Accueil Revues Revue Numéro Article

Histoire & Sociétés Rurales

2006/2 (Vol. 26)


ALERTES EMAIL - REVUE Histoire & Sociétés Rurales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 53 - 93 Article suivant
1

Depuis les années 1950, l’industrialisation de l’agriculture et la tertiarisation de l’économie rurale ont conquis l’ensemble des espaces ruraux métropolitains. Au regard des transformations paysagères engendrées par la politique agricole commune et la mondialisation de l’économie, André Humbert affirme que ces processus n’ont pas

2

« altéré profondément cette variété [de paysages] que tous les géographes de l’école française ont abondamment décrite et commentée à l’époque classique. Certes des mutations profondes ont affecté nos campagnes […] » [1][1]  Humbert, 2000, p. 323..

3

De fait, la nature des politiques d’aménagement des structures foncières et l’ampleur de leurs effets, en particulier sur les bocages de l’Ouest, n’ont pas manqué de retenir l’attention des géographes. Mais ces derniers considèrent surtout l’espace rural en général et privilégient les mutations du parcellaire. Dans leurs préoccupations actuelles, l’habitat rural reste étrangement discret. De construction agricole, point. Avec la génération précédente la rupture est nette.

4

Or, depuis le début du xx e siècle, l’intérêt pour les « maisons paysannes » a mobilisé l’ensemble des sciences humaines et sociales. C’est d’ailleurs avant les folkloristes, les ethnologues, les architectes, les archéologues et les historiens que les géographes ont ouvert la voie. Dès Vidal de la Blache, ils ont posé, les premiers, les jalons de l’analyse et de la compréhension des constructions rurales. La « maison paysanne » – élément-clé de l’inscription des communautés humaines sur la terre chère à l’école vidalienne – fut au centre de nombreuses monographies régionales, à commencer par La Picardie d’Albert Demangeon, qui inaugure une longue série [2][2]  Demangeon, 1905.. Quelques années plus tard, arrive le grand article sur l’habitation rurale qui propose une typologie qui reste une référence :

5

« Définir et classer les habitations rurales, non d’après leur matériaux, ni leurs formes extérieures mais d’après leur plan interne, d’après les rapports qu’elles établissent entre les hommes, les animaux et les choses, c’est-à-dire d’après leur fonction agricole » [3][3]  Demangeon, 1920, p. 353..

6

À partir des quatre grands types de construction « qui répondent à l’équation du logement des hommes, des animaux et des biens », Demangeon encourageait les géographes à déterminer le domaine de chaque type pour en réaliser la cartographie [4][4]  Ibid., p. 357 : maison élémentaire, en ordre.... Après de nombreux travaux dont une thèse au titre explicite, ces derniers ont abandonné progressivement la question aux ethnologues qui s’inspirent des travaux de Demangeon [5][5]  Robert, 1939. La classification d’Albert Demangeon.... En démontrant les limites du déterminisme de fonction et de proximité dans l’utilisation des matériaux, les ethnologues quant à eux, assurent un renouvellement de la recherche [6][6]  Parain, 1955 ; Raulin, 1973 ; Coulomb, 1983 ;.... Désormais, la classification des objets bâtis laisse place à une compréhension de la mutation de l’habitat rural à laquelle les géographes, sauf exception, sont restés peu sensibilisés [7][7]  Pastor-Barrué et Barrué, 1991, p. 55..

7

Quand des transformations d’une ampleur sans précédent marquent, à compter des années 1950, les constructions agricoles traditionnelles, les géographes désertent la partie : dans l’analyse des structures agraires et des paysages ruraux qu’ils proposent, l’habitat disparaît. Cette occultation nous prive d’un élément d’explication qu’on aurait bien tort de négliger. Qu’il s’agisse de l’abandon des structures héritées, de leur adaptation ou de la construction neuve répondant aux évolutions de l’économie agricole et des progrès techniques, le parc immobilier agricole témoigne des mutations rurales contemporaines.

Les constructions agricoles : de l’adaptation à la spécialisation

8

L’image de campagnes immobiles est aujourd’hui fortement brouillée par les apports renouvelés de la recherche en histoire rurale [8][8] « Entre la stabilité apparente […] et l’impossible.... Dans l’économie agricole « pré-productiviste », les historiens soulignent que la transformation des espaces ruraux s’inscrit dans la longue durée. Si on excepte les guerres qui hâtent le renouvellement de l’habitat ou les vagues de construction massive consécutives à un fort accroissement démographique – comme en Lorraine à la fin du xvii e et au début du xviii e siècle, soit le dernier épisode important de construction en France –, l’habitat n’est-il pas emblématique de la permanence et de l’identité d’une région [9][9]  Dion, 1946, p. 60. La construction est faite... ? Cela ne signifie pas que les changements démographiques et socio-économiques ou que l’évolution des techniques de construction n’affectent pas les éléments matériels des campagnes, au contraire. En veut-on des exemples ? De grands changements comme l’utilisation de la pierre, de la tuile et de l’ardoise pour les toitures en remplacement du chaume le confirment dans la plupart des régions. Les restructurations des grandes fermes de l’Île-de-France au xviii e siècle, l’essor de la population rurale et la montée des aspirations individualistes ou l’agrandissement des étables en lien avec l’augmentation des bovins dans les métairies du Quercy des années 1930 en offrent d’autres indices [10][10]  Moriceau, 1994, p. 632-634 ; Dion, 1946, p. .... Et c’est l’introduction du savoir-faire urbain dans les campagnes qui permet de consolider la structure des maisons rurales des xviii e et xix e siècles [11][11]  Pitte, 2003, p. 259.. Ces constructions forment encore une bonne partie du parc immobilier des campagnes actuelles.

La construction dans l’économie agricole contemporaine

9

Parmi les transformations récentes des espaces ruraux, le réaménagement parcellaire a mobilisé incontestablement les géographes. Érigé après guerre en objectif prioritaire de l’équipement rural, le remembrement a entraîné une rationalisation parcellaire dont les effets ont modifié inégalement les paysages. Peu visibles dans les campagnes du centre du Bassin parisien, les changements ont marqué la Champagne, les régions de l’Est et du Nord déjà touchées par les épisodes guerriers du xx e siècle. Pour les régions de l’Ouest aux structures assez stables, l’adaptation à l’économie agricole contemporaine a mis les « bocages en mouvement », selon l’expression choisie par Jean Renard pour les campagnes nantaises [12][12]  Renard, 1975.. Si importante soit-elle, la restructuration parcellaire n’est pas la seule composante des mutations. Celles qui ont affecté le bâti sont d’autant plus importantes qu’elle n’épargnent aucun espace agricole avec, toutefois, une prédilection pour les zones d’élevage. Pourtant, rares sont les travaux qui lui ont accordé une place effective dans les transformations contemporaines. Sans doute faut-il y voir des raisons objectives : « il est bien plus difficile de moderniser les maisons que les champs » ; c’est peut-être plus encore l’abandon d’un champ de recherche [13][13]  Brunet, 1992, p. 72 ; Kayser, 1990, p. 257.. Une lacune que des enquêtes menées sur la production patrimoniale et les espaces de qualité contribuent toutefois à réinterroger.

Le constat récurrent d’une inadaptation fonctionnelle

10

Après la Seconde Guerre mondiale, l’entrée de l’agriculture dans une nouvelle phase de développement met en lumière l’inadéquation des structures bâties héritées du passé. Face aux nécessités de la modernisation (mécanisation, amélioration des techniques de production) et des choix économiques (spécialisation des productions), des adaptations fonctionnelles du bâti ancien, à défaut de nouvelles constructions, s’imposent. Indépendamment des transformations survenues dans l’Entre-deux-guerres et la période qui suit le second conflit mondial, consacrée à la reconstruction de plus de 1,3 million d’exploitations agricoles sinistrées, les pouvoirs publics ont affirmé très tôt l’urgence du progrès agricole [14][14] L’enquête agricole de 1929 révèle, depuis 1919, une.... Les responsables du volet « équipement rural » du 1er rapport du Plan de modernisation et d’équipement (novembre 1946-janvier 1947) engagent une « œuvre générale de modernisation ». La priorité est accordée aux méthodes : remembrement, mécanisation et consommation d’engrais [15][15] Commissariat général du Plan, 1946-1947.. Si l’essor du tracteur et des autres engins mécaniques fascine autant les paysans que ceux qui les observent, l’obsolescence de l’habitat, maintes fois dénoncée par les observateurs, éclate dans l’enquête « bâtiment » que lance le ministère de l’Agriculture pendant l’hiver 1965-1966 [16][16] Sur le matériel agricole : Dumont, 1977, p. 29-31.. Localement, les travaux des géographes viennent la confirmer.

11

Dans le Bessin et le Cotentin des années 1960, Armand Frémont soulignait la médiocrité générale et l’inadaptation des bâtiments d’exploitation :

12

« Les étables ont été conçues pour des techniques totalement dépassées (stabulation entravée). Les bâtiments sont rapprochés, mais l’étroitesse des issues en rend l’accès difficile. Construits en matériaux lourds (la pierre calcaire), ils ne peuvent pratiquement pas être améliorés. En outre la disposition des cours rend très difficile l’implantation de nouvelles installations [17][17]  Frémont, 1967, p. 185.. »

13

En montagne, à la vétusté et à l’exiguïté des bâtiments anciens qui contraignent les éleveurs à disperser troupeau et fourrages – de deux à sept logements dans des villages luchonnais –, s’ajoutent les contraintes d’enclavement inhérentes à la densité de la construction des villages de soulane [18][18]  Pastor-Barrué et Barrué, 1991, p. 78. « Des maisons.... Pour celui qui adhère au mouvement impulsé par les pouvoirs publics, la construction de bâtiments adaptés est impérative :

14

« Les éleveurs modernes ont besoin de grandes étables largement ouvertes (stabulations libres), de silos, de quelques hangars pour abriter le matériel. Afin d’éviter les pertes de temps, tous ces bâtiments doivent être assez proches les uns des autres et les accès facilités par une disposition rationnelle et une infrastructure de chemins empierrés ou d’aires cimentées [19][19]  Frémont, 1967, p. 185.. »

Un investissement lourd

15

Au-delà du constat d’un décalage entre les objectifs et les moyens de les atteindre, la réalité tient à la capacité d’investissement des exploitants eux-mêmes. Les bâtiments d’exploitation forment en effet le capital fixe dont les composantes « sont celles qui contribuent le plus à l’endettement mais également celles qui influent le plus sur les gains de productivité » [20][20]  Calmès, 1978, p. 138.. Aussi n’est-il pas étonnant que seuls quelques-uns puissent se lancer dans des investissements de grande ampleur comme le prince de Broglie qui, sur sa ferme du sud du Bessin, fit installer en 1962 un élevage mécanisé en stabulation libre [21][21]  Frémont, 1967, p. 182.. Dans les années 1960, les effets de la modernisation agricole semblent très limités pour l’immobilier. Certains osent-ils construire des bâtiments neufs ? ils ne sont guère imités. Les enquêtes réalisées en 1958 dans le Sundgau le soulignaient déjà :

16

« Il est toujours difficile, dans un village français, à un paysan de suivre seul le progrès. Pour s’étendre rapidement, la modernisation de l’agriculture doit donc être un mouvement collectif. Il convient de toucher des groupes et non des individus. Combien de fermes-pilotes et d’agriculteurs « évolués » sont restés sans influence sur leurs voisins qui les regardaient avec ironie et méfiance [22][22]  Mendras, 1958, p. 16. ? »

17

La seconde raison est liée aux priorités de l’investissement. À la construction de nouveaux bâtiments, les agriculteurs préfèrent l’équipement en matériel :

18

« Parmi les 80 % d’agriculteurs qui ont déclaré avoir réalisé des amélioration dans leur exploitation : 70 % citent en premier lieu des achats mécaniques (tracteurs et machines) devant les améliorations foncières (45 %) réparties entre achat de terres (25 %) et amélioration des bâtiments (20 %) [23][23]  Ibid., p. 56.. »

19

Ainsi, pour le plus grand nombre, les dépenses consacrées à l’achat du tracteur ne laissent plus de place à des investissements de grande ampleur. C’est ce qui contribue sans doute à expliquer la timide pénétration du progrès technique dans les campagnes normandes des années 1960 – pour la traite mécanique en particulier – que dénonce l’enquête « bâtiments » : seulement 4 % des exploitations bovines en sont équipées [24][24] Ministère de l’Agriculture, 1975..

20

Ne s’agit-t-il pas d’une constante depuis les débuts de la révolution industrielle ? Le cas de la construction neuve d’une ferme « high-tech » dans le Valois des années 1840 qui aboutit à une faillite retentissante ne fait que le confirmer [25][25]  Moriceau et Postel-Vinay, 1992, p. 313-315.. Au regard d’investissements mobiliers prioritaires (mécanisation et motorisation), la modernisation agricole se résume à l’adjonction de bâtiments autoconstruits (photo 1) et à l’adaptation des bâtiments existants :

21

« Pour les plus dynamiques, la rénovation de l’exploitation passe d’abord par l’installation d’une machine à traire. Elle précède l’apparition dans la cour d’un ou deux bâtiments nouveaux, hangar ou porcherie, en attendant la stabulation libre [26][26]  Frémont, 1967, p. 401.. »

Photo 1  - L’extension d’une exploitation laitière à Beussent (Pas-de-Calais) Photo 1

Photo 1. La maison « en ordre serré » (ou à cour fermée) selon la classification de Demangeon est sans doute celle qui a le mieux montré son incapacité à s’adapter à la mécanisation et à la spécialisation de l’agriculture. Dans cette partie d’une exploitation laitière située dans un village de la vallée de la Canche, la construction de hangars répond aux besoins de stockage en fourrage et matériel des exploitations d’élevage. Derrière un appentis (?) rallongé promis à une probable démolition, un hangar en structure métallique abrite les balles de foin cylindriques et du matériel. Couvert en tôles rouillées dont l’altération rappelle la couleur des tuiles, il fait l’objet de réparations régulières attestées par des tôles neuves. Plus récemment, à droite, une seconde structure de stockage du fourrage a été réalisée par auto-construction. La couverture en tôles fibro-ciment repose sur des poteaux électriques de récupération. Pour des raisons de place et de coût, le hangar s’adosse à un ancien bâtiment. La très large ouverture d’accès aux bâtiments témoigne de la dimension des engins utilisés et contraste avec le portail d’entrée de l’exploitation, réservé aujourd’hui aux voitures. Une haie de végétaux à feuilles persistantes tente de « cacher » cet espace de travail dont les tas de gravats marquent les remaniements récents.

Cliché : Philippe Madeline, août 2003
22

Dans la production avicole, appelée à un essor fulgurant, le constat n’est pas différent :

« Dans un premier temps, les nouveaux aviculteurs ont utilisé de vieilles granges, des greniers, voire les étables libérées pendant la belle saison [mais] quelques-uns, très vite imités dans les régions où l’aviculture se développe, se résolvent alors à construire des poulaillers de bois, couverts en papier goudronné. Au début des années soixante, certains agriculteurs osent édifier des unités de plus de 10 000 têtes. […] Dès 1958-59, les poulaillers en brique, en parpaing et surtout en fibro-ciment se multiplient [27][27]  Diry, 1985, p. 99.. »

Stabulations libres des régions laitières et ateliers avicoles ou porcins de la Bretagne montrent la voie conduisant aux objectifs de productivité. L’intensification agricole passe par la construction neuve : « le bâtiment n’est plus un simple abri mais un véritable outil destiné à obtenir les meilleurs résultats » [28][28]  Diry, 1985, p. 99..

Spécialisation agricole et standardisation des constructions

23

Les effets des spécialisations agricoles ont généré des constructions spécifiques à diverses époques. Les exemples sont bien connus : la spécialisation laitière de la Normandie bocaine entraîne la construction ou la reconstruction des fermes-manoirs du Bessin aux xvii e et xviii e siècles ; les parcs d’embouche du Pays d’Auge et du Merlerault se parent, en leur milieu, de bouveries (un fenil de réserve) ; l’orientation bovine de la Thiérache, connue dès le xiv e siècle, a des effets sur la construction, manifestes surtout au xix e siècle (embouche puis production laitière). La spécialisation entraîne des constructions aux formes et aux matériaux spécifiques. Elles s’ajoutent au parc immobilier existant qui ne devient pas forcément obsolète pour autant : une différence majeure avec la révolution agricole de la seconde moitié du xx e siècle.

24

La modernisation des techniques de culture et l’augmentation générale de la taille des exploitations rendent la plupart des bâtiments agricoles inadaptés aux usages contemporains. Encore faut-il distinguer selon les espaces et les productions. Parfois, de simples modifications de détail suffisent pour conserver les anciennes structures. Dans le Jura comtois, le vignoble bordelais, on procède par adaptation. Au cœur du Bassin parisien,

25

« certaines fermes isolées sont si vastes que les écuries et les étables devenues inutiles peuvent être transformées en locaux d’ensilage et en garage pour le parc de machines » [29][29]  Pitte, 2003, p. 347..

26

Dans les pays de petites et moyennes exploitations viticoles comme la Bourgogne ou les Côtes-du-Rhône ou dans les régions de polyculture et d’habitat semi-dispersé en hameaux comme le Sud-Ouest ou le Massif central, les exploitants ont racheté les bâtiments attenant de ceux qui ont quitté la terre. Ils les ont adaptés. Mais l’opération s’avère le plus souvent impossible dans le cas des nouvelles spéculations agricoles qui exigent la construction de bâtiments de plus en plus éloignés de la maison d’habitation : silos de stockage des récoltes ou de la nourriture du bétail, porcheries, batteries de volailles [30][30]  Pitte, 2003, p. 347-348.. Dans l’Ouest, la construction de stabulations libres accompagnées de leur salle de traite, « ces bâtiments, à allure de hangars totalement étrangers à l’architecture traditionnelle » selon la formule de Pierre Brunet, sont d’autant plus visibles qu’ils s’inscrivent dans des espaces que la suppression de haies ouvre sans cesse davantage [31][31]  Brunet, 1997, p. 25.. Enfin, c’est surtout quand l’élevage est conçu comme une activité industrielle que les constructions sont les plus spectaculaires. Le développement des ateliers hors sol des départements bretons frappe l’observateur par l’ampleur des constructions concentrées dans le temps et dans l’espace : plus de 20 % des constructions agricoles françaises entre 1971 et 1974 (photo 2) .

Photo 2  - Un atelier hors sol en cours de rénovation à Erquy (Côtes-d’Armor) Photo 2

Photo 2. L’industrialisation des méthodes de l’agriculture a transformé la conception des bâtiments au point d’imiter les constructions industrielles. Biens présentes sur l’ensemble des départements bretons, les constructions préfabriquées destinées à l’aviculture sont des hangars fermés, sans fenêtre, à température régulée, équipés d’un silo contenant la nourriture et des distributeurs automatiques. Comme l’indique le panneau devant l’entrée, ce bâtiment de modestes dimensions (970 m2 et 5,5 m de hauteur) fait l’objet d’un permis de construire pour sa rénovation. Le cas n’est pas à généraliser : pour des raisons économiques, techniques et sanitaires, bien des exploitants préfèrent construire du neuf. Les anciens bâtiments inutilisés se dégradent et sont envahis par les ronces. Leur démolition pose de réels problèmes étant donné la présence de matériaux contenant de l’amiante.

Cliché : Rémi Rouault, mars 2005
27

Les bâtiments agricoles de la génération productiviste présentent une rupture brutale avec les constructions héritées. Ils obéissent à « des critères exclusivement pratiques au regard de la marche de l’exploitation et avec les matériaux les moins onéreux possibles » [32][32]  Pitte, 2003, p. 348.. Contrairement aux remaniements du xix e et du début du xx e siècle, réalisés avec des matériaux moins nobles mais qui avaient cherché à conserver « l’esprit des lieux », ceux de la construction contemporaine génèrent la standardisation [33][33]  Brunet, 1992, p. 164.. L’emploi des structures métalliques, des tôles, des parpaings et du fibro-ciment uniformise des bâtiments aux structures peu dissemblables. Les stabulations libres et autres hangars, poulaillers, porcheries, silos présentent d’importantes similitudes quelles que soient les zones de production. On assiste à l’effacement des modèles régionaux de construction au profit de modèles par type de production [34][34]  Ibid., p. 165.. Les formes qui en résultent associent des constructions de nature et d’âge différents. Aux côtés des structures héritées s’en édifient de nouvelles dont les dimensions témoignent des récentes transformations de l’agriculture (photos 3 à 6) .

La stabulation libre : une construction standardisée
Photo 3  - Hamars, lieu-dit La Vallée (Calvados) Photo 3
Cliché : Philippe Madeline, septembre 2006
Photo 4  - Saint-Julien-de-Piganiol (Aveyron) Photo 4
Cliché : Philippe Madeline, août 2006
Photo 5  - Curbigny, lieu-dit La Segaude (Saône-et-Loire) Photo 5
Cliché : Philippe Madeline, septembre 2006
Photo 6  - Saint-Poncy (Cantal) Photo 6

Photos 3-6. Dans la modernisation des méthodes d’élevage, la loi de 1966 et les aides financières qui l’ont accompagnée ont encouragé le remplacement de l’étable traditionnelle par la stabulation libre ou entravée. Dans les zones d’élevage laitier, la stabulation libre s’est très vite imposée et a progressivement conquis l’ensemble des zones d’élevage bovin. Initialement implanté en prolongement des anciens bâtiments d’exploitation ou à proximité de l’habitation, le logement des animaux tend à s’éloigner du logement des hommes en raison de l’agrandissement des structures et des prescriptions sanitaires ou environnementales. En effet, avec la constitution de Gaec (groupements agricoles d’exploitation en commun) issus de la restructuration des exploitations et l’obligation de la mise aux normes environnementales, des bâtiments neufs s’imposent.

Dans certains cas, comme pour cette exploitation de la Suisse normande, au sud du Calvados (photo 3), l’adaptation s’effectue par extension de la structure initiale comme l’indique, à droite, la rupture visuelle établie par le changement du matériau de couverture. Dans le Gaec de l’Aveyron (photo 4), la nouvelle stabulation de 2 140 m2 fait face à une première construite à peine dix ans auparavant. Le cas de l’exploitation en fermage de La Segaude à Curbigny (Saône-et-Loire) est plus éclairant encore. Après la construction, en 1967, d’une stabulation entravée, la première stabulation libre est édifiée en 1990. À cette date, l’arrivée de deux associés étend la structure de 80 à 152 ha : elle impose une nouvelle stabulation libre pour les vaches laitières (1991) à partir de la récupération de poteaux téléphoniques en métal. Puis en 2002, sortent de terre un bâtiment de stockage du fourrage (à droite) et deux dernières stabulations bardées de bois (à gauche) qui accueillent les troupeaux charolais (photo 5).

Contrairement à la situation d’avant 1950 où l’édification des bâtiments résultait de la décision et du financement des propriétaires, les constructions postérieures sont, après accord du bailleur, décidées et financées par le fermier qui peut bénéficier d’un soutien financier auprès des pouvoirs publics. Ces indispensables outils de travail constituent une charge importante pour les éleveurs. La recherche d’économie qui en résulte les a conduit à privilégier l’auto-construction avec des matériaux de récupération. Pour les constructeurs, la vente de matériaux à moindre coût a engendré la standardisation qui s’amplifie aujourd’hui par la mise en vente de bâtiments en « kit ».

Ainsi, c’est seulement au gré des innovations techniques et de la mise sur le marché de nouveaux matériaux que s’opèrent aujourd’hui les principales distinctions. La photo 6 d’une exploitation du Cantal en fournit un exemple : au fond, on distingue un bâtiment de stockage recouvert de tôles rouillées ; il jouxte un atelier avicole aux murs blancs et à la couverture grenat. Équipé d’un silo polyester en kit, il précède une vaste stabulation libre munie d’une couverture aux couleurs vives. Enfin, au premier plan, deux tunnels de stockage complètent les gammes de formes et de coloris.

Cliché : Philippe Madeline, mai 2006

Le parc du bâti agricole aujourd’hui : un « palimpseste imparfait »

28

En dépit des bouleversements introduits par la politique agricole européenne, rares sont les sièges d’exploitation à ne pas conserver d’anciens bâtiments à côté de constructions récentes. Ils sont les vestiges de la « maison paysanne » abondamment étudiée par les géographes à la suite des travaux pionniers d’Albert Demangeon [35][35]  Demangeon, 1920.. Que reste-t-il des éléments constitutifs de la ferme traditionnelle, expression du système de production agricole local, de la composition et du statut social de la famille et du milieu naturel qui a fourni les matériaux de construction ?

29

Dans la diversité des structures que l’on inventorie sans peine, du logement des personnes aux bâtiments des animaux (écurie, étable, bouverie, vacherie, bergerie, porcherie, clapier, poulailler) en passant par les lieux de stockage, de manipulation et de transformation (grange, grenier, séchoir) sans compter les annexes (remise, atelier, fumière), certaines ont mieux résisté que d’autres, en fonction de leur localisation ou de leur surface. Dans la phase la plus récente de modernisation agricole, l’équipement et la reconversion sont les meilleurs atouts pour la sauvegarde des bâtiments anciens. L’étable pourvue de la traite mécanique, la grange utilisée pour abriter le tracteur, entreposer du fourrage ou amorcer une nouvelle production, l’agrandissement d’un bâtiment pour l’accueil d’un troupeau en extension offrent les meilleurs garants de leur pérennisation (photo 7) [36][36] Un exemple iconographique de traite mécanique, assez....

Photo 7  - La seconde vie d’un bâtiment traditionnel à Isigny-le-Buat (Manche) Photo 7

Photo 7. Le stockage du fourrage est un bon moyen de conservation des constructions traditionnelles. À la limite de l’Avranchin et du Mortainais, ce bâtiment annexe (hangar à claire-voie ?), caractéristique du plant bocain, qui a perdu son toit de chaume au profit des tôles métalliques, sert d’entrepôt à des balles de foin cylindriques. Une large ouverture permet à un engin muni d’une fourche télescopique de disposer les balles. D’une façon générale, la dispersion des bâtiments laisse une meilleure chance de reconversion aux anciennes constructions en facilitant l’accès des tracteurs et remorques de grande dimension.

Cliché : Philippe Madeline, octobre 2006
30

En participant à la production, les anciens bâtiments conservent un « statut économique » pour l’agriculteur. L’adaptation est effectuée le plus souvent par l’auto-construction que favorise la disponibilité croissante de matériaux industriels au cœur des espaces de production. Le changement de destination induit des modifications dont l’intérêt esthétique et paysager n’est pas prioritaire. Il en résulte le plus souvent un enchevêtrement de formes et de matériaux les plus divers.

31

Le changement de fonction d’un bâtiment, surtout s’il perd son rôle productif, réduit l’attention qu’on lui porte. Pourquoi entretenir un bâtiment devenu inutile, voire encombrant, dont le coût viendrait inopportunément s’ajouter aux investissements productifs ? La question n’est pas neuve. Elle s’était déjà posée à la fin du xvii e et tout au long du xviii e siècle, au moment de la première phase de concentration des exploitations : certains propriétaires de grandes fermes du Bassin parisien, poussés par leurs fermiers, avaient laissé des bâtiments tomber en ruine [37][37]  Moriceau, 1994, p. 632-634.. Ce faisant, la chance de « survie » d’un bâtiment est considérablement réduite. Pourtant, de nombreux exploitants agricoles en possession de bâtiments qui ont perdu leur fonction initiale les conservent à des finalités non productives (photo 8) .

Photo 8  - Une grange-étable à Condom-d’Aubrac, lieu-dit La Poujade (Aveyron) Photo 8

Photo 8. Hier au centre de l’activité agricole, de nombreuses constructions traditionnelles conservées par les agriculteurs n’ont plus qu’un rôle subalterne dans l’acte de production. C’est le cas de la partie supérieure de cette grange-étable d’une exploitation de l’Aubrac spécialisée dans la production de viande bovine. Le remplacement des lauzes du toit par des plaques métalliques d’entretien moins coûteux a permis d’apporter de la clarté grâce à la pose de plaques translucides. À côté des machines nécessaires à la fenaison et de la place réservée à la voiture, se côtoient pêle-mêle du matériel récent et les outils des générations précédentes, conservées comme des reliques.

Cliché : Philippe Madeline, août 2006
32

Le sursis plus ou moins long qui leur est accordé dépend de divers facteurs : les disponibilités financières du propriétaire qui déterminent la nature des opérations (réparation de fortune ou au contraire dans le même style), la volonté de conserver un héritage familial, la sensibilité au discours patrimonial. La nature des matériaux de construction est à prendre en compte. Certaines structures, plus sensibles que d’autres au manque d’entretien, engendrent des différenciations régionales. Les bâtiments en terre et à colombage se dégradent plus rapidement que les constructions en pierre. Face à un état de fragilité, un évènement climatique majeur comme la tempête de 1999 a accéléré le processus de dépérissement. Au contraire, la présence d’un bâtiment ancien peut susciter une stratégie de diversification comme en attestent les pratiques d’accueil à la ferme [38][38]  Madeline, 1996.. En devenant un élément de décor, il fait à nouveau l’objet d’un entretien régulier (photo 9) .

Photo 9  - La diversification touristique d’une exploitation à Pers (Cantal) Photo 9

Photo 9. La diversification touristique a indéniablement sauvé de nombreuses constructions de l’abandon. Dans cette exploitation de viande bovine du Cantal, proche du lac de Cantalès, la tertiarisation de l’exploitation débute en 1974 par un camping. Dans la foulée, la grange-étable désaffectée sert à la création d’un gîte de 6/8 places (partie gauche du bâtiment) et de 5 chambres d’hôtes (1978) situées à l’étage à droite du bâtiment. Suivent la création de 3 studios (1991) et de la piscine (1992). L’ancienne porcherie, accolée à la grange, devient un gîte de 6/7 personnes en 1996. Une fois l’ensemble des anciens bâtiments utilisés, le groupement agricole d’exploitation en commun s’est lancé dans l’implantation de chalets (3 en 2002, 3 en 2005).

Cliché : Philippe Madeline, août 2006
33

La plupart des exploitations n’ont donc pas fait table rase du passé : elles conservent des éléments hérités qui les relient de façon souvent ténue aux pratiques agricoles d’un autre temps. On assiste à une juxtaposition de constructions d’époques et de nature différentes (photos 10 et 11, figure 1) . Des singularités géographiques se dessinent selon les matériaux utilisés et le processus d’adaptation du bâti aux exigences de l’agriculture contemporaine. Les formes de « modernisation » diffèrent selon que l’on poursuive une même orientation agricole (Bassin parisien) ou bien que l’on en adopte une nouvelle (Bretagne occidentale). Elles participent à une « sédimentation sous la forme de couches successives [qui] fait des paysages des palimpsestes imparfaits » [39][39]  Renard, 2002, p. 11.. Le constat ne cesse de se renforcer à la lumière des constructions réalisées depuis deux décennies.

Photo 10  - L’extension d’une exploitation à Camembert, lieu-dit Beaumoncel (Orne) Photo 10
Cliché (photographie aérienne) : Maxime Marie, 2006
Photo 11  - La stabulation et les bâtiments de stockage à Camembert, lieu-dit Beaumoncel (Orne) Photo 11
Cliché : Maxime Marie, 2005
Figure 1  - Une juxtaposition de constructions à Camembert, lieu-dit Beaumoncel (Orne) Figure 1

Photos 10 et 11 ; figure 1. Du milieu du xvii e siècle au premières années du xxi e siècle, les transformations du domaine de Beaumoncel soulignent l’accélération des évènements depuis quatre décennies. Dans cette exploitation bovine actuellement spécialisée dans le lait et la viande, la première stabulation est construite en 1963. À la reprise des lieux par le propriétaire pour en faire sa résidence secondaire, le fermier est logé dans un pavillon (1978). La construction d’un hangar (1995) atteste des besoins de stockage du fourrage qui répond à l’augmentation régulière de la sau et à l’extension du troupeau. Face aux exigences de la mise aux normes des bâtiments d’élevage, le fermier et son fils (son successeur) choisissent de construire une nouvelle structure de 2 537 m2. Une traverse de l’ancienne stabulation où se situe la salle de traite et un bâtiment à colombage témoignent des constructions antérieures. Au fur et à mesure d’une extension vers l’est, la partie ancienne conserve ses unités bâties à l’exception d’un bâtiment emporté par la tempête de 1999.

La dimension des bâtiments construits en 2002 est à rapprocher de celle de l’église dont la stature, jusqu’à présent, dominait le paysage vallonné de la vallée de la Viette. Désormais, à la faveur de la dénivellation, que la photographie aérienne de permet pas de rendre compte, la construction agricole de Beaumoncel s’inscrit dans une nouvelle « monumentalité » rurale.

dao : Christian Fouétillou

La construction agricole dans la production récente de formes paysagères

34

Pour peu que l’on soit attentif aux paysages de l’espace rural, repérer les constructions agricoles les plus récentes n’est pas une tâche difficile : de nouveaux matériaux revêtus de couleurs parfois vives couvrent un nombre croissant de bâtiments. On ne les remarque pas seulement pour leurs couleurs. Leur emprise au sol et leur volume les signalent à l’observateur. Pour autant, l’étude de la construction agricole ne s’en trouve pas facilitée. Dans notre optique, privilégions les sources relatives à la construction (autorisation de construire) et les politiques publiques en faveur du parc immobilier agricole (aides à la modernisation).

À la recherche des indicateurs des constructions agricoles

35

Abordée sous l’angle du progrès technique, la modernisation agricole s’appuie de façon récurrente sur le parc matériel (tracteurs, moissonneuses-batteuses, machines à traire, etc.) ou la consommation d’engrais [40][40]  Houée, 1972, p. 29-40.. En revanche, l’évolution du bâtiment agricole comme objet de modernisation est beaucoup plus rarement évoquée. Rares sont les analyses qui permettent d’en mesurer les modalités ou d’en saisir l’ampleur. L’explication est sans doute liée à la rareté des statistiques.

36

L’enquête du ministère de l’Agriculture de 1929 avait fourni des éléments précis. Des chiffres sur la construction et l’abandon des unités bâties de 1919 à 1929 selon une classification en petites, moyennes et grandes exploitations furent présentés lors de l’Exposition universelle des Arts et techniques qui se tint en 1937 [41][41] Exposition européenne de l’habitation rurale. Paris,.... À ma connaissance, des données comparables n’existent pas pour les périodes les plus récentes. Les recensements généraux de l’agriculture renseignent surtout sur l’équipement en bâtiments « utiles » à la production. Celui de 1970 précise la présence d’une salle de traite, d’un système de refroidissement du lait, de l’électricité et de l’eau courante dans les bâtiments de travail.

37

Des informations plus précises sont fournies par des enquêtes nationales spécifiquement consacrées aux bâtiments d’exploitations. Réalisée sur un échantillon départemental de 200 à 250 cas, l’enquête de 1965-1966, dont la publication fut retardée de dix ans, précise l’enclavement des exploitations, la surface en bâtiment, les équipements, l’âge de la construction (que l’on peut comparer avec les données du Recensement général de la population), les matériaux, les caractéristiques et la fonction de certains bâtiments.

38

Après l’enquête partielle de 1994, celle de 2001 vérifie les effets du premier programme de maîtrise des pollutions d’origine agricole (pmpoa) [42][42] En décembre 1994, un volet « bâtiments d’élevage et.... Les questions concernant les modes de stabulation, la capacité de logement animal, le niveau d’équipement côtoient les indications sur la capacité de stockage des effluents d’élevage (fumier et lisier). De cette documentation, l’intérêt n’est plus à démontrer. Cependant, elle apporte peu à la connaissance de l’ensemble du parc immobilier des exploitations et de ses évolutions. Les enquêtes ne font que répondre à des orientations précises : la modernisation des exploitations pour les années 1960 ; le respect des normes environnementales pour les années 2000. Elles réduisent le bâti des exploitations à leurs éléments les plus fonctionnels.

39

Rendre compte de l’ensemble des constructions agricoles est donc malaisé. Toutefois, une source fournit une mesure de la construction neuve : les données du permis de construire que l’on découvre dans la base Sitadel élaborée par les services du Ministère de l’Équipement [43][43] Je tiens à remercier Bastien Fuentès, responsable de....

40

Parmi les permis de construire instruits pour des constructions non résidentielles, la base de données distingue quatorze types de locaux et constructions à usage professionnel. Deux types regroupent les constructions agricoles : les édifices de stockage (cellier, chais, fenil, grange, grenier, hangar, remise, silo à céréales, silo à engrais, silo d’ensilage pour animaux) et les autres bâtiments (bergerie, chenil, écurie, étable, hangar pour élevage, haras, porcherie, poulailler et serres).

41

Parmi les renseignements fournis (permis autorisé et surface commencée), la seconde s’approche le plus de la réalité des constructions (environ 5 % des dossiers instruits ne donnent pas suite). Sans sous-estimer les constructions dépourvues d’autorisation dont la part, en fonction des risques encourus par le maître d’œuvre est réduite, la base Sitadel révèle l’importance des contrastes géographiques de la construction agricole [44][44]  Canevet, 2000, p. 198. Une analyse plus approfondie....

Deux décennies de construction agricole (1980-2002)

42

Examinons la carte départementale des superficies construites à des fins agricoles : elle rend compte de l’importance des constructions effectuées depuis plus de deux décennies (figure 2) .

Figure 2  - La construction agricole (1980-2002) Figure 2
Source : Ministère de l’Équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer ; daei-sesp-sitadel
43

De 1980 à 2002, les permis de construire délivrés représentent, en superficie, 31 % des constructions non résidentielles métropolitaines. Amorcée timidement dans les années 1960, la vague de modernisation du parc immobilier agricole se poursuit. Elle affecte tous les espaces agricoles mais de façon très inégale.

44

Parmi les trois groupes de départements identifiés, les moins touchés sont les espaces céréaliers, les départements les plus urbanisés et ceux dont les surfaces forestières et naturelles non productives affectent une forte proportion de la superficie totale (quart Sud-Est). Les régions d’élevage concentrent l’essentiel de la dynamique de construction. Elles précèdent celles de polyculture-élevage en situation médiane. En superficie construite, la suprématie des régions de l’Ouest est seulement contestée par le Nord et le Pas-de-Calais, l’Allier et la Saône-et-Loire, l’Aveyron et les Pyrénées Atlantiques. La distinction par types de construction traduit bien la simplification du paysage agricole national : les grandes cultures dans le Centre et le Nord, les cultures permanentes au Sud, l’élevage à l’Ouest. Les spécialisations agricoles engendrent des besoins différenciés en bâtiments (figures 3 a et 3 b) .

Figures 3 a et 3 b  - Les types de constructions agricoles (1980-2002) Figures 3 a et 3 b
Source : Ministère de l’Équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer ; daei-sesp-sitadel
45

Avec la moitié des élevages hors sol spécialisés en Bretagne et dans les Pays-de-la-Loire et la moitié des élevages laitiers implantés dans ces deux régions et en Basse-Normandie, doit-on s’étonner de retrouver, en tête des constructions agricoles hors stockage, les espaces de l’Ouest ? Par la présence massive des productions laitières, porcines et avicoles, les Côtes-d’Armor se singularisent par des besoins impérieux. Dix millions de places réservées aux poules pondeuses en bâtiments fermés sur un total national de 19 millions s’y concentrent. Vingt cantons du département abritent chacun plus de 100 000 porcs. Et la multiplication des serres pour la production de tomates en grappes permet aux Côtes-d’Armor et au Finistère, de rivaliser avec les Bouches-du-Rhône. En dehors de ce premier groupe, certains départements du Massif central et du Sud-Ouest se distinguent. Pour les premiers, l’adoption de la stabulation libre remplace progressivement la stabulation entravée encore dominante [45][45] Ministère de l’Agriculture, 2004, p. 142-1.. Pour les seconds, on assiste à l’agrandissement des bâtiments de gavage. En dehors des terres de conquête (la Vendée avec le record de la capacité moyenne : 1 100 places), les bâtiments continuent de s’agrandir dans les Pyrénées-Atlantiques, le Lot, le Lot-et-Garonne, la Dordogne [46][46] Ministère de l’Agriculture, 2005, p. 165-2..

46

La carte des superficies en bâtiments de stockage présente une situation bien moins discriminante. Étant donné les types de constructions retenues, toutes les productions agricoles sont concernées : l’élevage pour le stockage du fourrage, les grandes cultures pour le stockage des récoltes, les exploitations viticoles pour loger les cuves et, quelles que soient les exploitations, un besoin de locaux adaptés pour abriter un matériel de plus en plus volumineux. Il y a là une des nombreuses explications à la vague récente de construction agricole (photo 12) .

Photo 12  - Un bâtiment de stockage à Aunay-sur-Odon, lieu-dit Les Marfins (Calvados) Photo 12

Photo 12. Dans cette exploitation du Pré-bocage datant de la reconstruction, le chantier de la mise aux normes des bâtiments d’élevage a donné lieu à l’édification d’une nouvelle stabulation libre (au second plan) et d’un bâtiment de stockage. Devant le grain et les sacs d’engrais entreposés au fond du bâtiment, est rangée une partie du parc de matériel. L’importance du volume de la construction montre, à l’évidence, une sous-utilisation de la structure qui peut être interprétée comme un degré d’anticipation de l’exploitation pour les années à venir.

Cliché : Philippe Madeline, octobre 2006

Les « moteurs » de la construction agricole

47

L’analyse de la construction agricole offre un indicateur des mutations du secteur. De 1980 au début des années 2000, la diminution des permis de construire (30 890 en 1980 ; 24 300 en 2004) suit la disparition d’un grand nombre d’exploitations agricoles (près de 1,3 million en 1979 ; 664 000 dont 400 000 professionnelles au recensement de 2 000). Une restructuration qui a touché notamment la Bretagne : la plus forte diminution entre 1988 et 2000 (-4,8 % pour une moyenne nationale de -3,5 %). Pourtant, au regard des réalisations, la superficie totale des ouvrages réalisés en France sur plus de deux décennies a progressé de 8 % pour un total cumulé de 274 millions de m2. Comment rendre compte de cette apparente divergence ?

48

Quelles que soient les productions, le recours à la construction neuve apporte d’abord une réponse à l’amélioration de la productivité par unité de surface et par travailleur [47][47] Chambre d’Agriculture de Normandie, 2005, p. 13.. Il répond aussi à l’amélioration des conditions de travail. L’adoption de la stabulation libre jusqu’aux zones de montagne (Alpes, Massif central et Pyrénées) où la stabulation entravée demeure dominante en fournit une preuve. Les constructions reflètent aussi l’évolution du machinisme agricole dont les améliorations engendrent le plus souvent l’augmentation de leur encombrement.

49

En regard de la diminution régulière du nombre des exploitations, l’augmentation des surfaces construites résulte de l’agrandissement de la sau moyenne des exploitations et de l’accroissement des cheptels. On comprend mieux ainsi les besoins d’adaptation des bâtiments d’exploitation dont l’agrandissement constitue le fait marquant (figure 4) .

Figure 4  - Superficie moyenne des constructions agricoles (1980-2002) Figure 4
Source : Ministère de l’Équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer ; daei-sesp-sitadel
50

Au-delà de la diversité des orientations économiques, l’augmentation de la taille des bâtiments accompagne les changements structurels. Pour les productions hors sol, elle est manifeste. La capacité moyenne des bâtiments construits entre 1990 et 1999 destinés à la production de poules pondeuses était de 36 100 places ; pour les réalisations de 2000 à 2004, elle atteint 43 200 places. Le constat est identique pour la production porcine dont la concentration de la production n’a cessé de progresser au point que les élevages de plus de 1 000 animaux rassemblent désormais les deux tiers des effectifs. Une tendance du même type affecte les productions végétales dont les besoins suivent l’agrandissement des structures. La construction de nouveaux hangars de stockage de céréales, de pommes de terres ou de betteraves au cœur des espaces de production en atteste. La progression des surfaces en serres chauffées en partie pour la production de tomates à grappes contribue à l’essor des constructions identifiées dans les Bouches-du-Rhône.

51

Pour la production bovine, la diminution du nombre d’exploitations laitières des années 1980 n’avait guère eu de répercussion sur le nombre de permis de construire délivrés : environ 14 000 ouvrages sont sortis de terre chaque année sur la période 1980-1997. En dépit des quotas laitiers instaurés en 1984 et de l’entrée en application de la pac de 1992, l’agrandissement des structures et des cheptels a suscité un renouvellement des lieux de vie des animaux. Dans cette perspective, les obligations sanitaires et environnementales (régime des autorisations classées ou du règlement sanitaire départemental) ont écarté le plus souvent le recours à des constructions de fortune au profit de la construction neuve. À partir de 1993, alors que se stabilisent les effectifs de la construction, les surfaces construites cumulées entament une forte croissance (figure 5) .

Figure 5  - Évolution de la construction agricole par types d’ouvrages (1980-2003) Figure 5
Source : Ministère de l’Équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer ; daei-sesp-sitadel
52

Mis en place à partir d’octobre 1993, le pmpoa oblige les agriculteurs à adapter leurs équipements et leurs pratiques en vue de la maîtrise des pollutions agricoles [48][48] Le pmpoa s’insère dans l’ensemble des politiques publiques.... Le programme comporte trois volets : l’utilisation raisonnée des produits phytosanitaires, celle de l’azote minéral et la prévention de la pollution des ressources en eau. Il impose la récupération et le stockage des effluents d’élevage afin de les épandre aux périodes appropriées. Le principe initial d’intégration des élevages par taille décroissante a rendu les exploitations dotées des plus gros cheptels éligibles au premier programme (1994-2000). Le second (2001-2006) a incorporé les structures restantes. Les travaux, subventionnés à hauteur des deux tiers, ont conduit à la mise en conformité des ouvrages de stockage de fumier et du lisier, à la réalisation de l’étanchéité des réseaux de collecte et des ouvrages de stockage des effluents, à la couverture des fosses, fumières et aires d’exercice ; à la récupération des jus. Si les aides n’étaient pas destinées à la construction de bâtiments neufs, la mise en conformité a engagé les exploitants à réfléchir à l’organisation de leur travail. Ainsi, d’une contrainte souvent mal vécue, l’obligation de la mise aux normes s’est souvent transformée en une opportunité inespérée : au lieu de modifier les installations existantes, ils se sont lancés dans la construction d’infrastructures nouvelles (photo 13) .

Photo 13  - Une stabulation libre aux normes environnementales à Salers (Cantal) Photo 13

Photo 13. Le plan de maîtrise des pollutions d’origine agricole induit par la législation environnementale de l’Europe communautaire a obligé les exploitations d’élevage à gérer les effluents produits. Pour certaines, ce fut le moment propice pour repenser à leur organisation et investir dans des bâtiments conformes aux nouvelles réalités. Face à la maison d’habitation et à l’ancienne stabulation de cette exploitation du Cantal, le nouveau bâtiment accompagné par une fosse à lisier circulaire offre un outil de travail adapté. Les facilités offertes par la dispersion de l’habitat ont permis d’éloigner la nouvelle construction de l’habitation et en même temps de la rapprocher de la principale voie de communication.

Cliché : Philippe Madeline, août 2006
53

Bien des raisons expliquent l’essor de la construction agricole : l’agrandissement des structures, l’amélioration de la productivité et des conditions de travail, l’évolution du machinisme, les réglementations sanitaires et environnementales et la prise en compte du bien-être des animaux multiplient les investissements en capital fixe. Or toutes ces raisons impliquent directement les pouvoirs publics.

Politiques publiques et constructions agricoles

54

Comme le montre l’application du Plan de maîtrise des pollutions d’origine agricole (pmpoa), les politiques publiques jouent un rôle majeur dans la construction agricole, même indirectement. Le constat n’est pas récent. Le soutien financier à la construction agricole – c’est-à-dire à la modernisation des outils de production – jalonne les étapes de l’intégration agricole au modèle productiviste. La liste des aides consacrées à cet effet depuis 1945 en souligne l’importance : aides à l’amélioration de l’habitation et du logement des animaux (1955) ; décret instituant des aides aux exploitations bovines (1966) ; prêts spéciaux d’élevage (1973) ; plans d’amélioration matérielle (1986). Le pmpoa, qui n’entre pas directement dans ce domaine, n’en fournit pas moins un effet stimulant. Les effets discriminants des politiques publiques n’en sont que plus manifestes. Dans le cadre du pmpoa, tous n’ont pu prétendre à des constructions coûteuses étant donné l’éligibilité des subventions limitée aux seuls travaux de mise aux normes [49][49] La distorsion de concurrence introduite par le premier.... Les modalités du nouveau plan bâtiment adopté en janvier 2005 leur permettront t-il de franchir le pas ?

55

Comme le confirment les études de terrain, en investissant dans des bâtiments neufs et fonctionnels, l’exploitant cherche d’abord à améliorer la compétitivité de son entreprise. Toutefois, comme en attestent les données de la comptabilité agricole nationale, les investissements à la construction forment une part croissante des actifs immobilisés par les agriculteurs. Dans le même temps, le taux d’endettement (rapport de l’ensemble des dettes au total de l’actif) ne cesse d’augmenter : 33,1 % en 1995 ; 35,4 % en 2003 [50][50] Il a dépassé la barre des 100 000 € en moyenne pour.... Dans ces conditions, certaines exploitations bovines, poussées par les obligations agri-environnementales, se sont engagées, par mimétisme, dans des investissements ambitieux qui fragilisent l’exploitation [51][51] Chambre d’agriculture de Normandie, 2005, p. 30-31. D’autres, contraintes par les obligations réglementaires, adaptent leur outil de travail sans pouvoir bénéficier des effets bénéfiques d’une structure repensée.

56

Érigés à la faveur d’une agriculture qui se veut désormais plus efficace et plus propre, les nouveaux bâtiments agricoles répondent d’abord à des enjeux économiques : créer des outils de travail compétitifs capables de « survivre » dans une économie agricole de moins en moins protégée. Toutefois, de nouvelles préoccupations accompagnent la construction agricole. Après les réglementations sanitaires éprouvées depuis déjà longtemps, les dimensions environnementale et paysagère des constructions marquent une nouvelle étape d’une agriculture ancrée dans des espaces ruraux aux fonctions multiples.

Constructions agricoles et espaces ruraux multifonctionnels

57

Au regard de la construction agricole, l’affirmation selon laquelle « la crise du productivisme est un drame économique pour les agriculteurs concernés, mais un espoir pour la qualité des paysages à laquelle aspirent de plus en plus de Français » doit être singulièrement nuancée [52][52] Affirmation de Pitte, 2003, p. 348.. Si, pour la profession, l’édification de nouveaux bâtiments est un signe de dynamisme, pour d’autres, la multiplication de constructions aux formes standardisées constitue une atteinte aux paysages dans lesquels les héritages construits tiennent une place sensible. L’opposition entre une obligation fonctionnelle, réglementaire et financière, d’une part, et les arguments esthétiques liés au cadre de vie, d’autre part, illustre à sa manière les enjeux des espaces ruraux dont la multifonctionnalité s’est affirmée. À quoi bon conserver et entretenir un bâtiment qui ne sert plus à la production ni même à l’identité sociale de son occupant mais qui est un support de l’identité collective ? Comment construire et aménager un bâtiment agricole sans rompre avec l’image d’un espace perçu comme un patrimoine ?

Que faire d’un héritage encombrant ?

58

Par la variété de leurs fonctions et la diversité de leurs formes, les bâtiments agricoles que l’on qualifie aujourd’hui de patrimoine au même titre que la haie ou le chemin sont

59

« le produit d’une longue histoire agraire correspondant à des modalités particulières d’articulation entre des dimensions économiques, écologiques et sociales » [53][53]  Alphandéry, 2004, p. 146..

60

Les changements qui ont brisé cet agencement seraient à l’origine des problèmes environnementaux issus de la suppression des fonctions non marchandes de l’agriculture. Dans un autre registre, l’absence d’entretien de bâtiments agricoles est une autre conséquence de cette évolution. Toutefois, contrairement aux mesures agri-environnementales financées par l’Europe, l’État et les collectivités locales pour rémunérer des activités réalisées auparavant par les paysans sans rétribution, l’entretien des bâtiments anciens n’a pas fait l’objet de soutien spécifique, sauf rares cas de bâtiments classés. Ainsi, contrairement aux races animales menacées d’extinction ou aux murets de pierres des parcelles de La Hague, les éléments bâtis du clos-masure du pays de Caux ou de la maison basque ne sont pas érigés en témoins remarquables des structures du passé. Leur disparition progressive, que révèle l’analyse régressive, souligne la rapidité des transformations du parc immobilier agricole [54][54]  Madeline, 2006, p. 5.. Au regard des fonctions résidentielles et récréatives croissantes des espaces ruraux, la situation apparaît pour le moins paradoxale. C’est en tout cas ce que signalait un avis du Conseil économique et social de Basse-Normandie de 1991 :

61

« Les exigences et les mutations actuelles qui affectent l’agriculture rendent les tâches d’entretien peu gratifiantes en particulier dans les zones de bocage. Il est pourtant indispensable de préserver cette qualité paysagère qui concourt grandement au cadre de vie et à l’image de marque de la Basse-Normandie » [55][55]  Ces Basse-Normandie, 1991, p. 55..

Une nouvelle vie pour les constructions agricoles

62

Il est vrai que la diversification touristique des zones rurales a amplement valorisé le bâti agricole inutilisé. Dès les années 1950, l’essor des chambres d’hôtes à la ferme et des gîtes ruraux, en est la preuve. Il se poursuit et s’accélère dans les années 1990 quand les collectivités territoriales encouragent la diversification des exploitations avec le soutien financier de la politique régionale européenne, octroyé aux « zones rurales dites défavorisées » [56][56]  Madeline, 1996.. De nombreuses exploitations normandes, touchées par le contingentement laitier, répondent à cette proposition qui, en engageant la diversification des sources de revenus, valorise un patrimoine immobilier sans avenir. La stratégie s’est avérée décisive dans la transmission de bon nombre d’exploitations à des proches. Dans d’autres cas, lorsque les bâtiments se prêtent au démontage, ils alimentent un commerce lucratif à destination des particuliers. La délocalisation de nombreuses constructions en pan de bois du Pays d’Auge agrémente ainsi de façon complète ou dispersée de nombreux pavillons (photo 14) . La pratique s’étend aujourd’hui aux bâtiments en briques jointoyées à la chaux facilement démontables et exportables.

Photo 14  - Le démontagne d’un bâtiment isolé à Camembert, lieu-dit Les Bruyères (Orne) Photo 14

Photo 14. Isolées dans les parcelles, de nombreuses constructions en pan de bois qui servaient de refuge pour les animaux et de stockage du fourrage, ont montré très tôt leur inadaptation aux transformations structurelles des exploitations. La facilité de leur démontage et une demande en matériaux anciens émanant autant de résidents secondaires que de néo-résidents ont conduit de nombreux propriétaires à céder ces bâtiments inutiles et gênants. Dans certains cas, ils ont été remontés à l’identique.

Cliché : Philippe Madeline, 2002
63

Enfin, que cesse l’activité agricole et le « recyclage » du corps de ferme à des fins résidentielles ou récréatives offre le meilleur garant de sa conservation. Depuis longtemps analysé, le mouvement s’est élargi au gré de la réduction des exploitations, de l’amélioration des moyens de communication et d’une envie de vivre à la campagne qui ne se limite plus aux espaces les plus proches des zones urbaines [57][57]  Dussart, 1969 ; Hommes et Terres du Nord, 19.... Depuis 1977, la valorisation du patrimoine agricole qui en résulte bénéficie des avis prodigués par les Conseils en aménagement, urbanisme et environnement (caue) que relayent des associations patrimoniales. Pour autant, la sensibilisation du public n’a pas éliminé les transformations les plus douteuses.

64

Combien de bâtiments d’habitation et d’exploitation se retrouvent en concurrence sur les marchés agricole et résidentiel ? Parmi les 96 000 transactions annuelles d’échange que l’on observe sur le marché foncier agricole, 12 000 portent sur des fonds disposant d’un bâtiment. Entre 1997 et 2003, selon la même source,

65

« le marché des biens bâtis d’origine agricole de moins de 5 ha acquis par des non-agriculteurs a progressé de 26 % en surface, de 51 % en nombre et de 140 % en valeur [58][58] Fédération nationale des Sociétés d’aménagement foncier.... »

Les constructions agricoles au cœur d’une concurrence sévère

66

Le transfert d’usage des constructions agricoles exacerbe la concurrence entre agriculteurs et résidents. En moyenne, entre 1970 et 1990, la valeur d’un siège d’exploitation est passée de 14 % du prix de l’exploitation à 26 % ! Dans certaines régions littorales et touristiques, « les agriculteurs ne peuvent pas trouver de sièges d’exploitation à des prix abordables, compatibles avec l’activité agricole » s’insurge le sénateur Boisson [59][59]  Boisson, 2005, p. ii-38.. Pour les jeunes agriculteurs qui souhaitent s’installer en dehors du cadre familial, il est facile de trouver des terres à exploiter mais souvent impossible de se loger.

67

Progressivement, une législation tente de réguler la situation. La loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (sru, décembre 2000) préserve des espaces affectés aux activités agricoles sur lesquels sont édifiés les bâtiments à cet usage. Afin d’alimenter l’offre en logements locatifs, la loi relative au développement des territoires ruraux (2005) autorise les bailleurs à reprendre les bâtiments de ferme présentant un intérêt patrimonial et architectural… pourvu qu’ils ne soient pas essentiels à l’activité de l’exploitant. Malgré l’intervention des safer qui participent à la régulation du marché, les campagnes les plus convoitées présentent une ségrégation sociale de plus en plus forte. Les collectivités locales sont poussées à venir en aide aux agriculteurs en proposant des « lotissements pour agriculteurs ».

68

Pour les exploitants en exercice, les bâtiments agricoles anciens, à défaut d’une seconde vie, ne bénéficient pas de soutien spécifique pour leur entretien. Comme l’ont montré récemment des enquêtes menées dans le sud du Pays d’Auge, l’abandon des bâtiments d’exploitation et leur état de ruine heurtent la sensibilité paysagère des agriculteurs [60][60]  Marie, 2005.. Qu’ils soient propriétaires ou fermiers, on peut difficilement compter sur eux pour les entretenir. Contrairement au petit patrimoine rural communal que les associations patrimoniales ont contribué à sauver et aux bâtiments remarquables qui bénéficient d’une inscription ou d’un classement, la préservation du bâti agricole privé ne fait pas l’objet de mesures particulières. Aussi, devant cette « architecture sans architecte » qui a si fortement imprégné les images régionales que les collectivités territoriales et les intérêts privés s’en emparent comme support de communication, s’instaure un décalage entre l’image et le terrain [61][61] L’expression « architecture sans architecte » est de.... Une impression qui se renforce face aux formes des constructions actuelles.

« Intégrer » les nouvelles constructions agricoles

69

C’est sans doute parce que l’espace rural est le théâtre de « paysages traditionnels fossilisés » que la dimension paysagère de la construction agricole revêt une importance toute particulière. C’est sans doute aussi parce que les géographes ont joué un rôle primordial dans la connaissance et la compréhension de la « maison rurale » qu’ils ont été décontenancés devant l’érosion d’un « modèle » souvent qualifié d’« harmonieux ». En privilégiant le plus souvent la dimension esthétique à la dimension fonctionnelle, certains géographes n’ont pas toujours fait preuve d’objectivité face aux transformations des exploitations. Comme l’a si bien relaté George Macé, les stabulations libres, si laides soient-elles, ont considérablement réduit la peine des éleveurs [62][62]  Macé, 1982, p. 451.. « Les paysages ne sont ni sacrés, ni immuables » disait Pierre Gourou mais il ajoutait aussitôt :

70

« Pour être mis en accord avec de nouvelles techniques, ils peuvent et doivent se modifier. Ce sera sans dommage si cela se fait dans l’intelligence de leurs aspects hérités du passé [63][63]  Gourou, 1973.. »

71

L’idée n’est pas neuve et, comme on la vu, de plus en plus d’historiens la partagent mais elle revêt, pour l’époque actuelle, une tout autre acuité.

72

Des constructions aux volumes disproportionnés avec les bâtiments existants ont posé très tôt un « problème d’intégration paysagère ». Dès le milieu des années 1970, les ministères de l’Agriculture, de la Culture et de la Qualité de la vie émettent des recommandations avec la Fondation de France (section bâtiment agricoles et paysage) [64][64]  Kriegel et Étivant, 1976.. Elles proposent de rendre ces constructions plus discrètes en utilisant les formes du relief et la végétation, en adoptant des couleurs qui se fondent dans l’espace environnant. En élargissant la notion de patrimoine à tout ce qui vient du passé, on assiste alors aux prémices d’une demande sociale en expansion mais de moins en moins satisfaite : la gestion des espaces par l’agriculture. Ignorée depuis trente ans par les politiques de développement rural, la construction agricole répond d’abord à des considérations administratives.

73

Face aux excès du « modèle agricole productiviste », le législateur est intervenu dans la construction des bâtiments d’exploitation. Dans le sillage de la loi sur la protection de la nature (1976), celle relative aux installations classées requiert une procédure d’autorisation ou de déclaration pour les ateliers avicoles et porcins de grande taille. La disposition s’applique aux ateliers bovins en 1992. La loi de 1977 sur l’architecture stipule que « la qualité des constructions, leur bonne insertion dans les paysages sont d’intérêt public ». Avec les lois sur les paysages de 1992 et 1994, tout dépôt de permis de construire impose de fournir des documents relatifs à l’insertion paysagère dans la réalisation d’un bâtiment agricole. L’adoption d’une politique européenne du paysage (2004) et l’obligation de la qualité architecturale, urbaine et paysagère dans les documents d’urbanisme (schéma de cohérence territoriale, plans locaux d’urbanisme, cartes communales et intercommunales) renforcent le niveau d’exigence vis-à-vis des constructions agricoles et rurales. En s’étoffant, les législations agri-environnementales et paysagères invitent les agriculteurs à modifier leurs pratiques et à adapter leur outil de travail.

74

La reconnaissance de la fonction « paysagère » de l’agriculture par la loi d’orientation agricole de 1999 engage une nouvelle phase. Implicitement, elle reconnaît que la construction agricole n’a pas fait l’objet d’une prise en compte à la hauteur des impacts provoqués. Le constat conduit le Ministère de l’Agriculture à se pencher sur la « qualité architecturale des bâtiments agricoles » (2003). Dans le même temps, les chambres d’agriculture et les caue éditent des documents de sensibilisation destinés aux concepteurs de bâtiments et aux agriculteurs. Les initiatives débouchent sur la production de formes spatiales normées promouvant l’utilisation du bois dans la construction, comme le suggère la loi d’orientation forestière (photo 15) .

Photo 15  - Une tentative d’intégration paysagère à Tracy-Bocage, lieu-dit Le Mesnil (Calvados) Photo 15

Photo 15. À défaut d’une véritable réflexion architecturale en faveur des constructions agricoles, l’utilisation de nouveaux matériaux est sensée atténuer les « impacts » paysagers de bâtiments aux dimensions qui n’ont rien à envier à celle des supermarchés des chefs-lieux de cantons ruraux. Pour cette exploitation du Pré-bocage, l’utilisation du bardage bois préconisée par les permis de construire et le coloris de la toiture qui rappelle celui de l’ardoise des maisons d’habitation obéissent à des prescriptions paysagères. Le résultat montre une rupture avec les constructions de la période précédente (à droite).

Cliché : Philippe Madeline, septembre 2006
75

Dans le sillage des subsides octroyés pour la mise aux normes des constructions d’élevage, le « Plan bâtiment » adopté en 2005, est à l’origine d’une nouvelle vague de constructions. Celles-ci, assujetties à différentes réglementations (sanitaire, urbanistiques, etc.), n’échappent plus à l’attention portée aux paysages. La question apparaît dans de nombreux projets de territoire comme les chartes de développement durable des pays analysées dans le Nord-Pas-de-Calais [65][65]  Lescureux, 2006.. Les collectivités territoriales prennent en compte désormais la construction agricole dans leurs chartes paysagères. À l’image du Conseil général du Calvados, elles adoptent des actions spécifiques qui contribuent à « une meilleure insertion des toitures des bâtiments agricoles dans le paysage » par l’octroi des subventions à la coloration des toitures à hauteur de 1,6 €/m2. Et, dans le même esprit, un partenariat entre le Comité de formation agricole et rurale et le Pays d’accueil touristique du Bessin propose des formations à l’embellissement des fermes (février 2005).

76

Dans les projets de territoire qui accordent une place croissante à la dimension esthétique des paysages, les principaux intéressés – les agriculteurs –, sont invités à répondre favorablement aux sollicitations. Comme l’a montré, en son temps, Mendras vis-à-vis du progrès techniques, peut-on déceler un lien entre l’âge des agriculteurs, leur formation, leur production et une sensibilité paysagère [66][66] « Les plus progressifs sont ceux qui ont reçu la meilleure... ? Si une sensibilisation individuelle s’explique par certains choix (par exemple l’accueil à la ferme), la réponse des agriculteurs confrontés à des « pressions » collectives liées à une localisation dans une zone touristique, un parc naturel régional ou un espace en voie d’urbanisation ne prend pas toujours le chemin dicté par le plus grand nombre.

Comment répondre à la demande sociale d’une esthétique agricole ?

77

La multiplication des initiatives de la part des organisations professionnelles agricoles et des collectivités locales en dit long sur la production de formes paysagères conçues comme objet de ressource territoriale [67][67]  Perrin, 2006.. Les politiques d’accompagnement sont ainsi au cœur d’une réflexion liée à des enjeux de développement local et de construction territoriale.

78

En effet, les bâtiments d’exploitation traditionnels, considérés comme des éléments patrimoniaux, sont constitutifs de formes spatiales fortement identifiées, particulièrement recherchées par certains groupes sociaux. Quant aux plus récents, ils doivent satisfaire aussi un désir d’images dans la mesure où ils ne doivent pas « appauvrir », « enlaidir », « dénaturer » ces formes bien identifiées. Mais à considérer les bâtiments d’exploitation ou plus largement des espaces agraires comme objets patrimoniaux, on glisse très vite vers une remise en question de la fonction productive des campagnes, ou du moins, on intervient sur ses possibilités d’évolution. À terme, on risque de figer les paysages. Cependant, l’instrumentalisation du patrimoine qui consiste à en faire « un moyen de lutte contre la banalisation du paysage contemporain, un moyen de création de repères, de marquage de territoires et par ce biais, un moyen de fixation de populations » peut concourir à la réduction des conflits potentiels entre agriculteurs et néo-ruraux [68][68]  Garat, 2001.. Dans le même sens, alors que la banalité des constructions rurales semble acceptée par tous, les efforts « d’intégration paysagère » des bâtiments réalisés en dehors des prescriptions urbanistiques et soutenus par les collectivités territoriales ont une vertu : ils fournissent un moyen d’aplanir les réactions des nouvelles populations rurales. Ne créent-ils pas une opposition entre les tenants d’une agriculture ouverte sur la société et ceux qui ne partagent pas cet argument, réticents à toute action de « paysagement » de leurs corps de ferme ?

79

Le bâtiment agricole est à la fois un élément de la modernité agricole et une réponse à la demande sociale en matière environnementale, éthique et paysagère. Il s’inscrit alors comme un objet de « médiation ». Grâce à lui, les questions d’échelles, de formes, de contenus, de valeurs et de normes rendent intelligibles le fonctionnement des sociétés et leurs recompositions.

80

Bon nombre d’initiatives liées à la construction agricole se résument aujourd’hui à une volonté : cacher ce que certains considèrent comme laid. À de rares exceptions près, les exemples présentés dans une publication issue d’un partenariat entre le ministère de l’Agriculture et le caue du Loiret (2003), remplissent cette mission. Pourtant l’association entre protection et développement de l’espace rural qu’appelait de ses vœux Isac Chiva il y a plus d’un décennie est possible : « une construction peut s’adapter aux besoins actuels des éleveurs sans être en rupture avec l’histoire et la culture locales » [69][69]  Chiva, 1990, p. 30.. L’expérience de « recherche-action » menée dans les années 1980 dans les hautes vallées des Pyrénées luchonnaises en est une bonne illustration [70][70]  Pastor-Barrué et Barrué, 1991.. Sans véritable travail de sensibilisation des agriculteurs sur les enjeux de leurs nouvelles constructions, il y a fort à parier que les normes esthétiques édictées actuellement ne convaincront qu’une extrême minorité d’exploitants [71][71]  Candau et Deuffic, 2003.. À l’image des fermes modèles du xix e siècle, les exemples risquent d’être sans lendemain. Sans toutefois présager du succès de ces initiatives, on peut regretter l’absence d’audace architecturale au sein de la construction agricole. C’est ce que déplore l’architecte Marc Verdier devant la désertion de ses confrères. Pourtant, dit-il : « agriculture et architecture ont des intérêts communs. Rendre visible les valeurs de l’agriculture ne peut que contribuer à grandir un domaine essentiel, depuis la période néolithique, à l’avancée de l’Homme » [72][72]  Verdier, 2001, p. 112.. Dans le cadre d’une agriculture dont le rôle multifonctionnel est reconnu, la réflexion trouve alors un écho particulier : la construction agricole est un élément-clé dans la production d’« espaces de qualité ».

81

*

82

Dans l’espace français métropolitain du début du xxi e siècle, l’esquisse d’un bilan géographique des constructions agricoles anciennes et récentes conduit à bien dissocier deux types d’approches. La première est liée aux évolutions socio-démographiques qui contribuent au réemploi de nombreux bâtiments. Les constructions laissées vacantes par la réduction des structures agricoles sont au cœur de l’attractivité des espaces ruraux. Elles participent à l’essor de leurs fonctions résidentielles et récréatives. Dans l’orbite des grandes villes, à proximité des espaces touristiques comme au cœur des espaces de faible densité, s’exerce une reprise patrimoniale le plus souvent sélective. Cette reprise, attendue dans certaines zones rurales éloignées des circuits économiques et touristiques, ne manque pas d’attiser ailleurs les tensions entre populations locales en mal de logement et nouveaux venus.

83

La seconde intéresse, à une autre échelle, les exploitations agricoles en activité. La plupart disposent d’un parc immobilier composé de deux types de bâtiments : ceux qui constituent l’outil de travail du quotidien et ceux, hérités, que l’on garde mais qui sont détournés de leur usage initial. Les premiers se singularisent à plusieurs titres : leur dimension qui ne cesse de croître au gré de la concentration des exploitations, les matériaux produits par l’industrie qui les composent, leur forme en lien avec les productions. Il en résulte une standardisation des constructions par type de production. La rupture avec les modèles régionaux de construction abondamment décrits par la géographie classique est radicale. Pourtant cette architecture agricole héritée du passé est cruciale dans les aménités offertes par les espaces agricoles. À l’exception de certaines formes d’agricultures dites de « terroir » ou « territorialisées » dans lesquelles les constructions anciennes sont constitutives d’un décor, il est bien difficile aux agriculteurs de faire face à l’entretien de constructions devenues inutiles sinon par des réparations de fortune. Les efforts des pouvoirs publics visent plutôt la construction neuve comme en attestent les exigences du permis de construire et les incitations normatives d’une « intégration paysagère » des bâtiments d’exploitation. Ils sont relayés par les collectivités territoriales qui accordent une importance croissante au désir d’embellissement des campagnes. Au total, les exemples proposés sont décevants : ils cachent mal l’absence d’une réflexion architecturale en agriculture.


Bibliographie

  • Ambroise, Régis, Bonneaud, François, et Brunet-Vinck, Véronique, Agriculteurs et paysages. Dix exemples de projets de paysages en agricultures, Dijon, Éducagri, 2000, 205 p.
  • Boichard, Jean, L’Élevage bovin en Franche-Comté, Université de Paris iv, Cahiers de géographie de Besançon, n°26, Paris, Les Belles Lettres, 1977, 536 p.
  • Boisson, Jean-Pierre, La Maîtrise foncière, clé du développement rural : pour une nouvelle politique foncière, Avis et rapport du Conseil économique et social, Section de l’Agriculture et de l’alimentation du 13 avril 2005, n° 5, 2005, 194 p.
  • Bonnin, Pierre, Perrot, Martyne, et De la Soudière, Martin, L’Ostal en Margeride, Paris, Cnrs, 1983.
  • Brier, Max-André, et Brunet, Pierre, L’Architecture rurale française, Corpus des genres, des types et des variantes : la Normandie, Paris, Berger-Levrault, 1984, 416 p.
  • Brunet, Pierre (dir.), Atlas des paysages ruraux de France, Paris, Jean-Pierre de Monza, 1992, 200 p. ;
    —, « Bovins et paysages normands », in Bertaux, Jean-Jacques, et Lévesque, Jean-Marie (dir.), La Vache et l’homme, Caen, Musée de Normandie, Éd. Maît’Jacques, 1997, p. 53-66.
  • Calmès, Roger, Delamarre, Aliette, Durand-Dastes, François, Gras, Jacques, et Peyon, Jean-Pierre, L’Espace rural français, Paris, Masson, 1978, 171 p.
  • Candau, Jacqueline, et Deuffic, Philippe, La Multifonctionnalité de l’agriculture sous condition. Le cas de l’entretien de l’espace, revue électronique Les Cahiers de la multifonctionnalité, n° 7, Multifonctionnalité des activités, pluralité des identités, coord. Catherine Laurent et Jacques Rémy, 2004, p. 109-124.
  • Canévet, Corentin, Le Modèle agricole breton : histoire et géographie d’une révolution agro-alimentaire, Rennes, pur, 1992, 397 p. ;
    —, « L’évolution récente des bassins de production agricole en Bretagne. Analyse des permis de construire des bâtiments agricoles (1986-1997) », in Des Campagnes vivantes. Un modèle pour l’Europe ? Mélanges offerts au Professeur Jean Renard, Rennes, pur, 2000, p. 197-208.
  • Chambre d’Agriculture du Calvados, Caue, Bâtiments agricoles et paysages. Étude d’une grille méthodologique, Caen, 2001, 37 p. ;
    —, Impacts du premier programme de maîtrise des pollutions d’origine agricole dans les exploitations bas-nomandes, Caen, 2005, 67 p.
  • Chiva, Isac, et Dubost, Françoise, « L’architecture sans architectes : une esthétique involontaire ? », Études rurales, n°117, janvier-mars, 1991, p. 9-38.
  • Conseil économique et social de Basse-Normandie, L’Agriculture et l’environnement en Basse-Normandie. Avis, Caen, 1991, 75 p.
  • Commissariat général du Plan de Modernisation et d’Équipement, Rapport général sur le premier plan de modernisation et d’équipement, Paris, Imprimerie Nationale, 1947, 198 p.
  • Coulomb, Gérard, « L’architecture rurale dans l’histoire, l’exemple de la maison landaise », Ethnologie Française, 13, 1, 1983, p. 25-38.
  • Delamarre, Aliette, « Les bâtiments modernes d’élevage en France », Revue Géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, t. 47, fasc. 2, 1976, p. 139-158.
  • Demangeon, Albert, La Picardie et les régions voisines : Artois-Cambraisis-Beauvaisis, Paris, Armand Colin, 1905, 496 p. ;
    —, « L’habitation rurale en France. Essai de classification des principaux types », Annales de Géographie, n° 161, xxix, 1920, p. 352-375.
  • Dion, Roger, « La part de la géographie et celle de l’histoire dans l’explication de l’habitat rural du Bassin Parisien », Bulletin de la Société de Géographie de Lille, t. 1, 1946, p. 6-80.
  • Diry, Jean-Paul, L’industrialisation de l’élevage en France. Économie et géographie des filières avicoles et porcines, Gap, Ophrys, 1985, 680 p.
  • Dubost, Françoise, Maisons riches et maisons pauvres. Évolution des modèles sociaux d’habitat dans un village beaujolais, thèse de 3e cycle, Paris x, ehess, 1977, 245 p.
  • Dumont, René, et Ravignan, François de, Nouveaux voyages dans les campagnes françaises, Paris, Seuil, 1977, 320 p.
  • Dussart, François, (dir.), L’habitat et les paysages ruraux d’Europe, Liège, Université, coll. « Les congrès et les colloques de l‚université de liège », n°58, 1969, 469 p.
  • Fédération nationale des safer, La Fin des paysages ? Livre Blanc pour une gestion ménagère de nos espaces ruraux, Paris, 2004, 47 p.
  • Flatrès, Pierre, « La deuxième révolution agricole en Bretagne », Études Rurales, n° 8, janvier-mars 1963, p. 5-61.
  • Frémont, Armand, L’Élevage en Normandie. Étude géographique, Caen, Association des Publications de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université de Caen, 1967, 2 vol., 626 + 316 p.
  • Garat, Isabelle, Gravari-Barbas, Maria, et Veschambre, Vincent, « Émergence et affirmation du patrimoine dans la géographie française : la position de la géographie sociale », Faire la géographie sociale aujourd’hui, Actes du colloque de géographie sociale, 18-19 novembre 1999, Caen, Les documents de la mrsh de Caen, n° 14, 2001, p. 31-40.
  • Gourou, Pierre, Pour une Géographie humaine, Paris, Flammarion, 1973, 388 p.
  • Hédiard, Louis, Monographie agricole du département du Calvados. Annexe à l’enquête agricole de 1929, Caen, Caron, 1938, 365 p.
  • Hommes et Terres du Nord. Les transformation de la maison agricole. Actes du colloque, 1974-1, p. 5-89.
  • Houée, Paul, Les Étapes du développement rural, t. ii, La révolution contemporaine (1950-1970). Paris, éd. Ouvrières, 1972, 285 p.
  • Humbert, André, « Les paysages ruraux à la fin du xx e siècle », Historiens et géographes, n° 370, mai-juin 2000, p. 323-333.
  • Inra, scees, Grand Atlas de la France rurale, Paris, Éd. De Monza, 1990, 481 p.
  • Kayser, Bernard, La Renaissance rurale, sociologie des campagnes du monde occidental, Paris, Armand Colin, 1990, 316 p.
  • Kriegel, Anne, et Étivant, Louis, Bâtiments agricoles et paysages. Éléments pour une réflexion, Trappes, Centre national d’études et de recherches du paysage et Paris, Fondation de France, 1976, 50 p.
  • Lebeau, René, Les Grands types de structures agraires dans le monde, 6e édition, Paris, Armand Colin, 1966, 170 p.
  • Leroi-Gourhan, André, Milieu et technique, Paris, Albin Michel, 1973 (rééd. 2002), 475 p.
  • Lescureux, Frédéric, « L’agriculture désirée dans les Pays du Nord-Pas-de-Calais », in Pierre, Geneviève, Le Caro, Yvon, et Madeline, Philippe, (dir.), Agriculteurs et territoires : pratiques et projets. Actes du colloque « Faire Campagne » (Rennes, mars 2005), à paraître.
  • Macé, Georges, L’Homme et l’espace dans un département rural de l’Ouest : La Mayenne, Mayenne, Université de Rennes, éd. J. Floch, 1982, 1011 p.
  • Madeline, Philippe, Aides communautaires et développement rural régional. Basse-Normandie, Galice, Irlande, thèse de doctorat de l’Université de Caen, Caen, 1996, 550 p. ;
    —, « Effets paysagers des transformations agricoles et rurales dans le sud Pays d’Auge », In Situ, revue électronique de la Direction de l’architecture et du Patrimoine, n°6, 2006, 12 p. http://www.culture.gouv.fr/culture/revue-inv/insitu/index.html, 2006.
  • Marie, Maxime, Paysages, pratiques agricoles et paysans. Réflexion sur le paysage, son évolution et sa perception par les agriculteurs, à partir de dix exemples d’exploitations agricoles dans le sud du Pays d’Auge et le Mortainais, Mémoire de maîtrise, Université de Caen Basse-Normandie, Caen, 2004, 270 p.
  • Mendras, Henri, Les Paysans et la modernisation de l’agriculture. Compte rendu d’une enquête pilote, Paris, cnrs, coll. « Travaux du Centre d’Études Sociologiques », 1958, 142 p.
  • Ministère de l’Agriculture, Statistiques agricoles de la France : Résultats généraux de l’enquête de 1929, Paris, Imprimerie Nationale, 1936, 803 p. [en particulier chap. v : « Renseignements sur la propriété foncière », p. 680-692] ;
    —, Enquête sur les bâtiments d’habitation et d’exploitation agricoles (1965-1966), Étude n° 135 et 135 bis, Collection de statistique agricole, 1975, t. 1, 172 p., et t. 2 (annexe), 209 p. ;
    —, « Des élevages porcins toujours plus gros », Agreste, La statistique agricole, Primeur, n° 108, mars 2002, 4 p. ;
    —, « Les élevages bovins se rapprochent des normes », Agreste, La statistique agricole, Primeur n° 142, juin 2004, 4 p.
    —, « Les éleveurs adaptent leurs bâtiments à leurs productions », Agreste, La statistique agricole, Primeur, n° 165, juillet 2005, 4 p.
    —, Situation financière et disparité de résultats économiques des exploitations, Agreste-Rica, (Réseau d’information comptable agricole), Commission des comptes de l’agriculture de la Nation, 2005, 17 p.
    —, et Ministère de la Culture et de la Communication, Qualité architecturale des bâtiments agricoles, 2003, 51 p. ;
    —, et caue du Loiret, Architecture contemporaine et agriculture. 50 bâtiments agricoles ayant fait l’objet d’une démarche architecturale, cd Rom, 2003.
  • Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, Rapport d’évaluation sur la gestion et le bilan du programme de maîtrise des pollutions d’origine agricole, t. 1, Rapport de synthèse, juillet 1999.
  • Moreau, Jean-Paul, La Vie rurale dans le Sud-Est du Bassin Parisien entre les vallées de L’Armançon et de la Loire. Étude de géographie humaine, Paris, Les Belles Lettres, Publications de l’Université de Dijon, xvii, 1958, 339 p.
  • Moriceau, Jean-Marc, Les Fermiers de l’Île-de-France, xv e-xviii e siècle, Paris, Fayard, 1994, 1069 p. [en part., p. 249-260] ;
    —, Terres mouvantes. Les campagnes françaises du féodalisme à la mondialisation, xii e-xix e siècle, Paris, Fayard, 2002 [en part. chap. vii : « Le changement agricole. Transformations culturales et innovations », p. 151-209] ;
    —, et Postel Vinay, Gilles, Ferme, entreprise, famille. Grande exploitation et changement agricole, xvii e-xix e siècles, Paris, ehess, 1992, 397 p.
  • Parain, Charles, « La maison vigneronne en France », Arts et Traditions Populaires, octobre 1955, p. 290-331.
  • Pastor-Barrué, Monique, et Barrué, Michel, Architecture, élevage et société en montagne : une expérience pilote de développement local intégré dans les vallées pyrénéennes, Paris, cnrs, 1991, 321 p.
  • Perrier-Cornet, Philippe, (dir.), À qui appartient l’espace rural ? Enjeux publics et politiques, Éditions de I’ Aube, datar, 2002, 141 p. ;
    —, (dir.), Repenser les campagnes, Éditions de l’Aube, datar, 2002, 179 p.
  • Perrin, Coline, « La vigne et l’olivier en Provence. Un moyen de préserver les espaces agricoles périurbains ? », in Pierre, Geneviève, Le Caro, Yvon, et Madeline, Philippe (dir.), Agriculteurs et territoires : pratiques et projets, actes du colloque « Faire Campagne », Rennes, mars 2005, à paraître.
  • Pitte, Jean-Robert, Histoire du paysage français. De la préhistoire à nos jours, 3e éd., Paris, Tallandier, 2003, 444 p.
  • Raulin, Henri, « Le corpus de l’architecture paysanne et de la l’habitation rurale », Ethnologie française, 3, n°1-2, 1973, p. 15-42.
  • Renard, Jean, Les Évolutions contemporaines de la vie rurale dans la région nantaise, Les Sables-d’Olonne, Le Cercle d’Or, 1975, 432 p. [3e partie : « Les mutations contemporaines ou le bocage en mouvement », p. 196-399] ;
    —, Les Mutations des campagnes. Paysages et structures agraires dans le monde, Paris, Armand Colin, 2002, 221 p.
  • Robert, Jean, La Maison rurale permanente dans les Alpes françaises du nord : étude de géographie humaine, Tours, Arrault, 1939, 517 p.
  • Specklin, Robert, « L’achèvement des paysages agraires. Les types de maison », Histoire de la France rurale, t. 3, Paris, Seuil, 1976, p. 277-296.
  • Verdier, Marc, « Bâtiments agricoles : le besoin d’architecture », Aménagement et Nature, n° 141, juin 2000, p. 107-116.

Notes

[*]

Maître de conférences en géographie à l’Université de Caen Basse-Normandie, eso umr 6590, creso - Caen, Pôle rural de la mrsh, 14032 Caen cedex. Courriel : <philippe.madeline@unicaen.fr>

[1]

Humbert, 2000, p. 323.

[2]

Demangeon, 1905.

[3]

Demangeon, 1920, p. 353.

[4]

Ibid., p. 357 : maison élémentaire, en ordre serré, en ordre lâche et en hauteur.

[5]

Robert, 1939. La classification d’Albert Demangeon inspire les travaux de George-Henri Rivière et des ethnologues qui mènent les enquêtes conduites entre 1942 et 1945. Trente ans plus tard, elle est reprise dans le 3e tome de l’Histoire de la France Rurale sous la plume de Robert Specklin, 1976.

[6]

Parain, 1955 ; Raulin, 1973 ; Coulomb, 1983 ; Dubost, 1977 ; Bonnin, 1983.

[7]

Pastor-Barrué et Barrué, 1991, p. 55.

[8]

« Entre la stabilité apparente […] et l’impossible immobilité » écrit Jean-Marc Moriceau dans sa récente synthèse sur « Les campagnes françaises du féodalisme à la mondialisation » : Terres mouvantes, 2002, 1re partie, p. 13-51.

[9]

Dion, 1946, p. 60. La construction est faite pour durer et ne se modifie que très lentement. Elle se caractérise par une forte inertie technique selon Leroi-Gourhan, 2002, p. 242.

[10]

Moriceau, 1994, p. 632-634 ; Dion, 1946, p. 64-69.

[11]

Pitte, 2003, p. 259.

[12]

Renard, 1975.

[13]

Brunet, 1992, p. 72 ; Kayser, 1990, p. 257.

[14]

L’enquête agricole de 1929 révèle, depuis 1919, une vague de construction de hangars (30 % du total des constructions). Elle affecte massivement les exploitations bretonnes qui adoptent le hangar sur poteaux pour abriter récoltes et matériels : Flatrès, 1963. Dans le Calvados, à côté des hangars à récoltes et du renouvellement des étables, les silos-tours, principalement métalliques mais aussi en béton armé pour la conservation des fourrages, se multiplient : Hédiard, 1938, p. 236-237.

[15]

Commissariat général du Plan, 1946-1947.

[16]

Sur le matériel agricole : Dumont, 1977, p. 29-31.

[17]

Frémont, 1967, p. 185.

[18]

Pastor-Barrué et Barrué, 1991, p. 78. « Des maisons alignées en rangées parallèles, tournées vers le soleil, échelonnées selon les courbes de niveau, rues étroites et souvent à angle droit, très pentues […] » : ibid., p. 83.

[19]

Frémont, 1967, p. 185.

[20]

Calmès, 1978, p. 138.

[21]

Frémont, 1967, p. 182.

[22]

Mendras, 1958, p. 16.

[23]

Ibid., p. 56.

[24]

Ministère de l’Agriculture, 1975.

[25]

Moriceau et Postel-Vinay, 1992, p. 313-315.

[26]

Frémont, 1967, p. 401.

[27]

Diry, 1985, p. 99.

[28]

Diry, 1985, p. 99.

[29]

Pitte, 2003, p. 347.

[30]

Pitte, 2003, p. 347-348.

[31]

Brunet, 1997, p. 25.

[32]

Pitte, 2003, p. 348.

[33]

Brunet, 1992, p. 164.

[34]

Ibid., p. 165.

[35]

Demangeon, 1920.

[36]

Un exemple iconographique de traite mécanique, assez rare pour être signalé, est fourni par Moreau, 1958, planche 30 (intérieur d’une étable traditionnelle équipée de la traite mécanique).

[37]

Moriceau, 1994, p. 632-634.

[38]

Madeline, 1996.

[39]

Renard, 2002, p. 11.

[40]

Houée, 1972, p. 29-40.

[41]

Exposition européenne de l’habitation rurale. Paris, centre Maillot : Exposition universelle des Arts et Techniques, 1937.

[42]

En décembre 1994, un volet « bâtiments d’élevage et environnement » a été ajouté à l’enquête annuelle sur le cheptel bovin. L’échantillon a concerné 18 000 exploitations, réparties dans 78 départements représentant 99 % du cheptel bovin français. En 2001, 17 679 exploitations réparties dans 73 départements les plus importants pour l’élevage bovin ont été enquêtées.

[43]

Je tiens à remercier Bastien Fuentès, responsable de l’unité Statistiques du logement et de la construction de la Direction Régionale de l’Équipement de Basse-Normandie pour avoir bien voulu m’ouvrir la base de données sitadel (Système d’Information et de traitement automatisé des données élémentaires sur les logements et les locaux).

[44]

Canevet, 2000, p. 198. Une analyse plus approfondie de la base de données permet de différencier trois catégories de travaux : les constructions neuves, l’extension – agrandissement de bâtiments existants et la rubrique autres qui concerne les transformations et réaménagements sans augmentation de l’emprise au sol, avec éventuellement changement d’affectation.

[45]

Ministère de l’Agriculture, 2004, p. 142-1.

[46]

Ministère de l’Agriculture, 2005, p. 165-2.

[47]

Chambre d’Agriculture de Normandie, 2005, p. 13.

[48]

Le pmpoa s’insère dans l’ensemble des politiques publiques de lutte contre les pollutions : loi sur l’eau, directive nitrates et réglementation des installations classées.

[49]

La distorsion de concurrence introduite par le premier pmpoa a été reconnue par les pouvoirs publics. Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, 1999, p. 13.

[50]

Il a dépassé la barre des 100 000 € en moyenne pour un actif moyen inférieur à 290 000 sur la période 2002-2004 : Ministère de l’Agriculture, Agreste-Rica, 2005.

[51]

Chambre d’agriculture de Normandie, 2005, p. 30-31.

[52]

Affirmation de Pitte, 2003, p. 348.

[53]

Alphandéry, 2004, p. 146.

[54]

Madeline, 2006, p. 5.

[55]

Ces Basse-Normandie, 1991, p. 55.

[56]

Madeline, 1996.

[57]

Dussart, 1969 ; Hommes et Terres du Nord, 1974-1.

[58]

Fédération nationale des Sociétés d’aménagement foncier et d’équipement rural (FnSafer), 2004.

[59]

Boisson, 2005, p. ii-38.

[60]

Marie, 2005.

[61]

L’expression « architecture sans architecte » est de Chiva et Dubost, 1990, p. 9-38.

[62]

Macé, 1982, p. 451.

[63]

Gourou, 1973.

[64]

Kriegel et Étivant, 1976.

[65]

Lescureux, 2006.

[66]

« Les plus progressifs sont ceux qui ont reçu la meilleure formation professionnelle et générale, qui possèdent les exploitations les plus grandes, qui en tirent les revenus les plus hauts, qui lisent le plus les journaux […] » : Mendras, 1958, p. 19.

[67]

Perrin, 2006.

[68]

Garat, 2001.

[69]

Chiva, 1990, p. 30.

[70]

Pastor-Barrué et Barrué, 1991.

[71]

Candau et Deuffic, 2003.

[72]

Verdier, 2001, p. 112.

Résumé

Français

Les constructions agricoles jouent un rôle important dans le paysage rural. Élevés au rang de patrimoine, les bâtiments anciens participent à l’essor des fonctions résidentielles et récréatives des espaces ruraux. Pour les agriculteurs, ce sont souvent des constructions inutiles qu’on laisse en ruines. Des bâtiments fonctionnels les remplacent. Leur standardisation crée une rupture avec le passé. Pour répondre à une demande sociale croissante, des normes paysagères ont été introduites dans la construction et les collectivités territoriales s’efforcent d’améliorer l’intégration paysagère des bâtiments en les « habillant » avec de nouveaux matériaux et de nouvelles couleurs. Au-delà des prescriptions administratives, les agriculteurs prennent des initiatives qui traduisent des regards différenciés sur la réalité multifonctionnelle de l’agriculture.

Mots-clés

  • architecture
  • bâtiments d’exploitation
  • construction neuve
  • exploitations agricoles
  • intégration paysagère
  • maisons paysannes
  • patrimoine bâti

English

Agricultural buildings play an important role in the rural landscape. The older buildings, now considered an heritage, have become part of the residential and leisure functions of rural areas. For the farmers, these are often useless buildings, which one leaves in ruins, while functional buildings replace them. They answer to various needs, such as enlarging structures, specializing production, or answering to the evolution of health and environmental regulations. Their standardization is reflecting a break with the past. In order to answer to the social demand for landscape conservation, landscaping standards have increasingly been incorporated into the building process. Local authorities provide tools to improve the landscape integration of the buildings, aiming at « dressing them up » with new materials and new colors. Beyond administrative regulation, farmers are developing various strategies to better integrate the agricultural buildings into the landscape. These strategies are the product of the various ways farmers perceive and deal with agricultural multifunctionality.

Keywords

  • architecture
  • agricultural buildings
  • built inheritance
  • new buildings
  • farms
  • landscape integration
  • farm housing

Plan de l'article

  1. Les constructions agricoles : de l’adaptation à la spécialisation
    1. La construction dans l’économie agricole contemporaine
      1. Le constat récurrent d’une inadaptation fonctionnelle
      2. Un investissement lourd
      3. Spécialisation agricole et standardisation des constructions
    2. Le parc du bâti agricole aujourd’hui : un « palimpseste imparfait »
  2. La construction agricole dans la production récente de formes paysagères
    1. À la recherche des indicateurs des constructions agricoles
    2. Deux décennies de construction agricole (1980-2002)
    3. Les « moteurs » de la construction agricole
    4. Politiques publiques et constructions agricoles
  3. Constructions agricoles et espaces ruraux multifonctionnels
    1. Que faire d’un héritage encombrant ?
      1. Une nouvelle vie pour les constructions agricoles
      2. Les constructions agricoles au cœur d’une concurrence sévère
    2. « Intégrer » les nouvelles constructions agricoles
    3. Comment répondre à la demande sociale d’une esthétique agricole ?

Pour citer cet article

Madeline Philippe, « Les constructions agricoles dans les campagnes françaises. Héritages et dynamiques actuelles d'évolution », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2006 (Vol. 26), p. 53-93.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2006-2-page-53.htm


Article précédent Pages 53 - 93 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback