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Histoire & Sociétés Rurales

2005/2 (Vol. 24)


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Paul Delsalle, Lexique pour l’étude de la Franche-Comté à l’époque des Habsbourg (1493-1674), Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2004, 317 p., 19 €, isbn 2848670754

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Maître de conférences en histoire moderne et en archivistique, Paul Delsalle a rédigé deux manuels sur l’industrie et le cadre de vie en France sous l’Ancien Régime (Ophrys, 1993 et 1995), s’adressant avec succès aux étudiants. Depuis 1993, il est l’auteur, ou le directeur, d’ouvrages didactiques sur la recherche en archives et la paléographie, couvrant l’ensemble des périodes historiques.

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Toujours dans la perspective de faciliter l’accès aux documents et leur exploitation scientifique, Paul Delsalle vient de publier un Lexique pour l’étude de la Franche-Comté à l’époque des Habsbourg (1493-1674), aux Presses universitaires de Franche-Comté. À l’origine simple glossaire placé à la fin d’un recueil de documents sur la Franche-Comté au temps de Charles Quint, édité en 2000, ce nouveau répertoire contient les mots et les réalités d’une région de l’est de la France, indépendante jusqu’en 1678.

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Le cadre chronologique embrasse les xvie et xviie siècles, période durant laquelle la Franche-Comté porte le nom de comté de Bourgogne. Dans ce territoire dominé par la famille de Habsbourg, l’historien n’a rencontré aucun terme se rapportant aux domaines linguistiques germano-hispaniques, à l’exception de quelques idiomes wallons, souvenirs des nombreux échanges avec les anciens Pays-Bas. La langue employée sur ce territoire est donc francophone. Toutefois, les contemporains établissaient une réelle distinction entre le français des actes écrits et le parler comtois ou patois « bourguignon », transcrit à partir du milieu du xviie siècle seulement.

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L’auteur n’a pas souhaité faire état ni des étymologies ni des évolutions sémantiques de chaque mot à travers le temps, et demeure attaché à cette parenthèse historique, lui évitant tout anachronisme.

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Cet ouvrage se présente comme un outil destiné aux chercheurs qui souhaitent exploiter les archives concernant cette période et ce territoire donné. En effet, les définitions locales des mots cités dans les archives administratives, judiciaires et notariales, font de ce livre un compagnon d’étude très précieux. Par ordre alphabétique, chaque terme inconnu est accompagné d’une ou de plusieurs définitions, parfois de ses variations orthographiques et d’une citation extraite d’un document (dont seul le lieu et le millésime sont mentionnés).

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Distinct des anciens dictionnaires basés sur la littérature de l’époque, ce lexique permettra aux historiens régionaux de décrypter et de comprendre les documents historiques sur lesquels il se fonde. Sur ce point, Paul Delsalle précise que ce vocabulaire n’est pas exhaustif, et invite les chercheurs à le compléter en contribuant notamment, à résoudre quelques mystères linguistiques.

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Ce dictionnaire offre, finalement, le reflet de l’existence dans la Franche-Comté durant les xvie et xviie siècles. Il évoque l’habitat et le travail à travers les jargons des métiers, notamment de la construction ; et aborde la lexicographie de la terre et des productions agricoles. Les termes techniques sont en effet nombreux.

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Plus de treize mots désignent ces sortes de tuile de bois qui recouvrent les toits et parfois les murs des maisons, quand en Normandie nous disions simplement essente. Beaucoup de mots existent pour désigner planches et poutres. Les outils tels que la bracque (pour broyer le chanvre), la boucharde du chappuis (marteau du maçon-charpentier) ou le dolquin (hachette de tonnelier) nous permettront de comprendre des inventaires après décès. La forte spécialisation des métiers est bien représentée. En conflit avec les chappuis, les débrosseurs se gardent les petits travaux de menuiserie.

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Les vocables se rapportant au bétail, aux céréales, aux vignes, aux surfaces cultivées, ainsi qu’aux modes de cultures sont pléthoriques. Vous apprendrez qu’un cornot est un terrain en forme de triangle, qu’une coudrette est un lieu planté de noisetiers et une fouillie, une terre cultivée par écobuage. Nous avons remarqué que le lexique de la clôture est très riche : lice, methe, palan, porpris, soif et autres espines… marquent différents types de limites dans le paysage.

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Les qualifications concernant les droits seigneuriaux ne sont guère moins abondant : bordage, chevalerie, jet de l’âne (corvée), droit de coponage sur la vente des grains… auxquels s’ajoute les impôts tels que le don gratuit ou le fouage dont les haulcements sont mal perçus.

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Cependant, la majeure partie des définitions se rapporte aux monnaies et aux poids et mesures dont l’infini variété caractérise l’Ancien Régime. Des dessins reproduisent certaines pièces ainsi que des sceaux officiels.

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Les terminologies des habitudes alimentaires et festives donnent une autre image de cette société. Les différentes sortes de pain (de courvée, de cuitte, cugnot, bretelles) et de bouillies, tout comme les nombreuses variétés de poissons rendent possible l’observation du régime alimentaire des habitants. Les afflanges c’est-à-dire les pâtisseries, et les sucreries telles que les confitures sèches (pâtes de fruit) ne sont pas étrangères aux traditions. Les barattes (banquets, divertissements), les concours de tir au papegai à larbelette et les chevanes (fête autour d’un feu) accompagnées, peut-être, de chèvres (musiciens) enrichissent notre perception de cette époque.

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Les vêtements ne semblent pas très différents des accoutrements des autres régions : blaude, chausses, godillon (jupon) et gonnez (robe). Ils sont en draps de serge, en chanvre ou en lin. Mais, le cotton est attesté à Besançon dès le début du xvie siècle !

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Les mots se rapportant aux institutions et aux personnalités civiles et religieuses sont importants pour saisir les réalités du pouvoir local. Ce glossaire est bienvenu pour comprendre les rôles des coquattres (échevins) ou du Pardessus de Salins. L’auteur évoque aussi le Conseil des finances, le Conseil de Malines pour la justice ou les Grandes Mairies (juridictions de basse police dans la Franche-Montagne). Le vocabulaire de la justice figure également dans le glossaire et nous autorise à comprendre, par exemple, « ester pour gevaulcherie », c’est-à-dire poursuivre en justice pour sorcellerie.

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Le lecteur trouvera des cartes qui décrivent bien utilement des situations spécifiques et disparues comme le baroichage, c’est-à-dire l’ensemble des paroisses sises autour de Pontarlier, ou l’ancien comté de Bourgogne et ses bailliages. Des schémas accompagnent certaines définitions comme l’assolement triennal ou le muid et ses sous divisions. Vous trouverez également la liste des comtes de Bourgogne, des gouverneurs et des empereurs germaniques pour les enclaves comme Besançon.

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L’auteur s’attarde sur la sémantique de mots déterminants dans cette société comme dîme, feu qui renvoie à ménage et à hostel, ou sel. Nous avons constaté que les salines de Salins ont suscité un vocabulaire tout à fait particulier : l’espargne est une cuve, le bouchet et le moiteval désignent des sels confectionnés à Salins. Représentatif de la division des tâches dans les manufactures, les ouvrières, dirigées par le moutier, portent chacune un nom correspondant au travail qu’elles effectuent. Ainsi, l’éteignari est chargée de jeter de l’eau sur les braises pour éteindre le fourneau, tandis que la fassari façonne les pains de sel dans une sorte de moule. Les mentions concernant l’horlogerie évoque une autre brillante industrie locale.

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Les verbes décrivant les actions, les adjectifs, les adverbes et les prépositions sont aussi définis, ce qui permettra aux étudiants de lire et de comprendre des textes parfois abscons. Enfin, un calendrier-almanach rassemblant les fêtes religieuses, les foires et les paiements des redevances seigneuriales, ainsi qu’un sanctoral, complète cet instrument de travail.

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En parcourant ce livre, on ne peut qu’admirer la diversité du vocabulaire employé à cette époque : plusieurs mots pour le même sens, plusieurs sens pour le même mot. Nous sommes aussi soulagés de pouvoir nous appuyer sur ce type d’ouvrage pour faire resurgir un mode de vie et des méthodes de travail aujourd’hui éteins.

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Marie-Jeanne Villeroy

Frédéric Chauvaud, (dir.), La Société agricole de la Vienne aux xixe et xxe siècles. Guide de recherche, La Crèche, Geste Éditions, 2001, 332 p., 14,94 €, isbn 2845610343

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Comme le sous-titre de cet ouvrage l’indique, il s’agit d’un outil de travail, dont le propos essentiel est de fournir au chercheur un inventaire raisonné des sources et ouvrages accessibles dans le domaine considéré. Le propos se limite explicitement à un seul département, mais cela suffit déjà à remplir un volume de plus de 300 pages : c’est assez montrer la richesse de la masse documentaire dont peut disposer le chercheur qui s’intéresse à la France rurale à l’époque contemporaine. Du reste, le titre de l’ouvrage, qui ne parle que de « société agricole », est quelque peu restrictif au regard du contenu, où il n’est pas seulement question de société, mais aussi de technique, d’économie, de culture voire de civilisation. En outre, c’est bien des campagnes en général dont s’agit, et pas seulement de milieux purement agricoles. Les vingt-deux auteurs et collaborateurs qui ont contribué à la confection de ce guide sont surtout issus de l’Université de Poitiers, mais ils ont travaillé en collaboration avec de nombreuses institutions et associations, des Archives départementales de la Vienne à l’Association pour l’Histoire de l’Agriculture en passant par l’Union pour la Culture Populaire en Poitou-Charentes-Vendée qui a créé Geste Éditions. Ces universitaires, notons-le, proviennent de disciplines très diverses : histoire, géographie, sociologie, ethnologie, sciences juridiques et même musicologie. Leur travail est donc un modèle d’entreprise pluridisciplinaire. La coordination est assuré par un historien, Frédéric Chauvaud, dont les recherches, de l’étude des « émotions rurales » en Beauce à celle des criminels du Poitou ont toujours, à propos du xixe siècle, mêlé le social au mental et l’économique au culturel.

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Ce n’est pas seulement pour ce qu’il révèle du regard croisé des disciplines universitaires sur les campagnes à l’époque contemporaine que le guide que livre au public l’équipe réunie par Frédéric Chauvaud est un modèle. C’est aussi en tant que premier guide de ce genre en France. Le pari est parfaitement réussi, à preuve le plan : la partie la plus longue, celle qui justifie l’appellation de « guide » et fournit la liste des sources d’information, est encadrée, en amont, par une série de contributions qui font le point sur l’état de la recherche en matière de ruralité contemporaine à l’échelle nationale, et, en aval, par l’esquisse de quelques pistes de recherche concernant, cette fois-ci, les seules campagnes de la Vienne.

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Les contributions de la première partie, issues d’une journée d’étude organisée à l’Université de Poitiers, déclinent différentes approches de la ruralité : historiques, géographiques, juridiques, économiques et sociologiques. À chaque fois, de manière claire et synthétique, un bilan historiographique est fait, et l’évolution des thèmes de recherche retracée. Chacun des textes atteste de la vitalité du travail d’investigation sur la ruralité des deux derniers siècles, donc sur la genèse de la ruralité actuelle. La présentation par tranches disciplinaires était la plus commode : elle ne doit pas faire croire à une segmentation de la recherche, comme le remarque Jean-Luc Mayaud, auteur de l’excellente contribution historienne : « Face à l’objet rural, les historiens ne sont pas isolés ; les autres sciences sociales […] qui investissent le champ rural fécondent en même temps les problématiques des historiens » (p. 24). Ceci dit, l’histoire rurale existe bel et bien en tant que telle, même pour la période contemporaine. Après un passage à vide dans les années 1960, elle a mieux construit son objet. Elle s’est émancipée à la fois de l’impérialisme d’autres sciences sociales mieux structurées et d’une histoire à visée plus englobante. Elle a entrepris de fouiller son domaine propre, et si le cadre régional ou local a continué à être privilégié, les questionnements se sont faits plus pointus, pour aller au-delà du clivage archaïsme/modernité (qui a déjà trop servi), et s’intéresser aux multiples voies et modalités de la modernisation. Notons, en tout état de cause, que l’ouvrage dont il question ici est très largement construit selon une perspective historique, puisque les contributions introductives autres qu’historiennes prennent en compte explicitement la dimension historique, et que plus de 120 pages sont consacrées à répertorier des sources d’archives (dont beaucoup attendent d’ailleurs encore le dépouillement).

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La dernière partie de l’ouvrage, qui porte sur les pistes de recherche au sujet des campagnes de la Vienne, parle d’un « foisonnement » des sujets et questions. La Vienne est un département marqué par une grande diversité de sols, qui a servi à déterminer officiellement, après la Seconde guerre mondiale, six principales « régions » agricoles, à peu près celles qui avaient retenu l’attention des géographes au xixe siècle : on trouve aussi bien des terrains à vignoble (dans le nord-ouest, en prolongement du Saumurois) qu’une zone granitique qui, au sud-est, annonce le Limousin en étant propice aux prairies naturelles ; les terres rouges à châtaigniers, qui autorisent une riche polyculture, font contraste avec celles dites de brandes (au sud à l’est) ou celles de la Gâtine (à l’ouest), peu fertiles, tandis qu’au nord la plaine de Loudun et Châtellerault, souvent calcaire, coupée de vallées sableuses, juxtapose champs de céréales, prairies artificielles et zones de maraîchage. Il est donc particulièrement intéressant d’étudier quelles sociétés ont aménagé et ont été à leur tour « produites » par ces terroirs, si tant est qu’il y ait eu un quelconque déterminisme en la matière. Et on se reportera à la page 297 pour avoir une liste variée, quoique non exhaustive, des thèmes de recherche tranversaux possibles. On peut en citer ici quelques-uns, comme la « métamorphose des paysages agricoles », « l’enseignement agricole et le rôle des associations », les « mobilités », la « pluri-activité » ou, moins attendus, « l’alimentation à l’âge agro-industriel », le « vocabulaire de l’élevage et les soins aux animaux », le « rôle des agricultrices », la « place des négociants », « l’industrialisation douce », etc.

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Venons-en au catalogue des sources d’information que propose l’ouvrage. Il se divise en deux : d’abord, logiquement, les sources archivistiques (manuscrites) ; ensuite les sources imprimées et la bibliographie. Parmi les premières, une large place est faite, comme il se doit, aux fonds des Archives départementales de la Vienne. Le rural est traqué de façon fine et explicite sous toutes les cotes ou presque. C’est une aide précieuse pour le chercheur qui s’intéresse aux campagnes poitevines, car il se voit dispensé d’un fastidieux travail de récolement. Mais c’est aussi une aide inestimable pour les chercheurs amenés à consulter les autres fonds départementaux, tous pourvus du même système de classement : les grandes lignes de leur cheminement sont ici tracées. Les séries M (Administration générale) et 4P (Cadastre) sont naturellement incontournables, en tout premier lieu pour l’histoire économique. Mais notons qu’un juste sort est fait, dans le catalogue poitevin, aux archives notariales (série E) et à celles de l’Enregistrement (série Q), indispensables pour étudier le sujet crucial de la transmission des exploitations agricoles et de la reproduction sociale. Ne sont pas non plus oubliées les sources indirectes sur la vie rurale en général et agricole en particulier, telles les archives judiciaires, dont la richesse n’est plus à démontrer. Le seul regret que l’on peut avoir, c’est que la lourde série W (archives postérieures à 1940), si importante pour développer une histoire rurale du xxe siècle, soit présentée comme elle l’est dans les répertoires des Archives départementales, c’est-à-dire modérément classée : un index des thèmes aurait été utile.

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Sources imprimées et bibliographie (ouvrages, brochures, articles, contributions) sont présentées conjointement, ce qui peut être vu comme une faiblesse. Mais elles le sont au sein d’un regroupement thématique du meilleur aloi, et par ordre chronologique de parution. Les travaux universitaires, y compris ceux restés à l’état de « littérature grise » (la grande masse), font l’objet d’un chapitre particulier, hors classement thématique : ils sont classés par niveau de diplôme et par ordre alphabétique de nom d’auteur. Il est dommage que ces travaux échappent au classement thématique appliqué aux sources imprimées et à la bibliographie, mais leur nombre n’est pas tel que le lecteur ne puisse faire le tri lui-même. Et cet inconvénient est largement contrebalancé par la rigoureuse présentation des références et par l’intérêt même de ce type d’inventaire, trop rare encore, et pas seulement en histoire rurale.

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Au total, l’ouvrage dirigé par Frédéric Chauvaud emporte largement la conviction en tant qu’outil de travail : aisément maniable, il est d’un grand intérêt opératoire. Mais il a de la valeur autrement que comme guide : c’est un manifeste en faveur de l’histoire rurale, de lecture attrayante. Espérons qu’il fasse beaucoup d’émules.

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Jean-Louis Lenhof

Paul Cattin, (dir.), Les Archives de la Révolution dans l’Ain, Département de l’Ain, Conseil Général, Archives départementales, Bourg-en-Bresse, 2003, 495 p.

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Après deux siècles d’historiographie, la Révolution française reste toujours un thème de recherche majeur pour de nombreux historiens suscitant encore relectures, interprétations divergentes, débats, controverses surtout depuis une trentaine d’années. Période décisive de notre histoire nationale et au-delà, elle est étudiée non seulement pour elle-même par les historiens de la Révolution, mais aussi par les historiens des époques moderne et contemporaine. C’est le cas notamment des historiens économistes de la longue durée –xviiie-xixe siècles– inévitablement confrontés à cette période charnière du développement économique national. Aussi, le recours aux différentes sources de la période –principalement consignées dans la série L des archives départementales– est-il incontournable. Fort heureusement, depuis une quinzaine d’années, stimulés par les travaux publiés au moment des célébrations du bicentenaire, de nombreux dépôts d’archives ont pu réaliser de manière plus ou moins satisfaisante répertoires ou inventaires de cette série spécifique.

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Au nombre de ceux qui ont été dernièrement publiés, le répertoire numérique de la série L des archives départementales de l’Ain établi par Jérôme Croyet, Jérôme Dupasquier et Brigitte Ladde sous la direction de Paul Cattin, représente un modèle à suivre. Le constat des maladresses et les lacunes archivistiques antérieures a incité la direction des archives à « faire subir un traitement archivistique de choc, radical et définitif » à l’instar d’autres départements tels le Vaucluse ou la Haute-Marne et bien d’autres. Le résultat final du travail de classement opéré avec rigueur et passion par cette équipe est l’élaboration d’une nouvelle série classée en totalité et pourvue d’un inventaire complet. Comme le rappelle judicieusement Paul Cattin, l’intérêt de cette série n’est pas tant l’importance du fonds par son volume que son intérêt historique majeur. Bien que pour les historiens d’une histoire globale, il soit difficile de hiérarchiser les périodes et les domaines de recherche, tous seront d’accord pour reconnaître à cette période une rupture majeure dans notre histoire politique et sociale. Il l’est d’autant plus que le répertoire proposé aux chercheurs ne se contente pas d’un simple catalogue des documents inventoriés. Il nous invite aussi à une véritable connaissance des principaux évènements de la Révolution dans ce département. Ainsi, l’introduction générale comprend un aperçu général périodisé de la Révolution (1787-1800), une chronologie très utile des événements révolutionnaires, une métrologie et une bibliographie régionale déjà abondante. Le tout suivi de l’exposé des méthodes de classement suivies par les documentalistes et de précieux conseils pour les chercheurs. L’ouvrage, divisé en quatre parties, est de facture plus classique. Une première partie est consacrée aux archives des administrations centrales (sous-séries 1 L et 2 L). La deuxième partie, la plus fournie, présente les archives des neuf districts et des cantons révolutionnaires (sous-séries 3 L à 12 L). Les archives des sociétés populaires et des comités de surveillance ou comités révolutionnaires –souvent peu fournies dans les dépôts départementaux– sont ici présentées en troisième partie et répertoriées dans les sous-séries 13 L et 14 L. La quatrième partie recense les archives judiciaires (Tribunal criminel et civil du département, tribunaux correctionnels d’arrondissements, tribunaux et bureaux de paix de districts, justices de paix, tribunaux municipaux) dans les sous-séries 15 L à 21 L. Là encore, le répertoire ne se contente pas d’un simple inventaire des sous-séries. Il présente également l’organisation et les attributions de chaque administration et institution révolutionnaire. Enfin, un glossaire et surtout un index général des noms propres et des matières facilitent les recherches.

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Assurément, il s’agit là d’un bel ouvrage et d’un instrument de travail indispensable pour tout historien régionaliste. La lecture et la relecture des nombreux documents ainsi inventoriés non encore explorés ou déjà exploités doivent permettre de compléter voire de corriger les ouvrages déjà anciens et partiels des historiens régionaux tels ceux de Philibert Leduc, Histoire de la Révolution dans l’Ain, 6 tomes, 1879-1884, et d’Eugène Dubois, Histoire de la Révolution dans l’Ain, renouveler l’historiographie régionale amorcée depuis quelques années et contribuer ainsi à l’Histoire révolutionnaire nationale.

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Claude Cailly

Maurice Boesch, François Kiesler, André Schneider et Freddy Willenbucher, Activités agricoles en Haute-Alsace (1900-1960) et le vocabulaire professionnel du dialecte alsacien, Paris, L’Harmattan, 2004, 304 p., 45 photos, avant-propos de Jean-Michel Boehler, 27 €, isbn 274757377x

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Cinq techniciens et ingénieurs agricoles du groupe de recherche du vocabulaire professionnel de l’écomusée d’Alsace d’Ungersheim (Haut-Rhin) présentent un inventaire très complet du lexique agricole régional en s’appuyant sur le témoignage de 7 paysans, tous nés entre les deux guerres, certains ayant travaillé avec des bœufs. En plus des 136 proverbes (dont 89 concernent le calendrier et la météorologie) recueillis par un auteur dialectal, 3 000 mots et expressions sont répertoriés par thèmes, semblables à ceux des ouvrages agronomiques, mis en situation dans un texte en français, puis traduits sous forme de listes en alsacien et en allemand. Les thèmes fort nombreux traitent de toutes les activités agricoles de plein air ne s’arrêtant généralement que sur le pas des portes de la ferme.

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Ceux qui connaissent peu le monde paysan alsacien seront d’abord intrigués par quantité de notations sur l’existence de taureaux et de verrats communaux (p. 29, 30, 196 et 212), le champ où sont enterrés les animaux morts (p. 29), le tas de fumier tressé (p. 78), l’entretien des chemins par les corvées (p. 35), l’autorisation du curé pour travailler le dimanche (p. 60), la généralisation du café au lait le matin et le soir (p. 61, 64 et 134), les dons de viande de porc et de charcuterie non seulement aux voisins et à la famille, comme il se doit, mais aussi au curé et à l’instituteur (p. 212) ou encore la mise au travail des enfants, qui doivent très tôt se rendre utiles : rentrer le bois, puiser l’eau, préparer le fourrage des bêtes, balayer la cour, râteler après la moisson, ramasser les pommes de terre, cueillir les fruits, etc. (p. 54) ; à 7 ans, on leur apprend à conduire le tracteur, qu’ils mènent seuls vers 12 ou 14 ans (p. 71).

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Certes, il est parfois un peu difficile de s’y retrouver dans cette masse d’informations lexicales et ethnographiques. Malgré cela, c’est sans doute la première fois qu’un véritable manuel d’agriculture régionale voit le jour en présentant les mots –le vocabulaire paysan– et les choses. Il faut saluer cette nouveauté. Ce serait dommage de ne pas le consulter non seulement pour avoir une idée de l’agriculture alsacienne mais aussi mieux connaître les techniques et les pratiques agricoles en général, ce qu’est un labour ouvrant ou fermant, les différentes sortes de fumure, l’irrigation, les cultures dérobées et autres questions agronomiques qu’on ignorerait. En étant patient, l’on trouvera beaucoup de renseignements dans cet ouvrage et de nombreux points de comparaison qui devraient donner idée à d’autres, dans d’autres régions, d’entreprendre le même travail.

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Jean-Paul Bourdon

Centre de Recerca d’Història Rural (ilcc-Secció Vicens Vives). Memòria 2001-2003, Girona, Universitat de Girona, 2004, 114 p.

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Cette petite plaquette fournit au lecteur un commode bilan des trois années d’activités d’une structure qui a contribué fortement à développer l’étude des sociétés rurales de l’autre côté des Pyrénées. Coordonné actuellement par Xavier Torres Sans, le Centre de Recerca d’Història Rural (ilcc-Secció Vicens Vives), qui fait partie de l’Institut de Llengua i Culture Catalanes de l’Universitat de Girona, a été créé alors que cette dernière dépendait de l’Universitat Autònoma de Barcelona (uab). Au départ, il a été constitué comme une section d’Histoire, sous le nom de Vicens Vives (en hommage à l’historien) ; à compter de 1993, ses membres ont décidé de se spécialiser vers l’histoire rurale. La dénomination de Centre de Recerca d’Història Rural (crhr) a été approuvée en mai 2000. Ses objectifs ? favoriser la recherche dans le cadre des sociétés rurales, sans limitation géographique ni chronologique. Toutefois, aujourd’hui, la plupart des travaux réalisés se concentrent sur la Catalogne en s’ouvrant à la fois sur les périodes médiévale, moderne et contemporaine.

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En Catalogne, la recherche en histoire rurale a une identité propre et une solide tradition depuis Jaume Vicens Vives et Pierre Vilar – comme Pierre Poujade vient de le rappeler dans les colonnes de ce numéro –, jusqu’à Pau Vila, Llobert Salvateur ou Vilà Valentí. La multiplication des associations ruralistes a donné un coup de fouet à ce type de travaux. Dans les trente dernières années, deux événements remarquables ont contribué à développer les monographies en histoire rurale catalane. D’une part, la revue Estudis d’Història Agrària, avec l’organisation d’une série de colloques sur cette thématique : le premier, en 1978, a souligné le rôle promoteur d’Emili Giralt, pionnier dans la recherche agricole en Catalogne. D’autre part, le Seminario de Historia Agraria (seha), association dont la Catalogne a été le berceau, dans les années 1987-1988, avec notamment l’action de Ramón Garrabou, président du seha de sa fondation à 2002 : professeur des études universitaires de Girona, ce dernier maintient un lien fort avec le crhr et l’Universitat de Girona.

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La nécessité d’analyser, à grande échelle, divers « micro » phénomènes historiographiques, a favorisé le rapprochement entre les études universitaires et les travaux d’histoire locale ou régionale, que nourrit, depuis les années 1960, le nombre croissant de diplômés en histoire. À l’intérieur de la Catalogne, s’est affirmée une production scientifique de qualité dans les diverses revues et les centres de recherche : c’est là, justement, où l’université doit accentuer son rôle canalisateur en apportant des cadres analytiques et théoriques. De la même manière, la richesse historique et documentaire de la province de Gérone a contribué, depuis quinze ans, à la création du Grup de Recerca d’Història de les Societats Rurals, qui rassemble des historiens intéressés par le monde rural. Dans ce cadre, des projets de recherche ont vu le jour, donnant lieu à un bon nombre de publications, tant individuelles que collectives.

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Par ailleurs, le crhr s’est transformé en maison d’édition spécialisée, avec une collection – la Biblioteca d’Història Rural – et une revue régionale, Estudis d’Història Agraria. Depuis des années, il coordonne aussi les groupes d’histoire rurale issus des diverses universités catalanes (Universitat Autònoma de Barcelona, universités de Barcelona, Lleida, Vic i Girona), en les intégrant dans la Xarxa Temática d’Història Rural (Réseau Thématique d’Histoire Rurale), financée par la Generalitat de Catalunya. On y trouve aussi, en fonction des liens personnels, les Îles Baléares, l’Andalousie et le Centre d’Histoire de l’Agriculture de Pise.

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L’impact des activités de recherche du crhr s’est vite accru dans les seize Seminaris d’Història Économica i Social, de périodicité annuelle, les Seminaris d’Història Rural à caractère mensuel et les Jornades d’Història Rural annuelles, qui fonctionnent depuis l’année 2000. Sa continuité a été possible grâce à la participation régulière et enthousiaste des chercheurs liés à l’Université, en particulier des étudiants en doctorat, bon nombre de professeurs du secondaire, des archivistes et, en général, des diplômés en histoire. L’expérience accumulée, au sein du crhr de l’Universitat de Girona, a permis d’évaluer très positivement la participation de tous. On souligne spécialement deux types de collaborations avec des organismes externes à l’Université : les archives du département de Gérone (Arxiu Històric Girona, Arxiu de la Catedral, Arxiu Diocesá, archives municipales et archives patrimoniales privées, fondamentalement) et l’Associació d’Història Rural de las Comarques Gironines (Association d’Histoire Rurale des Régions de Gérone).

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Actuellement, le crhr oriente son activité environnementale vers trois domaines de recherche. Le premier, « Droits de propriété et rapports villes-campagnes », se décline du Moyen Âge à l’époque contemporaine. Le second, « Paysage et transformations environnementales », comporte deux directions de travail : « Paysage, mémoire, nation » et « Transformations environnementales et développement agricole ». Quant au troisième, « Transformations contemporaines du monde rural », il comporte deux champs d’analyse : « Agriculture et industrialisation » et « Histoire orale ».

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Tous les membres du Centre appartiennent au Grup d’Història de les Societats Rurals de l’Universitat de Girona, dirigé par Rosa Congost Colomer. La majorité s’insèrent aussi dans le Grup d’Història de les Societats Rurals, qu’elle dirige aussi, distingué comme un groupe de recherche consolidé par la Generalitat de Catalunya depuis l’année 2002. Aujourd’hui, ils sont au nombre de 22 : 3 professeurs de chaire (catedráticos), 10 professeurs universitaires, 1 professeur associé, 1 assistant, 1 secrétaire technique et 6 boursiers. La ventilation selon les spécialités donne 41 % dans le secteur de l’histoire économique, 31 % en histoire contemporaine et 14 % en moderne, et un pourcentage comparable de médiévistes. À ces chercheurs il faut ajouter dix collaborateurs, qui élargissent leurs activités professionnelles dans des l’enseignement secondaire, les archives, et les musées, renforçant la dynamique du Centre.

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Un des principaux objectifs du crhr consiste à consolider et à augmenter progressivement l’infrastructure nécessaire pour la recherche. Sa bibliothèque, forte de 1 600 volumes, rassemble sur ce thème les revues, les collections et les principales publications en histoire rurale. Elle comporte un fonds documentaire en support cd-rom et microfilms, notamment d’archives publiques et privées, que met à contribution la collection des Llibres Mestres de patrimonis privats de les comarques gironines. Parallèlement, le crhr dispose de la bibliothèque personnelle de l’historien Jaume Vicens Vives, riche de 2 637 livres et d’importants fonds manuscrits (fonds réservés déposés dans la bibliothèque de la Faculté de Lettres).

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La principale activité du crhr est donc la recherche scientifique, canalisée à travers divers programmes. La composition particulière et peu habituelle des membres du Centre, issus de différents secteurs cognitifs, a permis d’aborder, d’un point de vue interdisciplinaire, quelques sujets clef de l’histoire rurale catalane. Une démarche particulièrement féconde dans le franchissement de quelques barrières conventionnelles de la recherche historique et qui n’est pas sans rappeler, en France, celle du pôle caennais depuis 1993.

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José Manuel Crespo Guerrero

Titres recensés

  1. Paul Delsalle, Lexique pour l’étude de la Franche-Comté à l’époque des Habsbourg (1493-1674), Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2004, 317 p., 19 €, isbn 2848670754
  2. Frédéric Chauvaud, (dir.), La Société agricole de la Vienne aux xixe et xxe siècles. Guide de recherche, La Crèche, Geste Éditions, 2001, 332 p., 14,94 €, isbn 2845610343
  3. Paul Cattin, (dir.), Les Archives de la Révolution dans l’Ain, Département de l’Ain, Conseil Général, Archives départementales, Bourg-en-Bresse, 2003, 495 p.
  4. Maurice Boesch, François Kiesler, André Schneider et Freddy Willenbucher, Activités agricoles en Haute-Alsace (1900-1960) et le vocabulaire professionnel du dialecte alsacien, Paris, L’Harmattan, 2004, 304 p., 45 photos, avant-propos de Jean-Michel Boehler, 27 €, isbn 274757377x
  5. Centre de Recerca d’Història Rural (ilcc-Secció Vicens Vives). Memòria 2001-2003, Girona, Universitat de Girona, 2004, 114 p.

Pour citer cet article

« Instruments de Travail », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2005 (Vol. 24), p. 276-286.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2005-2-page-276.htm


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