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Histoire & Sociétés Rurales

2006/1 (Vol. 25)


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La richesse des livres de raison est encore pour une grande part à découvrir et à démontrer. Un document important, qu’il est très peu probable de trouver ailleurs, se trouve inclus dans celui de Guillaume de Nicolaï (1716-1788), membre d’une grande famille arlésienne pour laquelle on dispose de neuf autres livres de raison familiaux. Le document tiré de celui de Guillaume de Nicolaï est livré ci-dessous tel qu’il se présente sur l’original.

L’auteur : un représentant de l’élite arlésienne

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Guillaume de Nicolaï se présente dans son livre de raison comme le type même du citoyen arlésien éclairé. Ses immenses collections de manuscrits ont été recueillies anciennement dans 158 cartons par les Archives départementales des Bouches du Rhône, dont ils constituent l’un des fleurons (série 1 f). De petite noblesse (« écuyer »), il partage sa vie entre Arles et Paris où il a contracté un mariage, célébré en 1737 en présence du roi et des grands de la Cour. Sa femme était la fille de Cardinal Destouches, maître de la musique à la cour. Surtout, s’il ne néglige pas l’investissement terrien à Arles, notamment en Crau et à Saint-Rémy, il a pris, avec l’apport de sa femme, des habitudes d’« investisseur ». Il gère des parts de la Compagnie des Indes et comme beaucoup de ses compatriotes fortunés, il place des capitaux à rente sur divers organismes, notamment les États de Languedoc, pour des sommes de plusieurs milliers de livres.

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La famille fait partie intégrante de l’élite arlésienne. Le père, Joachim-Guillaume de Nicolaï avait reçu du roi le titre inédit à Arles de gouverneur et maire. Quant au fils, Guillaume, il fut très jeune reçu brillamment à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres parisienne pour ses premiers écrits. Juriste éminent, il soutint avec succès contre les Languedociens, la légitime propriété de la Provence sur la rive gauche du Rhône. Il n’en reste pas moins que si sa noblesse fut confirmée en 1669, l’origine de la famille est plus modeste. L’ancêtre, à la fin xve siècle, aurait été un juif converti appelé Crescas Vidas Ferrier (Jean Nicolaï), l’un des douze néophytes d’Arles [1][1] Baron du Roure cité par Iancu-Agou, 2001, p. 106, n..... Au xvie siècle, le premier ancêtre que se reconnaissait Guillaume était Simon Nicolaï, un avocat apprécié, puis son fils Jean, médecin célèbre. L’enrichissement était patent dès le début du xviie siècle, lorsque les aïeux de la branche familiale de Guillaume acquirent pour 42 597 livres de vastes domaines de la communauté d’Arles que celle-ci commençait à liquider pour payer ses dettes. D’après le livre de raison de cette époque, les Nicolaï concluaient déjà une association pour l’élevage et envoyaient en 1615 plus de 700 bêtes transhumantes à la montagne [2][2] Médiathèque d’Arles, Ms 344.. En 1692, le cadastre du quartier de La Corrège (Nord Camargue) leur accorda 95 ha en terres laborives, herbages, paluns (zones humides) ou sansouires (terres salées). C’était là le quatrième domaine en superficie de ce quartier, pratiquement ex-æquo avec les trois premiers. En 1778, pour ce même mas, Guillaume dut payer la redevance de la levaderie (taxe pour les chaussées ou digues) et pour la chasse aux sauterelles. Il est taxé pour 146 sétérées en terres à semer et 285 en herbages – ceux-ci ayant beaucoup progressé par rapport au début du siècle [3][3] Médiathèque d’Arles, Ms 995.. Préférence pour l’élevage aux dépens des semailles, réussissant moins bien en ce xviiie siècle ? La question sera laissée ici en suspens [4][4] Ce problème est rappelé dans la future Histoire d’Arles....

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Ces quelques brèves indications sur la famille et sa tradition domaniale mériteraient d’être précisées pour expliquer l’enracinement terrien de Guillaume de Nicolaï. Pourtant, ce n’est qu’une des dimensions du personnage dont le livre de raison prouve la variété des intérêts matériels et familiaux. On lui voit sacrifier certains de ses domaines pour l’achat de la charge de conseiller au Parlement en faveur de son fils Joachim Guillaume. Plus que de terres il fut aussi un inlassable rassembleur de textes et de pièces, officielles ou privées, arlésiennes ou provençales. Il fut élu trois fois au Consulat de la ville. Cette propension explique en partie son orientation vers la tenue précise de comptes et la présence assez exceptionnelle d’une comptabilité pour la transhumance des bêtes à laine. À l’évidence, cette société de bêtes à laine est conçue pour un résultat financier, comme sa présentation même le suggère amplement. En revanche, pas de partie double, trop peu adaptée à la mentalité terrienne et traditionaliste des arlésiens, ce qui rend la lecture et l’interprétation de ces comptes plutôt délicates.

Nature de la « société des bêtes à laine » Nicolaï

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Premier problème : existe-t-il un contrat notarié fondant cette société, ce qui permettrait d’en connaître les membres ? Après investigations et sauf découverte fortuite, il faut bien se résoudre à conclure à une convention de type privée. Nicolaï nous fournit en effet sur plusieurs pages d’écriture serrée une liste de ses actes publics chez les notaires parisiens et arlésiens, de 1749 (un an avant le début de la « société ») jusqu’en 1787. Aucun acte pour la transhumance ou l’élevage de bêtes à laine n’y figure.

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Sur ce dernier point on se permettra de donner ici l’avis d’un chercheur ayant effectué des sondages décennaux systématiques sur la composition des registres notariés arlésiens [5][5] Je remercie, avec la plus vive gratitude, Claude Bertin,.... Dès la fin du xviie siècle, chez les notaires d’Arles, les actes de transaction commerciale (achats et ventes) disparaissent, ainsi que la majorité des prix-faits. Il reste que les constitutions en société sont présentes et que des recherches plus poussées devraient être effectuées.

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Quoi qu’il en soit, les partages moitié-moitié des revenus de la société Nicolaï prouvent qu’il s’agit d’une convention entre ce dernier, qui apporte le capital initial (3 309 livres) et son baile, Henri Vidau, lequel est en quelque sorte l’entrepreneur à la fois rémunéré pour ses frais et son travail et le participant aux résultats. Notons que lui-même pouvait être associé avec son frère Claude, nommé à la fin, et qu’il est probable qu’ils ont pu fournir leur part du capital initial, sans doute équivalent, pour l’achat des 627 bêtes à laine, 27 chèvres et 10 ânes ou ânesses. Hormis ce dernier point, il n’y a rien là de profondément original en milieu arlésien. Les contrats d’élevage à bonne miège sont très répandus dans les actes notariés arlésiens [6][6] Bonne miège : contrat ou bail à moitié entre un propriétaire.... Un propriétaire confie un troupeau à un baile ou à un berger en prévoyant le partage égal du croît et du « croît du croît », lorsque le contrat s’étale sur plusieurs années. Mais dans ce cas, il s’agirait d’une forme de métayage, sans qu’il soit besoin d’un apport notable en capital financier au départ. En outre, le baile, dans ces sortes de contrats, n’est pas rémunéré ce qui est donc différent du cas ici exposé. La société Nicolaï possède un net caractère spéculatif à base financière. Distinguo subtil peut-être, mais qui contribuerait à expliquer l’absence du passage devant notaire car ces actes sortaient peut-être de la nomenclature notariale habituelle à Arles. Quant aux sociétés d’élevage, Thérèse Sclafert datait du xvie siècle celles liant les éleveurs des hautes vallées et ceux du bas pays [7][7] Sclafert, 1959, p. 158..

La forme de la comptabilité tenue par Nicolaï

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En l’absence de partie double, Nicolaï se contente de noter au fur et à mesure de leur déroulement, sur douze années, des mises de fonds successives et des recettes engendrées par la société. Il reporte à droite en colonne ces mises de fonds périodiques, venant de lui seul, en retranchant au fur et à mesure qu’il les perçoit les « bénéfices » ou recettes apportées par la société pour son propre compte, soit la moitié. Ces derniers chiffres ont été mis en caractères gras pour les distinguer ici des totaux de l’évolution du capital initial, appelé par lui « dépenses ». Les sommes réinvesties sont de la même façon prises en compte dans cette colonne de droite, mais cette fois par addition. Il détaille aussi l’effectif et la composition des troupeaux pour les deux phases principales de l’année, l’hivernage, qui se passe traditionnellement en Crau d’Arles ou terroirs des villes et villages voisins, et « la Montagne », malheureusement jamais précisée dans sa localisation. Les fonds fournis au baile pour ses frais et sa subsistance sont également distingués en argent ou en nature et, dans ce dernier cas, Nicolaï évalue en monnaie le blé et le vin fournis à Henri Vidau.

Un fonctionnement parfois difficile à interpréter

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Prenons l’exemple d’une seule année, en fait un cycle hivernage-estivage hiver 1750-été 1751. Le troupeau hivernant est imposant : 858 ovins plus 39 chèvres et 11 ânes, soit 908 têtes de bétail. On imagine, bien que ce ne soit pas dit, que le baile à la tête d’un tel effectif a dû embaucher un grand nombre de bergers. Il est irritant de ne pas savoir où ces bêtes trouvaient leur nourriture. La dépense importante (1 617 l.) comprenait bien entendu la rémunération des bergers mais sans doute aussi la location des herbes dites hyvernenques, dans les coussous de la Crau d’Arles ou des villes, bourgs et villages environnants. Au printemps, outre les bêtes vendues auparavant, la toison des bêtes a dû rapporter une jolie somme. Mais il est seulement indiqué que la recette de l’hiver fut de 2 586 l., « avec le reste ». Ce reste est ce qui restait dans les mains du baile au retour de la montagne à la fin de l’été 1750, soit 710 l. Outre ce, le baile avait reçu, comme toutes les autres saisons hivernales suivantes, des provisions d’hiver en nature. En 1751, plus de 570 kg de grains (13 setiers et demi) et 432 litres de vin (11 barraux), évalués en tout 176 l. tournois. On remarquera que cet hiver-là on eut à se partager un « bénéfice » de 969 l. Mais le tout resta à la disposition de Vidau le baile pour organiser et financer le prochain estivage.

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Effectivement, l’estivage est mentionné le 4 juin 1751, cette fois avec un troupeau encore plus considérable : 1 251 têtes. Le même jour, Guillaume de Nicolaï note dans la colonne de droite le total de ses mises de fonds depuis le début de la « société », soit deux années pleines. Les 3 989 l. 17 s 6 d. comprennent les 3 309 l. 17 s. 6 d. de la mise de fonds initiale de 1750. La dépense supplémentaire est donc de 680 l. Si l’on additionne toutes les dépenses faites depuis l’origine (sauf la mise de fonds initiale), on trouve en arrondissant 6 420 l. et les dépenses 5 050 l. Le solde de 1 370 l. partagé en deux donne 685 l. C’est à peu de chose près ce qu’il indique. À ce stade, Nicolaï a remis cette somme dans le panier commun et il la compte donc en « dépense ». Notons que cette colonne de droite a pour fonction d’évaluer à chaque saison la manière dont évolue sa mise de fonds originelle, en y retranchant les sommes le concernant que la « société » se partage. Mais on le voit ajouter aussi des « dépenses », comme celles des provisions d’hiver en nature, telles qu’il les signale le 21 juin 1752. À vrai dire, ces opérations ne sont pas toujours d’une grande clarté, même si l’on peut supposer que lui-même s’y retrouvait. On a là un exemple d’une rationalité comptable encore bien rudimentaire dans la mesure, on l’a dit, où la partie double, pratiquée par le négoce marseillais, est ici absente.

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Vient donc l’estivage à la montagne. La dépense est cette année 1751 inférieure à celle de l’hivernage. Que comprend donc la « recette » ? Probablement la vente des fromages. Le profit, une fois déduites les dépenses, paraît maigre, seulement 117 l. laissées encore une fois entre les mains du baile. Mais la vente des brebis, chevreaux et agneaux (« nouveaux ») va, elle, rapporter une grosse somme, 2 063 l., une fois déduites les 120 l. de gages du baile. De plus il faut penser aux futures dépenses de l’hivernage soit 863 l. Au final, il reste exactement 1 200 l. et, pour la première fois, Nicolaï inscrit sa part, non remise au pot commun, soit 600 l.

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Les autres années suivent toutes ce modèle qui ne livre guère de la transhumance que le côté purement financier ou monétaire, ce qui est déjà une indication des temps nouveaux. Aurait-on pu trouver une comptabilité équivalente un siècle plus tôt ? Il ne faut jurer de rien en attendant d’autres trouvailles. Tous les indices, même limités, de ces sortes de calcul seront à recueillir soigneusement, car des associations d’éleveurs, qualifiées par certains de « commandites », sont bien entendu chose courante depuis le Moyen Âge [8][8] Sur ces antécédents, voir Ribbe, 1898, 1975, p. 329....

Des résultats financiers ?

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Nous connaissons donc la mise de fonds initiale de Nicolaï lui-même et, selon toute probabilité, de son ou ses associés (en tout, 6 619 l. 15 s.), puis l’évolution des dépenses et des recettes et la conclusion de la société en 1761. Notons qu’en 1750 toutes les recettes de Nicolaï sont réinvesties dans la société (tableau 1).

Tableau 1 - L’évolution des comptes de la société de Nicolaï (1749-1761)Tableau 1
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De ce tableau simplifié, on peut conclure que les dépenses brutes cumulées des hivernages et estivages (transhumance) emportaient 66 % des recettes brutes tirées de ces activités. Les sommes réinvesties sont considérées ici comme simple roulement du capital initial dont il est tenu compte au début de la colonne « dépenses ». Finalement, la « société » pouvait partager les 33,8 % restant. En douze ans, le capital initial avait plus que doublé (236 %), si l’on accepte, ce qui est fort probable que l’apport initial de chaque associé était identique (15 663 l. contre 6619 l de mise de fonds). L’activité spéculative d’hivernage et d’estivage était donc beaucoup plus rémunératrice que les habituels placements aux deniers douze, seize ou vingt. En laissant à ses bailes sa part de la liquidation du troupeau en 1761, Nicolaï s’assurait pendant six autres années une pension de 176 livres annuelles.

L’élevage transhumant, activité spéculative, mais de quel ordre ?

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La facilité serait de qualifier de « capitaliste » la société de bêtes à laine de Nicolaï et de son ou ses associés. Ou alors faut-il prendre ce terme dans son sens anthropologique ancien, appliqué au possesseur de troupeau ? Dans la mesure où elle ne concerne que lui-même et ses bailes on reste dans les relations les plus traditionnelles qui soient à Arles entre propriétaires et « rentiers », c’est-à-dire fermiers ou mégers. On l’a dit, ces sortes de contrats sont courants dans les registres notariés, y compris en ce qui concerne l’élevage. La forme même dans laquelle les comptes sont tenus renvoie à une image traditionnelle : on compte, au fur et à mesure ce que l’on fournit au baile (« dépenses »), puis les « recettes » sans les distinguer nettement de ce qui « reste » dans les mains de ce dernier en fin d’hivernage ou d’estivage. La relation avec le baile n’est que partiellement d’employeur à salarié, dans la mesure où Vidau est aussi associé. Le mot de « réinvestissement » n’est évidemment pas employé par Nicolaï, pas plus que « capital ». S’il a fait un calcul de « rentabilité », cela n’apparaît nulle part dans son livre de raison. On est loin encore d’un suivi, attentif au premier chef à l’accroissement du capital, tel que le montrent certains livres de raison plus tardifs, au début du xixe siècle.

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*

17

Ce livre de raison reste par de multiples signes fidèle à ce que l’on a nommé ailleurs une raison « patrimoniale », pour la faire jouer, sinon l’opposer, à une raison « économique » [9][9] Pichard, 2004.. Le fils de Guillaume Nicolaï, Joachim-Guillaume (1742-1794) fut conseiller au Parlement et les dépenses pour l’achat de cette charge occupent une bonne place dans le livre de raison du père. Le fils, quant à lui, dans son propre livre de raison, affiche une évolution évidente. Il sépare nettement désormais dépenses et recettes sur des pages en vis-à-vis. Consacré à sa personne, ses dépenses, de jeu notamment, ou les revenus de sa charge, son registre s’éloigne nettement du livre de famille au profit d’un individualisme assumé. Il est vrai que Guillaume le père avait déjà esquissé une telle disposition dans les cahiers de ses dépenses / recettes lors de son séjour parisien, jusqu’en 1657. Mais finalement Nicolaï père, en fin de société, redonne la main à « Madame la rente », laissant entre celles des bailes sa part du compte final, en l’accompagnant d’une « pension » relativement modeste. Relation « antidorale » ou pur beneficium, au sens que leur donne Bartholomé Clavero [10][10] Clavero, 1996. ? Dans ce conservatoire chrétien et catholique que constitue le monde arlésien, la question peut se poser. On conviendra finalement qu’en ce milieu du xviiie siècle et dans le cas d’un représentant d’une élite locale très liée par mariage à la finance parisienne, les deux tendances, pré-capitaliste et rentière, se joignent et cohabitent aisément.


Annexe

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Anouges : bêtes d’un an ou au retour de la première transhumance à la montagne.

19

Baile : berger en chef, ici à la fois salarié et entrepreneur d’élevage.

20

Barral : mesure de capacité pour le vin à Arles et en Provence (en Arles, 1 barral = 36 pots = 39,36 litres).

21

Coussou ou coussouls : herbages typiques de la Crau dans le territoire d’Arles ou des villes ou villages environnants. Servent particulièrement à l’hivernage ou automnage.

22

Herbes hivernenques : pâturages d’hiver, généralement loués aux bergers.

23

Moutons flanqués : vendus plus chers que les autres, peut-être parce que plus robustes. Explication donnée ici sous toute réserve.

24

Nouveaux : ensemble des mâles d’un troupeau, châtrés ou non, ayant déjà transhumé deux fois au moins (Royer, 1988, p. 45).

25

Setier : mesure de capacité pour les grains (en Arles, le setier faisait 57,74 litres).


158 - 1750-1761 - Société des bêtes à laine de Nicolaï

26

Source : Livre de raison de Guillaume de Nicolaï, Bibliothèque d’Arles, Ms 2383 (Fonds Fassin)

27

N-B : Les chiffres et nombres en gras correspondent aux sommes reçues par Nicolaï et qu’il retranche de l’évolution de ses mises de fonds initiales sauf dans les deux cas signalés ci-dessous par [*] (au lieu d’être retranchées du capital investi, comme partout ailleurs, les sommes acquises par G. de Nicolaï comme étant sa part sont ici ajoutées). On doit remarquer que l’année précédente, en 1757, la balance recettes-dépenses était déficitaire. Les chiffres et nombres en caractères normaux représentent au contraire non pas les « dépenses » de chaque année, mais ce que devient sa mise de fonds initiale par ajoûts successifs (par exemple, le prix des fournitures en nature, blé ou vin).

1750

26 mai

29 mai

1751

14 juin

4 juin

1752

21 juin

5 juin

décembre

1753

27 mai

1753

Décembre

1754

juin

29 mai

21 août

23 déc.

1755

4 juin

1756

27 déc.

1756

1757

1758

1759

1760

26 mai

26 déc.

[1761]


Bibliographie

  • Clapier, Alexandre, « Des troupeaux de Crau et de la transhumance », Annales provençales d’Agriculture pratique, d’économie rurale et d’horticulture, 11e année, n° 132, décembre 1838, p. 549-588 [Article dense, d’un grand intérêt. Clapier fournit, entre autres, un compte précis des dépenses effectuées pour la conduite d’un troupeau, de Crau en Piémont, en l’année 1837].
  • Clavero, Bartholomé, La Grâce du don. Anthropologie catholique de l’économie moderne, Paris, Albin Michel, 1996, xvii-287 p.
  • Coulet, Noël, Aix-en-Provence. Espace et relation d’une capitale (milieu xive s.-milieu xve s.), thèse d’histoire, Université de Provence, 1988, 2 tomes.
  • Darluc, Michel (1782-1786), Histoire naturelle de la Provence, Avignon, 3 vol. : t. 1, 1782, 527 p., t. 2, 315 p., t. 3, 373 p.
  • Fournier, J., « Les chemins de transhumance en Provence et en Dauphiné d’après les journaux de route des conducteurs de troupeaux au xviiie siècle », Bulletin de Géographie historique et descriptive, 1900, 1-2, p. 237-262.
  • Iancu-Agou, Danièle, Juifs et néophytes en Provence : l’exemple d’Aix à travers le destin de Régine Abram de Draguignan (1469-1525), Paris-Louvain, E. Peeters, 2001.
  • Moriceau, Jean-Marc, Histoire et géographie de l’élevage français. Du Moyen Âge à la Révolution, Paris, Fayard, 2005, 477 p.
  • Pichard, Georges, « Un grand corpus provençal : les livres de raison. Entre raison patrimoniale et raison économique », Provence historique, 2004, t. liv, fasc. 217.
  • Ribbe, Charles de, La Société provençale à la fin du Moyen Âge d’après des documents inédits, Marseille, Laffitte, 1975, xii-572 p. [Reprod. en fac-sim. de l’éd. de Paris, Perrin, 1898].
  • Royer, Jean-Yves, « Le Journal de Noé de Barras, un entrepreneur de transhumance au xve siècle », Les Alpes de Lumière, n° 98, 1988, 75 p.
  • Sclafert, Thérèse, Cultures en Haute-Provence. Déboisement et pâturages au Moyen Âge, Paris, sevpen, 1959, 273 p. (« Les Hommes et la Terre », iv).
  • Stouff, Louis, Arles à la fin du Moyen Âge, Publication de l’Université de Provence et Atelier national de reproduction des thèses, Université de Lille iii, 1986, 2 t., 1 053 p.

Notes

[*]

11 avenue du Parc Borély, 13008 Marseille.

[1]

Baron du Roure cité par Iancu-Agou, 2001, p. 106, n. 148.

[2]

Médiathèque d’Arles, Ms 344.

[3]

Médiathèque d’Arles, Ms 995.

[4]

Ce problème est rappelé dans la future Histoire d’Arles à paraître en 2005 (éd. Actes-Sud).

[5]

Je remercie, avec la plus vive gratitude, Claude Bertin, de Fos-sur-Mer, qui outre d’innombrables échanges verbaux et écrits sur les richesses documentaires arlésiennes, dont il est un profond connaisseur, m’a donné cette confirmation tout à fait intéressante de la rareté, au xviiie siècle, des contrats commerciaux dans les registres de notaires d’Arles.

[6]

Bonne miège : contrat ou bail à moitié entre un propriétaire et un méger ; forme provençale du métayer. En effet, ce dernier n’apporte pas de capital. Il est donc assez différent du « rentier » ou fermier. Ce n’est semble-t-il pas le cas du baile Henri Vidau, qui est déjà un personnage plus considérable. Ces formes de contrats sont effectivement anciennes. Coulet, 1988, t. 2, p. 804, n. 240, cite ces baux a bonas miaias sive ad medias rectas ou encore ad rectum megeriam tam de principali quam de augmentu sive creys, respectivement en 1400 et 1412.

[7]

Sclafert, 1959, p. 158.

[8]

Sur ces antécédents, voir Ribbe, 1898, 1975, p. 329 et suiv. Plus récemment, les travaux de Coulet, 1988, sur Aix et la transhumance et ceux de Stouff, 1986.

[9]

Pichard, 2004.

[10]

Clavero, 1996.

Résumé

Français

Il est rare de rencontrer une comptabilité couvrant plus de 10 années (1750-1761) pour une société « de bêtes à laine ». Celle de Guillaume de Nicolaï est tirée de son livre de raison, au milieu d’autres comptes d’affaires et d’informations sur la famille. Nicolaï était un érudit et riche noble de province qui avait ses entrées à la Cour. Ces comptes concernent l’hivernage et l’estivage de troupeaux considérables. Ils permettent de se faire une idée du rapport financier de cette activité d’élevage au cœur du xviiie siècle.

Mots-clés

  • baile
  • bêtes à laine
  • comptabilité
  • élevage
  • rapport financier
  • transhumance

English

It is rare to find accounts covering more than ten years (1750-1761) of the activities of a « société de bêtes à laine » (woollen livestock association). The accounts of Guillaume de Nicolaï are drawn from his Day Book, which also contains other business accounts and informations about his family. Nicolaï was an educated and wealthy member of the provincial nobility, with access to the Court. These accounts are concerned with winter and summer pasturing of large flocks. They allow us to get an idea of the financial return of this aspect of stock-rearing activities in the middle of the 18th century.

Keywords

  • accounting
  • baile
  • financial reporting
  • stock-rearing
  • transhumance
  • woollen livestock

Pour citer cet article

Pichard Georges, « Les comptes d'une « société de bêtes à laine » pour la transhumance et l'hivernage (1750-1761). À propos d'un livre de raison arlésien», Histoire & Sociétés Rurales 1/2006 (Vol. 25) , p. 115-129
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2006-1-page-115.htm.


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