Accueil Revues Revue Numéro Article

Histoire & Sociétés Rurales

2006/1 (Vol. 25)


ALERTES EMAIL - REVUE Histoire & Sociétés Rurales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 37 - 67
1

L’acquisition d’une conscience politique dépend de nombreux facteurs qui sont à la fois sociaux, institutionnels et culturels [1][1] Agulhon, 1979 ; Mayaud, 1995 ; Pécout, 1994.. Elle exige aussi un long apprentissage des règles de la vie citoyenne ainsi que le décodage de diverses formes de propagande [2][2] Bouchet et Carrez, 2000.. Ce que l’on a coutume d’appeler la politisation est donc un processus complexe variant en fonction de chaque pays ou région [3][3] La Politisation des campagnes au xixe siècle, 2000. En d’autres termes, pour être efficiente, elle doit reposer sur un certain nombre de préalables qui sont fonction de l’époque et du lieu.

2

Dans le Grand-Duché de Finlande, l’exercice des droits politiques resta jusqu’en 1906 limité aux personnes appartenant à un « état », les seules conviées à élire la Diète de Finlande ou les conseils municipaux [4][4] Il y avait en tout 4 états : la noblesse, le clergé,.... L’immense majorité des adultes du pays restait de ce fait en marge de la cité. Ce système était une survivance de l’Ancien Régime suédois. Les Romanov s’en accommodaient dans la mesure où il servait leurs intérêts [5][5] Jussila, Hentilä, et Nevakiva, 1999, première part.... L’alignement programmé du Grand-Duché sur les normes impériales réduisait par ailleurs à leur plus simple expression les libertés publiques garanties par la constitution de 1772 [6][6] Jutikkala, 1978 ; Klinge, 1997.. Il fallut donc attendre le choc de la révolution de 1905 pour voir mis en place un « Parlement » (Eduskunta) élu au suffrage universel, mais n’ayant qu’un rôle consultatif.

3

Au cours du xixe siècle, différents phénomènes avaient cependant ouvert la voie à une intervention des non-privilégiés dans la vie nationale. Il y eut d’abord le Réveil protestant dont les adeptes prirent l’habitude de mettre en doute la parole officielle des pasteurs d’État et d’organiser leur vie religieuse selon des principes plus égalitaires, multipliant les processions, les cultes en plein air ou les visites à domicile [7][7] Heikkilä et Seppo, 1987 ; Carrez, 2000.. Les nationalistes du Parti finnois (ou fennomanes) construisirent pour leur part, dès le milieu du siècle, des réseaux associatifs multiples [8][8] Liikanen, 1995.. Ils furent à la base d’innombrables manifestations de masse : cérémonies en l’honneur des grands écrivains nationaux ou fêtes champêtres accompagnées de spectacles et de chorales. Ils menèrent par ailleurs des actions destinées à « instruire » le peuple, comme l’envoi d’étudiants dans les campagnes pour éveiller les gens à la Cause [9][9] Klinge, 1968.. Dans les années 1880-1890, ils créèrent des associations de pompiers volontaires ou des sociétés de jeunesse (nuorisoseurat). Les premières maisons du Peuple, en finnois työväen yhdistykset (littéralement « unions – ou associations – ouvrières »), durent aussi leurs débuts à des militants nationalistes intéressés par la question sociale [10][10] Nous utiliserons le sigle ty pour désigner les maisons.... Ainsi, dans les années 1880, leur principal inspirateur fut Julius von Wright, un petit industriel qui souhaitait maintenir la paix sociale par l’introduction de réformes en faveur des ouvriers [11][11] Soikkanen, 1975 ; Carrez, 1984.. Installées d’abord dans les villes, ces ty regroupaient leurs adhérents sur des bases professionnelles en leur offrant toute une gamme de services allant de la restauration bon marché à l’organisation de cours du soir, en passant par une bibliothèque, des soirées récréatives, des clubs d’animation culturelle (chant choral, théâtre, poésie) et diverses mutuelles d’assistance (décès, accidents ou autres) [12][12] La première ty est celle d’Helsinki en 1884 : Tuomisto,.... On n’y faisait pas officiellement de politique et les dirigeants étaient le plus souvent issus de la petite bourgeoisie instruite. Rapidement, le mouvement de création prit de l’ampleur : les ty n’étaient qu’une poignée en 1889, plusieurs dizaines au milieu des années 1890, quelques centaines en 1905, plus de 1 000 en 1907 et 1 500 environ à la veille de la première guerre mondiale [13][13] Statistiques du Parti social-démocrate finlandais 1899-1924,.... Les implantations s’étaient d’abord étendues aux petites villes, puis aux centres industriels ruraux ; après 1905, ce fut au tour des campagnes les plus reculées. Une modeste bourgade rurale en comptait souvent plusieurs sur son territoire. Dans l’ensemble du pays, le nombre total de leurs adhérents oscillait désormais entre 45 000 et 80 000 [14][14] À l’échelle de la France d’alors, il faudrait multiplier.... Cette explosion quantitative n’était pas un mince exploit au vu des difficultés matérielles et administratives. La mutation la plus étonnante fut cependant d’ordre politique. À partir de 1895, les partisans de von Wright furent débordés par des éléments beaucoup plus radicaux, qui placèrent peu à peu les ty dans l’orbite du mouvement socialiste international. Le mouvement ouvrier en effet s’était durci en raison des grèves survenues alors dans les grandes villes, et les chefs syndicaux en profitèrent pour prendre aux bourgeois la direction des maisons du Peuple qui adhérèrent massivement au nouveau Parti ouvrier créé au congrès de Turku en 1899. En 1903, noyautées par les socialistes, elles rejoignirent comme un seul homme le Parti social-démocrate de Finlande (ssdp) [15][15] Soikkanen, 1961 et 1975..

4

Une vague d’une telle ampleur n’a pas laissé les historiens indifférents. Ils ont intégré l’idée qu’il s’agissait d’un phénomène majeur de l’histoire finlandaise [16][16] Alapuro, 1987 et 1994.. Il existe ainsi de nombreuses monographies consacrées à des maisons du Peuple, sans parler des chapitres qui leur sont réservés dans les ouvrages d’histoire locale (tradition vivace en Finlande). Paradoxalement toutefois, il n’existe pas de synthèse qui traiterait des ty comme un objet de recherche en soi à l’échelle nationale. Le but de cette étude n’est pas de combler une telle lacune. Elle se propose en revanche, à partir d’un échantillon limité choisi dans diverses provinces, de réfléchir aux modes d’activité de ces établissements, puis d’en analyser l’efficacité, c’est-à-dire l’impact sur le milieu social. Il s’agit en clair d’essayer d’expliquer le succès des ty à un moment décisif de l’histoire finlandaise, 1893 constituant le début des implantations rurales de maisons du Peuple, et 1917 étant l’année où, pour la deuxième fois, la révolution en Russie crée les conditions de changements irréversibles dans les destinées du pays.

Présentation de l’échantillon et des sources

5

Ne disposant que d’un temps limité, j’ai souhaité ne pas prendre un échantillon trop large, d’autant que les cas de figures présentaient de fortes analogies. J’ai donc jeté mon dévolu sur dix maisons du Peuple dont je m’étais assuré qu’elles disposaient de fonds aux Archives ouvrières (Työväen Arkisto) d’Helsinki.

6

Ces ty, toutes situées en milieu rural, avaient pour adhérents des paysans pauvres ou des artisans. Seule la ty de Kaukaa, sur la commune d’Iitti, était fréquentée par des ouvriers d’usine. Par ce choix, je voulais tout d’abord rappeler que 80 % des Finlandais habitaient encore la campagne à cette époque et que les métiers liés à la terre restaient les plus nombreux dans le pays. Je souhaitais aussi ne pas entretenir de confusion entre communes rurales typiques et centres industriels ruraux en voie d’urbanisation. En prenant trop de ty ouvrières, j’aurais donné prise à l’idée qu’elles étaient liées à cette seule catégorie de population.

7

Les critères géographiques ont également compté dans la sélection opérée. Comme on l’observe sur la carte suivante, les ty choisies sont réparties sur une part aussi grande que possible du territoire. Otalampi et Haimoo se trouvent sur la commune de Vihti, dans l’Uusimaa (province d’Helsinki). Kaukaa est dans la même province, mais plus à l’Est, sur la commune d’Iitti. Letku appartient à Tammela, commune du Häme (province de Tampere). Karhiniemi et Huhtamo sont deux lieux-dits de la commune d’Huittinen dans la province de Turku. Luhanka est une commune de la province de Mikkeli. Joutselä est une partie de Kivennapa, commune frontière avec la Russie dans la province de Vyborg (Viipuri). Kirkonkylä est au cœur de la commune de Laukaa, dans la partie orientale de la province de Vaasa. Liminka enfin est une commune d’Ostrobotnie, située dans la province d’Oulu, au nord de la Finlande. La seule province (lääni) non représentée est donc celle de Kuopio, au centre-est du Grand-Duché.

8

Je souhaitais d’autre part retenir des communes dont je connaissais les conditions socio-économiques, soit parce que je les avais étudiées antérieurement (Laukaa, Luhanka), soit parce qu’elles avaient fait l’objet de bonnes monographies (Huittinen, Vihti, Laukaa, Kivennapa), soit parce qu’elles disposaient de fonds importants (Liminka), ou bien encore parce que j’y avais des attaches personnelles (Tammela) [17][17] Carrez, 2006 ; Alapuro, 1994 ; Myllyniemi, 1990 ; Kuokkanen,.... Il fallait de toute façon prendre en compte les différences, assez sensibles en Finlande, entre les modes d’accès à la terre, la taille des exploitations et les types d’économies agricoles. J’ai donc essayé d’avoir là aussi un panel « représentatif » : une commune comme Vihti par exemple était marquée par l’existence sur son sol de grandes exploitations employant de nombreux ouvriers agricoles ; à Laukaa et Luhanka abondaient les petites métairies ou les micro-tenures, rattachées à des exploitations paysannes de taille fort respectable ; Kivennapa était située dans une zone où la petite propriété individuelle était majoritaire, de même que Liminka.

Carte 1 - Localisation des communes concernées (ty étudiées)Carte 1
9

Enfin, les ty retenues ne devaient pas avoir un nombre anormalement élevé d’adhérents afin de donner une image assez fidèle de ce qu’étaient les maisons du Peuple ordinaires à la campagne. Leur relative diversité ressort cependant du tableau suivant :

Tableau 1 - Évolution des effectifs des 10 maisons du Peuple retenues dans l’échantillon entre 1906 et 1917Tableau 1
10

Les sources primaires utilisées proviennent pour l’essentiel de fonds qui sont conservés aux Archives ouvrières (Työväen Arkisto) d’Helsinki (ceux-ci concernent l’activité de plusieurs centaines de maisons du Peuple de la fin du xixe siècle à nos jours [18][18] Il s’agit de la série 363.2 (471), classée ensuite...). Certains sont peu abondants et se résument à quelques articles de journaux écrits à l’occasion d’anniversaires de leur fondation : la ty de Letku à Tammela n’a ainsi conservé que 4 ou 5 coupures de presse parues lors des commémorations de ses 40 ans d’existence et un procès-verbal de réunion du 19 avril 1908. À l’inverse d’autres sont très riches comme ceux de la ty d’Haimoo à Vihti qui a gardé presque tous ses procès-verbaux de 1906 à 1917, ou bien ceux de la ty de Karhiniemi à Huittinen qui a sauvé de l’oubli, outre une bonne part de ses pv, les comptes de son comité des fêtes de 1913 à 1928. Dans l’ensemble, ces sources primaires constituent une base de travail intéressante, donnant un aperçu global de l’activité ordinaire des maisons du Peuple. Il aurait été cependant utile, dans le cadre d’une étude plus approfondie, de consulter aussi les fonds des fédérations et des sections locales du ssdp, pour ce qui concerne les directives transmises par le haut, les effectifs ou la diffusion du matériel du parti. Un dépouillement systématique de la presse quotidienne d’époque aurait sans doute apporté des éclairages supplémentaires sur les activités organisées à l’échelle des ty. Je me suis contenté à titre personnel de consulter rapidement les collections de l’organe officiel du parti, Le Travailleur (Työmies), pour les ty d’Iitti et Vihti (fédération de l’Uusimaa) [19][19] Des microfilms du Työmies sont disponibles aux Archives....

11

D’autres sources imprimées ont été pour leur part indispensables à notre travail. Le recueil de statistiques du Parti social-démocrate entre 1899 et 1924 a l’avantage de ne pas déformer les renseignements, même incomplets, transmis par les ty. Les historiques de maisons du Peuple, quand ils existent, sont aussi d’un bon secours, même s’il faut vérifier leur degré d’objectivité [20][20] Pour cette étude, j’ai utilisé Lehtonen, 1986 ; pour.... Quant aux ouvrages d’histoire locale, ils sont irremplaçables, mais la qualité de leur information est fonction de leurs centres d’intérêt [21][21] Titres des notes 16, 17, 18, 19..

Une activité en dents de scie

12

Le premier trait frappant, lorsqu’on étudie l’activité des ty rurales, est son irrégularité, dont la direction du parti se plaint dans les comptes rendus des congrès ou dans les colonnes de la presse sociale-démocrate [22][22] Le journal socialiste d’Helsinki, Le Travailleur, s’en.... Cette inconstance est visible avec les fluctuations annuelles du nombre d’adhérents, la qualité variable des comptes rendus de réunion, la périodicité plus ou moins régulière des réunions et des initiatives publiques. Le tableau précédent révèle que les effectifs varient beaucoup d’une année à l’autre, que ce soit dans des ty assez dynamiques comme celle de Liminka [23][23] Chiffres du parti pour les premiers, estimation personnelle... ou dans des ty plus vélléitaires comme Huhtamo à Huittinen [24][24] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Huhtamo....

13

Les années où les adhésions sont nombreuses correspondent en général à celles où les pv de réunions sont les mieux tenus. La personnalité du secrétaire de la ty et son degré d’instruction ne sont bien sûr pas indifférents au soin apporté aux comptes rendus, mais ils n’expliquent pas tout. Ainsi, à la ty de Karhiniemi (Huittinen), les pv sont faits assez régulièrement entre 1906 et 1917 par la même personne ; mais autant ils sont prolixes en 1907, autant ils sont elliptiques dans la période creuse de 1910-1915 [25][25] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi.... Quant à la fréquence des réunions et des soirées, elle est le plus souvent en corrélation avec la hausse ou la baisse du nombre d’adhérents. À Karhiniemi, on organise 19 soirées à la maison du Peuple en 1913, année relativement ordinaire, mais aucune en 1914 – ce qui ne s’explique pas uniquement par l’entrée en guerre –, à peine 6 en 1915, 18 en 1916 et 42 en 1917, pour des gains moyens très améliorés, même en tenant compte de l’inflation [26][26] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi....

14

Les temps forts de l’activité correspondent à des conjonctures très précises. Pour les ty fondées avant 1900, les années 1895-1898 sont marquées par une relative effervescence. C’est le moment où à l’échelle nationale, les éléments radicaux tentent avec succès d’arracher la direction des principales ty aux éléments plus conservateurs [27][27] Soikkanen, 1961, p. 40-44.. Les débats se durcissent et les adhérents d’origine populaire deviennent plus nombreux et plus actifs. À Liminka, en 1899, les assemblées générales mensuelles semblent bien suivies et l’on met en place des projets importants, comme la construction d’un immeuble. Le 22 octobre, une discussion, qualifiée de « très vive », a lieu à propos de l’adhésion au Parti ouvrier, acceptée finalement par 17 votants contre 3 [28][28] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka,....

15

Les années 1906-1907 sont elles aussi très animées. Ce n’est pas un hasard si la plupart des ty de notre échantillon sont créées à cette date [29][29] Karhiniemi et Huhtamo à Huittinen, Joutselä à Kivennapa,.... En effet, la révolution de 1905 débute en Finlande à la fin du mois d’octobre par la Grande grève patriotique. Elle entraîne le retour des droits constitutionnels supprimés lors de la première phase de « russification » et une neutralisation partielle de l’appareil répressif. Le mouvement ouvrier bénéficie d’une liberté d’action telle qu’il n’en avait jamais connue. Il en profite pour mettre en avant toute une série de revendications politiques (suffrage universel, réunion d’une Constituante puis mise en place d’un système parlementaire) et sociales (amélioration du statut des métayers, lois de protection du travail, loi de prohibition) [30][30] Kirby, 1977 ; Soikkanen, 1961 ; id., 1975.. Les mouvements revendicatifs se multiplient dans les campagnes, où les métayers se regroupent en associations. Du coup, la création de ty reçoit une impulsion décisive. Dans l’espérance de changements rapides, beaucoup de paysans pauvres et d’ouvriers adhèrent aux maisons du Peuple qui deviennent les porte-drapeaux de leurs aspirations. À Luhanka, la ty, créée en décembre 1905, compte 180 adhérents au bout de quelques mois. Ces chiffres sont impressionnants à l’échelle du nombre d’habitants. Beaucoup de ces adhésions ne sont pas renouvelées l’année suivante, sans doute par réflexe attentiste (le Parlement élu commence à légiférer), mais aussi par prise de conscience que les changements espérés ne seront pas réalisés aussi vite qu’on l’avait escompté. Le paiement régulier de cotisations est également un sacrifice trop important pour des personnes aux revenus très faibles. La reprise en main par les propriétaires et les autorités établies suscite enfin des réflexes de crainte. Les effectifs de toutes les ty de notre échantillon connaissent alors un recul important, en moyenne de 40 %, soit davantage qu’à l’échelle nationale où les créations nouvelles compensent en partie la déprise constatée ailleurs.

16

L’autre période d’activité intense débute fin 1916. Cette année-là, le tsar accepte de convoquer à nouveau l’Eduskunta, en sommeil depuis l’été 1914. Des élections ont lieu. Les milieux populaires, mécontents de la hausse vertigineuse des prix et du mauvais état de l’approvisionnement, envoient à la chambre une majorité sociale-démocrate [31][31] Rantaputa, 1979 ; Haapala, 1995 ; Harmaja, 1933.. Des mouvements revendicatifs commencent à émerger car les métayers redoutent les expulsions liées au renouvellement des baux (qui a été repoussé légalement en 1909 pour 7 ans). La révolution russe de mars 1917 libère ces énergies accumulées. Dès le printemps, des grèves importantes ont lieu non seulement dans l’industrie, mais également dans les campagnes. Les assemblées générales et les manifestations se multiplient dans tout le pays. Durant l’été, les propriétaires montent des milices d’autodéfense. Des gardes ouvrières se mettent alors en place. La dissolution autoritaire du Parlement à majorité socialiste en août puis la victoire contestée d’une coalition bourgeoise début octobre aggravent les tensions. La brusque montée du chômage et les premiers signes d’une sévère disette portent le pays au bord de la guerre civile. Dans ce contexte explosif, une marée de jeunes adhérents et de révolutionnaires de la onzième heure submerge les ty. Celles de notre échantillon n’échappent pas à la règle. Les défilés et festivités du Premier Mai organisés par les différentes maisons du Peuple de Vihti sont d’une ampleur exceptionnelle, avec une affluence d’environ 2 000 personnes pour le total des manifestations [32][32] Ketola, 1981, p. 8 et 10 ; Työmies, 9 mai 1917. Le.... Quelques jours plus tard éclatent sur les grandes exploitations de la commune une grève en faveur de la journée de 8 heures. Elle dure trois semaines en dépit de plusieurs tentatives de médiation. Près de 1 000 travailleurs y participent [33][33] Myllyniemi, 1990, p. 339-342.. Les assemblées générales des maisons du Peuple connaissent des affluences record [34][34] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo.... En novembre, la participation à la grève générale nationale est également très suivie, entraînant le lock-out de nombreux ouvriers d’usine de la commune et la protestation véhémente des ty[35][35] Ibid., réunion du 4 décembre 1917.. Un Comité révolutionnaire local est installé et des gardes rouges assurent le « maintien de l’ordre ». Ces dernières font pression sur les responsables socialistes modérés et sur le comité local de répartition des denrées pour accélérer les réquisitions [36][36] Myllyniemi, 1990, p. 345 et suiv..

17

Les temps faibles de l’activité des ty sont à l’inverse les années où le mouvement ouvrier est confronté à d’importants obstacles. La période 1899-1904 correspond au gouvernorat de Bobrikov, un général panslaviste dont le but avoué est de modifier le statut d’autonomie de la Finlande pour l’aligner sur celui du reste de l’empire. Comme il se heurte à une vive résistance d’une partie de la classe politique (dont les socialistes), il décide de restreindre les libertés [37][37] Jutikkala, 1978 ; Chevalier, 2003 ; Tommila, 1999 ;.... Il devient alors plus difficile pour les maisons du Peuple de déployer leurs activités. La revendication du suffrage universel semblant marquer le pas, beaucoup de prolétaires des villes et des campagnes se sentent dessaisis de leurs capacités d’intervention. En outre, le Parti ouvrier, qui a dénoncé le double jeu des « constitutionnalistes », se retrouve totalement isolé sur la scène politique [38][38] Constitutionnalistes : nom donné aux partisans de la.... Un certain découragement s’installe, malgré les efforts des activistes ouvriers pour créer un mouvement de résistance autonome. Du coup, les effectifs des ty plafonnent et les réunions s’espacent. On le voit à Liminka : les comptes rendus d’assemblées générales, très nombreux en 1899, se font beaucoup plus rares entre 1900 et 1904, tandis que le rapport d’activité de 1905 souligne une hausse timide des effectifs après une période de tassement [39][39] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka,....

18

Autres années difficiles, celles où le Général-Gouverneur Seyn, ancien bras droit de Bobrikov, revient aux affaires. Suivant à la lettre les instructions de Stolypine, il devient le maître d’œuvre d’une politique encore plus dure que celle appliquée au tournant du siècle [40][40] Luntinen, 1985.. Le ssdp est cette fois directement dans le collimateur des autorités. Afin de priver les maisons du Peuple de ressources, Seyn donne même instruction à certains gouverneurs provinciaux d’interdire les loteries et les réunions à caractère politique. Dans le même temps, les réformes laborieusement obtenues au Parlement sont bloquées par le pouvoir russe. La lutte paraît trop inégale et beaucoup de militants jettent l’éponge. Nous le constatons au niveau des effectifs : amorcée en 1907, la décrue s’accentue entre 1908 et 1910, la légère amélioration des années 1911-1913 étant loin de compenser les pertes. Cependant, cette phase de dépression n’est pas, contrairement à la période 1899-1904, marquée par un espacement visible des assemblées générales. Dans les ty pour lesquelles nous avons un nombre significatif de pv, on constate que si les comptes rendus sont moins fournis, les responsables s’efforcent de maintenir une activité régulière. À Karhiniemi de 1908 à 1913, le nombre de réunions oscille entre 13 et 18 [41][41] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi.... C’est le signe que les militants restants sont motivés et que la direction du parti et les fédérations, mieux structurées depuis 1906, s’efforcent de tenir le contact avec les organisations de base.

19

L’entrée en guerre offre cependant aux autorités la possibilité de parvenir à leurs fins. L’état d’urgence entraîne la cessation de toute activité parlementaire, l’interdiction des rassemblements publics et le renforcement de la présence policière et militaire russe en Finlande. Cette fois, l’activité des ty rurales semble vraiment menacée. Sur l’ensemble de l’échantillon, il n’y a aucune assemblée générale entre juillet 1914 et janvier 1916, à l’exception d’une réunion pour chaque ty au début de l’année 1915. Il est patent que cela obéit aux directives de la direction du parti qui a choisi de ne pas mettre en péril la survie de l’organisation par des initiatives intempestives. Les militants eux-mêmes comprennent qu’il faut éviter les fermetures d’office et la confiscation des biens immobiliers. Ce n’est qu’au printemps 1916 que les activités reprennent partout après l’annonce de nouvelles élections législatives avant la fin de l’année. Les soirées festives et récréatives ne sont toutefois pas totalement abandonnées pendant les deux premières années du conflit. Le cahier de comptes du comité des fêtes de Karhiniemi montre qu’il y a dès le milieu de l’année 1915 (date où l’armée russe s’effondre en Pologne et où le tsar envisage la réunion de la Douma) une reprise des initiatives [42][42] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi....

20

Les rythmes saisonniers de travail influencent aussi la vie des maisons du Peuple rurales [43][43] Sur ce point notre enquête se fonde sur les archives.... Les mois d’été, ceux des gros travaux agricoles, sont l’occasion d’une pause dans les assemblées générales. Lorsqu’elles ont lieu en juillet ou en août, elles sont souvent peu fréquentées et vite expédiées. Les adhérents ont la tête ailleurs ou sont épuisés par les doubles journées que leur impose leur statut de métayers payant leurs redevances en travail sur les terres du propriétaire. Par contre, l’hiver est plus propice aux réunions, car le froid et la neige imposent un ralentissement des travaux. De ce fait, la période allant d’octobre à mai est plus chargée en initiatives que le reste de l’année. Cependant la belle saison a aussi ses avantages : elle est favorable aux soirées dansantes qui sont d’un bon rapport financier pour les ty.

21

Mais l’aspect qualitatif des activités est aussi important que leurs fluctuations quantitatives.

Un intérêt certain pour les questions sociales et politiques

22

Les adhérents des maisons du Peuple discutent naturellement de problèmes socio-politiques, bien que les sources ne soient pas toujours faciles à interpréter. Celles-ci peuvent avoir un effet déformant dans la mesure où les secrétaires de séance pratiquent l’autocensure pour ne pas donner prise à d’éventuelles sanctions policières. Autre problème, le contenu des débats n’est jamais donné dans le détail. Tout au plus sont indiqués le thème abordé et, plus rarement, les principales conclusions. Une lecture superficielle peut donc minimiser la part du politique dans les débats. Notons toutefois que si les adhérents de base ne manifestent aucune répulsion particulière pour ce genre de question, ils n’en font pas forcément leurs choux gras, même lors de périodes agitées comme 1905-1906 ou 1917-1918.

23

En tant que paysans sans terre ou petits propriétaires, les participants ne rechignent pas à évoquer les difficultés liées à leur statut. À Karhiniemi, le pv de la réunion du 24 novembre 1907 signale qu’un débat a eu lieu à propos « des salaires, des taxes et des problèmes les plus importants rencontrés par les travailleurs dans leur vie de tous les jours ». Dix ans plus tard, c’est le ravitaillement qui les obsède, comme tant d’autres de leurs compatriotes victimes du marché noir, de la spéculation et de la pénurie : le 25 mars, ils décident de mettre en place une commission pour réfléchir au rationnement [44][44] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi.... À Liminka, la réunion du 11 juin 1899 est consacrée à l’exode rural et aux moyens de l’empêcher ; le 17 septembre, on parle du prix des farines et des possibilités de s’en procurer à moins cher ; le 22 octobre et le 12 novembre, on évoque le sort des paysans sans terre et on envoie une lettre à la Diète contenant 7 propositions concrètes pour améliorer leur condition. Toute la fin de l’année 1903 est consacrée à discuter de la nouvelle loi sur le métayage dont l’entrée en vigueur est prévue en janvier 1904 [45][45] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka,.... À Laukaa, la fondation de la ty de Kirkonkylä, le 28 janvier 1906, est précédée d’une conférence-débat du secrétaire de la ty de Jyväskylä (la ville la plus proche) sur le thème de « la misère dans notre société actuelle » ; les 300 auditeurs sont pour la plupart des métayers ou des micro-tenanciers [46][46] Keski-Suomi, 30 janvier 1906 ; Lehtonen, 1986.. À la ty d’Haimoo (Vihti), l’année 1917 est propice à des échanges sur le ravitaillement (18 mars), le chômage (21 août), le marché noir (4 décembre), les distilleries clandestines (4 décembre) et la « libération des torpparit » (9 décembre) [47][47] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds d’Haimoo, pv 1....

24

Ces ruraux n’ont pas une vision étroite de la lutte sociale. Il leur arrive d’exprimer leur solidarité envers d’autres catégories de travailleurs. Les métayers d’Haimoo, par exemple, accueillent avec plaisir dans leur maison du Peuple le syndicat des ouvriers de l’usine voisine (11 août 1917) et s’indignent du licenciement collectif dont ils sont victimes à la suite de la grève générale (4 décembre 1917) [48][48] Ibid.. Ceux de Karhiniemi votent en juin 1914 une motion de soutien aux ouvriers de la chaussure en grève à Tampere et sont décidés à faire une collecte [49][49] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi....

25

Les militants des ty rurales ne sont pas indifférents non plus aux grands problèmes de politique générale posés au pays. La question de la séparation de l’Église et de l’État les intéresse, bien que beaucoup d’entre eux ne soient pas de farouches anticléricaux. Ce thème est abordé à Liminka le 22 octobre 1899 lors d’un débat sur l’adhésion au Parti ouvrier. Le 8 février 1905, il est décidé de mettre à l’ordre du jour d’une prochaine réunion une discussion sur la liberté religieuse et la séparation [50][50] Ibid., fonds de la ty de Liminka, pv 1898-1910.. Cette question est également au programme d’une réunion de la ty d’Haimoo lors d’une assemblée générale tenue le 12 octobre 1913 [51][51] Ibid., fonds de la ty d’Haimoo, pv 1909-1916..

26

L’accès des plus pauvres au droit de vote est un autre sujet capable de mobiliser les adhérents. Il est abordé sans détour à Liminka lors des assemblées générales des 22 octobre 1899 et 20 janvier 1900. On se contente alors de prôner l’élargissement du droit de suffrage. À partir de 1904, la revendication du suffrage universel se généralise pour atteindre son apogée en 1906. Cette année-là, le rapport d’activité de la ty, note que la question électorale a créé une « tension extrême » dans la commune et provoqué « une grande amertume » contre « la bureaucratie russe » et « les classes dirigeantes finlandaises » [52][52] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka,.... On retrouve la même effervescence à Kirkonkylä (Laukaa) et à Joutselä (Kivennapa) [53][53] Lehtonen, 1986 ; Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds.... Si les ty rurales de l’échantillon n’organisent pas, comme dans les grandes villes entre 1908 et 1917, de manifestations en faveur du suffrage universel municipal, elles ne semblent pas négliger cette question, puisque la ty d’Haimoo (Vihti) la met à l’ordre du jour de sa réunion du 9 décembre 1917 et en profite pour réclamer le droit de suffrage à 20 ans [54][54] Ibid., fonds de la ty d’Haimoo, pv 1916-1926..

27

L’oppression russe est peu mentionnée dans les pv, car on connaît le prix d’une éventuelle fermeture de la maison du Peuple. Toutefois, il est certain qu’elle constitue un thème d’agitation électorale, surtout après 1907, quand Stolypine tente de mettre au pas le pays récalcitrant. Les pv laissent ici ou là passer des allusions à cette situation comme nous l’avons vu plus haut et comme nous l’observons aussi dans les comptes rendus de réunion de la ty d’Haimoo à la fin de l’année 1917 (mécontentement vis-à-vis de la dissolution du Parlement rouge en septembre, revendication d’une Assemblée constituante finlandaise à l’automne) [55][55] Ibid..

28

La critique de l’action parlementaire des partis de droite constitue également l’un des fils rouges des discussions internes aux ty. Très forte durant les années révolutionnaires, elle ne disparaît jamais au cours des périodes intermédiaires. Elle est dirigée tout particulièrement contre la non-promulgation de la loi de prohibition, contre le refus d’entériner les lois en faveur des paysans sans terres et contre les lois électorales injustes. Mais on voit aussi des motions contre la guerre ou contre les impôts sur les denrées [56][56] Ibid., réunion du 15 décembre 1912..

29

Les maisons du Peuple ne sont cependant pas que des lieux de parole. Elles ont surtout pour vocation de favoriser l’action sur la base des idées syndicales, coopératives et socialistes. La vie du parti y est essentielle. L’acte d’adhésion collective est un moment très important, signalé comme tel dans les pv de réunions. À Liminka, elle se fait en octobre 1899 après un peu plus d’un an d’existence ; le délai s’explique par la fondation du Parti ouvrier dans les mois précédents [57][57] Ibid., 363.2 (471), fonds de la ty d’Huhtamo (Huit.... À Kirkonkylä (Laukaa), les dissenssions entre membres fondateurs (certains sont partisans d’un groupe centriste, les Jeunes Finnois) retardent l’adhésion de quelques mois [58][58] Lehtonen, 1986, p. 6-7.. Mais ailleurs, elle est plus rapide ; c’est seulement au bout de quelques réunions que la décision est prise, comme à Huhtamo dès la deuxième assemblée générale, le 2 février 1906, ou à Letku (mai 1907) [59][59] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds d’Huhtamo (Hui....

30

L’appartenance au ssdp entraîne ensuite des obligations pratiques. Il faut désigner à chaque première assemblée de l’année civile des délégués au comité de section local, remplir les questionnaires envoyés par le secrétariat national, et acquitter les impôts du parti [60][60] À Karhiniemi, le pv du 27 décembre 1908 note que « l’on.... Le paiement des cotisations pose au demeurant de gros problèmes aux ouvriers agricoles et aux petits métayers, soit que leurs rémunérations soient très basses, soit qu’ils changent très souvent de lieu de travail et de commune. Ainsi, il y a souvent une déperdition très forte d’adhérents entre le moment où l’on crée la ty et celui où les cotisations arrivent réellement dans la caisse : à Laukaa, il y a 162 membres fin février 1906, mais 35 seulement sont recensés par le parti en décembre (ceux qui ont tenu leurs engagements financiers) [61][61] Lehtonen, 1986, p. 7.. On observe la même tendance à Luhanka.

Figure 1 - Une assemblée générale ordinaire à la ty d’Otalampi (Vihti) en 1908Figure 1

Les assemblées générales étaient le plus souvent mensuelles. Ayant fréquemment lieu le dimanche après-midi, elles étaient dirigées par le président de la ty (ici marteau en main) assisté d’un(e) secrétaire et symbolisaient une certaine forme de démocratie directe.

Source : Ketola, 1981.
31

Le soutien à la presse socialiste est un sujet de préoccupation constant. À Karhiniemi (Huittinen), l’assemblée générale du 28 novembre 1909 décide ainsi d’envoyer de l’argent au journal social-démocrate de Pori et d’élire une personne chargée de sa diffusion régulière dans la commune [62][62] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi.... On est plus lent à Huhtamo, puisque cette discussion ne vient que le 5 avril 1914 [63][63] Ibid., fonds de la ty d’Huhtamo (Huittinen), activités.... Par contre, la vieille ty de Liminka envisage dès la fin 1899 de participer financièrement à la fondation du Kansan Tahto (La Volonté du Peuple) et mentionne dans son rapport d’activité de 1907 qu’elle a pris des mesures spéciales pour vendre le journal au sein de la population [64][64] Ibid., fonds de la ty de Liminka, pv 1898-1910 et comptes....

32

Un autre devoir des maisons du Peuple est de participer à la désignation des représentants aux congrès du ssdp et à celle des candidats sociaux-démocrates aux élections législatives. Les militants sont conscients que la force du parti réside dans sa capacité de proposition et dans son implantation électorale. Ces élections internes ne sont pas toujours très disputées car à la campagne on a tendance à privilégier les personnes connues. Il existe cependant des cas où les querelles de tendances ont leur importance ; ce sont en général les maisons du Peuple proches des grandes villes qui y sont les plus sensibles. Ainsi, à Vihti, commune dont le centre est à moins de 50 km d’Helsinki, la gauche et la droite du parti se disputent âprement les voix entre 1910 et 1913. Dans un premier temps, c’est Edvard Helle, le représentant des Siltasaariens (la gauche kautskyste) qui obtient le maximum de suffrages à Haimoo, mais en 1913, il est supplanté par le réformiste Jalava qui asseoit son influence sur les militants paysans de la commune [65][65] Ibid., fonds de la ty d’Haimoo, pv 1909-1916..

33

Les campagnes électorales sont toujours des moments forts de la vie interne de la ty, quelquefois au détriment de ses autres obligations, comme le déplore le rapport d’activité de Liminka en 1907 [66][66] Ibid., fonds de la ty de Liminka, comptes rendus d’activité.... La première tâche est la diffusion du matériel électoral envoyé par la direction fédérale ou nationale. Le porte-à-porte est la technique la plus employée ; héritée des sectes, elle permet d’éviter la surveillance policière. Des réunions ouvertes, suivies de débats, sont aussi organisées dans les locaux de la maison du Peuple ou dans une salle louée à cet effet ; elles sont parfois accompagnées d’une petite fête ou d’une loterie [67][67] Ibid., fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), pv.... Les assemblées générales désignent d’autre part des « agitateurs locaux ». À Otalampi (Vihti), par exemple, c’est le président de la maison du Peuple, le « camarade » Joutsenlinna, qui anime souvent les campagnes ; à Laukaa, la section sociale-démocrate salarie quelquefois un orateur agréé par le parti ; ce n’est cependant pas une règle absolue, car certaines ty rurales n’ont pas assez de moyens [68][68] Pour Joutsenlinna : Työmies, 18 mars 1914. Pour Laukaa :.... Pour suppléer leurs défaillances, elles font alors appel à des orateurs fédéraux ou à des militants chevronnés des communes voisines. Le terrain est de toute façon parfaitement quadrillé, ce qui permet de bons résultats électoraux [69][69] Soikkanen, 1961, p. 370 et suiv..

34

La vocation protestataire du mouvement socialiste n’est pourtant pas oubliée. Les ty villageoises participent aux campagnes orchestrées par la direction nationale. Le Travailleur d’Helsinki signale ainsi qu’à Otalampi (Vihti), en mars 1917, la ty

35

« a pris part à la campagne générale du Parti social-démocrate pour l’abaissement des impôts sur le blé. E. Joutsenlinna a pris la parole et 65 participants ont approuvé la motion préparée par le parti. En même temps, la section locale des métayers s’est réunie pour combattre les taxes céréalières » [70][70] Ibid..

36

Les maisons du Peuple envoient également des motions au siège national du parti pour soutenir des initiatives telles que la lutte contre la guerre ou la dénonciation de la spéculation en 1917 [71][71] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo,.... De temps en temps, sont organisées des pétitions auprès de la population [72][72] Ibid., fonds de Karhiniemi (Huittinen), pv 1907-1930,....

37

Cette volonté revendicatrice est symbolisée par les fêtes et les défilés du Premier Mai (Vappu), toujours très importants en Finlande à partir de 1905 [73][73] Il est rare qu’on reste en-dessous de 150 à 200 participants,.... Il n’est pas une ty qui ne prépare soigneusement l’événement lors des assemblées générales mensuelles de mars ou d’avril. Les militants décident alors de la forme que revêtiront les manifestations et élisent le service d’ordre ainsi que les porte-drapeaux. Le plus souvent, le défilé a lieu en fin de matinée. Le drapeau rouge est en tête, suivi par la fanfare qui joue les airs favoris des militants : La marche des prolétaires (Työväen marssi) ou L’Internationale (Työväen kansainvälinen laulu). Puis viennent les enfants qui font pour l’occasion l’école buissonnière, les femmes parées de leurs plus beaux atours et enfin les hommes en costume du dimanche. Tous les adultes participants sont grévistes ce jour-là. On part d’un point de rassemblement défini à l’avance avec d’autres ty de la commune. À l’arrivée, il y a un certain nombre de discours, des poésies, des chants et quelquefois une petite collation qui précède les festivités de l’après-midi. Les militants vendent pour l’occasion une brochure de circonstance (Kevättervehdys, Le Salut du printemps) et des calicots au profit de la direction nationale. Les organisateurs prennent soin de relever soigneusement le nombre de participants pour vanter dans la presse sociale-démocrate le rayonnement de leur maison du Peuple. Il font quelquefois venir à titre exceptionnel un orateur de la direction nationale, comme à Otalampi où Augusti Vatanen, vétéran blanchi sous le harnais et célèbre pour sa gouaille, prend la parole le 1er mai 1917 [74][74] Työmies, 16 mai 1917 ; Ketola, 1981, p. 10.. Quand les autorités multiplient les tracasseries ou quand on craint tout simplement qu’il n’y ait pas assez de manifestants, la ty se résoud à fêter le Vappu dans ses propres locaux. Il s’agit cependant d’un pis-aller. À Karhiniemi, par exemple, en 1914, on déplore de devoir se rabattre sur une soirée gratuite avec représentation théâtrale et chants ; mais après réflexion, il est décidé de se joindre au défilé d’une autre ty, ce qui permet de sauver la face [75][75] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi....

Figure 2 - Un exemple de défilé du Premier Mai, celui de la ty de Särkikylä à Evijärvi (Ostrobotnie du sud) au début des années 1920Figure 2

Bien que ni le lieu ni la date ne correspondent aux limites exactes de notre étude, ce cliché donne une très bonne idée de ce qu’était dans les années 1910 un défilé du 1er Mai dans la campagne ostrobotnienne.

Source : Norrena, 1993.
38

Les ty sont donc les organismes vivants d’un Parti social-démocrate dynamique et combatif. Mais leur rôle est plus large, puisqu’elles sont aussi à la base d’une intense activité culturelle.

La priorité donnée aux activités socio-culturelles

39

Une lecture, même cursive, des comptes rendus d’assemblées générales montre à l’évidence qu’une place prépondérante est donnée aux questions éducatives et récréatives. La constitution d’une bibliothèque, l’organisation de soirées théâtrales, poétiques, musicales ou dansantes, l’institution d’un « club-débats » (keskusteluseura) ou la mise en place de cours du soir, voilà les thèmes les plus traités.

40

De telles activités sont justement à la base du grand projet qui motive les militants de toute ty qui se respecte : la construction d’une maison du Peuple. Ni la maigreur de leurs ressources, ni les tracas organisés par les autorités et les bien-pensants de la commune ne peuvent avoir raison de leur détermination à démontrer leur bon droit [76][76] À Kirkonkylä (Laukaa), c’est le pasteur qui est l’âme.... Au départ, et parfois durant de longues années, ils se réunissent dans des métairies ou des granges, voire louent à prix d’or un local provisoire [77][77] Dans une métairie ou une grange : voir à Karhiniemi.... Ils prennent même quelquefois le risque de se fâcher avec leur propre fédération pour construire leurs locaux : à Kirkonkylä (Laukaa), les militants retirent du journal de Jyväskylä, La Force de l’opprimé (Sorretun Voima), une somme d’argent qu’ils lui avaient prêtée, ce qui les fait accuser par la rédaction et la direction fédérale d’égoïsme à courte vue [78][78] Lehtonen, 1986, p. 9..

41

La perte d’une maison du Peuple est considérée comme une catastrophe par ses membres, qui se sentent alors floués et déshonorés. C’est le cas à Kaukaa (Iitti), où les ouvriers de l’usine voisine se voient dépossédés de la leur en 1915, suite à un procès mené par l’avocat Tanner, futur Premier ministre dans les années 1920 ; heureusement pour les intéressés, la fédération d’Uusimaa joue les Pères-Noël et rachète le bâtiment qu’elle restitue aux adhérents lésés [79][79] Sur Tanner : Työmies, 27 avril 1915, 29 avril 1915,.... Ces épisodes montrent combien les ruraux pauvres tiennent à affirmer leur dignité sociale au travers d’immeubles financés en commun. D’ailleurs, une vague de construction touche tout le pays entre 1899 et 1914 : en janvier 1900, il n’y a encore au niveau national que 14 ty possédant leurs propres locaux ; en 1906, elles sont 129 et dix ans plus tard 940 [80][80] Sosialidemokraattinen puolue 25 vuotta, 1924, p. 3...!

42

Le processus d’acquisition et de construction se déroule selon des étapes bien définies [81][81] Les papiers des ty de Karhiniemi et de Liminka sont.... L’assemblée générale discute d’abord du principe de la construction d’une maison du Peuple. Une commission d’étude est ensuite élue ; elle est chargée d’obtenir l’autorisation du gouverneur de la province puis de présenter un pré-projet, critiqué en réunion pleinière [82][82] À Karhiniemi, le pv du 15 novembre 1908 note : « la.... L’acquisition d’une parcelle à bâtir est la deuxième phase, pas toujours la plus simple, nous l’avons vu. Une fois le terrain trouvé, on passe aux devis et au choix des matériaux et des fournisseurs. La construction est effectuée au forfait par des professionnels, si nécessaire, ou par les adhérents de la maison du Peuple, en fonction de leurs compétences. L’entretien fait ensuite régulièrement l’objet de débats, de même que les remboursements des traites, payées grâce au produit des loteries et des soirées. Quand on a besoin de davantage d’argent, il arrive que la maison du Peuple soit louée à un particulier. À Karhiniemi, un certain Jalmari Wikman devient locataire aux conditions suivantes :

43

« La pièce principale devra être libre lorsque la ty organisera des soirées ou des fêtes, et il conviendra alors de préparer du café ; il faudra en outre tenir propres les autres pièces et ne pas détériorer ou rayer les planchers » [83][83] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi....

44

Il est plus rare que la ty renonce à bâtir elle-même ses locaux et les achète à un particulier, comme à Huhtamo (Huittinen) en 1916 [84][84] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Huhtamo....

45

Inaugurées en grande pompe, les maisons du Peuple sont dès l’origine un lieu de sociabilité pour les villageois [85][85] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka,.... C’est ce qui fait leur succès. Des centaines de milliers de jeunes gens et de jeunes filles accèdent grâce à elles à des loisirs jusqu’ici plutôt rares dans les campagnes, si ce n’est confinés dans la sphère privée ou dans des sociétés de jeunesse au recrutement beaucoup moins populaire. De ce fait, le comité des fêtes devient un organe central de la gestion car il est non seulement le moteur financier, mais aussi l’âme de la ty[86][86] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi.... De lui dépend le succès des activités, donc la fréquentation du lieu. Son action est contrôlée par des commissaires aux comptes élus ainsi que par le trésorier, lui-même en relation étroite avec le président et le secrétaire [87][87] Les élections aux principales fonctions ont lieu chaque.... Un service d’ordre lui est adjoint pour veiller à la bonne tenue des participants. Le comité des fêtes a la haute main sur trois activités essentielles : les soirées dansantes, les loteries et le club-théâtre.

Figure 3 - La maison du Peuple d’Otalampi en 1908Figure 3

Ce bâtiment de bois est très représentatif des maisons du Peuple rurales au début du siècle. On remarque qu’en dépit de leurs modestes ressources, les adhérents tenaient à construire des locaux relativement esthétiques et spacieux.

Source : Ketola, 1981.
46

Les soirées dansantes constituent un rendez-vous particulièrement prisé de la jeunesse locale. Durant la mauvaise saison, elles se déroulent dans la grande salle de la maison du Peuple ; l’été, il arrive qu’elles se tiennent en plein air sur des planchers bâtis à cet effet comme à Haimoo [88][88] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo.... Animées par un petit orchestre local, elles offrent aux danseurs l’occasion de consommer des boissons non alcoolisées et des gâteaux confectionnés par les femmes du comité des fêtes [89][89] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi.... Ces modestes agapes n’ont pas de quoi provoquer le scandale, mais il arrive que des jeunes gens émèchés viennent troubler le bon déroulement d’une soirée. Le service d’ordre les ramène vite à la raison, mais la répétition de ce genre d’incident suscite assez d’inquiétudes parmi les dirigeants pour prendre des mesures de rétorsion. Au printemps 1911, à la ty d’Haimoo, l’assemblée générale condamne un casseur à une amende de 5 marks (somme considérable pour un ouvrier agricole) et promulgue un règlement selon lequel les ivrognes seront refoulés à l’entrée [90][90] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo.... On voit dans ce type de réaction, non seulement le souci d’honorabilité des militants socialistes, encore imprégnés de morale traditionnelle, mais également les liens très forts qui unissent en Finlande le mouvement ouvrier et le mouvement tempérant [91][91] Sulkunen, 1986.. Les responsables craignent en outre les cancans que pourraient colporter leurs adversaires locaux.

47

Les loteries constituent elles aussi des évènements à l’échelle du village. Ancêtres du loto, considérées comme immorales par les dévôts, elles représentent l’irruption des jeux d’argent dans une société puritaine. Elles font en outre l’objet de demandes d’autorisation auprès de l’administration [92][92] La plupart des ty de notre échantillon ont d’ailleurs.... De ce fait, elles fascinent les ruraux, partagés entre leur éducation luthérienne et le désir de participer à un monde où les gains d’argent sont valorisés. Les sommes récoltées sont, en tout cas, considérables [93][93] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi.... C’est sans doute ce qui incite le Général-gouverneur Seyn à vouloir les interdire en 1912, mais sans succès.

48

Tout aussi populaires, mais sur un autre registre, sont les représentations théâtrales. Très en vogue, elles constituent, avec la poésie de langue finnoise, l’une des dimensions de la culture nationale et tous les grands auteurs finlandais de la fin du xixe siècle se sont exercés à cet art. C’est pourquoi les associations nationalistes et les sociétés de jeunesse ont créé les premières troupes en milieu rural. Le mouvement ouvrier reprend le flambeau à son tour, avec des pièces qui sont censées représenter les problèmes sociaux de l’époque, sur un mode souvent pathétique qui plaît au public campagnard [94][94] Palmgren, 1969.. Beaucoup de ty, poussées par les jeunes, s’efforcent, dans la mesure de leurs moyens, de mettre sur pied une troupe d’amateurs chargée d’animer les soirées familiales organisées au profit de la trésorerie. À Laukaa, on se procure dans les mois suivant la fondation de la ty des décors de théâtre. Une première pièce, Maître Skarp, est jouée à Noël 1906 ; 35 autres représentations suivent jusqu’en 1917, soit en moyenne 3 par an, avec une pointe de 10 en 1915 [95][95] Lehtonen, 1986, p. 13.. À Liminka, il existe un groupe théâtral depuis le début des années 1900 ; son activité doit être régulière, puisque le rapport d’activité de 1909 déplore que cette année-là il n’y ait eu que deux représentations [96][96] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka,.... Ces initiatives montrent la soif de culture qui anime à l’époque les milieux populaires. Car les maisons du Peuple ne sont pas qu’un lieu récréatif. Elles ont une vocation éducative qu’elles considèrent comme prioritaire ; le rapport d’activité de la ty de Liminka pour l’année 1908 en est une preuve lorsqu’il oppose les bons résultats financiers de l’exercice écoulé (obtenus grâce aux soirées dansantes et autres loteries) à la « faible activité spirituelle » déployée. En effet, une bonne maison du Peuple est celle qui élève le niveau de ses adhérents et sympathisants, d’où la quasi-obligation de proposer les services, outre d’un club-théâtre, à cheval sur le récréatif et l’éducatif, d’une bibliothèque, d’un club-débat, d’un cercle poétique, de cours du soir et, pourquoi pas, d’une section sportive.

49

La fondation d’une bibliothèque a des causes avant tout sociales. Avec le développement de tous les niveaux d’enseignement, l’accès au savoir ou à l’information devient un enjeu d’ascension sociale et d’élargissement de la citoyenneté. Le besoin de lecture est par conséquent croissant. Or, le livre reste relativement cher pour les personnes disposant de faibles ressources. Comme il n’existe pratiquement pas de bibliothèques municipales dans les campagnes, il faut trouver un mode d’accès économique à la lecture. Le parti veut aussi placer les produits de ses maisons de presse et d’édition : quand une ty crée sa bibliothèque, c’est l’assurance de pouvoir écouler des exemplaires du journal social-démocrate local ou national, des almanachs de Noël ou du Premier Mai, des brochures à thèmes et de la littérature socialiste autochtone ou étrangère [97][97] Carrez, 2003 et 2006 ; Soikkanen, 1961 ; Ehrnrooth,.... Les ty de notre échantillon ont toutes fondé leur propre bibliothèque, le plus souvent dès les premiers mois de leur existence : début 1899 à Liminka, fin 1907 à Letku (Tammela), fin 1909 à Haimoo ; à Laukaa, c’est la réunion fondatrice, début 1907, qui prend la décision de se procurer « des ouvrages éclairant la question ouvrière » [98][98] Lehtonen, 1986, p. 12.. Les fonds restent modestes, entre 30 et 250 ouvrages. Le seul inventaire qui nous soit resté pour l’échantillon, celui de Liminka, donne une assez bonne idée de l’orientation des achats. Une première série de 64 titres regroupe les ouvrages ayant trait au socialisme ; on y trouve des auteurs finlandais connus comme Nils af Ursin, Matti Kurikka, Hilja Pärssinen, Edvard Valpas ou Taavi Tainio, mais aussi Marx, Kautsky, Bebel, Sombart, Vandervelde, Zeth Höglund, Edouard Bernstein, George Henry, Léon Tolstoï ou Jack London. Une deuxième série de 38 titres rassemble des livres classés sous la rubrique « sciences », parmi lesquels un dictionnaire encyclopédique, des livres sur le darwinisme, quelques ouvrages d’histoire et des traités de tempérance. Une troisième série (12 titres) est consacrée à la « philosophie et à la religion », mais consiste pour l’essentiel en controverses à propos de la valeur des idées religieuses. La série « littérature » enfin, avec 119 titres, reste de loin la plus importante, avec un choix d’auteurs assez éclectique (Tolstoï, Dumas, Zola, Strindberg, William Morris, Lewis Wallace, Bellamy, Defoë, Eugène Sue, Jack London et de nombreux romanciers ou poètes finlandais et suédois) [99][99] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka,....

50

Les clubs-débats sont également nombreux, bien que toutes les ty ne soient pas en mesure d’en former un. Le règlement de celui de Kirkonkylä (Laukaa) indique quelles sont leurs principales fonctions : « donner aux membres un enseignement d’ordre moral, intellectuel et pratique », « les exercer à la prise de parole et à la rédaction de textes », « développer leur art du récit humoristique ». Les thèmes d’enseignement sont généralement choisis en commun, chaque participant assurant à son tour le traitement de l’un d’entre eux et se chargeant de la tenue d’un journal de bord écrit à la main [100][100] Lehtonen, 1986, p. 13.. Le modèle est donc par certains aspects proche de celui des universités populaires de Grundtvig au Danemark. C’est souvent dans le cadre de ces cercles que les adhérents développent leurs dons pour la poésie et la littérature. Les meilleurs d’entre eux envoient leurs productions aux journaux socialistes qui les publient après examen ; ils ont aussi la fierté de déclamer leurs vers lors des grandes fêtes de la ty, en particulier au Premier Mai. Des concours de poésie sont en outre organisés, comme à Haimoo (Vihti) en mars 1911 [101][101] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo....

51

Les cours du soir sont un autre motif de gloire pour les ty rurales. La maison du Peuple de Liminka en met en place au mois de mai 1899 [102][102] Ibid., fonds de la ty de Liminka, pv 1898-1910, ag.... Quand les ressources sont trop faibles, on envoie les adhérents dans une ty voisine, comme à Karhiniemi (Huittinen) où l’assemblée générale décide en janvier 1911 de payer à un stagiaire les cours de Lauttakylä [103][103] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi.... L’enseignement dispensé peut être professionnel, mais on insiste davantage à la campagne sur la formation civique et idéologique. Les participants aux stages élémentaires apprennent à argumenter en public, à animer une réunion, à prendre des notes en séance ou à tenir des comptes. On les met aussi au courant des points nodaux du programme du parti. Pour les plus motivés, il existe par ailleurs des formations à l’échelle fédérale ou nationale [104][104] Ehrnrooth, 1992 ; Carrez, octobre-décembre 2000 et....

52

Les maisons du Peuple jouent enfin un rôle pionnier dans la pratique populaire du sport, à un moment où les Finlandais cherchent à utiliser ce vecteur pour faire connaître leur existence à l’échelle internationale [105][105] Hentilä,, 2002.. Les grands clubs de sport travaillistes se situent dans les villes, mais, dans les campagnes, face aux sociétés sportives dites « bourgeoises », naissent aussi des sections rattachées aux maisons du Peuple. Dans ce domaine, la plus active de notre échantillon est Haimoo à Vihti. À peine un an après sa fondation, elle met à l’ordre du jour l’adhésion au club du bourg voisin, animé par des militants socialistes ; la proposition est refusée pour des raisons pratiques, mais a pour vertu d’inciter les militants à organiser les années suivantes des compétitions de ski de fond et à participer l’été aux joutes sportives mises en place par les maisons du Peuple de Vihti et des environs [106][106] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds d’Haimoo (Vihti),.... Liminka s’intéresse également à ce type d’activité, mentionné dans le rapport d’activité de 1909 [107][107] Ibid., fonds de Liminka, comptes rendus d’activité....

53

Mais les maisons du Peuple ont encore d’autres cordes à leur arc. On peut en effet les définir comme des vecteurs de l’organisation professionnelle et coopérative en Finlande.

Les vecteurs de l’organisation professionnelle et coopérative

54

La paysannerie propriétaire a soutenu massivement à la fin du xixe siècle la création de coopératives, de sociétés de jeunesse et d’associations animées par les militants nationalistes, mais les métayers ou les ouvriers agricoles sont restés en marge de ce processus. Les ty ont donc donné aux plus pauvres l’occasion de s’organiser à l’échelle professionnelle, hors de la tutelle des notables.

55

Nous avons déjà évoqué les liens qui unissaient dans notre échantillon les premières unions de métayers et les maisons du Peuple. En vérité, ceux-ci ne sont pas toujours simples : à Haimoo (Vihti), quand l’Union des métayers d’Herrakunta vient proposer de construire avec elle une maison du Peuple, certains militants sont réticents car ladite union n’a pas voulu nettement adhérer au Parti social-démocrate ; du coup, le projet échoue et les métayers restent à la porte [108][108] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo.... Cela dit, nombreuses sont les ty dont la fondation a été assurée plus ou moins directement par une Union locale de métayers, comme à Karhiniemi (Huittinen) le 22 décembre 1906, à Huhtamo (Huittinen) le 28 janvier 1906, à Letku (Tammela) le 16 juin 1907, à Luhanka (le 27 février 1905) ou à Kirkonkylä (Laukaa) le 28 janvier 1906. La section de métayers a du mal, la plupart du temps, à exister de manière autonome au sein de la ty, mais la teneur des rapports de discussion laisse penser que l’esprit des débuts ne disparaît pas. Sous une enveloppe politico-culturelle, les maisons du Peuple continuent en fait à défendre les intérêts des torpparit. Il serait donc erroné de les considérer comme une simple émanation du Parti social-démocrate, les choses sont plus complexes et c’est ce qui assure sans doute leur succès.

56

Les syndicats d’ouvriers agricoles, en revanche, ne jouent pas de rôle important dans notre échantillon, car cette catégorie de la population, qui change souvent de lieu de résidence, ne ressent pas le besoin de s’organiser avant les grandes grèves agricoles du printemps et de l’été 1917. La saj (Suomen Ammattijärjestö), la principale fédération syndicale finlandaise, n’a pas su non plus les réunir sous sa bannière de manière durable [109][109] Ala-Kapee et Valkonen,, 1982.. Quand ils fréquentent les ty, les pauvres parmi les pauvres le font à titre individuel, et sur des bases autres que professionnelles.

57

Les ouvriers d’usine syndiqués trouvent à l’inverse assez vite leur place dans les maisons du Peuple rurales en tant que groupe constitué. Nous pouvons le constater dans notre échantillon à Haimoo (Vihti) où ils adhérent en bloc en 1917 ainsi qu’à Kaukaa (Iitti) où ils sont à l’origine même de la fondation de la maison du Peuple [110][110] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo.... Dans ce dernier cas, la section syndicale est renforcée par l’existence de la ty où elle peut trouver un soutien et un refuge.

58

Les maisons du Peuple de notre échantillon ne génèrent pas directement les grands mouvements de contestation ou les grèves de métayers et d’ouvriers agricoles de 1906-1907 et 1917 ; les pv d’assemblées générales ne nous indiquent rien de tel en tout cas. Mais il est certain qu’elles les soutiennent de manière indirecte, ne serait-ce qu’en fournissant des armes idéologiques à leurs acteurs, dont beaucoup, sinon tous, sont issus de leurs rangs [111][111] Pour Huittinen, voir Alapuro, 1994 ; pour Laukaa, Lehtonen,.... Par conséquent, elles sont partie prenante des grands mouvements sociaux du début du siècle en Finlande.

59

En ce qui concerne l’activité coopérative, elle est, dans de nombreuses localités, consubtantielle à l’existence des maisons du Peuple. C’est souvent de la ty que partent les projets de fondation. Nous le constatons à Liminka, où la fondation d’une coopérative de vente est envisagée dès janvier 1899 lors d’une assemblée générale, mais aussi à Huhtamo (Huittinen), où le pv de la réunion du 22 avril 1906 note qu’« on a parlé de la fondation d’un magasin coopératif dans la localité » et qu’une commission a été instituée à cet effet [112][112] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka,.... À Haimoo (Vihti), l’implication est moins nette, mais il est mentionné en mars 1911 que la maison du Peuple accordera une aide à la coopérative locale [113][113] Ibid., fonds de la ty d’Haimoo (Vihti), ag du 19 mars.... La ty de Letku (Tammela) est à l’origine, quant à elle, de la création d’une société d’entraide pour les obsèques, c’est-à-dire d’une forme de mutuelle pas très éloignée de l’esprit coopératif [114][114] Ibid., fonds de la ty de Letku (Tammela), article de.... Les militants socialistes de Kivennapa jouent enfin un rôle actif dans la gestion de la coopérative de vente locale dont ils prennent la direction effective après une menace de faillite en 1911 [115][115] Piirteitä Kivennavan osuuskaupan vaiheista vuosina.... Reste à savoir si les maisons du Peuple réussissent vraiment dans leurs multiples entreprises ?

Un impact direct sur les populations

60

La mesure du succès est forcément complexe. On peut l’analyser de manière quantitative au travers des résultats électoraux, de la fréquentation des fêtes et des cours du soir, de l’évolution des adhésions, des journaux vendus ou du matériel électoral diffusé. Malgré les lacunes de la documentation, il est possible en effet d’avoir des chiffres indicatifs, pourvu qu’on ait la patience de croiser les sources locales, fédérales et nationales. Les critères qualitatifs sont plus délicats, par contre, à déterminer ; en l’absence d’enquêtes d’opinion, il faut dépouiller les témoignages recueillis auprès des vétérans par les chercheurs des Archives ouvrières ou les appréciations portées par la presse et la littérature de l’époque ; il s’agit d’un travail de bénédictin qui nécessite de longs mois pour être réalisé. Ne disposant pas du temps nécessaire, je n’ai pu mener à bien ce travail de façon systématique.

61

Certains indicateurs simples me permettent cependant d’affirmer que les ty atteignent leurs objectifs, et ce bien qu’elles portent sur elles-mêmes un regard sans complaisance [116][116] Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka,.... On observe d’abord que même en période de baisse d’activité, quand les réunions se font plus clairsemées et que le nombre d’adhérents chute, les fêtes et les soirées continuent d’exister. L’habitude prise d’aller danser, boire un coup ou simplement discuter à la maison du Peuple ne meurt pas. Les ty font donc partie intégrante du quotidien des ruraux auxquels elles offrent des occasions de distraction et de convivialité. La vente ou l’abandon des locaux sont des phénomènes très rares. Au contraire, comme nous l’avons vu, le nombre de maisons du Peuple, loin de stagner, augmente sans cesse jusqu’en 1918.

62

Les élections successives dans les communes que nous avons choisies montrent par ailleurs que la social-démocratie a tendance à progresser continûment, y compris dans des régions plutôt rétives au socialisme comme la partie orientale de la province de Vyborg (où se trouve Kivennapa) ou l’Ostrobotnie (où se trouve Liminka). À Vihti, exemple caractéristique, les sociaux-démocrates recueillent 63,5 % des suffrages en 1907, 66,3 % en 1910, 72,5 % en 1913, 77,1 % en 1916 ; difficile de ne pas associer les ty locales à ce triomphe [117][117] Myllyniemi, 1990.. De toute façon l’évolution des tirages de matériel électoral à l’échelle nationale, en constante augmentation, démontre qu’il existe dans la plupart des communes rurales une capacité de diffusion très importante [118][118] Soikkanen, 1961 ; Carrez, 2003.. De plus, il existe une corrélation nette, dans une zone donnée, entre la densité de maisons du Peuple et l’ampleur des scores socialistes aux élections générales. Sans cela, on comprendrait mal que les autorités civiles et ecclésiastiques aient souvent cherché à leur faire une mauvaise réputation et à les éliminer du paysage après la répression sanglante du soulèvement de 1918 [119][119] Alapuro, 1994 ; Myllyniemi, 1990 ; Lehtonen, 1986..

63

*

64

Les maisons du Peuple ont été en Finlande un instrument privilégié (et efficace) de la politisation des couches rurales défavorisées au tout début du xxe siècle. Conçues pour répandre la propagande socialiste dans les campagnes, elles se sont adaptées à merveille au terrain et sont toujours restées proches des préoccupations populaires. Elles ont su non seulement capter les revendications des paysans sans terres, des artisans et des ouvriers ruraux, mais aussi animer la vie culturelle locale en tant qu’espaces de convivialité, de sociabilité et de formation intellectuelle.

65

Le secret de leur réussite tient sans doute à ce qu’elles étaient davantage orientées vers la réalisation d’objectifs pratiques, apparemment modestes, que vers l’action politique stricto sensu. Les ruraux pauvres ont pu ainsi se les approprier, car elles répondaient à leurs besoins immédiats. C’est pourquoi, bien qu’elles aient participé aux grandes poussées révolutionnaires de 1906 et 1917, elles ont été un facteur indirect d’intégration sociale. Ce fait d’ailleurs donne corps à la thèse défendue par Risto Alapuro selon laquelle l’identité nationale s’est construite par le biais des mouvements associatifs [120][120] Alapuro et alii, 1987.. Les ty sont en quelque sorte les organismes qui ont permis la socialisation et la participation des éléments les plus pauvres de la population à la vie citoyenne.

66

Elles ont donc joué un rôle majeur dans la constitution d’une « sensibilité finlandaise » aux problèmes sociaux qui a fini par convaincre les conservateurs eux-mêmes que l’arbitrage avait des vertus supérieures à l’affrontement direct. En somme, au-delà des drames de la guerre civile et des tensions de l’entre-deux-guerres, l’esprit de conciliation nationale est né de la capacité des maisons du Peuple à mobiliser pacifiquement les déshérités.


Bibliographie

  • Aguhlon, Maurice, La République au village : les populations du Var de la Révolution à la Troisième République, Paris, Le Seuil, coll. « L’univers historique », 1979, 543 p.
  • Ala-Kapee, Pirjo, et Valkonen, Marjaana, Yhdessä elämä turvalliseksi : sak : laisen ammattiyhdistysliikkeen kehitys vuoteen 1930 (Ensemble pour rendre la vie sûre : l’évolution du syndicat sak jusqu’en 1930), Helsinki, 1982, 816 p.
  • Alapuro, Risto, et alii, Kansa liikkeessä (Le Peuple en marche), Helsinki, Kirjayhtymä, 1987, 303 p.
  • Alapuro, Risto, Suomen synty paikallisena ilmiönä 1890-1933 (La Naissance de la Finlande comme phénomène local 1890-1933), Helsinki, Hanki ja jää, 1994, 386 p.
  • Bouchet, Thomas, et Carrez, Maurice, Le Verbe et l’exemple. Colporteurs et propagandistes en Europe de la Révolution française à nos jours, Dijon, eud, Cahiers de l’ihc, n° 5, 2000, 155 p.
  • Carrez, Maurice, « Le mouvement ouvrier finlandais des origines à la guerre civile de 1918 », Cahiers d’histoire de l’irm, n° 16, janvier 1984, p. 79-103 ;
    —, « La manne et le fouet : la propagande par le verbe en Finlande (1800-1917) », in Bouchet et Carrez, 2000, p. 100-123 ;
    —, « Les écoles centrales du Parti social-démocrate finlandais avant 1914 ou la gestion permanente des contradictions », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n° 79, octobre/décembre 2000, p. 29-44. Numéro spécial Les Écoles des partis ouvriers au xxe siècle sous la direction de Maurice Carrez ;
    —, « Les brochures du Parti social-démocrate finlandais au début du siècle comme instruments de propagande », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique n° 90-91, octobre/décembre 2003, p. 97-110. Numéro spécial Écrire pour convaincre sous la direction de Jean-Yves Mollier et Maurice Carrez ;
    —, La Fabrique d’un révolutionnaire : Otto Wilhelm Kuusinen et l’engagement en politique 1881-1918, thèse d’habilitation, juin 2006, 512 p.
  • Chevalier, Fabienne, « La construction du nationalisme finlandais et l’Europe (1809-1914) », intervention au colloque de Toulouse Les Périphéries et l’Europe : espaces scandinaves, balkaniques et méditerranéens du Moyen Âge à nos jours, mai 2003 (à paraître en 2006).
  • Ehrnrooth, Jari, Sanan vallassa, vihan voimalla. Sosialistiset vallankumousopit ja niiden vaikutus Suomen työväenliikkeessä 1905-1914 (Sous l’Empire du verbe avec la force de la haine. Les enseignements révolutionnaires socialistes et leur influence sur le mouvement ouvrier finlandais 1905-1914), Helsinki, shs, 1992, 589 p.
  • Haapala, Pertti, Kun yhteiskunta hajosi. Suomi 1914-1920 (Quand la société se désagrégea. La Finlande de 1914 à 1920), Helsinki, Kleio ja Nykypäivä, 1995, 313 p.
  • Harmaja, Leo, Effects of the War on Economic and Social Life in Finland, Yale University Press, 1933, 258 p.
  • Heikilä, Markku, et Seppo, Juha, « Uskonnollinen liike, esivalta ja ‘maailma’ », in Alapuro, Risto, Kansa liikkeessä (Le Peuple en marche), Helsinki, Kirjayhtymä, 1987, p. 70-90.
  • Hentilä, Seppo, « Une affaire trop sérieuse ? À propos de la signification particulière du sport pour les Finlandais », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n° 88, 2002, p. 77-91. Numéro spécial Sport et propagande sous la direction de Benoît Caritey et Maurice Carrez.
  • Jussila, Osmo, Hentilä, Seppo, et Nevakivi, Jukka, Histoire politique de la Finlande xixe-xxe siècle, Paris, Fayard, 1999, 522 p
  • Jutikkala, Eino, Histoire de la Finlande, Neuchâtel, La Baconnière, 1978, 347 p.
  • Ketola, Eino, Otalammen Työväenyhdistys 75 vuotta (La Maison du Peuple d’Otalampi a 75 ans), Vihti, Otalammen ty r.y.n.., 1981, 62 p.
  • Kirby, David, The Finnish Social-Democratic Party 1903-1918, thèse manuscrite, 1977, 408 p.
  • Kiuru, Paavo, Kivennapa : muistelmia ja kuvia entisestä kotiseudusta (Kivennapa : souvenirs et images de notre ancienne terre natale), Pieksämäki, Kivennavan historiatoimikunta (Comité d’histoire de Kivennapa), 1952, 408 p.
  • Klinge, Matti, Ylioppilaskunnan historia (Histoire de la communauté étudiante), t. 3 : 1872-1917, Porvoo, wsoy, 1968, 687 p.
    —, Keisarin Suomi (La Finlande impériale), Helsinki, Schildts, 1997, 542 p.
  • Kujala, Antti, Venäjän hallitus ja Suomen työväenliike 1899-1905 (Le Gouvernement russe et le mouvement ouvrier finlandais 1899-1905), Helsinki, shs, 1995, 461 p.
  • Kuokkanen, Pertti, Laukaan historia (Histoire de Laukaa), t. 3, Kunnallishallinnon uudistamisesta 1950-luvulle (De la réforme municipale aux années 1950), Jyväskylä, Gummerus, 1983, 627 p.
  • La Politisation des campagnes au xixe siècle : France, Italie, Espagne, Portugal, Rome, École française de Rome, 2000, 376 p.
  • Lehtonen, Olli, Laukaan Kirkonkylän työväenyhdistyksen historiikki 1906-1986 (Historique de la maison du Peuple de Kirkonkylä à Laukaa), Jyväskylä, Keski-Suomen Painotuote o. y., 1986, 52 p.
  • Liikanen, Ilkka, Fennomania ja kansa. Joukkojärjestäytymisen läpimurto ja Suomalaisen puolueen synty (La Fennomanie et le peuple. La percée de l’organisation des masses et la naissance du Parti finnois), Helsinki, shs, 1995, 382 p.
  • Luntinen, Pertti, F.A. Seyn 1862-1918. A Political Biography of a Tsarist Imperialist as Administrator of Finland, Jyväskylä, Gummerus, 1985, 343 p.
  • Mayaud, Jean-Luc, « Ruralité et politique dans la France du xixe siècle », Histoire et Sociétés rurales, n° 3, 1er semestre 1995, p. 133-136.
  • Myllyniemi, Seppo, Vihdin historia 1800-1918 (Histoire de Vihti 1800-1918), Vihti, Vihdin kunta (Commune de Vihti), 1990, 412 p.
  • Palmgren, Raoul, Joukkosydän : vanhan työväenliikkeemme kaunokirjallisuus (Le Cœur des foules : la littérature de notre ancien mouvement ouvrier), 2 tomes, Porvoo, wsoy, 1966.
  • Pécout, Gilles, « La politisation des paysans au xixe siècle. Réflexions sur l’histoire politique des campagnes », Histoire et Sociétés Rurales, n° 2, 2e semestre 1994, p. 91-125.
  • Rantaputa, Heikki, Elintarvikehuolto ja säännöstely Suomessa vuosina 1914-1921 (La Logistique et le rationnement des denrées en Finlande dans les années 1914-1921), Studia Historica Jyväskylänsia, Jyväskylä, 1979, 382 p.
  • Soikkanen, Hannu, Sosialismin tulo Suomeen ensimmäisen yksikamarisen eduskunnan vaaleihin asti (L’Implantation du socialisme en Finlande jusqu’aux élections pour le premier parlement unicaméral), Porvoo-Helsinki, wsoy, 1961, 448 p.
    —, Kohti kansanvaltaa (Vers la démocratie), Vaasa, sdp : n puoluetoimikunta, 1975, 688 p.
  • Sulkunen, Irma, Raittius kansalais-uskontona. Raittiusliike ja järjestäytyminen 1870-luvulta suurlakon jälkeisiin vuosiin (La Tempérance, religion nationale. Le mouvement tempérant et l’apprentissage de l’organisation de la décennie 1870 aux années postérieures à la Grande grève patriotique), Helsinki, shs, 1986, 312 p.
  • Tommila, Päiviö, Suuri Adressi (La Grande Adresse), Helsinki, wsoy, nouvelle édition 1999, 357 p.
  • Tuomisto, Tero, Tienraivaajan osa. Sata vuotta Helsingin Työväenyhdistyksen historiaa 1884-1984 (La Part du défricheur. Cent ans d’histoire de la maison du Peuple d’Helsinki 1884-1984), Helsinki, kk laakapaino, 1984, 488 p.

Notes

[*]

Maître de conférences en Histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne. 3, impasse Beauvallon, 21910, Noiron-sous-Gevrey. Courriel : <mcarrez@ u-bourgogne. fr>

[1]

Agulhon, 1979 ; Mayaud, 1995 ; Pécout, 1994.

[2]

Bouchet et Carrez, 2000.

[3]

La Politisation des campagnes au xixe siècle, 2000.

[4]

Il y avait en tout 4 états : la noblesse, le clergé, la bourgeoisie et la paysannerie propriétaire. Sur ce point, voir en français Jutikkala, 1978.

[5]

Jussila, Hentilä, et Nevakiva, 1999, première partie.

[6]

Jutikkala, 1978 ; Klinge, 1997.

[7]

Heikkilä et Seppo, 1987 ; Carrez, 2000.

[8]

Liikanen, 1995.

[9]

Klinge, 1968.

[10]

Nous utiliserons le sigle ty pour désigner les maisons du Peuple.

[11]

Soikkanen, 1975 ; Carrez, 1984.

[12]

La première ty est celle d’Helsinki en 1884 : Tuomisto, 1984.

[13]

Statistiques du Parti social-démocrate finlandais 1899-1924, recueillies par le secrétaire Matti Turkia.

[14]

À l’échelle de la France d’alors, il faudrait multiplier ces chiffres par 15 environ, soit de 675 000 à 1 200 000 !

[15]

Soikkanen, 1961 et 1975.

[16]

Alapuro, 1987 et 1994.

[17]

Carrez, 2006 ; Alapuro, 1994 ; Myllyniemi, 1990 ; Kuokkanen, 1983 ; Lehtonen, 1986 ; Kiuru, 1952.

[18]

Il s’agit de la série 363.2 (471), classée ensuite par communes et par ty.

[19]

Des microfilms du Työmies sont disponibles aux Archives ouvrières. Pour les autres journaux, il existe une collection exhaustive de microfilms à la Bibliothèque universitaire d’Helsinki.

[20]

Pour cette étude, j’ai utilisé Lehtonen, 1986 ; pour la ty de Kirkonkylä à Laukaa et Ketola, 1981, pour la ty d’Otalampi à Vihti.

[21]

Titres des notes 16, 17, 18, 19.

[22]

Le journal socialiste d’Helsinki, Le Travailleur, s’en fait l’écho entre 1908 et 1913, ne serait-ce que pour alimenter le contentieux qui l’oppose à la direction du parti.

[23]

Chiffres du parti pour les premiers, estimation personnelle pour le dernier.

[24]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Huhtamo à Huittinen.

[25]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi à Huittinen. pv de réunions mensuelles 1906-1930.

[26]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi à Huittinen. Comité des fêtes 1913-1928.

[27]

Soikkanen, 1961, p. 40-44.

[28]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka, pv de l’année 1899.

[29]

Karhiniemi et Huhtamo à Huittinen, Joutselä à Kivennapa, Kirkonkylä à Laukaa, Letku à Tammela et Otalampi à Vihti.

[30]

Kirby, 1977 ; Soikkanen, 1961 ; id., 1975.

[31]

Rantaputa, 1979 ; Haapala, 1995 ; Harmaja, 1933.

[32]

Ketola, 1981, p. 8 et 10 ; Työmies, 9 mai 1917. Le pv du 6 mai 1917 de la ty d’Huhtamo signale 600 participants rien que pour le défilé organisé par ses soins (Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo à Vihti. pv 1916-1926).

[33]

Myllyniemi, 1990, p. 339-342.

[34]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo à Vihti. Pv 1916-1926. Le pv du 6 mai signale 75 personnes à la réunion mensuelle, soit plus que les années ordinaires.

[35]

Ibid., réunion du 4 décembre 1917.

[36]

Myllyniemi, 1990, p. 345 et suiv.

[37]

Jutikkala, 1978 ; Chevalier, 2003 ; Tommila, 1999 ; sur les socialistes : Kujala, 1995.

[38]

Constitutionnalistes : nom donné aux partisans de la résistance passive et du retour aux « droits » de la Finlande, représentatifs avant tout des intérêts des ordres privilégiés.

[39]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka, rapports d’activité et pv 1898-1910.

[40]

Luntinen, 1985.

[41]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), pv de réunions.

[42]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), registre du comité des fêtes 1913-1928.

[43]

Sur ce point notre enquête se fonde sur les archives de Karhiniemi et Huhtamo (Huittinen), Haimoo (Vihti) et Letku (Tammela).

[44]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), pv 1907-1930.

[45]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka, pv 1898-1910.

[46]

Keski-Suomi, 30 janvier 1906 ; Lehtonen, 1986.

[47]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds d’Haimoo, pv 1916-1926.

[48]

Ibid.

[49]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), pv du 1er juin 1914.

[50]

Ibid., fonds de la ty de Liminka, pv 1898-1910.

[51]

Ibid., fonds de la ty d’Haimoo, pv 1909-1916.

[52]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka, pv 1898-1910 et comptes rendus d’activité 1906-1909.

[53]

Lehtonen, 1986 ; Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Joutselä (Kivennapa), rapport d’activité 1907.

[54]

Ibid., fonds de la ty d’Haimoo, pv 1916-1926.

[55]

Ibid.

[56]

Ibid., réunion du 15 décembre 1912.

[57]

Ibid., 363.2 (471), fonds de la ty d’Huhtamo (Huittinen).

[58]

Lehtonen, 1986, p. 6-7.

[59]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds d’Huhtamo (Huittinen).

[60]

À Karhiniemi, le pv du 27 décembre 1908 note que « l’on a discuté à propos du questionnaire envoyé par la Commission exécutive du parti et l’on a désigné les personnes chargées de le remplir ». Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), pv 1907-1930.

[61]

Lehtonen, 1986, p. 7.

[62]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), pv 1907-1930.

[63]

Ibid., fonds de la ty d’Huhtamo (Huittinen), activités diverses (1906-1933).

[64]

Ibid., fonds de la ty de Liminka, pv 1898-1910 et comptes rendus d’activité 1906-1909.

[65]

Ibid., fonds de la ty d’Haimoo, pv 1909-1916.

[66]

Ibid., fonds de la ty de Liminka, comptes rendus d’activité 1906-1909.

[67]

Ibid., fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), pv 1907-1930, ag du 30 mai 1909.

[68]

Pour Joutsenlinna : Työmies, 18 mars 1914. Pour Laukaa : Lehtonen, 1986, p. 12.

[69]

Soikkanen, 1961, p. 370 et suiv.

[70]

Ibid.

[71]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo, pv 1909-1916, ag du 15 décembre 1912.

[72]

Ibid., fonds de Karhiniemi (Huittinen), pv 1907-1930, ag du 12 avril 1913.

[73]

Il est rare qu’on reste en-dessous de 150 à 200 participants, même dans les petites communes.

[74]

Työmies, 16 mai 1917 ; Ketola, 1981, p. 10.

[75]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), pv 1907-1930, ag des 10 avril 1914 et 26 avril 1914.

[76]

À Kirkonkylä (Laukaa), c’est le pasteur qui est l’âme de la résistance à cette entreprise « inconvenante » : Lehtonen, 1986.

[77]

Dans une métairie ou une grange : voir à Karhiniemi et Huhtamo (Huittinen) ainsi qu’à Haimoo et Otalampi (Vihti). Dans un local loué : voir à Liminka.

[78]

Lehtonen, 1986, p. 9.

[79]

Sur Tanner : Työmies, 27 avril 1915, 29 avril 1915, 5 mai 1915, 7 août 1915, 12 août 1915.

[80]

Sosialidemokraattinen puolue 25 vuotta, 1924, p. 307.

[81]

Les papiers des ty de Karhiniemi et de Liminka sont sur ce point les plus éclairants, mais il existe aussi de bonnes sources à Laukaa, utilisées par Lehtonen, 1986.

[82]

À Karhiniemi, le pv du 15 novembre 1908 note : « la commission a présenté le type de construction qu’elle comptait faire et on a décidé de dresser un bâtiment de 7 syltä de longueur et 4,5 de largeur ».

[83]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), pv 1907-1930, ag du 26 décembre 1909.

[84]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Huhtamo (Huittinen), contrat d’achat du 27 mars 1916.

[85]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka, article de journal de 1902 relatant la fête inaugurale.

[86]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), comptes du comité des fêtes 1913-1928.

[87]

Les élections aux principales fonctions ont lieu chaque année lors de la première réunion de l’année civile, c’est-à-dire en janvier.

[88]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo (Vihti). De fait la ty n’a pu utiliser ce plancher que deux ans (1910-1911), suite à un désaccord avec le propriétaire du terrain.

[89]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), comptes du comité des fêtes 1913-1928.

[90]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo (Vihti), pv des 25 mai 1911 et 18 juin 1911.

[91]

Sulkunen, 1986.

[92]

La plupart des ty de notre échantillon ont d’ailleurs conservé ces autorisations dans leurs archives.

[93]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), comptes du comité des fêtes 1913-1928.

[94]

Palmgren, 1969.

[95]

Lehtonen, 1986, p. 13.

[96]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka, comptes rendus d’activité 1906-1909.

[97]

Carrez, 2003 et 2006 ; Soikkanen, 1961 ; Ehrnrooth, 1992.

[98]

Lehtonen, 1986, p. 12.

[99]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka, liste des ouvrages disponibles à la bibliothèque en 1913.

[100]

Lehtonen, 1986, p. 13.

[101]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo (Vihti).

[102]

Ibid., fonds de la ty de Liminka, pv 1898-1910, ag du 7 mai 1899.

[103]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Karhiniemi (Huittinen), pv 1907-1930, ag des 8 et 15 janvier 1911.

[104]

Ehrnrooth, 1992 ; Carrez, octobre-décembre 2000 et 2006.

[105]

Hentilä,, 2002.

[106]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds d’Haimoo (Vihti), ag des 10 avril 1910, 11 février 1917 et 21 août 1917.

[107]

Ibid., fonds de Liminka, comptes rendus d’activité 1906-1909.

[108]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo (Vihti), ag des 19 avril 1913 et 11 mai 1913.

[109]

Ala-Kapee et Valkonen,, 1982.

[110]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty d’Haimoo (Vihti), ag du 11 août 1917, et de la ty de Kaukaa (Iitti), lettre du 2 novembre 1907 à la rédaction de la Revue Socialiste (Sosialistinen Aikakauskirja).

[111]

Pour Huittinen, voir Alapuro, 1994 ; pour Laukaa, Lehtonen, 1986 ; pour Vihti, Myllyniemi, 1990.

[112]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka, comptes rendus d’activité 1906-1909, ag du 29 janvier 1899.

[113]

Ibid., fonds de la ty d’Haimoo (Vihti), ag du 19 mars 1911.

[114]

Ibid., fonds de la ty de Letku (Tammela), article de journal de 1947.

[115]

Piirteitä Kivennavan osuuskaupan vaiheista vuosina 1906-1916 (Les Grands traits de l’évolution de la coopérative de Kivennapa 1906-1916), Vyborg, Imprimerie ouvrière (Työväen kirjapaino), 1916.

[116]

Työväen arkisto, 363.2 (471), fonds de la ty de Liminka, comptes rendus d’activité 1906-1909 ; ibid., fonds de la ty d’Haimoo (Vihti), historique manuscrit des années 1909-1917.

[117]

Myllyniemi, 1990.

[118]

Soikkanen, 1961 ; Carrez, 2003.

[119]

Alapuro, 1994 ; Myllyniemi, 1990 ; Lehtonen, 1986.

[120]

Alapuro et alii, 1987.

Résumé

Français

L’implantation de maisons du Peuple dans les campagnes finlandaises est un phénomène de grande ampleur entre 1893 et 1917. Dirigés pour l’essentiel par des militants sociaux-démocrates après 1903, ces organismes montrent un grand intérêt non seulement pour les questions politiques ou sociales, mais également pour les activités socio-culturelles. Grâce à eux, les ruraux pauvres font l’apprentissage de la vie associative et citoyenne tout en accédant à certaines formes d’initiation à l’art et au savoir livresque. De fait, les maisons du Peuple ont joué un rôle majeur dans la constitution d’une sensibilité proprement finlandaise à l’égalité sociale et à l’éducation des adultes.

Mots-clés

  • activités socio-culturelles
  • coopératives
  • culture associative
  • fêtes
  • manifestations
  • milieu rural
  • parti social-démocrate
  • politisation
  • syndicates
  • vie politique

English

From 1893 to 1917, the setting up of People’s Houses constituted a major development in the Finnish countryside. From 1903 on, these organizations were mostly headed by social-democrat activists, and focussed heavily not only on political or social issues, but also on socio-cultural activities. Thanks to them, the rural poor were initiated to the practice of grassroots and civic action, while being introduced up to a point to the arts and to written knowledge. People’s Houses actually played a major role in the building of a specifically Finnish approach to social equality and adult education.

Keywords

  • cooperatives
  • demonstrations
  • festivals
  • grassroots associations
  • political life
  • politicization
  • rural life
  • Social-Democratic Party
  • socio-cultural activities
  • trade unions

Plan de l'article

  1. Présentation de l’échantillon et des sources
  2. Une activité en dents de scie
  3. Un intérêt certain pour les questions sociales et politiques
  4. La priorité donnée aux activités socio-culturelles
  5. Les vecteurs de l’organisation professionnelle et coopérative
  6. Un impact direct sur les populations

Pour citer cet article

Carrez Maurice, « La politisation des campagnes finlandaises. vue sous l'angle des maisons du Peuple (Työväen Yhdistykset) (1893-1917)», Histoire & Sociétés Rurales 1/2006 (Vol. 25) , p. 37-67
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2006-1-page-37.htm.


Article précédent Pages 37 - 67
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback