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Histoire & Sociétés Rurales

2006/2 (Vol. 26)


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Le cercle vertueux de la théorie agronomique de ce qui a été appelé tardivement la « révolution agricole » est fondé sur l’introduction des prairies artificielles et des plantes sarclées à la place des jachères, considérées comme improductives [1][1] Sigaut, 1998, pour un aperçu rapide des doctrines agronomiques.... Ces nouvelles plantes fourragères sont censées permettre une augmentation du bétail – tout au moins une meilleure alimentation –, et corrélativement une meilleure fumure des terres. Pour mettre en évidence les changements – quel a été l’impact de ces cultures chez les agriculteurs ? –, j’ai comparé la situation d’une même région – le canton de Marolles-les-Braults dans la Sarthe – à deux époques différentes en m’efforçant de poser cet « autre regard » dont parle Jean-Marc Moriceau [2][2] Moriceau, 2002, p. 42-51.. Situé au nord-est du département, ce canton présente des caractéristiques qui se prêtent bien à cet exercice entre la fin du xviie siècle (ou 1690) et la monarchie de Juillet (ou 1836).

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Notre canton est purement agricole. Il n’a jamais subi d’influence significative des centres de production proto-industrielle des fabriques de toile de Mamers et de Fresnay-Alençon ni des petites fabriques d’étamines de Beaumont-le-Vicomte et de Ballon. Les métiers à tisser, dédiés majoritairement à une production artisanale à usage local, n’ont jamais dépassé une centaine d’unités, en dehors de quelques dizaines liés à la fabrique de Mamers dans les communes situées au nord du canton. En outre, ce canton a toujours eu la réputation d’être le meilleur du Haut-Maine, réputation corroborée par le premier rang départemental qu’il tient dans les évaluations du revenu à l’hectare des propriétés foncières tout au long du xixe siècle et pour les taux d’imposition connus du xviie au xixe siècle [3][3] Les documents des « Nouvelles évaluations des revenus.... En matière agricole, il s’agit d’un canton intermédiaire entre les régions « de grande culture » du Bassin parisien et les régions « d’élevage » du Grand Ouest, à deux moments où un maximum de population a été atteint. Considéré localement comme un grenier à blé, il est aussi réputé pour l’élevage. Les années 1685-1690 marquent un maximum de population, avec une densité de 60 habitants au km2 ; cette densité ne sera plus atteinte avant le début des années 1760, suivies d’une augmentation constante jusqu’au maximum démographique. La fin de la Restauration et les débuts de la monarchie de Juillet voient le maximum démographique avec 95 habitants par km2 au dénombrement de 1831. Sous le Second Empire, l’agriculture de nombreuses régions françaises a progressé : tel est aussi le cas ici.

Les sources utilisées

Les sources administratives et documentaires

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La bibliographique est limitée et l’étude s’appuie sur des documents d’archives et des publications officielles [4][4] On trouve quelques références dans l’ouvrage de Paul.... Mais nous bénéficions de deux descriptions du département sous la Restauration et la monarchie de Juillet : celle de Thomas Cauvin, dont les 5 volumes d’Essai Statistique ont été édités de 1827 à 1834 et celui de Jean-Rémy Pesche, dont le Dictionnaire en 6 volumes a été publié de 1829 à 1842 [5][5] Cauvin, 1992, pour le canton Marolles-les-Braults,....

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Le choix des périodes dépend aussi des documents. Pour 1690, nous disposons de minutes notariales abondantes que complètent des archives monastiques ou seigneuriales et deux États de la Généralité de Tours rédigés par les bureaux de l’Intendance [6][6] Manuscrit de Béchameil de Nointel vers 1690 (Bibliothèque.... Pour 1836, nous disposons du premier dénombrement moderne de la population (celui de 1836), de la première enquête statistique sur l’agriculture (celle de 1836-40) et du cadastre (établi en 1837 et 1838) [7][7] Dans le canton de Marolles, l’enquête a commencé à.... Pour les années 1860, nous avons deux recensements (ceux de 1861 et 1866), une autre enquête statistique sur l’agriculture (celle de 1862 [8][8] L’enquête agricole de 1852 n’est pas disponible pour...), une enquête agricole du ministère de l’Agriculture (celle de 1866 [9][9] Ministère de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux...) et une documentation administrative et statistique non négligeable. Et, bien sûr, durant tout le xixe siècle, nous pouvons utiliser les minutes des trois notaires du canton. Nous disposons enfin des renseignements livrés par les statistiques du Consulat et du Premier Empire dont certaines ont été conservées pour notre canton de référence. Ces données permettent d’évaluer la situation au début du xixe siècle et de brosser un cadre que ne contredit pas une incursion dans les minutes disponibles de 5 notaires. L’évolution agricole des deux premiers tiers du xixe siècle, soit trois générations, sera ainsi suivie sur un rythme trentenaire.

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Il n’est pas question d’entreprendre ici la critique détaillée des sources. Mais en ce qui concerne la « statistique », il ne s’agit que d’avis d’experts [10][10] Sur les problèmes de la statistique agricole et de.... Les seules véritables mesures sont l’arpentage et le cadastre et à la rigueur les mercuriales des marchés. En outre les nomenclatures traduisent la vision des élites de l’époque : prédominance de la notion de propriété sur celle d’exploitation agricole, oubli récurrent du méteil, répartition peu détaillée des animaux par genres et âges. La répartition du territoire entre ses différents usages est faite en fonction de ratios exprimés en fraction (le pourcentage n’est pas utilisé, on parle de « parties »). Et donc les surfaces absolues des cultures dépendent de la bonne mesure du territoire total qui est plus qu’approximative avant l’établissement du cadastre. Les dénombrements d’animaux sont sujets à caution et semblent obéir eux aussi pour une part à des ratios d’experts. Les seuls progrès notables sont l’établissement de règles générales pour le dénombrement de la population avec l’obligation des listes nominatives faite à partir du dénombrement de 1836 et un essai de recensement par propriétaire et exploitation pour les cultures et les animaux lors de l’enquête agricole de 1892.

L’échantillon des exploitations

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Grâce aux minutes notariales il s’agit de retrouver les principales caractéristiques d’un nombre significatif d’exploitations agricoles aux deux époques retenues. Pour la fin du xviie siècle, j’ai donc repris l’échantillon constitué lors d’une étude précédente en le complétant par quelques inventaires de métairies supplémentaires et en ne retenant que les cas correspondant à la notion de « cultivateur », dominante au xixe siècle [11][11] Gautier, 1998, p. 116-158.. Les actes retenus se répartissent entre 1682 et 1712 avec juin 1693 pour médiane. Pour 1836, j’ai relevé tous les inventaires après décès ou les ventes de meubles des « cultivateurs » ou « propriétaires cultivateurs » ou « aubergistes cultivateurs » ou « marchands cultivateurs » chez les trois notaires du canton de 1834 à 1838 avec quelques compléments sur l’année 1839. Entre ces deux périodes, j’ai pratiqué un sondage dans les minutes notariales consultables pour les années 1805 à 1807 (sous la dénomination de 1806) en retenant les « bordagers », les « cultivateurs » et les « métairies ». Les inventaires sont très majoritaires et les ventes de meubles subsistantes suivent le plus souvent un inventaire. On observe une distinction très nette entre les ventes « générales » qui prennent tous les objets en compte et les ventes « volontaires » qui restent partielles.

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Un autre sondage a été fait pour les années 1865 à 1867 (sous la dénomination de 1866) en retenant les moyennes et grandes exploitations présentes chez les trois notaires de l’époque. Parmi les ventes mobilières alors très nombreuses, certaines ont dû être éliminées car elles apparaissaient trop partielles. De fait, les ventes mobilières correspondent à des situations différentes : elles peuvent suivre de près l’inventaire et permettent de le préciser, parfois de le compléter. Mais très souvent elles correspondent à une fin de bail et ont lieu en mars ou avril. Dans cette circonstance, il faut considérer trois cas : une fin d’activité où la vente du capital d’exploitation peut être considérée comme complète, un repli sur une exploitation plus petite où la cession du capital d’exploitation est le plus souvent presque entière (le vendeur reconstitue ce capital avec ce qui lui reste du produit de la vente une fois les dettes payées) et le changement pour une exploitation plus grande, où le transfert du capital d’exploitation est souvent partiel surtout en ce qui concerne les éléments les plus mobiles. Le vendeur met en vente tout ce qui ne peut pas être facilement déplacé ou vendu à meilleur compte [12][12] Dans le cas d’un inventaire suivi d’une vente, il est....

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Malheureusement il y a peu d’exploitations communes aux différents échantillons. Le nombre des exploitations de moins de 5 ha est trop faible pour pouvoir exposer certains ratios. Les chiffres obtenus doivent être utilisés comme des indicateurs et non comme des nombres certains, car les occurrences pour certaines tailles d’exploitation ne sont pas assez nombreuses. La taille des plus petites exploitations se situe autour de 2 ha (tableau 1).

Tableau 1 - Structure des exploitations de l’échantillonTableau 1

Situation générale du canton

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Le canton de Marolles-les-Braults appartenait à l’arrondissement de Mamers, situé dans l’ancienne province du Maine, à proximité de la Normandie et du Perche. Il n’y a pas de ville et le seul bourg d’une certaine importance est le chef-lieu du canton. Les chefs-lieux des autres communes sont peu peuplés. L’habitat est dispersé en fermes et hameaux. Les petites villes ou gros bourgs les plus proches sont Mamers, Alençon, Bonnétable, Ballon et Beaumont-sur-Sarthe. Ce canton est un peu à l’écart des grandes voies de circulation.

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Les terres labourables dominent. Selon le cadastre ancien de 1838, leur proportion par rapport à la surface totale, avec 75,6 %, est la plus importante de tous les cantons de la Sarthe. Il y a peu de bois, qui sont presque tous des taillis. Il n’y a pratiquement pas de landes ni de broussailles. Mais les deux communes de Saint-Aignan et de Mézières-sur-Ballon présentent une répartition très différente des autres communes du canton et ont été exclues en 1956 par l’insee de la petite région agricole du Saosnois [13][13] Elle regroupe les autres communes du canton, outre.... En 1838, cette petite région agricole s’étend sur 19 427 ha et contient 79,6 % de terres labourables et seulement 11,7 % de prés et pâtures avec 2,9 % de bois (93,1 % pour la surface agricole). Ces proportions sont plus représentatives de la situation de la majorité des communes du canton de Marolles-les-Braults en 1838. Une évolution significative au profit des herbivores est à noter entre 1838 et 1913. Les haies n’apparaissent pas dans les données du cadastre, mais elles existent comme nous le révèlent les « montrées » des haies et fossés » du xviie siècle et les descriptions du xixe siècle [14][14] Une montrée est une visite d’exploitation par deux.... Du xviie au xxe siècle, je n’ai trouvé aucun indice de propriétés collectives notables (tableau 2).

Tableau 2 - Le canton selon les matrices cadastrales (1806-1838)*Tableau 2
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Localement les exploitations agricoles sont partagées en deux groupes, les métairies et les bordages. Les bordages peuvent être très petits et désigner une maison avec un jardin, un clos et moins d’un hectare de terre. Les métairies ont en général plus de 15 ha de surface totale et sont en quasi-totalité exploitées en fermage. En 1806, le terme de « métairie » est toujours employé pour les désigner. Vers 1830, on mêle les termes de « métairie » et de « ferme ». Dans les années 1860, le terme de « ferme » l’emporte et « métairie » se fait rare. Le rapport de l’enquête agricole de 1866 pour la Sarthe considère que la « grande culture » commence à partir de 30 ha et que le seuil inférieur de la « grande propriété » est de 80 ha. La « petite culture » et la « petite propriété » ont toutes deux 15 ha comme seuil supérieur [15][15] Le seuil de 15 ha correspond à celui que Bernard Garnier....

Des structures agricoles faiblement polarisées

Un binôme spécifique : bordages et métairies

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Le nombre et la répartition par taille des exploitations sont impossibles à déterminer en 1690 et 1836. Les deux états de la généralité de Tours révèlent pour l’ensemble du canton 219 métairies et 511 bordages sur environ 2 250 feux, soit 2,3 bordages pour une métairie sur la base, sans doute, des états de répartition de l’impôt de la taille. Vers 1800, des renseignements partiels indiquent le même rapport bordages/métairies de 2,2. Vers 1830, la compilation des informations livrées par Cauvin et Pesche donne environ 230 à 240 métairies ou fermes principales et moyennes et environ 3,5 pour le rapport entre les bordages et les fermes, soit au total environ 1 000 à 1 100 exploitations. Le problème est que la notion de bordage est on ne peut plus floue. Presque toutes les familles ont une activité agricole indépendante en 1690, même le notaire et le curé, et de nombreux tisserands ou marchands présentent des inventaires dignes d’un bordager moyen quant au cheptel et au matériel agricole. Ce qui n’est plus le cas en 1836, où la plupart des tisserands et des marchands, sinon le notaire et le curé, ne peuvent être crédités d’une réelle activité agricole. Si l’évolution du rapport entre petites exploitations et exploitations moyennes ou grandes peut difficilement être établie, le canton présente un nombre important de grandes unités en comparaison avec d’autres cantons de la région.

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Les matrices cadastrales de 1838 permettent de repérer 303 exploitations de plus de 10 ha et 204 métairies. Parmi celles-ci, 160 ont une taille supérieure à 20 ha, 45 ont plus de 40 ha et la plus grande dépasse 90 ha. La surface agricole totale de ces métairies représente 40 % de la surface agricole du canton. Ce décompte est fondé sur la description des propriétés et non sur celle des exploitations proprement dites. En effet les inventaires après décès révèlent que les petits exploitants et certains exploitants moyens complètent leur exploitation par la location de parcelles séparées appartenant à des petits propriétaires. Il faut aussi ajouter la prise en location des herbages des « réserves » des grands propriétaires par des exploitants moyens ou grands. Si les exploitations ayant une taille supérieure à 20 ha sont à peu près correctement définies à partir des relevés des matrices, cela n’est plus le cas pour les exploitations présentant moins de 10 ha. En outre, leur reconstitution est difficile à partir de cette source. En conséquence le chiffre de 300 exploitations de plus de 10 ha est un chiffre minimal pour représenter le nombre d’exploitations moyennes et grandes et le nombre d’exploitations dont la taille est inférieure à ce seuil ne peut pas être déterminé.

La population active

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En 1690, on comptait 10 000 habitants, en 1765, 10 400, en 1800, 14 000, en 1831, 15 846, en 1836, 15 436 et en 1861, 13 357. Une estimation de l’évolution de la population potentiellement active peut être approchée par le nombre d’hommes âgés de 15 à 60 ans [16][16] Dans sa définition classique, la population active.... En effet après 60 ans les hommes sont considérés comme « caducs » et avant 15 ans, ils ne sont guère que des aides familiaux affectés à la garde des animaux et à divers petits travaux quand ils ne vont pas à l’école. Du moins c’est ce que les contemporains affirment. L’activité productive des femmes est plus difficile à cerner et à chiffrer du fait de la diversité de leurs tâches. J’estime ce nombre à 2 850 (28,5 % de la population totale) en 1690, 3 750 (27 %) en 1800, 4 300 (28 %) en 1836 et 3 950 (29,5 %) en 1861 [17][17] La population de 1690 ne sera retrouvée qu’en 1901....

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Il est difficile de déterminer la population agricole masculine active pour 1690 [18][18] La population agricole masculine active est ici définie.... Le nombre d’hommes principalement voués à l’activité agricole devait se situer autour de 2 200 (45 % de la population masculine totale), mais il faut tenir compte aussi du travail agricole de tous ceux qui ont une autre activité principale et ils sont relativement nombreux. De même les exploitations agricoles sont difficiles à déterminer ; on a vu que les contemporains comptaient 730 bordages et métairies qui représentaient sans doute des exploitations viables sans travaux à l’extérieur. De nombreux indices laissent supposer que la surface des bois était plus importante en 1690 qu’en 1838 ; la surface agricole devait donc être légèrement moindre au début de la période. L’un dans l’autre, on peut retenir le ratio d’environ 6 ha par homme actif à cette époque.

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Sur les « cultivateurs » la statistique cantonale de l’an X et l’Enquête statistique de l’An XII ne disent mot et les chiffres concernant le nombre des domestiques et des journaliers ne sont pas cohérents entre les deux sources. La population est jeune (environ 37 % de la population a moins de 15 ans). La population active agricole masculine pourrait se situer entre 3 600 et 3 700 individus (53 % de la population masculine totale) pour environ 1 100 exploitations et environ 2 000 domestiques ou journaliers hommes. Soit 3,3 hommes par exploitation et 4,3 ha par homme actif.

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En 1836, un décompte selon les professions indiquées dans les listes nominatives du recensement de trois communes purement rurales suggère les estimations suivantes : 270 « cultivateurs » ou « propriétaires cultivateurs », 120 enfants de 15 ans et plus présents sur l’exploitation, 285 hommes domestiques agricoles et 200 hommes journaliers chefs de ménage. Soit une population active agricole masculine d’environ 870 à 875 individus (58 % de la population masculine) avec 3,2 hommes par exploitation et un ratio proche de 4,2 ha par homme.

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Le questionnaire du canton pour l’enquête sur le travail de 1848 fournit un comptage des professions qui doit être issu d’une compilation des listes nominatives du recensement de 1846 [19][19] Arch. Nat., C 965.. Il expose au titre de l’agriculture 1 153 chefs d’exploitation (« maîtres »), 1 652 hommes domestiques et journaliers (« compagnons »), 1 485 femmes et 713 enfants. Les enfants sont sans doute ceux de plus de 12 ans, mais nous ne savons pas si les membres de la famille (les futurs « aides familiaux ») figurent bien dans ces comptages. L’examen des quatre listes nominatives communales qui subsistent pour le canton, permet d’affirmer que les domestiques les plus jeunes ont 14 ans et qu’ils ne sont pas nombreux. Tous âges confondus, la population active agricole masculine peut être estimée à au moins 3 700 individus (52 % de la population masculine) incluant les enfants de 15 ans et plus présents sur l’exploitation avec 3,2 hommes par exploitation et le ratio du nombre d’hectares par homme actif à environ 4,2 ha (ou 3,4 ha de terres labourables).

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En 1862, l’enquête agricole établit 1 730 exploitations pour 1 648 fermiers ou propriétaires en faire-valoir direct, dont 935 exploitations d’une taille inférieure à 5 ha et 167 exploitations d’une taille supérieure à 20 ha (moyennes et grandes exploitations) avec 46 exploitations de plus de 40 ha. Nous y trouvons aussi 1 668 journaliers (dont 49 propriétaires), 816 ouvriers et domestiques hommes (sans les 169 enfants désignés comme bergers) et 569 domestiques femmes. Mais cette fois encore nous ne savons pas si les aides familiaux sont présents dans ces chiffres. La population active agricole masculine serait donc égale à 4 132 individus (64 % de la population masculine au recensement de 1861) et dépasserait de 150 à 200 individus la population masculine totale âgée de 15 à 60 ans alors que les activités non agricoles doivent concerner au minimum 900 hommes. Selon le questionnaire cantonal, les journaliers ne manquent pas de travail et sont employés à plein temps (« l’agriculture manque de bras », plainte que l’on retrouve en filigrane dans l’enquête agricole de 1866) ; mais les journaliers de la statistique ne doivent pas tous être des hommes, de même que les exploitants.

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Plus tard et en dehors de notre période d’étude, tous âges confondus, le décompte par profession de la population au recensement de 1891 donne pour l’agriculture 1 589 chefs d’exploitation (dont 337 hommes de plus de 60 ans et 107 femmes de plus de 20 ans) et 1 734 ouvriers (dont 730 femmes) mais nous ignorons le nombre réel des aides familiaux (femmes et enfants) [20][20] Arch. dép. Sarthe, série 6M population ; la qualité.... La population active agricole masculine peut être estimée à 2 850 individus (51 % de la population masculine) avec 1,8 homme pour une exploitation et le rapport à la surface agricole à 5,5 ha par actif masculin. Cette situation correspond assez bien aux conclusions émises dans la monographie succincte du département de la Sarthe incluse dans l’enquête nationale sur la petite exploitation de 1908 : l’agriculture manque de bras dans les petites et moyennes exploitations qui doivent recourir à l’entraide.

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Il est donc difficile de conclure sur l’évolution de la main-d’œuvre agricole et de sa composition et sur l’évolution de la répartition des exploitations par types. Le nombre d’exploitations et d’ouvriers permanents semble augmenter et les journaliers classiques diminuer, ce qui n’est pas particulier à ce canton. Le ratio de 4 à 4,5 ha par actif agricole masculin semble par ailleurs être constant pour la première moitié du xixe siècle. Cette surface mise en œuvre par un actif ne représente que les deux tiers environ de celle de la fin du xviie siècle. Ceci est l’indice d’une intensification de l’espace disponible. Il est sans doute possible de retenir le ratio de 3 à 3,5 hommes actifs par exploitation pour la première moitié du xixe siècle sans que nous puissions établir une comparaison avec la fin du xviie siècle.

Évolution de la répartition du territoire agricole

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La répartition du territoire à la fin du xviie siècle n’est pas connue, mais elle peut être approchée à travers un échantillon d’exploitations. Sous le règne de Louis XIV, les montrées de 35 métairies, réparties sur 5 communes actuelles (et 6 paroisses de l’époque) formant bloc, fournissent une estimation de la répartition des parcelles entre les terres labourables, les prés et les parcs [21][21] Gautier, 1998, p. 105.. La surface des jardins n’est généralement pas exprimée et n’est donc pas retenue. La surface agricole moyenne de ces métairies est d’environ 28 ha. Le cadastre de 1838 donne un aperçu plus précis. Les exploitations de plus de 15 ha repérables dans les matrices du cadastre occupent 42 % de la surface agricole totale des communes concernées. Mais les 35 métairies de la fin du xviie siècle ont évolué : certaines ont grandi, d’autres ont rétréci, d’autres encore ont été divisées (en particulier parmi celles qui appartenaient à des abbayes et qui ont été vendues comme biens nationaux). Toutefois en regroupant les parcelles, on peut restituer un périmètre d’observation comparable à ce qu’il était un siècle et demi auparavant, même si sa surface totale a augmenté de 13,5 % (tableau 3).

Tableau 3 - Évolution de 35 métairies prises en blocTableau 3
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Même si toutes les pièces dénommées « parcs » en 1690, et dont l’état n’est pas toujours connu, ne sont pas des pâtures, le sens de l’évolution est clair : les terres labourables ont pris plus de place, les prés et les pâtures ont régressé. Cette régression est confirmée dans le cadastre par des pièces de terre labourable dont le nom évoque un ancien pré ; de même, certaines pièces dénommées « pré » sont partagées entre pré et terre labourable. Ce phénomène est à mettre en relation avec une intensification de l’exploitation du territoire, la culture des terres labourables exigeant plus de main-d’œuvre que les prés et l’élevage, jusqu’à une époque récente. La baisse du nombre d’animaux par hectare exposée ci-après pour les exploitations moyennes va conforter cette hypothèse. Mais il faut aussi retenir l’hypothèse que des parcs soient revenus dans la rotation classique et soient devenus « trèfles ».

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Le territoire total est encore moins favorable à l’élevage avec une présence encore plus prépondérante des terres labourables. En effet les bordages du xviie siècle comme les petites exploitations du xixe siècle ont peu ou pas de pré et de pâture. Cette observation pose par ailleurs le problème de la nourriture des herbivores sur ces exploitations, donc celle de la culture du trèfle ; elle met à l’écart les quelque 500 ha d’herbages de Saint-Aignan et une partie de Mézières-sur-Ballon. C’est à Saint-Aignan qu’on rencontre un marchand de bœufs mettant en œuvre 50 bœufs et 16 vaches. Plus de la moitié de ces herbages appartiennent à la réserve de la famille Desson, comte de Saint-Aignan, qui les donne en locations séparées.

Les forces actives permanentes des exploitations

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Le nombre d’hommes par exploitation est difficile à connaître pour 1690 [22][22] Sont considérés comme présents sur l’exploitation le.... La seule source disponible est les créances passives des inventaires et la liste des enfants cités lors de l’inventaire, mais on en tire trop peu de résultats exploitables. Il semblerait que le ratio soit proche de 9 à 10 ha par homme dans les exploitations de plus de 15 ha ou métairies. En revanche, nous disposons pour quatre communes des listes nominatives du recensement de 1846 avec l’indication des lieux où demeure chaque ménage, ce qui n’était pas le cas des listes du recensement de 1836. En éliminant le cas particulier de Saint-Aignan, on calcule ainsi le ratio d’environ 6 ha par homme âgé entre 15 ans et 60 ans sur les exploitations moyennes ou grandes (les métairies). Les petites exploitations comprises entre 5 ha et 15 ha ont moins d’hectares par homme (avec environ 4,5 ha par homme). L’emploi courant des journaliers par les métairies comble la différence. Mais l’on trouve des dettes pour journées de travail, non liées aux travaux de la moisson, dans les inventaires de petites exploitations qui ne disposent pas de domestique masculin.

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La différence du rapport homme/terre entre les métairies et les bordages implique que les métairies utilisent de manière permanente les services de journaliers. En revanche il semblerait que le personnel permanent des métairies soit moins nombreux en 1690 qu’en 1836 et que ces métairies fassent appel à plus de travail de journaliers en 1690 qu’en 1836, ainsi que l’indique en outre la moindre fréquence apparente des dettes envers les journaliers dans les inventaires de 1836 par rapport à celle de 1690 (mais ceci est une notation peu fiable). Néanmoins cette observation ne tient pas compte des locations de parcelles complémentaires de terre ou de pré par certains exploitants moyens (tableau 4)[23][23] En revanche ont été exclues de la compilation les exploitations....

Tableau 4 - Rapport homme / terre (moyennes)Tableau 4

L’importance des animaux

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Autre ratio significatif, le nombre d’hectares par vache est assez stable sur la période pour l’ensemble des moyennes et grandes exploitations avec environ 6 ha par vache entre 1690 et 1836. L’hétérogénéité des deux échantillons en ce qui concerne les petites exploitations ne permet pas de conclure vraiment pour elles ; ce nombre est plus variable et se situe entre 2 ha et 5 ha. Le nombre de vaches dans chaque exploitation a peu varié entre 1690 et 1836. En revanche il semblerait que cet effectif soit proportionnellement en légère augmentation sous le Premier et le Second Empires dans les exploitations moyennes (tableau 5).

Tableau 5 - Nombre d’hectares de surface agricole par vache (moyennes)Tableau 5
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D’autre part, l’évolution de la charge moyenne des animaux à l’hectare, exprimée en nombre « d’unités gros bétail » par hectare de surface agricole, est marquée par une diminution entre 1690 et 1806, puis 1836, suivie d’une remontée en 1866 [24][24] Par la suite, j’utiliserai l’abréviation ugb (Unités.... Ceci malgré une augmentation du format et de la production des bestiaux (+ 23 % entre 1690 et 1836, + 11 % entre 1836 et 1866 et + 37 % entre 1690 et 1866). Compte tenu de l’évolution du poids et de la taille des animaux (de leur format) et de la productivité laitière, le nombre moyen d’animaux présents par exploitation a diminué à l’exception des plus grandes. Comme le nombre de vaches est à peu près constant, il faudra examiner quelles catégories d’animaux sont concernées par cette diminution. On a aussi le sentiment que les exploitations moyennes sont en transition en 1836 quant à la composition de leur cheptel (tableau 6).

Tableau 6 - « Unités de gros bétail » par hectare de surface agricole (moyennes)Tableau 6

Un apport complémentaire : les baux d’exploitation

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Les baux nous apportent des informations complémentaires. Ceux des années 1830 sont très semblables à ceux des années 1690 [25][25] Le fermage à prix d’argent est la règle ; le métayage.... Mais beaucoup sont désormais verbaux (ou sous seing privé) et les notaires ne nous livrent que peu de contrats ayant pour objet des exploitations moyennes ou grandes. La tendance s’accentue et les années 1860 ne livrent plus aucun bail notarial pour ce type d’exploitation. Les baux « normaux » sont désormais pratiquement tous verbaux. Ils commencent toujours à Pâques et de plus en plus souvent au 1er mai ; le fermage est payable par moitié à deux dates (Pâques et Toussaint) pour les fermes de plus de 10 ha. La plupart exigent des « faisances », que l’on appelait auparavant « suffrages », et que certains notaires appelleront plus tard « subsides » (beurre et volailles essentiellement). Sont toujours exigées la fourniture de matériaux (tuiles, bardeaux) et de journées de travail de réparation (ou pour le moins la nourriture des ouvriers engagés). Les impôts doivent être payés par le fermier.

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Le fermage est donc quasiment un revenu net pour le propriétaire, ce que confirment par les observations de la Nouvelle évaluation des revenus territoriaux de 1851 qui calcule le revenu net en diminuant d’environ 6 % seulement le revenu relevé dans les actes [26][26] Arch. Nat., F20/765 et Bulletin de statistique et de.... Le fermier sortant doit récupérer ses semences et la moitié de la récolte des grains. Les baux interdisent le plus souvent de modifier l’assolement et la destination des différentes pièces. Mais deux innovations sont apparues : l’obligation de semer du trèfle dans l’orge la dernière année du bail au profit de fermier entrant et parfois l’obligation de 4 soles, ainsi que l’existence de cautions qui prennent la forme de mise en gage des propriétés du preneur. La conséquence de cette exigence est importante car il est désormais difficile d’obtenir le bail d’une ferme importante si l’on n’est pas soi-même propriétaire d’une surface significative. Dans les matrices cadastrales figurent des propriétaires d’exploitations comprises entre 7 ha et 15 ha qu’ils donnent en location tandis qu’eux-mêmes sont fermiers de grandes exploitations souvent situées dans une autre commune.

Les assolements

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La durée la plus courante des baux est de 6 ans en 1690 et de 9 ans en 1836 (ou alors il s’agit de « baux 3-6-9 »). Cette durée est adaptée à l’assolement triennal. La statistique cantonale de l’an X, Cauvin, Pesche et l’enquête agricole de 1862 affirment tous que l’assolement pratiqué est triennal. Pesche pense qu’il est adapté aux terres de ce canton et que l’assolement quadriennal est utilisé par une partie des petits exploitants. L’enquête agricole de 1862 note qu’il existe quelques baux de 4, 8 ou 12 ans adaptés à l’assolement quadriennal. En outre il signale que les quelque 200 ha de jachères mortes résultent de la quatrième sole de ces exploitations, les autres ne faisant plus de jachères. Pour ma part, je n’ai trouvé que deux baux de ce type sous la monarchie de Juillet, mais l’importance des baux verbaux ne permet pas de conclure avec précision.

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Au xviie et au xviiie siècle, les montrées et visites d’exploitations sont enregistrées chez le notaire. Au départ il s’agit surtout de « montrées des haies et fossés » qui nous livrent l’existence des différentes parcelles [27][27] Pitou, 2002, p. 94-99 pour cette question des haies.... Plus tard la quasi-totalité de ces montrées constate aussi le couvert de chaque parcelle ainsi que leur superficie. Mais au xixe siècle les états des lieux prévus au bail ne sont que rarement enregistrés par les notaires et nous perdons ainsi une précieuse source de renseignements. Dans les montrées du début du xviiie siècle la répartition des terres est clairement établie sur la base d’un assolement triennal avec jachères.

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Mais quand dans les inventaires du xixe siècle, nous trouvons les surfaces semées en grains et que nous les comparons à la surface en terres labourables de l’exploitation, nous nous apercevons qu’en 1836, sur 15 exploitations de plus de 5 ha, 11 sont soumises à un assolement triennal et 4 à un assolement quadriennal. En 1866, c’est souvent l’assolement quadriennal qui est appliqué ; sur 6 exploitations moyennes ou grandes, 5 présentent des éléments permettant de conclure à un assolement quadriennal.

La place des parcs et des clos

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On relève des mentions à diverses époques de parcs ou de clos à chanvre semés en blé. Certains indices montrent que ces surfaces sont pour une grande part considérées comme des terres labourables. La plupart des clos à chanvre sont effectivement hors assolement et comme les jardins ils ne supportent pas la dîme ; mais de temps à autres il convient de rompre la succession du chanvre sur lui-même. Dans l’enquête agricole de 1862, les petits clos à chanvre sont considérés comme étant soumis à un assolement biennal blé-chanvre. En ce qui concerne les parcs ou pâtures, l’explication la plus simple serait qu’à ces époques, ils ne seraient pas simplement des prairies permanentes de faible production uniquement pâturées, alors que les prés et herbages seraient des prairies permanentes de plus forte productivité. Mais ils seraient des pièces de terre à la végétation spontanée qui entreraient dans une rotation longue et seraient réintroduites périodiquement dans les terres assolées, au bout d’un nombre d’années difficile à déterminer, alors que des pièces de terres de surface équivalente deviendraient des parcs. En dehors d’un noyau dur de terrains lourds et humides en bordure des cours d’eau, souvent dénommés « noes », les prés, eux non plus, ne sont pas destinés à rester éternellement des prairies permanentes, ainsi que le démontrent, d’une part, deux autorisations de transformation de terres en prés de la fin du xvie siècle et du début du xviie siècle et, d’autre part, les pièces dénommées « pré xxx » partagées entre terre labourable et pré dans les matrices cadastrales de 1838. Simplement le temps de révolution est plus long. Mais, si la réponse à l’enquête statistique de 1836 ignore les pâtures et semble les inclure dans « l’inculte » [28][28] Selon les termes employés par le maire de Marolles-les-Braults..., dans le questionnaire cantonal de l’enquête agricole de 1862 ces pâtures sont associées aux herbages sous le terme de « pacages » pour une surface équivalente à celle présente au cadastre de 1838. À la fin du xixe siècle, les rédacteurs de la matrice cadastrale de 1913 considèrent, comme le fait aussi la statistique agricole, que prés et herbages et pâtures sont cumulables dans la notion de « pré » et doivent être distingués des prairies temporaires normalement semées et incluses dans les terres labourables.

Productions végétales et techniques de production

Les mystères de la statistique : les surfaces cultivées

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Que disent la statistique des notables experts et les actes des notaires sur les cultures et à leur importance respective ? Pendant la période étudiée, les cultures de référence sont le froment, l’orge et le chanvre (tableau 7).

Tableau 7 - Statistiques ou la vision des « notables experts »Tableau 7
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Ce tableau exige quelques explications. En 1806 et 1836, la surface de chaque commune n’est pas connue avec précision faute de cadastre. J’ai donc « recadré » les surfaces annoncées dans la statistique par rapport à la surface totale au cadastre de chacune des communes avec l’hypothèse que les données de chaque culture avaient été calculées grâce à une répartition par « parties ». Cette hypothèse est vérifiée en 1836, car il apparaît clairement que les terres labourées ont été réparties par tiers entre céréales d’hiver, céréales de printemps et l’ensemble composé de trèfle, chanvre, pommes de terre et légumes secs. Pour 1806 j’ai procédé à des estimations sur la base des données de la statistique de l’an X, de l’Enquête de l’an XII et des quelques Tableaux d’informations agricoles subsistants pour l’an XIII.

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La notion de « recalculé » est fondée sur le fait que les chiffres exposés en 1836 et 1862 par la statistique ne comprennent pas les haies, les fossés et les chaintres ; de ce fait il est difficile de les comparer aux données du cadastre. En 1836, dans ce canton, les surfaces correspondantes ont été incluses dans « l’inculte » appelé « jachères » qui comprend aussi les pâtures. Dans la solution (a), qui correspond à l’application d’un assolement triennal théorique, nous avons 2 750 ha calculés pour les haies soit 18 % de la surface agricole, soit beaucoup plus que ce qu’ont retenu les cantons de Fresnay avec 5 %, de La Ferté-Bernard avec 3,5 % et de Beaumont avec 7,75 % ; dans la solution (b), nous avons 1 640 ha calculés, soit 10,7 % de la surface agricole, en correspondance avec le choix fait en 1862 qui retient nommément 1 644 ha soit 10,7 % de la surface agricole. Les pâtures sont évaluées respectivement à 805 ha dans la solution (a) et à 955 ha dans la solution (b), en correspondance avec le chiffre du cadastre pour le total des prés et pâtures. Cette solution (b) apparaît comme complètement déséquilibrée du fait de la répartition par tiers exposée plus haut. Ces deux solutions donnent une idée des incertitudes occultées par les chiffres bruts de la statistique.

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En 1806, 6 % des labours seraient faits à la main (soit environ 500 ha) et cette surface semble correspondre à la surface en chanvre. La surface en chanvre n’est pas exposée et peut être déduite de la division de la récolte brute par le rendement annoncé ; une partie de cette surface est peut-être comptée dans les jardins dont la surface retenue est trop importante (150 ha sur les 400 ha) mais les clos à chènevière peuvent être estimés à environ 350 ha comme en 1690. Il faut avouer que les données de 1806 ne peuvent, une fois encore, que laisser perplexe. Néanmoins les chiffres de ce tableau vont tous dans le sens généralement attendu ; ce qui pourrait être réconfortant.

Les cultures

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En 1690, méteil ou froment et orge sont les principales cultures. L’avoine est présente mais en faible proportion, de même que le seigle. Il n’y a pas de sarrasin. Les états de la Généralité nous font percevoir que l’association classique des bonnes terres est le froment et l’orge, tandis que les terres les plus pauvres retiennent plutôt le seigle et l’avoine avec un peu de sarrasin. Il n’est pas fait mention de landes mais les montrées contiennent toutes des mentions de parcs avec des « broussis » souvent « immémoriaux ». Vesces, jarosse, pois rond et pois gris, lentilles, fèves, « pois haricot » complètent la sole de printemps [29][29] La jarosse est une gesse, légumineuse annuelle consommée.... Le chanvre est confiné dans les clos à chènevière. Dans les inventaires après décès le méteil domine largement le froment à l’exception des grandes exploitations, l’orge est partout, l’avoine et le seigle sont presque anecdotiques. Malgré la présence d’arbres fruitiers dans les parcelles, le canton est jugé moins favorable aux fruits que d’autres ; le cidre et surtout le « petit cidre » reste la boisson régionale. En 1806, froment et orge sont toujours les cultures principales, le seigle est conservé pour sa paille. Les propos des notables experts ne font pas mention de la pomme de terre qu’on rencontre pourtant dans les inventaires sous le nom de « truffle ». Dans la statistique, le trèfle est confondu avec les jachères et un peu de luzerne et de sainfoin sont cultivés. Le chanvre est toujours dans les clos mais a sans aucun doute débordé dans les champs.

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En 1836, froment et orge sont toujours les cultures principales, le méteil a régressé et l’avoine a progressé. Les pommes de terre tiennent une place significative qui, avec environ 3 % des terres labourables, reste néanmoins plus modeste que dans d’autres cantons (environ 6 % pour le département de la Sarthe), mais elles sont principalement destinées à la nourriture des porcs, base de l’alimentation carnée des ruraux, et ont permis de développer cet élevage. Vesces, pois rond, pois gris et pois haricot sont toujours présents, mais les jarosses, gesses, lentilles et fèves sont désormais absentes des inventaires. Parmi les prairies artificielles, le trèfle est dominant. Le chanvre a bien débordé sur les terres labourables. D’après Cauvin et Pesche, le sainfoin réussit mal et la luzerne est peu répandue, le canton est excédentaire en blé et en orge à l’exception des mauvaises années qui voient des achats d’orge en Poitou. Le canton produit peu de fruits et le cidre est de qualité médiocre.

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En 1862, les espèces cultivées sont les mêmes, mais la maladie de la pomme de terre et celle du trèfle ont provoqué leur recul. La luzerne et le sainfoin couvrent chacun moins de 100 ha. Il est fait mention de quelques dizaines d’hectares de « racines ». Les jachères sont peu importantes et apparaissent comme la quatrième sole des exploitations peu nombreuses avec assolement quadriennal. Le chanvre a pris une grande extension ; le canton en a fait une spécialité qui durera. En 1866, les espèces cultivées sont les mêmes, mais apparaissent des marchands grainiers spécialisés qui possèdent des stocks de graines d’hivernache, de luzerne, de sainfoin et de minette, outre leurs stocks de grains et de farine [30][30] L’hivernache est le mélange d’une légumineuse annuelle.... Sur un siècle, les cultures ont tendance à se diversifier, signe d’une moindre sensibilité des exploitations aux aléas et d’une orientation plus nette vers les productions marchandes.

Un archaïsme : la mouture

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Sur deux siècles d’observation, on mentionne d’une manière constante de la « mouture », élément de base de la fabrication du pain des paysans [31][31] Il faut distinguer la « mouture » de la farine qui.... Elle est citée dans les tableaux du Maximum de l’an II pour les différents districts de la Sarthe. Cette mouture est un terme manceau qui désigne un mélange d’orge et de blé (méteil ou mélange a posteriori de froment et de seigle). La composition la plus courante dans les statistiques du xixe siècle est d’un tiers ou un quart de blé et de deux tiers ou trois quarts d’orge. Quelques inventaires après décès citent de « la mouture pour la nourriture des domestiques et des ouvriers ». Chaque maison a son four et le pain du ménage est fabriqué à la maison ; le boulanger de village est une profession peu répandue dans les années 1690, mais plus développée en 1830. Le froment est principalement vendu.

Une nouveauté : le trèfle

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Absent en 1690, le trèfle est théoriquement semé sous couvert d’orge et il est inclus dans les jachères dans la statistique cantonale de l’an X [32][32] Les documents n’indiquent pas s’il s’agit du trèfle.... Il n’est ensuite exploité que sur une saison. Ce trèfle est donc pensé comme une façon de rendre productives les « jachères », c’est-à-dire les chaumes (ou éteules) qui servaient de parcours dans l’attente des labours de jachères. Sa productivité et sa valeur alimentaire sont supérieures à celles de la paille et des herbes spontanées. D’après plusieurs sources, les labours des jachères sont au nombre de deux ou trois en vue de la préparation de la sole d’hiver. Dans le cas d’un blé derrière trèfle, le nombre de labours devait plutôt être égal à deux en fonction du temps laissé libre pour la préparation du sol, surtout lorsqu’on récoltait la graine de trèfle, car il y avait peu de temps entre la récolte de ces graines et les semailles de blé. Or le préfet Auvray signale dans sa statistique du département de la Sarthe de l’an X qu’on a trouvé une ressource intéressante dans la production de graines de trèfle, vendues jusqu’en Angleterre. Les inventaires de 1806 contiennent d’importants stocks de ces graines dans un grand nombre d’exploitations (34 sur l’ensemble des 90 inventaires et sur 60 inventaires susceptibles d’en contenir, 17 métairies sur 23). En outre, des mentions de dettes pour fauchage des prés, des trèfles et des orges à l’endroit de journaliers figurent dans quelques inventaires.

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Pour l’enquête de 1836, le trèfle succède à la plus grande partie de l’orge et est pâturé (ce qui dispense d’évaluer sa production). Mais les inventaires de la même période contiennent deux mentions de foin de trèfle, alors que les pailles et les foins sont rarement évalués. Ces mêmes inventaires parlent aussi de lots de graines de trèfle. Sur 65 inventaires susceptibles d’en contenir d’après leurs dates de référence, seuls 19 en contiennent (et 8 métairies sur 20 du même ensemble) et les quantités sont moindres qu’en 1806. Le chiffre de 1836, établi sur une base théorique, pourrait donc être exagéré. Mais l’examen de l’évolution des cheptels montrera que la quasi-disparition des « jachères » est bien à mettre en corrélation avec la forte diminution des ovins sensés faire leur provende des éteules. À la lumière de ces indices, il ressort que les jachères étaient déjà largement remises en cause dans ce canton en 1806 et étaient déjà marginales en 1836, comme le montre le désintérêt du comice cantonal pour la question des prairies artificielles. Le trèfle avait trouvé sa place.

Les prés et pâtures

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Selon les « notables experts », les surfaces en prés et pâtures sont stables. Or la comparaison faite plus haut entre les montrées du xviie siècle et le cadastre de 1838 pour des exploitations moyennes ou grandes laisse plutôt entrevoir une diminution, à moins que les petites exploitations aient comblé la différence. Mais si l’on retient l’hypothèse de la diminution liée à une exploitation plus intensive, à quelle époque s’est-elle manifestée et quel rôle y a joué le trèfle ? En effet le trèfle permet aux petites exploitations de compenser leur manque de ressources fourragères permanentes et aux grandes d’augmenter leurs ressources monétaires issues des grains et du chanvre en réduisant la surface des prés sur les parcelles les moins productives en herbe et en vendant de la graine de trèfle. Mais il est difficile de répondre précisément à cette question.

Les haies

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Les haies sont en quelque sorte un substitut à l’ancien saltus, qui ne survit ici que sous l’aspect de petits taillis dispersés, outre les prés. Leur entretien mobilise de la main-d’œuvre en hiver et tout un équipement d’outils à main. Mais elles permettent de recueillir le bois de chauffage, ainsi qu’une partie du bois d’œuvre. Les stocks de bois et de « bourrées », qui peuvent être impressionnants, remplissent des pages dans les inventaires et surtout les ventes mobilières. Le rapport de la façon des haies est souvent estimé dans le calcul de l’actif des inventaires. Elles ont aussi l’avantage de mobiliser des éléments fertilisants présents dans des horizons du sol non fréquentés par les cultures qu’elles entourent. Leur cendre viendra fertiliser les terres.

Le train de culture

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Le contraste entre les deux périodes est important pour le train de culture. À la fin du xviie siècle, seules les métairies possèdent un équipement complet : 2 paires de bœufs (2 grands et 2 petits), plusieurs juments et leur équipement (jougs et courroies, « lieures », chaînes à bœufs, « chenolles », « baculs », « pied de tenue », colliers, traits, etc.), 1 ou 2 charrues à rouelles, soc, coutre et versoir. Elles louent leurs attelages aux autres exploitants ; on trouve donc des créances actives de « jours de bœufs » et de « jours de harnois », créances actives qui ont leur pendant dans les créances passives des inventaires des autres catégories d’exploitants. Une partie des bordagers présentent une charrue accompagnée d’une ou deux juments et d’autres ont une jument équipée pour le trait sans charrue ni charrette. Mais toutes les exploitations possédant des chevaux (ou plutôt des juments qui sont très majoritaires) ne sont pas équipées pour le trait ; certains n’assurent que le transport par bâts et panneaux. Les métairies ont en général deux charrettes ou « chartes », une grande et une petite. Certaines ont aussi un tombereau.

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La statistique cantonale de l’an X signale un nombre de charrues « traînées par bœufs et chevaux » semblable à celui des métairies et un nombre quasiment double par des chevaux seulement, soit 662 charrues. Mais sur les sept communes pour lesquelles on indique le nombre de métairies, deux ont un nombre de charrues tirées par des bœufs inférieur d’un tiers à celui des métairies. Certaines métairies auraient donc déjà adopté la traction chevaline. Pesche précise qu’un tiers des charrues sont traînées par des bœufs et des chevaux et les autres par des chevaux seuls, mais il semble bien qu’il utilise les données de l’enquête de l’an XII. Les inventaires de 1806 indiquent que le nombre de bordages équipés d’un train de culture complet a beaucoup augmenté et que nombreux sont ceux qui présentent un équipement partiel qui peut faire l’objet d’une association avec un autre exploitant. Les dettes et les créances pour « travaux de labours ou de charrois » sont beaucoup moins nombreuses mais toujours présentes. Les exploitations moyennes et grandes des inventaires travaillent toujours avec des bœufs mais quelques-unes, dont la surface est comprise entre 12 et 21 ha, ne présentent plus qu’un couple de bœufs. On a vu que 500 ha de terres sont labourés à la main (en dehors des jardins).

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En 1836, tous les exploitants, ou presque, ont au moins une charrue et un couple de juments avec leur « équipage de limon ». Les inventaires ne mentionnent plus de créances pour « jours de bœufs » ou « jours de labour ». Si les exploitations de plus de 30 ha continuent à travailler avec leurs couples de bœufs, elles ont évolué vers des attelages de chevaux pour les labours et la traction des charrettes, qui sont désormais de deux types (« à bœufs » et « à chevaux »). Mais l’on trouve parfois des éléments d’attelage bovin dans les inventaires des exploitations moyennes qui sont passées à la traction chevaline. Toutes ont aussi un tombereau ou « banneau ». Les charrues semblent être de deux types, car dans les inventaires de ceux qui en ont plusieurs, il y a une nette différence de prix entre elles, sans pour autant que la moins chère soit désignée comme vieille ou hors d’usage [33][33] Malheureusement l’absence d’éléments descriptifs ne....

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L’enquête statistique agricole de 1862 répond à la question ad hoc en signalant que les bœufs de trait sont abandonnés depuis 15 à 20 ans du fait du changement dans l’âge d’abattage des bœufs et de la meilleure « promptitude » des travaux entrepris avec les chevaux. Cette affirmation est confirmée par un sondage dans les inventaires après décès de 1865-1867, dans lesquels une ou deux exploitations seulement paraissent toujours utiliser ce type de traction. La traction chevaline est devenue la règle.

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En 1690, on note peu de mentions de « frouesse à rabattre les guérets » et de « paire de herses ». En 1806 la plupart des petites exploitations n’ont ni frouesse ni herse, un tiers des moyennes et grandes exploitations non plus. En revanche, en 1836, 4 exploitations sur 5 ont au moins une « frouesse » ou une « herse » et la présence de dents de fer est constamment soulignée, ce qui n’était pas le cas en 1690. En 1866, les herses se sont multipliées et un nouveau type est apparu, la « herse demoiselle », ainsi que le « briseau » [34][34] Frouesse : herse triangulaire utilisée pour égaliser.... L’enquête agricole de 1862 compte 373 herses pour 1 129 charrues, mais toutes les herses n’ont sans doute pas été comptées, car le rapport entre ces deux instruments ne correspond pas à ce que nous trouvons dans les inventaires. Quant au rouleau, il n’apparaît qu’en 1865-1867 dans un quart des exploitations (9 sur 33 de plus de 10 ha). Les différentes enquêtes, y compris celle de 1862, parlent de labour en billons. Les années 1860 ont donc vu l’introduction timide du labour à plat ou en planches.

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Longtemps l’attelage bovin fut bien adapté aux terres lourdes d’une partie du canton. Les bœufs étaient mis à l’ouvrage à partir de 3 ans environ jusqu’à 7 ou 9 ans. Ils étaient ensuite préparés pour être vendus pour la boucherie, leur valeur étant supérieure à ce moment-là : le bœuf, « c’est tout bénéfice ». De leur côté, les chevaux d’une bonne conformation sont plus efficients et permettent de travailler plus rapidement avec un nombre moindre d’animaux. Mais ils consomment plus et ne valent plus rien à un âge avancé, alors qu’il faut continuer à les entretenir. Dans les inventaires on trouve souvent la mention de juments « hors d’âge », parfois aveugles ou borgnes, dont la prisée est dix fois inférieure à celle d’une jument en pleine force. Les petites exploitations recueillent souvent ces animaux peu chers en provenance des exploitations plus grandes. Alors, comment rendre compte du changement de mode de traction ? Tout d’abord les chevaux employés localement sont devenus plus forts (mais aussi plus exigeants). Ensuite, il semble que le nombre des façons ait augmenté et que dans les moyennes et grandes exploitations il soit devenu nécessaire de travailler plus rapidement. D’autre part, la vente des poulains apporte un revenu et explique l’utilisation de juments plutôt que des chevaux mâles. Enfin, il semble aussi que le circuit de production et de vente du bœuf aient changé sous le Second Empire et donc que le débouché des bœufs de travail de la Sarthe ait beaucoup diminué [35][35] Voir par exemple Documents statistiques relatifs à.... Tous ces indices convergents permettent de supposer une meilleure préparation des terres (tableau 8 et en annexe tableaux 13 et 14).

Tableau 8 - Typologie des exploitations selon le train de culture (1690-1866)Tableau 8

Le mode de préparation des récoltes

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La fenaison, la moisson, le battage et le nettoyage des grains, la préparation du chanvre pour obtenir les poupées de filasse ou la transformation des pommes en cidre sont des opérations qui mobilisent beaucoup de main-d’œuvre. Or les progrès de la productivité, qui sont notables, ont eu lieu à une période où la population a augmenté. En 1690 comme en 1806, 1836 ou 1866, la fenaison s’effectue à la faux et la moisson à la faucille, car les labours sont en billons. À cette époque, des lots de faucilles figurent dans 51 inventaires sur 84, en 1836 dans 49 sur 87. Seulement 11 inventaires sur 84 contiennent une faux, alors qu’en 1836, 33 sur 87 présentent des faux en 1 ou 2 exemplaires. Ces instruments sont-ils négligés dans les inventaires ? Ou les prés ne sont-ils pas systématiquement fauchés ? Ce que semble aussi suggérer le faible rendement en foin du questionnaire cantonal de l’enquête agricole de 1836 avec 14,3 q/ha.

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En 1690, le battage s’opère au fléau et le nettoyage des grains avec des vans d’osier manuels. En 1836, le battage se fait toujours au fléau mais plus de quatre exploitations sur cinq possèdent un « grand van » ou « van tarare » ou « van tournant », qui vaut aussi cher qu’une bonne charrue, et un petit van d’osier. En 1866, les « mécaniques à battre » se sont répandues dans la moitié des inventaires ou ventes des exploitations moyennes de 20 à 30 ha et dans la totalité des inventaires des grandes exploitations de plus de 30 ha. L’enquête agricole de 1862 en comptait 142 et indiquait que peu d’exploitations de plus de 20 ha n’en possédaient pas. Ces machines étaient peu nombreuses en 1852, l’enquête agricole n’en comptait que 8 dans l’arrondissement de Mamers. Incidemment, les « poches », sacs en toile, sont en plus grand nombre en 1836 qu’en 1690. De même, toutes les exploitations possèdent des cribles en 1836, alors qu’ils étaient rares en 1690. Les grains sont mieux préparés, plus « sains, loyaux et marchands ».

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Contrairement à la préparation des grains, il n’y a aucune différence entre les époques dans l’équipement destiné à la préparation des chanvres. Pile à chanvre, brayes ou broies, rouets et « travouil » ou « travoil » se trouvent dans tous les inventaires. Il n’est simplement plus fait mention de « serans » (peignes à filasse) dans les inventaires de 1836 et 1866. Le « ferreur en chanvre » et le « peigneur de chanvre », journaliers spécialisés dans la préparation de la filasse, sont cités à toutes les époques. Le travail épargné par la préparation des grains et des fruits a pu être reporté sur la préparation du chanvre dont la surface a par ailleurs au moins doublé.

Les rendements

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Aux alentours de 1700, le rendement commun du froment des experts est égal à 15 boisseaux par journal et la dose de semis à 3 boisseaux par journal (coefficient multiplicateur égal à 5) [36][36] Il s’agit d’un boisseau de 42 à 48 litres selon les.... Un journal et un boisseau local sont du même ordre de grandeur. Ce rendement de référence se retrouve aussi dans le canton de Conlie (Champagne mancelle). En 1800, la statistique cantonale de l’an X donne un rendement pour le froment de 15 quintaux par arpent et une dose de semis de 3 quintaux par arpent [37][37] Le questionnaire de Chaptal, qui a servi de modèle.... Le quintal est ici égal à 100 livres. Si l’arpent est celui de 25 pieds (0,66 ha), on aboutit à l’équivalence « un boisseau par journal égal un quintal par arpent, égal un hectolitre par hectare (hl/ha) ». Le rendement de référence serait donc le même qu’en 1700, soit 15 hl/ha. En revanche si l’arpent est de 22 pieds (0,51 ha), ou même l’hectare, ce rendement est égal à 20 hl/ha (15 q/ha) ou à 10 hl/ha (7,5 q/ha) [38][38] Unité de mesure actuelle ; un quintal égal 100 kg.. Nous ne pouvons pas savoir quel arpent a été utilisé mais la dose de semis (et celle des autres cultures) inclinerait à penser qu’il s’agit de l’arpent de 25 pieds.

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En 1836, la faiblesse des rendements de la statistique cantonale ainsi que l’importance de la dose de semis (respectivement 12 hl/ha et 3,5 hl/ha pour le froment) étonne l’administration préfectorale. Le maire de Marolles-les-Braults, responsable de l’enquête pour le canton, répond que toutes les communes ne sont pas aussi fertiles que le veut sa réputation et maintient les chiffres. En fait il faut peut-être soupçonner une minoration volontaire dans une période où s’effectuait l’élaboration du revenu cadastral. Ou alors les rendements des années précédant l’enquête ont été particulièrement mauvais (comme les prix d’ailleurs). En additionnant la semence au rendement on obtient 15,5 hl/ha et donc sans doute une stabilité.

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La moyenne des rendements du froment de la statistique annuelle entre 1853 et 1861 (soit 9 récoltes) est égal à 15,8 hl/ha et est équivalente à celle des états numériques des récoltes fournis au préfet pour le Bureau des subsistances (15,6 hl/ha), malgré des différences annuelles entre les deux sources [39][39] Arch. Nat. séries f10 ou f11 et Arch. dép. Sarthe,.... La moyenne des années 1843 à 1851 issue de cette dernière source est égale à 15,4 hl/ha.

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L’enquête statistique agricole de 1862 donne un rendement « année commune » de 17 hl/ha et 17,6 hl/ha pour la récolte de 1862. Mais en tenant compte du « recalcul » nécessaire du fait de la prise en compte des haies et fossés, on obtient en fait 15,1 hl/ha pour le rendement « année commune » et 15,7 hl/ha pour 1862. Donc encore une stabilité relative. Le niveau élevé du rendement de la statistique se maintient peu ou prou jusqu’à la récolte de 1876 puis il baisse fortement en même temps que les prix. La même démarche peut être faite pour les autres céréales. Seul le rendement de l’avoine a nettement progressé, ainsi que celui de l’orge, mais dans une moindre mesure. Avec des écarts plus importants entre la statistique annuelle et les états numériques des récoltes.

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Les inventaires nous livrent peu de renseignements exploitables pour calculer rendements et doses de semis. Pour le xviie siècle aucun renseignement fiable n’est disponible, car la démarche qui préside aux inventaires après décès de l’époque ne le permet pas. Vers 1806, 8 prisées d’experts utilisent 19 à 21 hl/ha comme référence pour le rendement du froment et 2,7 à 2,9 hl/ha pour la dose de semis. Pour la période 1834-1839, sur 12 exploitations situées dans les environs, 6 présentent un rendement en froment compris entre 11,5 et 15,5 hl/ha pour les années 1834 et 1835 ; les 6 autres présentent un rendement compris entre 18 et 22,5 hl/ha pour les années 1837,1838 et 1839. La dose de semis se répartit en deux groupes, l’un autour de 2,7/2,8 hl/ha et l’autre autour de 3,3/3,6 hl/ha, quelles que soient les années. Le rendement de l’orge pour les douze exploitations citées se situe aux alentours de 21 hl/ha (deux cas seulement avec 14 hl/ha) et la dose de semis est quasiment uniforme autour de 2,25 hl/ha. Pour la période 1865-1867, les inventaires ne donnent pas de renseignements en nombre significatif sauf en ce qui concerne la dose de semis du froment qui est égale à 3,2/3,3 hl/ha.

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On ne peut pas s’empêcher de penser que les estimations de rendement faites par les experts et les notables sont influencées par le niveau des prix du produit ; quand la tendance générale des prix est déprimée les rendements estimés le sont aussi et les rendements s’améliorent quand les prix sont globalement bons. Au vu de tous ces éléments, nous nous garderons donc bien de conclure nettement sur le sens de l’évolution des rendements des céréales.

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Pour le chanvre, le problème est plus compliqué, car nous ne savons pas à quel stade de préparation de la plante le rendement est exprimé, bien qu’en théorie il s’agisse d’un rendement en filasse. Les données statistiques sont difficiles à interpréter. Jusqu’au milieu du xixe siècle on recherche la plus forte production de fil de brin possible, celle des fils les plus fins, ce qui conduit à de fortes doses de semis de l’ordre de 2,5 à 3 hl/ha. La filature est faite à la maison par les femmes et leurs rouets, mais des marchands collectent aussi de la filasse, outre le fil. Les premières filatures mécaniques de fil de chanvre n’ont été installées qu’à la fin des années 1830. Dans l’enquête de 1862, on signale un changement technologique. Le fil de brin n’est plus prioritaire, les doses de semis ont beaucoup diminué jusqu’à 1,6 hl/ha et le rendement en filasse a augmenté dans une proportion importante. La récolte des pieds mâles et des pieds femelles ne se ferait plus de façon séparée à quelques semaines d’intervalle. La filature à la maison est en voie de disparition et est remplacée par le filet et la résille (la ganterie) [40][40] Dornic, 1968, fournit un bon aperçu de cette évolution.....

La fertilisation

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La question des rendements débouche sur la question de la fumure. Avant les années 1860, les informations sont minces. Les inventaires ne traitent pas directement de la question des fumiers et amendements, en dehors des paniers à fumier rencontrés en 1690, mais aucune dette ne concerne la chaux. En 1836, on n’évoque plus de paniers à fumier mais les tombereaux ou banneaux se sont répandus. Nous n’avons que deux prisées « d’engrais dans sa fosse » ou de « monceau d’engrais » et quelques mentions de dettes pour achat de chaux, sans que l’on sache si elle est destinée à la construction ou à l’amendement. En général les terres sont naturellement riches en bases et en argiles et ne nécessitent pas un chaulage ou un marnage intensif. En 1862, 103 ha auraient été chaulés à raison de 20 q/ha, 4 ha marnés et 1 100 ha de trèfle couverts de 2 q/ha de plâtre. Une marnière est exploitée à Mézières-sur-Ballon et deux fours à chaux et tuileries fonctionnent dans le canton, mais sont aussi signalées des dettes de tuiles et de chaux dues à un « chaussumier-tuilier » de Chérancé, commune limitrophe. Il faut comparer ce nombre de fours à chaux à celui des cantons voisins : 12 dans le canton de Beaumont, 6 dans celui de Saint-Paterne (et 6 tuileries), 9 dans celui de Mamers, 9 dans celui de Ballon et 3 dans celui de Bonnétable (et 2 tuileries). Quant au fumier, l’enquête statistique de 1862 mentionne 190 quintaux de fumier par hectare tous les 3 ou 4 ans selon le type d’assolement. Les bovins sont élevés à la fois à l’étable et au pâturage, comme l’indique le questionnaire cantonal de cette même enquête. Cette pratique limite la quantité de fumier disponible. Principalement à destination des jardins ou des clos à chanvre, s’ajoutent du guano, des cendres ou « charrée », la boue des rues et le contenu des lieux d’aisance. Dans les inventaires de toutes les époques sont prisés des monceaux de cendre dont l’usage principal est d’abord la lessive comme le révèle la présence des « charriers », grande pièce de grosse toile destinée à retenir ces cendres dans le cuvier.

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Il faut ici poser la question de l’intérêt du trèfle en tant que culture favorisant la fertilité [41][41] Chevet, 1998, p. 182-186 et id., 1999, p. 83-103, pour.... Ce trèfle entre en concurrence avec les autres cultures pour l’utilisation de certains éléments. Certes ses nodules apportent de l’azote au sol directement par ses résidus enfouis et indirectement par le supplément de fumier qu’il permet de produire. Mais il a des exigences particulières. Au total on ne peut le créditer au mieux que d’un maintien de la fertilité et d’une action ambiguë sur l’augmentation des rendements. En revanche les bovins ont pu profiter de cette provende et améliorer leur format et leur production. Avant l’usage des engrais minéraux ou chimiques, les exportations d’éléments fertilisants induites par les cultures conduisent dans tous les cas à un bilan négatif en l’absence d’apports extérieurs issus directement ou indirectement des prairies, des landes, des bois ou des déchets citadins.

L’élevage

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Les archives qui subsistent au sujet du comice cantonal de Marolles-les-Braults, fondé en 1838, montrent que les exploitants privilégiaient les élevages bovins et chevalins, tout au moins dans les années 1850 qui ont vu naître un conflit entre le sous-préfet et le comité organisateur [42][42] Arch. dép. Sarthe, 7m 223.. Le sous-préfet menaçait de suspendre les subventions au comice, parce qu’il avait concentré ses maigres ressources sur les bovins et les chevaux de façon à rendre les prix plus attractifs, négligeant les sujets imposés, ovins, porcs, prairies artificielles et serviteurs ruraux, sous le prétexte que les ovins et les porcins étaient peu répandus dans le canton et que les prairies artificielles étaient établies depuis longtemps. Dans les années 1840, les prix concernaient les bovins, les chevaux, les ovins et les plantes sarclées fourragères (« les racines »), qui n’ont jamais été très cultivées dans ce canton contrairement à d’autres dans la Sarthe. Les animaux les plus répandus sont en effet les bovins et les chevaux.

De plus en plus d’animaux ?

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Entre 1690 et 1836, les bordagers utilisent davantage d’animaux de trait et de rapport, tandis que les métairies ont diminué leur stock sur pied. Le nombre d’exploitations où une catégorie d’animaux est absente de l’inventaire ou de la vente donne une bonne indication de la tendance générale, même si les données demandent à être interprétées plus finement en fonction des circonstances dans lesquelles l’acte notarial a été dressé. Gabriel Désert note néanmoins une augmentation de la part des animaux dans la valeur du produit brut agricole du département entre 1836 et 1862 sur la base des chiffres des deux enquêtes correspondantes [43][43] Désert, 1968, p. 79.. Les rapports de prix ont évolué en faveur des animaux et leur production unitaire a elle aussi augmenté (poids de l’animal et quantité de lait). Une autre évolution verra le jour à la fin du xixe siècle, sous l’influence de la crise agricole et de la diminution de la population active rurale, dans le sens d’une orientation plus nette vers l’élevage aux dépens des productions végétales (tableaux 9 et 10 et annexes, tableaux 15 et 16).

Tableau 9 - Nombre d’animaux selon les « notables experts »Tableau 9
Tableau 10 - Nombre d’exploitations « sans… ». Évolution par types d’exploitationsTableau 10
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Pour 1806, le dénombrement des animaux est établi à partir des données de l’an X, de l’an XII et de l’enquête de 1809-1810. En 1836, l’enquête cantonale précise que les bœufs mis à l’engrais pendant l’été ne sont pas comptés. Le problème général des données de population animale dans ces enquêtes est que rien ne permet de connaître la période de référence du comptage, sachant que le nombre d’animaux varie beaucoup au cours de l’année avec une nette tendance à une classique diminution hivernale.

Les produits laitiers

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Selon les notables experts, la production de lait par vache aurait progressé durant les deux premiers tiers de ce siècle, passant de 500-600 litres par an à 1 200-1 300 vers 1850 et à 1 400-1 500 dans les années 1880. Ce lait était principalement transformé en beurre. Les inventaires de toutes les époques contiennent des barattes et leur baratton, le plat de bois et la cuillère, les pots en grès remplis de beurre. En 1806 apparaissent des mentions de « baratte tournante » ; en 1836 et 1866 la baratte n’est plus accompagnée de son baratton dans un nombre significatif de cas (négligence ou signe du caractère commun de la baratte tournante ?). Les suffrages ou faisances comprennent le plus souvent la fourniture de plusieurs livres de beurre par le fermier à son bailleur. La fabrication de fromages est anecdotique en 1690, mais elle est matériellement bien présente en 1806, 1836 et 1866. La statistique cantonale de l’an X signale une petite production de fromages pour la consommation locale.

Les élèves

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Cauvin et Pesche, comme la statistique de l’an X, font part d’une exportation de plusieurs centaines d’élèves. Les bordagers ont peu ou pas d’élèves : soit un veau, soit une « taure » (ou génisse), bien qu’on y rencontre de jeunes mâles de façon significative en 1690. La structure des troupeaux des métairies révélée par les inventaires de 1690 souligne la tendance à conserver une partie importante des veaux et des élèves jusqu’à 2,5 ans qui marque le passage à la production, les mâles en tant que bœufs et les femelles en tant que reproductrices. Si une exploitation conservait tous ses veaux et ses élèves, le nombre de jeunes par vache devrait se situer autour de 2,5 compte tenu des taux de fertilité et de mortalité fournis par différentes enquêtes. En 1690, ce nombre est proche de 2 dans les moyennes et grandes exploitations. Mais il faut aussi tenir compte d’une certaine décharge des étables pendant l’hiver.

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Il semblerait que les métairies fournissent des génisses pleines aux petites exploitations et des bouvards (ou bouvillons) au marché des bœufs de travail. Classiquement les bœufs étaient donc livrés à la boucherie entre 7 et 9 ans après plusieurs années de travail et plusieurs mois d’engraissement, mais au milieu du xixe siècle, cet âge d’abattage est tombé à 3-4 ans, ainsi que le nombre de ces animaux en même temps que la traction chevaline se généralisait. Les bouvards présents en 1690 et en 1806 sont peu nombreux, mais en nombre pair, et ont trois ans ; ils sont destinés au remplacement d’un couple de bœufs qui a fait son temps. En 1836, une évolution se dessine : les bouvards sont âgés de 2 ou 3 ans, ne sont plus toujours en nombre pair et certaines exploitations en présentent un nombre qui dépasse largement les besoins de remplacement des bœufs. En 1866, la transition est terminée, les bouvards ont 1 ou 2 ans et les bœufs sont destinés à l’engraissement. De 1690 à 1866, les taureaux ont moins de 3 ans et servent à la reproduction avant de devenir des bœufs. Il n’y a pas apparence de sélection par les mâles, ainsi que le regrette le préfet Auvray et le rédacteur des notices de l’Annuaire de la Sarthe pour l’an XIII. En comparaison avec 1690, le nombre moyen de jeunes sur les exploitations a diminué de 1806 à 1866 de 1 à 3 unités et le nombre d’élèves par vache est moins élevé d’environ un tiers ; il y a donc un changement dans le système d’élevage bovin et les jeunes sont vendus plus tôt.

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Dans les métairies prises ensemble, si les élèves femelles sont légèrement plus nombreuses en 1690 que les mâles, cela n’est plus le cas en 1806, 1836 et 1866 : les mâles sont devenus plus nombreux que les femelles. Même si la spécialisation n’est pas très marquée, il semblerait que la première moitié du xixe siècle ait vu se dessiner une orientation de l’élevage bovin vers la viande, même si l’on ne peut parler de « pays naisseur » ni de « pays engraisseur », car les deux spéculations sont mêlées. En effet certains exploitants peuvent être considérés comme de petits herbagers. Outre celui cité plus haut, et qui n’a pas été retenu dans l’échantillon, 4 autres à l’activité moins marquée ont été intégrés, 2 en 1806, 1 en 1836 et un dernier en 1866. La présence temporaire de bœufs à l’engrais est attestée même si l’on ne les retrouve que rarement dans les inventaires et s’ils ne sont pas comptés dans la statistique, ainsi que l’atteste la remarque du responsable cantonal de l’enquête de 1836, qui rejoint en cela son collègue du canton de Mamers. Mais la production laitière n’est pas pour autant abandonnée.

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L’absence de spécialisation est la marque du canton et de ses voisins tout au long du xixe siècle, en comparaison d’une part avec les 23 cantons de la Sarthe marqués par une orientation plutôt laitière (femelles très majoritaires et moindre proportion de jeunes) et d’autre part avec les cantons de Brûlon et de Sablé, plutôt orientés vers la production de jeunes bœufs destinés à l’engraissement (forte proportion de mâles et élevage des jeunes). Ces deux derniers groupes supportent bien la comparaison avec ce qu’Annie Antoine dit de l’élevage dans la Mayenne voisine, mais la question est de savoir si le canton de Marolles est bien situé dans le même Ouest que celui qu’elle décrit [44][44] Antoine, 1995 et 1999..

Les chevaux

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On peut faire les mêmes observations pour l’élevage des chevaux. En 1690, ils étaient essentiellement consacrés au portage ou assistaient les bœufs de labour et le nombre de poulains élevés était proportionnellement plus important qu’au xixe siècle. En moyenne, les juments portaient un poulain tous les 3 ou 4 ans. Au xixe siècle, avec le développement de la traction chevaline, ce ratio semble être resté le même (une naissance annuelle pour 4 juments) mais soit les poulains ne sont pas conservés longtemps sur l’exploitation, soit toutes les juments ne sont pas soumises au même rythme de gestation. Une exploitation moyenne ou grande sur deux présente désormais une pouliche de 2 ans prête à remplacer une jument déclarée « hors d’âge ».

Les ovins et caprins

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Entre 1690 et 1836, les ovins se raréfient avec la régression sensible des chaumes. En outre, d’après Cauvin et Pesche, les conditions locales ne sont pas très favorables au développement de cet élevage. Les chèvres se sont répandues malgré les récriminations contre leurs déprédations, exprimées dans les enquêtes de l’an XII et de 1836 de quelques cantons et dans un bail où le propriétaire en interdit la possession et rend le fermier responsable des atteintes aux haies par les chèvres des autres villageois. Les inventaires révèlent une diminution des ovins encore plus importante que celle de la statistique. Mais ils ne tiennent apparemment pas compte des moutons achetés le temps d’une saison pour être revendus une fois tondus et engraissés. En 1806, un bordager présente ainsi de nombreuses dettes d’achat de moutons et quelques créances de vente ; il devait en pratiquer le commerce, car les surfaces à sa disposition ne permettaient pas un élevage d’une telle ampleur.

Les races

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Quels types d’animaux, quelles races d’animaux, trouve-t-on dans le canton ? L’Annuaire de l’an XIII précise qu’avant la Révolution les juments étaient toutes baies ou alezanes. En 1812, le préfet indique dans l’enquête sur les chevaux que la Sarthe importe plusieurs milliers de chevaux de Bretagne et exporte des poulains vers la Normandie (l’Orne en particulier) par les marchés de Mamers, Alençon et Fresnay [45][45] Arch. dép. Sarthe, 7m162.. Selon Cauvin et Pesche, les chevaux du canton sont de race bretonne et les bœufs de travail sont issus du Poitou, les vaches sont de la race locale. Les bœufs bruns sont poitevins selon les inventaires des années 1805-1807 et ne sont pas majoritaires contrairement à l’affirmation précédente. Dans l’enquête de 1862, les chevaux du canton sont normands ou percherons pour les races du pays et bretons pour les races étrangères ; les bovins sont de race mancelle pour les races du pays et de race cotentine ou percheronne pour les races étrangères. Le durham n’apparaît pas dans les diverses informations sur ce canton.

76

Pour les zootechniciens, la couleur de la robe ne suffit pas à déterminer la race, mais ce critère est le seul disponible dans nos documents. La couleur des robes n’est pas toujours renseignée dans les inventaires et les ventes mobilières, surtout pour les chevaux, les bœufs et les élèves. Elle n’est pas renseignée pour les ovins, les caprins et les porcins au xixe siècle. Chez les bovins, le rouge dominait en 1690 et était beaucoup moins important en 1806, 1836 et 1866 ; les robes cailles ou grises se sont répandues et la race normande est nettement apparue en 1866 (« bringé »). Mais la robe « caille rouge », importante dans les inventaires de 1806, doit être considérée comme locale. Chez les chevaux, la couleur grise que l’on attribue à la race percheronne est nettement dominante en 1836 et 1866 (tableaux 11 et 12).

Tableau 11 - Robe des bovins (%)Tableau 11
Tableau 12 - Robe des chevaux (%)Tableau 12

La taille et le poids

77

La taille et le poids ont aussi augmenté. La statistique de l’an X du préfet Auvray et l’Annuaire de l’an XIII mentionnent des bêtes à cornes d’une espèce moyenne et d’un poids de 700 à 800 livres pour les bœufs les plus gras. L’enquête bovine de 1813-1814 indique un poids de 250 kg pour les bœufs et de 150 kg pour les vaches de l’arrondissement de Mamers, mais rien ne précise s’il s’agit d’un poids brut ou d’un poids net (et de quel poids net ?). L’enquête sur les bestiaux de 1830 et l’enquête statistique de 1836 font état de bœufs pesant environ 300 kg et de vaches atteignant en moyenne environ 200 kg, toujours pour l’arrondissement de Mamers. En revanche le canton de Marolles apparaît plus productif à cette époque avec 500 kg pour les bœufs et 275 kg pour les vaches. En 1862, l’amélioration est encore là puisque les bœufs pèsent 550 kg et les vaches 400 kg dans le canton de Marolles, contre respectivement 490 kg et 320 kg pour l’arrondissement de Mamers. Mais ces chiffres sont plus faibles dans les enquêtes statistiques de 1873 et de 1882.

78

Selon la statistique de l’an X et l’Annuaire pour l’an XIII, les chevaux sont de taille moyenne et ne sont propres qu’au trait et au labour ou à la remonte de la cavalerie légère. La répartition des animaux selon leur usage dans le dénombrement des chevaux de 1812 ne dément pas cette assertion. En 1842, l’armée a du mal à trouver suffisamment de chevaux pour la remonte de l’artillerie. Les chevaux n’étant généralement pas abattus pour être consommés, nous n’avons pas de renseignements sur leur poids avant l’enquête agricole de 1882 où il dépasse les 500 kg. Quant aux porcs, leur poids est estimé entre 95 et 120 kg durant tout le siècle pour un âge d’abattage de 10 à 12 mois.

79

*

80

Quelles conclusions tirer de ces éléments descriptifs ? Sur un siècle et demi, dans le cadre diffus d’une intensification lente de la production, les évolutions techniques les plus nettes concernent d’une part le train de culture, avec le développement de la traction chevaline aux dépens de la traction bovine, et d’autre part le traitement des récoltes de grains et de fruits avec une diminution de la quantité de travail nécessaire, et sans doute une amélioration de la qualité du produit final. Les prairies artificielles et la pomme de terre se sont généralisées, mais les plantes racines sont restées confidentielles. L’élevage a évolué : disparition des ovins, augmentation des porcs, orientation vers un élevage bovin qui n’a pas encore choisi entre le lait et la viande, mais qui a vu diminuer le nombre des élèves sur les exploitations. En revanche, le mode de culture et de préparation du chanvre n’a que peu évolué, sinon à la marge sous la contrainte du changement de la demande, mais sa production a plus que doublé. Relativement favorisé, notre canton ne s’est pas spécialisé et restera longtemps marqué par une activité de polyculture-élevage.

81

Je terminerai enfin sur la question du trèfle par un raccourci de « notable expert ». Le trèfle a permis d’accroître l’indépendance des petits exploitants quant à l’organisation de leur travail en leur permettant de mettre en œuvre leur propre train de culture et même si cela se traduit par un surinvestissement collectif et une augmentation de la surface globale consacrée à l’entretien des animaux de trait [46][46] Ce type de surinvestissement aura lieu à nouveau après.... En permettant l’augmentation de la production fourragère, la légumineuse a donné l’occasion aux petits exploitants d’être plus productifs : elle leur a offert la possibilité de faire les différentes opérations culturales au bon moment sans dépendre de la bonne volonté des exploitants mieux lotis, tout en conservant leur cheptel de rapport. Et si on ne peut pas créditer nettement le trèfle d’une augmentation du rendement des grains, il a permis une amélioration de la production des animaux et l’introduction pour un temps d’un nouveau débouché commercial : celui de sa graine.


Annexe

82

Dans les annexes, tout comme dans les tableaux sans sources présentés ci-dessus, les valeurs sont établies selon un échantillon d’exploitations.

Tableau 13 - Nombre d’animaux de trait par exploitationTableau 13

Moyennes en 1690 et 1836

Tableau 14 - Matériel par exploitationTableau 14

Moyennes en 1690 et 1836

Tableau 15 - Nombre de bovins élèves par vacheTableau 15

Moyennes

Tableau 16 - Nombre d’animaux de rapport par exploitationTableau 16

Moyennes en 1690 et 1836

Je remercie Antoine Follain pour son soutien et ses conseils.


Bibliographie

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  • Antoine, Annie, « Les bovins de la Mayenne (1720-1820). Un modèle économique pour les campagnes de l’Ouest ? », Histoire et Sociétés Rurales, n°4, 2 semestre 1995, p. 105-136 ;
    —, « La sélection des bovins de l’Ouest au début du xixe siècle. Évolution des pratiques et des représentations », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 1999, n°1, p. 63-85.
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  • Bois, Paul, Paysans de l’Ouest. Des structures économiques et sociales aux options politiques depuis l’époque révolutionnaire dans la Sarthe, Paris, ehess, 1984 (1960), 716 p.
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  • Corbin, Alain, Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot, Paris, Flammarion, 1998, 336 p.
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  • Desrosières, Alain, La Politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique, Paris, La Découverte, 2000, 460 p.
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  • Sigaut, François, « Entre pratiques raisonnées et science efficace, l’âge des doctrines en agronomie », in Amouretti, Marie-Claire, et Sigaut, François, (dir.), Traditions agronomiques européennes, Paris, cths, 1998, p. 197-221.

Notes

[*]

Agronome et économiste, 3 rue Marié-Davy, 75014 Paris. Courriel : <michel.gautier@gnis.fr>.

[1]

Sigaut, 1998, pour un aperçu rapide des doctrines agronomiques et Chevet, 1998, pour la diffusion du progrès technique.

[2]

Moriceau, 2002, p. 42-51.

[3]

Les documents des « Nouvelles évaluations des revenus territoriaux » de 1851, 1879, 1884 et 1909 utilisés par Paul Bois dans les années 1950 restent introuvables dans les services départementaux des impôts et du cadastre et n’ont pas été déposés aux Archives départementales. J’ai donc repris la méthode de Paul Bois « à l’envers » pour calculer des revenus à l’hectare et j’ai contrôlé le résultat grâce à d’autres sources : Bois, 1984.

[4]

On trouve quelques références dans l’ouvrage de Paul Bois sur Les Paysans de l’Ouest, les articles de René Plessix sur Mamers et le Saosnois, quelques travaux d’étudiants non publiés et dans mon travail sur 5 communes de ce canton au xviie siècle : Gautier, 1998.

[5]

Cauvin, 1992, pour le canton Marolles-les-Braults, p. 195-198 ; Pesche, 1974, vol. 4 de 1836 pour le canton de Marolles-les-Braults, p. 29-35.

[6]

Manuscrit de Béchameil de Nointel vers 1690 (Bibliothèque Mazarine, Ms 3413) et Manuscrit de 1691 (Arch. dép. Mayenne, Ms 7) ; le second est une reprise du premier avec une mise à jour du nombre de feux par paroisse et l’abandon de l’exposé du montant de la taille.

[7]

Dans le canton de Marolles, l’enquête a commencé à l’automne 1836 par une réunion de l’assemblée statistique cantonale. Les questionnaires communaux renseignés ont été envoyés au préfet par le sous-préfet en mars 1837. Des compléments sur des points particuliers ont été envoyés à Paris à la fin de l’année 1839. La publication officielle imprimée en quatre volumes date de 1840 et 1841. Les données correspondent donc à la situation du milieu de années 1830.

[8]

L’enquête agricole de 1852 n’est pas disponible pour le canton de Marolles-les-Braults.

[9]

Ministère de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics, 1867.

[10]

Sur les problèmes de la statistique agricole et de la statistique en général : Garrier, 1967 ; Scées, 1976 (surtout 1er volume, t. 2, avril 1976, « La statistique estimative des notables ») ; Pour une histoire de la statistique, 1987 ; Desrosières, 2000.

[11]

Gautier, 1998, p. 116-158.

[12]

Dans le cas d’un inventaire suivi d’une vente, il est à remarquer qu’à toutes les époques le produit de la vente est généralement supérieur à la prisée de l’inventaire pour les mêmes objets ; l’écart est parfois égal au tiers du montant de la prisée.

[13]

Elle regroupe les autres communes du canton, outre une commune du canton de Mamers et trois communes du canton de Beaumont et une du canton de Ballon. J’ai ajouté la commune de Doucelles du canton de Beaumont, car elle est quasiment enclavée.

[14]

Une montrée est une visite d’exploitation par deux experts qui établissent de façon contradictoire le montant des travaux de réfections que doit le fermier sortant au fermier entrant ou au propriétaire.

[15]

Le seuil de 15 ha correspond à celui que Bernard Garnier avait trouvé comme limite entre les métairies et les bordages de l’Hôpital général du Mans : Garnier, 1979, p. 104.

[16]

Dans sa définition classique, la population active est différente de la population effectivement occupée, plus difficile à estimer. Cette notion permet d’avoir un aperçu sur l’évolution de la quantité de travail potentiellement disponible localement.

[17]

La population de 1690 ne sera retrouvée qu’en 1901 avec 10 026 habitants.

[18]

La population agricole masculine active est ici définie comme le nombre d’hommes de 15 à 60 ans dont l’activité est principalement agricole. La pluriactivité des ruraux est une constante pluriséculaire. Elle est difficile à évaluer dans notre cas car nous manquons d’informations fiables, d’autant qu’au fil des décennies certaines activités de transformation des produits agricoles ou de fabrication d’outillage ont quitté l’exploitation agricole pour des structures spécifiques.

[19]

Arch. Nat., C 965.

[20]

Arch. dép. Sarthe, série 6M population ; la qualité des comptages de certaines communes n’est pas bonne mais c’est le dernier recensement pour lequel ces renseignements sont disponibles à ce niveau géographique ; en 1896 le dépouillement a été centralisé et mécanisé.

[21]

Gautier, 1998, p. 105.

[22]

Sont considérés comme présents sur l’exploitation le chef de famille, ses enfants de 15 ans et plus présents et les domestiques masculins.

[23]

En revanche ont été exclues de la compilation les exploitations « composites », issues de la propriété ou de la location d’un petit bordage, complétée par de multiples locations de parcelles.

[24]

Par la suite, j’utiliserai l’abréviation ugb (Unités gros bétail). Le nombre d’ugb permet d’agréger les effectifs des différentes catégories d’animaux sur la base de leurs besoins énergétiques. Il a été estimé grâce à l’utilisation simplifiée des formules des zootechniciens pour chaque type d’animal, dont les éléments principaux sont le poids et la quantité produite annuellement (lait principalement). Les poids et la production des animaux sont pour 1690 et 1806 fournis par des informations du xviiie siècle et des rapports du début du xixe siècle (qui ne permettent pas d’établir une évolution notable dans le format et la productivité des animaux retenus) et ceux de 1836 et de 1866 issus de différentes statistiques de l’époque. Ce calcul approximatif permet de tenir compte de l’évolution de la productivité des animaux dans le temps.

[25]

Le fermage à prix d’argent est la règle ; le métayage est rare et résulte de situations particulières (exploitation attachée à une demeure noble ou « basse cour »).

[26]

Arch. Nat., F20/765 et Bulletin de statistique et de législation comparée, 1879, 2e semestre.

[27]

Pitou, 2002, p. 94-99 pour cette question des haies et de la divagation des animaux dans le Maine ; ce point de droit coutumier ne concerne pas uniquement le comté de Laval.

[28]

Selon les termes employés par le maire de Marolles-les-Braults responsable de l’enquête pour le canton.

[29]

La jarosse est une gesse, légumineuse annuelle consommée en vert ou en grain.

[30]

L’hivernache est le mélange d’une légumineuse annuelle et d’une céréale consommé en vert.

[31]

Il faut distinguer la « mouture » de la farine qui est par ailleurs citée en tant que telle dans les inventaires.

[32]

Les documents n’indiquent pas s’il s’agit du trèfle violet ou du trèfle incarnat ; la distinction ne sera faite que dans les années 1870. Le trèfle violet est en général l’espèce la plus cultivée ; en outre c’est l’espèce la mieux adaptée à ce canton.

[33]

Malheureusement l’absence d’éléments descriptifs ne permet pas de déterminer les différences entre ces deux types ; la plus chère a peut-être un avant-train que l’autre n’a pas. L’enquête de 1862 fournit 5 « charrues améliorées » pour 1 124 « charrues de pays » ; mais il y un problème d’interprétation que révèlent les données des autres cantons.

[34]

Frouesse : herse triangulaire utilisée pour égaliser les billons ; herse demoiselle : petite herse triangulaire avec des mancherons ; briseau : herse à émietter et nettoyer le terrain. La plupart de ceux qui ont une demoiselle ont aussi une frouesse.

[35]

Voir par exemple Documents statistiques relatifs à la question de la boucherie, 1856.

[36]

Il s’agit d’un boisseau de 42 à 48 litres selon les marchés et non de 19,84 litres comme celui du Mans (ultérieurement appelé double décalitre) ; au xixe siècle le boisseau local fera 50 litres et le demi-boisseau des mesures 25 litres.

[37]

Le questionnaire de Chaptal, qui a servi de modèle à la statistique cantonale, prend « l’arpent de France » (soit normalement l’hectare) comme référence ; les enquêtes de la période révolutionnaire demandaient une expression des surfaces en arpents de 100 perches de 22 pieds. Mais c’est l’arpent de 100 perches de 25 pieds qui était le plus usité dans cette région, quand il était utilisé, car les références locales étaient plutôt le journal (0,44 ha) pour les terres, l’hommée (0,33 ha) pour les prés et l’arpent des Eaux et Forêts de 22 pieds (0,51 ha) pour les bois.

[38]

Unité de mesure actuelle ; un quintal égal 100 kg.

[39]

Arch. Nat. séries f10 ou f11 et Arch. dép. Sarthe, série 6m. Nombreuses cotes.

[40]

Dornic, 1968, fournit un bon aperçu de cette évolution. Voir aussi à ce sujet Corbin, 1998, chapitre v.

[41]

Chevet, 1998, p. 182-186 et id., 1999, p. 83-103, pour une argumentation plus développée.

[42]

Arch. dép. Sarthe, 7m 223.

[43]

Désert, 1968, p. 79.

[44]

Antoine, 1995 et 1999.

[45]

Arch. dép. Sarthe, 7m162.

[46]

Ce type de surinvestissement aura lieu à nouveau après le second conflit mondial avec les petits tracteurs à essence ; mais, dans ce dernier cas, une partie de l’espace disponible sera libéré immédiatement pour la production commerciale.

Résumé

Français

La doctrine agronomique qui sera liée ultérieurement à la notion de « révolution agricole » insistait sur un schéma de modernisation fondé sur les prairies artificielles. La comparaison entre la situation d’un canton de la France de l’Ouest (Marolles-les-Braults, Sarthe) au Grand Siècle et au cours de la première moitié du xixe siècle permet d’observer l’impact de la substitution du trèfle à la jachère classique sur l’activité des exploitations et les techniques de production. Les bovins sont devenus plus productifs et les petites exploitations ont pu mettre en œuvre leur propre train de culture alors que les productions dominantes sont restées le blé, l’orge et le chanvre.

Mots-clés

  • bovins
  • céréales
  • chanvre
  • chevaux
  • exploitations agricoles
  • France
  • jachère
  • Maine
  • révolution agricole
  • Sarthe
  • trèfle

English

Enlightened agronomists promoted the use of artificial pastures as one of the best ways to improve agricultural products and farms. This paper attempts to appreciate the effect of substituting red clover to fallow on farming techniques, labor and output, through comparative research within a very ordinary district of Western France at two very different periods. Cattle was raised more efficiently, and small farms became more important because they could use their own ploughing team. At the same time cereals and hemp remained the dominant produces.

Keywords

  • agricultural revolution
  • cattle
  • cereals
  • clover
  • fallow
  • farms
  • France
  • hemp
  • horses
  • Maine
  • Sarthe

Plan de l'article

  1. Les sources utilisées
    1. Les sources administratives et documentaires
    2. L’échantillon des exploitations
  2. Situation générale du canton
  3. Des structures agricoles faiblement polarisées
    1. Un binôme spécifique : bordages et métairies
    2. La population active
    3. Évolution de la répartition du territoire agricole
    4. Les forces actives permanentes des exploitations
    5. L’importance des animaux
    6. Un apport complémentaire : les baux d’exploitation
    7. Les assolements
    8. La place des parcs et des clos
  4. Productions végétales et techniques de production
    1. Les mystères de la statistique : les surfaces cultivées
    2. Les cultures
    3. Un archaïsme : la mouture
    4. Une nouveauté : le trèfle
    5. Les prés et pâtures
    6. Les haies
    7. Le train de culture
    8. Le mode de préparation des récoltes
    9. Les rendements
    10. La fertilisation
  5. L’élevage
    1. De plus en plus d’animaux ?
    2. Les produits laitiers
    3. Les élèves
    4. Les chevaux
    5. Les ovins et caprins
    6. Les races
    7. La taille et le poids

Pour citer cet article

Gautier Michel, « À quoi a servi le trèfle ? L'agriculture du Haut-Maine du xviie au xixe siècle », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2006 (Vol. 26), p. 11-51.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2006-2-page-11.htm


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