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Histoire & Sociétés Rurales

2005/1 (Vol. 23)


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« J’ignore si l’on fait ailleurs du linge de genêt. J’en ai vu de fort remarquable dans les environs de Lodève. Il est plus fort et dure beaucoup plus que ceux de chanvre et de lin ; je ne sais si l’on pourrait lui donner la même finesse. On laisse brouter les genêts aux troupeaux pendant l’hiver ; on les coupe au mois de mars, et les nouvelles pousses, coupées en septembre, donnent la filasse ; on en remet une livre au fabricant pour une canne de toile qu’il est obligé de rendre. Les endroits ordinairement très mauvais qui donnent le genêt, portent le nom de genetières » [1][1] Vilback, 1825, p. 495-496. L’orthographe des citations....

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Ces lignes, parues en 1825 à la suite d’une salve de publications agronomiques inaugurée en 1785 par Auguste Broussonnet (1761-1807), surprennent par l’usage attribué aux genêts [2][2] Broussonnet, 1785, p. 127-136 ; id., 1787, p. 294-298 ;.... Car, si plusieurs espèces sont répandues dans les landes de l’Ouest ou dans les garrigues du Midi, formant des pâturages extensifs [3][3] Antoine, 2002, p. 220-223 ; Moriceau, 2005, p. 211..., celle du Lodévois (Hérault) procure aussi des fibres textiles. Aux xviiie et xix e siècles, c’était une plante marginale récoltée par les paysans pour leurs propres besoins en toile domestique. Le rouissage des rameaux s’opérait au bord des cours d’eau, avant le filage et le tissage pratiqués au village, afin d’obtenir des draps et des vêtements, peut-être des cordages. Cette autoconsommation échappait au marché des villes voisines : les marchands-fabricants de Lodève, Clermont-l’Hérault et Bédarieux, spécialisés dans l’industrie lainière jusqu’au xixe siècle, négligeaient ces tissus grossiers [4][4]  Broussonnet, 1785 ; Arch. nat., f10 413, Administration....

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Le genêt textile relève donc de problématiques rurales, et même spécifiquement agricoles, longtemps négligées. Mais l’analyse historique s’est surtout préoccupée de son travail artisanal, principalement depuis le xixe siècle. Les quelques évocations antérieures s’appuient sur le seul article d’Auguste Broussonnet, assez bref et si difficile à trouver qu’il est surtout lu à travers des extraits qu’en donne l’historien du Lodévois Émile Appolis [5][5] Appolis, 1940 ; Llaty, 1988 ; Cooman, 1997. Aussi,.... Pourtant, le genêt textile existe bien avant. Malgré les difficultés de localisation et d’interprétation qu’ils suscitent, Pline et Columelle l’attestent même dès l’Antiquité. Et au long de l’époque moderne, sa culture est documentée dans une partie du Languedoc méditerranéen, au contact des plaines littorales et des Causses du sud du Massif central [6][6] Ibid., p. 214 ; Arch. nat., f10 413, doc. cit., 4 septembre.... Les villages concernés sont même très précisément circonscrits :

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« C’est dans l’arrondissement de Lodève seulement que la culture du genet est suivie. Dans l’arrondissement de St Pons cette plante croit naturellement, on n’en fait pas de filasse, mais on s’en sert dans la montagne pour couvrir les granges à foin et les habitations » [7][7] Arch. nat., f 10 413 : Lettre du préfet de l’Hérault....

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Par sa concentration des mentions de genêtières, le sud du Lodévois est primordial (figure 1).

Figure 1 - La zone de culture du genêt d’EspagneFigure 1
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Dans ce terrain d’enquête privilégié, le moment auquel Auguste Broussonnet puis d’autres spécialistes s’intéressent à la plante peut être replacé dans une chronologie plus large, afin d’évaluer la portée réelle de la littérature agronomique du début du xixe siècle. En effet, l’abondance soudaine de la bibliographie révèle un engouement chez les agronomes. Mais celui-ci se répercute-t-il sur les pratiques paysannes ? Selon André Jean Bourde, le début d’intérêt des spécialistes pour le genêt textile dans la France des années 1780 ne serait qu’un projet exotique sans suites [8][8] Bourde, 1967, vol. ii, p. 661-662.. Pourtant, la documentation languedocienne révèle une culture déjà largement répandue en Lodévois. S’agit-il donc d’une forme précoce et très locale d’introduction de l’« agriculture nouvelle » ? Ou au contraire d’une vieille pratique traditionnelle ? Les sources d’origine paysanne, abondantes entre le xviie et le xix e siècle, révèlent l’enjeu représenté par la plante à des moments de plus ou moins forte pression anthropique sur les genêtières. Il devient désormais possible de connaître les liens de cette culture avec l’économie et les paysages ruraux du Lodévois.

La genêtière : entre ager et saltus

Indentification botanique

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Les manuscrits locaux évoquant la plante textile se contentent de mentionner, selon le vocable français ou occitan, des genêts, de la gineste, des genêtières ou, plus souvent, des ginestières.

Plusieurs variétés de genêt

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Il faut donc identifier la variété concernée, parmi celles qui colonisent aujourd’hui les garrigues incultes. Heureusement, les aires des trois principales espèces sont assez distinctes. Ainsi, le causse karstique du Larzac et les sommets basaltiques de l’Escandorgue, montagnes du nord et de l’ouest du Lodévois, connaissent le genêt à balais [9][9] Appolis, 1951, p. 6 ; Cooman, 1997, p. 237 ; Llaty,.... Or, ces plantes ne sont pas mentionnées dans les cadastres du xixe siècle du Larzac (figure 2).

Figure 2 - L’importance de la culture des genêts vers 1830 dans l’ancien diocèse civil de Lodève Figure 2
Source : Anne Blanchard et Élie Pélaquier, « Le Languedoc en 1789. Des diocèses civils aux départements. essai de géographie historique », Bulletin de la Société languedocienne de géographie, 1,1989 ; Arch. dép. Hérault, séries 3 P, cadastre ; 2 E, minutes notariales ; Arch. com. diverses.
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Pourtant, le genêt à balais poussait certainement déjà sur le causse. Mais il n’a pas dû être distingué des pâtures et autres landes, probablement parce qu’il n’était pas cultivé comme plante textile. Justement, même si la bibliographie disponible connaît dans quelques cas la médiocre « matière textile » du genêt à balais, le genêt d’Espagne « donne des résultats très supérieurs » [10][10] Knab, L., « genêt », in Berthelot et alii, (dir.),....

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Cette dernière variété, quant à elle, se trouve aujourd’hui surtout à moins de 600 m d’altitude, soit au centre et au sud-est du Lodévois [11][11] « Le genêt d’Espagne… », 1944, p. 8.. Au sud-est, au xix e siècle, les cadastres livrent très peu d’occurrences de genêtières dans un val d’Hérault alors partagé entre labours et viticulture (figure 2). En revanche, au centre, la culture du genêt textile est très courante « dans les lieux les plus arides, sur les côteaux les plus en pente, formés par un sol pierreux et où presque aucune autre plante ne peut végéter » [12][12] Broussonnet, 1785, p. 128.. Justement, c’est ici, la déprise agricole aidant, que les genêts d’Espagne restent encore très nombreux. Et aux xixe et xxe siècles, les fréquentes mentions de la culture de la plante pour ses fibres dans cette zone confirment que le genêt d’Espagne est bien l’espèce textile [13][13] Formigé, 1941 ; Llaty, 1988 ; Cooman, 1997.. Certes celui-ci côtoie souvent des genêts épineux, mais ces derniers ont pu être utilisés « dans les pays chauds seulement » [14][14]  Knab, L., « genêt », in Berthelot et alii, (dir.),.... D’ailleurs, depuis un demi-siècle, plusieurs écrits, agronomiques puis historiques et ethnologiques, confirment un regain de l’usage du seul genêt d’Espagne dans la région au milieu du xxe siècle [15][15] Formigé, 1941 ; Aussel, 1986-1987 ; Llaty, 1988 ; Cooman,.... La plante y est prise en considération pour son utilisation à Aspiran, dans une usine qui fournissait des câbles aux Charbonnages de France autour des années 1950 [16][16] Cooman, 1997, p. 243-246 ; Bardies, Émile, « La culture... (figure 1).

Les dénominations du genêt d’Espagne

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Les écrits plus anciens manquent de clarté pour des questions de terminologie, mais leur analyse conduit à la même conclusion [17][17] Un « Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 4-5, mentionne.... Les botanistes, notamment ceux du xviie siècle, nomment souvent l’espèce Genista juncea[18][18]  Richer de Belleval, 1598, rééd. 1785, p. 19 : Genista ;.... Justement, en 1804, dans la deuxième édition du Traité des arbres de Duhamel du Monceau (1700-1782), une planche en couleurs gravée par Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) représente clairement le genêt qui pousse actuellement dans la partie médiane du Lodévois (figure 3).

Figure 3 - Répresentation du genêt d’Espagne, par Pierre-Joseph RedoutéFigure 3
Source : Henri-Louis Duhamel du Monceau, Traité des arbres et arbustes que l’on cultive en France, 2e éd. augm. par B. Mirbel, Poiret, Loiseleur-Deslongchamps, t. ii, 1804, Paris, Étienne Michel, pl. 22
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Il est identifié comme Genista juncea ou « genest d’Espagne ». Les auteurs écrivent que la plante « nécessite peu de soins, et n’est pas difficile sur la nature du terrain et de l’exposition ». « On peut, en rouissant les rameaux à la maniere du chanvre, en retirer une filasse propre à faire de la toile ». Enfin, cet arbuste pousse « dans les lieux secs et sur les coteaux arides du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, et du midi de la France ». La notice de la page précédente précise aussi, entre autres dénominations de l’espèce, celle de Spartium junceum[19][19] Duhamel du Monceau, 1804, t. ii, p. 70, 71, pl. 22. En fait, cette dernière désignation provient de la nouvelle classification établie par Carl von Linné (1707-1778), celui-ci « ayant jugé à propos d’appeler Spartium ce qu’on appeloit Genista » [20][20] Id., 1755, t. i, p. 203. Cf. aussi Thiébaut-de-Berneaud,.... Le botaniste d’Uppsala confirme d’ailleurs la présence de la plante dans les pays méditerranéens [21][21] Linné, 1780, t. iii, p. 401, Spartium junceum.. Les informations sur le genêt d’Espagne et son utilisation textile se trouvent aussi dans d’autres publications de l’époque. Le secrétaire de la Société d’Agriculture de l’Hérault les confirme en 1801, livrant en outre le terme vernaculaire :

« La plante que l’on cultive dans les environs de Lodève et dont on fait de très-bonne toile est bien le spartium junceum de Linné, connu vulgairement sous le nom de genêt d’Espagne. On l’appelle dans les villages de l’arrondissement de Lodève gineste » [22][22] Lamarck, 1786, t. ii, p. 618 ; Guillemin, « genêt »,....

Surtout, Auguste Broussonnet décrit la plante et précise aussi qu’il s’agit du Spartium junceum de Linné. Or, ce jeune naturaliste montpelliérain est fiable par sa compétence et ses origine lodévoises [23][23]  Broussonnet, 1785, p. 127-128 ; Appolis, 1940, p. 42-43 ;.... L’autorité scientifique des plus grands noms de la botanique est donc incontestable.

Une plante utile

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Étant donné l’usage des genêtières, les cadastres napoléoniens, pourtant simplificateurs, les individualisent.

Paysans et genêt textile

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Les ginestières sont estimées à une valeur double des autres étendues incultes, avec plusieurs degrés d’estimation, preuve que ce ne sont pas des garrigues comme les autres [24][24] Par exemple, Appolis, 1940, p. 47 : 3 degrés dans le.... Même si elles sont souvent mêlées aux pâtures et hermes, comme au Bosc en 1835, elles doivent alors être rangées dans la première classe d’imposition des pâtures [25][25] Ibid., 3 p 493, Le Bosc, Expertise cadastrale, 1er.... Certes, leur valeur est des dizaines de fois moindre que celle des terrains labourés ou irrigués. Mais de nombreux contrats agraires révèlent leur intérêt pour les paysans, notamment ceux qui interdisent d’arracher ou de couper des genêts [26][26] Arch. dép. Hérault, 2 e 68 / 117, Minute de Benoît.... L’expertise précédant la confection du cadastre napoléonien au xixe siècle explique souvent ce phénomène. Par exemple en 1835, au Bosc :

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« On remarque une grande contenance plantée en genets […], on y voit aussi des patures d’une grande étendue. Ces deux natures ont été réunies dans le tarif, seulement on a formé la première classe presque exclusivement des ginestiéres, qui en outre du paturage offrent encore d’autres produits aux habitants qui ont l’habitude d’extraire la partie filamenteuse de cette plante qu’ils emploient comme chanvre » [27][27] Ibid., 3 p 493, « Cadastre parcellaire, rapport du....

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À Saint-Jean-de-la-Blaquière également, les meilleures pâtures, rangées dans la première classe d’imposition, « sont plantées en genêts et leur produit est bien supérieur » aux autres parce qu’« on en tire encore parti en extraisant du jeune bois la partie filamenteuse qu’on emploie comme le chanvre » [28][28]  Ibid., 3 p 2541, Saint-Jean de la Blaquière, « Expertise....

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En outre, des contrats explicitent la destination de la plante. Par exemple en 1738, lors d’une afferme de terres situées à Octon, le bailleur se réserve le droit « de pouvoir faire couper et ramasser autant de gineste quil voudra propre a faire de fillet chacune année ». De même, en 1775, le bailleur et le preneur de ginestières dans le terroir de Brenas, prévoient que « le gênest qui sera propre pour faire du fillet sera partagé ». En 1830 également, une location de biens fonciers sis dans le terroir du Bosc stipule que « le genet qui sera coupé dans les dites terres sera porté tant qu’il y en aura au preneur qui le filera pour son compte » [29][29] Arch. privées de Monsieur Cami, d’Octon, document communiqué....

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Enfin, des procédures relatives aux dépaissances renseignent sur les genêts. Ainsi, le 8 juillet 1840, Antoine Rouvière, garde champêtre de la commune de Lauroux, verbalise un berger « qui gardait à bâton planté le nombre de cent six bêtes à laine dans une piece de terre […] en nature de bois et de ginestiere coupée pour faire du fil » [30][30] Ibid., 83 edt 1 n 1, Lauroux, Dépaissance des bêtes....

Agronomes et genêt textile

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Cependant, les botanistes et les agronomes taisent longtemps cet usage textile. Par exemple, Olivier de Serres (1539-1619) confond le genêt d’Espagne avec une plante tinctoriale, la gaude. Pour Arsenne Thiébaut-de-Berneaud, c’est la preuve que l’arbrisseau n’est pas encore implanté en Languedoc [31][31] Serres, 1600, rééd. 1805, t. ii, p. 430 ; Thiébaut-de-Berneaud,.... Mais cette hypothèse ne tient pas : le genêt d’Espagne est plusieurs fois identifié dans la région avant le xviii e siècle [32][32] Durand, 1998, passim ; Bauhin, Cherler, 1650, t. i,.... Certes, la plupart des écrits disponibles ne mentionnent que les vertus médicinales et ornementales de la plante, qui n’apparaissent d’ailleurs jamais dans la documentation vernaculaire. Pourtant, les riches relevés de Jean Bauhin (1541-1613), qui a voyagé en Languedoc, évoquent la fabrication de toiles à partir de genêts, comme la Maison rustique un peu plus tard [33][33]  Bauhin, Cherler, 1650, t. i, liber xi, p. 397 ; Estienne,....

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Mieux, en 1661, l’existence d’un tel artisanat est attestée localement en Lodévois, avec mention du rouissage du genêt à Soumont [34][34] Appolis, 1940, p. 47.. Malgré tout, un siècle plus tard, cette utilisation demeure ignorée par la plupart des auteurs. En 1755, la première édition du Traité des arbres de Henri-Louis Duhamel du Monceau, de même que l’Encyclopédie douze ans plus tard, ne mentionnent aucun usage textile [35][35] Duhamel du Monceau, 1755, t. i, p. 258-259 ; M. le.... En 1756 seulement, la traduction d’une étude italienne traite des genêts textiles de la région de Pise [36][36] « Description de la maniere dont on fabrique le fil.... Ce cas est donné en exemple, alors que des botanistes parisiens considèrent que la France ne connaît pas encore la « substance filamenteuse » des genêts [37][37]  Histoire de l’Académie royale des sciences..., 1763,.... La Nouvelle maison rustique n’est guère plus précise : « les anciens faisoient aussi une espéce de lin avec l’écorce du genêt des teinturiers » [38][38] La Nouvelle maison rustique…, 1772, t. i, p. 616.. Pourtant, les actes notariés fournissent toujours des preuves de récolte de fibres de genêt d’Espagne en Lodévois au milieu du xviiie siècle, cette fois plus précises qu’au siècle précédent [39][39] Cf. supra pour 1738. Appolis, 1951, p. 567 : autres....

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Il faut attendre l’accession d’un Languedocien aux grandes publications de l’époque pour que ces pratiques soient enfin connues des élites françaises. En effet, l’article d’Auguste Broussonnet sur le sujet inspire soudain une multitude d’agronomes. Le zélé secrétaire de la Société d’Agriculture de Paris, guidé par trois ans passés en Angleterre, foyer des idées nouvelles, est écouté et repris par des savants qui incitent les paysans à adopter des cultures aptes à la modernisation de l’agriculture française. Par exemple, avant d’être suivi par son propre élève Arsenne Thiébaut-de-Berneaud (1777-1850), Rémi Willemet (1735-1807) publie dans une revue à laquelle travaille aussi Auguste Broussonnet, un texte qui s’appuie sur l’article de 1785 [40][40] Broussonnet, 1785 (sur sa biographie, cf. supra note.... Des ouvrages spécialisés du xix e siècle en citent aussi de larges extraits [41][41]  Valmont-Bomare, 1800, t. vi, p. 85-88 ; Desfontaines,.... D’autres ne précisent pas leur référence, comme un Dictionnaire des sciences naturelles de 1820 selon lequel la plante attire les abeilles, nourrit les moutons et les chèvres, et donne des toiles dans la région de Lodève [42][42] Loiseleur des Longchamps, « genêt », in Cuvier, (dir.),.... Comme plusieurs phrases de la Grande encyclopédie, ces remarques ne laissent aucun doute sur leur source : l’engouement des agronomes pour la plante résulte davantage de la communication faite par Auguste Broussonnet en 1785 que d’une quelconque nouveauté agricole [43][43] L. Knab, « genêt », in Berthelot et alii (dir.), 1885-1902,....

Éleveurs et genêtières

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Les ginestières sont également vouées à l’élevage, à des conditions très réglementées. Auguste Broussonnet remarque à ce propos que le genêt d’Espagne constitue la seule nourriture fraîche pour les moutons et les chèvres pendant l’hiver, entre novembre et avril, à condition que sa consommation par les ovins reste modérée afin de ne pas risquer une infection des voies urinaires nommée ginestade[44][44] Broussonnet, 1785, p. 133-134 ; Willemet, 1795, p. 89 :.... Selon un mémoire de 1808, le cultivateur peut trouver « une ressource pour ses troupeaux dans les plantations de genêt pendant six mois de l’année » entre septembre et mars [45][45] « Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 8-9.. Des expertises cadastrales, comme celle de la commune des Plans, confirment que les genêts servent « à la dépaissance des troupeaux, une des principales richesses du pays » [46][46] Arch. dép. Hérault, 3 p 2078, Cadastre, « Rapport sur.... Des actes notariés et des procès corroborent ces données. Ainsi, une plainte de Jean-Pierre Martin, de Salelles, déplore des dégâts commis en 1787 par 150 ovins dans une de ses terres plantée de chênes verts et de genêts. Celle-ci « est un paturage précieux pour ses moutons pendant l’hyver ». Or à la mi-avril, c’est « la saison ou les yeouses [chênes verts] et les genets poussent et ou l’on doit donc s’abstenir d’y faire paitre les moutons si l’on veut avoir de quoi les nourrir pendant l’hyver ». À l’échelle de la parcelle en genêts, des contrats agraires confirment la nécessité de pratiques pastorales prudentes. Afin qu’elles produisent du fil, le preneur doit en effet « deffendre les […] ginestières aux saizons accoutumées », plus précisément en interdire l’accès aux troupeaux « a dater du premier mars » [47][47] Ibid., b Ordinaires du Bosc, n° 53, Dépaissance des.... Émile Appolis évoque à ce propos l’arrêt rendu par le Parlement de Toulouse en 1770 afin de préserver les ginestières de l’ensemble de la communauté de Saint-Jean-de-la-Blaquière après les criées [48][48] Appolis, 1940, p. 47-48..

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Les contrats traduisent aussi la volonté du bailleur de récupérer ses ginestières en bon état, interdisant par là tout surpâturage. Par exemple, un bail de terres à Salasc en 1747 stipule que le preneur devra « faire deffendre la derniere année de l’afferme les ginestieres dans le tems qu’elles bourjonnent », comme un autre pour des terrains à Roques en 1810. De même, en 1775, à Lauzières ou à Toucou, le fermier « ne pourra faire depaitre aucune sorte de betail sur les preds et ginestieres de l’afferme apres le quinze septembre de l’année qu’il devra sortir » [49][49] Arch. dép. Hérault, 2 e 41 / 89, Minute de Pierre Duguiés,....

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Plus rarement, c’est la production textile qui s’incline devant les besoins vitaux du cheptel. Ainsi en 1822, dans un domaine situé à Mérifons, Brenas et Salasc, « le fermier ne pourra point faire, la dernière année, de la geneste pour le linge, ce qui nuirait aux ressources du troupeau auquel l’entrée des prés est interdite la même année, à dater du premier septembre » [50][50] Ibid., 2 e 41 / 118, Minute de Blaise Vigné, Octon,....

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Dans d’autres clauses, les ginestières fournissent au paysan « du bois pour son chaufage » [51][51] Arch. privées de Monsieur Cami, doc. cit., 27 avril.... C’est donc une plante complète et aux usages multiples, dont la conciliation implique un véritable cycle de culture, annuel mais aussi pluriannuel puisque le genêt vit plusieurs décennies [52][52] Thiébaut-de-Berneaud, 1810, p. 45. (figure 4).

Figure 4 - Calendrier de l’entretien des genêtièresFigure 4
Sources : Publications d’époque ; Arch. dép. Hérault, séries 2 E, notaires ; ibid., b, justices ordinaires.

Les façons culturales des genêtières

Les semis

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La question de la naissance des genêts, qui débute le cycle, n’est pas clairement tranchée dans les sources, parce qu’il existe deux façons de multiplier la plante. Aujourd’hui, le genêt d’Espagne est un arbrisseau sauvage de la garrigue [53][53] Llaty, 1988, p. 13.. Au Moyen Âge, c’est aussi une espèce colonisatrice de terrains laissés à l’abandon, comme à l’époque moderne où il constitue un représentant des « séries postculturales de végétation spontanée », une forme de « non-valeur » correspondant au stade préforestier [54][54] Durand, Forest, Gardeisen, Ruas, 1997, p. 15 ; Barry,.... Ainsi au xvii e siècle, le Genista juncea pousse spontanément près de Montpellier, comme en 1892 en Lodévois [55][55]  Bauhin, Cherler, 1650, t. i, liber xi, p. 397 ; Magnol,.... Mais il n’y a pas incompatibilité avec certains plants semés. L’Encyclopédie résume bien ces deux possibilités, puisque « cet arbuste vient de lui-même dans les pays chauds, en Languedoc, en Italie, en Espagne, en Portugal ; on le cultive dans les jardins des curieux ». Suivi par Rémi Willemet, Auguste Broussonnet affirme aussi que le Spartium junceum « croît naturellement dans les Provinces méridionales du Royaume » et est semé en Lodévois au xviiie siècle, parfois conjointement à des chardons à foulon pour augmenter le revenu de la terre [56][56] M. le chevalier de Jaucourt, « genêt d’Espagne », in.... D’autres preuves de semis sont couronnées par la Maison rustique du xixe siècle [57][57] Duhamel du Monceau, 1804, t. ii, p. 71 ; « Mémoire....

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Les textes émanant de la vie quotidienne des paysans des xviiie et xix e siècles confirment ces semis. Selon une procédure judiciaire de la seigneurie du Bosc en 1772, un troupeau détériore une parcelle « dans laquelle il y a une partie qui est semée de chardon et de genet ». En 1774, c’est au tour d’une autre, « semée de chardon et de genest depuis le mois de fevrier dernier ». À la même époque, à Lauzières, les baux d’arrentement des terres de la baronne précisent que « le preneur sera tenu de semer chaque année six quartes de terre en genest », et à Toucou, domaine voisin, « le preneur semera chaque année deux setérées en genest ». Des clauses identiques sont insérées dans de nombreux autres contrats, comme à la métairie d’Arièges en 1803 ou pour des terres à Mourèze et à Salasc en 1810 [58][58] Arch. dép. Hérault, b Ordinaires du Bosc, n° 53, Dépaissance....

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À côté des pousses spontanées, des genêts sont donc bel et bien semés au début de l’année, au mois de janvier ou de février [59][59] Cf. supra, et Broussonnet, 1785, p. 129 ; « Mémoire....

L’entretien et la récolte

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Les paysans apportent ensuite un entretien sommaire aux genêts. Ils empêchent la végétation de les étouffer, surtout au cours des premiers mois. On peut parfois « couper les ginestes quy seront secs et les buissons et bartasses desd(ites) ginestieres », ce qui prouve que les genêts sont débroussaillés [60][60] Arch. dép. Hérault, 2 e 41 / 90, Minute de Pierre Duguiés,.... Ils sont aussi garantis « des bêtes à laine qui en sont extrêmement voraces », pendant trois ans après leur semis [61][61] « Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 4-5.. Des jeunes pieds peuvent être éclaircis lorsqu’ils sont trop serrés [62][62] Poiteau, « Du genêt », in Bixio, (dir.), 1844, t. ii,....

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Mais dans la région, selon Alphonse Mahul, « le genêt, une fois semé, ne demande d’autre précaution que d’être préservé de la dent des troupeaux, pendant une ou deux années tout au plus » [63][63] Mahul, 1846, p. 219-220.. Ainsi, en 1775, la baronne de Lauzières précise, lorsqu’elle exige de son fermier qu’il sème des genêts, que « la depaissance sera prohibée les trois premieres années et non après » [64][64] Arch. dép. Hérault, 2 e 41 / 97, Minute de François.... Auguste Broussonnet note aussi à propos des troupeaux :

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« On ne leur laisse brouter cet arbrisseau qu’au bout de trois ans. On coupe avec une serpe les tronçons qui ont été rongés, et au bout de six ans on est obligé de couper entièrement la souche pour qu’elle pousse de nouveau » [65][65] Broussonnet, 1785, p. 135, repris par Willemet, 1795,....

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Toujours à propos du genêt d’Espagne, bien identifié par ses dénominations et une gravure, la Maison rustique du xixe siècle précise également :

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« Au printemps de la 3e année, on rabat les plantes à un pied de terre, pour les faire ramifier, leur donner la forme de têtard, et les obliger à produire chaque année un grand nombre de branches longues et vigoureuses » [66][66]  Poiteau, « Du genêt », in Bixio, (dir.), 1844, t.....

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Les rameaux sont ensuite prélevés pour en extraire les fibres. Sur ce point, Joseph-Jean-Baptiste-Xavier Fournet reste vague. Selon lui, à Cabrières, les pousses printanières sont coupées à la faucille dès février ou mars, « quelquefois encore, on attend la fin de la moisson » [67][67] Fournet, 1859, p. 2.. Peut-être se fie-t-il, comme pour les éclaircissements des jeunes plants, à la Maison rustique du xix e siècle où il est écrit : « À l’automne, et mieux au printemps de chaque année, on coupe ces branches, on les fait rouir […] » [68][68] Poiteau, « Du genêt », in Bixio, (dir.), 1844, t. ii,.... Mais la fin de l’été, avec une récolte à la main par les femmes, est retenue par les autres observateurs, ce qui est plus vraisemblable et compatible avec le pâturage. Débutent ensuite les travaux de rouissage et de battage, avant le travail textile proprement dit en hiver, pendant que les genêtières sont livrées aux troupeaux [69][69] Broussonnet, 1785, p. 130 ; Appolis, 1940 ; Llaty,....

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Les actes de la pratique coïncident donc avec les écrits des observateurs et scientifiques des xviiie et xixe siècles en ce qui concerne les usages comme le calendrier de l’exploitation des terrains couverts de genêts d’Espagne.

Genêtières et conjoncture : des relations complexes

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En revanche, la littérature agronomique ne précise pas la localisation ni la surface des genêtières. Seuls certains manuscrits locaux les situent, comme les actes notariés, quelquefois au xvii e siècle, beaucoup plus fréquemment par la suite [70][70] xviie siècle : Arch. dép. Hérault, 2 e 26 / 301, Minute.... Les variations chronologiques importantes du nombre de mentions de genêts suggèrent une hypothèse : puisque leur développement spontané est un signe de déprise agricole, l’évolution des surfaces de genêts doit être parallèle à celle des biens laissés vacants. Par conséquent, une corrélation entre démographie déprimée et abondance des genêts est fort probable. Pour vérifier cette hypothèse, une tentative de quantification des ginestières doit être confrontée avec l’évolution économique du Languedoc moderne, telle qu’elle a été établie par Emmanuel Le Roy Ladurie, même si cet auteur ne fait pas état du genêt textile [71][71] Le Roy Ladurie, 1966..

La multiplication des genêts (xviie-xviiie siècle)

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Un tel comptage est contestable à partir des seuls actes notariés. En effet, les minutes gardent uniquement la trace des ginestières faisant l’objet de transactions, au nombre variant en fonction de déterminants conjoncturels, tandis que celles que le propriétaire conserve et exploite lui-même restent dans l’ombre. Il faut donc faire appel aux compoix, qui permettent une évaluation quantitative des genêts. Malheureusement, leur forme et leurs dates d’élaboration rendent impossible toute comparaison simultanée à l’échelle du Lodévois. En outre, ils ne prennent pas en compte les garrigues communales où poussent des genêts [72][72] Thorel, 1785, p. 137.. Et, malgré une grande précision sémantique, la désignation des parcelles contenant plusieurs espèces végétales pose des problèmes de vocabulaire : l’arpenteur n’a pas forcément nommé ginestière un terrain où le genêt est mêlé à d’autres plantes [73][73] Olivier, 2002, p. 216.. Enfin, les compoix manquent pour établir les phases de la culture du genêt avant le xvii e siècle. À partir de 1600 cependant, ces registres sont assez nombreux pour fournir une trame globale dans une dizaine de communautés (figure 1).

Des genêts rares dans un Languedoc peuplé

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Lorsque le monde rural languedocien est plein au début du xviie siècle, la mise en culture atteint les marges les moins fertiles des terroirs [74][74] Le Roy Ladurie, 1966.. Les garrigues, donc selon notre hypothèse les ginestières, sont circonscrites aux terres les plus ingrates. Justement, à Salasc en 1601, aucune ginestière n’est recensée alors que les terrains qui en supporteront au xviiie siècle sont en grande partie consacrés aux céréales [75][75]  Olivier, 1997-1998.. À Mourèze non plus, n’apparaît pas de ginestière en 1611 [76][76] Arch. dép. Hérault, 115 edt cc 2, Compoix de Mourèze,.... La diversité des désignations des parcelles dans les compoix est trop grande pour croire à des simplifications noyant systématiquement toutes les ginestières dans de plus larges catégories d’inculte. En effet, Martin Revel, arpenteur très actif en Lodévois au début du xvii e siècle porte, dans le compoix de Lacoste de 1606, une unique « ginestiere », preuve de la rigueur de son travail [77][77] Ibid., 1 mi 433 r1, Copie de Arch. com. Lacoste, cc.... De même, le compoix des Plans de 1604 ne recense que quatre ginestières, alors que le « tenemen de la ginestiere », est occupé par d’autres cultures [78][78] Ibid., 133 edt cc 2, Les Plans, « Livre des estimations.... Aucune source écrite ne s’étend sur les genêts, ce qui prouve leur rareté. La terre est vouée avant tout aux céréales, qui nourrissent une population nombreuse.

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Mais autour de 1630, les hommes sont décimés par la peste. L’épidémie a des conséquences catastrophiques pour les villages pauvres du Lodévois. Emmanuel Le Roy Ladurie les nomme même « villages de la mort ». Le nombre des sépultures s’y accroît en effet fortement, entraînant l’abandon de nombreux terrains [79][79] Le Roy Ladurie, 1966, t. i, p. 423, t. ii, p. 926..... Ces derniers constituent alors des fonds optimaux pour un développement ultérieur des ginestières, spontané ou provoqué par l’homme à défaut d’autres cultures. Les finages de la vallée de la Lergue, comme celui du Puech, sont d’ailleurs rapidement atteints [80][80] Aussel, 1986-1987, p. 148..

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Cependant, certains villages plus éloignés des axes de circulation semblent épargnés par la propagation de l’épidémie. Ainsi, à Salasc et à Mourèze, respectivement, les arrentements de la dîme des grains et le nombre des taillables ne s’effondrent qu’autour de 1670 [81][81] Olivier, 1997-1998, p. 84-85 ; Le Roy Ladurie, 1966,.... Ces observations coïncident avec les témoignages d’époque mentionnant ces deux localités comme des refuges. En effet, en octobre 1629, les principaux notables clermontais s’abritent dans ce secteur [82][82] Arch. dép. Hérault, 2 e 26 / 301, Minute de Jean Forest,.... Or, les genêts sont toujours absents dans le compoix de Mourèze de 1648, cependant que le milieu du xvii e siècle n’a pas laissé d’acte notarié mentionnant ces plantes à Salasc [83][83] Arch. dép. Hérault, 115 edt cc 3, Compoix de Mourèze,.... Ce répit est à relier au maintien d’une population nombreuse, donc de la pression foncière.

Des genêts en essor suite aux abandons de terres

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En revanche, autour de Lodève, la mise en culture change rapidement, après une épidémie meurtrière. La communauté des Plans perd 40 % de ses taillables entre 1625 et 1635 [84][84] Le Roy Ladurie, 1966, t. i, p. 422.. Aussi, entre 1604 et 1643, le nombre des ginestières y est multiplié par cinq. Celles-ci occupent cependant encore moins de 14 ha, mais les 90 biens en « non-valeur » du compoix, des hermes pour la plupart, laissent envisager leur prochaine multiplication [85][85] Arch. dép. Hérault, 1 mi 546 r 3, 133 edt cc 5, Compoix.... Plus tard, justement, alors que le retournement de la conjoncture se généralise [86][86] Le Roy Ladurie, 1966., les autres compoix de la région recensent aussi des genêts, désormais en grandes quantités [87][87] Arch. com. Mérifons, g 1, Compoix de Malavieille, 1665 ;.... À Malavieille en 1665, ceux-ci occupent environ 4 ha auxquels il convient d’ajouter près de 47 ha où le genêt est complanté. En 1666 à Lauzières, ils couvrent entre 30 et 200 ha sur 250 parcelles où ils apparaissent seuls ou conjointement à d’autres types de mise en valeur. Au Bosc en 1670, près de 400 terrains sont occupés totalement ou partiellement par une ginestiere, ce qui représente entre 100 et 300 ha. À côté, à Saint-Jean-de-la-Blaquière, vers 1687, il y en a une bonne trentaine d’hectares [88][88] Arch. dép. Hérault,, 174 edt g 2, Compoix de Saint-Jean-de-la-Blaquière.... À la fin du xviie et au début du xviii e siècle, les ginestières sont également nombreuses dans les compoix de Saint-Martin-des-Combes, Brenas, Soumont et Olmet [89][89] Arch. com. Octon, Compoix de Saint-Martin-des-Combes,....

L’apogée du genêt (fin xviiie-début xixe siècle)

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Cependant, si les ginestières sont omniprésentes selon les compoix, elles restent rares dans les actes notariés de la fin du xviie siècle. Ceci prouve qu’elles ne sont pas souvent vendues et que, si elles sont comprises dans certaines affermes, elles ne font pas l’objet de clauses de sauvegarde. Ces observations confirment leur état de terrains marginaux peu convoités, voire délaissés. En revanche, un siècle plus tard, le nombre de contrats concernant des genêts s’accroît sensiblement. Et les procédures judiciaires, certes non disponibles pour le xviie siècle, confirment que le prélèvement des fibres et l’élevage ont désormais du mal à cohabiter. La pression anthropique et pastorale s’accroît donc sur ces espaces.

Genêts et changement agricole

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En effet, la multiplication des mentions n’implique pas un accroissement proportionnel de l’étendue des ginestières, mais un changement de perception, un nouvel intérêt des paysans pour l’arbuste [90][90] Sur la notion de changement agricole : Moriceau, 2002,.... Terrains auparavant marginaux, les genêtières deviennent le théâtre de conflits virulents à la fin de l’Ancien Régime. Dans la première moitié du xixe siècle, les tensions s’accroissent encore. Leurs propriétaires, parfois même des voisins, cherchent à en tirer un profit pastoral maximal, alors que l’usage textile ne recule pas. En effet, cette fois, les genêts résistent, peut-être même s’étendent-ils encore, dans un contexte démographique pourtant favorable aux défrichements [91][91]  Cholvy, in id., (dir.), 1993, p. 334-335..

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Un tel phénomène peut s’expliquer par le fait que les ginestières sont intégrées à de nouvelles logiques économiques, vantées par les agronomes. En effet, des textes se multiplient, qui visent à inculquer aux paysans l’« agriculture nouvelle » [92][92] Bourde, 1967.. Ils incitent à cultiver les terres médiocres en utilisant périodiquement, pour les régénérer, des plantes comme le genêt [93][93] Broussonnet, 1785, p. 127 ; « Mémoire sur le genêt.... Pour Alphonse Mahul, par exemple, le genêt paraît être « le moyen d’approcher de la suppression absolue de la jachère dans les mauvaises terres ». Cet arbrisseau doit en même temps fournir les tissus et cordages dont les paysans ont besoin. Il s’agit donc de remplacer le chanvre par le genêt. Ainsi, les fibres textiles doivent être produites sur des parcelles pauvres, par ailleurs consacrées à l’élevage. Pendant ce temps, les chènevières, riches terrains arrosés qui consomment beaucoup de fumier, peuvent être remplacées par la culture de « denrées de première nécessité » [94][94] Mahul, 1846, p. 219 ; « Mémoire sur le genêt … », 1808,....

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Ces recommandations ont-elles été de quelque portée ? L’exemple du Lodévois a peut-être inspiré des paysans dans les contrées languedociennes voisines, mais l’entretien des genêts se répand avant les écrits d’Auguste Broussonnet [95][95] Broussonnet, 1785, p. 136 ; Thiébaut-de-Berneaud, 1810,.... Comme pour beaucoup d’innovations, l’agronome ne semble donc pas avoir été attendu, du moins dans la région, pour remplacer le chanvre par le genêt. C’est dès la fin du xviie ou le début du xviiie siècle que la prolifération de cet arbuste a dû inciter les cultivateurs à en généraliser un usage textile jusqu’alors peu répandu. Voilà probablement pourquoi, avant Broussonnet, le chanvre est déjà en déclin, au profit des prairies destinées au bétail [96][96] Bourde, 1967 ; Appolis, 1951, p. 413 ; Olivier, 1997-1998,.... Influence de la littérature agronomique ou pas, le genêt d’Espagne participe donc dès le xviiie siècle à l’intensification de la mise en valeur de nombreuses garrigues.

Une quantification difficile

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Après la Révolution, des sources manuscrites permettent d’avancer quelques ordres de grandeur pour tenter de mesurer les surfaces en genêts. En 1811, il y aurait selon la sous-préfecture de Lodève 1 200 ha de ginestières dans l’arrondissement [97][97] Arch. nat., f10 413, doc. cit., 4 septembre 1811.. Plus tard, le cadastre napoléonien, souvent élaboré entre 1829 et 1836, apparaît comme le document le plus précis et le plus exhaustif pour un comptage et une localisation des ginestières[98][98] Arch. dép. Hérault, Sous-série 3 p, Cadastre, Matrices.... Son dépouillement a été mené pour les 51 communes correspondant à l’ancien diocèse civil de Lodève, plus réduit que l’arrondissement.

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Toutefois, même contemporains, les cadastres ne respectent pas tous les mêmes catégories d’occupation du sol. Pour quatre communes, les genêts ont été répertoriés à part dans la récapitulation finale, ce qui simplifie la tâche [99][99] Ibid., Matrices des propriétés foncières : 3 p 1929,.... Mais ailleurs, comme au Puech, où ils sont inclus dans les « genets, patures, hermes et landes », davantage de temps a été nécessaire pour constituer des séries statistiques [100][100] Ibid., 3 p 2188, Le Puech, Cadastre, Matrice des propriétés.... Un dépouillement exhaustif des états de section du cadastre à la recherche des seules parcelles en genêts a été nécessaire. Ont aussi été consultés dans leur totalité les états de section des communes pour lesquelles les genêts n’étaient même pas évoqués avec les pâtures dans les récapitulations. Ce fut l’occasion de vérifier que, pour les localités du Larzac, même le genêt à balais n’était pas mentionné. En revanche, dans d’autres parties du Lodévois, comme à Saint-Guiraud, la présence de ginestières insoupçonnées d’après les récapitulations a montré que ce zèle n’était pas inutile [101][101] Ibid., 3 p 2505, Saint-Guiraud, Cadastre, Tableau indicatif,....

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Les cadastres révèlent la présence massive du genêt sur plus de 800 ha à l’intérieur des limites de l’ancien diocèse civil, surtout autour des vallées de la Lergue et du Salagou (figure 2). Mais certaines communes, considérées comme très concernées par cette culture d’après d’autres documents, sont sous-évaluées. Ceci s’explique par le classement de beaucoup de genêtières dans les pâtures, comme au Bosc, à Saint-Jean-de-la-Blaquière, ou encore à Usclas-du-Bosc où les responsables du cadastre écrivent : « nous avons compris dans les patures les genets et les bruyères etc. » [102][102] Ibid., 3 p 494, Le Bosc, Matrice cadastrale, 1836 ;.... Le problème de la désignation des parcelles est donc encore plus important qu’avec les compoix tant les cadastres sont simplificateurs [103][103] Par exemple, dans Arch. dép. Hérault, 3 p 523, Brenas,.... Enfin, les communaux peuvent receler d’importantes surfaces en genêts, exploitées surtout par les éleveurs [104][104] Thorel, 1785, p. 137.. Les chiffres fournis par les cadastres sont donc à considérer comme des minima. Si bien qu’on peut envisager un maintien voire un accroissement du nombre de genêtières par rapport à 1811, puisque l’évaluation d’alors, 1 200 ha, correspondait à l’arrondissement, plus vaste que notre terrain d’enquête.

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Sans permettre une quantification précise, des sondages dans d’autres documents comme les minutes notariales aident à combler les vides de la carte des communes consacrant des terres au genêt d’Espagne (figure 2). Celle-ci fait désormais d’autant plus ressortir l’opposition entre territoires cultivant la plante et espaces non concernés. Se dessinent en effet très nettement deux régions sans genêts, le plateau du Larzac et la vallée de l’Hérault. En revanche, les genêts poussent aussi hors du Lodévois d’Ancien Régime (figure 1), surtout dans la vallée de l’Orb à l’ouest (à Lunas, Dio-et-Valquières ou Joncels) et dans les avant-monts au sud (à Fos, Valmascle, Cabrières ou Aspiran). Au moins une centaine de communes connaîtraient cette culture, soit « les terres les plus ingrates des environs de Lodève, de Bédarieux, de Clermont ». Pour la sous-préfecture de Lodève, en 1811, la culture du genêt se pratique dans presque toutes les communes des cantons de Lodève et de Lunas, ainsi que dans la moitié de celles du canton de Clermont-l’Hérault [105][105] Bibliothèque de l’ensam, Fonds ancien du lb&pv, Enquête....

L’apport d’une variation d’échelle géographique

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Les données quantitatives disponibles, malgré leurs approximations, sont assez massives pour circonscrire ainsi le cœur de l’aire de culture du genêt textile. Mais elles n’expliquent pas la présence ou l’absence des genêts en un lieu. Il faut donc chercher autrement, en particulier par une cartographie multiscalaire des données disponibles, quels sont les facteurs favorables à la plante en Lodévois.

Des facteurs de localisation obscurs

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On a d’abord cru à un déterminisme géologique. Car, selon Émile Appolis, l’article d’Auguste Broussonnet concernerait la région des « ruffes ». La « ruffe », roche particulièrement aride et brûlante en été, remarquable par sa couleur (du latin rufus = rouge), se trouve seulement au cœur du bassin permien situé quelques kilomètres au sud de Lodève. Et les genêts supportent effectivement ses conditions naturelles hostiles. Mais en réalité, Auguste Broussonnet n’emploie pas le vocable « ruffe », se contentant de préciser que le genêt est cultivé « sur-tout par les habitants des villages des environs de Lodève ». Il affirme en revanche, comme d’autres témoins, que le genêt est particulièrement adapté aux sols de faible profondeur et en pente [106][106] Appolis, 1940 ; Broussonnet, 1785, p. 128 ; Poiteau,.... Certes, ses exemples de villages cultivant le genêt sont tous dans la zone des « ruffes ». Cependant, la confrontation de l’emprise foncière de la plante selon les cadastres avec la carte géologique oblige à corriger la vision caricaturale suggérée par la lecture d’Émile Appolis (figure 5).

Figure 5 - Répartition des genêts à Octon en 1827-1829Figure 5
Sources : Arch. com. Octon, états de sections et plan cadastral
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Les genêts peuvent en effet aussi coloniser les pentes calcaires, basaltiques, argileuses ou gréseuses situées à la périphérie du bassin permien (Saint-Martin-des-Combes, Mourèze, Les Plans), parfois même les bonnes terres lorsqu’elles sont abandonnées comme de nos jours (Val d’Hérault). Bref, « toute espèce de terrein lui convient » [107][107] Rozier, 1793, t. v, p. 244 ; Llaty, 1988, p. 12-13 ;.... Pas plus que la géologie, la pédologie n’explique rien, puisque le genêt apprécie autant les bonnes terres que les pentes médiocres. Seuls les terrains trop en altitude réduisent, sans toutefois l’empêcher complètement, l’extension de la plante. C’est la seule forme de déterminisme naturel qui puisse être admise. Si le genêt d’Espagne a surtout été cultivé sur les mauvais fonds, c’est donc en fonction d’autres critères, sociaux et économiques en particulier. Les ginestières ont en effet été implantées là où l’on ne pouvait rien faire d’autre, et lorsque les autres terrains étaient occupés : « Aussi choisit-on toujours ou le [terrain le] plus stérile ou le plus épuisé » [108][108] Ibid..

Des dynamiques pluriannuelles

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Donc, quelquefois, il y a des genêts sur des terrains alluviaux, pouvant être labourés (figure 5). Là, il ne s’agit pas d’une culture permanente, contrairement à ce qu’ont pu connaître certains espaces rocheux particulièrement infertiles. Quelques tests micro-historiques diachroniques révèlent en effet que le genêt ne pousse pas en continu au même endroit (figures 6 et 7).

Figure 6 - Les parcelles en genêts de Salasc en 1766 (partie ouest du terroirFigure 6
Sources : Carte ign, Top 25, n° 2643 ot, « Lodève-Bédarieux-Lac du Salagou », 2001 ; Arch. dép. Hérault, 190 edt CC 2, plan-terrier de Salasc, 1766 ; numérisation par Pierre Pizzo et Sylvain Olivier
Figure 7 - Les parcelles en genêts de Salasc en 1836 (partie ouest du terroir)Figure 7
Sources : Carte ign, Top 25, n° 2643 ot, « Lodève-Bédarieux-Lac du Salagou », 2001 ; Arch. com. Salasc, cadastre, plan et états de sections, 1836 ; numérisation par Sylvain Olivier
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Les contrats agraires aident à comprendre ces dynamiques dans la répartition spatiale des genêtières. En effet, dès les dernières décennies de l’Ancien Régime puis surtout sous la Révolution et dans la première moitié du xixe siècle, ces dernières ne servent plus seulement à « tirer parti des terreins les plus ingrats, et où aucune autre plante utile ne sauroit prospérer » [109][109]  Broussonnet, 1785, p. 135. Également développé dans.... Même si les usages textile et pastoral demeurent, beaucoup de parcelles en genêts s’inscrivent désormais aussi dans des contrats agraires pluriannuels de plus en plus précis prévoyant leur défrichement. Ainsi, à Octon en 1829, un bail envisage de « faire defricher la vieille ginestiere de Planés a dater du premier fevrier prochain ». À Valmascle, Pierre Nouguier baille à « defricher a moitié fruits » pour six ans « la partie en vieille ginestiere de la piece de terre qu’il possède » [110][110] Arch. dép. Hérault, 2 e 41 / 205, Minute de Blaise.... Ces contrats d’afferme, en argent ou à mi-fruits, généralement passés pour six ou neuf ans, prévoient après le défrichement quelques années consécutives de semis. L’objectif de telles opérations est donc d’accroître les surfaces cultivées en céréales aux dépens des genêts.

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Des cultivateurs achètent aussi des genêtières, peut-être là encore pour les défricher. À cet effet, certains cherchent à bénéficier des exemptions fiscales prévues par la déclaration royale de 1770 [111][111] Bourde, 1967, t. ii, p. 1121-1193.. Mais, si ces avantages sont accordés pour les défrichements des parcelles les moins ostensiblement entretenues, ce n’est peut-être pas le cas de toutes les ginestières, car l’administration veille à distinguer :

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« la culture en genest […] purement préparatoire pour condüire a la culture en grains dans deux ou trois années [de] la culture en genest [correspondant à] une culture […] en usage dans le païs, par rapport a la mauvaise qualité du terroir [utile à] la nourriture des troupeaux, et dont on se sert aussi pour faire du linge » [112][112] Arch. dép. Hérault, c 2827, Intendance de Languedoc,....

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En Lodévois, la différence doit être ténue voire impossible à discerner entre les objectifs de cette culture. Toujours est-il que ce témoignage confirme l’utilisation du genêt afin de préparer au labour, au moins dès la seconde moitié du xviii e siècle, parce que cette légumineuse fertilise la terre par ses racines [113][113] Llaty, 1988, p. 13. Cf. Olivier, 2002, p. 204.. Les défrichements des pâtures de la commune du Puech dans les années 1830 « pour y semer des genets » peuvent aussi être interprétés dans ce sens [114][114] Arch. dép. Hérault, 3 p 2187, Cadastre, « Rapport sur.... Aussi, souvent, avant de rétrocéder les terrains défrichés à leur propriétaire, le bénéficiaire d’un bail doit-il semer de nouveaux genêts. Ainsi dans les années 1830, à Vernazoubres, Louis Galabru peut défricher « telles ginestes qu’il voudra, a la charge pour lui d’en semer une meme contenance au moins trois années avant sa sortie ». À Lavalette, Antoine Arnal est autorisé à défricher « les ginestieres du Champ des Vignes […] et la partie de dessus du pré de Raoust a la charge par lui de semer en genest la cinquieme année du bail ces memes parties ». À Naves, commune de Mourèze, « les preneurs seront tenus de convertir en ginestiere durant le courant du bail […] trois hectares de terrein le plus susceptibles d’en produire » [115][115] Ibid., 2 e 41 / 206, Minute de Blaise Vigné, Octon,....

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Au xixe siècle, la culture du genêt d’Espagne devient donc très importante pour les paysans du Lodévois.

La fin d’une culture « traditionnelle »

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Cependant la concurrence des textiles industriels se fait bientôt sentir [116][116]  Vanden-Berghe, Grisard, 1892, p. 5 ; Bourcier, 1948,.... Certes, en 1851, H.-G. Paris remarque encore que « le genêt fournit […] des filaments qui servent à faire de la toile dans toute la partie montueuse de l’ancien diocèse » de Lodève. Cette observation reste valable en 1859 [117][117] Paris, 1851, t. ii, p. 351 ; Fournet, 1859, p. 1-4. Mais, en 1892, selon Eugène Durand, cette plante « était encore il y a une trentaine d’années, dans les environs de Lodève, l’objet d’une petite industrie qui tend de plus en plus à disparaître » [118][118] Bibliothèque de l’ensam, Fonds ancien du lb&pv, Enquête.... Les membres de la Société nationale d’acclimatation confirment cette désaffection [119][119] Vanden-Berghe, Grisard, 1892, p. 1-4.. En effet, à la demande de l’ambassade d’Angleterre qui veut des échantillons pour le jardin royal de Kew, ils peinent à obtenir des renseignements sur l’utilisation textile de la plante. Parmi leurs correspondants languedociens, ceux de Nîmes insistent sur l’inutilité des différentes espèces de genêts. Ayant découvert le mémoire de Broussonnet, un membre de la Société oriente enfin ses recherches vers Lodève. Le maire de la ville lui adresse alors des échantillons de tissu vieux de 80 ans tout en affirmant que « cette industrie est complètement tombée. Il se fait encore quelque peu de fil, mais pas du tout de toile ». Le professeur Durand, de Montpellier, envoie lui aussi des échantillons et confirme : « J’ai eu assez de peine de me procurer ces divers objets, par suite de la décadence dans laquelle se trouve cette petite industrie dans les environs de Lodève ». Si bien qu’au début du xxe siècle, elle ne subsiste plus que chez quelques paysans de la région [120][120] Vanden-Berghe, Grisard, 1892, p. 1-4 ; Aussel, 1986-1987 ;....

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Puis la Grande Guerre donne lieu à un sursaut d’intérêt, pour faire face à la « raréfaction relative de certains tissus » [121][121] Bourcier, 1948, p. 9.. Les mêmes causes produisent les mêmes effets lors du second conflit mondial, puisqu’en 1939 l’Intendance générale de l’Habillement entame des essais à partir du genêt d’Espagne « en cas de déficience de fibres textiles importées » [122][122] Formigé, 1941, p. 195.. Retour à la terre et logique autarcique obligent, le projet se réveille en août 1940, puis est mis en application au temps de Vichy. Après des expériences menées par le professeur Kuhnholtz-Lordat à l’École d’Agriculture de Montpellier, un système de primes aux cultivateurs est instauré afin de remettre en production de vieux arbustes et d’en semer de nouveaux [123][123] Ibid., p. 196 ; « Le genêt d’Espagne… », 1944 ; Bibliothèque.... De même, les tentatives ultérieures, autour d’Aspiran notamment, résultent de l’impulsion extérieure des industriels et des pouvoirs publics.

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Ce n’était pas le cas avant le déclin de la fin du xixe siècle. Alors qu’au xvii e siècle sa prolifération traduisait une déprise agraire, le genêt d’Espagne était devenu par la suite un exemple de la symbiose entre une société rurale traditionnelle et les ressources de son environnement. Aux xviiie et xixe siècles, la plante entre en effet dans les assolements, étape d’une mise en valeur cyclique des terres. En cette période de pression démographique, elle prépare en particulier la conversion périodique en champs de céréales des pentes ingrates puis leur évite, après quelques années de labours, la transformation en une garrigue sans valeur. Tandis que la racine des genêts retient la terre et fixe l’azote, la mise en ginestière garantit en outre un certain profit, pour les troupeaux et pour produire des toiles. De tels modes d’assolement incluant d’autres espèces de genêt sont connus ailleurs, notamment dans l’Aude, le Tarn, le Rouergue, ou dans l’Ouest, où ils sont réputés traditionnels [124][124]  Thiébaut-de-Berneaud, 1810, p. 14-15 ; Mahul, 1846,.... Mais en Lodévois, aucun agronome ne dénonce de telles pratiques comme routinières. Au contraire, les contrats agraires traduisent un souci nouveau de préserver les usages concurrents du genêt. Ceci suggère une forme de changement agricole, qui s’impose aux paysans face au manque de terres. L’intensification de cette culture participe probablement d’un mouvement d’« irrépressible compression des jachères » [125][125] Moriceau, 2002, p. 246.. La problématique de la plante textile est donc dépassée, pour englober celles du changement agricole et des défrichements.

62

Ceci a peu frappé les historiens, probablement à cause de la non-commercialisation des toiles de genêt, qui n’a pas permis aux chercheurs des contrées voisines d’en découvrir les traces dans leurs sources textuelles. Cette culture a également été masquée par la vigne, à l’essor tellement plus rémunérateur et fulgurant dans la région à la même époque. En revanche, Émile Appolis, l’historien du Lodévois, n’a pas oublié la culture du genêt d’Espagne parce qu’il connaissait bien la région.

63

Pourtant, le genêt d’Espagne n’a pas été cultivé pour ses fibres dans le seul Lodévois, cette région étant simplement un terrain de culture massive mieux documentée qu’ailleurs. L’Italie, par exemple, connaît le rouissage de ses tiges au xviiie comme au xxe siècle. Au xixe siècle, « le genêt d’Espagne est cultivé en grand dans les Cévennes, en Espagne et en Toscane… » mais aussi en Provence et en Dauphiné. Les Espagnols, les Indiens et les Chinois en ont fabriqué des chaussures [126][126] Thiébaut-de-Berneaud, « genêt », in Guérin, 1835, t..... Or, toutes ces contrées n’ont pas entendu Auguste Broussonnet, ni eu leur enfant du pays devenu un ardent promoteur de la modernisation agricole, clamant les spécificités de sa région d’origine. Les conclusions tirées pour le Lodévois peuvent donc guider des recherches dans d’autres lieux, méditerranéens notamment, et pour d’autres époques, où les fibres de genêt ont sûrement été utilisées, même si la documentation disponible y est moins riche.


Bibliographie

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    • Vanden-Berghe, Maximilien, et Grisard, Jules, « Le Genêt comme plante textile et papyfère (genêt d’Espagne et genêt à balais) », communication du 22 janvier 1892, Extrait de la Revue des sciences naturelles appliquées, n° 3, 5 février 1892, 15 p., in 8°. En annexe : réédition du mémoire de Broussonnet et de celui de Victor Yvart, « Mémoire sur les végétaux qui croissent sans culture dans la généralité de Paris, et qui fournissent des parties utiles à l’art du cordier et à celui du tisserand, suivi d’une énumération de plusieurs végétaux dont les aigrettes peuvent être employées à divers usages économiques », 2e partie : « Arbrisseaux filamenteux qui croissent sans culture dans la généralité de Paris », Société royale d’agriculture de Paris, 1787, p. 11-15.
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  • Des nouvelles tentatives d’exploitation du genêt à la naissance de l’intérêt patrimonial

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Notes

[*]

Agrégé d’Histoire, Doctorant en histoire moderne à l’Université de Caen, Hameau de Roques, 34800 Salasc. Courriel : <sylvolivier@ voila. fr>.

[1]

Vilback, 1825, p. 495-496. L’orthographe des citations a été respectée.

[2]

Broussonnet, 1785, p. 127-136 ; id., 1787, p. 294-298 ; Journal de Languedoc, 15 février 1787.

[3]

Antoine, 2002, p. 220-223 ; Moriceau, 2005, p. 211-212.

[4]

Broussonnet, 1785 ; Arch. nat., f10 413, Administration générale, Commission d’agriculture, Renseignements statistiques sur les chanvres et lins, an III-1811 : Lettre de la sous-préfecture de Lodève au Préfet de l’Hérault, 4 septembre 1811 ; Paris, 1851, t. ii, p. 370-371 ; Appolis, 1940 ; id., 1951. Toutes les localités mentionnées sont situées figure 1 ou figure 2.

[5]

Appolis, 1940 ; Llaty, 1988 ; Cooman, 1997. Aussi, la revue languedocienne Arts et Traditions rurales a-t-elle réimprimé cette source essentielle, à la suite d’un article dans lequel nous avons fait le point sur la culture du genêt. Cf. Olivier, 2002.

[6]

Ibid., p. 214 ; Arch. nat., f10 413, doc. cit., 4 septembre 1811. Thiébaut-de-Berneaud, 1810, p. 48 ; Appolis, 1940, p. 47-48 ; Bourcier, 1948, p. 4, 6 ; Llaty, 1988, p. 37.

[7]

Arch. nat., f 10 413 : Lettre du préfet de l’Hérault au ministre de l’Intérieur, 10 septembre 1811. Cf. aussi Broussonnet, 1785, p. 136 ; Appolis, 1940 ; Llaty, 1988 ; etc.

[8]

Bourde, 1967, vol. ii, p. 661-662.

[9]

Appolis, 1951, p. 6 ; Cooman, 1997, p. 237 ; Llaty, 1988, p. 12.

[10]

Knab, L., « genêt », in Berthelot et alii, (dir.), 1885-1902, t. xviii, p. 733 ; Larousse, 1866-1876, réimpr. 1990, t. xi, p. 1144 ; Formigé, 1941, p. 195, 201.

[11]

« Le genêt d’Espagne… », 1944, p. 8.

[12]

Broussonnet, 1785, p. 128.

[13]

Formigé, 1941 ; Llaty, 1988 ; Cooman, 1997.

[14]

Knab, L., « genêt », in Berthelot et alii, (dir.), 1885-1902, t. xviii, p. 733. Une photographie publiée, apparemment par erreur, dans Boyer, 1941, p. 391, ne permet pas d’envisager l’utilisation textile de l’argealas ou genêt épineux en Lodévois : Olivier, 2002, p. 206.

[15]

Formigé, 1941 ; Aussel, 1986-1987 ; Llaty, 1988 ; Cooman, 1997 ; Aussel, Parado, 2001 ; etc.

[16]

Cooman, 1997, p. 243-246 ; Bardies, Émile, « La culture du genêt d’Espagne », Le Paysan du Midi, 24 avril 1952, cité par Llaty, 1988, p. 88-89.

[17]

Un « Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 4-5, mentionne trop vaguement les toiles à base de « Genêt cytise ou Genêt commun » en Lodévois.

[18]

Richer de Belleval, 1598, rééd. 1785, p. 19 : Genista ; Tournefort, 1694, t. i, p. 504 : Genista juncea ; Sauvages, 1751, p. 93 : Genista juncea ; Goüan, 1765, p. 179 : « genêt d’Espagne », Genista juncea.

[19]

Duhamel du Monceau, 1804, t. ii, p. 70, 71, pl. 22.

[20]

Id., 1755, t. i, p. 203. Cf. aussi Thiébaut-de-Berneaud, 1810, p. 8.

[21]

Linné, 1780, t. iii, p. 401, Spartium junceum.

[22]

Lamarck, 1786, t. ii, p. 618 ; Guillemin, « genêt », in Bory de Saint-Vincent, (dir.), 1825, t. vii, p. 223 ; Arch. dép. Hérault, 6 m 1693, Statistiques agricoles, Lettre de « J. Draparnaud, secrétaire de la Société d’agriculture de l’Hérault au citoyen Préfet du Département de l’Hérault », 5 vendémiaire an X.

[23]

Broussonnet, 1785, p. 127-128 ; Appolis, 1940, p. 42-43 ; Biographie universelle ancienne et moderne…, Paris, Michaud, 1811-1828, 52 vol., t. vi, 1812, 666 p. (Chaussier et Adelon, et Du Petit-Thouars, « Broussonnet », p. 45-48) ; Dayrat, 2003, p. 208-216.

[24]

Par exemple, Appolis, 1940, p. 47 : 3 degrés dans le compoix de Soumont de 1696 ; Arch. dép. Hérault, 3 p 1335, « Rapport du contrôleur principal des contributions directes sur l’expertise cadastrale de la commune de Lodève », 15 juillet 1835 : 2 classes dans le cadastre de Lodève ; etc.

[25]

Ibid., 3 p 493, Le Bosc, Expertise cadastrale, 1er octobre 1835.

[26]

Arch. dép. Hérault, 2 e 68 / 117, Minute de Benoît Aurias, Pézenas, 28 décembre 1774, p. 6. Ibid., 2 e 41 / 97, Minute de François Duguiés, Salasc, 8 août 1775, f° 75 v° ; 29 août 1775, f° 87 v° ; 17 septembre 1775, f° 110 r° ; 27 octobre 1775, f° 129 r°. Ibid., 2 e 25 / 555, Minute de Pierre Léotar, Clermont, 14 juillet 1787, f° 173 v°.

[27]

Ibid., 3 p 493, « Cadastre parcellaire, rapport du contrôleur chargé de l’expertise de la commune du Bosc », 1er octobre 1835.

[28]

Ibid., 3 p 2541, Saint-Jean de la Blaquière, « Expertise cadastrale, Rapport particulier de l’inspecteur », 21 avril 1835.

[29]

Arch. privées de Monsieur Cami, d’Octon, document communiqué par Anne Dugniolle : Extrait de la minute de Pierre Duguiés, Salasc, 27 avril 1738. Arch. dép. Hérault, 2 e 41 / 97, Minute de François Duguiés, Salasc, 23 octobre 1775, f° 124 v°. Ibid., 2 e 39 / 943, Minute de Gaspard-Amédée Boissieux, Saint-Jean-de-la-Blaquière, 14 janvier 1830, n° 4.

[30]

Ibid., 83 edt 1 n 1, Lauroux, Dépaissance des bêtes à laine au tènement de Baume Rouge, procès-verbal d’infraction du garde champêtre, 1840.

[31]

Serres, 1600, rééd. 1805, t. ii, p. 430 ; Thiébaut-de-Berneaud, 1810, p. 19 ; id., in Guérin, 1835, t. iii, p. 371.

[32]

Durand, 1998, passim ; Bauhin, Cherler, 1650, t. i, liber xi, p. 397 ; Magnol, 1676, p. 105.

[33]

Bauhin, Cherler, 1650, t. i, liber xi, p. 397 ; Estienne, Liébault, 1689, p. 260.

[34]

Appolis, 1940, p. 47.

[35]

Duhamel du Monceau, 1755, t. i, p. 258-259 ; M. le chevalier de Jaucourt, « genêt d’Espagne », in Diderot et d’Alembert (dir.), 1767, t. vii, p. 577.

[36]

« Description de la maniere dont on fabrique le fil & la toile de Genêt… », 1756, p. 152-156. Broussonnet, 1785, p. 132-133, affirme que c’est par erreur que la traduction française de l’article italien d’origine, reprise par ailleurs dans Rozier, 1793, t. v, p. 246-247, a fait état de genêt à balai. Thiébaut-de-Berneaud, 1810, p. 51-52, qui a voyagé en Toscane (p. 66), cite nommément le « genêt d’Espagne » roui dans des sources thermales, notamment dans la vallée de Casciana. Desfontaines, 1809, t. ii, p. 272, suit Broussonnet.

[37]

Histoire de l’Académie royale des sciences..., 1763, t. ii, p. 97-98.

[38]

La Nouvelle maison rustique…, 1772, t. i, p. 616.

[39]

Cf. supra pour 1738. Appolis, 1951, p. 567 : autres références pour 1732, 1733 et 1742.

[40]

Broussonnet, 1785 (sur sa biographie, cf. supra note 23) ; Willemet, 1795, p. 86-90 (se trouve aussi dans sa Phytographie économique et rurale : Appolis, 1940, p. 42) ; Thiébaut-de-Berneaud, 1810, p. 13, 21 ; id., in Guérin, 1835, t. iii, p. 372.

[41]

Valmont-Bomare, 1800, t. vi, p. 85-88 ; Desfontaines, 1809, t. ii, p. 271-272 ; Demusset, « genêt » in Rozier, 1815, t. iii, p. 559, contrairement à Rozier, 1793, t. v, p. 244-247 ; Marc Dutour, « genêt », in Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle appliquée aux arts, à l’agriculture…, 1817, t. xii, p. 599-601 ; Teissier, Thouin, et Bosc, 1821, t. vii, par Bosc et Baudrillard, p. 529.

[42]

Loiseleur des Longchamps, « genêt », in Cuvier, (dir.), 1820, t. xviii, p. 314-316. Cf. aussi Bosc, « Landes », in Teissier, Thouin et Bosc, 1813, t. v, p. 148 ; Baudement, « genêt », in Orbigny, 1845, t. vi, p. 71-72. Le lien avec les abeilles est la seule affirmation de Broussonnet sujette à caution, après enquête auprès d’apiculteurs : Broussonnet, 1785, p. 136, confond certainement le genêt à balai, butiné de nos jours notamment sur l’Escandorgue, et le genêt d’Espagne, affirmant que « ces deux espèces de genêt donnent des fleurs que les abeilles recherchent beaucoup ».

[43]

L. Knab, « genêt », in Berthelot et alii (dir.), 1885-1902, t. xviii, p. 733.

[44]

Broussonnet, 1785, p. 133-134 ; Willemet, 1795, p. 89 : entre frimaire et floréal ; Thorel, 1785 ; Larousse, 1866-1876, réimpr. 1990, t. xi, p. 1144 ; J. Beugnot, « catarrhe vésical » ou « genestade », in Bixio, (dir.), 1844, t. ii, p. 314. Cf. aussi Olivier, 2002, p. 203-204.

[45]

« Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 8-9.

[46]

Arch. dép. Hérault, 3 p 2078, Cadastre, « Rapport sur l’expertise de la commune des Plans », 6 mai 1835.

[47]

Ibid., b Ordinaires du Bosc, n° 53, Dépaissance des troupeaux, 1748-1789, Plainte du 16 avril 1787. Ibid., 2 e 41 / 97, Minute de François Duguiés, Salasc, 23 octobre 1775, f° 124 v°. Ibid., 2 e 41 / 205, Minute de Blaise Vigné, Octon, 26 août 1829, n° 84.

[48]

Appolis, 1940, p. 47-48.

[49]

Arch. dép. Hérault, 2 e 41 / 89, Minute de Pierre Duguiés, Salasc, 3 novembre 1747, f° 118 v°. Ibid., 2 e 41 / 114, Minute de Jean Antoine Lugagne, Octon, 11 novembre 1810, n° 170. Ibid., 2 e 41 / 97, Minute de François Duguiés, Salasc, 8 août 1775, f° 75 v° ; 17 septembre 1775, f° 110 v°.

[50]

Ibid., 2 e 41 / 118, Minute de Blaise Vigné, Octon, 22 février 1822, n° 19.

[51]

Arch. privées de Monsieur Cami, doc. cit., 27 avril 1738.

[52]

Thiébaut-de-Berneaud, 1810, p. 45.

[53]

Llaty, 1988, p. 13.

[54]

Durand, Forest, Gardeisen, Ruas, 1997, p. 15 ; Barry, Le Roy Ladurie, 1962, p. 440, 442.

[55]

Bauhin, Cherler, 1650, t. i, liber xi, p. 397 ; Magnol, 1676, p. 105 ; Bibliothèque de l’École nationale supérieure agronomique de Montpellier (ensam), Fonds ancien du laboratoire de biologie et pathologie végétales (lb&pv), Enquête d’Eugène Durand, professeur de botanique à Montpellier, 1892.

[56]

M. le chevalier de Jaucourt, « genêt d’Espagne », in Diderot, d’Alembert, (dir.), 1767, t. vii, p. 577 ; Broussonnet, 1785, p. 127-129 ; Willemet, 1795, p. 87. Cf. Appolis, 1940, p. 44 ; et Olivier, 2002, p. 208.

[57]

Duhamel du Monceau, 1804, t. ii, p. 71 ; « Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 4 ; Oscar Leclerc-Thouin, « Des arbres et arbrisseaux fourragers », in Bixio, (dir.), 1844, t. i, p. 525.

[58]

Arch. dép. Hérault, b Ordinaires du Bosc, n° 53, Dépaissance des troupeaux, 1748-1789, Plainte du 23 septembre 1772 ; ibid., Plainte du 27 août 1774. Ibid., 2 e 41 / 97, Minute de François Duguiés, Salasc, 8 août 1775, f° 74 v° ; 17 septembre 1775, f° 107 v°. Ibid., 2 e 40 / 371, Minute d’Étienne Martin, Lodève, 24 fructidor an XI, n° 291. Ibid., 2 e 41 / 114, Minute de Jean Antoine Lugagne, Octon, 11 novembre 1810, n° 170. Cf. aussi infra.

[59]

Cf. supra, et Broussonnet, 1785, p. 129 ; « Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 4 ; La Nouvelle maison rustique…, 1772, t. ii, p. 320.

[60]

Arch. dép. Hérault, 2 e 41 / 90, Minute de Pierre Duguiés, Salasc, 17 novembre 1748, n° 66, f° 98 v°. Bartasses, barthes = buissons, broussailles.

[61]

« Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 4-5.

[62]

Poiteau, « Du genêt », in Bixio, (dir.), 1844, t. ii, p. 35 ; Fournet, 1859, p. 2.

[63]

Mahul, 1846, p. 219-220.

[64]

Arch. dép. Hérault, 2 e 41 / 97, Minute de François Duguiés, Salasc, 8 août 1775, f° 74 v°.

[65]

Broussonnet, 1785, p. 135, repris par Willemet, 1795, p. 89.

[66]

Poiteau, « Du genêt », in Bixio, (dir.), 1844, t. ii, p. 35.

[67]

Fournet, 1859, p. 2.

[68]

Poiteau, « Du genêt », in Bixio, (dir.), 1844, t. ii, p. 35.

[69]

Broussonnet, 1785, p. 130 ; Appolis, 1940 ; Llaty, 1988, p. 43-48.

[70]

xviie siècle : Arch. dép. Hérault, 2 e 26 / 301, Minute de Jean Forest, Salasc, 1er septembre 1629, f° 22 r° (à Basse, taillable de Lauzières, aujourd’hui commune d’Octon). Ibid., 2 e 26 / 305, Minute de Jean Forest, Salasc, 5 décembre 1633, f° 25 v° (à Lavalette) ; ibid., 2 e 39 / 913, Minute de Firmin Seguret, Saint-Jean-de-la-Blaquière, 10 mai 1641, f° 155 v° (au Bosc).

[71]

Le Roy Ladurie, 1966.

[72]

Thorel, 1785, p. 137.

[73]

Olivier, 2002, p. 216.

[74]

Le Roy Ladurie, 1966.

[75]

Olivier, 1997-1998.

[76]

Arch. dép. Hérault, 115 edt cc 2, Compoix de Mourèze, 1611.

[77]

Ibid., 1 mi 433 r1, Copie de Arch. com. Lacoste, cc 1, Compoix, 1606, f° 277 r°.

[78]

Ibid., 133 edt cc 2, Les Plans, « Livre des estimations pour le compoix de 1604 », passim.

[79]

Le Roy Ladurie, 1966, t. i, p. 423, t. ii, p. 926. Confirmé notamment par Arch. dép. Hérault, 2 e 39 913, Minute de Firmin Seguret, Saint-Jean-de-la-Blaquière, 13 août 1640, f° 61 v° : au Bosc, « a cauze des guerres cruelles […], & d au(tr)es [habitants] estant mortz, les biens & des ungs et des au(tr)es restent vagues & non valloix ».

[80]

Aussel, 1986-1987, p. 148.

[81]

Olivier, 1997-1998, p. 84-85 ; Le Roy Ladurie, 1966, t. ii, p. 937.

[82]

Arch. dép. Hérault, 2 e 26 / 301, Minute de Jean Forest, Salasc, 20 octobre 1629, f° 72 r°-v°. Cf. Olivier, 2002, p. 216-217.

[83]

Arch. dép. Hérault, 115 edt cc 3, Compoix de Mourèze, 1646-1648.

[84]

Le Roy Ladurie, 1966, t. i, p. 422.

[85]

Arch. dép. Hérault, 1 mi 546 r 3, 133 edt cc 5, Compoix des Plans, 1643, passim et f° 157 v°-166 r°.

[86]

Le Roy Ladurie, 1966.

[87]

Arch. com. Mérifons, g 1, Compoix de Malavieille, 1665 ; Arch. com. Octon, Compoix de Lauzières, 1666 ; Arch. dép. Hérault, 24 edt cc 1, Compoix du Bosc, 1670.

[88]

Arch. dép. Hérault,, 174 edt g 2, Compoix de Saint-Jean-de-la-Blaquière (datation : Olivier, 2002, p. 216).

[89]

Arch. com. Octon, Compoix de Saint-Martin-des-Combes, 1668 ; Arch. dép. Hérault, 40 edt cc 1, Compoix de Brenas, 1667 ; Appolis, 1940, p. 47 ; Arch. dép. Hérault, g 3872, Compoix d’Olmet, 1707.

[90]

Sur la notion de changement agricole : Moriceau, 2002, p. 236-276.

[91]

Cholvy, in id., (dir.), 1993, p. 334-335.

[92]

Bourde, 1967.

[93]

Broussonnet, 1785, p. 127 ; « Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 1-2, 8-9 ; Thiébaut-de-Berneaud, 1810, p. iii ; Oscar Leclerc-Thouin, « Des arbres et arbrisseaux fourragers », in Bixio, (dir.), 1844, t. i, p. 525 ; id., « Engrais produits par les parties vertes », ibid., p. 88-89.

[94]

Mahul, 1846, p. 219 ; « Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 2-3.

[95]

Broussonnet, 1785, p. 136 ; Thiébaut-de-Berneaud, 1810, p. 49 ; id., « genêt », in Guérin, 1835, t. iii, p. 373.

[96]

Bourde, 1967 ; Appolis, 1951, p. 413 ; Olivier, 1997-1998, p. 85 ; Mémoires sur le Languedoc…, 1788, éd. 1989, p. 152.

[97]

Arch. nat., f10 413, doc. cit., 4 septembre 1811.

[98]

Arch. dép. Hérault, Sous-série 3 p, Cadastre, Matrices et états de section, xixe siècle.

[99]

Ibid., Matrices des propriétés foncières : 3 p 1929, Olmet-et-Villecun, 1835 ; 3 p 2080, Les Plans, 1835 ; 3 p 1337, Lodève, 1835 ; 3 p 2722, Salasc, 1837.

[100]

Ibid., 3 p 2188, Le Puech, Cadastre, Matrice des propriétés foncières, 1835, « récapitulation des contenances et des revenus imposables ».

[101]

Ibid., 3 p 2505, Saint-Guiraud, Cadastre, Tableau indicatif, 1836, passim.

[102]

Ibid., 3 p 494, Le Bosc, Matrice cadastrale, 1836 ; 3 p 2542, Saint-Jean-de-la-Blaquière, Matrice cadastrale, 1835 ; 3 p 2956, Usclas-du-Bosc, Cadastre, Expertise, 1835.

[103]

Par exemple, dans Arch. dép. Hérault, 3 p 523, Brenas, Matrice des propriétés foncières, 1829, Section a, n° 315 = genêts ; 3 p 522, Brenas, Tableau indicatif, 1829, Section a, n° 315 = pâture.

[104]

Thorel, 1785, p. 137.

[105]

Bibliothèque de l’ensam, Fonds ancien du lb&pv, Enquête d’Eugène Durand, professeur de botanique à Montpellier, 1892 ; « Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 4 ; Arch. nat., f10 413, doc. cit., 4 septembre 1811. Cf. aussi Olivier, 2002, p. 218.

[106]

Appolis, 1940 ; Broussonnet, 1785, p. 128 ; Poiteau, « Du genêt », in Bixio, 1844, t. ii, p. 35.

[107]

Rozier, 1793, t. v, p. 244 ; Llaty, 1988, p. 12-13 ; Arch. nat., f10 413, doc. cit., 4 septembre 1811.

[108]

Ibid.

[109]

Broussonnet, 1785, p. 135. Également développé dans « Mémoire sur le genêt … », 1808, p. 2.

[110]

Arch. dép. Hérault, 2 e 41 / 205, Minute de Blaise Vigné, Octon, 26 août 1829, n° 84. Ibid., 2 e 41 / 206, Minute de Blaise Vigné, Octon, 24 octobre 1830, n° 141.

[111]

Bourde, 1967, t. ii, p. 1121-1193.

[112]

Arch. dép. Hérault, c 2827, Intendance de Languedoc, Agriculture, Défrichements, 1771-1789, Pce 37, lettre de Joubert, syndic général, à Montpellier, le 1er août 1771.

[113]

Llaty, 1988, p. 13. Cf. Olivier, 2002, p. 204.

[114]

Arch. dép. Hérault, 3 p 2187, Cadastre, « Rapport sur l’expertise de la commune du Puech », 1835.

[115]

Ibid., 2 e 41 / 206, Minute de Blaise Vigné, Octon, 25 avril 1830, n° 38 ; 26 septembre 1830, n° 103 ; ibid., 2 e 41 / 209, Minute de Blaise Vigné, Octon, 1er août 1835, n° 84.

[116]

Vanden-Berghe, Grisard, 1892, p. 5 ; Bourcier, 1948, p. 7-8.

[117]

Paris, 1851, t. ii, p. 351 ; Fournet, 1859, p. 1-4.

[118]

Bibliothèque de l’ensam, Fonds ancien du lb&pv, Enquête d’Eugène Durand, doc. cit., 1892.

[119]

Vanden-Berghe, Grisard, 1892, p. 1-4.

[120]

Vanden-Berghe, Grisard, 1892, p. 1-4 ; Aussel, 1986-1987 ; Boyer, 1941, p. 391.

[121]

Bourcier, 1948, p. 9.

[122]

Formigé, 1941, p. 195.

[123]

Ibid., p. 196 ; « Le genêt d’Espagne… », 1944 ; Bibliothèque de l’ensam, Fonds ancien du lb&pv, Notes et correspondances sur le genêt textile, xixe-xxe siècles.

[124]

Thiébaut-de-Berneaud, 1810, p. 14-15 ; Mahul, 1846, p. 219 ; Le Roy Ladurie, 1966, t. i, p. 77 ; Olivier, 2002, p. 204 ; Antoine, 2002, p. 220-223.

[125]

Moriceau, 2002, p. 246.

[126]

Thiébaut-de-Berneaud, « genêt », in Guérin, 1835, t. iii, p. 373-374 (sur l’Italie notamment) ; Hugounenq, 1937 ; Grignac, 1955, p. 44 ; Larousse, 1866-1879, réimpr. 1990, t. xi, p. 1144 ; M. V.-B., 1891, p. 555. Cf. Olivier, 2002, p. 218.

Résumé

Français

Le genêt d’Espagne a parfois été entretenu pour ses fibres fournissant une toile grossière. Autour de Lodève, d’après les archives cadastrales et notariales, la plante est rare au début du xviie siècle, lorsque les labours dominent. Puis elle se répand, parallèlement aux progrès des friches. Mais, au xixe siècle, sa présence massive participe à de nouvelles pratiques agricoles. Les paysans cherchent à concilier utilisation textile et vocation pastorale des genêtières, avec un rôle croissant de préparation des garrigues à l’ensemencement en céréales. Le genêt est donc un végétal aux multiples usages, dont l’évolution culturale éclaire le rapport entre société rurale et campagnes languedociennes.

Mots-clés

  • agriculture
  • Broussonnet
  • changement agricole
  • élevage
  • garrigues
  • genêt d’Espagne
  • Languedoc
  • Lodévois
  • textile

English

From time to time, wild-growing Spanish broom has been cultivated on account of its fibres, which could be used to make a rough fabric. The cadastral and notarial archives of the region of Lodève show that the plant was still rare at the beginning of the xviith century, when ploughing was the dominant practice. It began to spread when the extent of fallow land increased. However, it was only in the xixth century that Spanish broom became a massive presence giving rise to new agricultural practices. Peasants not only exploited the plant for making textiles and used the broomfields for pastoral purposes, they also cultivated Spanish broom to fertilize and prepare the ground for the seeding of cereals. Thus, the study of broom and its various uses increases our understanding of the relationship between rural society and the Languedocian countryside.

Keywords

  • agricultural change
  • agriculture
  • Broussonnet
  • cattle raising
  • garrigues
  • Languedoc
  • Lodévois
  • Spanish broom
  • textile

Plan de l'article

  1. La genêtière : entre ager et saltus
    1. Indentification botanique
      1. Plusieurs variétés de genêt
      2. Les dénominations du genêt d’Espagne
    2. Une plante utile
      1. Paysans et genêt textile
      2. Agronomes et genêt textile
      3. Éleveurs et genêtières
    3. Les façons culturales des genêtières
      1. Les semis
      2. L’entretien et la récolte
  2. Genêtières et conjoncture : des relations complexes
    1. La multiplication des genêts (xviie-xviiie siècle)
      1. Des genêts rares dans un Languedoc peuplé
      2. Des genêts en essor suite aux abandons de terres
    2. L’apogée du genêt (fin xviiie-début xixe siècle)
      1. Genêts et changement agricole
      2. Une quantification difficile
    3. L’apport d’une variation d’échelle géographique
      1. Des facteurs de localisation obscurs
      2. Des dynamiques pluriannuelles
  3. La fin d’une culture « traditionnelle »

Pour citer cet article

Olivier Sylvain, « Le genêt textile (xviie-xixe siècle). Une dynamique agricole en Lodévois », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2005 (Vol. 23), p. 137-168.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2005-1-page-137.htm


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