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Histoire & Sociétés Rurales

2005/1 (Vol. 23)


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Colloque franco-espagnol de géographie rurale : « Habiter et vivre dans les campagnes de faible densité », Foix, Centre universitaire de l’Ariège, 15 et 16 septembre 2004

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Dans le prolongement des « Journées rurales » de la Commission de Géographie rurale du Comité national français de Géographie qui ont permis aux participants de s’imprégner des réalités des espaces faiblement peuplés de l’Ariège, le colloque franco-espagnol de Foix, à l’initiative des deux commissions nationales, proposait deux jours de réflexion sur « Habiter et vivre dans les campagnes de faible densité ». Deux décennies après la publication de Voyage en France par les pays de faible densité (de Nicole Mathieu et Paul Dubosq, Paris, cnrs, 1985, 179 p.), l’introduction de Nicole Mathieu précisa l’inégal intérêt des géographes à la notion de densité. Elle fut d’abord utilisée comme moyen d’évaluation de la pression des hommes sur le milieu chère aux tropicalistes. Puis, dans une période marquée par l’exode des populations agricoles et rurales et le recours à l’appareillage statistique, la notion fut réduite à une approche essentiellement démographique, synonyme d’un quasi-abandon des recherches sur des espaces qui se désertifiaient. Enfin, depuis les années 1990, on assiste à un retour au premier plan des espaces « du vide » suscité, entre autres, par l’émergence des fonctions récréatives et résidentielles assignées aux espaces ruraux.

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Pas moins de 45 conférenciers, répartis dans trois ateliers, ont apporté des éclairages nationaux, européens et américains sur des espaces de faible densité aux « significations » variables. À travers la diversité des exemples présentés – des campagnes franciliennes aux montagnes arméniennes, de la Pampa argentine aux campagnes québécoises – le premier atelier, intitulé « Faible densité à la campagne : contours et usages de la notion », a souligné les difficultés pour cerner la notion de faible densité. Peut-on en effet comparer des espaces de 10 habitants au km2 avec ceux de la Patagonie ou du Québec où l’on ne trouve que 0,4 habitants au km2 ? Évoque-t-on les mêmes réalités lorsque l’on compare les espaces ruraux arméniens à ceux de la Margeride qui, pourtant, présentent une densité comprise entre 10 et 15 habitants au km2 ? Comme le rappelait Jean-Paul Diry, au delà de l’approche quantitative, des questions d’échelle, de dimension des unités administratives, de types de peuplement, de variation saisonnière de population, d’occupation de l’espace et d’épaisseur historique du peuplement complexifient une notion apparemment simple. Les nombreux exemples présentés, des zones de montagnes aux campagnes franciliennes, ont éclairé la relativité de la notion. Ainsi, aux yeux de tous les intervenants, derrière le critère numérique de la population, les transformations et les perceptions de ces espaces sont des clés de lecture indispensables pour appréhender des espaces qui peuvent désigner, selon les situations, des espaces qui font peur (notion de désert) ou des espaces attractifs (désir des grands espaces) et qui renvoient à des constructions territoriales différenciées.

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Dans le second atelier, les communications regroupées sous le thème « Ménager les campagnes de faible densité », se sont intéressées à la mise en valeur de ces espaces et à ses limites. Elles ont montré que des formes héritées d’organisation de l’espace telles que le système agro-sylvo-pastoral pouvaient répondre aujourd’hui à des demandes de la société à travers les produits agricoles de qualité et l’entretien de l’espace agricole lié à des pratiques agricoles extensives subventionnées. Dans cette logique où une situation de faible occupation de l’espace peut générer des formes de « rentes spatiales », la question de l’énergie et surtout de l’éolien – très controversée en France alors quelle se développe partout ailleurs en Europe – n’est-elle pas au cœur de leur développement ? De même, la vacance de ces espaces, envisagée comme le support des nouvelles fonctions du rural (récréative et environnementale) pose la question d’une gestion durable des territoires. Le développement touristique lié à une demande sociale de plus en plus forte ne doit-il pas s’appuyer sur des volontés locales à la manière des expériences du tourisme intégré ? Dans ce sens, le maintien de la faible densité se poserait comme un rempart aux concurrences territoriales, aux pressions exercées par les usagers et aux conflits qui en résultent tels que l’on peut les rencontrer dans les zones périphériques de parcs nationaux. À ce stade, surgit la question des moyens humains et financiers de la mise en valeur. Jusqu’à présent, les politiques publiques d’aménagement du territoire ont été des politiques de « rattrapage » dans une logique de cohérence spatiale qui obéissait au modèle centre-périphérie. Dans un contexte de recul des aides directes à ces territoires, leur développement repose désormais sur des politiques locales volontaristes émanant des institutions et des populations mais qui parfois, obéissent à des logiques contradictoires.

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Enfin, le troisième élément du triptyque, intitulé « Vivre en campagne de faible densité : désirs, pratiques et tensions » a été l’occasion de cerner à la fois les populations qui habitent et fréquentent ces espaces et leurs pratiques. Là aussi, le qualificatif qui exprime le mieux la réalité est la diversité : dans les catégories de population, entre « autochtones » et « néoruraux », entre jeunes « assignés à résidence » et vieux ayant choisi leur lieu de fin de vie, entre populations aux conditions de vie modestes et populations en voie d’embourgeoisement en rupture avec le modèle métropolitain ; mais aussi dans les pratiques, contraintes (migrations de précarité) ou, au contraire, choisies (populations aux modes de vie « alternative » ou retraités aisés et mobiles). Quelles qu’elles soient, elles évoquent la coexistence ou la confrontation de populations inégalement armées quant au foncier, à la culture, à une vie sociale et à l’accès aux services marchands et non marchands, Sur ce dernier point, l’application de la logique libérale aux services publics des espaces de faible densité qui conduit à leur réduction a le mérite de susciter la réaction de l’ensemble des populations concernées : la lutte pour leur maintien accapare les discours, alimente les résistances et crée ainsi de nouveaux jeux de pouvoirs qui sont au cœur des recompositions territoriales.

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Dans son intervention de clôture, Jean-Paul Diry, président de la commission de géographie rurale, rappelait, qu’au-delà de nombreuses questions restées en suspens, les contributions avaient privilégié l’approche optimiste des recompositions sociales et spatiales. De fait, en dépit de la contraction des espaces agricoles, de l’évolution des superficies boisées et de l’enfrichement, les communications se sont attachées surtout aux aspects d’une « renaissance rurale » qui atteindrait aujourd’hui, même les campagnes « les plus reculées ». Mais si l’on se réfère au cas français, dans les typologies du rural, les espaces concernés dans ces journées sont encore identifiés comme des « cantons agricoles vieillis et peu denses » et correspondent à 517 cantons de moins de 20 habitants au km2, dont la population décline encore, qui conservent un fort taux d’agriculteurs et de personnes âgées (13 % de plus de 75 ans), et dont l’emploi dépend essentiellement des activités locales.

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Placé sous la responsabilité de Laurence Barthe et organisé avec efficacité par les géographes du laboratoire « Dynamiques rurales » de l’Université de Toulouse-Le Mirail, ces journées passées sur les terres de Daniel Faucher et de Bernard Kayser ont apporté un nouveau regard sur les espaces de faible densité, dont les réalités intrinsèques sont en fait souvent fort dissemblables. En attendant la publication des actes, on retiendra de ce colloque l’intérêt porté à cette catégorie du rural qui, il y a encore deux décennies, était affublée de toutes les tares et de tous les retards. Le basculement des idées et des valeurs véhiculées dans ces espaces – du handicap et de la répulsion à l’attractivité – a conduit à s’interroger sur les facteurs du changement. Enfin, les difficultés rencontrées pour saisir les spécificités de ces espaces ne manquent pas d’interpeller sur la pertinence de l’objet.

Titres recensés

  1. Colloque franco-espagnol de géographie rurale : « Habiter et vivre dans les campagnes de faible densité », Foix, Centre universitaire de l’Ariège, 15 et 16 septembre 2004

Pour citer cet article

Madeline Philippe, « Colloques et Journées d'études », Histoire & Sociétés Rurales 1/2005 (Vol. 23) , p. 306-308
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2005-1-page-306.htm.


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