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Histoire & Sociétés Rurales

2005/1 (Vol. 23)


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Comme elle l’avait fait il y a sept ans déjà, notre revue entend contribuer à la préparation des futurs professeurs d’histoire et de géographie. Cette livraison d’Histoire et Sociétés Rurales prend donc en compte la nouvelle question d’histoire contemporaine mise aux concours de recrutement du capes et de l’Agrégation pour les années 2006 et 2007. Mais elle entend dépasser cet objectif nécessaire pour proposer par la même occasion un état de la recherche à tous ceux qui travaillent sur les sociétés rurales du xixe siècle et du début du xxe siècle. Après avoir établi en 1998 un parcours bibliographique critique sur la Terre et les paysans en France et en Grande-Bretagne aux xviie et xviiie siècles (hsr 9 et 10), devenu un classique du genre [1][1] Rassemblé et développé avec des jeux d’index sous la..., il nous a paru utile de proposer une synthèse historiographique sur Les Campagnes européennes dans leurs évolutions sociales et politiques de 1830 à la crise de 1929, à travers l’étude comparée des sociétés rurales en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne [2][2] Voir également la bibliographie à paraître dans Historiens.... Cette contribution, qui accorde à la période contemporaine ce que nous avions jadis assuré à l’époque dite « moderne », traduit notre sentiment que la recherche historique ne peut ignorer entièrement certains choix de formation établis pour l’enseignement : dans une dialectique fluctuante, ces deux dimensions de la discipline y trouvent un certain profit.

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Cependant, fidèle à son esprit, la revue maintient une profondeur chronologique beaucoup plus large dans l’essentiel de sa livraison et, dans ses comptes rendus, son ouverture pluridisciplinaire.

À propos d’une question de concours

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Gilles Pécout s’est attelé à cet exercice difficile d’une présentation critique de la bibliographie ; il livre ses réflexions sur la politisation du monde rural et ses évolutions sociales dans le cadre d’une modernisation inachevée. Au cours de cette période séculaire, les campagnes européennes connaissent des mutations démographiques liées à l’exode rural et au processus d’industrialisation, mais aussi au traumatisme de la Première Guerre mondiale. Cette histoire sociale du politique, scandée par des conflits sociaux, parfois violents, invite à comprendre l’entrée des paysans dans la cité.

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Si l’historiographie centrée sur la France retient trois moments bien repérables, selon plusieurs écoles (Révolution française, Seconde République et fin du xixe siècle, début du xx e siècle) [3][3] Voir par exemple : Melvin Edelstein, « La place de..., il importe de comparer cette chronologie à celle d’États-nations en formation (Allemagne et Italie) et à celle d’une l’histoire nationale où les identités régionales restent fortes. Surgit également dans ce débat historiographique, la question du processus de politisation [4][4] Voir à ce propos Gilles Pécout, « La politisation des... : politisation par le haut, voire par l’imprégnation (l’acculturation repérée par Maurice Agulhon [5][5] La République au village, Paris, Seuil, 1979.), politisation par l’implication ou encore politisation par le bas (modèle de Peter McPhee) [6][6] Peter McPhee, The Politics of rural life. Political.... Enfin, les facteurs de politisation proposés par les historiens qui caractérisent des identités sociales fortes ou mineures, des identités locales ou non, doivent être pris en compte.

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Cette incise historiographique ne doit pas oublier les rapports sociaux et fonciers, ainsi que l’histoire culturelle : la place des notables – ancienne noblesse ou nouvelle bourgeoisie –, mais aussi les croyances ou les mentalités restent au cœur de la question. Les grandes approches régionales, issues du modèle « labroussien » pour l’histoire rurale française, invitent aussi à une histoire comparée des régions rurales européennes.

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Les conjonctures économiques de crise généralisée ou de crise spécifique (phylloxéra) ont des effets induits à repérer, sans négliger les conséquences sociales et politiques de l’émergence du mouvement ouvrier, du syndicalisme, mais aussi des solutions agrariennes [7][7] L’ouvrage de Pierre Barral, Les Agrariens français.... La dimension des Internationales (verte ou rouge), l’émergence des fascismes et du communisme ont des échos non négligeables dans la plaine du Pô ou dans le pourtour du Massif central.

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Une telle bibliographie, présentant plusieurs centaines de titres, servira autant aux étudiants préparant les concours qu’aux enseignants et bibliothécaires. Surtout elle invite à poursuivre les recherches sur le monde rural, mission à laquelle Histoire et Sociétés Rurales participe depuis son lancement ; espérons que cette question de concours suscitera de nouvelles vocations pour de futurs chercheurs en histoire contemporaine…

D’autres horizons des mondes ruraux

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Mais l’actualité des concours n’est pas la seule finalité d’Histoire et Sociétés Rurales. Le lecteur assidu de la revue retrouvera avec intérêt l’histoire des pratiques agraires, de l’élevage et de la commercialisation. Dans cette perspective, si l’on suit l’ordre chronologique, Anthony Pinto offre une synthèse stimulante sur le commerce des chevaux et des mules entre le Massif central, le Roussillon et la Catalogne (xive-xve siècle). La documentation notariée qu’il exploite, d’une grande richesse, révèle un essor des activités de maquignons français ou catalans beaucoup plus précoce qu’on ne l’admettait jusqu’ici. La même source notariale permet à Pierre Ponsot de faire un bond en avant dans la chronologie de l’introduction du maïs en France : à la fois spécialiste de l’histoire rurale ibérique et bourguignonne, il scrute l’arrivée du « blé de Turquie » à l’intérieur de la Bresse, soulignant, loin des clichés, comment cette culture est arrivée dès le tournant du xvie et du xvii e siècle par des voies plus septentrionales (ou orientales) que celles que l’on imaginait : une hypothèse qui souligne la diversité des couloirs de modernisation de l’agriculture, en dehors des chemins ibériques. C’est une autre réalité méconnue que nous présente Sylvain Olivier en évoquant les dynamiques agricoles du genêt textile dans le Lodévois du xviie au xixe siècle. Dans ces garrigues méditerranéennes, le genêt d’Espagne offre un exemple de symbiose entre une société rurale traditionnelle et son environnement, sans doute plus général qu’on ne le pensait. Enfin Rita Aldenhoff-Hübinger propose une synthèse – utile également pour le programme des concours – sur le protectionnisme en France et en Allemagne entre 1880 et 1914, qui montre les dynamiques sociales mises en œuvre. De la comparaison entre les similitudes et les différences d’orientation de part et d’autre du Rhin, se dégage l’impression d’une commune préoccupation, annonciatrice de la Politique Agricole Commune.

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Cette ouverture vers l’actualité économique se retrouve dans les comptes rendus. Du côté de la géographie rurale, le récent colloque de Foix sur l’Europe des faibles densités (compte rendu par Philippe Madeline) et celui de la thèse de Geneviève Pierre sur la modernisation des campagnes du sud-est du Bassin parisien (compte rendu par Mickaël Bermond) en témoignent. La diversité des recensions, qui courent ici sur la très longue durée, du Néolithique aux défis actuels posés aux campagnes, souligne la vitalité des études rurales. De l’utilisation des meules dans la Préhistoire et l’Antiquité (compte rendu par Alain Belmont) à l’histoire du paysage animal que nous propose Xavier de Planhol (compte rendu par Jérôme Buridant), de l’agriculture égyptienne suivie depuis l’époque pharaonique (compte rendu de Nicolas Michel) à celle des USA au xxe siècle (compte rendu par Pierre Gervais), des mines d’argent de la France médiévale (compte rendu de Jérôme Jambu) aux débats récents autour de la décentralisation (compte rendu d’Annie Bleton-Ruget), des crises agricoles du Burundi (compte rendu de Marcel Roupsard) aux Sociétés rurales du xxe siècle en France, Italie et Espagne (compte rendu d’Antoine Cardi), les orientations qui intéressent le monde rural sont multiples, et pas toujours ostensibles. L’intérêt de cette rubrique, pour bien des lecteurs, a d’ailleurs conduit à une amélioration de la présentation typographique (avec l’introduction des doubles colonnes) et de la précision du référencement (avec l’indication des isbn).

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Avec la qualité des sources éditées – ici l’un des plus anciens plans parcellaires de Normandie, méthodiquement éclairé par Thomas Jarry et un dossier de baux à cheptel languedocien rassemblé sur plusieurs siècles par Sylvie Caucanas –, gageons que ce dernier numéro répond bien aux trois exigences de notre revue : proposer des contributions à caractère comparatif et méthodologique, fournir un corpus documentaire de référence, informer largement sur les recherches nouvelles. Il témoigne de l’intérêt de confronter des travaux qui procèdent là encore de la variété des échelles d’observation : sur les espaces, sur les moments, mais aussi sur les activités des campagnes et du monde rural. Avec ici, à la clé, une préoccupation lancinante : quel sens donner à la « modernisation des campagnes » ?

Notes

[1]

Rassemblé et développé avec des jeux d’index sous la forme d’un guide d’histoire agraire qui constitue le 3e volume de notre « Bibliothèque d’Histoire rurale » : Jean-Marc Moriceau, La Terre et les Paysans en France et en Grande-Bretagne aux xviie et xviiie siècles. Guide d’histoire agraire, Rennes [Caen], Association d’Histoire des sociétés rurales, 1999, 320 p. (toujours disponible).

[2]

Voir également la bibliographie à paraître dans Historiens et Géographes à l’automne 2005.

[3]

Voir par exemple : Melvin Edelstein, « La place de la Révolution française dans la politisation des paysans », Annales Historiques de la Révolution française, n° 280, 1990 ; Jean-Luc Mayaud, « Ruralité et politique dans la France du xixe siècle », Histoire et Sociétés Rurales, 3, 1er semestre 1995 ; Eugen Weber, La Fin des terroirs : modernisation de la France rurale (1870-1914), Paris, Fayard, 1983.

[4]

Voir à ce propos Gilles Pécout, « La politisation des paysans au xixe siècle. Réflexions sur l’histoire politique des campagnes françaises », Histoire et Sociétés Rurales, 2, 2e semestre 1994, p. 91-126.

[5]

La République au village, Paris, Seuil, 1979.

[6]

Peter McPhee, The Politics of rural life. Political Mobilization in the French Countryside, 1848-1852, New-York, oup, 1992.

[7]

L’ouvrage de Pierre Barral, Les Agrariens français de Méline à Pisani, Paris, Armand Colin, 1968, reste à ce sujet un classique.

Pour citer cet article

Moriceau Jean-Marc, Vigreux Jean, « La modernisation des campagnes européennes », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2005 (Vol. 23), p. 7-10.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2005-1-page-7.htm


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