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Histoire & Sociétés Rurales

2006/2 (Vol. 26)


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Pierre Vidal, Seigneurie et pouvoirs : les commanderies du grand prieuré de Toulouse de l’Ordre de Malte. Les pouvoirs locaux au temps de la monarchie administrative (vers 1660-1792), thèse de doctorat d’histoire, 1 053 p. dactyl., soutenue à l’Université de Toulouse-Le Mirail, le 7 octobre 2006

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Jury : Jacques Poumarède, professeur de droit à l’Université Toulouse-Le Mirail (président du jury), Annie Antoine, professeur à l’Université Rennes 2 Haute-Bretagne, Michel Figeac, professeur à l’Université Michel de Montaigne Bordeaux 3, Francis Brumont, professeur à l’Université Toulouse-Le Mirail (directeur de thèse), Christian Amalric, professeur à l’Université Toulouse-Le Mirail.

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À l’invitation du président, Pierre Vidal présente son travail aux membres du jury, justifiant tout d’abord sa problématique. L’axe d’analyse choisi est l’étude du pouvoir seigneurial au prisme particulier d’un ordre religieux, les chevaliers de Malte, qui exerçaient tous les types de seigneurie et qui ont laissé d’abondantes sources. La période étudiée correspond au moment où les sources sont les plus abondantes et les plus continues. La documentation a aussi imposé le territoire puisque la seule cohérence reconnue est l’échelon du grand prieuré de Toulouse, divisé en plusieurs commanderies, soit un vaste quadrilatère s’étendant du Périgord aux Pyrénées et à l’Océan Atlantique. C’était également, pour Pierre Vidal, l’occasion de parcourir l’axe garonnais pour tenter de relier, dans une histoire commune, les deux métropoles régionales souvent concurrentes : Bordeaux et Toulouse.

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Les sources abondantes ont donc guidé les choix de l’auteur. Elles sont, en grande partie, composées du Fonds de Malte aux Archives départementales de la Haute-Garonne, complétées dans une moindre mesure par d’autres séries des différents fonds départementaux (soit 11 départements couverts par l’ensemble du grand prieuré de Toulouse). L’accent est porté principalement sur l’analyse des quelque 30 000 folios des registres de visites issus de l’administration du grand prieuré et sur plusieurs milliers d’actes isolés extraits des archives particulières des commanderies. L’histoire des ordres militaires est généralement, étroitement associée au Moyen Âge. Or, la principale nouveauté du travail de Pierre Vidal est de mettre l’accent sur l’exceptionnelle durée de vie de ces ordres, du xiie au xviiie siècle, et l’étude des deux derniers siècles reste largement inédite.

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Pierre Vidal a eu recours largement à l’outil informatique. Ainsi, les sources sérielles et quantitatives sur lesquelles il s’appuie (quotités de dîme, valeur des baux à ferme, pension des curés, émoluments des personnels de justice) donnent souvent lieu à une représentation graphique sous forme de tableaux et de diagrammes. Les sources non sérielles, quant à elles, ont été l’objet d’un stockage dans une base de données, facilitant ainsi les tris et les recoupements. Enfin, un volume entier de la thèse est consacré à la cartographie informatisée qui présente l’intérêt de spatialiser les phénomènes évoqués.

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La thèse s’organise en trois grandes parties thématiques. La première présente les différents types de seigneurie exercés dans le grand prieuré de Toulouse dans toutes leurs composantes, avec les droits et les prélèvements qui y sont associés. En effet, ce que l’auteur appelle le « système maltais » présente l’avantage d’embrasser simultanément les seigneuries spirituelle, justicière, foncière et banale. L’inventaire des composantes de ce pouvoir montre qu’il n’a rien de particulier mais qu’au contraire il se coule dans les pratiques locales car Pierre Vidal corrobore les résultats mis en évidence par d’autres auteurs sur un espace plus restreint, tels Jean Bastier pour le Toulousain ou Gérard Aubin pour le Bordelais. Le grand mérite de ce travail tient à la volonté d’embrasser une échelle géographique vaste où les disparités régionales restent fort nombreuses. Autre tentative menée avec courage par Pierre Vidal : mesurer le poids de l’imposition seigneuriale en synthétisant les prélèvements auxquels les populations locales étaient soumises, calcul éminemment difficile qui ne prétend pas à l’exactitude car l’échelle d’analyse en ce cas devrait être celle de la parcelle. Mais l’auteur tente de brosser une vue d’ensemble de l’emprise seigneuriale.

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Le deuxième axe développé est relatif au personnel des commanderies. La plupart des visites des commanderies font état de l’absence du commandeur. Or, en exerçant tous les types de seigneurie, l’Ordre de Malte ne pouvait déléguer son pouvoir à une seule personne. Ainsi, curés, personnels de justice, fermiers gèrent, chacun en ce qui le concerne, un pan du pouvoir seigneurial. Mais la clé de voûte de ce personnel reste le procureur, homme de confiance pour les affaires temporelles et spirituelles. Son recrutement se fait le plus souvent dans l’Ordre ou dans la famille du commandeur. À l’échelle locale, pour célébrer le culte divin, le commandeur nomme les curés des paroisses, faisant appel à des locaux bien formés, une bonne formation des personnels qui se retrouve aussi chez les officiers de justice. Quant aux droits économiques des commanderies, ils sont attribués aux enchères. Les baux les plus modestes sont souvent alloués au monde paysan mais le gros des affermes, en nombre (1/4) mais surtout en argent, est passé avec des marchands qui apportent des garanties financières solides. En fait, de cette étude du grand prieuré de Toulouse, Pierre Vidal fait ressortir la multitude du personnel (plus de 3 000 personnes identifiées), et il pose la question des réseaux tant familiaux que clientélistes. Contrairement aux idées reçues, l’auteur montre que ces réseaux, s’ils existent, n’impliquent qu’une proportion faible du personnel du grand prieuré, environ 10 %, et ne mettent pas en jeu des stratégies dynastiques ou cooptatives clairement identifiables.

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La troisième partie du travail met l’accent sur les conflits engendrés par l’exercice du pouvoir seigneurial. L’analyse s’appuie sur un corpus de 500 procès, parmi lesquels Pierre Vidal distingue trois catégories de conflits : les atteintes aux privilèges de l’Ordre, les résistances à la seigneurie (tensions endogènes au sein des commanderies) et les attaques contre la seigneurie (tensions exogènes à ces mêmes territoires). En effet, les privilèges de l’Ordre de Malte suscitent envies et jalousies de la part d’autres privilégiés : officiers royaux, nobles ou clergé séculier, qui contestent certaines règles de préséance, la perception de la dîme ou encore l’inscription des domaines des commandeurs aux rôles des tailles. Les résistances à la seigneurie sont aussi le fait des tenanciers des commanderies qui acceptent difficilement de payer dîmes et rentes foncières ou refusent de passer de nouvelles reconnaissances féodales. Les attaques contre la seigneurie sont le fait des pairs du commandeur, ceux qui exercent un pouvoir sur des territoires voisins, avec une large part de conflits d’ordre foncier. Le groupe social le plus revendicatif comprend les nobles et les bourgeois titulaires d’une seigneurie et non pas les paysans qui ne représentent en fait que 20 % des causes portées en justice. Autre résultat qui rejoint la première assertion : les régions les plus procédurières sont le Toulousain (1/4 des procès) et le Bordelais (1/5), c’est-à-dire le plat pays des deux métropoles parlementaires où la noblesse de robe est souvent en butte au pouvoir des chevaliers. La chronologie des affaires montre un pic net de l’activité judiciaire dans le dernier quart du xviie siècle, au moment où le roi réorganise ses domaines et ses seigneuries, ce qui permet à Pierre Vidal de moduler le concept généralement admis de réaction féodale. D’après l’exemple de l’Ordre du Malte, la hausse des procédures au xviie siècle met plus en jeu des seigneurs concurrents de l’Ordre que des tenanciers.

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Annie Antoine prend la première la parole et affirme son intérêt pour un sujet de droit féodal traitant de la gestion du temporel d’une seigneurie « presque » ordinaire, si ce n’est que le grand prieuré de Toulouse est beaucoup plus vaste que la moyenne des seigneuries et que les sources ne sont pas celle d’une seigneurie classique. En effet, point de chartrier ni de terrier à la disposition de Pierre Vidal, mais des procès-verbaux de visites des commanderies, très complets, qui témoignent d’un niveau poussé de rationalisation de la part des chevaliers de Malte. Les sources ont conduit Pierre Vidal à privilégier l’étude de la « directe » de la seigneurie sur celle du domaine. Si les sources, la bibliographie et les notes de bas de page sont très bien présentées, on regrette quelque peu le manque de lisibilité de certains documents graphiques et l’absence de cartes véritablement synthétiques. En outre, Annie Antoine reconnaît les apports de Pierre Vidal à la connaissance d’une seigneurie originale mais aurait apprécié davantage de comparaisons avec les autres seigneuries plus classiques et les problématiques actuelles de façon, justement, à mettre plus en avant la particularité mais aussi la conformité de celle de l’Ordre de Malte. L’analyse de l’auteur aurait pu partir davantage des réalités quotidiennes dont témoignaient les archives, pour présenter un résultat un peu moins théorique et plus critique. Par ailleurs, les sources judiciaires gagneraient en intérêt à être analysées sous le prisme du poids de la seigneurie sur les communautés rurales.

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Michel Figeac loue le caractère courageux et novateur d’une démarche consistant à explorer les fonds peu connus du temporel de Malte, de 1660 à la veille de la Révolution française, grâce au concept transversal de pouvoir. Il considère que les apports majeurs de cette thèse sont de montrer que la seigneurie de Malte respecte les particularités régionales mises en évidence par d’autres auteurs, mais le grand avantage du fond exploité est d’envisager le Bassin aquitain dans tout son espace géographique. Les régions de faible dîme, comme le Bordelais, subissent des agrières assez lourdes, tandis que les zones du sud de l’Aquitaine, où le prélèvement décimal est plus fort, bénéficient d’une imposition foncière plus légère. En revanche, l’espace entre Gers et Baïse cumule les prélèvements lourds. L’espace régional s’articule en effet autour de cette dichotomie nord/sud. Michel Figeac regrette toutefois que la tentative de calcul du poids des redevances foncières sur les habitants soit un peu confuse et qu’elle ne corresponde à rien de ce que l’on savait tant à partir des travaux de Gérard Aubin qu’à partir de monographies. Un autre apport de ce travail est de souligner que, malgré l’absentéisme généralisé des commandeurs, les seigneuries maltaises sont bien gérées avec un personnel compétent et consciencieux. Michel Figeac apprécie enfin beaucoup la remise en question du concept de réaction seigneuriale. En effet, 143 affaires sont traitées (28 % du total) entre 1650 et 1689, alors qu’elles s’effondrent après 1750. L’analyse des acteurs de la contestation montre bien que le groupe social le plus actif est celui de la noblesse, de la gentilhommerie provinciale surtout. Cette thèse constitue alors un nouvel éclairage sur les motivations de la révolte nobiliaire à la veille de la Révolution. Un monde des hobereaux jaloux des pouvoirs qu’exercent les congrégations religieuses ou encore des nobles de robe urbains, anoblis de fraîche date, qui voient dans leur soumission à la féodalité une atteinte à leur prestige nouvellement acquis. Michel Figeac regrette toutefois une analyse un peu trop juridique, institutionnelle et normative tendant à manquer de vie, faute de parcours biographiques. À cette remarque, Pierre Vidal consent très largement mais argue de l’ampleur de la tâche à accomplir sur plus de 11 départements et du recoupement probable avec certaines sources de l’Ordre. Enfin, Michel Figeac déplore que la dimension chronologique du sujet soit un peu escamotée, empêchant ainsi de mettre en évidence l’originalité des années 1650-1700, ou bien encore d’évoquer le problème de la modernisation de la seigneurie au siècle des Lumières.

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Francis Brumont rappelle, quant à lui, le plaisir qu’il a eu à diriger cette thèse. Il confirme que certaines cartes auraient pu être davantage synthétisées pour que l’ensemble de l’analyse gagne en accessibilité. Francis Brumont met toutefois l’accent sur la qualité et l’originalité du travail présenté ce jour, posant aussi la question de la représentativité de cette seigneurie. Après discussion avec Pierre Vidal, il apparaît nettement que, malgré ses spécificités tant de nature que géographiques, la seigneurie de Malte reste dans l’ensemble conforme dans au modèle seigneurial classique.

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Christian Amalric affirme que cette thèse représente un apport considérable dans l’historiographie de la France d’Ancien Régime car les sources volumineuses étudiées par Pierre Vidal avaient, jusqu’alors, effrayé nombre de chercheurs. Le premier axe fort de l’étude réside, effectivement, dans la démonstration d’une systématisation administrative dans le grand prieuré de Toulouse qui n’est, à l’origine, qu’un conglomérat de droits seigneuriaux composites. Pierre Vidal montre à l’œuvre une gestion seigneuriale d’une rare performance, peut-être plus efficace d’ailleurs que certaines administrations royales. Le second point fort de la thèse tient à sa dimension spatiale. En effet, malgré l’émiettement structuré de la seigneurie, l’auteur est parvenu à traduire spatialement une réalité géographique complexe, et son analyse multi-scalaire constitue un apport majeur à l’histoire du rural. Christian Amalric suggère que l’étude plus approfondie du sommet de la « pyramide seigneuriale », à savoir les assemblées générales bi-annuelles à Toulouse, le produit global de la seigneurie et la partie du revenu envoyée à Malte, auraient permis de mesurer plus précisément la prospérité du grand prieuré. Pierre Vidal répond alors que le produit global du grand prieuré est évoqué dans la thèse de Gagnieux (1973), mais qu’il n’est pas réellement représentatif de ce qui se passe au niveau local.

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Enfin, Jacques Poumarède apporte un éclairage juridique sur ce travail. Il affirme que Pierre Vidal maîtrise l’ensemble des notions de droit. Il souligne également les nombreux apports de la thèse pour l’histoire de la seigneurie. Il évoque certaines approximations conceptuelles, notamment la confusion entre « curé primitif » et « curé patron », différence sur laquelle est fait un rappel précis et argumenté lors de l’entretien.

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Après délibération, le jury a décerné à Pierre Vidal le titre de docteur en histoire moderne de l’Université de Toulouse Le Mirail, avec la mention très honorable et ses félicitations.

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Stéphanie Lachaud

Natacha Bonnet, Seigneurs et planteurs, entre Ouest Atlantique et Antilles : quatre familles du xviiie siècle, thèse de doctorat d’Histoire soutenue à l’Université de Nantes, le 21 octobre 2006

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Jury : Annie Antoine, professeur à l’université de Rennes 2 (présidente de jury) ; Guy Saupin, professeur à l’université de Nantes (directeur de thèse) ; Philippe Haudrère, professeur à l’université d’Angers (rapporteur) ; Jacques Péret, professeur à l’université de Poitiers (rapporteur) ; Érick Noël, maître de conférences à l’université de Nantes.

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La thèse présentée par Natacha Bonnet trouve son origine dans l’étude des réseaux de sociabilité et de l’assise foncière d’une famille angevine implantée à Saint-Domingue. Les itinéraires de trois autres familles ayant investi aux Antilles y sont analysés. En s’appuyant en particulier sur des fonds privés, elle a exploité des documents originaux et inédits, parfois difficiles d’accès, conservés chez des particuliers ou déposés dans des dépôts d’archives.

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Son travail aborde le thème de l’investissement colonial sous un angle nouveau en envisageant l’analyse des patrimoines familiaux de part et d’autre de l’Atlantique alors que jusque là, la majorité des études coloniales s’étaient limitées au versant antillais, n’offrant qu’une brève présentation de la situation en métropole. Sa recherche, centrée sur les investisseurs, exclut les familles de négociants et d’armateurs au profit d’une élite, noble ou bourgeoise, rentière du sol. Quatre itinéraires familiaux ont ainsi été confrontés : 1. celui des Pays de Lathan, famille issue de la bourgeoisie sarthoise, anoblie dans le premier tiers du xviiie siècle, implantée à l’est de l’Anjou ; 2. celui des Stapleton, appartenant à la noblesse débarquée irlandaise et issue de la vieille noblesse installée à Nantes, d’abord, dans l’Anjou ensuite ; 3. celui des Galbaud du Fort, famille de la petite noblesse de robe, également fixée dans la cité nantaise ; 4. celui des Le Chauff de Kerguenec, petite noblesse rurale bretonne installée dans la presqu’île guérandaise. Le choix des familles a tenu compte d’une part de la qualité des sources qui devaient permettre de comparer les domaines antillais, en particulier sur la question de la production et des résultats financiers, d’autre part de l’aptitude de ces itinéraires familiaux à représenter la diversité des typologies sociales présentes aux îles. Les sources familiales, plus riches, ont été déterminantes dans la définition du xviiie siècle comme champ d’étude. Ce choix offrait un double avantage : il s’inscrivait dans la période de l’apogée du commerce colonial nantais et du plein essor de l’économie de plantation ; il permettait de suivre le devenir des propriétés durant et après la Révolution française. En se plaçant de part et d’autre de l’Atlantique et dans une démarche comparative, le but de la thèse était d’apprécier comment une expérience de planteurs antillais, impliqués dans le commerce international, a pu ou non déteindre sur les pratiques seigneuriales de gentilshommes ruraux de l’Ouest atlantique.

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Natacha Bonnet a organisé son travail en trois axes. Tout d’abord, elle s’est attachée à la description des lignages dans leur ascendance, leur stratégie sociétale et matrimoniale, ainsi que dans leurs cadres de vie antillais et métropolitains. Plusieurs résultats ont été dégagés. Pour trois des quatre familles, les réseaux d’alliance sont tous des vecteurs d’héritages coloniaux, même si dans la seconde moitié du xviiie siècle, la créolisation des aînés n’a pas été poursuivie par les descendants. Autre point commun, l’étude des bibliothèques ainsi que le très bel exemple du cabinet d’histoire naturelle de Lathan mettent en évidence la double identité culturelle de cette élite nobiliaire. En revanche, la nature et la superficie des domaines distinguent les familles. Les investissements sont très inégaux. La puissance financière de trois des quatre familles pose la question de l’origine des capitaux investis et des liens financiers avec la colonie. Natacha Bonnet démontre l’interaction entre la constitution des patrimoines de chaque côté de l’Atlantique.

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La deuxième partie offre un tableau des structures agricoles des domaines fonciers métropolitains et antillais et des conditions de leur mise en valeur, avec une étude spécifique de la main-d’œuvre servile. La mise en valeur des exploitations agricoles métropolitaines est diversifiée : affermage de tout ou partie du domaine, exploitation foncière plus ou moins extensive. À l’inverse, la structure agraire antillaise est plus comparable d’une plantation à l’autre. Un modèle s’impose, celui de la monoproduction sucrière. La structure est latifundiaire, il s’agit d’une agriculture commercialisée et spéculative qui engage de lourds investissements en main-d’œuvre, infrastructures et matériel. Enfin, la production est assurée par le travail servile. Natacha Bonnet s’attarde sur la démographie de la population servile et sur l’organisation du travail au sein d’ateliers d’esclaves. Malgré les efforts sanitaires et la mise en place d’une politique nataliste, les conditions démographiques ne s’améliorent pas à la fin du xviiie siècle. L’auto-renouvellement de la population esclave n’étant jamais atteint, la main-d’œuvre servile doit constamment être renouvelée.

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L’analyse des modes de faire-valoir coloniaux et seigneuriaux et des bilans financiers permet de répondre à la question de la rentabilité des investissements fonciers. Concernant les modes de gestion, ils donnent l’impression d’une primauté de la terre sur les droits. Cette primauté de la terre ne signifie pas pour autant une négligence de la perception des droits, bien au contraire. Toutefois, la différence entre le féodal et le foncier tend à s’estomper. Cette gestion rationnelle n’est pas exceptionnelle. Ce qui l’est en revanche, est la rapidité avec laquelle trois des familles ont opéré pour se constituer de telles entités seigneuriales. Les propriétaires sont ouverts aux techniques nouvelles de culture afin de rationaliser au mieux la gestion de leurs seigneuries, tout en utilisant habilement les possibilités que leur offre la législation féodale. Cette gestion attentive, rigoureuse voire participative, peine à s’exercer dans le contexte colonial. La mise en gérance des habitations antillaises reste propice à une grande instabilité pour les postes des petits blancs en charge de la gestion des exploitations coloniales. Il est difficile d’appréhender la rentabilité des propriétés coloniales. Du fait de l’endettement et de la moindre rentabilité de certaines fabriques sucrières à la fin du xviiie siècle, elle se révèle très inégale. La politique d’investissement humain servile est la variable la plus importante pour améliorer la rentabilité. Le devenir des patrimoines familiaux durant la tourmente révolutionnaire et au lendemain de la Révolution reste incertain. Les habitations n’échappent pas à l’insurrection et aux soulèvements serviles qui envahissent toute la colonie à partir de 1791. L’exemple d’une sucrerie témoigne d’une situation contrastée opposant les quartiers soumis à l’occupation anglaise – celle-ci ayant permis de rétablir le calme et favorisé le redémarrage de la production – et les quartiers que la France était parvenue à conserver, plus exposés au climat insurrectionnel. Certains planteurs ont profité de la conjoncture pour mettre en place un réseau commercial avec les négociants hollandais, nord-américains et surtout anglais. En métropole, la dépossession est chronologiquement antérieure. Mais, dans l’ensemble, les familles réussissent assez rapidement et presque entièrement à racheter leurs biens immobiliers séquestrés et les anciens domaines seigneuriaux restent en place.

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Au terme de son travail, Natacha Bonnet propose deux nouvelles pistes de travail : l’une concerne le devenir des colons, l’autre la rentabilité coloniale. Entre les analyses qui établissent que l’activité des plantations a produit des enrichissements considérables à la base du capitalisme du xixe siècle et la contre-théorie expliquant que la Révolution n’a fait qu’achever un système moribond, les exemples français ne permettent pas de trancher. Ils témoignent de la disparité des résultats financiers. Il faut donc multiplier les études comparatives tant pour d’autres familles ligériennes que pour les ports de Bordeaux et du Havre voire d’autres régions européennes.

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Guy Saupin, directeur de thèse, insiste d’abord sur l’ampleur et la rigueur du travail effectué par Natacha Bonnet. Il la félicite pour avoir mené à bien sa recherche alors qu’elle exerçait en parallèle une activité professionnelle. Il approuve complètement l’approche monographique retenue qui permet de poser une vraie problématique de comparaison foncière. Il loue les efforts consentis par Natacha Bonnet pour étudier les comptabilités coloniales des sucreries, thème très difficile et peu abordé par les chercheurs. L’étudiante avait d’ailleurs pris la précaution de faire expertiser les bilans familiaux par un spécialiste des procédés de comptabilité coloniale d’Ancien Régime. Le travail permet de nuancer et parfois de contrecarrer certaines études qui concluaient à une baisse générale de la rentabilité des établissements domingois à la fin du xviiie siècle. Il met bien en évidence le fait que les familles coloniales étudiées apparaissent comme des héritiers aux îles et des constructeurs en métropole. Guy Saupin formule ensuite plusieurs remarques : premièrement, il aurait aimé que l’ascendance sociale d’une des familles soit plus clairement établie. Il souligne également la part d’ombre concernant la provenance d’une partie des capitaux investis dans l’arrière-pays angevin par une autre famille, d’origine irlandaise. Il partage cependant l’idée avancée par l’auteur de la thèse qu’il pourrait s’agir de rapatriement de capitaux laissés en Irlande, avant leur exil du pays à la toute fin du xviie siècle. Il aborde ensuite les aspects coloniaux et tout d’abord celui de la servilité. Il pose la question de l’évolution du système de mise au travail forcé qui tend à intéresser de plus en plus les esclaves, notamment sur l’une des sucreries étudiées, offrant primes et récompenses, moyennant certaines besognes de coupes de canne ou de défrichement. Il souligne la difficulté qu’il y a à calculer la rentabilité des exploitations domingoises et insiste sur la nécessité de multiplier au maximum les données comparatives face à des profits particulièrement importants à l’extrême fin du siècle pour l’une des familles. En ce qui concerne l’estimation de la valeur des plantations calculée à partir des processus d’indemnisation des anciens colons au début du xixe siècle, les procédés de comparaison utilisés par l’auteur en s’appuyant sur des contrats de vente chronologiquement proches, ont montré qu’il convient de garder une grande prudence face à ces estimations de quarante années postérieures à la période étudiée.

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Philippe Haudrère, rapporteur, dit tout d’abord sa satisfaction de retrouver Natacha Bonnet dont il avait présidé le jury de soutenance de maîtrise à Angers. Il insiste sur l’originalité du travail, la diversité et le volume des sources dépouillées par la candidate et sur le mérite qu’elle a eu de s’attaquer à des fonds familiaux, souvent difficiles d’accès. Il souligne ainsi l’intérêt du chapitre consacré à la population servile, étudiée à partir d’actes originaux. Concernant les sources, il fait toutefois remarquer que, pour la noblesse de l’une des familles, Natacha Bonnet aurait pu utiliser davantage les archives nationales, qui auraient permis de mettre en évidence, plus que cela a été fait dans la thèse, le cercle relationnel de la vieille noblesse entourant cette famille originaire d’Irlande. Il montre tout l’intérêt qu’il y aurait à rapprocher le parcours de cette lignée avec celui d’une autre, également irlandaise et pareillement propriétaire dans l’arrière-pays angevin. Il souligne l’importance des conséquences des dévaluations financières du début du xviiie siècle, particulièrement lorsqu’il s’agit de comparer les valeurs monétaires inscrites dans les inventaires mobiliers respectifs des familles. Enfin, il apprécie la structure du plan qui s’est attaché à conserver tout au long de la thèse une parfaite symétrie entre les horizons antillais et métropolitains, même si les parties en sont de longueur un peu trop inégale.

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Jacques Péret, également rapporteur, commence son propos en félicitant Natacha Bonnet pour le soin apporté à la présentation matérielle de la thèse, tant l’orthographe, les graphiques et les cartes, que l’écriture qu’il qualifie de sobre et précise. Il regrette toutefois le manque de cartes de situation dans les premiers chapitres. Il affirme que la candidate maîtrise bien son abondante bibliographie et ses sources, avec des références nombreuses et précises tant dans le texte que dans les notes infra-paginales. Il loue le projet de Natacha Bonnet qui était ambitieux, original et difficile. Jacques Péret souligne le mérite de la candidate d’avoir ainsi travaillé sur une économie sérielle, qui repose sur une masse de sources très variées et dispersées, notamment de nombreux fonds familiaux dont on connaît bien la difficulté et l’hétérogénéité. Il interroge la candidate sur la représentativité sociale des quatre familles étudiées par rapport aux autres migrants établis à Saint-Domingue. Concernant l’aspect colonial, il indique que les stratégies communes et l’attrait pour l’eldorado des îles sont bien appréhendés. La candidate a su mettre en relation les investissements antillais et les achats fonciers métropolitains, à partir d’une quantité de livres de comptes et de bilans financiers familiaux qui prouvent ses qualités d’analyse économiste. Il a particulièrement apprécié la troisième partie, dans laquelle Natacha Bonnet apporte beaucoup sur la constitution et la structure des grands domaines nobiliaires et sur les stratégies de ces rassembleurs de terres dont la lignée irlandaise constitue un remarquable exemple. L’auteur de la thèse a su mettre en évidence un système foncier où le régime seigneurial reste vivace. La tendance à la rationalisation des exploitations est parfaitement mise en valeur avec une profusion d’exemples chiffrés. Il apprécie également que l’étude ait été prolongée au xixe siècle, ce qui permet de dresser un tableau des patrimoines familiaux au lendemain des troubles révolutionnaires, après le rachat des biens qui avaient été séquestrés. En revanche, il aurait souhaité que l’étude des preneurs, fermiers ou métayers, soit approfondie.

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Érick Noël souligne les qualités de la présentation et le peu de coquilles rencontrées dans le texte de la thèse. Il apprécie la problématique et le choix monographique retenu qui permettent de rendre compte de l’originalité des parcours familiaux. Les bornes chronologiques de la thèse donnent l’occasion d’appréhender la conjoncture coloniale pendant la période du directoire qui est particulièrement importante pour la sucrerie Maré. Les fonds des archives nationales auraient pu être plus systématiquement mis à contribution, de même que les cartes et plans conservés à la bibliothèque nationale. En revanche, il souligne que l’utilisation des fonds de l’indemnité a permis d’obtenir des données comparatives intéressantes, correctement présentées dans des tableaux de synthèse. Il a particulièrement apprécié l’étude des stratégies matrimoniales mises en œuvre par les familles pour obtenir des héritages sucriers, ainsi que les développements relatifs à la comptabilité coloniale. Cependant, il fait remarquer que la conversion en livres coloniales pour les valeurs des sucreries fournies par les actes notariés aurait mérité d’être plus rigoureuse. En ce qui concerne la main-d’œuvre servile, il insiste sur l’intérêt des annexes qui présentent l’évolution démographique et sociale de la plantation sur un siècle entier.

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Annie Antoine, présidente du jury, commence son intervention en félicitant Natacha Bonnet d’avoir choisi un sujet d’histoire sociale et économique. L’angle d’attaque retenu – travailler à partir de destins individuels – lui paraît pertinent et elle aurait même souhaité encore plus de détails relevant de la vie quotidienne, aux Antilles notamment, de façon à pouvoir restituer davantage l’environnement social. Elle note que le plan est bien construit, rigoureusement comparatif entre les deux continents. Les annexes, volontairement réduites, lui paraissent bien sélectionnées. Elle déplore en revanche que les conclusions partielles ne soient pas assez rigoureusement ou inégalement rédigées, mais elle retient la qualité de la conclusion finale. De la même façon, elle regrette que n’aient pas été fournies, dès le début, des données foncières comparatives pour chacune des propriétés métropolitaines et antillaises étudiées. Les tableaux récapitulant les superficies auraient pu être multipliés. Pour les inventaires après-décès, la méthode d’analyse est rigoureuse, mais un peu trop formelle et, au-delà des calculs financiers, les preuves de la présence antillaise pour chacune des familles auraient gagné à être systématiquement mises en valeur. Concernant l’étude des exploitations en métropole, Annie Antoine souligne la qualité et l’intérêt du travail. Le corpus des propriétés étudiées se situe pour les unes sur les territoires dépendant de la coutume de Bretagne, pour les autres de celle d’Anjou. Elle formule toutefois un certain nombre de réserves, tel l’emploi d’un vocabulaire souvent imprécis pour les titres des tableaux et graphiques et surtout celui du terme « sieurie » qui lui paraît mal correspondre à la petite propriété nantaise d’une famille étudiée. Elle relève également des imprécisions et des erreurs pour les superficies de certaines terres tenues en censives. Enfin, elle encourage la candidate à approfondir la question du droit féodal et à tenter une étude géographique des seigneuries étudiées, notamment celle de l’arrière-pays angevin. Ces remarques sont présentées comme un approfondissement souhaité du travail.

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Les membres du jury ont donc reconnu la grande qualité du travail présenté par Natacha Bonnet et, après délibération, lui ont accordé le titre de docteur en histoire avec la mention très honorable assortie de ses félicitations.

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Murielle Bouyer

Maguelone Nouvel, Les idées sociales de Frédéric Le Play : réseaux de diffusion, réception critique et incidences politiques sous le Second Empire, thèse de doctorat d’Histoire soutenue à l’Université Paul-Valéry Montpellier iii, le 18 mai 2006

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Jury : Geneviève Gavignaud (directeur de thèse), Christian Amalvi, Francis Démier, Gérard-François Dumont et André Gueslin (président).

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Deux cents ans après sa naissance, cent-cinquante ans après la fondation de son école, Frédéric Le Play n’avait fait jusqu’à présent l’objet d’aucune étude historique systématique. Sujet à suspicion après sa récupération par Vichy, il est redécouvert vers 1980 par les sociologues que sa méthode attire, par les ethnologues qu’intrigue la famille-souche, par les historiens qui s’intéressent à ses idées politiques et sociales. Maguelone Nouvel va plus loin en mettant la personnalité de Le Play au centre de ses préoccupations, en étudiant le contexte dans lequel sa pensée a vu le jour, les réseaux qui l’ont relayée et les multiples niveaux de sa réception. S’appuyant essentiellement sur les écrits, les comptes rendus et la correspondance de Le Play, elle va droit aux sources de sa pensée, trace sa biographie, esquisse sa psychologie et restitue les objectifs qui furent les siens : résoudre la question sociale en en restaurant l’harmonie par la promotion d’institutions comme la famille souche et le patronage. Ce programme, qui s’appuie sur deux pivots, la restauration religieuse et la réforme successorale, a suscité dès son époque une immense controverse. Les libéraux et les socialistes repoussent son conservatisme, les conservateurs hésitent devant la défense des libertés, mais approuvent ses projets de décentralisation. Le projet de Le Play apparaît ainsi socialiste au sens de la question sociale, chrétien, empiriste, entre conservatisme et libéralisme. Bénéficiant de sa notoriété d’homme de science, il parvient à réhabiliter le contrat successoral, influe sur le patronage industriel et annonce la décentralisation, mais ses conceptions sur la liberté de tester, le patronage, la famille souche sont rejetées, sauf par les catholiques libéraux. L’originalité de son programme, son intransigeance peu propice aux compromis, basée sur sa croyance dans la scientificité de sa méthode, le soutien insuffisant de l’empereur, conduiront à son échec et finalement à la récupération de certains de ses propos par les ultras. Le jury ne tarit pas d’éloges sur cette thèse « minutieuse, efficace, talentueuse », basée sur la méthode très le-playsienne de l’appel à témoins (G. Gavignaud-Fontaine), sur une mise en perspective historique riche de lectures et « bien campée », montrant bien les contradictions de la doctrine (F. Démier, C. Amalvi), dans un style qui peut servir de modèle, agrémenté d’un corpus de notes remarquables (G.-F. Dumont), « un vrai bonheur d’écriture » (A. Guesclin). Chacune des interventions des membres du jury est l’occasion d’instaurer une discussion avec l’auteur, toujours soucieuse d’apporter les précisions demandées et d’approfondir le débat engagé. Geneviève Fontaine dresse le tableau des personnalités convoquées par Maguelone Nouvel, de Toqueville à Montalembert et à Sainte-Beuve. Le Play, brillant polytechnicien, gère son réseau en diffusant ses idées par ondes de proximité, des ingénieurs aux réformistes de 1848, des salons parisiens (celui de la princesse Mathilde), aux Académies et aux Sociétés charitables. De formation catholique puis saint-simonienne, homme de cœur outré par les conséquences du libéralisme, il s’engage dans le combat social sous la bannière chrétienne, promouvant une religion morale où s’exercent l’autorité du père et du patron et un projet social basé sur la liberté religieuse et économique, cette dernière maintenue toutefois à l’écart du libre échangisme. Ainsi défilent tous les sujets de débat du xixe siècle ; héritage, propriété, exode rural, famille, émancipation des femmes. Cependant, sûr de sa méthode qui consiste à ne rien avancer qui ne soit prouvé par le terrain, qui procède à la construction d’une théorie par raisonnement déductif, Le Play n’a pas toujours conscience de l’absence de pertinence globale de l’ensemble qu’il met en place, dont seules les parties sont fondées. Cette relative incohérence ouvre la porte à toutes les dérives. Les conservateurs approuvent les aspects moraux et religieux, la liberté testamentaire, les libéraux sont sensibles à la liberté mais refusent la prégnance de la famille. À ce point de la soutenance, s’ouvre un débat portant sur la définition qui s’applique le mieux à Le Play : libéral et/ou conservateur ? Maguelone Nouvel opte pour libéral-conservateur.

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Pour François Démier, cette thèse montre que Le Play n’est pas un homme de 1830 (il n’a jamais été orléaniste) mais un homme de 1848 qui, bien qu’il appartienne au parti de l’ordre auquel la guerre civile fait horreur, trouve sa place dans une disparition des systèmes antérieurs qui laisse libre cours à son esprit de synthèse. Il n’aime pas le coup d’État, mais pense que le changement ne peut venir que d’en haut, ce qui le porte vers le pouvoir. La thèse apporte un éclairage nouveau sur sa doctrine, mal comprise en son temps parce qu’à géométrie variable. Lui seul en tient tous les bouts et il ne cesse de la préciser auprès de ceux qui l’interprètent. Ainsi du libéralisme : on ne peut éviter les acquis de 1789, le capitalisme, la liberté individuelle, la tolérance, la confrontation des idées (en particulier religieuses), mais l’individualisme est dangereux. Ainsi de l’égalité : il refuse les corporations que les catholiques sociaux défendent, le retour aux privilèges, mais l’égalité devant l’héritage mène au communisme, la société ne peut être que hiérarchique, la liberté permet l’égalité par l’expression des talents. Contrairement aux libéraux qui voient la solution du problème social dans la croissance, Le Play constate que le capitalisme est précaire, ponctué de crises épouvantables marquées par le chômage. En somme, la seule voie possible est celle de la morale. Hanté par le besoin de faire passer ses idées, il fait appel au chef de l’État, alors qu’il n’aime pas l’État, il veut refaire les élites car le suffrage universel casse les élites, mais il ne parvient à convaincre ni Napoléon III qui, engagé dans une voie plus large articulant petite et grande propriété, se contente de se servir de sa méthode, ni les libéraux, sauf quand ces derniers tournent au conservatisme. La thèse montre bien comment toutes ses contradictions l’ont conduit à l’échec. Dans le débat qui suit, Maguelone Nouvel est amenée à préciser les liens de Le Play avec les divers courants libéraux, à travers le cas de Chevalier et celui du saint-simonisme. Gérard Dumont apporte au dossier son regard d’économiste et de démographe. Il replace Le Play dans le tournant de l’histoire de France dont le rang est en train de se modifier dans l’Europe de ce milieu du xixe siècle, et tient à nuancer l’opinion portée sur l’échec de sa doctrine. Certes, sa pensée est empiriste et inachevée, mais son échec législatif ne doit pas cacher une réelle postérité doctrinale : au-delà des tentatives de récupération, il a réussi à faire bouger des groupes très divers. Et que dire de la loi de 2006 sur la succession ? Un débat s’engage alors sur les stratégies de communication chez Le Play, plus épistolier que polémiste. Pour Christian Amalvi, cette thèse constitue une véritable étude d’archéologie du savoir qui replace Le Play dans son temps et dégage la complexité du personnage. Piéton de l’Europe, allant jusqu’en Allemagne et en Russie, socialiste en 1848, cartésien qui pousse les autres à la critique, il est partisan de la liberté de la presse, reconnaît les erreurs du clergé, est finalement plutôt chrétien que catholique. Deux pistes existent pour un élargissement de cette thèse : l’étude de l’influence de Le Play sur les chartistes et les érudits, l’examen de son attitude après 1870, quand il crée les Unions de Paix sociale et que Charles Gide et Raynart tirent à boulet rouge sur lui. Maguelone Nouvel admet que Le Play a connu une évolution catholique radicale après 1870. Pour terminer, André Guesclin, président du jury, déclare que cette thèse satisfait tous les critères : elle aborde un sujet nouveau avec des sources originales, elle fait montre d’une réelle empathie avec son objet. Le Play y apparaît pour ce qu’il est : un conservateur ouvert, certainement pas un socialiste. Il respecte les coutumes, critique le rousseauisme, la liberté excessive, l’égalité providentielle et le droit à la révolte. Après l’avoir lue, le président devra revoir son ouvrage sur l’Économie sociale écrit il y a vingt ans ! Et, dit-il en conclusion, il est rare de rencontrer des thèses de cette qualité, de cette générosité. Ce qu’approuve le jury en accordant à Maguelone Nouvel la mention très honorable assortie de ses félicitations unanimes.

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Élie Pélaquier

Sébastien Leone, Les Populations de haute montagne face aux contraintes naturelles. Les vallées de Chamonix et Vallorcine (1730-1914), thèse de doctorat d’histoire soutenue le 13 janvier 2006 à l’Université Pierre Mendès France - Grenoble ii, 687 pages de texte et 310 pages d’annexes

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Jury : René Favier (diresteur de thèse, professeur d’histoire moderne, université de Grenoble), Andrée Corvol (directeur de recherches cnrs), Laurence Fontaine (directeur de recherches cnrs), Anne-Marie Granet-Abisset (professeur d’histoire contemporaine, université de Grenoble), Jean-Marc Moriceau (professeur d’histoire moderne, université de Caen), Bernard Debarbieux (université de Genève).

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Après les remerciements d’usage, Sébastien Leone plonge le jury et les auditeurs dans l’objet de sa thèse : étudier les réactions des communautés de haute montagne, à court et long termes, face aux contraintes et aux catastrophes naturelles inhérentes à cet environnement. Un temps relativement long a été choisi : de 1730 aux environs de 1914. Le cadre géographique est celui de la Savoie, et plus précisément des vallées de Chamonix et Vallorcine.

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La thèse, organisée autour de trois axes, s’ouvre sur une analyse des risques et phénomènes naturels anciens en milieu montagnard. Sébastien Leone affirme que face aux catastrophes, les habitants ne sont que rarement pris au dépourvu, les secours ou les travaux d’urgence s’organisant rapidement et efficacement. Synthétisant le premier chapitre de sa thèse, il rappelle que le risque et la catastrophe étant une construction sociale en perpétuelle évolution, il est nécessaire de l’ancrer dans les contextes politiques, sociaux, culturels des populations menacées. La seconde partie met en lumière quelques aspects de l’aménagement des territoires, directement fonction des contraintes subies. Ce sont principalement les problèmes de déplacement et de découpage territorial qui sont abordés. L’environnement et la contrainte dessinent un zonage des dangers que les montagnards ont su, dans une certaine mesure, lire et respecter. La dernière partie s’intéresse au domaine forestier dont la dynamique est contrainte par les avalanches et les torrents. La forêt est un rempart imparfait contre leurs effets : elle protège des destructions, à condition de ne pas être elle-même détruite. Les montagnards tiennent donc tout particulièrement à ce couvert boisé mais ils l’exploitent en fonction de leurs besoins. C’est donc dans cet espace que s’expriment les enjeux majeurs face aux avalanches et sur ce terrain qu’apparaît et se conclut le dialogue souvent conflictuel sur la problématique des risques naturels entre les populations locales et les administrations extra-locales représentées principalement par les forestiers.

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Sébastien Leone justifie ensuite le choix des échelles de temps et d’espace. La plage de temps retenue couvre un changement majeur d’implication des pouvoirs locaux et des administrations dans la gestion du risque. Si, au xviiie siècle, la localité supporte seule les contraintes inhérentes au territoire, à partir de 1914, l’administration extra-locale et l’État gèrent la concession et l’organisation des reboisements ainsi que les travaux destinés à corriger les couloirs d’avalanches et les torrents. Les conseils municipaux n’orientent plus que le choix des zones à traiter. L’auteur regrette de n’avoir pu étudier une zone plus large afin de mieux prendre en compte des éléments d’histoire culturelle, si difficiles à percevoir dans les archives. L’analyse de quelques exemples ponctuels, si elle ne permet pas toujours de définir la règle et l’exception, permet toutefois de porter une attention réelle et concrète à la géographie et aux enjeux locaux ainsi qu’aux aspects matériels liés à des intérêts locaux et même individuels.

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L’utilisation d’outils cartographiques ouvre la discussion sur le cœur du travail : l’écart de perception et de traitement du risque par les populations locales et par l’administration. L’évolution des paysages et de la configuration des vallées est le produit, en partie, des politiques d’aménagement. Alors que les populations locales vivent avec un risque qu’elles tendent à maîtriser, les administrations extra-locales cherchent à le faire disparaître. Le reniement des savoirs et savoir-faire indigènes exacerbe les tensions, créant un sentiment d’incompréhension. Très vite, l’évolution du contexte, et notamment le développement du tourisme, n’a plus permis aux administrations communales de faire face financièrement et techniquement à la nécessité de sécuriser des zones de plus en plus étendues. En terminant son exposé, Sébastien Leone dresse un parallèle entre l’expérience des montagnards et l’expérience des services techniques. La première s’est établie par une longue pratique du terrain, ponctuée d’échecs et de sinistres qui ont contribué à forger ce savoir ; la seconde, une fois écarté ce savoir vernaculaire, procède finalement de la même pratique en sorte qu’elle est encore en cours de constitution en 1914.

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René Favier, directeur de la thèse, prend ensuite la parole et rappelle que cette thèse procède du renouvellement de la recherche historique initié à Grenoble depuis la deuxième moitié des années 1990 dans le champ des risques naturels. Il souligne la nécessité de former de jeunes chercheurs capables de répondre à des demandes institutionnelles. Ce besoin a été pris en compte par la Région Rhône Alpes qui a financé la thèse. Il note que le choix d’un territoire d’étude relativement restreint est justifié par les changements politiques et économiques profonds qui l’affectent au cours de la période retenue. La structuration du travail en trois parties a le mérite de la simplicité.

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La première partie présente le territoire et donne le cadre nécessaire à l’analyse des comportements des populations. Le premier chapitre est plus une compilation bibliographique qu’une recherche fondamentale : certains développements y sont jugés superfétatoires. Les chapitres suivants échappent à cette critique. Le travail d’inventaire des avalanches est passionnant et sera indispensable pour l’interprétation des cartes contemporaines des avalanches dans les deux vallées. Le chapitre trois s’intéressant aux attitudes sociales face aux différentes catastrophes témoigne, au final, d’une culture du risque ancienne qui se démarque d’un quelconque fatalisme. La seconde partie porte sur la volonté d’organiser le territoire face aux risques courus dans les fonds de vallée. Le lien entre histoire et géographie est important, mais le positionnement de l’auteur en tant qu’historien est jugé trop tardif. Les étapes de la mise en place de l’organisation du territoire en trois communes, peut-être sous l’effet de la gestion du risque, n’ont pas été suffisamment analysées. La troisième partie est riche et féconde. Le distinguo est fait entre un mode de gestion montagnard, prudent mais très consommateur de bois dans un contexte d’essor démographique, et une gestion administrative portée par des ingénieurs bardés de certitudes techniques mettant en cause un certain nombre d’équilibres locaux. Les terrains d’affrontement sont correctement présentés ouvrant, à partir des années 1890, à la remise en cause des forêts de réserve et aux débuts des enquêtes sur les couloirs d’avalanches. Le sens du concret de Sébastien Léone et sa capacité à analyser les phénomènes de manière nuancée sont mis en avant, bien que le développement soit trop souvent sectionné et que le style parfois maladroit. Refermant son propos sur les annexes et leur caractère fondamental, René Favier rend hommage au travail de Sébastien Léone.

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Laurence Fontaine félicite le candidat d’avoir choisi d’étudier deux vallées dans la longue durée, ce qui permet de voir les mêmes problèmes dans des contextes politiques différents. Le souci du concret dont fait preuve cette thèse est loué : grande attention à la géographie des lieux, précision dans la description des ouvrages et de leurs projets, des emplacements ou des trajectoires, volonté de prendre en compte tous les aspects matériels des problèmes. Les trois parties du mémoire sont de facture inégale. La troisième partie permet de suivre les complexités, les contradictions des intérêts villageois et les réactions face aux engagements plus ou moins forts des administrations. Les première et deuxième parties souffrent de trop longs développements dont le rapport avec le sujet est souvent distendu et d’un défaut de problématisation. Le jugement est particulièrement sévère pour le premier chapitre : l’approche historiographique est trop datée et les textes n’ont pas été replacés dans leur contexte de production. Certains thèmes comme les migrations ou l’artisanat n’ont été que partiellement traités. En revanche, la qualité descriptive du chapitre deux, le souci de la situation et de la visualisation avec les plans et cartes sont très appréciés.

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Laurence Fontaine aurait souhaité que les types d’événements catastrophiques soient mieux distingués. La partie sur la reconstruction gagnerait à préciser les enjeux ainsi que les lieux où se produisent les catastrophes, bien que la complexité des situations et des conflits autant que les réponses des hommes aux continuelles transformations du milieu naturel aient été bien perçues. Sébastien Léone a bien montré comment les autonomies locales filtrent la législation royale et comment les populations utilisent la forêt et la préservent ; il a été attentif aux inégalités sociales, au rôle des élites politiques et plus globalement aux risques dans l’appropriation des communaux. Par contre, Laurence Fontaine récuse sa conclusion visant à accuser la croissance de rompre l’équilibre entre la taille, l’extension des forêts et les manières de les exploiter, car, selon elle, ces tensions sont à l’œuvre tout au long de l’époque moderne dans les Alpes. Elle regrette que la sensibilité de l’auteur le conduise à conclure en faveur des populations contre l’administration, notamment sur la question forestière. Elle souligne également qu’elle nuancerait l’opposition faite entre savoirs indigènes et savoirs savants.

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La parole est ensuite donnée à Jean-Marc Moriceau qui pose la question du rôle social de l’historien. La nature du doctorat en histoire pose le problème du rapport de ce type de travail avec des commanditaires non universitaires. Une histoire appliquée pousse l’historien à sortir de sa tour d’ivoire pour rendre service aux politiques de gestion actuelles, d’où des exigences complémentaires. Il souligne que cette thèse constitue un beau dossier manifestant un important investissement. Le propos est clair et élégant, mais la forme matérielle du texte n’est pas irréprochable, notamment dans la bibliographie ou la table des matières. La présentation du texte comme de la bibliographie est trop morcelée. Des ouvrages fondamentaux tels ceux de Thérèse Sclafert ou de Jean Nicolas ont été oubliés. Des commentaires critiques auraient dû mettre les annexes en perspective.

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Le chapitre introductif est autant nécessaire au commanditaire non historien qu’à l’historien qui a besoin d’un tableau économique, social et culturel pour percevoir les rapports entre population et espace, mais il manque de précision. Le travail aurait pu gagner en valeur par une meilleure mise en perspective historique, thématique, chronologique et interdisciplinaire. Une bibliographie plus étoffée et ouverte à l’histoire comme aux autres disciplines aurait sans doute offert cette possibilité, en même temps qu’elle aurait permis à Sébastien Leone de mieux justifier son propre positionnement. Cette faiblesse est révélée par la pauvreté des références bibliographiques citées en note. Jean-Marc Moriceau rappelle que s’il est légitime de dépasser les codes déontologiques de sa discipline pour pratiquer l’interdisciplinarité, cela ne doit se faire qu’à condition de les avoir parfaitement intégrés au préalable. Une telle thèse doit présenter une réflexion cohérente allant chercher des apports dans l’économie, la sociologie, l’approche culturelle ou environnementale. En conclusion, Jean-Marc Moriceau reconnaît cependant à Sébastien Leone des qualités de sérieux, de conviction et de clarté.

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Bernard Debardieux, impressionné par la valeur de l’appareil graphique, regrette que l’essentiel ait été repoussé en annexe. La qualité de la documentation en fait beaucoup plus qu’une illustration : c’est un élément de méthode. Il salut la maîtrise du vocabulaire et des concepts d’aléa, de risque, et de catastrophe témoignant d’une réelle approche pluridisciplinaire des risques naturels. Il reconnaît une certaine audace à aller chercher des clefs d’interprétation au-delà du seul champ historique. Ce travail aurait néanmoins gagné à utiliser les travaux sur les paléoenvironnements afin de mettre en évidence l’action de processus biophysiques dans la très longue durée. À ses yeux, Sébastien Leone est un peu « braudélien » car il considère les conditions géographiques des événements historiques.

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La distinction entre montagne et haute montagne semble peu pertinente. Les deux systèmes ne sont pas indépendants et auraient gagné à être traités comme un tout. Le contraste semble exagéré, même s’il est vrai que les risques naturels sont corrigés en moyenne montagne car c’est la connaissance et la maîtrise du risque en haute montagne qui a favorisé sa gestion en moyenne montagne. Le distinguo fait entre savoirs ordinaires et savoirs techniques semble aussi trop caricatural. S’il existe bien des différences fondamentales, la société locale n’en est pas moins perméable. Il aurait donc fallu montrer plus de nuance en prenant en compte, par exemple, la circulation des savoirs. Bernard Debardieux s’interroge sur l’utilité sociale du travail de l’historien. Les financeurs attendent des faits, mais un chercheur doit apporter beaucoup plus : il doit mettre en perspective l’ensemble des faits apportés. L’historien élargit ainsi le champ de la mémoire publique et peut remettre en cause les pratiques institutionnelles qui ne prennent qu’un siècle de recul dans la création des cartes de risque actuel. Un point n’est pas abordé : si les pratiques humaines changent, l’environnement change aussi. On se situe là en dehors du champ strict de l’historien. Le débat sur la place de l’historien dans l’espace pluridisciplinaire du risque est alors ouvert.

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Anne-Marie Granet-Abisset rappelle le contexte de la thèse, financée pendant trois ans par le monde socio-professionnel puis terminée en deux ans supplémentaires, en parallèle à une activité professionnelle. Elle insiste sur la nouveauté de ce type de recherche et sur la difficulté qu’il y a à combiner une recherche universitaire et une commande financée. La qualité de l’appareil graphique est telle que les cartes analytiques élaborées constituent en elles-mêmes une réponse à la commande. Les enquêtes orales, bien que sous-utilisées, sont justifiées car elles permettent d’aller bien au-delà de la période de la vie de la personne qui raconte. La part de subjectivité qu’elles contiennent n’est pas absente de tout autre type de source, l’important étant d’en tenir compte. Anne-Marie Granet-Abisset apprécie la maîtrise de concepts relevant de la géographie des risques, mais regrette qu’ils n’aient pas été mieux définis pour les historiens, lecteurs de cette thèse. Par contre, l’effort de prise en compte de tous les risques de façon globale a rendu la rédaction complexe et le plan tortueux. Les parties auraient dû être mieux reliées entre elles.

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Anne-Marie Granet-Abisset s’attarde sur le problème du tourisme et sur le rôle d’intermédiaire du guide, à la fois lié à la haute montagne et agriculteur dans la vallée. Le tourisme est un révélateur d’une nouvelle façon de gérer l’espace, donc le risque, au profit d’une activité économique. Il va ainsi modifier les attentes en matière d’aménagement du territoire. Elle regrette que l’auteur ne s’étende pas d’avantage sur ces hommes qui changent leur regard sur le risque à cause ou grâce au tourisme. La différence entre Vallorcine et Chamonix aurait alors pu être perçue avec un autre regard, le tourisme arrivant très précocement à Chamonix. Elle termine en observant le fait que le caractère totalement ouvert d’un sujet sur les risques naturels réclame beaucoup de temps ce que les décideurs ne mesurent pas forcément suffisamment.

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Andrée Corvol regrette que le petit âge glaciaire ne soit pas considéré comme une donnée essentielle du risque. L’avancée des glaciers au xviie siècle conduit à l’abandon d’habitats alors qu’ils deviennent des curiosités touristiques au xviiie siècle qui drainent des élites, ce qui conduit à la prise en compte du problème par des personnes extérieures au territoire. Aux risques liés aux glaciers, localisés en haute montagne, là où l’habitat est peu dense et temporaire, succèdent ceux associés aux cours d’eau dans les vallées, plus densément peuplées et où l’habitat est permanent. Le risque est donc plus aigu. Andrée Corvol apprécie l’approche de la hiérarchie du risque, qui n’est pas la même pour les habitants et l’administration, et qui change au cours du temps. Elle regrette toutefois que la conception du plan conduise à un morcellement excessif de ce thème. Elle fait remarquer que l’absence d’économie forestière, par l’impossibilité de flottage du bois, a permis une bonne conservation des forêts. Elle aurait souhaité une critique plus fine des textes, essentiellement des discours officiels sur les dégâts dus aux ovins et caprins. Les ovins sont moitié moins nombreux que les bovins et les caprins sont très rares ; l’épicéa, qui résiste bien à l’abroutissement, est ici abondant. L’état de la forêt dépend aussi des prélèvements usagers, qui sont mal traités dans cette thèse. Sébastien Leone a su prendre en compte la sous-estimation des bois liée à la différence de la définition de la forêt entre les habitants et l’administration, la non-désignation de toutes les forêts par les habitants, et enfin la tricherie dans la désignation des terres agricoles par surestimation. Si elle regrette enfin que les premiers administrateurs français ne soient pas mieux décrits et que certains aspects techniques du mesurage des arbres et de l’arpentage des forêts ne soient pas plus développés, elle félicite l’impétrant de l’ampleur du travail accompli.

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Après délibération, le titre de docteur en histoire est attribué à Sébastien Léone avec la mention très honorable et les félicitations du jury.

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Julien Alleau et Éric Fabre

Titres recensés

  1. Pierre Vidal, Seigneurie et pouvoirs : les commanderies du grand prieuré de Toulouse de l’Ordre de Malte. Les pouvoirs locaux au temps de la monarchie administrative (vers 1660-1792), thèse de doctorat d’histoire, 1 053 p. dactyl., soutenue à l’Université de Toulouse-Le Mirail, le 7 octobre 2006
  2. Natacha Bonnet, Seigneurs et planteurs, entre Ouest Atlantique et Antilles : quatre familles du xviiie siècle, thèse de doctorat d’Histoire soutenue à l’Université de Nantes, le 21 octobre 2006
  3. Maguelone Nouvel, Les idées sociales de Frédéric Le Play : réseaux de diffusion, réception critique et incidences politiques sous le Second Empire, thèse de doctorat d’Histoire soutenue à l’Université Paul-Valéry Montpellier iii, le 18 mai 2006
  4. Sébastien Leone, Les Populations de haute montagne face aux contraintes naturelles. Les vallées de Chamonix et Vallorcine (1730-1914), thèse de doctorat d’histoire soutenue le 13 janvier 2006 à l’Université Pierre Mendès France - Grenoble ii, 687 pages de texte et 310 pages d’annexes

Pour citer cet article

« Soutenances de thèses », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2006 (Vol. 26), p. 263-279.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2006-2-page-263.htm


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