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Histoire & Sociétés Rurales

2006/1 (Vol. 25)


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Faire du rôle des ordres religieux anciens dans la vie rurale aux Temps Modernes un chantier historiographique d’une particulière actualité a assurément de quoi susciter le scepticisme. Tel est pourtant le cas. Au tournant des décennies 1960 et 1970, alors que l’attention croissante portée à la vie du plus grand nombre, à la démographie rurale et à la sociabilité villageoise bouleversait en profondeur le domaine de l’histoire moderne, les historiens du fait religieux ont entrepris de vastes enquêtes consacrées à l’encadrement des fidèles et, plus largement, à la pratique religieuse de l’Occident. Dans cette monumentale fresque de la vie religieuse des campagnes françaises sous l’Ancien Régime, patiemment esquissée à force de monographies diocésaines, on rencontrait plus de prélats réformateurs, de curés et de vicaires de paroisses que de réguliers. Membres d’ordres nouveaux ou réformés, ces quelques religieux ne devaient leur salut historiographique qu’à leur engagement dans l’apostolat ou l’enseignement.

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De leur côté, les Bénédictins et les Cisterciens, coupés du monde par la clôture et soustraits à l’autorité épiscopale du fait de l’exemption, ont pâti de leur absence des procès-verbaux de visites pastorales, qui constituaient le socle documentaire de cette « sociologie religieuse rétrospective ». Ainsi, jusqu’à une époque relativement récente, leur histoire est restée celle de grands propriétaires terriens reclus derrière les hauts murs de leurs monastères, plus occupés à gérer leur patrimoine qu’à chanter les louanges du Seigneur. L’étude du temporel des ordres religieux anciens gagnerait aujourd’hui à n’être plus menée pour elle-même, mais à être dépassée pour être intégrée dans une démarche plus large, en partant du principe que les sphères du temporel et du spirituel sont indissociables et complémentaires ; une démarche qui voudrait prendre la mesure du rôle tenu par les communautés monastiques héritées de l’époque médiévale dans les structures et la vie des provinces françaises, jusqu’à leur disparition lors de la Révolution.

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Vieux bastion monastique, terre d’élection bénédictine et surtout clunisienne (figure 1), le diocèse de Clermont constitue à cet égard un laboratoire d’observation privilégié. Le cas de Menat, abbaye bénédictine fondée au nord-ouest du diocèse à la fin du ve siècle et rattachée en 1107 à l’Ordre de Cluny, implantée au cœur d’un petit bourg comprenant 70 feux fiscaux en 1709 – 74 quelques années plus tard, en 1720 –, permet plus précisément de cerner la place occupée aux xviie et xviiie siècles par le monachisme clunisien dans la vie sociale, économique et religieuse de la vallée de la Sioule, terroir situé aux confins de l’Auvergne, du Bourbonnais et de la Combraille [1][1] Sur le nombre de feux : Saugrain, 1709, 1720..

Figure 1 - Les monastères bénédictins dans le diocèse de Clermont (xviie-xviiie siècle)Figure 1

Communauté clunisienne et vie socio-économique d’un terroir

Autour du temporel

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Le patrimoine foncier des ordres rentés constitue le premier élément concret de leur présence dans le paysage rural. Au début du xviie siècle, l’abbaye de Menat dispose d’un patrimoine fort ancien, peu concerné semble-t-il par les aliénations du siècle précédent, à la différence des autres communautés clunisiennes du diocèse de Clermont [2][2] Les deux « filles » auvergnates de Cluny, Souvigny....

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Ainsi s’explique probablement la relative unité géographique du domaine de l’abbaye, qui englobe à la date de 1677 treize paroisses contiguës, mais aussi quelques paroisses parfois beaucoup plus éloignées, à l’image de Notre-Dame de Montluçon, située à une quarantaine de kilomètres de Menat (figure 2). Ces paroisses lointaines fournissent généralement une partie des revenus attachés aux offices claustraux de la communauté et accueillent pour la plupart un prieuré annexe de l’abbaye, qui fait alors office – mode de fonctionnement commun à bon nombre de communautés monastiques anciennes de Basse-Auvergne – de base avancée et d’organisme collecteur de richesses [3][3] Poitrineau, 1979, p. 656.. Au total, l’abbaye tire en 1677 des revenus de vingt paroisses, et en 1728, au moment de la révision du pouillé du diocèse de Clermont, le domaine semble n’avoir connu aucune amputation ou extension [4][4] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 2, liasse 13, pièce 1 ;.... On est ici très loin des 70 paroisses contrôlées dans plusieurs diocèses par les Bénédictins auvergnats de La Chaise-Dieu, d’autant qu’à l’instar de ce que l’on observe en Bourgogne et en Champagne, la pression exercée sur le sol s’amenuise rapidement à mesure que l’on s’éloigne des bâtiments [5][5] Poitrineau, 1979, p. 656 ; Dinet, 1999b, p. 259-26.... Les paroisses sur lesquelles l’abbaye de Menat prélève à la fois des dîmes et des droits dits de « directe seigneurie », généralement appelés « directes », se limitent en effet à son voisinage immédiat et à l’entourage de certains prieurés annexes. Le patrimoine reste donc pour l’essentiel suffisamment proche et concentré pour permettre une surveillance attentive, contrairement aux temporels extrêmement dispersés de nombreuses abbayes auvergnates [6][6] Poitrineau, 1979, p. 656.. Sans doute l’inégale répartition des établissements religieux masculins du diocèse de Clermont favorise-t-elle cette concentration, l’archiprêtré de Menat n’abritant que trois communautés d’hommes, contre vingt pour celui de Clermont et onze pour celui de Billom [7][7] Gomis, 1993, vol. 1, p. 17, et vol. 2, p. 31.. De ce fait, l’abbaye ne se heurte à aucun concurrent immédiat et peut exercer une domination sans partage sur sa région.

Figure 2 - Paroisses sur lesquelles l’abbaye de Menat perçoit des droits seigneuriaux (1677)Figure 2
Source : Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 2, liasse 13, pièce 1.
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L’origine des revenus s’avère plus difficile à appréhender. D’abord parce qu’aucun document n’est parfaitement exhaustif, et que le temporel peut y être minoré dans l’espoir de diminuer les impositions décrétées par la Chambre ecclésiastique du diocèse – encore que la fraude semble plus fréquente au sujet des charges que des revenus, comme on peut le constater au xviiie siècle dans les monastères de Haute-Normandie –, mais surtout parce qu’il est malaisé de démêler l’enchevêtrement extrêmement complexe des droits perçus [8][8] Pour la Haute-Normandie : Lemarchand, 1965, p. 3.. En 1677, alors que les revenus sont encore quasi intégralement prélevés en nature, les 700 setiers de seigle et d’avoine que rapportent les grosses dîmes sont largement complétés par le produit des directes, soit 340 setiers de grains, « quelques livres argent », 280 poules et un cochon de lait par maison [9][9] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 2, liasse 13, pièce 1.. De multiples revenus s’y additionnent encore, fournis ça et là par une tuilerie, un pré, un étang, des bois et des vignes, biens dont le rapport est souvent délicat à chiffrer. En cela, Menat ne constitue pas une exception, car les Cisterciens de l’abbaye voisine de Bellaigue perçoivent eux aussi des revenus de toutes sortes, dont il est souvent difficile de déterminer l’origine et le montant [10][10] Poitrineau, 1979, p. 351.. Au xviiie siècle en revanche, la communauté afferme de plus en plus fréquemment ses revenus, et l’on parvient alors à y voir plus clair. Aux 14 922 livres 3 sols et 5 deniers déclarés en 1789, ne concernant que la mense abbatiale et le tiers-lot, il faut alors ajouter les 2 000 livres de la mense conventuelle, composée des revenus du prieuré de Cellule et du produit de la dîme d’Ayat, respectivement affermés 1 800 et 200 livres depuis 1686, ce qui porte le revenu total de l’abbaye à 16 922 livres 3 sols et 5 deniers [11][11] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 8, pièce 5 ;....

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Élaborés à partir de sources issues d’une société d’Ancien Régime peu statisticienne, les chiffres proposés sont par nature approximatifs et n’ont que valeur d’ordres de grandeur. Le choix de faire figurer à part les prieurés annexes, qui représentent 37,4 % du revenu total de l’abbaye, soit 6 326 livres, résulte de la pratique de l’« affermage multiple », très répandue chez les réguliers d’autres régions françaises à cette époque, comme on peut le constater en Haute-Normandie [12][12] Lemarchand, 1965, p. 3..

Figure 3 - L’origine des revenus en 1789Figure 3
Source : Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 42 et liasse 8, pièce 5.
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En affermant un prieuré, la communauté regroupe dans un même bail des biens de nature différente sans préciser leur valeur respective, ce qui rend caduque toute tentative de les intégrer aux autres catégories de revenus. Voilà qui donne matière à s’interroger sur le statut réel de bon nombre de ces prieurés dépendant des vieilles abbayes bénédictines aux xviie et xviiie siècles, dont la plupart ne sont souvent plus, à la fin de l’Ancien Régime, que de simples domaines agricoles affermés à de gros laboureurs ou notables locaux. Et les dépendances menatoises n’échappent pas à ce constat déjà formulé pour les abbayes d’Angoumois, puisqu’en 1728, le prieuré bourbonnais de Lavault-Sainte-Anne, riche en greniers et en granges, comporte bien une maison destinée à loger le fermier, mais nul lieu régulier [13][13] Maurin, 1998, vol. 1, p. 95 ; Arch. dép. Puy-de-Dôme,.... Si la nature des droits perçus au titre de ces prieurés demeure fort incertaine, ceux-ci semblent consister essentiellement en dîmes de blé et de vin. Le même prieuré de Lavault-Sainte-Anne, par exemple, rapporte chaque année 16 800 pintes – soit un peu plus de 15 980 litres – de vin à la fin de la décennie 1670, et la communauté tire annuellement du prieuré de Bellenaves quelques 200 pintes – soit environ 190 litres – de vin blanc dans le premier tiers du xviiie siècle [14][14] Ibid., 4 H 2, liasse 13, pièce 1 ; et 2 G 49, pièce.... Les dîmes constituent ainsi la principale source de revenus pour l’abbaye, puisque leur part s’élevait déjà à 27,2 % – soit 4 600 livres – grâce aux 4 400 livres prélevées à ce titre sur les paroisses contiguës composant le cœur du domaine, et à la dîme d’Ayat, affermée 200 livres, dont le produit est attaché à la mense conventuelle. En fin de compte, le constat ne surprend guère, tant cette prédominance des dîmes dans les revenus est caractéristique des anciennes abbayes bénédictines, en Haute-Normandie comme en Angoumois [15][15] Lemarchand, 1965, p. 10-11 ; Maurin, 1998, vol. 2,....

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Les 600 livres perçues annuellement grâce aux forêts représentent un revenu modeste – 3,5 % de l’ensemble – en regard de la superficie des terres boisées possédées par les bénédictins de Menat. En Bourgogne, les réguliers possèdent à la fin du xviie siècle quelques 45 000 arpents de bois, c’est-à-dire plus que la surface des forêts royales [16][16] Dinet, 1999a, vol. 1, p. 401. En prenant pour unité.... À la même époque, en 1677, l’abbaye de Menat en aurait possédé quelques 500 arpents, soit un peu plus de 255 ha, estimation qui paraît néanmoins très en deçà de la réalité [17][17] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 2, liasse 13, pièce 1.. En 1728 en effet, l’abbé Jean-François d’Harcourt d’Ollondes parle de 1 170 arpents et 75 perches – soit 596 ha et 32 ares – de forêts, et en 1759, le Grand Maître des Eaux et Forêts de Riom évalue même à 1 530 arpents et 30 perches – 780 ha et 45 ares – la superficie des bois de l’abbaye, alors que les sources ne font mention d’aucune acquisition de bois tout au long des xviie et xviiie siècles [18][18] Ibid., 2 G 49, pièce 12 ; Rechapt, 1929, p. 64..

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Curieusement, alors que l’on se situe probablement ici bien au-delà des superficies possédées par bon nombre d’abbayes bénédictines du royaume, les revenus que l’on en tire semblent plus modestes qu’ailleurs. En effet, les 38,4 ha de bois possédés par l’abbaye normande d’Eu ne lui fournissaient pas moins de 14,3 % de ses revenus en 1787 [19][19] Lemarchand, 1965, p. 10.. Certes, doivent être ajoutés à ces 600 livres les produits de coupes ou de ventes, qui sont parfois à l’origine de rentrées d’argent substantielles – 25 100 livres en 1686, 8 000 livres au mois de mai 1727 – ; mais ce sont là des recettes tout à fait extraordinaires, et de menus droits sont à l’origine de revenus plus réguliers, tel le ramassage des glands, que les religieux délaissaient en 1677 contre une redevance annuelle de 100 livres [20][20] Rechapt, 1929, p. 64 ; Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H....

La communauté et sa mouvance laïque

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Cette reconstitution du temporel de l’abbaye n’a de réel intérêt que dans la mesure où elle pose la question des rapports entretenus par la communauté avec les individus qui l’entourent. S’ils sont propriétaires du sol, les religieux n’exploitent pas directement leurs terres, comme c’est le cas pour la plupart des communautés d’ordres rentés, à l’exception de très rares entreprises de retour à l’observance bénédictine primitive illustrées par l’abbatiat de dom Dorothée Jalloutz chez les Cisterciens de Sept-Fons, à la frontière des diocèses de Clermont et d’Autun, où le travail manuel occupe une place prépondérante dans le quotidien des moines [21][21] Aubaile, 2001, p. 37-39.. La communauté confie donc l’exploitation de ses terres à des tenanciers qui les mettent en valeur en échange d’une redevance fixe. C’est le principal rapport qu’elle entretient avec les classes les plus basses de la population qui l’entoure, rapport de domination s’il en est, tant le bail à cens est seigneurial dans son essence. La multitude de procédures engagées par la communauté à ce sujet tout au long des xviie et xviiie siècles témoigne de son attachement de principe à ces droits seigneuriaux, les litiges relatifs aux cens se trouvant, semble-t-il, à l’origine de l’essentiel des querelles [22][22] Il aurait fallu, pour pouvoir être catégorique, procéder.... Ce pouvoir seigneurial et cette âpreté au gain ne sont pas sans faire grincer quelques dents au sein de la population locale, ce dont témoignent les menus larcins régulièrement perpétrés sur le domaine abbatial par des villageois [23][23] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 5 E 55/527.. En outre, tout cela n’est pas sans conséquence sur le recrutement de la communauté, comme semblent l’indiquer les origines géographiques des 102 moines recensés sur l’ensemble des xviie et xviiie siècles [24][24] Les données relatives aux origines géographiques, sociales.... Le diocèse de Clermont et le diocèse limitrophe de Bourges, où l’abbaye possède plusieurs propriétés jusqu’à la cité bourbonnaise de Montluçon, fournissent certes l’essentiel du contingent avec respectivement 53 et 13 individus ; mais une analyse plus fine, fondée sur le repérage des paroisses d’origine des 56 religieux « autochtones » – c’est-à-dire natifs des deux diocèses de Clermont et de Bourges – dont le lieu exact de naissance est connu (figure 4) montre que les paroisses immédiatement voisines de l’abbaye, sur lesquelles celle-ci règne sans partage, n’ont vu naître que vingt religieux, soit 19,6 % de l’effectif global de la communauté entre 1608 et 1788.

Figure 4 - Paroisses d’origine des religieux natifs des diocèses de Clermont et de Bourges (1608-1788)Figure 4
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Toutefois, pas plus que cette relative faiblesse du recrutement local – en partie imputable aux exigences dont fait preuve la communauté en matière d’origine sociale des postulants –, les incidents qui surviennent ici et là ne constituent pas la manifestation d’une hostilité franche et généralisée des populations environnantes, car à Menat comme partout ailleurs en milieu rural, l’abbaye offre à toute une population de journaliers, de manouvriers et de petits laboureurs un débouché professionnel toujours bienvenu [25][25] La suprématie de l’élite sociale dans l’effectif global.... En plus des terres confiées aux censitaires, avec lesquels les rapports sont de nature proprement seigneuriale, le domaine comporte en effet des biens dont l’entretien et la mise en valeur nécessitent l’embauche de travailleurs extérieurs. L’étendue considérable des bois possédés par la communauté, tout d’abord, empêche les moines de les surveiller eux-mêmes et les contraint à employer un garde à plein temps, dans l’espoir de dissuader d’éventuels villageois de venir s’approvisionner discrètement dans les forêts du domaine abbatial.

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Mais c’est surtout pour ses vignes, à la saison des vendanges, que l’abbaye a besoin de main-d’œuvre. Dans les années 1737-1739, un vendangeur employé par la communauté dans les vignes de Cellule gagne 31 sols par journée de travail, tandis qu’un fouleur ne gagne ces mêmes 31 sols qu’après plusieurs jours de labeur [26][26] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 6, liasse 37, pièce 2.. Ces salaires sont relativement modestes – quoique les vendangeurs employés par les abbayes champenoises et bourguignonnes doivent à la même époque se contenter de salaires quotidiens compris entre 5 et 30 sols –, mais les travailleurs sont également nourris [27][27] Pour les vendangeurs champenois et bourguignons : Dinet,.... Il semblerait d’ailleurs, au vu des dépenses engagées par la communauté pour la nourriture des vendangeurs en 1737, que ceux-ci trouvent ainsi une table plutôt correcte : si le pain est présent en abondance, les différentes sortes de viande – veau, mouton et bœuf – le sont aussi, ce qui ne va pas sans surprendre lorsque l’on sait que cet aliment n’apparaît que très exceptionnellement au xviiie siècle dans les menus paysans [28][28] Ferrières, 2002, p. 153.. De plus, les vendangeurs consomment chaque jour des légumes, principalement de la salade et des choux, mais aussi des œufs et du fromage. Le tout est abondamment assaisonné de poivre, de cannelle et surtout de clous de girofle. Voilà qui correspond probablement, dans l’ensemble, à une alimentation plus diversifiée et plus recherchée que celle de la majorité des ruraux de l’époque. Tous les travailleurs employés par la communauté ne bénéficient néanmoins pas d’un tel traitement, et les salaires, notamment, diffèrent sensiblement selon les emplois occupés. Certains n’ont que leurs bras à offrir pour une journée de travail dans un pré, dans les bois ou dans le potager de l’abbaye, tel ce pauvre diable que la communauté ne rétribue, en 1737, guère plus de 4 sols par journée de travail dans le jardin. D’autres ont l’avantage appréciable de posséder des bêtes et peuvent espérer gagner 1 livre et 10 sols pour deux journées de labeur. Si ces emplois sont ouverts à tous ceux qui veulent bien les accepter, et si l’on embauche à l’occasion des inconnus de passage, le recrutement s’opère prioritairement dans des réseaux d’amitié tissés dans le voisinage immédiat. Les registres de comptes de la communauté montrent en effet que certains individus sont nettement plus sollicités que d’autres, et travaillent en moyenne un jour sur trois au service de l’abbaye tout au long de l’année, en échange d’un salaire quotidien avoisinant les 7 sols [29][29] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 6, liasse 37, pièce 2..

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Outre ce petit peuple rural, l’entourage de l’abbaye comporte des individus de condition sociale plus élevée, avec lesquels la communauté tisse des liens de nature différente. Il existe en effet des « catégories socioprofessionnelles » en contact permanent avec les religieux, dont la subsistance est moins étroitement liée à leur bon vouloir que celle des journaliers et des petits laboureurs. La première est celle des notaires, auxquels il est fait appel lors de tout événement dont il est nécessaire de garder une trace écrite : prise de possession d’office claustral, cérémonie de vêture ou de profession, etc. De même, une simple assemblée capitulaire se tient toujours en présence d’un notaire royal et apostolique, et chaque transaction conclue donne lieu à l’établissement d’un acte notarié. Aussi n’est-il guère surprenant que des liens privilégiés naissent de ces contacts quotidiens, dépassant la simple collaboration obligée. Lorsqu’il est question pour un membre de la communauté d’affermer tout ou partie des revenus de son office claustral, les notaires sont des candidats fort appréciés, tel Me Jean-Baptiste Fournier, qui « avoit été fermier pendant vingt sept années des cens, droits et devoirs seigneuriaux dûs à l’aumosnerie de l’abbaye de Menat » [30][30] Ibid., 5 E 74/13.. On est toutefois fondé à croire que cette prédilection pour les notaires dans le choix des fermiers obéit également à des considérations plus pragmatiques, car ces notables locaux sont avant tout d’excellents gestionnaires qui n’hésitent pas, au moindre litige, à recourir aux saisies et aux expulsions pour protéger leurs intérêts et, par là même, ceux des religieux.

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Les marchands et autres commerçants entretiennent eux aussi d’étroites relations avec les moines, au point que certains sont présents lors de cérémonies diverses et que des revenus leur sont affermés. Ainsi, c’est à trois marchands du bourg de Cellule que la communauté choisit en 1756 d’affermer, pour une durée de neuf ans, les dîmes de grains du prieuré local, dont le produit est attaché à la mense conventuelle [31][31] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 5 E 55/535.. Si les rapports sont généralement cordiaux, c’est que l’abbaye représente pour les petits commerçants locaux un client à la fois sûr et fidèle. L’approvisionnement, quasi quotidien, s’effectue presque exclusivement auprès des mêmes marchands, favorisant une relation de confiance qui autorise des paiements à échéances régulières [32][32] Ibid., 4 H 6, liasse 37, pièce 2.. Toutefois, ces menues « ardoises » n’excèdent jamais quelques dizaines de livres, et les litiges sont extrêmement rares, alors qu’à la même époque, les communautés religieuses des diocèses d’Auxerre, Langres et Dijon, mauvaises payeuses, n’achètent qu’en très petites quantités et chez des marchands toujours plus éloignés, dans l’espoir que ceux-ci n’entameront pas de procédures pour de modestes impayés [33][33] Dinet, 1999a, vol. 1, p. 410.. À Menat, la prudence confine même à la méfiance lorsque le commerçant ne figure pas parmi les partenaires habituels, et les achats sont alors réglés rubis sur l’ongle, comme lors de l’acquisition, au mois de janvier 1763, de nouveaux objets de culte auprès d’un orfèvre de Montferrand [34][34] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 5, liasse 35, pièce 16.

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Les chirurgiens constituent également des partenaires privilégiés de la communauté, bien que leur profession ne figure pas parmi les classes élevées de la société française d’Ancien Régime. Ce métier procure néanmoins dans ces contrées rurales un statut social déjà enviable, notamment lorsqu’il est exercé au sein d’une communauté de métier, comme c’est le cas à Menat où il est question de « chirurgiens-jurés ». Pourquoi Menat, et plus largement la majorité des communautés clunisiennes auvergnates qui disposent toutes des moyens financiers nécessaires pour s’offrir les services d’un véritable médecin, font-elles appel à eux ? C’est le cas à l’abbaye de Mozac, dans les faubourgs de Riom, où le chirurgien reçoit au début du xviie siècle 6 setiers de seigle et 12 pots de vin [35][35] Gomot, 1872, p. 76.. De même en 1759, on évoque au chapitre général de l’Ordre de Cluny la requête présentée par un chirurgien-juré de Sauxillanges, qui demande à « être payé par le monastère dudit Sauxillanges des services qu’il a rendus et des remèdes qu’il a fournis aux religieux malades dans ledit monastère depuis plusieurs années » [36][36] Charvin, 1979, p. 153.. Les médecins, il est vrai, sont encore rares dans la France d’Ancien Régime et exercent dans leur très grande majorité en milieu urbain. Vers 1775, il n’y en a qu’un dans le district de Montaigut-en-Combraille, contre six à Riom [37][37] Pinquier, 2000, p. 20.. Il est par conséquent difficile pour la communauté de faire appel à un médecin pour la bonne et simple raison qu’il n’en existe pas dans le voisinage immédiat, tandis qu’une communauté de chirurgiens est implantée à Menat même. Mais plus fondamentalement encore, ce « prolétariat médical » est parfaitement intégré à une société locale dont il partage le langage, le costume et les mœurs. En s’occupant à peu de frais des affections, accidents et blessures du quotidien, les chirurgiens passent pour être les médecins du peuple. De surcroît – et c’est là un argument non négligeable –, les chirurgiens du district de Montaigut-en-Combraille font également au xviiie siècle office d’apothicaires [38][38] Ibid., p. 126-127.. L’efficacité de leurs méthodes est sans nul doute discutable au vu de l’état de santé parfois critique de certains religieux, ce qui n’a en réalité rien de surprenant de la part d’individus dont la formation reste rudimentaire et dont on ne retrouve en milieu rural que les moins bons éléments. Ne disait-on pas en 1791, à propos du district de Montaigut-en-Combraille, que « le nombre de chirurgiens y est assez multiple, mais plusieurs n’ont fait aucun cours ; ce ne sont là que des chirurgiens de nom » [39][39] Ibid., p. 22.? Ils n’en sont pas moins fort appréciés de la communauté, et assistent au même titre que les notaires et les marchands aux inhumations dans l’église abbatiale ou aux prises de possession d’offices claustraux, marque d’une certaine notabilité. Leur présence systématique lors des cérémonies de vêtures et de professions obéit en revanche d’abord au souci des religieux de n’admettre à Menat que des postulants en bonne santé.

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Bien que les conflits avec des villageois ne soient pas rares, ce n’est pas promouvoir une vision idyllique de la société rurale d’Ancien Régime que d’affirmer que les religieux sont pleinement intégrés à la vie locale. La possession d’un patrimoine foncier conditionne des rapports de nature différente avec les laïcs qui les entourent, rapports dans lesquels compte également pour beaucoup le statut social des intéressés. On passe ainsi de l’exercice d’un pouvoir de type seigneurial sur les classes les plus basses de la population locale à une coopération plus ou moins librement consentie avec ceux dont le métier, plus que la naissance, leur assure une place dominante dans la société villageoise, et dont les compétences et les services sont nécessaires pour faire fonctionner des sociétés monastiques qui, aux xviie et xviiie siècles, ne se suffisent plus à elles-mêmes.

Monachisme clunisien et vie religieuse

L’abbaye et le système paroissial

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Depuis le Moyen Âge, la paroisse constitue en Occident la circonscription de base de la vie religieuse, mais aussi, plus largement, la structure d’encadrement la plus concrète de la communauté rurale, puisqu’elle est à la fois le cadre de la pratique religieuse proprement dite, au travers notamment de la messe dominicale, et le théâtre des étapes majeures de la vie de chacun, de la naissance à la mort en passant par le mariage. Aux xviie et xviiie siècles, les idéaux tridentins en pleine affirmation font du prêtre de paroisse l’intermédiaire privilégié entre l’homme et Dieu, excluant a priori les réguliers de l’encadrement des fidèles. Schéma trop simple pour être vrai : les communautés religieuses y participent encore parfois activement. Reste à savoir dans quelle mesure et par quels moyens, car si l’apostolat constitue un pôle identitaire majeur des mouvements de réforme qu’ont connus les ordres mendiants au cours du xvie siècle, il n’en va pas de même pour des religieux contemplatifs et cloîtrés tels que les Clunisiens.

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Jusque dans les années 1650, il arrive que les moines assurent eux-mêmes la cura animarum dans les paroisses, notamment lorsqu’ils y détiennent des prieurés-cures, comme à Bellenaves où le religieux pourvu du prieuré est également curé de la paroisse [40][40] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 9, liasse 56, pièce 11. Par la suite, en revanche, la communauté ne participe plus au ministère paroissial, comme en Bourgogne et en Champagne où cette pratique est circonscrite à partir des années 1650 à quelques rares exceptions restées entre les mains de chanoines réguliers, Prémontrés et Génovéfains [41][41] Dinet, 1999a, vol. 2, p. 665, 669-670.. C’est d’ailleurs ce qui permet à l’évêque de Clermont d’affirmer en 1767 que les religieux de Menat « ne sont pas utiles au ministère ecclésiastique ». Aucune des communautés clunisiennes du diocèse, il est vrai, ne trouve alors grâce aux yeux du prélat, notamment convaincu que les religieux du prieuré conventuel de Ris « ne rendent aucun service à la paroisse de Ris, ny aux paroisses voisines », alors même que le service paroissial s’y effectue dans l’église conventuelle [42][42] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 1 G 1506 ; bmiu Clermont-Ferrand,....

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L’intervention de la communauté dans la vie paroissiale aux xviie et xviiie siècles tient finalement davantage au fait qu’elle participe activement à la mise en place du clergé séculier des paroisses environnantes, en disposant encore à cette époque d’un droit considérable de présentation aux cures, sur lequel les abbés commendataires veillent jalousement. Ces paroisses forment en 1677 un ensemble géographique globalement cohérent, plus étendu que le patrimoine foncier et, surtout, davantage tourné vers la Combraille et les franges méridionales du Bourbonnais que vers l’Auvergne (figure 5) [43][43] Aux 32 cures matérialisées sur la carte, il faut en....

Figure 5 - Les cures à la nomination de l’abbaye de Menat en 1677Figure 5
Source : Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 2, liasse 13, pièce 1.
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Il est difficile, en revanche, d’expliquer pourquoi Sainte-Christine, toute proche de l’abbaye et faisant intégralement partie de son domaine rural, échappe à ce droit de collation, formant ainsi une enclave au cœur d’une zone particulièrement sujette à l’influence menatoise, d’autant qu’elle ne figure pas parmi les deux seules cures dont la communauté précisait en 1677 avoir « laissé perdre le droict », Saint-Genest et Chamblet [44][44] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 2, liasse 13, pièce 1.. Malgré cela, l’abbaye présente encore, à la fin du xviie siècle, des candidats à près d’une quarantaine de cures réparties dans les trois diocèses de Clermont, Bourges et Rodez, exerçant ainsi un droit de collation sensiblement égal à celui des établissements clunisiens les plus puissants. Saint-Martin-des-Champs, le plus important de toute la région parisienne, rappelle aux xviie et xviiie siècles ses droits sur une soixantaine de cures disséminées dans huit diocèses de ces contrées, et seules 17 des 52 paroisses du diocèse de Paris relèvent en 1789 de l’autorité diocésaine, les 35 autres étant à la présentation du prieur de Saint-Martin [45][45] Plongeron, 1964, p. 147.. Il ne s’agit toutefois, à Menat comme à Saint-Martin-des-Champs, que d’un droit de collation et non d’une juridiction quasi-épiscopale, ce qui signifie que l’exemption dont bénéficie l’abbaye ne s’étend pas à ces paroisses et que celles-ci restent assujetties à la visite des évêques des diocèses dont elles relèvent [46][46] Venard, 1996, p. 361-379.. Ainsi, le 20 mai 1644, constatant que les infirmités du curé de Montaigut-en-Combraille entraînent de sérieuses lacunes dans l’encadrement des fidèles de la paroisse, l’évêque de Clermont, Joachim d’Estaing, contraint le chambrier de Menat, qui est aussi prieur de Montaigut, à désigner deux vicaires parmi les prêtres communalistes de la paroisse et à leur délaisser pour leur entretien sa part des offrandes et des oblations. L’évêque charge les deux ecclésiastiques d’assurer le service paroissial, de chanter matines, vêpres et complies les dimanches et jours de fêtes, ainsi que de participer aux processions, précisant qu’ils devront s’acquitter de leur tâche avec la plus grande assiduité et en habit long, contrairement à ce qui leur était reproché jusqu’alors [47][47] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 6 F 86..

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Plus que de curés, il faudrait parler de vicaires perpétuels – bien qu’une telle distinction n’ait pas de réelle signification pour les simples fidèles de l’époque et que je ne m’interdise pas à ce titre l’usage du seul terme de curé –, car les dîmes de ces paroisses sont prélevées par un curé primitif, qui peut être soit l’abbé de Menat, soit un de ses religieux dans les paroisses accueillant un prieuré annexe de l’abbaye, dont les revenus sont attachés à un office claustral. Le ministre du culte perçoit alors en guise de rétribution une portion congrue – c’est le cas pour 410 des 800 paroisses d’Auvergne au xviiie siècle –, dont le paiement a toujours suscité d’innombrables contestations [48][48] Poitrineau, 1979, p. 351.. Les critiques proférées en 1789 à l’encontre des réguliers dans les cahiers du clergé, particulièrement virulentes, sont en grande partie dues à ce système dans lequel les desservants s’estiment spoliés [49][49] Plongeron, 1995, p. 88.. Les curés primitifs ont évidemment tout intérêt à conclure avec leurs congruistes des transactions aussi peu coûteuses que possible. Ainsi, en 1608, le religieux chambrier de l’abbaye de Menat, également prieur de La Crouzille, ne verse qu’une portion congrue de 10 setiers de seigle et 5 setiers d’avoine au curé de cette paroisse [50][50] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 2.. Cette âpreté au gain conduit les vicaires perpétuels à demander fréquemment le réajustement de leur congrue. C’est le cas du curé de Saint-Cirgues-sous-Châteauneuf, qui transige le 5 juin 1653 avec le généralier de Menat, principal décimateur de cette paroisse puisqu’il est prieur de Saint-Cirgues. Celui-ci propose au desservant de percevoir en guise de portion congrue les dîmes prélevées au titre de son office de généralier, ainsi que l’intégralité des offrandes et des oblations de l’église. Trouvant la proposition honnête, le curé accepte de bonne grâce [51][51] Ibid., 5 E 55/107.. Voilà au moins un règlement conclu sans trop de tergiversations, à la suite duquel les deux parties semblent avoir trouvé leur compte.

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Mais il n’en va pas toujours de même, car treize ans plus tard, le nouveau curé de Saint-Cirgues peine à obtenir de la part de son curé primitif le réajustement qu’il demande. Le généralier de Menat ne rend les armes qu’à la suite d’arrêts rendus par le Grand Conseil en juillet et août 1666. Au mois de septembre suivant, les décisions du Grand Conseil sont ratifiées devant notaire par le curé, le généralier de Menat, les prêtres communalistes de Saint-Cirgues et le doyen de l’abbaye bénédictine d’Ébreuil : la portion congrue du curé est fixée à 200 livres en argent, à charge pour les différents décimateurs de la paroisse de s’entendre sur leurs contributions respectives [52][52] Ibid., 5 E 55/121.. Encore le curé obtient-il gain de cause. D’autres n’ont pas cette chance, notamment lorsqu’ils ont affaire non à un officier claustral de la communauté, mais à l’abbé commendataire lui-même, autrement plus dur en affaires. En 1636, le curé de Neuf-Église réclame à l’abbé François de l’Aubespin une portion congrue de 200 livres, « exempte de decimes et de tous aultres droictz episcopaux et curiaux ». L’abbé de Menat, qui reconnaît de mauvaise grâce la modestie des 60 livres perçues annuellement par le curé de Neuf-Église en guise de congrue, accepte d’abord de négocier, se disant prêt à compléter ces 60 livres par 4 setiers de seigle et 3 poinçons de vin, que le curé percevra sur les dîmes du prieuré de Lavault-Sainte-Anne. Celui-ci se charge alors de faire savoir à l’abbé de l’Aubespin qu’il se contentera fort bien de 200 livres en monnaie sonnante et trébuchante. En clair, l’abbé peut garder ses dîmes, qu’il faudrait prendre la peine d’aller lever – ce qui ne se fait jamais sans d’innombrables tracas – sur les terres d’un prieuré bourbonnais déjà fort éloigné, situé à proximité de Montluçon ; mais le curé de Neuf-Église n’est pas de taille à lutter, et il ne lui reste plus, au sortir de cette entrevue infructueuse au cours de laquelle l’abbé de Menat n’a pas lâché le moindre pouce de terrain, qu’à regagner sa cure, sans avoir pu tirer son épingle du jeu [53][53] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 5 E 55/75..

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La multiplication des conflits entre curés primitifs et vicaires perpétuels conduit le pouvoir central à adopter une législation claire en la matière. En 1731, le roi ordonne l’application des déclarations promulguées en 1686, 1690 et 1726, et interdit aux curés primitifs de cesser de payer les portions congrues, même sous prétexte d’abandon des dîmes aux bénéficiaires [54][54] Declaration du Roy…, 1731, p. 4.. Cette mesure sera réaffirmée en 1768, date à laquelle la portion congrue des curés et des vicaires perpétuels est portée à 500 livres – 200 livres pour celle des simples vicaires amovibles – moyennant l’abandon de toutes prétentions sur les dîmes, même novales. À l’évidence plus favorable aux desservants qu’aux gros décimateurs, le pouvoir royal impose en outre à ces derniers la fourniture des livres, des ornements et des vases sacrés, ainsi que les réparations du chœur et du transept des églises des paroisses dont leur revient la collation [55][55] Edit du Roi…, 1768, p. 2-3.. Cette réglementation plus stricte entraîne d’autant moins de conflits que les curés nommés par l’abbaye, comme 257 des quelque 800 curés du diocèse de Clermont, s’y conforment rapidement, à l’image du curé de Marcillat, qui opte pour sa congrue de 500 livres et le signifie au prieur de la paroisse dès le 6 décembre 1768 [56][56] Welter, 1946b, p. 16 ; Arch. dép. Puy-de-Dôme, 6 F.... L’augmentation des congrues à 700 livres pour les curés et 350 livres pour les vicaires, décrétée en 1786 en raison de « la cherté progressive de tous les objets nécessaires à une honnête subsistance », semble avoir été elle aussi correctement appliquée à Menat [57][57] Citation de la Déclaration du Roi…, 1786, p. 1-3.. Le 17 janvier 1790 en effet, le vicaire de Teilhet atteste avoir reçu une portion congrue de 350 livres des mains du fondé de procuration de l’abbé Pierre-Antoine de Sartiges [58][58] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 7, pièce 43..

Charité et assistance, facteurs de rayonnement auprès des populations

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Présenter des candidats à un certain nombre de cures ne permet qu’indirectement à la communauté de peser sur la vie religieuse des campagnes environnantes, et il faut chercher ailleurs pour la voir prendre plus activement part à l’encadrement des fidèles. C’est d’abord le cas au travers de la pratique de la charité et de l’assistance. Peut-être y aurait-il quelque anachronisme à y voir une bienfaisance désintéressée, notion véhiculée tardivement par l’esprit des Lumières, et l’on devrait plus fondamentalement relier ces œuvres à la question de la destination des biens d’Église, car si les dîmes, oblations et autres offrandes perçues par les ecclésiastiques sur leurs paroisses, ont pour vocation première d’assurer leur subsistance et leur entretien, le droit canon stipule qu’une partie de ces revenus doit être redistribuée sous la forme de secours aux nécessiteux [59][59] Durand de Maillane, 1770, vol. 1, p. 238-241, 306-314,.... La population locale, durement touchée par la misère tout au long d’un xviiie siècle auvergnat marqué par de nombreuses et sévères crises de subsistance, s’embarrasse peu de telles subtilités et se contente de profiter des libéralités de la communauté, car en 1753, le pouvoir royal lève 612 livres de taille sur 91 feux, et en 1770, le curé de la paroisse déplore que « les laboureurs, artisans, manants [soient] entièrement écrasés d’impôts et de dettes, crèvent de faim, manquant la plupart de bestiaux » [60][60] Sur les crises de subsistance : Poitrineau, 1979, ....

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Nombreux sont ceux qui s’expatrient chaque hiver en Limousin, d’où ils ne reviennent qu’au printemps suivant, et l’on recense alors près de 300 mendiants parcourant le bourg de Menat, le nombre des « pauvres honteux » surpassant même « de beaucoup celui des connus » [61][61] Cité par Manry, 1991, p. 252-253.. Ainsi, en 1789, à un moment pourtant éminemment propice à la cristallisation des tensions entre communautés religieuses et petit peuple rural, les habitants, « privés de tous les secours qui contribuaient à [leur] subsistance », se plaignent dans leur cahier de doléances de la disparition des religieux clunisiens, dont le « tendre cœur se sentait émouvoir à la vue de l’humanité souffrante ». Mais peut-être les villageois se montrent-ils plus amers encore lorsqu’ils évoquent le départ de l’abbé Pierre-Antoine de Sartiges :

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« Il nous accueillit tous avec tendresse, répandit beaucoup de charités et par ce moyen soulagea une grande partie des malheureux de sa terre, nous consola de la perte irréparable de nos religieux, nous promit que si toutefois il habitait son abbaye il tâcherait de secourir les malheureux […]. L’illusion remplaça le bonheur attendu. Le départ de ce digne abbé nous jetta dans la consternation. […] Nous nous voyons privés d’une abondance de grâces que son cœur généreux aurait répandu sur nous s’il consommait dans son abbaye un revenu d’environ quinze mille livres […] dont nous sommes privés par son absence […] » [62][62] Rechapt, 1929, p. 59, 153-154..

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Le phénomène, qui s’observe également à Mozac où l’on décide le 25 juillet 1790 « a l’unanimité des souffrages qu’il falloit incéssemment suppliée l’assemblée nationale a l’effet d’obtenir que ladite maison fût conservée », confirme que les cahiers de doléances du Tiers-État, rappelant souvent que les ensembles abbatiaux contribuent à l’équilibre économique de bon nombre de terroirs, ne manifestent pas dans l’ensemble de véritable agressivité envers les réguliers, bien que l’on stigmatise en Haute-Normandie leur « oisiveté scandaleuse » et qu’on les déclare « nuisibles à la religion » [63][63] Arch. nat., dxix/13, dossier 181 ; Plongeron, 1995,.... Peut-être est-ce finalement dans les contrées où l’emprise des communautés rentées est la moins forte que les critiques envers leur fortune sont les plus sévères, critiques presque toujours soufflées par les classes sociales les plus élevées des populations locales [64][64] Dinet, 1999a, vol. 1, p. 283.. La présence d’une communauté clunisienne, il est vrai, assure aux populations environnantes quelques contreparties : là où les Mendiants quêtent, les Bénédictins redistribuent, comme à Menat où l’abbaye ne se contente pas de peser sur le sol qu’elle possède et sur ses occupants.

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C’est au religieux titulaire de l’office claustral d’aumônier qu’incombent les obligations de charité et d’assistance, conformément à une tradition réaffirmée en 1608 :

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« Monsieur l’aulmosnier doibt donner du pain aulx pauvres tous les jours de l’annee jusques a la quantite d’une quarte bled. Doibt oultre ce l’aulmosne generalle de pain et de lard le dimanche de Quaresme precedant. Plus doibt l’aulmosne generalle a la my Caresme de pain bland soigle […] » [65][65] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 2..

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À la différence d’autres régions et d’autres établissements clunisiens où il arrive que cette obligation fondamentale soit négligée, comme à La Charité-sur-Loire suite à la cohabitation désastreuse des deux observances imposée par la réforme de l’Ordre de Cluny dans la première moitié du xviie siècle, l’aumône est unanimement pratiquée par les communautés clunisiennes auvergnates, sous des formes réglées par des coutumes propres à chaque maison [66][66] Sur la situation en Bourgogne : Dinet, 1988, p. 20.... À Sauxillanges, l’usage a instauré des distributions de vêtements à Pâques et à Noël, et à Mozac, les moines procèdent à des distributions de vivres et de secours par un guichet du monastère, symboliquement appelé « la Donne » [67][67] Welter, 1956, p. 13 ; Gomis, 1992, p. 71.. À Menat, hormis quelques dons extraordinaires – dès 1637, les religieux ne peuvent plus s’absenter plus de trois ou quatre jours de l’abbaye « sur la payne […] de suspante de leur prebande, et laquelle sera despenssee au pauvres necessiteux de ce lieu » –, il s’agit essentiellement de distributions de nourriture : aumônes de grains quatre fois par semaine et, à quatre reprises dans l’année, distributions de pain, de vin et de lard [68][68] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 3.. Une association de prières conclue en 1224 entre Étienne II, abbé d’Ébreuil, et Guillaume, abbé de Menat, enjoint en outre aux religieux de ces deux abbayes de distribuer aux pauvres, 30 jours durant, la ration quotidienne des religieux décédés [69][69] Bidet, 1975, p. 81..

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Comme le constatait au moins d’août 1686 un visiteur provincial de l’Ordre de Cluny, les quantités d’une quarte de blé distribuée pour les aumônes journalières et de douze setiers employés aux quatre aumônes générales n’ont guère connu de variations tout au long du xviie siècle [70][70] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 8, pièce 5.. Il faut attendre les suites du catastrophique hiver de 1709 pour que l’aumônier éprouve de sérieuses difficultés à s’acquitter des obligations de son office, et se voie accorder par la hiérarchie clunisienne un allègement temporaire de sa charge. En attendant des jours meilleurs, l’aumônier distribuera :

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« Tous les dimanches, mardys, jeudys, et vendredys de chacques semaines a l’heure et a la maniere accoutumée une demy carte de bled faisant en tout une mine de bled par semaine, et qu’il fera en outre les quatres aumones generalles de douze setiers chacque annee » [71][71] Ibid., 4 H 1, liasse 8, pièce 2..

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Si le volume des aumônes journalières chute ainsi de sept à deux quartes hebdomadaires, alors que les aumônes générales sont trop rares pour être diminuées, il semble que les choses soient assez rapidement revenues à la normale et que cette diminution temporaire des secours n’ait pas marqué les esprits. Interrogés à ce sujet au mois d’août 1714 par le procureur d’office de la châtellenie de Menat, les habitants :

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« Luy dirent que de tems immemorial, l’aumosnier de Menat avoit satisfait aux aumosnes generales, et qu’il etoit d’usage qu’il employa journellement une quarte de bled pour soulager les pauvres » [72][72] Ibid., 2 G 89..

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Ces secours ne se limitent d’ailleurs pas à l’entourage immédiat de la communauté, puisque les habitants d’autres paroisses plus lointaines dépendant de l’abbaye profitent eux aussi des libéralités des moines, comme les pauvres de la paroisse de Cellule pour lesquels la communauté fonde le 3 avril 1781 une rente annuelle de 102 livres [73][73] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 6, liasse 38, pièce 35. La démarche n’était, il est vrai, pas totalement désintéressée, car c’était alors le seul moyen pour les religieux, embourbés dans une procédure délicate et coûteuse, de convaincre le curé et les marguilliers de la paroisse de Cellule de leur avancer 2 050 livres dont ils avaient grand besoin. Plus fréquemment, les voyageurs sont assurés de recevoir une modeste somme d’argent, tel ce « gentilhomme irlandois », qui reçoit 1 livre et 4 sols le 27 mai 1737, ou cet « ecclesiastique etranger » à qui l’on donne 12 sols le 7 avril 1738. Le 27 mai 1738, c’est un « gentilhomme etranger » qui reçoit 1 livre et 10 sols [74][74] Ibid., 4 H 6, liasse 37, pièce 2..

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Si l’aumône est une activité unanimement pratiquée par les communautés clunisiennes auvergnates, l’assistance des malades leur est moins familière, comme en Bourgogne et en Champagne où les ordres anciens n’y participent guère pendant les xviie et xviiie siècles, laissant la place aux congrégations séculières dont c’est la vocation première [75][75] Dinet, 1999a, vol. 2, p. 726.. Pourtant, cette pratique n’est pas totalement étrangère aux religieux de l’abbaye de Menat. Ceux-ci ne prodiguent jamais eux-mêmes de soins, mais l’aumônier doit en vertu d’une assemblée capitulaire de 1608 :

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« Entretenir l’ostel Dieu de ce bourgt de Menat de lits et aultre chose necessaire, et donner l’aulmosne aulx pauvres ladres passans et pauvres mallades de pain et vin sellon leur necessite » [76][76] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 2..

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De surcroît, quelques décennies plus tard, en 1677, une demi-prébende est fournie par l’abbé à l’hôpital [77][77] Ibid., 4 H 2, liasse 13, pièce 1.. Cette participation au fonctionnement des infrastructures d’assistance ne se retrouve qu’à Mozac, où la communauté clunisienne fournit des quantités variables de seigle et de vin à l’Hôtel-Dieu de Riom dès sa mise en place en 1658 [78][78] Gomis, 1993, vol. 1, p. 71.. Une fois encore, les habitants du bourg de Menat ne sont pas seuls à en tirer profit, car les pauvres et les malades des paroisses environnantes disposent, au moins jusqu’à la fin du xviie siècle, d’une structure d’accueil supplémentaire mise en place par l’abbaye : la « maladrerie de Rossignol », située non loin de Menat. Dès 1608, l’aumônier est chargé de « livrer et paier la prebande du pauvre ladre », et, dans les années 1670, l’abbé de Menat est tenu de fournir aux ladres une demi-prébende, soit 8 setiers de seigle, 5 poinçons de vin, 19 livres de pois et de fèves, une coupe de sel et 4 livres en argent [79][79] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 2 ;.... Cet établissement finit néanmoins par être rattaché en 1675 à l’ancien Hôtel-Dieu de Gannat, transformé en hôpital général par lettres patentes du roi. S’ensuit un long conflit entre l’abbé Jacques d’Aubusson et l’hôpital, mais en 1696, les biens de la maladrerie sont toujours unis à Gannat. Après une première condamnation prononcée par le siège présidial de Riom contre l’abbé d’Aubusson, Jean-François d’Harcourt d’Ollondes intente au début du xviiie siècle une nouvelle procédure, sans plus de succès [80][80] Vannaire, 1892, p. 426-428.. Les aumônes et l’assistance des malades contribuent sans nul doute à créer un lien privilégié entre la communauté et son entourage, dont témoignent les lamentations de 1789 ; mais les religieux répondent aussi à d’autres attentes des fidèles.

Salut et intercession

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De façon plus concrète, les religieux restent les interlocuteurs privilégiés de la dévotion des fidèles, bien que la documentation disponible rende délicate la mesure exacte de leur action en la matière. Tout d’abord, les anciennes abbayes bénédictines abritent généralement des reliques, et Menat, qui n’a pas eu à souffrir de l’iconoclasme huguenot, n’échappe pas à la règle. On y trouve ainsi des reliques de saints associés à l’histoire primitive du monastère – saint Ménélée, saint Savinien et saint Médulphe –, mais aussi de saint Martin, auquel saint Ménélée dédia l’abbatiale à la fin du viie siècle, et de bien d’autres encore. L’authenticité de ce trésor, plutôt modeste, est évidemment sujette à caution, qu’il s’agisse de ce calice « que par tradition on dit estre celuy dans le quel nostre seigneur fit la Cene a ses disciples avant le jour de sa Passion », ou de ce morceau de bois « de la vraye croix de nostre Seigneur Jesus Christ » [81][81] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 8, pièce 5 ;.... Il n’en est pas moins régulièrement inventorié par les visiteurs provinciaux de l’Ordre de Cluny et exposé dans de précieux reliquaires, destinés à le rendre visible tout en le protégeant.

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Si l’attention est si grande, c’est que le culte des reliques a été réaffirmé et encouragé par le décret sur l’invocation et la vénération des reliques et des images, promulgué lors de la xxve session du concile de Trente ; et les populations y sont particulièrement attachées [82][82] Sur le concile de Trente : Michel, 1938, p. 593.. Au début du xviiie siècle, sans que l’on trouve trace de translations rassemblant des foules considérables comme en Bourgogne et en Champagne, une partie des ossements de saint Ménélée et de saint Savinien est ainsi exposée chaque année à la demande du marquis de Torcy, ministre et secrétaire d’État, jusque dans l’église paroissiale de Précigné, au diocèse d’Angers, où ces deux abbés de Menat seraient nés au viie siècle [83][83] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 8, pièce 2. Pour....

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Les demandes d’inhumation dans l’abbatiale et les fondations pieuses constituent assurément l’indicateur le plus fiable du succès remporté ou non par la communauté auprès des fidèles qui l’entourent. La documentation restant particulièrement discrète au sujet de cette « économie du salut », il est exclu de procéder à la moindre statistique sur la question et, en conséquence, d’être catégorique, mais il semble que ces pratiques aient été, selon les époques, le fait de groupes sociaux différents. À l’extrême fin du xvie siècle et au début du siècle suivant, il s’agit manifestement d’un phénomène réservé à la vieille noblesse rurale locale et, par voie de conséquence, à l’entourage familial des religieux. Ainsi, au mois de mars 1593, la mère de l’abbé Guy d’Anglard, épouse du seigneur du Quartier, demande à être ensevelie dans le chœur de l’église abbatiale, en présence du plus grand nombre de religieux possible, et en 1632, c’est Gilbert de Chouvigny, baron de Blot, dont le jeune fils Jacques prendra l’habit à Menat le 10 janvier 1637, qui demande à être enterré sous les dalles de la chapelle du Rosaire, où se trouve le tombeau familial de la maison de Blot [84][84] Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 4, liasse 24, pièce 5 ;.... Le baron fonde en outre quatre messes d’obit à perpétuité contre une rente annuelle de 7 livres et 10 sols, que son épouse commue après sa mort – survenue au mois de décembre 1632 – en deux services généraux : le premier sera célébré chaque 12 décembre à vigiles, et le second « au jour de la quarantaine, qui sera le premier dimanche de febvrier » [85][85] Ibid., 4 H 4, liasse 24, pièce 2..

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Dès le milieu du xviie siècle et jusqu’à la Révolution de 1789, ce sont désormais les partenaires privilégiés de la communauté, notaires et chirurgiens – c’est-à-dire des roturiers –, qui accèdent à ces services rendus par les religieux, trouvant ainsi les intercesseurs nécessaires à leur salut. Un notaire local, décédé au château abbatial dans la nuit du 21 au 22 avril 1763, est ainsi inhumé le lendemain entre les chapelles du Saint-Calice et de Sainte-Anne par toute la communauté, en présence de la plupart des habitants du bourg [86][86] Ibid., 4 H 1, liasse 5, pièce 6 ; et 6 E 223/1.. À la même époque, l’épouse d’un chirurgien-juré du bourg émet le souhait d’être enterrée sous les dalles de l’église conventuelle et réclame trois messes hautes pour le salut de son âme. Cette nouvelle tendance n’est pas sans entraîner quelques différends avec les membres du clergé paroissial, qui n’hésitent pas, à l’occasion, à revendiquer devant la justice le droit exclusif d’enterrer leurs paroissiens. La progressive raréfaction des demandes d’inhumation et des fondations de messes au cours du xviiie siècle marque-t-elle une désaffection profonde manifestée par les fidèles à l’encontre de la communauté ? Il est difficile d’en juger, et encore plus d’y voir un signe de déchristianisation, dans la mesure où le nombre de ces fondations pieuses semble avoir toujours été relativement faible. De surcroît, quelques cas sont encore repérables au début des années 1760. Ainsi l’alourdissement de la fiscalité royale après 1749 a-t-il pu influer de façon non négligeable sur le nombre et sur la fréquence de ces demandes. Dès cette date en effet, aucune fondation n’échappe plus aux droits d’amortissement, avant qu’une déclaration royale de 1776 n’interdise définitivement les inhumations dans les églises paroissiales et conventuelles [87][87] Viguerie, 1976, p. 318-319..

44

*

45

Tout au long des xviie et xviiie siècles, la communauté clunisienne de Menat a pris part à la vie religieuse des campagnes environnantes. Bien que son action dans ce domaine demeure délicate à mesurer avec exactitude, elle semble ne s’être pas contentée d’exercer un simple droit de collation aux cures dépendant de l’abbaye. Même si son rôle direct dans la cura animarum est resté marginal, elle a toujours joué un rôle d’interlocuteur de la dévotion des fidèles. Au travers du culte des reliques, tout d’abord ; mais certains d’entre eux ont également été convaincus de trouver sous les dalles de l’abbatiale un chemin point trop semé d’embûches vers l’Au-delà. Toutefois, si les clunisiens de Menat ont occupé une place non négligeable dans la vie de leur région depuis le début du xviie siècle et jusqu’à la fin du siècle suivant, leur participation à sa vie religieuse est restée plutôt discrète en regard du rôle économique et social très concret qu’ils y ont assumé. Ils possèdent en effet le sol d’un monde qu’ils ont cherché à fuir, et en tirent les revenus nécessaires à leur subsistance ; un sol dont la mise en valeur revient aux classes inférieures de la population rurale, avec lesquelles ils tissent des rapports ambigus. Rapports de dominant à dominé tout d’abord, par l’exercice de prérogatives seigneuriales parfois durement ressenties par les populations environnantes ; mais rapports de collaboration aussi, puisque les religieux, non contents d’entretenir des relations privilégiées avec des individus qu’ils contribuent à enrichir, offrent du travail à bon nombre de journaliers et de petits laboureurs, tout en soulageant par leurs secours les pauvres et les malades. Voilà, à l’évidence, matière à relativiser la portée de cetains jugements hâtifs sur leur inutilité.


Bibliographie

  • Sources imprimées

    • Charvin, dom Gaston (éd.), Statuts, chapitres généraux et visites de l’Ordre de Cluny, t. 9, 1747-1790, Paris, Éditions de Boccard, 1979, 363 p.
    • Déclaration du Roi, concernant les portions congrues, donnée à Versailles le 2 septembre 1786, Clermont-Ferrand, Imprimerie Delcros, 1786, 8 p.
    • Declaration du Roy, servant de reglement general entre les curez primitifs et les curez-vicaires perpetuels, donnée à Marly le 15 janvier 1731, Paris, Imprimerie Girard, 1731, 4 p.
    • Édit du Roi, concernant les portions congrues, donné à Versailles au mois de mai 1768, Clermont-Ferrand, Imprimerie Boutaudon, 1768, 4 p.
    • Durand de Maillane, Pierre-Toussaint, Dictionnaire de droit canonique et de pratique bénéficiale, Lyon, Imprimerie Duplain, 1770, 4 vol.
    • Michel, Albert, Histoire des conciles d’après les documents originaux, t. 10, Les décrets du concile de Trente, Paris, Letouzey et Ané, 1938, 641 p.
    • Saugrain, Claude-Marin, Dénombrement du royaume par generalitez, elections, paroisses et feux, Paris, s.n., 1709, 2 vol. ;
      —, Nouveau dénombrement du royaume par generalitez, elections, paroisses et feux, Paris, s.n., 1720, 2 vol.
  • Bibliographie

    • Aubaile, Pierre, Les Moines de l’abbaye de Sept-Fons (1664-1789), ter de Maîtrise sous la dir. de Bernard Dompnier, Université Blaise-Pascal - Clermont-Ferrand ii, 2001, 213 p.
    • Bidet, Charles, D’Ébreuil à Châteauneuf. La vallée de la Sioule, Ébreuil et son abbaye, Clermont-Ferrand, Imprimerie de Bussac, 1975, 150 p.
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      —, Religion et société. Les réguliers et la vie régionale dans les diocèses d’Auxerre, Langres et Dijon (fin xvie - fin xviiie siècle), Paris, Publications de la Sorbonne, 1999a, 2 vol. ;
      —, « Les grands domaines ruraux des réguliers en France (1560-1790) : une relative stabilité ? », Revue Mabillon, n.s., t. 10 (= t. 71), 1999b, p. 257-269.
    • Ferrières, Madeleine, Histoire des peurs alimentaires. Du Moyen Âge à l’aube du xxe siècle, Paris, Éditions du Seuil, 2002, 472 p.
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    • Gomis, Stéphane, Les Ordres religieux masculins dans le diocèse de Clermont au xviiie siècle, Chamalières, Rameaux & Racines, 1993, 2 vol.
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    • Manry, André-Georges (dir.), Histoire des communes du Puy-de-Dôme, t. 2, Arrondissement de Riom, 2e éd., Roanne, Horvath, 1991, 479 p.
    • Maurin, Laurent, Les Abbayes de l’Angoumois de la fin du xvie siècle à la Révolution de 1789. Étude humaine, culturelle, architecturale, sociale et économique des abbayes médiévales dans une province du royaume de France à l’époque moderne, thèse de doctorat sous la dir. de Jacques Péret, Université de Poitiers, 1998, 3 vol.
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    • Plongeron, Bernard, Les Réguliers de Paris devant le serment constitutionnel. Sens et conséquences d’une option (1789-1801), Paris, Librairie philosophique Vrin, 1964, 488 p. ;
      —, « Religieux et religieuses à l’épreuve de la Révolution (xviie-début du xixe siècle). Mutations, ruptures, renouveaux », in Krumenacker, Yves (dir.), Religieux et religieuses à l’épreuve de la Révolution (1770-1820), t. 1, Décadence ou ferveur ?, Actes du colloque de la Faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon (15-17 septembre 1992), Lyon, Profac, 1995, p. 69-108.
    • Poitrineau, Abel, La Vie rurale en Basse-Auvergne au xviiie siècle (1726-1789), 2e éd., Marseille, Laffitte Reprints, 1979, 780 p.
    • Rechapt, Léon de, Histoire de Menat des origines à nos jours. L’abbaye, la commune, le canton ; leurs rapports avec l’Auvergne et la Combraille, Clermont-Ferrand, Imprimerie Raclot Frères, 1929, 252 p.
    • Vannaire, Antoine-Victor, « La maladrerie de Rossignol, près Menat », Revue d’Auvergne, t. 9, 1892, p. 426-429.
    • Venard, Marc, « La pratique des visites pastorales dans les paroisses sous juridiction monastique », in Lemaitre, Jean-Loup, Gonneau, Pierre, et Dimitriev, Michel (éd.), Moines et monastères dans les sociétés de rite grec et latin. Actes du colloque international de Paris (11-13 septembre 1995), Genève-Paris, Droz, 1996, p. 361-379.
    • Viguerie, Jean de, « Les fondations et la foi du peuple chrétien. Les fondations de messes en Anjou aux xviie et xviiie siècles », Revue historique, t. 256, n° 520, 1976, p. 289-320.
    • Welter, Louise, La Réforme ecclésiastique du diocèse de Clermont au xviie siècle, Paris, Letouzey & Ané, 1956, 284 p. ;
      —, « Les aliénations de biens ecclésiastiques en Auvergne, au xvie siècle », Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, t. 66, 1946a, p. 114-151 ;
      —, « Les portions congrues et la situation du bas clergé dans le diocèse de Clermont en 1789 », Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, t. 66, 1946b, p. 14-30.

Notes

[*]

Allocataire-moniteur en histoire moderne, Université Blaise-Pascal - Clermont-Ferrand II, ufr Lettres et Sciences Humaines, Département d’Histoire, 29 boulevard Gergovia, 63037 Clermont-Ferrand Cedex 01.

Courriel : <gregory. goudot@ wanadoo. fr>

[1]

Sur le nombre de feux : Saugrain, 1709, 1720.

[2]

Les deux « filles » auvergnates de Cluny, Souvigny et Sauxillanges, ont été durement touchées par les aliénations de 1563 : 36 personnes se sont portées acquéreurs pour les biens du prieuré de Souvigny, et Sauxillanges a vu lui échapper bon nombre de justices. 47 ventes ont par ailleurs été réalisées entre les mois d’août et d’octobre de cette même année sur les biens de l’abbaye de Mozac, située dans les faubourgs de la ville de Riom : Welter, 1946a, p. 121-123.

[3]

Poitrineau, 1979, p. 656.

[4]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 2, liasse 13, pièce 1 ; et 2 G 49, pièce 12.

[5]

Poitrineau, 1979, p. 656 ; Dinet, 1999b, p. 259-260.

[6]

Poitrineau, 1979, p. 656.

[7]

Gomis, 1993, vol. 1, p. 17, et vol. 2, p. 31.

[8]

Pour la Haute-Normandie : Lemarchand, 1965, p. 3.

[9]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 2, liasse 13, pièce 1.

[10]

Poitrineau, 1979, p. 351.

[11]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 8, pièce 5 ; et 4 H 1, liasse 3, pièce 42. Le concordat conclu le 5 décembre 1675 entre l’abbé commendataire Jacques d’Aubusson et ses religieux, avec l’approbation du Grand Conseil, avait partagé les biens et les revenus de l’abbaye en trois lots théoriquement égaux : le premier, dénommé « mense conventuelle », avait été attribué aux religieux, permettant à la communauté de subvenir quoi qu’il advienne à ses besoins primaires ; les deux autres tiers, respectivement dénommés « mense abbatiale » et « tiers-lot », avaient été octroyés à l’abbé, le tiers-lot étant en principe destiné au paiement des seules charges de l’abbaye (portions congrues, réparations des bâtiments) : Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 4. De semblables partages se retrouvent en diverses régions du royaume de France dès les premières décennies du xviie siècle, comme en Haute-Normandie : Lemarchand, 1965, p. 6-7, en Angoumois : Maurin, 1998, vol. 1, p. 325 ; ainsi qu’en Bourgogne et en Champagne : Dinet, 1999a, vol. 2, p. 465-470.

[12]

Lemarchand, 1965, p. 3.

[13]

Maurin, 1998, vol. 1, p. 95 ; Arch. dép. Puy-de-Dôme, 2 G 49, pièce 12.

[14]

Ibid., 4 H 2, liasse 13, pièce 1 ; et 2 G 49, pièce 12.

[15]

Lemarchand, 1965, p. 10-11 ; Maurin, 1998, vol. 2, p. 429.

[16]

Dinet, 1999a, vol. 1, p. 401. En prenant pour unité de base l’arpent des Eaux-et-Forêts, composé de 100 perches de 22 pieds2, ces 45 000 arpents représenteraient 22 959 ha de bois.

[17]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 2, liasse 13, pièce 1.

[18]

Ibid., 2 G 49, pièce 12 ; Rechapt, 1929, p. 64.

[19]

Lemarchand, 1965, p. 10.

[20]

Rechapt, 1929, p. 64 ; Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 5, liasse 34, pièce 9 et 4 H 2, liasse 13, pièce 1.

[21]

Aubaile, 2001, p. 37-39.

[22]

Il aurait fallu, pour pouvoir être catégorique, procéder à l’analyse sérielle de l’intégralité des procédures recensées. Je reconnais avoir renoncé devant l’ampleur de la tâche.

[23]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 5 E 55/527.

[24]

Les données relatives aux origines géographiques, sociales et familiales des religieux ont été récoltées dans les actes de vêtures et de professions conservés dans le fonds de l’abbaye (Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1-9) et dans les archives notariales de Menat (ibid., 5 E 55/67, 69, 77, 106, 109, 128, 146 et 154). De nombreuses informations ont également été fournies par les insinuations ecclésiastiques, dont le dépouillement par l’abbé Adrien Adam a donné lieu à la constitution d’un précieux fichier nominatif (ibid., 6 F 11-111).

[25]

La suprématie de l’élite sociale dans l’effectif global de la communauté aux xviie et xviiie siècles est écrasante, avec 55,9 % de religieux issus de la noblesse. Cela correspond globalement à la sociologie du recrutement des monastères de Bénédictines du diocèse de Clermont à la même époque, où les choristes d’origine noble étaient représentées à hauteur de 47,8 % : Gautheron, 1999, p. 57.

[26]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 6, liasse 37, pièce 2.

[27]

Pour les vendangeurs champenois et bourguignons : Dinet, 1999a, vol. 2, p. 444.

[28]

Ferrières, 2002, p. 153.

[29]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 6, liasse 37, pièce 2.

[30]

Ibid., 5 E 74/13.

[31]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 5 E 55/535.

[32]

Ibid., 4 H 6, liasse 37, pièce 2.

[33]

Dinet, 1999a, vol. 1, p. 410.

[34]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 5, liasse 35, pièce 16.

[35]

Gomot, 1872, p. 76.

[36]

Charvin, 1979, p. 153.

[37]

Pinquier, 2000, p. 20.

[38]

Ibid., p. 126-127.

[39]

Ibid., p. 22.

[40]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 9, liasse 56, pièce 11.

[41]

Dinet, 1999a, vol. 2, p. 665, 669-670.

[42]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 1 G 1506 ; bmiu Clermont-Ferrand, ms. 672, f° 96.

[43]

Aux 32 cures matérialisées sur la carte, il faut en ajouter « quatre ou cinq autres au diocese de Clermon et en celuy de Rodese », que le dénombrement de 1677 n’identifie pas précisément, ainsi que cinq paroisses situées dans le diocèse de Bourges, dont le fond de carte ne permettait pas la localisation, comme Saint-Sulpice de Polier, supprimée en 1802 et située aujourd’hui sur la petite commune de Villebret, à quelques encablures de Montluçon.

[44]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 2, liasse 13, pièce 1.

[45]

Plongeron, 1964, p. 147.

[46]

Venard, 1996, p. 361-379.

[47]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 6 F 86.

[48]

Poitrineau, 1979, p. 351.

[49]

Plongeron, 1995, p. 88.

[50]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 2.

[51]

Ibid., 5 E 55/107.

[52]

Ibid., 5 E 55/121.

[53]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 5 E 55/75.

[54]

Declaration du Roy…, 1731, p. 4.

[55]

Edit du Roi…, 1768, p. 2-3.

[56]

Welter, 1946b, p. 16 ; Arch. dép. Puy-de-Dôme, 6 F 69.

[57]

Citation de la Déclaration du Roi…, 1786, p. 1-3.

[58]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 7, pièce 43.

[59]

Durand de Maillane, 1770, vol. 1, p. 238-241, 306-314, 315, 320 ; vol. 2, p. 187-214 ; vol. 3, p. 428-436.

[60]

Sur les crises de subsistance : Poitrineau, 1979, p. 92.

[61]

Cité par Manry, 1991, p. 252-253.

[62]

Rechapt, 1929, p. 59, 153-154.

[63]

Arch. nat., dxix/13, dossier 181 ; Plongeron, 1995, p. 88 ; Lemarchand, 1965, p. 1.

[64]

Dinet, 1999a, vol. 1, p. 283.

[65]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 2.

[66]

Sur la situation en Bourgogne : Dinet, 1988, p. 201.

[67]

Welter, 1956, p. 13 ; Gomis, 1992, p. 71.

[68]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 3.

[69]

Bidet, 1975, p. 81.

[70]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 8, pièce 5.

[71]

Ibid., 4 H 1, liasse 8, pièce 2.

[72]

Ibid., 2 G 89.

[73]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 6, liasse 38, pièce 35.

[74]

Ibid., 4 H 6, liasse 37, pièce 2.

[75]

Dinet, 1999a, vol. 2, p. 726.

[76]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 2.

[77]

Ibid., 4 H 2, liasse 13, pièce 1.

[78]

Gomis, 1993, vol. 1, p. 71.

[79]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 3, pièce 2 ; et 4 H 2, liasse 13, pièce 1.

[80]

Vannaire, 1892, p. 426-428.

[81]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 8, pièce 5 ; et 4 H 1, liasse 8, pièce 2.

[82]

Sur le concile de Trente : Michel, 1938, p. 593.

[83]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 1, liasse 8, pièce 2. Pour la Bourgogne et la Champagne : Dinet, 1999a, vol. 2, p. 760-761.

[84]

Arch. dép. Puy-de-Dôme, 4 H 4, liasse 24, pièce 5 ; et 5 E 55/67.

[85]

Ibid., 4 H 4, liasse 24, pièce 2.

[86]

Ibid., 4 H 1, liasse 5, pièce 6 ; et 6 E 223/1.

[87]

Viguerie, 1976, p. 318-319.

Résumé

Français

Du lendemain des guerres de Religion à la Révolution française, Menat, abbaye clunisienne depuis 1107, règne sur la vallée de la Sioule, au nord-ouest du diocèse de Clermont. Les religieux, propriétaires terriens, tissent des liens multiples et complexes avec leur entourage en levant des droits seigneuriaux, en fournissant du travail au petit peuple rural et en côtoyant quotidiennement les notaires, marchands et chirurgiens. Bien qu’ils ne participent qu’indirectement à l’encadrement des fidèles, les moines jouent un rôle moteur dans la vie religieuse grâce à la mise en place du clergé paroissial, à la pratique de la charité et de l’assistance et à leur rôle d’intercesseurs. Cette communauté monastique auvergnate constitue, jusqu’à sa suppression sous la Révolution, un rouage essentiel des structures économiques, sociales et religieuses d’un terroir français d’Ancien Régime.

Mots-clés

  • abbaye de Menat
  • Auvergne
  • Bénédictins
  • campagnes
  • catholicisme
  • christianisme
  • clergé
  • Combraille
  • diocèse de Clermont-Ferrand
  • monachisme
  • ordre de Cluny
  • vie rurale

English

From the end of the Wars of Religion to the French Revolution, Menat, a Clunisian abbey dating back to 1107, ruled over the Sioule valley, in the northwest region of the Clermont diocese. The monks were large landholders and developed a diversified and complex set of links with their neighbors ; they received seignorial rights, provided work to the rural poor, and were in daily contact with notaries public, merchants and surgeons. While they did not directly manage the religious life of the faithful, they did constitute a motive force in it through their setting up a parish clergy, providing alms and social services, and playing a role of intercessors. Down to the French Revolution, this monastic community of Auvergne constituted a key element of the economic, social and religious life of a local French territory under the Old Regime.

Keywords

  • Auvergne
  • Benedictines
  • Catholicism
  • Christianity
  • clergy
  • Cluny order
  • Combraille
  • countryside
  • Diocese of Clermont-Ferrand
  • Menat abbey
  • Monasticism
  • rural life

Plan de l'article

  1. Communauté clunisienne et vie socio-économique d’un terroir
    1. Autour du temporel
    2. La communauté et sa mouvance laïque
  2. Monachisme clunisien et vie religieuse
    1. L’abbaye et le système paroissial
    2. Charité et assistance, facteurs de rayonnement auprès des populations
    3. Salut et intercession

Pour citer cet article

Goudot Grégory, « Monachisme clunisien et vie rurale sous l'Ancien Régime. Le cas auvergnat de Menat aux xviie et xviiie siècles », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2006 (Vol. 25), p. 9-35.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2006-1-page-9.htm


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