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Histoire & Sociétés Rurales

2006/1 (Vol. 25)


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Hervé Bennezon, Un Village à l’ombre de Paris : Montreuil sous Louis XIV, thèse de doctorat d’histoire, 2 vol., 660 p. dactyl., soutenue à l’Université de Paris xiii, Nord, le 28 octobre 2005

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Jury : Élisabeth Belmas, professeur à l’Université de Paris xiii ; Jean-Michel Boehler, professeur émérite à l’Université Marc Bloch de Strasbourg (président du jury) ; Benoît Garnot, professeur à l’Université de Bourgogne; Marie-José Michel, professeur à l’Université de Paris xiii ; Robert Muchembled, professeur à l’Université de Paris xiii (directeur de la thèse).

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Dans quelle mesure le processus de « civilisation des mœurs » (Norbert Elias) agit-il sur Montreuil, « village à l’ombre de Paris » à la fin du xviie siècle ? Telle est la problématique centrale de la thèse d’Hervé Bennezon. Le candidat présente tout d’abord les sources qui lui ont permis d’étudier ce gros village de 575 feux (soit environ 2 500 habitants) aux portes de la capitale. Les archives du minutier des notaires de Montreuil ont fourni les 173 inventaires après décès qui forment le cœur du corpus, complété par des testaments, des contrats de mariage ainsi que des délibérations paroissiales. Les registres paroissiaux – qui par ailleurs existent dès 1536 à Montreuil, soit avant l’ordonnance de Villers-Cotterêts – ont également été utilisés pour restituer les généalogies familiales et leurs évolutions sociales. L’analyse de la culture matérielle représente pour l’auteur la clé d’entrée privilégiée pour saisir la relation entre Paris et sa proche campagne, à travers les mécanismes d’influence et d’imitation nés de cette proximité. Sous la double pression des citadins et de l’Église post-tridentine, Montreuil apparaît comme un véritable « village sous influence ».

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La première partie de la thèse s’intéresse à la composition et à la hiérarchie de la société montreuilloise, que l’auteur classe en trois catégories : les notables, les marchands et les couches laborieuses. Une des principales caractéristiques de Montreuil est l’importance de ses notables : grands personnages ecclésiastiques, nobles et seigneurs, attirés par les charmes de la campagne, représentent 20 % de la population. Marchands et laboureurs constituent ensuite les catégories dominantes du monde non privilégié. Les uns représentent l’ouverture sur la capitale et les autres la richesse des coqs de village locaux. Les couches laborieuses enfin regroupent de très nombreux artisans, ainsi que des vignerons et des jardiniers. L’activité du village est tournée vers une double destination : le marché parisien (pour la production de fruits notamment), mais aussi la demande locale suscitée par les plus riches, ainsi qu’en témoignent les très nombreux cordonniers. La société montreuilloise se distingue donc par la cohabitation de nombreux privilégiés et de ruraux pauvres, constituant une société à deux vitesses.

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La civilisation matérielle de ce village à la situation singulière est étudiée dans la seconde partie de la thèse. À Montreuil où il y a très peu d’animaux, le paysage est majoritairement composé de vignobles et de vergers, et le centre du village est constitué de belles demeures en dur. Tout contribue à offrir aux privilégiés de la ville et de la cour un cadre verdoyant et calme, un véritable refuge en rupture avec le tumulte urbain. Les inventaires après décès permettent d’entrer dans les demeures des Montreuillois et d’y repérer les marques que la culture parisienne impose au village. Les modes urbaines se répercutent par un système de cascades d’imitation, des couches supérieures de la population aux plus humbles. Ainsi, l’auteur constate-t-il la relative spécialisation des pièces (la pièce unique ne représente que 43 % des habitations). La vaisselle d’étain est, comme à Paris, très largement répandue et quelques rares personnes possèdent même des fourchettes. De même, les chaises, présentes dans 59 % des inventaires, témoignent d’un changement dans les manières de s’asseoir et dans les attitudes corporelles. Le développement du besoin d’intimité se matérialise dans les lits monumentaux, les quelques sièges de commodités, ainsi que le souci de fermer à clé coffres et bahuts. Les vêtements permettent de définir plus encore la grande originalité de Montreuil par rapport aux autres villages de l’époque : l’auteur a été frappé par l’abondance des couleurs vives qui rompent avec l’univers vestimentaire paysan terne et sombre. Cette distinction par les apparences concerne davantage les catégories aisées (et les femmes plus spécifiquement), mais se retrouve également plus ponctuellement dans toute la hiérarchie sociale. Le dernier chapitre analyse la participation au pouvoir et les stratégies sociales, en utilisant les délibérations de la communauté et les relevés de décès d’enfants en nourrice. Les jardiniers d’ornement sont aussi étudiés : ils constituent selon l’auteur de véritables intermédiaires culturels, vecteurs d’un processus d’imitation en cascade de la culture de cour. Par ces subtiles relations socio-culturelles entre Paris et sa proche campagne, Montreuil apparaît, à la différence du modèle de Sennely-en-Sologne, comme un village qui n’a décidément rien d’immobile.

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Robert Muchembled, directeur de la thèse, estime que celle-ci est une des meilleures qu’il lui ait été donné de superviser. De cette somme extraordinaire de travail, il souligne en particulier la curiosité de l’auteur (qui par exemple est allé chercher chez les notaires parisiens les inventaires après décès des notables montreuillois), mais surtout ses grandes qualités narratives et sa méthode rigoureuse. Après avoir rapporté les grandes lignes de la thèse, Robert Muchembled souhaite revenir sur les questions des relations sociales qui marquent ce microcosme si singulier. Il pointe du doigt les grands absents de cette étude, les miséreux, qui devaient être nombreux à Montreuil, mais à propos desquels les sources sont muettes. Plutôt qu’une société à deux vitesses, il en suggère trois, en insistant sur la catégorie intermédiaire des marchands qui s’enrichissent au contact des puissants, et qui se distinguent de la masse des vignerons et des manouvriers pauvres. De cette construction sociale complexe naissent très certainement des relations tendues, d’impitoyables cascades de mépris. Ces dernières doivent être d’autant plus pesantes que la relation Paris-Montreuil apparaît pour Robert Muchembled comme une relation profondément inégale, de sujétion à la capitale.

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Benoît Garnot salue à son tour une thèse claire, argumentée et solide, présentant toutes les qualités scientifiques attendues et des résultats intéressants. L’échantillon est significatif et la présentation matérielle impeccable. Il indique cependant que la bibliographie mériterait une organisation plus fine, et que la comparaison avec des travaux sur d’autres villages, certes peu abondants pour le xviie siècle, pourrait être davantage poussée. Benoît Garnot regrette que l’hypothèse de départ, autour de la « civilisation des mœurs » de Norbert Elias, n’ait pas été plus discutée par l’auteur. De même, le découpage de la société montreuilloise en catégories socio-professionnelles, rassemblant au sein d’une même catégorie des individus dont le niveau économique est très différent, est-il le plus pertinent ? Néanmoins le travail témoigne d’une grande honnêteté scientifique : le détail de l’analyse est méticuleux et la démarche prudente, partant en permanence des sources, sans a priori historiographique. La minutie de l’analyse aboutit à une radioscopie très précise de cette micro-société originale, combinant approche quantitative et histoire des mentalités et des comportements. Les qualités narratives créent une grande proximité pour le lecteur avec la vie de l’époque au cœur de ce village.

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Après une brève discussion, Élisabeth Belmas présente la thèse d’Hervé Bennezon comme un travail d’excellente qualité, qui repose sur un corpus abondant et qui aboutit à des résultats tout à fait remarquables. Elle apprécie la démarche micro-historique et les études de cas, notamment celles concernant les jardiniers d’ornementation, qui mettent en évidence les stratégies d’ascension sociale et les mécanismes de la transmission culturelle. Élisabeth Belmas émet quelques suggestions pour une future publication. La présentation du paysage montreuillois aurait pu être affinée par l’apport d’autres sources telles que les actes de vente et de partage qui décrivent les propriétés et leur mise en valeur agricole. Ces différents éléments de la géographie du village, disséminés dans la thèse, pourraient être rassemblés dans un chapitre préliminaire, permettant ainsi de cerner au mieux les paysages. La vie religieuse et la mise en nourrice mériteraient certainement des développements et des comparaisons avec des travaux existants sur ces sujets. Enfin, l’analyse des réseaux et des dynasties gagnerait en pédagogie par la représentation systématique d’arbres généalogiques, sur le modèle proposé par le sociologue V. Lemieux dans Les réseaux d’acteurs sociaux.

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Pour Marie-José Michel, il s’agit d’une excellente thèse, par sa rigueur, son ampleur et sa nouveauté. Elle apprécie la grande qualité conceptuelle et matérielle de ce travail, déjà saluée par tous les membres du jury. Marie-José Michel indique cependant quelques rares imperfections. Du point de vue matériel, la longueur excessive des chapitres, par souci d’exhaustivité, nuit parfois à la dynamique d’ensemble, tout comme certains documents peu lisibles ou mal positionnés. Quant au contenu, elle regrette que les travaux des chercheurs des autres sciences sociales, évoqués dans l’élaboration de la problématique en début de thèse, ne soient pas davantage exploités par la suite. Ayant clairement défini sa problématique autour de la « civilisation des mœurs », on ne peut reprocher à l’auteur de n’avoir pas consacré plus de place à la vie religieuse. Le travail d’Hervé Bennezon montre cependant combien Montreuil est un chantier riche pour des travaux futurs que Marie-José Michel appelle de ses vœux : de grands personnages ecclésiastiques comme Le Nain de Tillemont, l’importance du jansénisme sont autant d’indices d’une vie intellectuelle et spirituelle particulièrement dense.

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Jean-Michel Boehler, président de séance, considère que la thèse d’Hervé Bennezon est bien écrite, qu’elle apporte nombre de renseignements fondés sur une problématique pertinente et une démonstration cohérente. La quête d’exhaustivité de l’auteur le conduit cependant à des quelques digressions dont on aurait pu faire l’économie. Outre le problème de la comparaison avec d’autres régions, déjà évoqué, Jean-Michel Boehler regrette l’étroitesse du cadre chronologique, qui ne permet pas de saisir les éventuelles évolutions des comportements. Il pose également la question de la représentativité des inventaires après décès : le recours à d’autres sources possibles (terriers, archives judiciaires, relations de voyage, actes administratifs) parviendrait-il à en dépasser les limites ? Néanmoins, l’impressionnant brassage de sources et la méthode originale utilisée pour les croiser permettent d’aller au-delà de la monographie classique pour accéder à une analyse socio-culturelle des relations ville-campagne. Jean-Michel Boehler interroge le candidat sur certains de ces aspects, et notamment la place de la culture écrite, les éventuelles relations matrimoniales entre ville et campagne, les lieux de contact (routes et marchés), la subtilité des hiérarchies internes, l’impact des « années de misère » sur le village. Autant de questions qui engagent un fructueux dialogue entre le candidat et le jury. Hervé Bennezon rappelle ainsi par exemple la difficulté de déceler les marqueurs matériels de la culture écrite dans les inventaires après décès, alors que le taux d’alphabétisation qu’il a pu estimer grâce au test de la signature est pourtant supérieur à la moyenne nationale (environ 2/3 des hommes signent à Montreuil). Pour Jean-Michel Boehler, comme pour les autres membres du jury avant lui, cette thèse mérite une publication.

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Après une rapide délibération, le jury confère à Hervé Bennezon le titre de Docteur en Sciences historiques, avec la mention très honorable, et ses félicitations à l’unanimité.

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Diane Roussel

Fabrice Boudjaaba, La Circulation des biens-fonds dans la région de Vernon (1750-1830). Le patrimoine des familles entre logiques du marché et contraintes du cycle de vie, thèse de doctorat d’Histoire soutenue à l’Université Paris-Sorbonne (Paris iv), 5 novembre 2005

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Jury : Annie Antoine, professeur à l’Université Rennes 2 Haute-Bretagne (rapporteur), Jean-Pierre Bardet, professeur à l’Université de Paris-iv Sorbonne (directeur), Gérard Béaur, directeur de recherches au cnrs et directeur d’études à l’ehess (rapporteur), Joseph Goy, directeur d’études à l’ehess et Jean-Pierre Poussou, professeur à l’Université Paris-iv Sorbonne (président).

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À l’invitation du président le candidat présente son travail aux membres du jury. Cette recherche qui se présentait tout d’abord comme une enquête sur les acteurs du marché foncier à la veille et au lendemain de la Révolution aboutit finalement à une analyse beaucoup plus large portant à la fois sur les mécanismes de la mutation foncière dans une société préindustrielle, sur le rapport des individus au patrimoine et sur le degré d’attachement à la terre des paysans de la région de Vernon. Le candidat fait remarquer que les régions de partage égalitaire et/ou à famille nucléaire, comme celle de Vernon, ont jusqu’ici était plutôt délaissées, ce qui peut paraître assez paradoxal. En effet dans ces régions, des stratégies de contrôle du foncier au niveau de la parenté pourraient constituer un moyen efficace de contrecarrer l’apparent illogisme d’un système de partage qui aboutit à un émiettement des propriétés à chaque génération. L’auteur insiste sur sa volonté de saisir dans un même mouvement l’ensemble des mécanismes de la circulation des biens-fonds (le marché, la succession, la transaction marchande intrafamiliale, les interactions entre le marché de la terre et les autres circuits de l’échange) pour comprendre les logiques à l’œuvre dans une société de type égalitaire. À travers l’étude d’un espace correspondant à un canton composé d’une ville de quelques milliers d’habitants et d’une vingtaine de villages environnants, Fabrice Boudjaaba s’interroge sur le fonctionnement d’un marché foncier et immobilier dans une société préindustrielle, sur son caractère plus ou moins impersonnel, sur la manière dont se constitue le patrimoine des familles et le rôle respectif du marché et de l’héritage dans la fortune des paysans, sur la « rationalité » des acteurs du marché et leur capacité à agir en acteurs économiques mus par leur intérêt individuel et non par la défense des intérêts fonciers de leur parenté face aux acquéreurs horsains. D’où une interrogation sur le sens de la notion de « stratégies familiales » – si présente dans l’historiographie – quand elle est appliquée à une société rurale dominée par la petite propriété, et sur l’adhésion des individus aux principes juridiques de l’égalité des héritiers et de la préservation des biens de famille.

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Le choix de la région de Vernon, petite ville normande de la vallée de la Seine à la limite de l’Île-de-France, est ensuite largement justifié. Le candidat insiste sur la démarche collective qui a accompagné ce travail. Cette enquête qui repose principalement sur le dépouillement des archives de l’Enregistrement et des minutes notariales entre 1750 et 1830 s’appuie aussi sur une base documentaire démographique importante : le fichier des familles du bassin de Vernon – constitué depuis une dizaine d’années au sein du Centre Roland Mousnier sous la direction de Jean-Pierre Bardet et qui comprend plus de 200 000 individus – permet des croisements de données difficilement réalisables pour le chercheur isolé. En outre, la coutume de Normandie, qui s’applique à Vernon, en excluant les filles de la succession et en prévoyant l’égalité entre les héritiers mâles offre à la fois un observatoire privilégié des pratiques égalitaires et en même temps la possibilité d’analyser d’éventuelles logiques patrilinéaires de gestion des patrimoines. Le passage au Code civil offre, par contraste, un moyen efficace d’analyser l’écart entre le droit et sa pratique et l’attachement des Normands à la coutume.

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La démarche est principalement quantitative. Outre quantité d’analyses statistiques agrégatives, l’enquête recourt largement à l’analyse économétrique des comportements individuels ainsi qu’à une analyse des réseaux sociaux empruntée à la sociologie structuraliste. Les sources notariées complètent ce travail par une approche plus qualitative des comportements.

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Le marché foncier – auquel est consacrée la première partie – devient un élément central dans la circulation des biens-fonds durant la période. L’activité du marché qui voit circuler 0,6 % des terres à la fin de l’Ancien Régime double en 80 ans. Son développement est sensible dès les années 1770, la Révolution ne fait qu’accélérer une dynamique antérieure. Mais le fait le plus remarquable est sans doute la réévaluation du rôle du marché dans la circulation des biens et la composition des patrimoines par rapport au rôle présumé essentiel de l’héritage dans l’historiographie. Alors qu’un certain nombre historiens estime entre 1 à 3 ou 4 le rapport entre le marché et l’héritage, Fabrice Boudjaaba montre que marché et héritage font presque jeu égal dans les années 1810-1820 et que les achats représentent déjà près des deux tiers de la valeur des patrimoines hérités dans la composition des propriétés en 1774. Le rôle des circuits marchands de l’échange dans la circulation des biens-fonds doit donc être réévalué parce qu’il faut tenir compte des incidences du cycle de vie sur la composition des patrimoines dans une société rurale dominée par la petite propriété et, en particulier, du phénomène de désaccumulation patrimoniale qui se produit quand la vieillesse rend difficile l’exploitation des terres. Les processus successoraux, objet central de la seconde partie, ne suffisent donc pas pour comprendre la composition des patrimoines et les processus de reproduction sociale et familiale. Du même coup, Fabrice Boudjaaba est conduit à relativiser nettement l’attachement paysan à la terre. Seules la vigne et, pour des raisons particulières, les maisons échappent un peu au marché : les parcelles de labours en revanche se vendent et s’achètent avec une étonnante facilité. Les Normands n’utilisent jamais les possibilités offertes par la Coutume ou le Code (testaments, donations, etc.) pour tenter de préserver un patrimoine familial de sa dilution sur le marché.

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La troisième partie est consacrée au rôle de la famille et de l’alliance sur le marché. Existe-t-il des stratégies pour conserver dans le giron de la parenté des biens que le partage égalitaire a émietté ? L’auteur répond clairement que non. Toutes les méthodes utilisées (économétrie, analyse de réseaux, analyse des motivations des acteurs par les minutes notariales) – rendues possibles grâce à la connaissance généalogique fournie par le fichier démographique de Vernon – aboutissent, en un faisceau d’indices convergents, à la conclusion que la parenté n’a pas d’effet significatif sur le fonctionnement du marché de la terre. La transaction intrafamiliale (10 à 12 % des transactions) n’est pas motivée par des stratégies familiales, elle est le résultat mécanique de la proximité des parcelles et des contraintes géographiques de l’exploitation. Ainsi un individu sans descendance ne vend-il pas son bien de préférence à un parent et certainement pas à un meilleur prix que s’il le vendait à un étranger.

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Ainsi, pour Fabrice Boudjaaba, le comportement globalement individualiste des ménages contredit l’attachement patrilinéaire au patrimoine que semble indiquer la coutume. Si les Vernonnais ont si bien accepté le Code civil et semblent considérer la transmission du patrimoine comme un motif secondaire d’action, c’est en fait parce qu’il faut chercher ailleurs les ressorts de leurs comportements patrimoniaux. La préoccupation presque obsessionnelle des conditions d’existence, une fois la vieillesse venue, explique largement le rapport au patrimoine. Le bien-fonds est une source de revenu indispensable en l’absence de système collectif de prise en charge de la vieillesse. C’est aussi une garantie d’indépendance, du moins d’autonomie, dans une région où la famille nucléaire est la norme. Les Normands préfèrent la vente d’un bien-fonds – dont la valeur tient bien davantage à son caractère productif qu’à sa valeur symbolique d’élément d’une identité familiale – à la cohabitation durable avec leurs enfants.

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Jean-Pierre Bardet qui a dirigé cette recherche prend ensuite la parole. Il dit sa joie de voir aboutir un projet qui fait la part belle au travail collectif puisqu’il s’agit de la première enquête de grande ampleur à prendre appui sur les recherches de démographie du Centre Roland-Mounier et à traduire l’effort commun de formation des chercheurs du Centre à de nouvelles techniques d’analyse. Néanmoins il précise immédiatement qu’il s’agit bien là d’une réussite personnelle. Fabrice Boudjaaba a su tirer profit au service de ses problématiques d’un outil construit pour la démographie. Jean-Pierre Bardet souligne la cohérence et l’efficacité de la démonstration, la capacité d’analyse statistique de l’auteur et la pédagogie dont il fait preuve dans l’exposé de techniques a priori rebutantes. Les objectifs de la recherche sont d’emblée clairement annoncés et centrés sur une triade dûment interconnectée : la famille normande nucléaire, le patrimoine et le marché foncier. Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’explorer isolément chacune des composantes du trio, mais bien de les prendre simultanément en considération comme un tout dont les variables entrecroisées contribuent ensemble, à expliquer le système de la propriété foncière du pays situé autour de Vernon. Pour Jean-Pierre Bardet, les analyses conjointes des marchés de l’argent, du crédit, de la terre et des baux montrent la complexité des circuits de l’échange. La place du numéraire dans l’économie des ménages fait partie des nombreux apports de ce travail. Jean-Pierre Bardet fait l’hypothèse du rôle de la mise en nourrice dans la région de Vernon d’enfants parisiens pour expliquer comment de si petits propriétaires parviennent à vivre.

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Annie Antoine souligne immédiatement qu’il s’agit d’une thèse courageuse parce que son auteur choisit clairement de renouer avec une démarche quantitative plutôt délaissée par les historiens ces dernières années et parce qu’il n’hésite pas à franchir cette barrière inacceptable de 1789 pour proposer une histoire de la propriété et du marché avant et après la Révolution. Annie Antoine se dit amusée et finalement séduite par cette thèse contrariante pour les certitudes de l’historien tant les Vernonnais apparaissent individualistes et relativement peu attachés à leur terre. Les sources sont croisées avec pertinence, et ponctuellement avec une audace un peu prononcée. L’analyse statistique a la préférence de l’auteur, mais la documentation notariale permet de compléter cette approche. Si la bibliographie est très complète, Fabrice Boudjaaba aurait sans doute pu utiliser davantage l’historiographie la plus ancienne. Annie Antoine s’interroge enfin sur la place de la grande propriété dans cette région, il est vrai absente des sources fiscales d’Ancien Régime utilisées dans ce travail. Avec 3 ha en 1774 et 1,6 ha en moyenne en 1826, la terre ne suffit pas au revenu des ménages mais les relations avec les rentiers du sol restent difficiles à appréhender compte tenu de la documentation.

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Gérard Béaur dit lui aussi son enthousiasme de voir achever ce travail. Il souligne que le candidat a su dans un temps assez bref, quatre années, concilier une recherche et des enseignements à l’université ou dans le secondaire. Les dépouillements ont été menés avec intelligence : un canton sur une durée relativement longue en sachant varier les méthodes (dépouillement exhaustif, échantillon B, sondage annuel) pour ne pas se perdre dans les sources, bien austères, de l’Enregistrement, en trouvant des solutions inventives aux problèmes de discontinuité des sources entre l’Ancien Régime et le xixe siècle. Le plan est efficace, logique par rapport à l’argumentation puisque Fabrice Boudjaaba commence par analyser le marché avant l’héritage. Le candidat a su reprendre un dossier – pas toujours attrayant – pour une région de partage égalitaire généralement peu étudiée et propose une thèse reposant sur des analyses et des conclusions fortes et vigoureuses. Il a su construire « un modèle dévastateur », qui valide des hypothèses défendues par peu de chercheurs mais qui dynamite pas mal d’idées notamment sur le rôle de la parenté (Giovani Levi), sur les logiques patrilinéaires et sur le caractère personnel des marchés dans les sociétés préindustrielles. Sans doute, l’analyse du marché devrait mieux distinguer la ville, le plateau et la vallée, mais la taille de l’échantillon et les problématiques de l’enquête rendaient cet objectif difficile à atteindre.

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Joseph Goy salue à son tour un travail d’une grande qualité dont le style traduit la rigueur. L’écriture est sans concession « juste et pointue », fluide et irréprochable sur le plan formel. Les cartes cependant aurait mérité une meilleure insertion dans le corps du texte et certains tableaux ou graphiques une présentation qui en aurait facilité la lecture. Jean-Pierre Poussou conclut en soulignant l’excellence de ce travail, les grandes qualités de chercheur du candidat tant du point de vue de sa capacité méthodologique que du point de vue de sa capacité d’analyse. Il s’agit là d’une « thèse magnifique sur la petite propriété dans une région ouverte et égalitaire » qui sera amenée à faire référence à l’avenir bien qu’elle soit à rebours, par le choix du quantitatif, de beaucoup de travaux actuels. Ce travail appelle des comparaisons avec d’autres cantons proches pour valider complètement certaines analyses ou avec d’autres régions moins ouvertes sur l’extérieur. À la suite de tous les autres membres du jury, Jean-Pierre Poussou a enfin insisté sur la nécessité de voir publier rapidement ce travail.

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Après une très courte délibération, le jury a déclaré Fabrice Boudjaaba docteur de l’Université Paris iv Sorbonne avec ses félicitations unanimes.

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Cyril Grange

Josiane Ribstein, La Transhumance bovine dans le massif vosgien et l’arc alpin : analyse ethno-écologique, thèse de Doctorat en Ethnologie, Université Marc Bloch, Strasbourg, 11 octobre 2005

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Jury : Maurice Wintz, maître de conférences à l’Université Marc Bloch (président) ; Bernard Denis, professeur émérite de l’École nationale vétérinaire de Nantes (rapporteur) ; Benoist Schaal, directeur de recherche au cnrs, Dijon (rapporteur) ; Colette Méchin, chargée de recherche au cnrs, Strasbourg (directrice).

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Comme le précise Josiane Ribstein, le terme de transhumance est utilisé essentiellement pour les troupeaux ovins qui se déplacent depuis les pâturages d’hiver proches des côtes méditerranéennes jusqu’aux prairies de haute montagne où ils passent l’été. Pour les bovins, qui sont généralement confinés à l’étable pendant l’hiver, il faudrait peut-être plutôt parler d’estivage. Cependant, le Service Central des Études et Enquêtes Statistiques du Ministère de l’Agriculture utilise indifféremment les termes de transhumance et d’estivage pour les surfaces « utilisées une partie de l’année seulement pour le pâturage… sans retour journalier sur les lieux d’hivernage ». L’auteur indique, dans son introduction, que son objectif est de « comprendre comment fonctionnent ces sociétés et de rechercher quels sont les liens secrets qu’elles entretiennent avec la nature ».

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Josiane Ribstein réside à Colmar, au pied des Vosges, au débouché de la vallée de Munster : c’est là que se trouve le point de départ de son analyse. Elle l’a élargie ensuite à une grande partie du massif alpin : les Alpes du nord françaises (principalement le Beaufortain, en Savoie), les Alpes suisses (principalement plusieurs vallées du Valais, et la Gruyère dans le canton de Fribourg), et les Alpes autrichiennes (principalement le Tyrol). Elle décrit les pratiques traditionnelles de la transhumance bovine qui étaient en usage jusque vers le milieu du xxe siècle.

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Une caractéristique de la transhumance est évidemment la mobilité des hommes et des bêtes. Une partie de la population des villages monte l’été en alpage avec le bétail. Mais il y avait généralement des étapes intermédiaires : les remues. L’éleveur possédait des bâtiments plus ou moins rudimentaires à mi-chemin de l’alpage, où il montait en intersaison, pour faire et stocker du foin et pour le faire consommer par les bêtes : ce sont les « mayens » dans le Valais, les barischires dans la vallée de Munster. Josiane Ribstein cite le cas d’un éleveur du Beaufortain qui avait sept chalets où il séjournait une dizaine de jours à chaque passage.

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En ce qui concerne le mode d’exploitation de l’alpage, on pouvait distinguer schématiquement deux types principaux : la petite montagne et la grande montagne. La petite montagne est un alpage exploité par une seule famille ; celle-ci se partage pendant l’été : une partie de la famille (souvent la femme) s’occupe des bêtes à l’alpage ; l’autre partie fait les foins dans la vallée. Généralement le lait est transformé en fromage à pâte molle. La grande montagne est gérée par une sorte d’entrepreneur (l’armailli en Gruyère, le montagnard en Beaufortain, le marcaire dans la vallée de Munster, l’almmeister dans le Tyrol). Il exploite un troupeau important comprenant en partie des bêtes en pension. Il recrute et dirige une équipe qui s’occupe du bétail et de la fabrication du fromage.

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C’est ce type d’alpage qui est le plus caractéristique, et que Josiane Ribstein a le plus étudié. Dans la plupart des régions (Valais, Gruyère, Tyrol), c’était une organisation communautaire (le consortage dans le Valais), dans laquelle les participants étaient astreints à des journées de corvée pour l’entretien de l’espace. La traite des vaches se faisait généralement en plein air. Le fromage fabriqué à l’alpage par le fruitier est un fromage à pâte pressée. Le fromage de munster est une pâte molle, mais on fabrique aussi, dans la vallée de Munster, une pâte pressée (le barikas). Les sous-produits étaient soigneusement valorisés. Après la descente des alpages avaient lieu de grandes foires.

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Josiane Ribstein consacre un développement important aux traditions et aux rites observés par les éleveurs. Ils se manifestent particulièrement à la montée et à la descente de l’alpage, qui sont vécues comme des fêtes. Dans le Valais, le mélange des troupeaux, préalable à la saison d’alpage, donnait lieu à une compétition entre les vaches meneuses : c’est l’origine des combats de reines. L’alpage est parsemé de chapelles, d’oratoires et de croix. Des processions et des pèlerinages se déroulent pendant la saison. Ils étaient presque toujours accompagnés de bals. Des manifestations étaient également organisées pendant l’hiver : par exemple à l’occasion de la Saint Nicolas (dans la vallée de Munster), au carnaval…

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Ces traditions ont contribué à donner à chaque région une très forte identité. Elle s’exprime dans le langage, dans le costume (avec le bredzon de l’armailli), dans les chants (le jodle, le ranz des vaches), dans la musique (les cors des Alpes). Elle se traduit aussi dans les races de vaches, races robustes, bien adaptées à la montagne (la Tarine en Savoie, la Fribourgeoise en Gruyère, l’Hérens dans le Valais), dans le type de fromage, dans le type de construction. Josiane Ribstein insiste beaucoup sur le rôle de la vache. C’est sur elle que repose tout le système : « Les contraintes ont conduit les hommes à adopter un mode de vie communautaire organisé et structuré en communion avec l’animal ».

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L’exploitation des alpages a connu, depuis la dernière guerre, une importante évolution, du fait des plus grandes facilités de déplacement, de la raréfaction de la main d’œuvre, du grand développement du tourisme. Les sites intermédiaires (mayens, barischires, etc.) ne sont plus guère utilisés ; beaucoup ont été transformés en résidences secondaires ou en refuges pour touristes, voire même en stations de ski. Dans le Beaufortain, dans la Gruyère, le lait produit en alpage est collecté par des coopératives ; le nombre d’éleveurs qui continuent à transformer le lait en alpage est devenu très minoritaire ; la plupart se sont affranchis de la dépendance de l’alpagiste. Dans la Gruyère, la race bovine Fribourgeoise a disparu, remplacée par une race laitière à haut rendement. Mais, pour les troupeaux qui continuent à transhumer, la montée à l’alpage (la poya dans la Gruyère) est très médiatisée. Dans le Valais, le combat de reines est devenu un spectacle très suivi ; la plupart des éleveurs sélectionnent plus sur la corne (c’est-à-dire l’aptitude au combat) que sur l’aptitude laitière. Dans la vallée de Munster la plupart des fermes des Hautes Chaumes sont devenues des fermes-auberges. Elles sont souvent devenues des résidences permanentes. L’afflux touristique a créé une situation nouvelle. Les paysans sont devenus très minoritaires. Les populations montagnardes sont obligées de partager l’espace entre de multiples partenaires.

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L’agriculture de montagne souffre d’importants handicaps, liés au relief et au climat. En outre, jusqu’à une époque récente, les échanges étaient entravés par la difficulté des communications. La thèse de Josiane Ribstein montre comment les populations montagnardes ont surmonté ces difficultés en s’adaptant au milieu avec la transhumance. Ces efforts d’adaptation sont à l’origine de pratiques spécifiques à chaque région, voire à chaque vallée, ce qui leur confère un grand intérêt sur le plan ethnologique.

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À l’issue de l’intervention de Josiane Ribstein, Benoist Schaal donne son appréciation générale sur un mémoire qu’il juge imposant à plus d’un titre : multiplicité des perspectives, travail authentiquement pluridisciplinaire, alliant sciences humaines et sciences naturelles, ampleur du travail de recherche bibliographique et personnel. Il souligne toutefois, ce que partageront les autres membres du jury, une relative imprécision sur la manière dont l’enquête de terrain a été conduite. Il regrette aussi une relative insuffisance d’exploitation du concept de l’analyse ethno-écologique, par rapport à l’approche ethnographique classique. En ce sens, il aurait souhaité notamment une analyse plus poussée du fonctionnement du triangle homme-vache-herbe, se focalisant d’abord sur l’écosystème, puis sur l’ethnosystème et, enfin, sur la vache en tant qu’agent médiateur entre les deux. Il a beaucoup apprécié – là encore, les autres membres du jury exprimeront le même point de vue – la mise en lumière du rapport d’identification des humains aux bovins, spécialement le rapport affectif, et souhaite que la doctorante produise par la suite de nouveaux écrits sur cette fusion culturelle entre l’homme et l’animal. Il estime, au total, qu’à partir d’une description de la situation de l’élevage transhumant dans les Vosges, Josiane Ribstein a tenté une ethnographie comparative de la relation entre humains et vaches dans un certain nombre de régions montagneuses d’Europe et, ce faisant, elle a contribué à une meilleure compréhension d’un aspect des cultures montagnardes.

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Bernard Denis souligne l’intérêt du sujet, ethnologique certes puisqu’il plonge au cœur des pratiques de ce qui a pu être appelé en Europe une « civilisation de la vache », mais également zootechnique car la transhumance demeure d’actualité dans nos pays. Tout en reconnaissant qu’il y avait bien lieu de remonter jusqu’au début du xxe siècle, qui demeure vivant dans les mémoires, et de ne pas se limiter aux seules pratiques actuelles, devenues fragmentaires, il aurait apprécié qu’un chapitre, même court, récapitule la situation de ces dernières. Il a apprécié le souci de Josiane Ribstein de ne pas se limiter à une simple évocation des problèmes zootechniques mais de véritablement en traiter, y compris lorsqu’il s’agit de sujets difficiles comme la notion de race ou la pratique de la consanguinité dans les troupeaux. Il dit avoir lu avec plaisir cette thèse, bien écrite et enrichie de nombreuses illustrations de qualité, dont la présentation des parties et divers sous-parties et paragraphes n’a toutefois peut-être pas été suffisamment soignée. Il tient à faire ressortir en conclusion une originalité du travail de Mme Ribstein : être situé à la fois dans l’actualité et dans l’évolution depuis un siècle et, en conséquence, faire le pont entre les études franchement historiques et les enquêtes zootechniques et économiques actuelles.

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Le directeur de thèse, Colette Méchin, salue le chemin parcouru par la doctorante qui, au début de son travail, avait une forte propension à s’intéresser surtout à ce qui ressortait du folklore passé mais a su, peu à peu, intégrer les dimensions économiques et l’actualité. Elle rappelle ensuite qu’une hypothèse, risquée mais qui s’est avérée exacte, a sous-tendu ce travail : le phénomène transhumant peut faire l’objet d’une compréhension globale. Toutefois, certains des éléments retenus par l’auteur sont plus caractéristiques des sociétés rurales en général que des sociétés montagnardes et il serait souhaitable, dans la perspective de publications ultérieures, de retenir seulement ce qui caractérise vraiment les groupes étudiés. Colette Méchin insiste également sur la prudence avec laquelle il convient, en ethnologie, de mener les analyses symboliques, et aussi de citer les « grands auteurs », incontournables, car il arrive qu’on puisse leur faire dire, à cause d’une attention insuffisante, le contraire de ce qu’ils pensent. Elle conclut en estimant que les inévitables imperfections qu’elle a évoquées sont peu de choses au regard des qualités de sérieux et d’analyse de l’ensemble et émet le vœu que les capacités de chercheur révélées par cette belle étude permettent à Josiane Ribstein de poursuivre une longue carrière d’ethnologue.

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Le président du jury, Maurice Wintz, présente enfin ses propres commentaires. Il qualifie le travail de Josiane Ribstein d’impressionnant. Il dit avoir particulièrement apprécié l’exploration minutieuse et assez complète des différents types d’alpages, et aussi la comparaison, établie sous forme de contrastes pertinents, entre le paysan-éleveur et le chasseur. Il regrette quelques insuffisances, théoriques ou méthodologiques, notamment dans la non-prise en compte du concept de « niche écologique », qui permet de délimiter, dans une démarche centrifuge, à la fois l’espace naturel et social dans lequel s’insère un groupe particulier, ou du « modèle paysan » en général, dont la bonne connaissance doit permettre de relativiser les spécificités montagnardes. Il aurait aimé aussi qu’une place plus importante, à titre comparatif, soit donnée à ce qui se passe actuellement car le pastoralisme n’est pas mort mais se situe dans un contexte radicalement différent. Il aurait alors été possible de mieux faire ressortir les invariants et les variants, compte tenu des mutations de la société globale, que le monde agricole a d’ailleurs contribué à façonner, si l’on en juge par le développement « ultra-touristique » de certaines fermes-auberges. Malgré ses critiques, Maurice Wintz tient à souligner les qualités de la thèse, qui contient en germe un grand nombre de questions passionnantes sur l’évolution et l’insertion du modèle, bien décrit, dans la société actuelle.

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Josiane Ribstein s’emploie alors à répondre aux remarques et questions des membres du jury et s’engage à retravailler certains points en vue de publications ultérieures. Satisfait de ses réponses, et après délibération, le jury déclare Josiane Ribstein Docteur en Ethnologie, avec la mention « Très honorable avec félicitations du jury ».

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François Spindler

Titres recensés

  1. Hervé Bennezon, Un Village à l’ombre de Paris : Montreuil sous Louis XIV, thèse de doctorat d’histoire, 2 vol., 660 p. dactyl., soutenue à l’Université de Paris xiii, Nord, le 28 octobre 2005
  2. Fabrice Boudjaaba, La Circulation des biens-fonds dans la région de Vernon (1750-1830). Le patrimoine des familles entre logiques du marché et contraintes du cycle de vie, thèse de doctorat d’Histoire soutenue à l’Université Paris-Sorbonne (Paris iv), 5 novembre 2005
  3. Josiane Ribstein, La Transhumance bovine dans le massif vosgien et l’arc alpin : analyse ethno-écologique, thèse de Doctorat en Ethnologie, Université Marc Bloch, Strasbourg, 11 octobre 2005

Pour citer cet article

« Soutenances de thèses », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2006 (Vol. 25), p. 260-271.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2006-1-page-260.htm


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