le-Saunier, 1843, 824 p. ;
    —, Supplément à l’histoire de Gigny, Chalon-sur-Saône, 1858.
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    —, « Les débuts du maïs en Méditerranée », Mélanges en l’honneur de Fernand Braudel, Toulouse, Privat, 1973, p. 227-233 ;
    —, « L’introduction du maïs et ses conséquences pendant les invasions françaises en Franche-Comté », Bulletin philologique et historique du cths, 1974, p. 129-146.
  • Le Roy Ladurie, Emmanuel, Les Paysans de Languedoc, Paris, La Haye, sevpen, 1966, 2 vol., 1034 p.
  • Mantelli, Roberto, « L’epoca del mais. Riflessioni sui tempi e sui modi della diffusione in Italia », Prodotti e tecnice d’oltremare nelle economie europee secc. xvii-xviii. xxix a Settimana di Studi di Prato, 1997, p. 451-461.
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  • Parmentier, A.-A., Le Maïs ou blé de Turquie apprécié sous tous ses rapports, Bordeaux, 1785, nouvelle éd. corrigée, Paris, 1812.
  • Pérez García, José Manuel, « Aproximación al estudio de la penetración del maiz en Galicia», in La Historia social en sus fuentes de protocolos, Santiago de Compostela, Universidad de Santiago, 1978, p. 1-37 ;
    — ; « Le maïs dans le nord-ouest de la péninsule Ibérique durant l’Ancien Régime », Journée internationales d’Histoire de Flaran, 12, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1990, p. 81-102.
  • Ponsot, Pierre, « Le maïs en Bresse : depuis quand et d’où ? », in Rubin, 1997, p. 135-152 (des rectificatifs et compléments ont été apportés dans deux Bulletins de la Société des Amis de l’instruction et de l’agriculture de Sagy, 1998 et 1999) ;
    —, « Les prix des céréales à Louhans au xvii e siècle ; la Mercuriale de Louhans, 1625-1664 », Bulletin de la Société des Amis de l’instruction et de l’agriculture de Sagy, 33, 2001, p. 38-42 ;
    —, « Les Bressans, premiers cultivateurs du maïs en France ? » in Ponsot, Pierre (dir.), La Bresse, les Bresses, de la Préhistoire à nos jours, t. ii, Saint-Just (Ain), éditions A. Bonavitacola, 2003, p. 191-204.
  • Rebourg, Claude, Chastanet, Monique, et alii, « Maize introduction into Europe : the history reviewed in the light of molecular data », Theoretical and Applied Genetics, 106, 2003, p. 895-903.
  • Rubin, Jean, Le Maïs de Bresse, une plante, un terroir, des hommes, Sagy, Société des Amis de l’Agriculture de Sagy, 1997, 156 p.
  • Taverdet, Gérard, Atlas linguistique et ethnographique de Bourgogne, Paris, cnrs, 3 vol., 1975-1980, 1800 cartes + index.
  • Turrel, Denise, Bourg-en-Bresse au 16e siècle, les hommes et la ville, Paris, Société de démographie Historique, 1986, 290 p.
  • Vogt, Jean, « Quelques aspects du maïs en Alsace », Revue Géographique de l’Est, t. viii, 3-4, 1968, p. 355-358.
    —, « L’implantation précoce du maïs en Alsace », Bulletin Association Philomatique d’Alsace et de Lorraine, t. 14, 1970, p. 57
    —, « Coup d’œil au maïs en Alsace », Études hagenoviennes, t. xxvi, année 2000, p. 45-48.

Notes

[*]

Maître de conférences honoraire à l’Université Lyon 2-Lumière. Somméré 77960 La Roche Vineuse.

[1]

Ponsot, 2001.

[2]

Liger, 5e éd., Paris, 1740, p. 607 et suiv. Remarques comparables dans la 9e édition de 1768, p. 555.

[3]

Parmentier, 1812.

[4]

Cité par Parmentier, ibid, article 7, qui approuve.

[5]

Jean Jacquart in Histoire de la France rurale, t. 2, Paris, 1975, p. 236.

[6]

Ibid.

[7]

Le Roy Ladurie, 1966, p. 71.

[8]

Cité par Gay, 1984, p. 83 (sans mentionner l’auteur).

[9]

Faucher, 1934 ; Rubin, 1997.

[10]

Dubois, 1932, p. 175. Je remercie Élisabeth Roux, directrice des Archives municipales, pour son aide à la recherche dans les fonds de l’hospice.

[11]

Dossier e 17.

[12]

Article 122.

[13]

Ces archives ont été expurgées ou partiellement perdues à l’occasion de leur transfert depuis un ancien site, il y a plusieurs années : renseignement fourni par Paul Cattin, alors encore directeur des Archives départementales.

[14]

Turrel, 1986, p. 154-155 et p. 156, note 13.

[15]

Arch. mun. Bourg-en-Bresse, cc 71 ; pas de turquis dans un rôle de mars 1602.

[16]

Curieusement, les représentations graphiques peuvent être plus rapides, l’histoire du maïs en offre des exemples, notamment à Barcelone et à Rome : Hemardinquer, 1964.

[17]

C’est-à-dire du pain, le mot a perduré en patois local sous la forme de « gôté ».

[18]

L’examen des témoignages disponibles montre que Colomb a rapporté la plante dès son premier voyage ; cependant elle n’a pas séduit les Andalous, et Séville n’a joué qu’un rôle de centre redistributeur, qui est d’ailleurs mal connu car les sources sont rares. C’est la seule porte d’entrée en Europe attestée actuellement, mais une autre, au Nord-Ouest, est depuis peu en voie d’exploration par une équipe inra-cnrs.

[19]

Hémardinquer, 1973.

[20]

Voir les travaux de Perez García, 1978 et 1990 (mais seulement pour le Nord-Ouest), et de Mantelli, 1977 ; cf. aussi Ponsot 2003).

[21]

Des dates beaucoup plus précoces ont été avancées par des historiens de ces régions, le patriotisme s’en mêlant, mais elles n’ont pas résisté à la critique.

[22]

Il a fallu toute la ténacité de Jean-Jacques Hémardinquer pour débusquer ces erreurs et ces fantaisies dans des études locales apparemment érudites ; elles ont malheureusement été recueillies parfois dans des synthèses nationales justement renommées.

[23]

Pour cette région que le maïs colonisera fortement les travaux de Georges Frêche ont sérieusement assis la chronologie : Frêche, 1974.

[24]

Ponsot, 2003.

[25]

Trop souvent seule la sentence est conservée, pas les pièces de la procédure et les témoignages.

[26]

Elle a été trouvée dans une « compensation » par un gendre à sa belle-mère !

[27]

Hémardinquer, 1964 ; la légende « blé de Turquie » a été interprétée par les auteurs postérieurs comme « maïs » ; Nassiet, 1998.

[28]

Franconie, 1997.

[29]

Curieuse différence de vocabulaire pour deux parties d’un même pays : en Bresse bourguignonne le sarrasin est dit « blo na » ou « sarrasin », le maïs « turquis », et la « trequeilla » est la tige de maïs sans les épis ; cependant des exceptions affaiblissent l’argument : dans plusieurs localités, comme Chevroux, Viriat, Saint-André-Vieux-Jonc, « la trekeya » est le maïs, et de même en Bugey : Duraffour, 1969, n° 9328, p. 608.

[30]

Au vers 268 ; la préparation en gaufres lève l’équivoque, on n’a jamais entendu parler de gaufres de maïs. Le poème fut publié à Paris l’année suivante, la seconde édition par E. Philipon date de 1891, toujours à Paris et en patois. Il n’y pas de traduction disponible mais Gaston Tuaillon en a réalisé une qui attend une publication, avec introduction historique par Pierre Ponsot.

[31]

Franconie, 1997 et 1998.

[32]

Martin et Tuaillon, 1971 ; Taverdet, 1975.

[33]

Nassiet, 1998.

[34]

De re cibaria, Lyon 1560, v 23 ; trad. du latin par S. Amudsen, Paris, 1998 ; identification au sarrasin par Hémardinquer, 1964.

[35]

Cité in Hémardinquer, 1964. La fausse identification du sarrasin au maïs a été commise sur la double notice « blé de Turquie » et « mil indien » du médecin parisien Ruel (1536), que le lyonnais Bruyerin (1560) a suivie, par Jean Nicot (Thrésor de la langue française, Paris, 1606), par le polygraphe Legrand d’Aussy au xviiie siècle puis par le botaniste De Candolle au xix e. A propos des représentations iconographiques du maïs, Jean-Jacques Hémardinquer apporte les précisions suivantes : la peinture de sarrasin à fleurs roses des Heures d’Anne de Bretagne (c. 1508) porte les titres : Blad’turquie et Ble de turquie ; ce nom vulgaire est confirmé par le médecin parisien Ruel en 1536 avec une description précise (le Strasbourgeois Ryff ajoutera une gravure en 1543) et l’attestation d’une large diffusion agricole, tandis qu’un nouveau « millet sarrasin », qu’il identifiait au mil indien de Pline l’Ancien (sorgot), n’est introduit que dans quelques jardins. Leonhart Fuchs, originaire des Grisons, professeur à Tubingen, publie dans ses De historia stirpium commentarii, Bâle, 1542, une bonne gravure de maïs seulement, sous le nom de turcicum frumentum (all. türkisch Korn), en reprenant, sauf pour les feuilles, des termes descriptifs de Ruel (ce qui lui vaut des critiques dès 1543), mais dans une traduction française comme celle d’Éloi Maignan, Paris, 1549, ce chapitre est intitulé : Du Bled Sarrasin… Le médecin impérial Rembert Dodoens publie à Anvers en 1552 et 1553 une gravure de sarrasin avec un seul nom vulgaire, le brabançon Bock meydt, mais pour le maïs (gravure reprise par Fuchs), les noms savants Frumentum Turcicum, Sarracenicum et Asiaticum et les noms français Bled Sarasyn & Bled de Torquie. En 1617 encore, l’Histoire de la Nouvelle France de Lescarbot : «blé Sarazin, de Turquie, d’Inde » (lettres à la rédaction d’Histoire et Sociétés Rurales du 25 mars et 9 avril 2005).

[36]

Arch. dép. Saône-et-Loire, minutes Lallemand, Romenay, 3 e 35331, accord du 25 novembre 1753 sur des grains saisis provenant d’une « grange » : « 16 coupes bled noir et une asnée bled jaune » ; les années suivantes dans le même minutier cette double mention par la couleur devient fréquente, et la distinction entre « turquis » et « bled noir » est désormais courante et générale (ex. mariage Salomon/Lorin 22 octobre 1756, les deux grains font partie d’une dot).

Résumé

Français

Le maïs semble avoir été cultivé en Bresse dès le début du xviie siècle. Est-ce la première région de France à l’avoir adopté ? et par quelle voie géographique est-il arrivé ? Tout en s’appuyant sur des pièces justificatives éditées, ce dossier présente la méthode de recherche employée pour débusquer la nouvelle plante, au-delà des pièges terminologiques.

Mots-clés

  • maïs (diffusion)
  • sarrasin
  • Bresse
  • vallée de la Saône

English

Maize appears to have been grown in Bresse from the beginning of the xviith century. Is Bresse the first French region to have adopted the new plant ? This article, based on a more developed work published in 2003, provides the relevant edited sources and comments on the method used to locate the introduction of maize in the records, pointing out the difficulties of the task and the pitfalls it faces, specially in terms of terminology.

Keywords

  • maize diffusion
  • buckwheat
  • Bresse
  • Saône valley

Pour citer cet article

Ponsot Pierre, « Les débuts du maïs en Bresse sous Henri IV. Une découverte, un mystère », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2005 (Vol. 23), p. 117-136.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2005-1-page-117.htm


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