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Histoire & Sociétés Rurales

2005/1 (Vol. 23)


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Traditionnellement, et comme pour d’autres régions de la péninsule Ibérique, la Catalogne au début du xiv e siècle exportait ses équidés vers le royaume de France : destriers de combat aux prix parfois très élevés, mais aussi mules et roncins y étaient particulièrement appréciés [1][1] Sur les chevaux : Règne, 1938-1939, p. 177-190 ; sur.... Le comté de Roussillon se présentait de même comme une zone d’élevage de mules et de chevaux de qualité, voire de grande qualité. C’est notamment par la conservation de registres de droits de leudes (barres de péages) concernant la taxation des marchandises qui transitaient au xiiie siècle par Collioure, que l’on peut saisir la précocité et la place des exportations d’équidés dans les échanges commerciaux réalisés dans ce territoire de la couronne d’Aragon [2][2] Gual Camarena, 1976, p. 88, 174, 175 et 176..

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Devant l’essor de ce trafic, les exportations de chevaux effectuées depuis la Catalogne et le Roussillon firent l’objet d’une traite (licence d’exportation) à partir de la première moitié du xive siècle. Toutes sorties de chevaux, de mules ou de roncins élevés dans ces territoires étaient alors contrôlées par l’administration royale et grevées d’une taxe [3][3] Sur ce droit : Guilleré, 1984, p. 360.. Ce contrôle exercé durant toute la fin du Moyen Âge par la royauté n’empêcha pas ce trafic de devenir une constante des échanges franco-aragonais [4][4] Renouard, 1965, p. 571-577.. D’ailleurs jusqu’au xviiie siècle on trouvait encore trace de ce genre d’exportation en Languedoc [5][5] Larguier, 1992, p. 40.. Cependant, à la charnière des xive et xve siècles, on assiste à des arrivées massives de chevaux et de mules provenant des parties méridionale et centrale du royaume de France. Ces expéditions réalisées vers les diocèses d’Elne et de Gérone s’inscrivaient en fait dans un mouvement plus large d’importation de bétail « français ». Dès lors, bovins, ovins et autres porcins furent acheminés en grande quantité en direction des régions bordant la Méditerranée.

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En considérant la prééminence de l’animal dans l’économie médiévale, présent dans la plupart des secteurs économiques tels l’artisanat (draperie, tannerie-mégisserie), le transport et bien entendu l’alimentation, notre intention première est surtout de présenter l’étude du trafic des équidés comme un aspect original et majeur des échanges franco-catalans. En arrière-plan de ce thème, cette étude permettra conjointement de préciser comment cette époque fut en Catalogne propice à la croissance de l’élevage et à celle de l’utilisation des équidés. Ce faisant, on n’envisagera ici que l’un des aspects du commerce de bétail réalisé entre le royaume de France, la Catalogne et le Roussillon. Il conviendrait, pour une meilleure approche socio-économique, de la compléter par d’autres thèmes, tels celui du maquignonnage et des foires, notamment dans les diocèses d’Elne et de Gérone [6][6] Sur les activités de maquignonnage du Juif converti,....

Le cadre de l’enquête

Des sources à la fois urbaines et rurales

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À la fin de la période médiévale, le bétail était considéré comme une denrée alimentaire et aucun droit de douane ne le frappait lorsqu’il était importé dans la principauté de Catalogne [7][7] Berthe, 1958, p. 37 et suiv.. L’analyse des maigres registres qui nous sont parvenus sur cet impôt appelé drets d’entrades i d’eixides – une taxe douanière générale sur les importations et les exportations effectuées aussi bien par terre que par mer –, n’a pu révéler l’existence de ce bétail arrivant de la France méridionale. Cette source documentaire et plus largement les archives royales conservées aux Archives de la Couronne d’Aragon s’avèrent partiellement lacunaires pour observer ce trafic [8][8] En revanche, les équidés quittant la Catalogne payaient.... Le même constat s’impose du côté français, où les sources royales ont semble-t-il peu gardé témoignage de ce genre d’échanges. Il reste que certains fonds d’archives municipales et quelques séries notariales conservées en Languedoc pourraient à l’avenir permettre d’approfondir cette question.

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En l’absence également d’actes normatifs comme les livres de comptes des péages terrestres, disparus pour la zone orientale des Pyrénées, c’est en réalité par le biais des différents minutiers de notaires conservés à Perpignan, aux Archives départementales des Pyrénées-Orientales et en Catalogne, à Gérone, à l’Arxiu Históric Provincial de Girona, que ces flux d’animaux domestiques se sont révélés. Afin de pouvoir saisir l’existence de plusieurs circuits d’approvisionnement en bétail reliant diverses régions de France et différents territoires aragonais, ont été consultées de nombreuses séries de notaires concernant une dizaine de villes catalanes et roussillonnaises. Cette enquête s’est alors bâtie sur le dépouillement de plusieurs centaines de protocoles rédigés par des notaires de Perpignan, d’Elne, de Céret, de Rivesaltes, d’Arles-sur-Tech, de Castelló d’Empúries, de Peralada, de Monells, de Torroella de Mongrí ou encore de Gérone. Cette documentation à la fois urbaine et rurale contient les actes de ventes au détail ou en gros, ainsi que les paiements rétroactifs ou encore les scondro – les compensations de créances –, voire leur rachat. Il s’agit en réalité d’une documentation commerciale simple mais qui, analysée dans son ensemble, renseigne à profusion sur le maquignonnage. La source notariée, lorsqu’elle est exploitée de manière ample et non seulement dans un cadre monographique, peut servir de prisme pour repérer des aspects inaperçus de la vie économique en France et en Catalogne dès la fin de la période médiévale.

Une conjoncture propice aux échanges franco-catalans

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Les régions du Géronais, de l’Empordà et, au-delà des Pyrénées, celle du comté de Roussillon, formaient à la fin du Moyen Âge des territoires privilégiés sur le plan économique car disposant d’un important secteur artisanal et commercial. Le niveau de consommation de leurs populations fut par conséquent relativement élevé. Régions de passage et point de départ de flux commerciaux, elles disposaient d’un réseau d’auberges et d’une organisation des transports bien développés dans les principales villes.

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Grâce à la réussite de certains secteurs industriels et marchands, le transfert des capitaux des élites urbaines vers les campagnes s’accélère au cours du dernier quart du xive siècle. En étudiant le cas de Gérone, on s’aperçoit que l’investissement du capital urbain dans l’élevage, qui avait connu un premier essor notable avant 1350, prit dans les années 1380 une dimension plus grande encore [9][9] Une croissance déjà perçue par Guilleré, 1993-1994,.... À partir de cette époque et durant les premières décennies du xv e siècle la croissance de l’élevage géronais s’affirma avec vigueur [10][10] L’étude d’une centaine de registres des notaires géronais.... Ce phénomène résulte de facteurs nombreux. Parmi ceux-ci, comme on l’a observé dans certaines régions du royaume de France, l’essor de la consommation de viande, cumulé à la hausse de la demande en matières premières nécessaires à l’artisanat joua comme un levier. En outre, à cause de la peste noire de 1348 et aux pestes récurrentes qui suivirent, les bras étaient venus à manquer dans les campagnes. La Catalogne fut touchée par cette phase de dépeuplement. Cette situation favorisa dès lors la croissance de l’élevage, au détriment de la production céréalière.

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Dans ce contexte favorable à l’élevage et afin de répondre à une forte demande en équidés, on observe dans le comté d’Empúries la création ex nihilo d’espaces propres à l’élevage à la charnière des xive et xve siècles. Cette valorisation d’espaces conquis sur les zones marécageuses se réalisa au bénéfice des élites urbaines, qui y trouvèrent de nouveaux placements à leurs abondants capitaux [11][11] Dans le sud du comté, grâce à cette politique d’assèchement,.... Au même moment, dans la capitale du comté d’Empúries, à Castelló d’Empúries, une vingtaine d’éleveurs spécialisés dans le gros bétail, en particulier les chevaux, s’installèrent autour de la ville entre 1387 et 1410. Attirés par la disponibilité des capitaux, ces cortalers ou ces egarii, originaires pour la plupart de la plaine de l’Empordà, développèrent une structure dont l’existence dans la région était ancienne : le cortal.

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Enfin, dans cette conjoncture de croissance économique et de mutation de l’agriculture locale, le bétail français trouva dans cette partie de la Méditerranée un débouché à ses surplus. En effet, la récupération rapide du Languedoc dans les années 1370, après la chevauchée du prince noir (1355), allait ouvrir dans les années 1380, la voie à un renouveau du commerce franco-catalan. La croissance de l’élevage dans certaines régions méridionales, telles l’Auvergne ou le Béarn, réalisée au lendemain de la grande peste de 1348, s’était encore affermie au fil du temps. Toutes les conditions étaient dès lors réunies pour favoriser l’éclosion de ce trafic.

Les principales zones d’exportation de bétail français

Le Massif central et ses franges

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Hormis le Rouergue, qui avait une tradition ancienne d’exportation de mules, c’est à partir des premières décennies du xve siècle que plusieurs régions du royaume de France furent capables de proposer des équidés à la Catalogne. Le Massif central apparaît non seulement comme un grand foyer d’élevage mais aussi comme un foyer capable d’exporter des animaux de bât et de selle en direction de la Méditerranée. Paradoxalement, la Basse-Auvergne avec le diocèse de Saint-Flour, pourtant région d’élevage équin, n’était dans la première moitié du xve siècle que très faiblement exportatrice, avant de parvenir à partir des années 1460 à envoyer en quantité ses chevaux en Roussillon et dans la Catalogne septentrionale [12][12] Une seule référence atteste pour toute la période couverte.... En revanche, au début du xv e siècle les maquignons originaires de la Haute-Auvergne figuraient parmi les plus gros fournisseurs de chevaux en Empordà. Vers 1410, ce furent surtout des maquignons de la région du Puy de Dôme et du comté de Montpensier qui vinrent négocier des chevaux [13][13] À la même époque, on trouve un autre négociant de Sempeyles,.... Des foyers plus septentrionaux, tels Borsones, en direction de Nevers, ou Gannat, en Bourbonnais, suivirent ce mouvement lancé autour des volcans d’Auvergne [14][14] Ibid., reg. 575, f. 34v, 22 octobre 1414. Pour Gannat :.... Pour cette dernière région, on ignore si les marchands auvergnats réexpédiaient en Catalogne une partie des bêtes qui se négociaient lors des foires locales.

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La région voisine du Velay vit également quelques expéditions de bêtes. On connaît même avec une certaine précision leur nature. On sait notamment que 26 mules, appartenant à Jean et Simon Posols, de Saint-Paulien, furent vendues en 1422 par l’intermédiaire d’un marchand de Perpignan, à deux Juifs convertis de Castelló d’Empúries [15][15] Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/859, f. 37, 24.... Les 26 chevaux et mules, d’une valeur marchande de 250 florins, que négocia Guilhem de Perstino, semblaient aussi provenir de la même région.

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À titre tout aussi exceptionnel que le Velay, le territoire de la Haute-Marche envoya des chevaux et de mules dans le comté d’Empúries. Plusieurs contrats rédigés par devant le notaire castellonais, Pere Borassà, nous informent sur des opérations commerciales réalisées entre 1407 et 1411 par des marchands de Bourganeuf et de Peyrat-le-Château [16][16] Ibid., 3e1/569, f. 73, 8 août 1407.. Si les exportations d’équidés effectuées depuis cette région restaient occasionnelles pour la principauté de Catalogne, il n’en reste pas moins que le nombre de bêtes vendues par ces marchands n’était pas négligeable : de 8 chevaux jusqu’à 29 chevaux et mules. Ces dernières bêtes appartenaient à un maquignon limousin de Peyrat-le-Château, Estève Gorgevalle [17][17] Le 7 juillet, un habitant de Sant Pere Pescador reconnaissait....

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La région d’élevage, limitrophe du Massif central, et exportatrice d’équidés fut le Rouergue : 41 animalia, de ce qu’on peut subodorer être des mules de cette région, d’une valeur marchande de 344 florins d’or d’Aragon, furent vendues en 1431 à Castelló d’Empúries [18][18] Ibid., 3e1/609, f. 69, 17 mai 1431.. S’il s’agit là d’une vente exceptionnelle par le nombre de bêtes négociées, il n’en demeure pas moins que le Rouergue était un exportateur de mules relativement régulier. Ces bêtes n’étaient pas seulement vendues à Perpignan ou à Castelló d’Empúries, elles l’étaient aussi dans les campagnes et les bourgades des vallées roussillonnaises [19][19] En octobre 1417, au cours d’un déplacement à Rivesaltes,.... Là, des animaux achetés en foire d’Espalion pouvaient être revendus [20][20] Un écrivain public de Perpignan vendit à un marchand....

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Après l’Auvergne et ses bordures, dont on sait la capacité à envoyer des chevaux, le Languedoc n’était pas de reste. Toutefois à la différence des maquignons auvergnats, c’était plutôt par petites quantités que les Languedociens venaient écouler leur cheptel [21][21] Lorsque André Giffra, de Narbonne se rendit dans le.... Parfois, quelques opérations pouvaient avoir un relief plus important. En 1409, un pareur (apprêteur de draps) narbonnais conclut notamment avec deux conversos de Castelló d’Empúries, la vente de 9 mules pour un montant de 200 livres en monnaie de Barcelone [22][22] Ibid., reg. 571, f. 129, 30 octobre 1409.. Les deux acheteurs étaient les mêmes que ceux, qui, l’année précédente, avaient acheté mules et chevaux à Guilhem Perstino de Carcassonne ; à la différence que cette fois-ci, le Narbonnais négocia à l’évidence des mules issues du cheptel languedocien. Certains Narbonnais, comme Guilhem Rodon pouvaient donc être désignés par la documentation comme des marchands de mules : une qualification plutôt théorique dans la mesure où ce marchand négociait aussi des chevaux, mais cette mention n’en reflète pas moins la place certaine qu’occupa la mule dans les campagnes narbonnaises, ainsi que son commerce.

Le Béarn

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Loin de là, à l’autre bout des Pyrénées, le Béarn constitua le foyer exportateur de chevaux le plus important par le volume des bêtes envoyées. On sait d’ailleurs qu’à cette époque, l’élevage équin était particulièrement répandu dans les pays de l’Adour. Au lendemain de la peste de 1348 ces Béarnais exportaient déjà des mules et des chevaux en Aragon. L’extension de leurs activités vers les comtés de Roussillon-Cerdagne et d’Empúries, ainsi que le caractère intensif et massif de leurs envois de chevaux restaient à être perçus. Parmi les très nombreuses ventes qu’ils réalisèrent dans ces régions, quelques-unes comprenaient plus d’une dizaine de têtes. Ainsi le 12 juin 1409, ce furent 22 chevaux, valant 108 florins d’Aragon que vint vendre à Castelló d’Empúries Jean Salinier, de Nay [23][23] Ibid., Not. Castelló, reg. 572, f. 27.. En 1420, dans cette même ville, deux autres Béarnais, originaires de l’évêché de Lescar, y apportèrent 12 juments, estimées à 106 florins d’or d’Aragon [24][24] Les vendeurs étaient Andetus del Mont et Peyrot de.... Un peu plus tard, ce furent encore 9 chevaux de différentes robes et deux poulains qu’ils commercèrent à Elne [25][25] Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e2/88, n. f., 2 août.... En sus de ces ventes en gros, ces marchands vendaient à l’unité des dizaines d’animaux tout au long de l’année ou au cours de périodes particulières, lors des foires d’Elne surtout [26][26] Arnau Guillem de la Roey, maquignon béarnais installé....

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Grâce à tous ces témoignages, on peut constater qu’en dépit des incertitudes liées aux difficultés du temps, des convois d’équidés comprenant jusqu’à 20 à 30 têtes circulaient à travers l’Auvergne et le Languedoc.

Villes-relais et principaux axes empruntés par le bétail français

Les villes-relais du Languedoc

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Si l’on relève des mentions précoces de ventes d’équidés provenant du royaume de France, ce n’est qu’à partir des années 1390 que se mirent en place divers réseaux de distribution, qui relièrent le Massif central et ses régions limitrophes (Rouergue, Haute-Marche, Velay, Languedoc), ainsi que les Pyrénées occidentales avec la Catalogne septentrionale et le Roussillon.

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Entre ces différentes régions, le convoyage des bêtes s’effectuait sur des itinéraires divers et parfois complexes. Une multitude de lieux ou de villes servaient de relais dans le transit du bétail ; c’est d’ailleurs là que des agents intermédiaires animaient, aux côtés des maquignons de passage, le négoce du bétail. À cause de cette situation, il est souvent difficile de déterminer avec exactitude l’origine des bêtes vendues par tels ou tels marchands français en Catalogne. Néanmoins malgré la rareté des sources notariales conservées pour les régions du sud de la France, les témoignages relatifs aux opérations menées par des marchands français en Catalogne permettent de cerner le rôle joué par certaines villes languedociennes dans ce commerce et les voies de communication empruntées par le bétail entre les zones d’élevage et celles de revente.

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Les cités de Narbonne ou Carcassonne constituèrent les principaux relais pour le bétail transitant entre le Massif central et la Catalogne. On constate alors que certains marchands et « macelliers » (bouchers) originaires de ces cités furent en grande partie à l’origine de la mise en place du circuit commercial qui allait permettre d’aboucher le comté d’Empúries, placé à l’extrême nord de la principauté de Catalogne, à l’Auvergne. Cette situation est attestée par la présence de Joan Tayllant, un maquignon originaire de Monferrand, qui résida à Carcassonne en 1396, et fut un temps agent de divers macelliers carcassonnais dans le comté d’Empúries [27][27] ahpg., Not. Castelló, reg. 496 f. 93, 22 septembre....

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Le rôle des négociants languedociens entre l’Auvergne et la Catalogne est encore souligné par leur participation à des échanges réalisés entre ce même fief de Catalogne et la région du Velay. Dans un acte rédigé devant notaire le 29 décembre 1410, à Castelló d’Empúries, le facteur d’un drapier de Narbonne, Jaume Bach, conféra ainsi un quitus à un moltonerio d’Allègre, en Velay, pour les moutons que ce dernier avait vendu en Catalogne [28][28] ahpg., Not. Castelló, reg. 571, f. 151, 29 décembre.... On peut subodorer que ce drapier narbonnais avait acheté à crédit les moutons dans le Velay, puisque dans un acte suivant, un tiers apparemment de Vorey en Velay (Vergessach) reçut du même berger, sans doute le convoyeur, une quantité d’argent pour cette vente. Dans un autre témoignage, suite à la vente de 26 mules et chevaux réalisée par un macellier de Carcassonne, Guillem de Perstinio, auprès d’un Juif et d’un apothicaire, tous deux de Castelló d’Empúries, le Carcassonnais chargea Miquel Jardi, de Montfalcone (Montfaucon-du-Velay), le soin de récupérer les différentes créances à venir [29][29] Ibid., f. 236, fin septembre 1408.. Même des bêtes provenant du Limousin pouvaient être acheminées à Narbonne avant de repartir en direction de la péninsule Ibérique [30][30] Un marchand d’Albi, habitant Lézignan, était le procureur....

Le Rouergue : une plaque tournante pour le bétail auvergnat

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Sans reconstituer l’ensemble du réseau routier emprunté entre l’Auvergne et le Languedoc, restituons quelques itinéraires. En dehors du bétail élevé dans les campagnes languedociennes et qui s’exportait aussi, se greffait celui qui venait de la Basse-Auvergne, du Velay, voire du Limousin [31][31] La présence de nombreux Carcassonnais en Catalogne.... Il reste toutefois difficile de savoir si le bétail auvergnat passait par Montpellier avant de poursuivre vers Narbonne ou s’il traversait Millau avant de déboucher par Lodève à Béziers [32][32] Sur les principaux axes routiers traversant la France.... Toujours depuis le Puy-en-Velay ou la chaîne des Puys, les convois d’animaux pouvaient également emprunter la route reliant Lyon et Toulouse, qui passait par Rodez et Albi avant de poursuivre jusqu’à Carcassonne, par un itinéraire que nous ne connaissons pas avec précision. Il est cependant attesté que les bêtes provenant de la Haute-Auvergne et même ceux du Velay faisaient parfois halte en Rouergue avant de reprendre leur route vers le littoral de la Méditerranée [33][33] Pour payer Estève Gassier – sans doute le convoyeur.... Il est de même possible que ce soit par le Rouergue via Albi et Castres que transitait vers le Languedoc le bétail arrivant du Limousin [34][34] Pere Guillem, de Versilach, paya à un macellier de....

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Au cours des années 1410-1420, le Rouergue fut véritablement une « plaque tournante » pour une bonne partie des bêtes qui circulaient entre le Massif central et la Catalogne. Sur cet itinéraire, la ville de Rodez constitua le principal relais pour le bétail auvergnat (figure 1).

Figure 1 - Du Massif central à la Catalogne : les grands axes du commerce des équidés (1390-1440)Figure 1
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C’est là que se séparaient en deux flux distincts les convois d’animaux partis d’Auvergne, l’un poursuivant sa route en direction de l’Albigeois après être passé par Laguiole, Espalion et Rodez, alors qu’un deuxième itinéraire aboutissait à Toulouse [35][35] Pour Espalion et Laguiole : ahpg, Not. Castelló, reg.... On ne peut savoir si depuis Albi, le premier itinéraire coupait par Castres et passait par la Montagne noire avant de déboucher à Carcassonne, ce qui reste le plus probable au vu de la place occupée par cette cité.

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Le réseau routier développé au Moyen Âge dans le Massif central, ainsi que l’essor de certaines villes auvergnates facilitèrent à n’en pas douter la circulation de ce bétail.

La voie Atlantique-Méditerranée

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Le dernier grand axe de circulation du bétail qui avait pour terminus la Catalogne fut celui reliant l’espace atlantique à l’espace méditerranéen, entre Bayonne et Perpignan, passant par Toulouse. Si sur cette voie, la place occupée par Toulouse nous est connue grâce aux travaux de Philippe Wolff [36][36] Cette ville fut notamment un grand centre d’affaires..., en revanche celle de Perpignan ne l’est pas du tout. Pourtant cette importante ville drapante parvint à attirer à elle de nombreux Béarnais et autres Gascons, grâce notamment à l’activité florissante des foires au bétail qui se déroulaient dans la cité d’Elne, où les Méridionaux et en particulier les Béarnais écoulaient de nombreux équidés.

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Cette importante voie de communication était alors animée sur toute sa longueur par la circulation et la vente du bétail béarnais, et dans une moindre mesure par celui que l’on élevait dans les régions limitrophes [37][37] Un Gascon de la région d’Auch se trouvait à Gérone.... À ce flux de bêtes drainé vers la Catalogne venait aussi se greffer le bétail commercialisé par des maquignons originaires de petites bourgades telles que Lasbordes et Revel en Lauraguais, Labruguière ou encore Limoux, foyer de population plus important. Ces négociants étaient également capables de se rendre en Catalogne ou en Roussillon pour y négocier quelques bêtes [38][38] Joan Dabadia, marchand de Revel, trafiquait à Perpignan.... Les activités de Jean Echine, maquignon de Lasbordes, témoignent de l’envergure que put prendre à certains moments le négoce déployé par les négociants originaires de petites ou moyennes localités situées en Languedoc. Fréquemment, entre 1399 et 1413, ce Languedocien réalisa des deux côtés des Pyrénées de nombreuses ventes de chevaux et de bovins [39][39] Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/4740, n. f. ; ahpg,....

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Après avoir emprunté des itinéraires assez variés traversant le sud du royaume de France, les animaux achevaient souvent leur parcours dans une des nombreuses foires qui animaient au xve siècle certaines villes des diocèses d’Elne et de Gérone. Outre les foires d’Elne, les plus importantes de la région, d’autres de moindre envergure fonctionnèrent aussi dans le diocèse de Gérone : à Peratallada, Monells, Figueres, Gérone et sans doute à Castelló d’Empúries [40][40] Pinto, 2004, à paraître..

Les maquignons français en Catalogne et Roussillon

L’installation des maquignons béarnais et gascons en Roussillon

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Après l’acheminement des bêtes en Catalogne ou en Roussillon, les maquignons français assuraient en général eux-mêmes la vente en gros, voire au détail, des animaux. L’intensité du trafic réalisé entre le royaume de France et les diocèses d’Elne et de Gérone engagea certains marchands français à s’installer là où leurs affaires les conduisaient. Diverses informations relevées dans les registres notariés de Perpignan, de Castelló d’Empúries, de Peralada ou encore d’Elne signalent, vers les années 1394-1395, les premières apparitions de mercatorum animalium francorum, des négociants spécialisés dans le commerce de bétail [41][41] On trouvait dès cette époque à Elne un Béarnais et.... En fait, ceux-ci se fixèrent en majorité en Roussillon, plus précisément à Perpignan, mais aussi à Elne et plus rarement en Catalogne septentrionale.

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Le choix des Béarnais de faire de la capitale roussillonnaise la principale base de leur commerce s’imposait logiquement face aux autres villes du nord-est du principat de Catalogne. En effet, par sa situation géographique, elle se trouvait dans le prolongement de l’axe Bayonne-Perpignan, via Toulouse, mais par son poids démographique et économique, elle l’emportait très largement sur les autres villes de la région. Bien que résidant à Perpignan, ces Béarnais avaient fait de la ville épiscopale d’Elne, à cause de ses foires, leur principal centre d’affaire. Par extension, les affaires qu’ils déployaient en Roussillon se prolongeaient en direction du comté d’Empúries. Mais ce territoire marquait quelque peu la limite de leur rayonnement commercial. En effet, ils se rendaient assez peu dans la ville de Gérone et restaient absents des campagnes environnantes.

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Grâce aux protocoles de notaires de Perpignan, on peut suivre par chance sur plusieurs décennies les activités de certains marchands béarnais. Ainsi Raimond de la Borde, originaire de Bordes et habitant Seisses dans l’évêché de Lescar, s’affaira en Roussillon entre les années 1410, date à laquelle il commença également à fréquenter les foires d’Elne, et les années 1450 [42][42] La première mention qui le concerne date de 1412 :.... Il appartenait à l’une des deux plus grosses familles de maquignons béarnais qui, aux côtés des Del Mont, originaires de Serres, assurèrent dans le diocèse d’Elne de nombreuses importations de chevaux [43][43] Ibid., 3e1/714, f. 7v, le 2 août 1426.. On trouvait à Elne, d’autres membres de sa famille : Pierre de la Borde, présent depuis 1410 à Perpignan, et Fortanier de la Borde, tous de la même localité de Seisses [44][44] Pierre ou Payrot s’avère être le père de Raimond :....

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Un document nous éclaire sur l’amplitude géographique de ses activités commerciales. L’acte qui nous intéresse fut rédigé après son décès. En 1467, le régent de l’hôpital des pauvres de la paroisse de Saint-Jean, à Perpignan et Miquela, sa fille, désignèrent un seigneur du diocèse de Tarbes comme leur procurateur. Il fut chargé de recouvrir les biens, les chevaux, les mulets et les mules appartenant à leur père défunt et qui se trouvaient encore dans les comtés de Bigorre et de Béarn, dans la vicomté de Limaya et dans le duché de Guyenne [45][45] Kerguen, 1965, p. 68.. Avec ce témoignage, on constate que la zone couverte par Raimond de la Borde était vaste. En outre, ses affaires ne se restreignaient pas seulement à la vente d’équidés : il négociait parfois des moutons ou des porcs [46][46] ahpg, Not. Castelló, reg. 597, f. 50, 22 novembre ....

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Notre négociant était un marchand d’envergure. Son réseau d’affaires reposait sur un socle constitué par des membres de sa famille ou d’autres compatriotes. C’était d’ailleurs l’attitude générale de ces maquignons béarnais, dont les familles n’hésitaient pas à se regrouper. Dans le cadre de certaines ventes-expéditions, des Borda étaient ainsi liés aux Del Mont, qui constituaient l’autre grande famille de négociants [47][47] Une fois, Andetus del Mont et Peyrot de la Borda apportèrent.... On choisissait du coup de partager l’achat des bêtes. Le rapprochement s’effectuait très probablement aussi pour résoudre les difficultés liées aux distances : par cette formule, on cherchait à la fois à réduire les risques du voyage et à faciliter l’organisation du convoyage, tout en limitant les frais qui en découlaient.

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Outre les Béarnais, une petite colonie de Gascons s’activait aussi dans le négoce du bétail. Un individu originaire d’Orbaxon, mais aussi un dénommé Sampso Despou, de Seissan, finirent comme d’autres par s’installer à Perpignan. De même, le Perpignanais Estève Delage était en fait un Gascon installé depuis plusieurs années dans la capitale du Roussillon [48][48] Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/1383, f. 38, 1418 ;....

La présence éphémère d’Auvergnats et de Languedociens

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Si l’on peut parler pour les Béarnais et les Gascons d’un enracinement et par conséquent de la régularité de leurs ventes de bétail en Roussillon, en revanche les opérateurs venant d’Auvergne et du Languedoc ne firent en général pas souche et ne résidèrent que pour une période déterminée dans le diocèse de Gérone. De plus, leur présence se concentra exclusivement dans la capitale du comté d’Empúries. Il est frappant de constater qu’aucun de ces marchands ne s’installa à Gérone, et plus encore, leur présence n’y fut que relative. La situation était liée au fait que cette autre cité épiscopale abritait des propriétaires de bétail fortunés et recevait des maquignons originaires des campagnes environnantes, ainsi que ceux de Castelló d’Empúries le cheptel dont elle avait besoin.

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À plusieurs reprises nous avons signalé la présence du maquignon originaire de Montferrand, Joan Tayant. C’est en fait l’un des rares qui s’installa pour une durée assez longue à Castelló d’Empúries. Il y vécut en définitive de la fin du xiv e siècle jusqu’aux années 1420 [49][49] Les informations sur Joan Tayant cessent à partir de.... À cette époque, un autre membre de sa famille, Pierre, vint lui aussi résider quelque temps dans la ville catalane [50][50] Ibid., Not. Castelló, reg. 579, f. 110v, décembre 1420 ;.... Mais il n’était que de passage, venu d’abord pour effectuer quelques opérations marchandes, puis régler les affaires de Jean, sur le départ ou décédé. En dehors de cet Auvergnat, les autres maquignons venaient résider pour un laps de temps assez court à l’image de l’Auvergnat Joan de Pontgibau ou du Languedocien Arnau Serra qui habitait Perpignan en 1395, puis s’installa momentanément à Castelló d’Empúries, avant de s’effacer des sources après les années 1410 [51][51] Pour le premier : ahpg., Not. Castelló, reg. 491, f.....

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De ce constat résultent quelques hypothèses. En premier lieu, la mobilité certaine dont faisait preuve cette catégorie singulière de marchand. Ensuite, si leur venue initiale en Empordà coïncida avec une phase d’affirmation de l’élevage local, plus tard leur présence n’était pour ainsi dire plus aussi nécessaire dans la mesure où le cheptel local était conforté. De plus, à cause d’un effondrement démographique, plus important ici qu’en Roussillon, la demande se réduisit. La situation intérieure du royaume de France n’a-t-elle pas contribué à freiner la venue de nouveaux maquignons ? Les envois de bétail entre les années 1430 et 1470 se limitèrent à quelques régions : Rouergue et Languedoc. Après le décès ou le départ de Joan Tayant, aucun Auvergnat ou quelconque maquignon français ne vint prendre sa succession jusqu’en 1470. Le retrait des Auvergnats est corroboré par les nombreux minutiers de notaires conservés pour Perpignan. Toutefois en Roussillon, un retour en force s’effectua à partir des années 1460.

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Ce phénomène met peut-être en exergue les effets de la compétition qui exista d’un côté entre un groupe de Béarnais toujours plus nombreux en Roussillon et de l’autre, un réseau formé par les Auvergnats, aux exportations moins régulières, qui subissait en outre la concurrence des maquignons autochtones plus présents dans le diocèse de Gérone que dans celui d’Elne.

Les convoyeurs

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Aux côtés de ces différents groupes de marchands français, on rencontrait également une autre catégorie d’individus constituée par les convoyeurs de bétail, fréquentant pour un délai plus ou moins court les diocèses d’Elne et de Gérone. De fait, Auvergnats et Béarnais étaient des spécialistes en la matière. Ainsi, pour expédier dans le diocèse de Gérone 29 mules et chevaux depuis la Haute-Marche, on avait fait appel à un Auvergnat originaire d’Olliergues (Puy-de-Dôme), résidant à Bourganeuf et spécialisé dans ce genre de tâche [52][52] Ibid., reg. 574, f. 27v, 15 juillet 1411.. À travers l’association qui réunit emendo et revendo du bétail un Auvergnat d’Issoire et deux marchands de Perpignan, on devine le rôle de chacun d’eux. Après recoupements, il s’avère que ces deux marchands de Perpignan étaient en réalité de gros négociants en bétail originaires de Gascogne [53][53] ahpg, Not. Peralada, reg. 574, f. 27v, 15 juillet .... L’Auvergnat semblait apporter son savoir-faire comme convoyeur ou comme revendeur, plutôt qu’une réelle participation en bétail au sein de cette association à vocation commerciale.

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Quant aux Béarnais, en dépit des très nombreux actes conservés à leur sujet, la documentation ne définit pas clairement qui avait la charge d’acheminer les bêtes, ni le nombre de personnes requises pour mener les convois, qui comprenaient parfois plus d’une dizaine de bêtes. Aucun versement de salaire n’a été relevé pour ce genre de tâche, ce qui contraste avec les nombreuses quittances concernant le paiement des bergers originaires de cette partie des Pyrénées et se rendant en Roussillon. Différentes interprétations sont possibles : marchands accompagnés de valets conduisant les bêtes, mais peut-être aussi muletiers ou simples paysans se faisant occasionnellement conducteurs de troupeau. Enfin, dernière remarque : parfois, le convoyeur pouvait recevoir du propriétaire une mission plus large, comme vendre du bétail, à charge pour lui de récupérer aussi les différents paiement échelonnés dans le temps. Cette opération prenait un certain temps, tout comme la vente des animaux. Alors on pouvait faire appel à d’autres agents ou intermédiaires catalans.

Les intermédiaires et les vendeurs locaux : la distribution

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Logiquement, les métiers liés au monde animal, comme les bouchers et les éleveurs de bétail, mais, surtout dans les villes, ceux concernés par les voyages – hostalers (hôteliers), traginers (muletiers) et aventurers (caravaniers) –, favorisèrent l’organisation des échanges avec les marchands méridionaux. Leur rôle comme intermédiaires dans les ventes de bétail français est indéniable [54][54] Par exemple, le Narbonnais, Guilhem Rodon, qui fréquentait.... Par ailleurs, de même que les muletiers de Perpignan au début xive siècle ou les hôteliers catalans à Montpellier au début du xv e, les muletiers et caravaniers de Gérone, de Castelló d’Empúries négociaient couramment des mules et des chevaux issus des cheptels locaux [55][55] Romestan, 1967, passim. Certains hôteliers de Perpignan.... Ils n’étaient donc pas des intermédiaires passifs aux opérations menées par les maquignons originaires du nord des Pyrénées, mais ils faisaient preuve d’un savoir-faire. Certains finirent par s’adonner exclusivement au trafic des équidés ou plus largement à celui du bétail. Ce fut le cas d’un traginer de Castelló d’Empúries, Antoni Pellicer, ou encore de celui d’un caravanier de Gérone, Antoni Miralpex, qui était en fait originaire du Languedoc, plus exactement de Mirepoix. Ce dernier finit par devenir un important maquignon à Gérone et dans sa région, après les années 1410 [56][56] ahpg, Not. Castelló, reg. 516, f. 43v, 5 juillet 1400 ;....

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Néanmoins, à la différence du diocèse de Gérone, où les secteurs du transport, de la boucherie ou de la revente des animaux restait généralement aux mains d’autochtones, en Roussillon et d’abord à Perpignan, ils se concentrèrent entre les mains d’acteurs originaires du royaume de France [57][57] À cette époque, les hôteliers français participent.... À partir des années 1450, cette différence rencontrée des deux côtés des Pyrénées confirme à nouveau le fait que deux réseaux de distribution distincts couvrirent séparément les diocèses de Gérone et d’Elne, sans empêcher toutefois que l’un déborde parfois sur l’autre (figure 2).

Figure 2 - Échanges dans les diocèses d’Elne et de GéroneFigure 2
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À travers la situation rencontrée à Perpignan, on devine que la redistribution locale était principalement assurée depuis la fin du xive siècle par des marchands originaires du sud-ouest de la France et à un degré moindre, par ceux du Languedoc. En revanche, dans le diocèse de Gérone, son organisation reposait avant tout sur des maquignons locaux qui surent s’en réserver l’exclusivité tout au long du xve siècle.

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L’originalité du diocèse de Gérone par rapport au Roussillon fut que dès le départ, ce territoire put compter sur ses propres spécialistes du commerce de bétail comme de la vente à crédit et de la revente au détail. Ils animèrent dans cette partie de la Catalogne le commerce d’équidés sur une très grande échelle. En dehors de la présence de quelques Occitans, la plupart des maquignons venaient des villes et des bourgades du cru. À plusieurs reprises nous avons souligné la présence de maquignons juifs de Castelló d’Empúries, qui finirent par se convertir au christianisme. L’importance de leurs activités et les relations d’affaires parfois étroites qu’ils entretinrent avec les maquignons français constituent une originalité pour les territoires compris entre Perpignan et Gérone. Ils furent des clients assidus, figurant souvent comme les principaux acquéreurs de bétail français qu’ils achetaient en gros avant de le revendre au détail [58][58] Sur les activités des Juifs, convertis ou non, de Castelló....

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En marge de ces divers groupes, on doit signaler la présence d’un dernier marchand, Hugo Tardiu, très actif dans ce territoire durant la deuxième décennie du xv e siècle et qui, par certaines attitudes commerciales, se rapprochait des marchands catalans en place. Il s’agit en fait d’un marchand itinérant, un mercier résidant à Perpignan, spécialisé dans la vente au détail de marchandises. Lors de ses « tournées » effectuées dans les campagnes roussillonnaises et géronaises, il se chargeait de négocier des mules qu’il devait acheter à des compatriotes dans la capitale roussillonnaise [59][59] ahpg, Not. Girona 2, reg. 133, f. 1, 1418 ; ibid.,.... La diversité de ses activités commerciales, en tant que revendeur de bétail ou encore comme mercier et boutiquier, traduit la dimension prise par la vente de bétail dans les échanges franco-catalans. En outre, les importations répondaient à de nouveaux besoins exprimés par les populations des villes et des campagnes. Avant d’observer ces aspects de la demande, examinons les types des bêtes proposées par chaque région.

Mules et chevaux : prix et qualité

La prédominance de la mule en Catalogne et Roussillon

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La source notariale désigne les mules et les mulets par différents mots très semblables : mulatino, mulats, mulars, mulorum[60][60] ahpg, Not. Castelló, reg. 564, f. 228v-229, 1 octobre.... En s’interrogeant sur la terminologie utilisée, on constate dans le même temps la faible présence de mulets dans les ventes. Était-elle aussi nette que le laisse supposer la forte prédominance des mentions de mulas dans les contrats de vente au détail ? Hormis cette interrogation, les données notariées restent particulièrement prolixes et rendent bien compte de la forte présence de cet animal. À travers l’étude d’un minutier de Castelló d’Empúries datant des années 1420, on constate que les mules atteignait 43 % des équidés vendus cette année-là [61][61] Les ventes se répartissent entre 29 mules, 27 chevaux,.... Les roncins, ainsi que les juments et autres chevaux, en représentaient toutefois plus de la moitié avec 37 ventes. Mais pour une région qui n’était pas traditionnellement tournée vers à l’élevage de mules, cette catégorie était omniprésente. Dans les régions des Pyrénées plus concernées par son élevage, la part de la mule et du mulet dans les échanges était, on s’en doute, autrement importante. Ainsi, lorsque l’on étudie les minutiers des notaires officiant dans des zones spécialisées, comme celles de Céret en Vallespir (Roussillon), le volume des ventes de mulets y est encore plus significatif [62][62] Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e40/18, etc..

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La préférence des Catalans pour la mule est étayée par de nombreux témoignages, comme cette lettre adressée par l’agent du célèbre Francesco Datini, arrivé à Barcelone en 1394, qui fait part de ses observations à son employeur : « ici, peu de roncins – ce n’est pas l’usage – mais des mules et nombreuses ; […] il y en a de très belles et bonnes […] » [63][63] Carrère, 1967, p. 473.. Malgré l’étonnement relatif de ce marchand italien face à cette utilisation prononcée de la mule, la situation rencontrée dans les diocèses d’Elne et de Gérone était donc semblable à bien d’autres régions du principat de Catalogne.

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Robuste et endurante, la mule avait surtout l’avantage de pouvoir circuler sur des routes où le roulage était le moins aisé. Toujours prête à partir, facile à échanger ou à revendre, elle pouvait en de rares occasions servir de monnaie d’échange [64][64] Ce fut d’ailleurs une mule que reçut un drapier de.... Cet animal présentait des avantages pour de nombreuses personnes : tous l’utilisaient, du petit au riche marchand. Vouée au transport de marchandises, la mule de bât était pour certains indispensable, parfois coûteuse, mais elle restait le plus souvent, pour les transporteurs ou ceux qui désiraient investir dans ce secteur, un placement assez sûr. En s’associant, la possibilité s’offrait à des individus aux revenus modestes d’en faire acquisition. Mais ces regroupements concernaient exceptionnellement les meilleurs spécimens [65][65] À Collioure par exemple, plusieurs habitants achetèrent....

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Le succès du mulet était dû pour beaucoup à son coût d’entretien plus faible que celui des lourds chevaux ou des bœufs, mais également à sa plus grande mobilité. Comme en Castille, on peut dire qu’à une époque de pénurie d’hommes relative, où les surfaces étaient plus étendues, le paysan, pour gagner du temps, avait remplacé les bœufs de labour par la mule, et cela bien avant le xvie siècle. De plus lorsque le relief s’élevait, l’animal devenait indispensable. De nos jours encore, en Roussillon, dans les Albères, la mule est utilisée pour labourer certaines parcelles situées en pente.

Qualité et tarifs des mules des cheptels roussillonnais et catalans

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La mule élevée en Roussillon était de loin la plus cotée, devançant celle que l’on élevait dans la région de Gérone. Les sommes versées pour l’achat d’une mule roussillonnaise atteignaient dans certains contrats près de 500 sous, rarement plus, même si cette somme était parfois dépassée par certains spécimens : ceux de la région de Baixas notamment paraissaient de loin être les meilleurs [66][66] Les mules à Céret valaient en moyenne 300 sous ; il.... L’acquisition de deux mules que fit un muletier béarnais à un autre de Baixas, atteignit 120 florins or d’Aragon, soit 1 320 sous en monnaie de Barcelone, au prix unitaire de 660 sous. Le roulier originaire du diocèse de Lescar régla la quasi-totalité de son opération en versant en une seule fois 117 florins [67][67] Ibid., 3e1/859, f 82v, 1423.. Ce détail mérite d’être souligné, car en général les achats étaient réglés par deux versements, échelonnés sur plusieurs mois et le paiement des sommes était en principe effectué dans les mêmes proportions. La forme même de cet achat laisse supposer que le muletier l’avait prévu avant de se rendre en Roussillon. Cette transaction ne constituait d’ailleurs pas une exception car, à cette époque les mules de Baixas jouissaient d’une très bonne réputation auprès des Béarnais : en 1447, l’un d’eux, originaire du diocèse d’Oloron acheta à un habitant de Baixas une mule pour 55 florins, soit 605 sous [68][68] Ibid., 3e1/1924, f 30v, 25 juin 1447.. Ces Méridionaux achetaient aussi leurs mules à Elne. Ainsi une mule de Baixas valant 51 florins 1/2 d’Aragon, fut achetée par Fortanier Serre, dit habitant de Pia, en fait d’origine béarnaise [69][69] Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/1925, f 12v, 12.... Les Béarnais prirent ainsi de plus en plus l’habitude d’acquérir des bêtes de très bonne qualité en Roussillon dans les années 1440.

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Quelques années plus tard, ce furent d’ailleurs des raisons identiques qui, poussèrent un marchand de Montluel, bourgade située près de Lyon, à acheter 6 mules à un aventurer de Perpignan pour 300 florins or d’Aragon [70][70] Ibid., 3e1/5066, f. 18, 17 janvier 1451. Montluel,.... On venait donc parfois de loin pour acheter ces mules de bât. Ces tarifs élevés s’appliquaient exclusivement aux bêtes les plus robustes et les plus résistantes, à celles qui présentaient les meilleures aptitudes pour couvrir de longues distances [71][71] À Gérone, bien que le prix des mules dépassait rarement.... Mais en général les prix pratiqués par les différents spécialistes des transports, muletiers et hôteliers, mais aussi par certains marchands des diocèses d’Elne et de Gérone, étaient surtout compris entre 200 et 400 sous en monnaie de Barcelone. Cette catégorie avait alors en général une valeur nettement supérieure à celle des autres mules destinées à être sellées ou à effectuer d’autres tâches, sans toutefois atteindre des sommes exceptionnelles (tableau 1).

Tableau 1 - Tarifs des mules

Année

Localités

Prix en sous

1400

Céret

300-500

1406

Rodez

330

1408

Gérone

400

1409

Narbonne

200

1412

Collioure

605

Montferrand

100

1413

Narbonne

100

1417

Rodez

231

1419

Carcassonne

286

1420

Carcassonne

77

1422

Velay

70

1423

Baixas

660

1441

Laguiole

253

1447

Baixas

605

1400-1450

Haut Empordà

55-370

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Dans le comté d’Empúries, on trouvait des mules d’une valeur comprise entre 55 et 370 sous. Leur coût moyen se tenait autour de 140 sous. La valeur des bêtes hybrides était inférieure à celles de Gérone ou de Perpignan. La demande, assurément plus forte dans ces deux villes, à cause notamment d’un secteur roulier plus développé qu’à Castelló d’Empúries, ne venait-elle pas gonfler les tarifs ?

Caractéristiques et coûts comparés des mules importées

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Par comparaison, sans pouvoir rivaliser avec les mules roussillonnaises, seules les mules élevées en Rouergue pouvaient atteindre de bons tarifs. Différentes mentions donnent un éventail de prix s’échelonnant de 71 sous 6 deniers, à 165 sous, 250 sous et 330 sous. Ces deux dernières valeurs indiquent bien que le Rouergue était capable d’exporter des bêtes de bonne qualité [72][72] Joan Guirardo, de Rodez, vendit une bête pour 16 livres.... Quant aux autres régions du royaume de France, elles exportaient des mules à des tarifs encore plus bas. Les marchands de la région du Puy-de-Dôme négociaient peu de mules, mais exceptionnellement lorsqu’ils en vendaient dans le comté d’Empúries, le coût des bêtes ne dépassait guère, comme on l’a vu dans le tableau 1, les 100 sous. On ne trouve pourtant pas là une valeur minimale.

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Grâce à un acte restituant le prix global et le nombre de têtes vendues, on peut établir pour le Velay une moyenne se situant autour de 70 sous par mule. Pour en terminer avec les caractéristiques des mules importées, notons que le Languedoc avec Narbonne disposait d’assez bonnes mules. La moyenne obtenue pour la vente de 9 d’entre elles par un apprêteur de draps narbonnais était alors supérieure à 200 sous, ce qui contraste avec les 77 sous que reçut pour sa mule Pere Record, de Carcassonne, d’un jardinier de Perpignan [73][73] Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/1384, f. 6, 17.... Les ventes réalisées par le Narbonnais Guilhem Rodon, au début du xve siècle, étaient plus proches de ce dernier prix, avec des sommes en moyenne inférieures à 100 sous.

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La faible valeur marchande de ces mules, dont il faut en plus déduire le coût du transport, pourrait faire penser que beaucoup étaient de qualité très médiocre. Il faut cependant être prudent, car on dispose de peu de données pour cerner la qualité de cet élevage et la variation des prix était importante, certaines mules pouvant en outre être bradées. Par ailleurs, certaines bêtes importées étaient surtout vouées à la selle ou à des transports de faibles distances. Leurs aptitudes étaient sans doute plus faibles que celles des cheptels roussillonnais et catalans, d’où des prix variés. De fait, une bête utilisée pour des tâches domestiques n’avait pas la même valeur qu’une autre employée dans le transport international ou celui des pondéreux, comme le fer acheminé dans les zones de relief, ou encore qu’un animal destiné au labour [74][74] Les Basques très nombreux dans les exploitations minières.... Selon les tâches à effectuer, la qualité des bêtes était donc très variable.

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Ainsi, toute provenance confondue, entre sa valeur la plus basse et la plus élevée, l’écart de prix d’une mule était grosso modo de l’ordre de 1 à 12. Cette disparité met bien en avant le fait que des qualités très diverses étaient proposées dans les diocèses d’Elne et de Gérone.

L’élevage équin dans le diocèse de Gérone

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C’est sans doute en partie à cause de la forte concurrence proposée par les bêtes hybrides que l’élevage de cheval évolua lui aussi. L’élevage équin était initialement assez développé dans les diocèses d’Elne et de Gérone. Ce cheptel connut même au cours de la première moitié du xiv e siècle un relatif succès commercial. Les Narbonnais, très actifs dans le commerce des équidés avec l’Aragon et la Catalogne, venaient compléter leurs achats dans cette région. On relève ainsi le cas d’un Narbonnais acheteur de chevaux, qui s’associa avec un noble castellonais, ancien caïd des milices chrétiennes du royaume de Tunis, qui devait posséder un petit élevage équin. Ce fut sans doute l’intention de négocier des montures qui incita ces deux individus à s’associer en 1324 [75][75] ahpg, Not. Castelló, reg. 112, f. 8, 2 novembre 13.... Toutefois à la différence du reste de la Catalogne, où les Narbonnais restaient très présents, dans le comté, les achats d’équidés et plus précisément de roncins émanaient des Limousins [76][76] Ibid., reg. 420, n. f., 6 avril 1311. Les achats réalisés.... Un peu plus tard, les marchands italiens, eux aussi nombreux à fréquenter la région avant la peste de 1348, n’hésitaient pas à investir de préférence dans de solides roncins [77][77] Ibid., reg. 159, n. f., 12 septembre 1336 ; ibid.,.... L’avantage proposé par le comté résidait surtout dans le fait que le contrôle du roi d’Aragon et de ses officiers, exercé à travers le droit de traite, ne s’y étendait pas. Le commerce des équidés à l’exportation était à l’évidence plus souple qu’ailleurs [78][78] Chaque veguer (viguier) ou batlle (bayle) installés.... Des marchands locaux assuraient parfois des expéditions vers le Languedoc. Vers les années 1380, on trouvait encore trace de ces exportations de chevaux empordanais effectuées vers Narbonne [79][79]  ahpg, Not. Castelló, reg. 555, f. 36v, 7 décembre....

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Bien que l’élevage local fût de qualité, avec des roncins vendus parfois à des prix élevés [80][80] En 1382, un marchand de Pise acheta une monture pour..., la plaine de l’Empordà ne pouvait soutenir la comparaison avec la région voisine de Gérone, qui faisait d’ailleurs l’objet d’un contrôle attentif de la royauté, ou encore la région de Torroella de Mongrí [81][81] En 1337, Pierre III, demanda toutefois à ses officiers.... Les achats réalisés au xive siècle par les comtes d’Empúries, puissants seigneurs catalans, attestent de ces réalités. À la fin du xiiie et au cours de la première moitié du xiv e siècle, les comtes avaient coutume d’acheter leurs chevaux à Barcelone et à Gérone, ainsi qu’à Torroella de Mongrí, où ils pouvaient trouver des sujets dignes de leur rang [82][82] En 1318, le comte d’Empúries avait acheté à un habitant.... Par la suite, lorsqu’il s’agissait d’acquérir une monture de valeur, sauf à de rares exceptions, ils la faisaient acheter hors de leur fief. En 1391, lorsque le comte Joan désira se procurer une belle monture, il la fit venir d’un des grands centres de reventes de chevaux « de luxe » qu’était alors la ville d’Avignon. C’est le marchand parisien, Jean de Milan, sans doute un italien naturalisé, qui la lui vendit pour la somme de 40 florins or d’Aragon [83][83] Ibid., reg. 474, f. 183, août 1391..

L’évolution : les chevaux « bon marché »

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Sans atteindre les prix et la réputation du cheptel chevalin des régions voisines d’Elne ou de Gérone, tout au long du xive siècle, les chevaux élevés dans la plaine de l’Empordà figuraient néanmoins en bonne place [84][84] Par exemple, à Gérone fut vendu dans les années 1430.... Cette situation cependant changea avec le temps. Au cours de la première moitié du xve siècle, la valeur marchande des chevaux élevés en Empordà s’avilit fortement (tableau 2).

Tableau 2 - Tarifs des chevaux

Année

Type de monture

Localités

Prix unitaire ou moyen (en sous)

1311

Roncin

Haut-Empordà

780

1314

Cheval bai

Haut-Empordà

870

1318

Roncin

Torroella de Mongrí

1 800

1337

Cheval

Barcelone (Aragon ?)

1 900

1377

Chevaux

Haut-Empordà

230

1382

Monture

Vente Pisan

473

1391

Destrier

Royaume de France

440

1394

Cheval

Haut-Empordà

132

1410-1413

Chevaux, roncins

Languedoc

40-90

1411

Chevaux

Haut-Empordà

100

1411

Chevaux

Haute-Marche

89

1412

Chevaux, roncins

Puy-de-Dôme

46-111

1416

Jument

Béarn

88

1420

Roncin

Béarn

66

1421

Cheval

Gannat

126

1423

Roncin

Elne

99

1423

Cheval

Elne

88

1429

Chevaux

Sardaigne

150

1433

Roncin

Gérone

2 000

1390-1430

Chevaux, roncins

Béarn

140-200

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La diminution des prix ne résultait pas seulement de la concurrence internationale. Les éleveurs locaux n’avaient fait que s’adapter à la conjoncture, délaissant l’élevage de qualité ou de qualité moyenne, à l’effectif limité satisfaisant une demande aisée, au profit d’un élevage populaire qui visait à satisfaire une demande massive [85][85] Des chevaux de Sardaigne parvinrent aussi jusqu’au.... Bien entendu, les prix dépendaient de l’âge de la bête, de son état de fraîcheur, de sa santé ou encore de particularités locales, mais l’apport d’animaux français à bon marché fut une des réponses à la forte croissance de la demande observée dans les diocèses d’Elne et de Gérone.

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Trois zones, principalement la Haute-Auvergne, le Béarn et le Languedoc, assurèrent de façon plus ou moins soutenue et prolongée l’approvisionnement de la Catalogne septentrionale en chevaux. Les chevaux et les quelques roncins que vendait le maquignon Jean Echine, de Lasbordes, à très bas prix, sont tout à fait représentatifs de cette tendance [86][86] ahpg, Not. Peralada, reg. 128, f. 120 et 124 ; ibid.,....

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Le prix des chevaux ou des roncins qu’il négociait allait d’un peu plus de 40 sous à 90. D’autres cas concernant des ventes d’animaux de faibles valeurs effectuées par des marchands de Narbonne, de Carcassonne viennent encore corroborer cette évolution [87][87] ahpg, Not. Castelló, reg. 577, f. 36, mai 1415 ; ibid.,....

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Les importations de chevaux d’Auvergne présentaient les mêmes caractéristiques, comme l’atteste la liste des reconnaissances de dettes de Pere Brigo, un maquignon du comté de Montpensier. On dispose grâce à ses créances d’une série de prix variant de 46 sous à 111 sous par tête. Ceux du Limousin avaient de même une moyenne inférieure à 90 sous. Le maximum revient au cheval vendu par Joan Gendre, de Gannat dans le Bourbonnais, avec 126 sous et 6 deniers [88][88] Ibid., reg. 580, f. 175v, 26 août 1421.. La variation des prix de ventes entre les différents équidés auvergnats était faible, seulement de 1 à 3, traduisant une certaine uniformité des chevaux exportés d’Auvergne. Ce résultat se démarque donc clairement de celui obtenu pour les mules, mais il est vrai que son usage était moins varié. De plus, les montures de combat, les bêtes les plus chères, n’étaient pas importées, d’où un écart plus faible des valeurs.

63

Le constat est un peu différent pour les montures apportées du Béarn. L’échelle des prix était plus ample. Si l’on trouve effectivement des bêtes à valeur marchande assez faible, le prix moyen des chevaux ou des roncins négociés restait supérieur de près de la moitié à ceux pratiqués par les maquignons arrivant du Languedoc ou d’Auvergne. L’étude du marché des foires d’Elne, en préparation, permettra de fournir des évolutions plus précises. Pour l’heure, retenons que les roncins et autres chevaux importés valaient en moyenne entre 140 et 200 sous et que le Béarn envoyait des quantités importantes de juments en Roussillon et dans le comté d’Empúries. Dans certaines régions, la valeur des juments pouvait être inférieure à celui d’un cheval de même race ou de caractéristiques similaires, et jusqu’à deux fois moindre, mais ici la différence n’était pas aussi évidente [89][89] Prévot et Ribemont, 1994, p. 186..

64

En définitive, l’importation des chevaux auvergnats ou béarnais ne s’inscrivait pas dans une volonté d’améliorer la qualité des cheptels locaux, comme cela a pu être observé en Auvergne, où pour avoir de beaux poulains on faisait appel à des étalons du Limousin [90][90] Charbonnier, 1980, vol. 1, p. 87.. Ce phénomène doit plutôt être associé à la « démocratisation » de l’usage et de l’acquisition des équidés, elle-même à l’origine des importations de chevaux français vers la Catalogne et le Roussillon. C’est en effet à cette époque que les animaux de bât et de selle devinrent – et pour longtemps – d’utilisation courante. La baisse du coût des équidés en étendit la possession à plusieurs couches de la population, en ville comme dans les campagnes, beaucoup désirant une monture, fut-elle une carne. Il semble dès lors que l’élevage des roncins, ces chevaux lourds, fut quelque peu délaissé au profit de chevaux plus légers ; à tout le moins sa valeur marchande recula fortement.

65

Les importations françaises vinrent aussi soutenir un élevage catalan en pleine transformation et en vif essor. Si les coûts liés à l’entretien étaient plus accessibles et la tendance générale de la valeur des bêtes à la baisse, quelques terroirs catalans parvinrent toutefois à maintenir un élevage de qualité. Ce fut notamment le cas du Roussillon qui se spécialisa dans les mules de bât.

66

*

67

La documentation notariale traitée ici, quoique partielle, a révélé la formation d’un courant d’échanges important, peu soupçonné jusqu’alors. Les études de nature économique et plus précisément celles qui concernent le monde rural devraient dès lors tirer plus ample parti de la documentation notariée du nord-est de la Catalogne et du Roussillon où, fait exceptionnel, l’on dénombre encore plus de 10 000 volumes d’archives notariales conservées, et notamment une abondance de minutiers datant des xive et xve siècles. Plusieurs régions du royaume de France étaient capables d’envoyer du bétail sur les Pyrénées catalanes et le littoral méditerranéen, et ce plus précocement que l’on ne le croyait. Il faut alors attribuer à la « grande migration animale » qu’Emmanuel Le Roy Ladurie avait vu commencer au cœur du Massif central et se poursuivre entre autre vers « l’Yspanhe » au xvie siècle, des origines médiévales [91][91] Le Roy Ladurie, 1966, p. 144.. Le commerce de bétail réalisé en direction de la Catalogne fut un phénomène précoce qui prit des proportions étonnantes lors des premières décennies du xv e siècle et qui dura. Une animation certaine des routes auvergnates et méridionales atteste de sa vitalité. En définitive, la formation de ce trafic découlait d’importantes mutations au sein des campagnes françaises et catalanes, dans un contexte de reprise économique. Ce dossier a souligné le déploiement des activités méconnues de maquignons français ou catalans au cours d’une période que l’on peut qualifier d’« âge d’or » du commerce des équidés. Cette catégorie de marchands, souvent discrète dans les sources, joue en fait un rôle central dans les relations économiques de la fin du Moyen Âge.

68

Si la fin de la période médiévale en Catalogne a été considérée longtemps comme une phase de récession et de troubles, c’est d’une certaine façon la transformation et la capacité d’adaptation du monde rural catalan qui surgissent ici. Le développement d’un élevage important d’équidés en est l’une des preuves. Ces changements se firent grâce aux capitaux urbains et, on l’oublie parfois, à l’élévation du niveau de vie des populations.


Bibliographie

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    —, Girona al segle xiv, Barcelona, 1993-1994, t. i, 504 p. ;
    —, (éd.), Llibre Verd de la cuitat de Girona (1144-1533), Barcelone, 2000, 747 p.
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    —, « Joan Rodó, alias Bonafós Ravaya, maquignon de Castelló d’Empúries (1390-1430) », Colloque international sur les Juifs et les conversos (Gérone, 22-24 janvier 2004), à paraître.
  • Prévot, Brigitte, et Ribemont, Bernard, Le Cheval en France au Moyen Âge. Sa place dans le monde médiéval ; sa médecine : l’exemple d’un traité vétérinaire du xive siècle, « la Cirurgie » des chevaux, Orléans, Paradigme, « Medievalia », 1994, 522 p.
  • Règne, Jean, « L’importation des chevaux d’Espagne à Narbonne au début du xive siècle, d’après les archives de la Couronne d’Aragon », Bulletin philologique et historique, Paris, 1938-1939, p. 177-190.
  • Renouard, Yves, « Un sujet de recherches : l’exportation des chevaux de la péninsule Ibérique en France et en Angleterre au Moyen Âge », Homenaje a Jaime Vicens Vives, t. i, Barcelone, 1965, p. 571-577.
  • Romestan, Guy, « L’activité des muletiers catalans entre Perpignan et Valence dans la première moitié du xive siècle », Bulletin philologique et historique, Paris, 1967, p. 789-795.
  • Wolff, Philippe, Commerces et marchands de Toulouse (vers 1350-vers 1450), Paris, 1954, 710 p.

Notes

[*]

Post doctorant, membre associé du llsh (Université de Savoie) et du ciham (Université de Lyon ii), 71, rue des Sardes, Grignon, 73200 Albertville. Courriel : <Anthony. pinto2@ wanadoo. fr>.

[1]

Sur les chevaux : Règne, 1938-1939, p. 177-190 ; sur les mules : Romestan, 1967, p. 789-795.

[2]

Gual Camarena, 1976, p. 88, 174, 175 et 176.

[3]

Sur ce droit : Guilleré, 1984, p. 360.

[4]

Renouard, 1965, p. 571-577.

[5]

Larguier, 1992, p. 40.

[6]

Sur les activités de maquignonnage du Juif converti, Joan Rodó de Castelló d’Empúries : Pinto, 2004, à paraître. Une étude sur les foires au bétail d’Elne à la fin du Moyen Âge est en préparation.

[7]

Berthe, 1958, p. 37 et suiv.

[8]

En revanche, les équidés quittant la Catalogne payaient un droit de 5 sous. La taxe frappait en définitive le bétail qui sortait (porcs, bêtes à laine), non celui qui entrait. De plus, les bêtes venues pâturer en Catalogne étaient exemptées de droit à leur sortie : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 6bp6, Livre de la Députation locale de la Généralité de Catalogne à Perpignan, f. 72, 73, xve siècle.

[9]

Une croissance déjà perçue par Guilleré, 1993-1994, p. 371-374.

[10]

L’étude d’une centaine de registres des notaires géronais Bernat Capella et Guillem Descoll confirme cette deuxième « poussée » de l’élevage. Il ressort que le nombre de baux à cheptel (les gasailles) et les quantités d’animaux notifiés dans les comanda-custodia étaient en nette augmentation dans les années 1380 : Arxiu Históric Provincial de Girona (ahpg), Notariat (Not.) Girona 2, registres 62 à 160.

[11]

Dans le sud du comté, grâce à cette politique d’assèchement, la région située autour de Sant Pere Pescador s’ouvre surtout aux propriétaires de bétail géronais : ahpg, Not. Girona 2, reg. 140, f. 3, en 1416 ; ibid., reg. 128, f. 20v, décembre 1409 ; ibid., reg 109, f. 13. Les Géronais plaçaient aussi leurs bêtes dans la campagne autour des villes de Torroella de Mongrí et de Castelló d’Empúries : ibid., Not. Torroella de Mongrí, reg. 10, f. 70, le 31 août 1407 ; ibid., Not. Girona 2, reg. 76, f. 78, 1398 ; ibid., reg. 129 bis, f. 22, 1416.

[12]

Une seule référence atteste pour toute la période couverte par notre enquête de la présence d’un marchand de la région de Saint-Flour, de Santoges : ahpg, Not Girona 2., reg. 580, f. 101v, 1420. La Basse Auvergne semblait à cette époque exporter plutôt des moutons : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/1433, f. 40, avril 1416.

[13]

À la même époque, on trouve un autre négociant de Sempeyles, du diocèse de Clermont, peut-être une cacographie pour Lempdes : ahpg, Not. Castelló, reg. 571, f. 206v, 2 juillet 1410.

[14]

Ibid., reg. 575, f. 34v, 22 octobre 1414. Pour Gannat : ibid., reg. 580, f. 175v, août 1421 et ibid., reg. 552, f. 133v.

[15]

Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/859, f. 37, 24 avril 1422.

[16]

Ibid., 3e1/569, f. 73, 8 août 1407.

[17]

Le 7 juillet, un habitant de Sant Pere Pescador reconnaissait la somme de 63 florins pour 8 chevaux achetés à Joan Miergot, de Bourganou. Une clause stipulait que la somme pouvait être payée lors de la foire de Peratallada : ibid., 3e1/574, f. 23v. Quelques jours plus tard, c’était à un éleveur castellonais de verser 240 florin or d’Aragon à Estève Gorgevalle, de Peyrat-le-Château (Haute-Vienne) pour des e[u]quini, mulati, asini : ibid., 3e1/574, f. 27.

[18]

Ibid., 3e1/609, f. 69, 17 mai 1431.

[19]

En octobre 1417, au cours d’un déplacement à Rivesaltes, Hugo de Sentula, maquignon de Rodez, céda une mule pour 21 florins : ibid., 3e2/26, n. f.

[20]

Un écrivain public de Perpignan vendit à un marchand de Prats-de-Mollo un cheval, 9 mules et 6 mulets achetés lors des foires d’Espalion : ibid. 3e1/913, f. 67, 29 avril 1449.

[21]

Lorsque André Giffra, de Narbonne se rendit dans le comté d’Empúries au cours des années 1415 et 1416, il vendait ses bêtes à l’unité, voire par trois têtes au maximum : ahpg, Not. Castelló, reg. 577 f 36 ; ibid., reg. 538, f. 145v et 146 ; ibid., reg. 577, f. 35. Même chose pour le Narbonnais, G. Rodon : ibid., reg. 533, f. 208v ; ibid., reg. 449, f. 159v ; ibid., reg. 575, f. 32v ; ibid., f. 33v.

[22]

Ibid., reg. 571, f. 129, 30 octobre 1409.

[23]

Ibid., Not. Castelló, reg. 572, f. 27.

[24]

Les vendeurs étaient Andetus del Mont et Peyrot de la Borda, l’acheteur était un Juif converti de Castelló d’Empúries : ibid., reg. 580, f. 71v, 21 août 1420.

[25]

Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e2/88, n. f., 2 août 1430.

[26]

Arnau Guillem de la Roey, maquignon béarnais installé à Perpignan, vendit à Elne entre le 20 mars 1442 et le 2 octobre 1442 plus d’une dizaine de montures : ibid., 3e2/100, n. f.

[27]

ahpg., Not. Castelló, reg. 496 f. 93, 22 septembre 1395 ; ibid., reg 491 f 141v, 1397.

[28]

ahpg., Not. Castelló, reg. 571, f. 151, 29 décembre 1410.

[29]

Ibid., f. 236, fin septembre 1408.

[30]

Un marchand d’Albi, habitant Lézignan, était le procureur de Pere Burch, de Limoges, chargé de récupérer une dette auprès d’un Roussillonnais pour du bétail acheté à Narbonne : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/5068, f. 92v, 1452.

[31]

La présence de nombreux Carcassonnais en Catalogne révèle la capacité de l’élevage développé autour de la cité. On relève les noms de plusieurs d’entre eux : Guilhem d’Argens, Guilhem Perstino, Bernat Podioroso, Ponç Sinensart ou encore Pere Miranda, Pere Aveyach et Pere Glesa : ahpg, Not. Castelló, reg. 486, f. 194, 1394 ; ibid., reg. 496, f. 93, 1395 ; ibid., Not. Peralada, reg. 211, n. f., 1422 ; ibid., Not. Castelló, reg. 621, f. 28, le 12 juin 1431 ; ibid., reg. 571, f. 27.

[32]

Sur les principaux axes routiers traversant la France méridionale au Moyen Âge : Bautier, 1961, p. 99-143 et 1961 (1963), p. 277-308.

[33]

Pour payer Estève Gassier – sans doute le convoyeur –, Pere Brigo, marchand du comté de Montpensier, lui laissa deux quittances, dont une à solder par un hôtelier de la Vessa de Rodez : ahpg, Not. Castelló, reg. 564, f. 237v-238, 24 septembre 1411. Jaume Merles, du lieu-dit Le Bouchet Saint-Nicholas, en Velay, était associé pour négocier du bétail en Catalogne à un marchand de Séverac-le-Château, aujourd’hui dans l’Aveyron : ibid., reg. 578, f. 91v, février 1419.

[34]

Pere Guillem, de Versilach, paya à un macellier de Rodez son salaire pour le convoyage du bétail in partibus Catalonie : ahpg, Not. Girona 6, reg. 135, n. f., le 9 août 1414.

[35]

Pour Espalion et Laguiole : ahpg, Not. Castelló, reg 637, f. 59, 1447 ; ibid., reg. 609, f. 69, 1431.

[36]

Cette ville fut notamment un grand centre d’affaires pour les Béarnais : Wolff, 1954, p. 199. Certains marchands, désignés en Roussillon comme marchands de Toulouse, étaient en fait des Béarnais, comme ce Bernard de Pau : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e2/89, n. f., 8 août 1430.

[37]

Un Gascon de la région d’Auch se trouvait à Gérone en 1415, associé à Bernat Oliva, un blanquier (tanneur) géronais pour vendre des mules et des ânes : ahpg, Not. Girona 2, reg. 127, f. 34, 7 août 1415. À Perpignan, Bernard Davant, de Pontacq, proposa en 1430 quelques chevaux à la vente : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/418, f. 33v et f. 39v.

[38]

Joan Dabadia, marchand de Revel, trafiquait à Perpignan et à Gérone : ibid., 3e1/309, f. 51, juin 1394 ; ahpg, Not. Girona 2, reg. 129 bis, f. 47, 1416. Pour Labrugière et Limoux : ibid., Not. Peralada, reg. 141, f. 54 ; Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/1612, f. 11, 1414.

[39]

Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/4740, n. f. ; ahpg, Not. Peralada, reg. 160, f. 45v, avril 1418, etc. Echine Pere, du même lieu, fréquenta aussi la Catalogne : ibid., reg. 129, f. 55.

[40]

Pinto, 2004, à paraître.

[41]

On trouvait dès cette époque à Elne un Béarnais et un marchand originaire du diocèse de Toulouse : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/4738, f. 21v, 8 juillet 1394 ; ibid., 3e1/4666, nf. Des Languedociens de Revel ou encore de Narbonne vendaient à la même époque des chevaux et des mules à Perpignan : ibid., 3e1/309, f. 51; ibid., 3e1/5088, f. 29. Deux Carcassonnais fréquentaient eux Castelló d’Empúries : ahpg, Not. Castelló, reg. 486, f. 194 ; à Peralada se présenta un marchand de Labruguière : ibid., Not. Peralada, reg. 141, f. 54v, 1398.

[42]

La première mention qui le concerne date de 1412 : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/1604, f. 75v. En 1449, il résidait toujours à Perpignan : ibid., 3e1/882, f. 126.

[43]

Ibid., 3e1/714, f. 7v, le 2 août 1426.

[44]

Pierre ou Payrot s’avère être le père de Raimond : ahpg, Not. Castelló, reg. 578, f. 134v, 1er juillet 1419.

[45]

Kerguen, 1965, p. 68.

[46]

ahpg, Not. Castelló, reg. 597, f. 50, 22 novembre 1438.

[47]

Une fois, Andetus del Mont et Peyrot de la Borda apportèrent dans le comté d’Empúries 12 juments : ibid., reg. 580, f. 71v. Une autre fois, deux autres personnes de cette même famille cédèrent des chevaux à un éleveur d’Elne : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/717, f. 57v-58, 24 avril 1432.

[48]

Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/1383, f. 38, 1418 ; ahpg, Not. Castelló, reg. 520, f. 131 ; ibid., reg. 505, f. 104v, 1407 ; ibid., reg. 571, f. 113v.

[49]

Les informations sur Joan Tayant cessent à partir de 1423. Était-il sur le départ ou malade ? Quoi qu’il en soit, à partir des années 1420, sa femme jusqu’ici absente de ses affaires intervint pour son compte : ibid., Not. Castelló, reg. 580, f. 102 ; puis en 1425 ; ibid., reg. 581, f. 34v, 22 octobre.

[50]

Ibid., Not. Castelló, reg. 579, f. 110v, décembre 1420 ; ibid., Not. Girona 2, reg. 145, f. 61v, mars 1423.

[51]

Pour le premier : ahpg., Not. Castelló, reg. 491, f. 120, juillet 1398. Pour le second : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/4666, n. f., 18 mai 1395 ; ahpg, Not. Castelló, reg. 571, f. 256, 1411. En 1410, il s’était installé un temps à Castelló d’Empúries : ibid., reg. 446, f. 13. Il disparaît de notre champ documentaire après 1418 : ibid., Not. Peralada, reg. 160, f. 45v, en avril 1418.

[52]

Ibid., reg. 574, f. 27v, 15 juillet 1411.

[53]

ahpg, Not. Peralada, reg. 574, f. 27v, 15 juillet 1411.

[54]

Par exemple, le Narbonnais, Guilhem Rodon, qui fréquentait le comté d’Empúries vers 1411-1413, lorsqu’il se rendit un peu plus tard à Gérone, donna procuration à un hôtelier géronais pour récupérer des debita, mutua, comanda, depositas : ibid., Not. Girona 2, reg. 123, n. f., 25 octobre 1414.

[55]

Romestan, 1967, passim. Certains hôteliers de Perpignan restaient d’ailleurs très actifs sur le marché des mules, comme ce Ramon Gloses : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/826, n. f., 27 octobre 1410. Pour Montpellier : Combes, 1974, p. 55-81.

[56]

ahpg, Not. Castelló, reg. 516, f. 43v, 5 juillet 1400 ; ibid., reg. 565, f. 15v-16, 28 avril 1411.

[57]

À cette époque, les hôteliers français participent davantage à la revente d’équidés ou s’installent à Perpignan : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/880, f. 8v. ; ibid., 3e1/5071, f. 49. L’hostal pouvait alors servir de lieu de rencontre entre vendeur et acheteur : ahpg, Not. Castelló, reg. 637, f. 59, 11 juillet 1447.

[58]

Sur les activités des Juifs, convertis ou non, de Castelló d’Empúries particulièrement actifs dans le commerce des équidés : Pinto, 2004, à paraître.

[59]

ahpg, Not. Girona 2, reg. 133, f. 1, 1418 ; ibid., Not. Castelló, reg. 580, f. 4, 16 avril, et f. 43, mai 1420.

[60]

ahpg, Not. Castelló, reg. 564, f. 228v-229, 1 octobre 1411 ; ibid., reg. 579, f. 93v-94, 30 juillet 1421.

[61]

Les ventes se répartissent entre 29 mules, 27 chevaux, 8 roncins, 2 saumerii (chevaux de bât) et 2 ânes, soit un total de 67 ventes : ibid., reg. 580, Pere Gener, 1419-1420, f. 11 à 102, du 26 janvier à la fin décembre 1420.

[62]

Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e40/18, etc.

[63]

Carrère, 1967, p. 473.

[64]

Ce fut d’ailleurs une mule que reçut un drapier de Castelló d’Empúries en compensation de la moitié du prix de son esclave sarrasin : ahpg, Not. Castelló, reg. 621, f. 123, 25 juin 1432.

[65]

À Collioure par exemple, plusieurs habitants achetèrent une bête pour 55 florins à G. Coll fils, de Castelló d’Empúries : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, Not. Collioure, 3e1/253, f. 1, 9 janvier 1412.

[66]

Les mules à Céret valaient en moyenne 300 sous ; il n’était pas rare de voir certains spécimens atteindre 400 ou 500 sous : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e40/18, passim.

[67]

Ibid., 3e1/859, f 82v, 1423.

[68]

Ibid., 3e1/1924, f 30v, 25 juin 1447.

[69]

Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/1925, f 12v, 12 février 1448.

[70]

Ibid., 3e1/5066, f. 18, 17 janvier 1451. Montluel, situé en Bresse, était un des points stratégiques du trafic lyonnais.

[71]

À Gérone, bien que le prix des mules dépassait rarement 400 sous, elles étaient toujours appréciées. Un catalan de Vic ou encore un muletier de Savoie, de La Chambre par exemple, prirent par moitié des mules avec des propriétaires géronais : ahpg, Girona 2, reg. 112, f. 82 ; ibid., reg. 66, f. 26.

[72]

Joan Guirardo, de Rodez, vendit une bête pour 16 livres et 10 sous : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/735, f. 60. Un marchand de Laguiole, Antoni Capoll, en négocia une autre pour 23 florins or d’Aragon : ahpg, Not. Peral., reg. 172, f. 49, 1441-1443.

[73]

Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 3e1/1384, f. 6, 17 mars 1420. Certaines mules apportées en Roussillon par des Carcassonnais pouvaient toutefois avoir un coût supérieur à cette vente : ibid., 3e1/1818, f. 87.

[74]

Les Basques très nombreux dans les exploitations minières des Pyrénées roussillonnaises achetaient sur place des animaux, parfois au prix fort : Pinto, 2004, p. 341.

[75]

ahpg, Not. Castelló, reg. 112, f. 8, 2 novembre 1324.

[76]

Ibid., reg. 420, n. f., 6 avril 1311. Les achats réalisés à la foire n’étaient pas rares. Les Languedociens s’y donnaient parfois rendez-vous pour régler leurs affaires : ibid., reg. 26, n. f., 8 avril 1310.

[77]

Ibid., reg. 159, n. f., 12 septembre 1336 ; ibid., reg. 120, f. 38r, 17 février 1327.

[78]

Chaque veguer (viguier) ou batlle (bayle) installés dans les villes catalanes avaient en charge le contrôle des exportations. Le batlle de Peralada autorisa par exemple la vente d’un cheval bai valant 870 sous à un Narbonnais : ibid., Not. Peralada, reg. 9, f. 21, août 1314.

[79]

ahpg, Not. Castelló, reg. 555, f. 36v, 7 décembre 1385.

[80]

En 1382, un marchand de Pise acheta une monture pour 473 sous (Barcelone) : ibid., reg. 338, f. 35.

[81]

En 1337, Pierre III, demanda toutefois à ses officiers royaux de ne pas empêcher le commerce des chevaux ou des roncins inaptes à la guerre qui valaient moins de 15 livres. (Barcelone) : Guilleré, 2000, p. 254. L’évêque de Gérone reçut le privilège du roi d’être franc de toute traite (treta franca) pour les chevaux et les roncins de Gérone : Arxiu de la Catedral de Girona, Llivre vert, f. 250, 27 novembre 1335.

[82]

En 1318, le comte d’Empúries avait acheté à un habitant de Torroella de Mongrí une monture d’une valeur de 1 800 sous : ahpg, Not. Castelló, reg. 93, f. 43v, 14 mai 1318. À la fin du xiiie siècle, le comte avait déboursé auprès de négociants barcelonais 1 900 sous pour un destrier : ibid., reg. 163, f. 20, juillet 1337. En moyenne les comtes achetaient des chevaux valant entre 1 000 et 1 900 sous.

[83]

Ibid., reg. 474, f. 183, août 1391.

[84]

Par exemple, à Gérone fut vendu dans les années 1430 un roncin pour un montant de 2 000 sous : ibid., Girona 2, reg. 175, f. 122, 13 octobre 1433.

[85]

Des chevaux de Sardaigne parvinrent aussi jusqu’au comté : ahpg, Not. Girona 2, reg. 619, f. 69v, 22 juin 1429 ; ibid., f. 72.

[86]

ahpg, Not. Peralada, reg. 128, f. 120 et 124 ; ibid., reg. 129, f. 55, f. 122v ; ibid., reg. 130, f. 98v.

[87]

ahpg, Not. Castelló, reg. 577, f. 36, mai 1415 ; ibid., reg. 527, f. 31, janvier 1408.

[88]

Ibid., reg. 580, f. 175v, 26 août 1421.

[89]

Prévot et Ribemont, 1994, p. 186.

[90]

Charbonnier, 1980, vol. 1, p. 87.

[91]

Le Roy Ladurie, 1966, p. 144.

Résumé

Français

Les minutiers catalans et roussillonnais conservés pour la fin du Moyen Âge attestent d’importations massives d’équidés provenant de la France méridionale. En plus de ces échanges inédits et de la présence de maquignons du Midi dans les régions de Perpignan et de Gérone, la source notariée précise les prix et la qualité des mules et des chevaux élevés dans différentes régions. On perçoit alors comment, vers 1400, l’usage des équidés se démocratisa en Catalogne et en Roussillon. La mise en place d’un élevage intensif, ainsi que l’apparition de maquignons locaux et étrangers signalent les débuts d’un âge d’or.

Mots-clés

  • commerce
  • croissance
  • élevage
  • équidés
  • maquignons
  • notariat

English

Notarial deeds from Catalonia and Roussillon which have been saved since the Middle Ages show massive imports of equidae from the South of France. In addition to these unprecedented exchanges and to the existence of southern French horse-dealers around Perpignan and Gerona, the notary sources indicate the price and quality of the mules, asses and horses coming from various horse-breeding areas. We understand from this how, in the 1400s, the use of equidae became increasingly widespread in Catalonia and Roussillon. The setting up of intensive breeding facilities, as well as the increasing number of local and foreign horse-dealers testify to the beginning of a golden age.

Keywords

  • breeding
  • equidae
  • growth
  • horse-dealers
  • notary sources
  • trade

Pour citer cet article

Pinto Anthony, « Le commerce des chevaux et des mules. entre la France et les pays catalans (xive-xve siècle) », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2005 (Vol. 23), p. 89-116.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2005-1-page-89.htm


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