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Histoire & Sociétés Rurales

2005/1 (Vol. 23)


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Archéologie Médiévale, t. 34, 2004, Paris, cnrs Éditions, 325 p., ill., 36 €, isbn 2271062403

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Le sommaire du 34e tome d’Archéologie Médiévale fait à nouveau une large place à l’archéologie rurale, seule la première contribution, sur un total de huit, étant dédiée à l’étude d’un îlot urbain de Quimper, du xiiie au xviie siècle. Les articles, qui totalisent 174 pages, sont comme toujours suivis par la très utile « Chronique des fouilles médiévales en France » (133 p.), du « Bulletin critique » (3 ouvrages sur la céramique du haut Moyen Âge, l’archéologie funéraire et chrétienne, 9 p.) et des « Livres reçus » (6 p.). L’ouvrage renoue avec le monde rural dès le deuxième article, consacré aux ateliers monétaires et mines d’argent de l’arc alpin du xie au xv e siècle. Les auteurs, Marie-Christine Bailly-Maître et Michel Dhénin, proposent de restituer dans cette première synthèse thématique les différents aspects techniques, économiques et politiques relatifs à la production d’argent métal, en vue de mettre en lumière les modalités de l’acquisition du minerai et de sa transformation en métal blanc, tout en proposant un bilan de l’activité des ateliers monétaires et du rôle des pouvoirs dans le contrôle et l’organisation des mines et des ateliers. La démonstration, articulée sur un plan chronologique, montre combien cet objet d’étude pluridisciplinaire s’inscrit au centre des préoccupations politiques des seigneuries alpines et du comté de Savoie. À l’issue d’un dialogue densément nourri par de nombreuses prospections pédestres couplées à un volumineux dossier de sources écrites, la conclusion archéométrique laisse le lecteur quelque peu sur sa faim, faute justement de pouvoir encore proposer une véritable conclusion, en l’état actuel des données, sur la caractérisation métallographique des monnaies et des minerais étudiés dont la liste exhaustive (pour les Alpes françaises, suisses et italiennes, avant 1500) est rappelée en annexe. Il est vrai que depuis le lecteur peut disposer d’une synthèse plus riche avec le dernier ouvrage de Marie-Christine Bailly-Maître, L’Argent. Du minerai au pouvoir dans la France médiévale…, recensé par Jérôme Jambu, supra p. 240-242.

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Les six contributions suivantes composent un dossier dirigé par Armelle Querrien, qui présente les résultats des fouilles de la résidence aristocratique rurale de Montbaron, près de Levroux (Indre), dont l’occupation s’étale de la fin du xie au début du xiiie siècle. Découvert en 1976 à l’occasion d’un survol aérien, le site a fait l’objet de deux prospections électrique et magnétique, en 1991 et 1996, suivies d’une série de sondages dans le cadre d’une opération pluriannuelle de fouille programmée, assurée en partenariat avec l’Association pour la Recherche en Histoire et Archéologie Médiévales de l’Indre, basée au pied de la motte de Moulins-sur-Céphons. Il se compose d’un vaste système fossoyé qui se développe autour de deux plateformes au sommet desquelles s’est perché l’habitat.

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À l’instar du précédent article, cette publication revêt un caractère pluridisciplinaire : aux données archéologiques succèdent l’étude numismatique, celle des métaux employés dans les objets du quotidien (fers à cheval et outils agricoles), les premiers résultats des analyses anthracologiques et palynologiques ; ces informations sont synthétisées dans une conclusion générale proposée par Armelle Querrien, qui fait le point sur les principaux acquis de cette fouille programmée. Le site aristocratique de Montbaron – qui n’est désigné comme une « maison-forte » qu’à la toute fin de l’article (p. 168), renouant ainsi avec un thème fort de l’archéologie médiévale, il est vrai quelque peu délaissé, comme le déplore à juste titre Armelle Querrien, depuis les rencontres de Caen (1980) et de Nancy (1984) – s’est établi à la fin du xie siècle au sein d’un terroir déjà anciennement occupé, ce que confirment l’ancienneté des témoins d’occupation mis au jour qui nous renvoient au Hallstatt, à La Tène ancienne, et à l’époque gallo-romaine. L’occupation médiévale se développe au sein d’un vaste système fossoyé divisé en deux enclos, l’un pentagonal, l’autre trapézoïdal. Le premier enclos abrite en son centre une aire aménagée d’une couche de mortier sur laquelle ont été mises en évidence des traces de bâtiments à fondations de pierre, un puits, une batterie de silos d’où provient l’essentiel du mobilier, quelques fosses et trous de poteaux. Une phase d’occupation légèrement plus récente succède à la première, correspondant à une occupation domestique comparable implantée au sommet d’une seconde plateforme, qui se distingue toutefois de la première par la présence d’un four à pain semi-circulaire abandonné, avec l’ensemble de l’habitat, au début du xiii e siècle. Suit l’étude détaillée du mobilier, majoritairement composé de céramiques auxquelles s’adjoint une belle série d’objets témoignant du statut social comme des activités premières des occupants : équipement équestre et domestique, outillage agricole métallique et lithique, pièces d’armement et de vêtement, récipients en verre, etc. On notera surtout dans cet ensemble la présence d’un lot d’outils en fer en bon état de conservation, parmi lesquels on dénombre un soc d’araire, une probable pointe de coutre, des lames de faux, faucilles, serpes et autres serfouette, cognée, houes, fer de bêche, scie, curette d’aiguillon ou griffe de templet ; autant d’éléments intéressants la vie rurale et les techniques agricoles mises en œuvre autour de ce site. Si l’étude numismatique ne livre que peu d’éléments supplémentaires, celle des fers à cheval et de six outils en fer, menée en collaboration avec des spécialistes de la paléométallurgie réunis sous la direction de Philippe Dillmann (Institut de Recherches sur les Archéomatériaux, cea Saclay), apporte des informations inédites sur l’histoire du procédé de réduction indirecte du minerai de fer, comme sur les techniques de fabrication médiévales d’outils en fer phosphoreux et en acier, à l’instar de la houe et de la cognée de Montbardon dont les propriétés ont été améliorées par cémentation et trempage. Le résultat des analyses anthracologiques et palynologiques permettent de retracer les grandes lignes de l’évolution du paysage végétal depuis la protohistoire, marquée par la présence d’un couvert végétal résiduel associé à une ripisylve ainsi qu’à des cultures céréalières, jusqu’aux xie-xiii e siècles au cours desquels la maison-forte se développe dans un environnement plus ouvert, accueillant des cultures variées (crucifères de type Synapis – moutarde, colza, etc. – et ombellifères). Au vu de ces riches résultats, Armelle Querrien interprète ce site comme le centre d’un domaine agricole dont la mise en valeur se double d’un aspect stratégique lié à la surveillance du gué de la Trégonce, point de passage obligé sur la voie romaine reliant Orléans et Limoges, mentionnée en 1231 comme via publica. Elle replace l’histoire de la maison-forte de Montbardon dans le cadre de la seigneurie de Déols, et conclut sur un non-lieu à propos d’une éventuelle explication de l’abandon de ce site par des circonstances militaires, préférant évoquer certains facteurs de dégradation naturelle de l’habitat, et notamment les effondrements de terrain qu’elle a observés au niveau des plateformes domestiques. On notera tout l’intérêt que présente cette approche à la fois archéologique, historique et environnementale, livrant au lecteur un regard neuf sur les différents facteurs qui ont présidé à la naissance, l’évolution et l’abandon de cette demeure aristocratique « empreinte de ruralité », dont le type est souvent absent des sources écrites, dans un cadre étendu à la longue durée.

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Vincent Carpentier

Jérôme Dupasquier, « Choses remarquables à la postérité… ». Chroniques des pays de l’Ain à travers les notes marginales des prêtres et notaires (1577-an 10), Bourg-en-Bresse, Archives départementales de l’Ain / Les Amis des Archives, 2004, 240 p.

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Jérôme Dupasquier publie aujourd’hui un recueil de sources trop peu éditées : les apostilles des registres paroissiaux et notariés de l’Ain. On comprend tout de suite à quel point la trop rare collaboration entre lecteurs de vieux papiers de tous horizons a ici porté ses fruits, en offrant une foule de notes laissées « à la postérité » par des prêtres et des notaires observateurs scrupuleux de leur environnement rural : ce bel effort de compilation constitue donc le point fort de l’ouvrage.

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La seule faiblesse importante, mais formelle, du volume réside, il faut bien le dire, dans son introduction (p. 5-11) qui, trop pressée à décrire l’Ancien Régime, multiplie raccourcis et clichés. La paysannerie locale – catégorisation peu opératoire – est dépeinte trop facilement comme écrasée d’impôts, impôts qui engraisseraient directement clergé, noblesse et bourgeoisie, considérés par l’auteur comme « non-productifs », alors même que leur rôle économique et social sous l’Ancien Régime est loin, très loin, de se limiter à un immobilisme rentier permanent. Des liens trop directs sont aussi tissés entre augmentation des prix et effondrement du niveau de vie, alors même que ces rapports sont complexes et fluctuants. Quant à la pratique notariée, elle n’est pas réservée, au Moyen Âge, aux ordres privilégiés et aux notables avant de s’ouvrir soudainement au commun des ruraux avec l’entrée dans l’Époque moderne. L’auteur s’attache aussi à commenter le riche recueil documentaire qu’il a assemblé. Là encore, l’édit de Villers-Cotterêt n’explique pas à lui seul la meilleure tenue de registres de toutes sortes, car la réglementation n’est pas suivie d’une application mécanique et immédiate. Les apostilles, centrales pour donner plus de vie à l’histoire rurale, ne revêtent donc pas un intérêt secondaire lorsque les prêtres ou les notaires commentent les grands événements, dont la résonance dans les campagnes fait pourtant écho au lent processus de construction nationale et de progrès des circuits de l’information. Un point laisse hélas pantois : l’analyse des notices météorologiques, qui servent de prétexte historique pour étayer un paragraphe visant à remettre en cause la réalité et l’actualité du réchauffement climatique, dont on regrettera de lire qu’il relève « de la frénésie populaire » (p. 10)… Formellement enfin, plus de vigilance aurait aussi permis de donner des majuscules aux noms de périodes historiques et de justifier à droite le texte des notes infrapaginales.

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Ceci étant dit, le corpus des apostilles (p. 13-200), toutes classées dans l’ordre chronologique, est un véritable bonheur pour le ruraliste qui retrouve avec plaisir des dizaines de points de comparaison avec ses domaines d’investigation. Chaque notice est présentée de la manière suivante : date de rédaction, sujet développé, lieu concerné, transcription rigoureuse, auteur, référence du document. L’ensemble présente ainsi un caractère très sérieux qu’une carte des lieux cités aurait rehaussé, facilitant par là même le repérage dans l’Ain actuel. Les notes infrapaginales apportent d’utiles précisions topographiques et lexicographiques, à l’exception de quelques mots non définis, comme « planches », qui semble désigner un pont ou une passerelle. Les illustrations, vingt-neuf en tout, aèrent le texte par l’alternance de gravures anciennes et de photographies, dont celles de pages de registres constitueront, pour les apprentis paléographes, autant d’exercices d’entraînement, puisque les transcriptions in extenso ne sont jamais bien loin. Ce soin formel est d’autant plus appréciable que les erreurs, minuscules, sont rarissimes, comme ce « parre » non développé qui abrégeait probablement le mot « parr(oiss)e » (p. 42). L’auteur peut donc se féliciter de livrer au public des notices d’une excellente qualité (datation et transcription), exercice d’autant plus louable que les apostilles sont des « récits plus ou moins brefs, d’une diversité extrême » (p. 6) et qui font donc constamment sauter le paléographe d’un champ lexical à un autre. Un court tableau eût été bienvenu pour mesurer la répartition chronologique des notices : sauf erreur de décompte, trois datent d’avant 1600 contre 192 pour la période 1750-1799, c’est-à-dire la moitié de tout le corpus. Deux cartes auraient aussi pu être dressées : l’une localisant les mentions de l’hiver 1709, tant elles sont nombreuses et convergentes, l’autre les attaques de loups – un des fils rouges de ces 240 pages –, pour mieux circonscrire les lieux de leurs méfaits. Cela est heureusement contre-balancé par un index très complet en fin de volume (p. 202-233).

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On se prend ensuite très vite à chercher des recoupements géographiques ou onomastiques entre des notices proches. Comment ne pas s’attendrir aux récits du curé de Léaz hanté, en 1692, par le fantôme de son père, aux miracles de bébés revenus à la vie devant de saintes reliques ? On reste admiratif du véritable travail d’historien que mène le curé Gay en 1767 qui, avec ses mots, en vient presque à décrire le malthusianisme de ses ancêtres et contemporains. Des pratiques agricoles font aussi apparaître çà et là, noir sur blanc, un véritable souci d’aménagement ancien de l’espace rural : ainsi la gestion très efficace des étangs de la Dombes. Temporairement asséchés et mis en culture, ils assurent de gaillards rendements ; quand ils sont en eau, les voilà assignés à un rôle halieutique central pour la population. Chacun trouvera donc son compte au fil de presque 400 notices qui, par leur diversité même, dressent par le menu un tableau très vivant de l’Ain d’Ancien Régime. Pour ces raisons, les Chroniques des pays de l’Ain forment donc un outil de travail qui, pour être perfectible, n’en demeure pas moins d’une grande richesse et d’une indéniable utilité à tous les ruralistes par la densité de la matière qu’il propose.

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Bruno Jaudon

Dominique Margnat, Le Livre de raison d’Olivier de Serres, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2004, 261 p., 30 €, isbn 2706112158

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Chez Olivier de Serres les procès sont permanents, les serviteurs fort nombreux, les déplacements fréquents (son homme de confiance parcourt 11 000 km en 12 ans) et les bêtes à laine composent 85 à 90 % du troupeau. De Serres parle peu du temps qu’il fait et n’accorde pas vraiment confiance aux médecins, préférant que les familles se soignent avec leurs plantes médicinales, longuement détaillées dans le Théâtre d’agriculture. Quant aux achats alimentaires, il n’en parle pas. Voilà le type de renseignements que l’on peut extraire du livre de comptes de notre agronome depuis que Dominique Margnat, historien socio-économiste de l’université de Grenoble-2, a réussi à établir ce texte si difficile à déchiffrer. L’auteur a tout fait pour faciliter le travail des chercheurs : paragraphes numérotés, mots rayés signalés en note, vérification des comptes, etc.

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Il aura fallu quatre siècles pour que les 14 années (1606-1619) qui restent de ce manuscrit, signalé pour la première fois en 1886, soient publiées dans une édition de qualité. En confrontant le Théâtre avec ce document, qui n’est sans doute pas le seul qu’ait tenu de Serres, Dominique Margnat en a tiré le maximum dans une introduction d’une centaine de pages : répartition des dépenses, rapports de l’agronome avec sa famille, les domestiques et les fermiers, relations avec les artisans et les commerçants, poids des procès (le 1/4 des dépenses), dots à problème (sa belle-fille, une fois veuve, essaye de récupérer sa dot), bétail et boucherie et surtout gestion du moulin (40 % du registre) qui montre l’importance des céréales (une trentaine d’hectares) dans l’économie du domaine. En annexe, plusieurs tableaux et graphiques permettent de visualiser le temps de présence des domestiques (1 à 2 ans), leur nombre, leurs gages, certains prix d’achats (malheureusement non hiérarchisés), etc. Un index et une bibliographie complètent le volume. De la belle ouvrage qui devrait permettre des comparaisons fructueuses avec d’autres livres de raison.

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Jean-Paul Bourdon

Jean-Noël Luc, Histoire de la maréchaussée et de la gendarmerie. Guide de recherche, Service historique de la gendarmerie nationale, 2005, 1105 p., 33 €

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Exceptionnel, ce guide de recherche l’est à tous points de vue. Par ses dimensions d’abord, liées il est vrai à une belle présentation aérée et en caractères 12. Il est surtout exceptionnel par sa conception qui en fait un instrument de travail destiné non seulement aux historiens mais encore à tous les esprits curieux de l’histoire de la gendarmerie.

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Dans une ample introduction, Jean-Noël Luc rappelle la longue désaffection des historiens à l’égard de la gendarmerie, « sujet trop militaire pour les uns, pas assez pour les autres » et sujet « qui n’a profité ni des nouvelles curiosités de l’histoire contemporaine, ni du renouveau de l’histoire politique, ni de l’essor de l’histoire culturelle » (p. 22). Mais ceci n’est plus vrai depuis la création en 1995 du Service Historique de la Gendarmerie nationale (shgn) et l’inscription de ce thème dans les programmes de recherche, en particulier à Paris-iv, Montpellier et l’iep d’Aix. Jean-Noël Luc avait présenté le bilan historiographique et les premiers acquis du nouveau chantier dans l’ouvrage issu du premier colloque, tenu en Sorbonne, dont notre revue a rendu compte (Histoire et Sociétés Rurales n° 18, 2e semestre 2002, p. 231-234). Inspiré par la même volonté de construire sur des bases solides, le présent Guide est l’instrument de travail nécessaire pour étayer l’essor de ce chantier. Il n’est pas seulement une énumération des fonds d’archives et publications disponibles. Son but est de fournir tous les repères nécessaires à ceux qui travaillent sur la gendarmerie.

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La première et la sixième parties fournissent ces instruments nécessaires. La première partie, consacrée à « L’Institution », permet de comprendre le fonctionnement de la gendarmerie : organigrammes à chaque moment où la structure est remodelée, tableaux et cartes de l’implantation territoriale, fonctions et grades, chronologie des textes réglementaires, missions affectées à la gendarmerie. Un développement plus long est consacré aux dénombrements de la maréchaussée et de la gendarmerie : une introduction explique les difficultés méthodologiques pour comptabiliser ces effectifs, puisque les sources donnent des chiffres sensiblement différents pour les effectifs théoriques, réglementaires ou présents au corps. De très utiles tableaux assortis de commentaires sur leur élaboration, donnent les chiffres annuels pour tous les corps (gendarmerie départementale, garde républicaine, garde mobile, gendarmerie hors métropole et maritime). La sixième et dernière partie offre en 200 pages un dictionnaire historique de 335 notices qui définissent précisément tous les corps de la « galaxie gendarmique », dans et hors de la métropole, indispensable pour s’y retrouver dans les sigles du xxe siècle, et même dans les dénominations anciennes telles les compagnies de robe courte ou la compagnie des monnaies du temps de la maréchaussée.

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Le cœur du guide de recherche est classiquement consacré aux ressources bibliographiques (2e partie, 105 p.), aux archives (3e partie, 180 p.), aux autres sources (4e partie, 165 p.) et aux lieux de mémoire, c’est-à-dire le shgn, le Musée de la gendarmerie, le Monument national, les casernes, stèles… (5e partie, 25 p.). Le but de cette recension ne peut être de résumer tous les apports, aussi nous contentons-nous de trois remarques. La première est brève : la bibliographie de 105 pages ne contredit pas le fait qu’il existe encore peu de travaux historiques de référence, car sont recensés beaucoup de publications corporatives et de travaux érudits d’intérêt local, utiles pour une réflexion historiographique. Les deux autres remarques veulent souligner deux forces de ce guide : souci didactique notable dans la présentation des archives, et inventivité dans les « autres sources ».

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Le recensement des archives est précédé d’une introduction sur l’histoire de la conservation des archives de la gendarmerie, indispensable pour expliquer leur dispersion qui complique la vie du chercheur. Durant tout le xix e siècle, les destructions ont été largement plus importantes que la conservation. En 1902, un règlement définit les documents qui ont vocation à être conservés et versés aux Archives Nationales, mais il ne se passe rien avant 1945, date à laquelle la gendarmerie commence réellement à structurer sa collecte des archives. En 1972 est créé un véritable service d’archives avec le Centre administratif et technique de la Gendarmerie nationale (catgn) au Blanc, dans l’Indre. La construction d’un bâtiment neuf équipé de 43 km linéaires d’étagères permet de décider en 1985 le transfert immédiat des documents stockés dans les unités. Cet afflux sature très vite le centre du Blanc et, pour y palier, quantité d’archives sont versées au shat et aux Archives départementales. Depuis 1995, le shgn a pour mission la conservation de ces archives, et leur inventaire depuis qu’un cadre de classement a été créé en l’an 2000. Ainsi s’explique la répartition des fonds entre les institutions. Le shgn a des fonds très riches sur le xxe siècle aussi bien sur la gendarmerie en métropole que dans les colonies et territoires occupés ; pour le xixe siècle, ses fonds sont maigres pour le nord et l’est du pays, alors qu’ils sont riches pour la Bretagne, le Massif central et un large Sud-ouest, ainsi que pour le Loir-et-Cher et les bordures sud et ouest du bassin parisien. Les Archives départementales ont de riches fonds sur le xix e siècle, les Archives Nationales possèdent les documents qui concernent les rapports entre la gendarmerie et les ministères de l’Intérieur et de la Justice. Le shat, à Vincennes, a d’importants fonds : pour le xixe siècle, ceux d’origine privée et la correspondance avec le ministère de la Guerre (qui renseigne sur l’état d’esprit des populations), et depuis 1870 essentiellement les documents concernant les attributions proprement militaires de la gendarmerie. Cette partie consacrée aux archives comporte aussi trois textes présentant les sources et la méthode pour réaliser une prosopographie des gendarmes, pour chaque période (maréchaussée, xixe et xxe siècles).

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Inventive est la quatrième partie qui présente les « autres sources », allant des plus classiques (textes officiels, presse) aux plus originales. C’est ici que le lecteur peut prendre plaisir à imaginer de nouvelles pistes de recherches, aidé en cela par les réflexions méthodologiques et les pistes suggérées dans les introductions. Manuels de gendarmes, pétitions et textes polémiques qui fleurissent en temps de crise, témoignages autobiographiques (pour lesquels est fournie une biographie de l’auteur) et aujourd’hui, sources orales. En pendant, l’image de la gendarmerie aux yeux de la population est donnée par les œuvres de fiction : romans, théâtre, marionnettes, chansons, sans oublier l’iconographie et les films. Cette piste qui a déjà été balisée par le n° 16 de la revue Sociétés & Représentations, consacré aux « Figures de gendarmes » (septembre 2003).

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Énorme travail d’une équipe de 33 personnes, ce guide est réellement un instrument de travail qui suggère les divers pans de ce grand chantier, et les alimente : construction de l’État, processus d’encadrement des individus et de normalisation des comportements ; histoire du statut et des missions militaires de la gendarmerie ; histoire des hommes et histoire des représentations (images que les gendarmes donnent d’eux, images que leur renvoient les citoyens) ; enfin, intégration nationale des campagnes, qui mérite des recherches poussées pour faire la lueur sur un sujet controversé.

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Nadine Vivier

Titres recensés

  1. Archéologie Médiévale, t. 34, 2004, Paris, cnrs Éditions, 325 p., ill., 36 €, isbn 2271062403
  2. Jérôme Dupasquier, « Choses remarquables à la postérité… ». Chroniques des pays de l’Ain à travers les notes marginales des prêtres et notaires (1577-an 10), Bourg-en-Bresse, Archives départementales de l’Ain / Les Amis des Archives, 2004, 240 p.
  3. Dominique Margnat, Le Livre de raison d’Olivier de Serres, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2004, 261 p., 30 €, isbn 2706112158
  4. Jean-Noël Luc, Histoire de la maréchaussée et de la gendarmerie. Guide de recherche, Service historique de la gendarmerie nationale, 2005, 1105 p., 33 €

Pour citer cet article

« Instruments de travail », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2005 (Vol. 23), p. 299-306.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2005-1-page-299.htm


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