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Histoire & Sociétés Rurales

2007/1 (Vol. 27)


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L’histoire de la justice sous l’Ancien Régime connaît depuis une trentaine d’années une expansion considérable [1][1] Voir la mise au point de Garnot, 2000.. L’apport des archives judiciaires à la connaissance du monde rural est depuis longtemps reconnu. Les pièces des procès criminels en particulier – audition, récolement et confrontation des témoins, interrogatoire des accusés – livrent, souvent de manière saisissante, des détails sur la vie et les activités rurales. On peut également y découvrir, par un processus complexe de mise en abyme, la signification que revêt le recours à la justice. En deçà du discours juridique extrêmement codifié, on trouve parfois la trace d’autres conflits liés à la vie rurale et à la sociabilité qui s’y attache.

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L’affaire présentée ici est à cet égard exemplaire. À la fin de l’année 1670, le lieutenant-général criminel du bailliage et présidial de Cotentin est amené à ouvrir un procès après une dénonciation. On a en effet signalé aux magistrats coutançais un événement d’une gravité particulière. Un individu aurait tenu, plusieurs mois auparavant, des propos attentatoires à la personne royale. La justice se met en branle et le sieur André Yvelin, gentilhomme protestant de la paroisse de Savigny, à quelques kilomètres à l’est de Coutances, est bientôt fait prisonnier. Au bout de quelques semaines, il s’avère cependant que l’affaire a été inventée dans l’unique objectif de porter tort à l’accusé. André Yvelin est, selon toute probabilité, rapidement innocenté.

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Cette affaire ne relève pas seulement du fait divers. Les pièces de la procédure intentée contre André Yvelin offrent un double intérêt. Le procès fournit des indications précieuses sur certains aspects de la vie dans le Bocage coutançais vers 1670. De plus, il met en jeu de nombreux acteurs de la société rurale : André Yvelin, sa famille, ses voisins, ses relations de travail. À cette occasion émergent des conflits anciens : Yvelin, dont la religion apparaît instrumentalisée, semble ainsi victime d’un complot fomenté par une pléiade d’individus en conflit avec lui devant les tribunaux civils. C’est au croisement de ces perspectives qu’il faut lire les pièces de l’affaire Yvelin publiées ci-après.

L’affaire Yvelin

Le dossier, les différentes phases de l’action judiciaire

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L’affaire André Yvelin nous est connue par une copie des pièces de la procédure, conservée dans la série TT des Archives Nationales. La disparition de la série B des Archives départementales de la Manche lors du bombardement de Saint-Lô dans la nuit du 6 au 7 juin 1944 ne permet pas de confronter ces documents aux originaux. La présence d’une copie à Paris s’explique par l’importance de l’affaire. Une lettre du 18 janvier 1671, signée par le lieutenant général criminel, accompagne d’ailleurs l’envoi d’une partie de l’information au secrétaire d’État chargé des affaires de la « Religion prétendue réformée » [2][2] Arch. Nat. TT 242/18 (8-569-570)..

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La procédure s’articule en plusieurs moments, suivant en cela les principes définis par l’ordonnance criminelle d’août 1670 [3][3] Isambert, Decrusy, et Taillandier, 1829, p. 371-423 ;.... La mise en mouvement de l’action publique se fait par une dénonciation de Jacques Ouyn, « demeurant au bourg de Gavray ». À une date inconnue, sur le chemin qui va de Savigny au Guislain, à l’est de Coutances, un individu aurait annoncé que le roi « devait faire passer un Édit » obligeant les protestants à porter des marques pour être reconnus « d’avec les catholiques ». Un autre aurait alors déclaré que, si la mesure était décidée, Louis XIV « ne seroit pas Roy de France dans huict jours » [4][4] Arch. Nat. TT 242/18 (2-529-530).. Les propos tenus semblent bien constituer un agissement « de nature à perturber l’ordre religieux, moral ou politique », ce qui relève normalement du cas de lèse-majesté divine et humaine [5][5] Sur la notion de lèse-majesté appliquée à la liberté.... Le procès est intenté « pour paroles […] prétendues proférées contre Sa Majesté » [6][6] Arch. Nat. TT 242/18 (11-584)..

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Le dénonciateur obtient la permission de faire publier des monitoires. Ces lettres invitant les fidèles à faire révélation des circonstances de l’affaire sont publiées en l’église de Savigny en novembre et en décembre 1670. L’information ou l’audition des témoins ne commence que le 14 janvier 1671. Ce même jour, un décret de prise de corps est prononcé à l’encontre d’André Yvelin. Le 15 janvier 1671, le vice-bailli de Cotentin se rend à Savigny et contraint le sieur Yvelin à le suivre à Coutances. L’accusé est confié au geôlier avant de subir un double interrogatoire les 15 et 17 janvier 1671. L’information se poursuit les 16, 17, 26 et 29 janvier, 6 et 10 février 1671. Suzanne Le Trésor, belle-sœur de l’accusé, subit également un interrogatoire le 29 janvier 1671.

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À cette date, l’instruction définitive a déjà commencé. Les premiers récolements ont lieu le 20 janvier. Le principal témoin à charge, Marin Bisson, ne se rend toutefois pas à Coutances. Son domicile est perquisitionné en son absence. Un décret de prise de corps est donc délivré contre lui le 27 janvier. Les confrontations s’étalent du 20 janvier au 3 février 1671. La dernière pièce de la liasse des Archives Nationales est une copie d’une requête du procureur de la vicomté de Gavray. Celui-ci dénonce les ressorts cachés de l’affaire et les manœuvres qui ont abouti au procès. Le lieutenant général criminel décide alors l’arrestation du dénonciateur et de l’un des témoins, Éloi Voisin. Le jugement définitif n’est pas conservé. La destinée immédiate de l’accusé n’est donc pas connue. On sait cependant qu’en 1684, treize ans après le procès, André Yvelin remet à l’hôpital général de Saint-Lô les arrérages d’une rente donnée par son père à l’Église réformée de Groucy (paroisse de La Chapelle-en-Juger), interdite par arrêt du Conseil en 1679 [7][7] Galland, 1991, p. 186 n. 5. Après la révocation de....

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Le tableau suivant présente les pièces de la procédure ; il suit l’ordre chronologique. Les astérisques indiquent que la pièce mentionnée est éditée, au moins partiellement, dans les pages qui suivent.

Tableau 1 - Inventaire des pièces du procès d’André Yvelin (1670-1671)Tableau 1

Les faits

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Les faits incriminés au sieur Yvelin émergent progressivement. L’information permet de déterminer les lieux et la date de l’incident. Les propos auraient été tenus non en 1670, comme le croit d’abord le lieutenant criminel lors du premier interrogatoire de l’accusé, mais l’année précédente. C’est le 1er mai 1669 qu’André Yvelin se rend avec Pierre Delalande à la foire du Guislain pour acheter trois « bêtes aumailles » [8][8] Arch. Nat. TT 242/18 (7-564). Pierre Delalande, qui.... Le Guislain, bourg situé à 18 km de Saint-Lô et de Coutances, accueille en effet à cette date une foire au même titre que Gavray (à la Saint-Luc), Montpinchon (le lendemain de la Saint-Laurent), Saint-Denis-le-Gast (à la Saint-Denis) ou encore Cerisy (Saint-Martin d’été et d’hiver) et Hambye (Saint-Jean d’été et d’hiver) [9][9] Une liste des foires des élections de Coutances et.... À cette époque, la foire de Savigny (à la Saint-Barthélemy, le 24 août), rétablie par lettres patentes de Louis XIII, en 1611, paraît tombée en désuétude [10][10] Lemasson, 1886, p. 45 et 62-63. Le subdélégué de Coutances.... La situation économique du bourg est d’ailleurs difficile puisque le marché du vendredi, de même que celui du Guislain (le lundi), semble avoir été ruiné par la concurrence de celui de Cerisy, établi avec les foires par le seigneur protestant Jean Richier, en 1640 [11][11] Gouhier, 1998, p. 422-423 et 446 : « [À Cerisy :] Marché....

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C’est à leur retour du Guislain qu’Yvelin et Delalande rencontrent Gillette Coron et Marin Bisson, tavernier à Montpinchon, venus la première pour acheter une vache, le second pour régler cinquante livres à un marchand [12][12] Arch. Nat. TT 242/18 (4-543/2).. La compagnie est rejointe par Jean Lemaistre et Pierre Desbarres, de la paroisse de Monthuchon. Ces derniers n’ont pas pu trouver de bœuf à un prix convenable et reviennent de la foire bredouilles [13][13] Ibid., (15-606 et 607).. Selon Marin Bisson, entendu le 17 janvier 1671, un des paroissiens de Monthuchon affirme au cours de la conversation que « notre bon Roi allait faire donner un Édit par lequel tous ceux de la Religion Prétendue Réformée porteraient un bonnet rouge » [14][14] Ibid., (7-567).. Le sieur Yvelin aurait alors proféré des menaces à l’encontre du roi. L’accusé dément cette allégation et rapporte sa propre version. Marin Bisson aurait fait mention de l’édit royal dans la discussion ; André Yvelin aurait alors déclaré que « cela lui était indifférent de porter un bonnet rouge, vert ou gris si c’était la volonté de notre bon Roi » [15][15] Ibid., (15-607/2). Sur le port du bonnet vert : Furetière,.... Jean Lemaistre confirme partiellement ces propos dans son témoignage entendu le 26 janvier 1671. À l’en croire, les provocations de celui qu’il appelle « Marinot » ne suscitent que rires chez le sieur Yvelin [16][16] Arch. Nat. TT 242/18 (9-572)..

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Une requête d’Onfroy, procureur en la vicomté de Gavray, achève de ruiner l’accusation portée contre André Yvelin (19 février 1671). Onfroy affirme en effet que « ledict Ouin n’est point le véritable dénonciateur ni l’instigateur de cette accusation mais bien Éloy Voisin […] » [17][17] Ibid., (9-572).. Ce dernier a présenté à Onfroy la dénonciation non signée et donc sans valeur juridique, lui assurant que plus de trente témoins répondraient à un monitoire. Le procureur, « persuadé de l’intérêt du Roi et du devoir de sa charge » [18][18] Ibid., (9-572/2)., a étrangement accepté de la faire signer par Jacques Ouyn. C’est au cours d’une discussion tenue le 1er février 1671 à Gavray qu’Éloi Voisin révèle à Onfroy que, dans l’affaire Yvelin, il

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« avait deux témoins […] qui déposaient avoir entendu audit gentilhomme prisonnier les mêmes paroles contenues dans ladite dénonciation et que lui et quelques autres déposaient l’avoir ouï dire aux dits témoins, néanmoins qu’il voudrait lui avoir coûté dix pistoles et que ledit Ouin ne fût pas en paix, qu’il était bien vrai qu’un des témoins [Marin Bisson] s’était absenté mais que c’étaient les huguenots qui l’avaient fait cacher [19][19] Ce passage, il est vrai quelque peu confus, figure.... »

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L’intervention du procureur de Gavray est immédiatement suivie par un ordre d’arrestation d’Éloi Voisin et de Jacques Ouyn.

Carte 1 - Les localités mentionnées dans le procèsCarte 1

La société rurale vue à travers les archives judiciaires

Les acteurs

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Le principal protagoniste de l’affaire appartient à une importante famille noble du Coutançais. Arrière-petit-fils de Georges Yvelin, anobli en 1544, André, né vers 1634, est fils de Jean Yvelin et de Marie Le Roy (1597-1674) [20][20] Le rôle de la noblesse du grand bailliage de Cotentin.... Selon toute vraisemblance, en 1670, André réside avec sa mère au village de l’Yvelinière, aujourd’hui hameau de Badeville, au nord-ouest du bourg [21][21] Adam, 1993, p. 49-54.. La famille Yvelin est particulièrement implantée à Savigny mais, sur les quatre branches issues de Georges Yvelin, seule celle d’André est restée attachée au protestantisme. Deux de ses cousins abjurent ainsi la religion réformée au milieu du xviie siècle [22][22] Ibid., p. 29 ; et Lemasson, 1886, p. 54-55. On sait.... La famille d’André Yvelin et de son frère Pierre représente une manifestation lointaine et déclinante d’un protestantisme nobiliaire important dans le Cotentin et dans le Bessin au xvie siècle mais qui ne s’est que peu maintenu après la fin des guerres de Religion [23][23] Nicholls, 1977, p. 172, parle de « protestantisme manoirial »..... André et Pierre Yvelin dépendent de l’Église réformée de Cerisy, de celle de Groucy (paroisse de La Chapelle-en-Juger), voire de celle de Gavray [24][24] Le 3 juillet 1639, Jean Yvelin, le père d’André, donne.... À Savigny, le protestantisme semble de toute façon très minoritaire.

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Le tableau suivant présente la galaxie de témoins entendus par le lieutenant criminel de Coutances. Âgés en moyenne de 37 ans, les témoins entendus sont essentiellement des paroissiens de Savigny ; quatre des protagonistes essentiels de l’affaire viennent cependant des paroisses de Montpinchon et de Monthuchon, à 20 km au nord du Guislain. On constate également une grande diversité des activités pratiquées par les témoins, vraisemblablement tous catholiques. Sur onze témoins masculins vivant dans une paroisse rurale (Savigny, Montpinchon, Monthuchon, Courcy), quatre sont des laboureurs, deux sont des ecclésiastiques et les cinq autres sont marchand de bœufs, ouvrier-tisserand, rentier, tanneur et tavernier. Si on admet que la signature constitue une indication fiable, on doit souligner le fort taux d’alphabétisation de l’ensemble des témoins. À ne considérer que les hommes entendus par le juge de Coutances, on atteint un pourcentage bien supérieur à celui établi par l’enquête de Louis Maggiolo pour le département de la Manche : douze témoins masculins sur treize signent [25][25] On trouve la « carte de l’alphabétisation des conjoints....

Tableau 2 - Les témoins du procès d’André YvelinTableau 2

Les activités rurales

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On doit toujours utiliser avec précaution les sources judiciaires. Le processus de réécriture y demeure particulièrement important. Les paroles réellement tenues par l’accusé et par les témoins sont véritablement noyées dans des formulations juridiques [26][26] Voir l’excellent article méthodologique de Dyonet,.... Les pièces du procès sont néanmoins susceptibles de renvoyer le lecteur à des usages familiers voire à un imaginaire.

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On retrouve ainsi dans les pièces de la procédure quelques indications sur le système agraire coutançais au xviie siècle. Le rôle du bocage est évoqué. Lors d’une séance de confrontation, le 26 janvier 1671, André Yvelin reproche notamment à Pierre Delalande et à sa femme d’avoir coupé

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« du bois dans les haies de lui prisonnier, pourquoi il les en a menacé de les maltraîter et lui a aussi fait dépouiller cet été dernier un pré à lui appartenant avec une pièce d’herbage par ses besteaux […] [27][27] Arch. Nat. TT 242/18 (11-590/2 et 591).. »

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Si les haies constituent un obstacle, une « cage », elles ont aussi une fonction productrice [28][28] Sur la question du paysage bocager : Antoine, 2002,.... C’est en ce sens qu’il faut interpréter les vols de Pierre Delalande. La documentation ne permet évidemment pas de mesurer la nature de l’élevage pratiqué. L’embouche y a toute sa place même si les mutations les plus importantes dans ce secteur sont encore à venir [29][29] Sur l’élevage d’embouche et sur les mutations du système.... André Yvelin indique ainsi, dans son interrogatoire du 15 janvier 1671, qu’il a acheté, à l’occasion de la dernière foire du Guislain, cinq à six « vaches à graisser, pour la damoiselle sa mère » [30][30] Arch. Nat. TT 242/18 (6-558/2)..

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On constate également l’importance du cidre dans la région. Entendu par la justice le 16 janvier 1671, François Pican fait remonter à plus de quinze ans l’origine des mauvais rapports qu’il entretient avec Yvelin [31][31] Ibid., (11-588-588/2).. Pican stipule bien que la querelle est survenue, vers 1655, à l’occasion d’une vente de cidre au domicile du père d’André Yvelin. Quelques années plus tard, le subdélégué de l’élection de Coutances, dans son Mémoire adressé à l’intendant Foucault en 1697, note d’ailleurs que « le fruit le plus commun [de cette région] sont des pommes dont on fait du cidre qui est la boisson ordinaire des habitants […] » [32][32] Mémoire de l’élection de Coutances (1697), in Gouhier,.... Il n’est pas démenti par son collègue de Saint-Lô, lequel affirme que, dans sa circonscription, « les seuls fruits de la terre sont les pommes dont on fait du cidre qui est le breuvage ordinaire de tous les habitants […] » [33][33] Mémoire de l’élection de Saint-Lô (1697), in ibid.,....

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Les pièces du procès suggèrent également certains aspects de la sociabilité rurale. Les rencontres y jouent une place essentielle. Les foires et les marchés constituent une occasion privilégiée de discussions et d’échanges. L’objet même du procès en est d’ailleurs la preuve. Les témoins rapportent également des scènes de rencontre lors de marchés. Ainsi, au cours de l’été 1670, en « revenant lui seul du marché de Cerisy », François Pican « fit rencontre de Marin Bisson, […] dans le grand chemin de Cerisy à Périers, dans la tournée pour aller en la maison dudit Buisson […] » [34][34] Arch. Nat. TT 242/18 (4-541/2-542).. Marin Bisson fait à son interlocuteur le récit de la prétendue affaire. Quelques semaines plus tard, François Pican retrouve le tavernier à Coutances : la date n’est pas connue mais le témoin précise qu’il s’agit d’un « lundi », jour de marché dans la capitale du Cotentin [35][35] Ibid., (4-542/2). Voir Nédélec, 1981, p. 6.. De la même manière, Jean Lemaistre précise au magistrat coutançais

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« qu’il y a environ deux ou trois mois [soit en octobre-novembre 1670] qu’étant venu en cette ville par un jour de marché à blé, il fut rencontré par ledit sieur de l’Yvelinière [36][36] Arch. Nat. TT 242/18 (15-607/2-608).. »

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Ce dernier évoque alors l’affaire de la foire du Guislain.

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La taverne est naturellement le point focal de la sociabilité rurale [37][37] Sur ce sujet, voir à titre d’exemple Muchembled, 1989,.... Deux tavernes sont citées dans les pièces du procès, celle de Marin Bisson, au hameau de l’Épine Pirault, vraisemblablement à la frontière des paroisses de Montpinchon et de Savigny, et celle de l’Aunay, au sud du bourg de Cerisy [38][38] Arch. Nat. TT 242/18 (4-548), témoignage de Gillete....

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Les documents du procès peuvent enfin donner matière à des développements de nature anthropologique. Au détour d’un témoignage apparaissent parfois des allusions à des paroles et des gestes de la vie courante [39][39] Sur l’histoire des gestes à l’époque moderne, voir.... Francois Pican décrit ainsi sa rencontre avec Marin Bisson, un jour de marché, à Coutances : son interlocuteur, semble-t-il embarrassé par ses questions, n’a pas répondu, se contentant de « gratter & branler sa teste » [40][40] Arch. Nat. TT 242/18 (4-543).. Il n’est pas facile de déterminer la véritable signification culturelle de cette attitude. Là encore, la nature de la source consultée fait écran. Le geste de Marin Bisson n’est pas tant la manifestation d’une culture populaire que l’expression d’un lieu commun suggérant gêne et mécontentement. « Ceux qui se grattent la tête témoignent qu’ils ont quelque chagrin », dit d’ailleurs Antoine Furetière dans son Dictionnaire[41][41] Furetière, 1690, t. ii, sv. « gratter »..

Les significations du recours à la justice

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La procédure intentée contre André Yvelin s’inscrit dans le contexte particulier de l’histoire du protestantisme français de la seconde moitié du xviie siècle. La politique menée par Mazarin puis par Louis XIV à partir de 1661 vise à « réduire peu à peu les huguenots […] » du royaume [42][42] Extrait des Mémoires pour l’instruction du dauphin :.... Une succession de déclarations, d’édits et autres arrêts du Conseil a restreint les privilèges octroyés par l’édit de Nantes aux protestants en avril 1598 [43][43] Labrousse, 1990.. D’une certaine manière, on peut lire l’affaire Yvelin comme un écho rural de la politique royale. La référence à un édit du roi ordonnant aux protestants de porter des bonnets rouges ou tout autre marque est certes fantaisiste. Il reste que plusieurs mesures prises par le roi dans les années 1660 sont de nature explicitement discriminatoire. Des églises sont interdites d’exercice. L’accès à certaines professions est limité. La déclaration du 2 avril 1666 « qui règle les choses que doivent observer ceux de la Religion Prétendue Réformée », très sévère, et celle, un peu plus conciliante, du 1er février 1669 synthétisent les principes généraux de la politique menée par Louis XIV [44][44] Ces deux textes sont édités par Bergeal et Durrleman,.... Un arrêt du Conseil, rendu le 30 juin 1664 à Fontainebleau, interdit même aux pasteurs de

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« porter des soutanes, des robes à manches et de paraître en habit long ailleurs que dans les temples desdits de la R.P.R. à peine de trois cents livres d’amende [45][45] Arch. Nat. E 1723 (93) et, sous forme imprimée, BnF.... »

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Il s’agit bien ici de discrimination vestimentaire mais la portée du texte diverge profondément de ce que suggère le prétendu édit mentionné dans le procès. Pour Louis XIV, il s’agit moins de différencier que d’uniformiser [46][46] Sur ce thème, voir Labrousse, 1990.. On ne peut guère aller plus loin dans l’analyse. Il reste toujours particulièrement malaisé de lire un fait divers à l’aune des principes de la politique royale.

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Les pièces du procès sont néanmoins susceptibles d’éclairer l’historien sur les représentations associées à la pratique du protestantisme. L’accusation portée contre André Yvelin se révèle efficace parce qu’elle véhicule une tradition encore vive : les protestants représenteraient une menace contre l’État. Consciemment ou non, les témoins à charge jouent sur ce ressort. La justice, avant de faire marche arrière, s’engouffre très vite sur ce terrain. Dans sa lettre au secrétaire d’État chargé des affaires de la « Religion prétendue réformée », Gilles Guérin, lieutenant général criminel de Coutances, met ainsi en exergue l’empressement des magistrats coutançais à traiter l’affaire dès qu’ils en ont eu connaissance :

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« […] J’ai incessamment fait rapporter le monitoire et en ai informé sans y perdre aucun moment et fait arrêter le gentilhomme accusé et mis prisonnier […] [47][47] Lettre du 18 janvier 1671 : Arch. Nat. TT 242/18 (.... »

31

Malgré les efforts désespérés des réformés pour témoigner de leur loyalisme, l’image traditionnelle de protestants réfractaires à l’ordre de l’État reste toujours forte dans la seconde moitié du xviie siècle [48][48] Sur cette question : Deyon, 1973.. Même si les motivations en sont très différentes, cette conviction reste sans doute commune aux élites urbaines et au peuple des campagnes.

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Le procès d’André Yvelin témoigne aussi, plus prosaïquement, de conflits internes à la communauté rurale. La religion de l’accusé apparaît ici instrumentalisée par les parties. Lors des confrontations, Yvelin fait d’Éloi et de Pierre Voisin ses « parties secrètes », à cause d’un procès civil

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« pour une servitude et droit de passage [prétendus par les deux frères Voisin] […] au travers la cour de lui, accusé, et deux pièces de terre à lui appartenant […] [49][49] Arch. Nat. TT 242/18 (11-587/2 et 593).. »

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De manière générale, André Yvelin allègue des reproches contre sept des dix témoins auxquels il est confronté [50][50] Rappelons que la fourniture des reproches par l’accusé.... Le schéma suivant en présente une synthèse. La lecture des confrontations permettra d’en avoir une vue détaillée (figure 1).

Figure 1 - Analyse des reproches allégués contre sept des dix témoinsFigure 1
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André Yvelin semble certes particulièrement habile dans sa défense. Il crie au complot et laisse souvent les magistrats s’empêtrer dans l’incohérence. Son premier interrogatoire est à cet égard un morceau d’anthologie. Refusant d’abord de répondre « à cause d’un accès de fièvre quarte où il est présentement » [51][51] Arch. Nat. TT 242/18 (6-555)., il demande qu’un adjoint de sa religion conduise l’interrogatoire avec le lieutenant criminel. Il laisse ensuite le juge lui poser plusieurs questions sur son activité au Guislain… le 1er mai 1670. Ce n’est que deux jours plus tard que Gilles Guérin comprend sa méprise. La date tardive de la dénonciation, près de dix-huit mois après les faits, la dérobade finale de Marin Bisson et la révélation par Michel Onfroy du rôle joué par Éloi Voisin donnent pourtant un crédit certain à la défense adoptée par l’accusé.

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Les relations conflictuelles entre l’accusé et la plupart des témoins semblent donc bien constituer le ressort le plus profond de ce procès. Il n’est pas aisé de déterminer la part réelle qu’y prend le clivage confessionnel. L’hostilité est certes manifeste entre l’accusé et le prieur-curé de Savigny, dom Adrien de Fouqueville. André Yvelin affirme ainsi que l’ecclésiastique « lui porte haine et inimitié à raison qu’il est de la Religion Prétendue Réformée » [52][52] Arch. Nat. TT 242/18 (11-586/2).. Les sources ne permettent pas cependant de conclure sur cette question tant la religion de l’accusé demeure un enjeu idéologique dans ce procès. Des études locales ont révélé de nombreux exemples de relations amicales entre les communautés catholique et protestante dans la France du xviie siècle mais aussi des périodes de tensions où la religion réformée cristallise les peurs et les violences [53][53] Bénédict, 2001, p. 300 et suiv.. C’est le problème de la sociabilité villageoise, plus que la question confessionnelle, qui semble au cœur du procès Yvelin [54][54] Sur le thème de la conflictualité villageoise, voir....

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Les pages qui suivent proposent une édition de quelques-unes des pièces du procès Yvelin. Y figurent la dénonciation, une partie de l’information (les quatre témoignages les plus importants), le second interrogatoire d’André Yvelin ainsi que le cahier de confrontations. À la lecture de ces extraits, on comprend à la fois les apports multiples des archives judiciaires à l’étude des activités et de la sociabilité du monde rural et l’usage méthodologique complexe qu’impose à l’historien une telle documentation.


Annexe

175 - 21 octobre 1670 - Dénonciation

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Source : Arch. Nat. TT 242/18 (2-529-530)

39

[529] Dénonciation du 21 octobre 1670 [55][55] Dans la marge, en haut à gauche..

40

À Monsieur le bailli du Cotentin ou son lieutenant criminel à Coutances

41

Vous dénonce Jacques Ouyn, demeurant au bourg de Gavrai, que un certain particulier faisant profession de la Religion Prétendue Réformée, étant avec plusieurs particuliers dans le chemin tendant de Savigny au Guislain, parlant ensemble, aurait dit l’un d’entre eux que Sa Majesté devait faire passer un Édit par lequel ceux faisant profession de ladite Religion porteraient des marques pour être reconnus d’avec les catholiques, sur quoi fut réparti par l’un d’entre eux que s’il fallait que Sa Majesté fit une telle entreprise, qu’il ne serait pas Roi de France dans huit jours & que quand il n’y aurait autre que lui, il en trouverait les moyens,/ [530] ce qu’il aurait dit hautement plusieurs fois, présence de ceux de sa compagnie.

42

Ce considéré, Mon dit sieur, il vous plaise ordonner, à l’adjonction de Monsieur le procureur du Roi, qu’il sera informé de ce que dessus.

43

Présenté ce vingt [et] unième jour d’octobre 1vic soixante-dix, signés Ouyn et Hélye, procureur.

44

Il est permis audit Ouyn obtenir et faire publier censures ecclésiastiques en termes de droit sous le nom dudit procureur du Roi pour avoir révélation & connaissance des faits mentionnés en la présente dénonciation [56][56] L’article 1er de l’ordonnance criminelle de 1670 porte....

45

Fait à Coutances devant nous juge/ [530/2] soussigné, ce vingt-trois d’octobre mil six cent soixante-dix, signés Michel [57][57] Il s’agit vraisemblablement de François Michel, écuyer,..., juge, et Belin, procureur du Roi.

46

Collationné sur l’original par moi, lieutenant général criminel à Coutances, soussigné.

176 - 16 et 17 janvier 1671 - Extrait de l’information

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Source : Arch. Nat. TT 242/18 (4-541-549)

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[541] Du vendredi seizième dudit mois [janvier] et an [1671] audit Coutances, devant nous dit Guérin, lieutenant, présence dudit de La Rue, commis, a été la présente information continuée comme il ensuit.

50

François Pican, âgé de quarante-deux ans ou environ, laboureur de la paroisse/ [541/2] de Savigny [59][59] Voir la description que donne le subdélégué de Coutances... et y demeurant, juré de dire vérité sur le contenu en ladite dénonciation et monitoire à lui lus, et purgé de salvation [60][60] Furetière, 1690, iii, indique qu’on dit « salvations... de justice à lui fait entendre.

51

A dit ne savoir cause en sa conscience qui l’empêche de dire vérité pour n’être parent, allié ni redevable desdits malfaiteurs et être assigné requête dudit procureur du Roi, par exploit de Pierre Hélye, huissier audiencier en ce siège, daté de ce jour, à nous représenté.

52

Disant qu’il ne peut parler de certain du contenu en ladite dénonciation et monitoire fors que, par un jour de samedi de cet été dernier, revenant lui seul du marché de Cerisy, il fit rencontre de Marin Bisson, tavernier de la paroisse de Montpinchon dans le grand chemin de Cerisy à Périers dans la tournée pour aller en la maison dudit Buisson,/ [542] il s’arrêta à parler à lui et discourant ensemble des chemins qu’on avait réparés, fut dit par ledit Bisson qu’il y avait des gens qui ne se souciaient des boues et mauvais chemins et que les valets de Messieurs de L’Ivelinière avaient versé une charretée de fagots dans une petite eau qui sépare Montpinchon et Savigny [61][61] Il s’agit du ruisseau du Pont Sohier, affluent de la... et que lesdits valets étaient aussi lorsque les maîtres et que le sieur Yvelin, un jour revenant ensemble de la foire du Guislain, avec lui Buisson et autres personnes, discourant ensemble, dit ledit Bisson audit Yvelin que le Roi devait faire un Édit ou ordonnance par lequel les huguenots devaient porter un bonnet rouge [62][62] La dénonciation ne parle que de « marques ». pour les connaître d’avec les catholiques, à quoi fut réparti par ledit Yvelin que si le Roi/ [542/2] faisait un tel Édit, qu’il ne serait pas Roi de France dans huit jours et que quand il n’y aurait que lui, il en trouverait bien les moyens, à quoi le déposant dit audit Bisson que ledit Yvelin n’avait pas de sens s’il avait dit lesdits discours. Fut dit par ledit Bisson que ledit Yvelin lui avait dit lesdits discours et qu’il y avait d’autres personnes avec lui et du depuis que ledit monitoire a été lu, publié et fulminé, le déposant a entendu dire à Arthur Voisin de ladite paroisse de Savigny que lorsque lesdit discours furent dits, qu’il y avait plusieurs personnes avec ledit Bisson. Par un autre jour de lundi [63][63] Le lundi est jour de marché à Coutances., étant venu en cette ville, ayant rencontré ledit Bisson vis-à-vis du grand portail de l’église cathédrale de cette ville/ [543] où était présent le sieur Lemière, prêtre de ladite paroisse de Savigny, le déposant parla audit Bisson et lui dit qu’il y avait des monitoires en l’église de Savigny pour les discours tenus par ledit Yvelin et que, comme il les avait entendus dire par lui Bisson, qu’il serait obligé de se faire réserver audit monitoire s’il ne voulait pas lui-même en dire la vérité, pourquoi ledit Bisson se mit à gratter et branler sa tête sans lui faire aucune réponse, ce qui fut vu et entendu par ledit Lemière et après quitta ledit Bisson, et est ce qu’il dit savoir et a signé sa déposition dont lecture lui a été faite, à laquelle il persiste, signés Pican, G. Guérin et de La Rue.

53

[543/2] Du samedi dix-sept dudit mois & an audit Coutances, devant nous dit Guérin, lieutenant général criminel, présence dudit de La Rue, commis, a été la présente information continuée comme il ensuit.

54

Marin Bisson, âgé de quarante-deux ans ou viron, tavernier de la paroisse de Montpinchon [64][64] Voir la description que donne le subdélégué de Coutances... et y demeurant, juré de dire vérité sur le contenu en ladite dénonciation & monitoire à lui lus, et purgé de salvation de justice à lui fait entendre.

55

A dit ne savoir cause en sa conscience qui l’empêche de dire vérité pour n’être parent, allié ni redevable ni domestique des malfaiteurs & être assigné requête du procureur du Roi, par exploit de Julien Auvrai, huissier, du jour d’hier sur les quatre heures après midi, lequel exploit il/ [544] nous a représenté.

56

Disant qu’il est vrai qu’il y eut un an le premier jour de mai dernier [65][65] Soit le mercredi 1er mai 1669. que se tient une foire ledit jour au bourg du Guislain, y étant allé avec Gillette, femme de Richard Roulland dit La Folie, de ladite paroisse de Montpinchon, porter cinquante livres à défunt Louis Mauger, marchand, qu’il lui devait, le déposant acheta en ladite foire une vache pour la femme dudit Roulland et comme le cours de la foire fut passé, le déposant s’achemina avec ladite femme pour s’en revenir ensemble et à la sortie du bourg du Guislain, ils rencontrèrent le sieur Yvelin, gentilhomme qui est de la Religion Prétendue Réformée, de la paroisse de Savigny, avec/ [544/2] Pierre Delalande, de ladite paroisse, et plusieurs autres personnes au nombre de sept ou huit [66][66] Ce chiffre n’est pas confirmé par les autres témoi..., desquels il ne se resouvient, qui marchaient tous ensemble devant le déposant et ladite femme d’environ dix ou douze pas et, s’étant approchés et attroupés les uns les autres, le déposant entendit comme quelques-uns de la compagnie dudit sr Yvelin parlaient de la Religion Prétendue Réformée et, après en avoir disputé quelque temps, l’un d’entre eux inconnu au déposant, fors qu’il croit qu’il était de la paroisse de Monthuchon [67][67] Il s’agit de Pierre Desbarres ou de Jean Lemaistre,..., qui portait sur les épaules un bissac de cuir dans lequel il y avait de l’argent, qui dit que notre bon Roi allait faire donner un Édit par lequel tous ceux de la Religion Prétendue Réformée porteraient un bonnet rouge pour les/ [545] reconnaître parmi les autres, sur quoi ledit Yvelin se mit à dire oui da, cela ne sera pas [68][68] Sur le sens des mots de la langue parlée utilisés dans..., répéta ledit homme à dire que le Roi le voulait absolument, pourquoi ledit Yvelin dit, si le Roi dit je le veux et qu’il fit un tel Édit, il ne serait pas Roi dans huit jours, et sur ce que ledit homme dit audit Yvelin, comment qui est-ce qui en pourrait empêcher le Roi et comme cela se pourrait faire, répliqua ledit Yvelin qu’il en trouverait bien les moyens et continuèrent leur chemin ensemble jusque passée la Lande du Mesnil Raves [69][69] Le Mesnil Rave, toponyme attesté au sud de l’actuelle... qui est viron demi-lieue de pays et, comme le déposant et la femme dudit Roulland ne pouvaient pas aller si vite comme les autres,/ [545/2] ils les laissèrent aller devant et remarqua que ledit Yvelin et Delalande, qui conduisait les bestiaux pour ledit Yvelin, s’avancèrent eux deux et quittèrent les autres et est vrai qu’il a dit à quelques personnes avoir entendu dire lesdits discours audit Yvelin, et est ce qu’il a voulu dire et a marqué. Lecture à lui faite de sa déposition, ne pouvant signer, à laquelle il persiste, la marque dudit Marin Bisson.

57

Pierre Delalande, âgé de quarante-cinq ans ou environ, laboureur de la paroisse de Savigny, juré de dire vérité sur le contenu en ladite dénonciation et monitoire à lui lus, et purgé de salvation de justice à lui fait entendre.

58

A dit ne savoir cause en sa conscience qui l’empêche de dire vérité [546] pour n’être parent, allié, redevable ni domestique des parties et être assigné, requête du procureur du Roi, par exploit du jour d’hier de Jullien Auvrai, huissier, à nous représenté.

59

Disant qu’il est vrai qu’il se souvient qu’il y eut un an le premier jour de mai dernier que se tient une foire au Guislain. Le sieur Yvelin, de la Religion Prétendue Réformée, de ladite paroisse de Savigny l’envoya chercher en sa maison et, étant allé, le trouva, le mena avec lui à la foire du Guislain, où ledit sieur Yvelin y acheta six ou sept vaches [70][70] André Yvelin déclare dans son interrogatoire du 17..., lesquelles il conduisit par le chemin et partit le déposant dudit bourg du Guislain, conduisant lesdites vaches en la compagnie dudit sieur Yvelin,/ [546/2] qui était monté à cheval à la sortie dudit bourg. Ils rencontrèrent plusieurs personnes mais, à cause de la longueur du temps, ne se souvient de leurs noms, lesquels firent quelque chemin ensemble puis a dit qu’il se souvient que Marin Bisson, de la paroisse de Montpinchon, et la femme de La Follie Roulland, de ladite paroisse, étaient du nombre de ladite compagnie et vinrent toujours causant et discourant tous ensemble, mais jure et affirme qu’il ne put entendre aucune parole que tous ceux de la compagnie disaient parce qu’il était trop empêché à la conduite desdits bestiaux qui quelques fois s’écartaient beaucoup les uns des autres, pourquoi il était le plus souvent à courir après, qui est la cause pour laquelle il ne peut parler de l’entretien que pouvaient/ [547] avoir les personnes qui étaient avec ledit Yvelin et est, sur le tout, ce qu’il a voulu dire et a signé. Lecture à lui faite de sa déposition, à laquelle il persiste, signé Delalande.

60

Gillette Coron, âgée de quarante-deux ans ou environ, femme de Richard Roulland dit La Follie, de la paroisse de Montpinchon, jurée de dire vérité sur le contenu en ladite dénonciation et monitoire à elle lus, & purgée de salvation de justice à elle fait entendre.

61

A dit ne savoir cause en sa conscience qui l’empêche de dire vérité pour n’être parent, allié, redevable ni domestique des parties et être assignée requête du sieur procureur du Roi, par exploit de Jullien Auvrai, huissier, du jour d’hier, à nous représenté.

62

[547/2] Disant qu’il y eut un an le premier jour du mois de mai dernier que l’on tenait une foire au bourg du Guislain, elle y alla avec Marin Bisson de la paroisse de Montpinchon, en laquelle foire ledit Bisson y acheta pour la déposante une vache, laquelle il aida à amener en sa maison et s’en venant eux deux ensemble à la sortie du bourg du Guislain, ils virent marcher devant eux, viron dix ou douze pas, le sieur Yvelin, de la Religion Prétendue Réformée, suivi de Pierre Delalande qui conduisait des bestiaux et deux autres personnes jeunes, âgées d’environ vingt-cinq à trente ans dont elle ne sait le nom fors qu’elle croit qu’ils sont de la paroisse de Monthuchon, qui portaient sur leurs épaules chacun un bissac de cuir dans lequel il y avait/ [548] de l’argent, tous lesquels ledit Bisson atteignit et se mit de leur compagnie et la déposante les suivait derrière, et entendit qu’ils discouraient tous ensemble et entre autres, elle entendit que lesdits deux jeunes hommes qu’elle croit être de Monthuchon disputaient avec ledit sieur Yvelin mais elle jure et affirme qu’elle ne put entendre quels discours ils avaient ensemble parce qu’elle était éloignée d’eux et, étant parvenus au bourg de Cenilly, ledit Yvelin et ledit Delalande demeurèrent à un cabaret nommé l’Aunay [71][71] Toponyme effectivement attesté à Cerisy, sur la rive... qui est un peu au-dessous du bourg de Cerisy et la déposante et ledit Bisson continuèrent leur chemin et, étant seule avec ledit Bisson, elle ne demanda aucunement quels discours ils eurent avec/ [548/2] ledit Yvelin et est, sur le tout, ce qu’elle a voulu dire et a marqué, ne pouvant signer. Lecture à elle faite de sa déposition, à laquelle elle persiste, la marque de ladite Gillette Coron, signés Guérin et de La Rue.

63

Le procureur du Roi, qui a vu la présente information ce jourd’hui continuée et la continuation de l’interrogatoire dudit Yvelin, requiert que copie du monitoire fait publier et fulminer en l’église de Savigny soit porté et aussi fait publier en l’église de Monthuchon, à laquelle fin ladite copie sera dûment collationnée par l’un des notaires ecclésiastiques de cet évêché.

64

Fait à Coutances, ce dit jour dix-sept janvier mil six cents soixante onze, signés Belin et Gaultier, avocat et procureur du Roi.

65

[549] Soit fait comme il est requis par le procureur du Roi.

66

Fait à Coutances devant nous, lieutenant général criminel, ledit jour et an, signé Guérin.

67

Collationné sur l’original par moi, lieutenant général criminel à Coutances, soussigné.

68

Guérin [signature].

177 - 17 janvier 1671 - Continuation de l’interrogatoire d’André Yvelin

69

Source : Arch. Nat. TT 242/18 (7-563-568/2)

70

[563] L’an mil six cent soixante [et] onze, le samedi dix-septième jour de janvier à Coutances, en la chambre du Conseil du siège présidial, devant nous Gilles Guérin, sieur et patron d’Agon, conseiller du Roi, lieutenant général criminel au bailliage et siège présidial de Cotentin, assisté de Maître Adrian de La Rue, commis au greffe dudit siège.

71

En exécution de notre ordonnance de ce jour au procès extraordinairement encommencé à l’encontre d’André Yvelin, écuyer, prisonnier, par laquelle il est dit qu’il sera interrogé sur les nouvelles charges contre lui rapportés, avons procédé audit interrogatoire comme il ensuit [72][72] Un interrogatoire a déjà eu lieu le 15 janvier 167....

72

Fait venir des prisons ledit Yvelin et entrer en ladite chambre et icelui derechef juré de dire vérité.

73

Interrogé quelle seigneurie il porte/ [564] et si c’est pas celui du sieur du Buisson [73][73] Le magistrat semble confondre la branche des Yvelin....

74

A dit qu’il n’a autre qualité que le sieur de l’Yvelinière et n’a jamais porté la qualité du Buisson non plus que de son frère.

75

Interrogé s’il est pas vrai qu’il fut, il y eut un an le premier jour de mai dernier, en la foire du Guislain.

76

A reconnu qu’il est vrai qu’il se souvient qu’il y eut un an le premier jour de mai dernier, qu’il fut en la foire du Guislain, où il y acheta trois bêtes aumailles.

77

Interrogé avec quelles personnes il alla en ladite foire en ladite année et qui se fut qui lui acheta lesdites trois bêtes aumailles.

78

A dit qu’il envoya quérir Pierre [Delalande],/ [564/2] de la paroisse de Savigny, son proche voisin, qui alla avec lui en ladite foire qui lui aida acheter lesdites trois bêtes aumailles, lesquelles étaient pour la damoiselle sa mère avec laquelle il demeure.

79

Interrogé de quelle heure il partit dudit bourg du Guislain.

80

A dit qu’il ne peut pas dire précisément quelle heure il pouvait être, mais croit qu’il était quelque peu après midi.

81

Interrogé avec quelles personnes il partit dudit bourg du Guislain et s’il fit conduire avec lui lesdites trois bêtes aumailles.

82

A dit qu’il partit seul à cheval, ledit Delalande avec lui, qui était à pied pour conduire lesdites trois bêtes aumailles.

83

Interrogé s’il vint seul par le chemin avec ledit Delalande.

84

A dit que, tôt après qu’il fut parti dudit bourg du Guislain, croit, ce lui semble, que ce fut dès la sortie dudit bourg,/ [565] il fit rencontre de la femme de Richard Roulland dit La Folie, de la paroisse de Montpinchon, laquelle menait une vache avec Marin Bisson, de ladite paroisse de Montpinchon, et s’en allèrent ensemble, jusqu’à l’entrée de la lande du Mesnil Raves. Deux hommes qui venaient derrière eux crièrent et demandèrent le chemin pour aller à Cambernon [74][74] Cambernon, paroisse située au nord-ouest de Savign... ou Monthuchon, auxquels le répondant et ceux de sa compagnie firent réponse que s’ils voulaient venir avec eux, ils les mèneraient jusqu’à la chapelle de Belleval [75][75] Belval, paroisse limitrophe de Savigny., pourquoi lesdits deux hommes vinrent avec eux jusqu’à la paroisse de Savigny et ledit Bisson et la femme dudit Roulland quittèrent à une taverne nommée L’Espine Piroult en la paroisse de Savigny [76][76] Le toponyme « l’Épine Pirault » est attesté à Notr....

85

[565/2] Interrogé s’il sait le nom des deux hommes qui vinrent avec lui jusqu’à l’entrée de la paroisse de Savigny.

86

A dit qu’il ne sait le nom desdits deux hommes ni s’ils sont de la paroisse de Cambernon ou de Monthuchon, lesquels le quittèrent à l’entrée de la paroisse de Savigni en la taverne de Marin Bisson.

87

Interrogé si lesdits deux hommes dont il parle étaient vieux ou jeunes.

88

A dit qu’il y en avait un qui pouvait avoir quarante ou quarante-cinq ans et l’autre trente ou trente-cinq ans et croit qu’il les reconnaîtrait bien s’il les revoyait [77][77] Jean Lemaistre et Pierre Desbarres, dont il s’agit....

89

Interrogé si lesdits deux hommes étaient à pied ou à cheval et s’ils portaient quelque chose sur eux.

90

A dit que lesdits deux hommes étaient à pied et portaient chacun un sac de cuir sur leurs épaules dans lesquels il y avait de l’argent mais ne sait quelles espèces et avaient le dessein d’acheter chacun un bœuf mais qu’ils étaient allés à/ [566] la foire trop à grand jour et qu’ils n’en avaient pas trouvé qui leur fussent agréable.

91

Interrogé s’il fit point rencontre à la sortie du bourg du Guislain ou par le chemin d’autres personnes qu’il a dit[es] ci-dessus.

92

A dit qu’il put rencontrer par le chemin quelques autres personnes mais ne s’arrêta avec aucun et ne marcha aucunement avec d’autres que ceux qu’il a nommés ci-dessus.

93

Interrogé quels discours et entretien ils eurent tous ensemble par le chemin.

94

A dit qu’ayant marché tous ensemble et étant dans la lande du Mesnil Raves, environ à la portée d’un mousquet, ledit Marin Bisson dit qu’il y avait un homme de la paroisse de Marigny, de la Religion Prétendue Réformée, mort depuis peu, nommé Robert de La Poterie, lequel, quand on vint à l’enterrer, il n’y avait rien dans le cercueil et que le/ [566/2] diable l’avait emporté, auquel le répondant dit que cela était faux & que son frère était à l’enterrement dudit La Poterie aux Enseignes, que son frère et ceux qui étaient à la compagnie pensèrent être lapidés passant au bourg de Marigny et eurent encor quelques autres discours, le répondant et ledit Bisson, touchant la Religion, et blâma fort ledit Bisson ceux de la Religion du répondant.

95

Interrogé si lesdits deux hommes qu’il a dits lui avaient demandé le chemin de Monthuchon ou de Cambernon lui parlèrent aussi de la Religion.

96

A dit qu’il n’a connaissance que lesdits deux hommes lui parlèrent de sa religion.

97

Interrogé s’il est pas vrai que ce fut lesdits deux hommes dont il parle et non ledit Bisson qui lui parlèrent de la Religion Prétendue Réformée.

98

A dit que ce fut ledit Bisson et non lesdits deux hommes qui lui en parlèrent et ne se souvient aucunement que lesdits deux hommes lui en parlassent.

99

Interrogé s’il est pas vrai que lui répondant et lesdits deux hommes ayant parlé de la Religion Prétendue Réformée, après en avoir disputé quelque temps, l’un d’iceux dit au répondant/ [567] que notre bon Roi allait faire donner un Édit par lequel tous ceux de la Religion Prétendue Réformée porteraient un bonnet rouge pour les reconnaître d’avec les catholiques.

100

A dit que non et que ce fut ledit Bisson qui dit lesdits discours.

101

Interrogé s’il est pas vrai qu’ayant entendu dire lesdits discours, lui répondant répartit en ces termes, oui da cela ne sera pas, à quoi répéta ledit homme à dire que le Roi le voulait absolument, pourquoi lui répondant dit en ces termes, si le Roi dit je le veux et qu’il fit un tel Édit, il ne serait pas Roi dans huit jours.

102

A dénié ledit interrogatoire et qu’il ne fit autre réponse que de dire que cela lui était indifférent de porter un bonnet rouge, vert ou gris si c’était la volonté de notre bon Roi et ne dit autre chose et au même temps quitta ledit Bisson, ne voulant entendre ses discours qui ne tendaient qu’à le quereller.

103

[567/2] Interrogé s’il est pas vrai que ledit homme ayant entendu les paroles du répondant lui dit, comment qui est-ce qui en pouvait empêcher le Roi et comme cela se pourrait faire, répliqua ledit répondant en ces termes qu’on en trouverait bien les moyens et furent ensemble jusqu’au delà de la lande du Mesnil Raves.

104

A dénié ledit interrogatoire et qu’il ne dit autres discours que ceux qu’il a dits ci-dessus et qu’ils ne se séparèrent, savoir ledit Bisson un peu au-delà de la taverne de l’Épine Pirault et les deux autres hommes à l’entrée de Savigny.

105

Interrogé où il était le jour de la Conception Notre Dame dernière [78][78] Soit le lundi 8 décembre 1670..

106

A dit qu’il croit que ledit jour il était dans sa maison, malade de la fièvre.

107

Interrogé si ledit jour quelques personnes le furent voir en sa maison.

108

A dit qu’il ne s’en souvient point quelles personnes purent aller ledit jour le voir.

109

Interrogé si la damoiselle du Demayne [79][79] Il s’agit de Susanne Le Trésor, mariée en 1658 à Pierre...,/ [568] sa belle-sœur, alla pas le voir ledit jour dans sa maison & de dire quelles personnes y étaient lorsque la damoiselle sa sœur y était.

110

A dit qu’il n’a point du tout de connaissance si ladite damoiselle du Demayne, sa belle-sœur, alla le voir en sa maison ledit jour ni quelles autres personnes parce que, dans ce temps-là, il était bien mal des accès de fièvre quarte [80][80] La fièvre quarte, « qui ne vient que le quatrième jour,....

111

Interrogé s’il est pas vrai que ledit jour, Arthur Voisin alla voir le sr du Buisson [81][81] Il s’agit vraisemblablement de Jean Yvelin, écuyer,..., où était présente la damoiselle du Demaine, sa belle-sœur, où, parlant du monitoire qui avait été fulminé le jour précédent, ledit Voisin dit à ladite damoiselle qu’il y avait plus de huit réservants audit monitoire.

112

A dit qu’il n’en a aucune connaissance pour n’y avoir été présent.

113

Interrogé s’il a pas certaine connaissance que ladite damlle du Demaine fit réponse/ [568/2] audit Voisin qu’il n’y avait pas tant de réservants parce qu’il n’y avait que Marin Bisson, la femme de La Follie, marchand, Pierre Delalande et Lô Hélaine [82][82] Tous ces témoins sont entendus par le juge de Coutances...., qui étaient lorsque lesdits discours furent tenus.

114

A dit n’avoir connaissance dudit interrogatoire et que ledit sieur du Buisson est son cousin qui demeure dans sa maison & lui répondant dans la sienne.

115

À lui remontré qu’il n’a répondu vérité et qu’il ne peut s’excuser d’avoir tenu lesdits discours et que les interrogatoires que lui avons faits sont contre lui rapportés, l’interpellant d’en reconnaître la vérité.

116

A dit qu’il a répondu vérité et que s’il est autre chose contre lui rapporté, c’est par faux témoins et gens qu’il ne voudrait croire et de la déposition desquels il inscrirait en faux s’il était rapporté autre chose que ce qu’il a dit, et est ce qu’il a voulu répondre et a signé. Lecture à lui faite, signés Yvelin, Guérin et de La Rue.

117

Collation faite sur l’original par moi, lieutenant général criminel à Coutances soussigné.

118

Guérin [signature].

178 - 20, 26 et 29 janvier, 3 février 1671 - Confrontations

119

Source : Arch. Nat. TT 242/18 (11-584-594/2)

120

[584] Confrontations.

121

L’an mil six cents soixante et onze, le mardi vingtième jour de janvier, à Coutances, en la chambre du Conseil du siège présidial, devant nous, Gilles Guérin, sieur et patron d’Agon, conseiller du Roi, lieutenant général criminel au bailliage et siège présidial de Cotentin, assisté de Maître Adrien de La Rue, commis au greffe dudit siège.

122

Pour l’exécution de notre ordonnance en date du septième de ce mois, donnée en la déduction du procès extraordinairement encommencé à l’encontre d’André Yvelin, écuyer, pour paroles par lui prétendues proférées contre Sa Majesté, par laquelle il est dit que les témoins examinés audit procès et faisant charges seront approchés pour être récolés à leurs dépositions et confrontés audit Yvelin, prisonnier, avons procédé aux dites confrontations comme il ensuit.

123

Fait venir desdites prisons ledit Yvelin et entrer en ladite chambre pour/ [585] le confronter à Gillette Coron, témoin ce jourd’hui récolée, et iceux respectivement jurés, présence l’un de l’autre, après qu’ils ont dit se connaître.

124

Avons interpellé ledit Yvelin de proposer présentement salvations et reproches contre ladite témoin si aucun il a, autrement qu’il n’y sera reçu ci-après, suivant l’ordonnance.

125

Lequel a dit qu’il reproche ladite témoin parce que Richard Roulland, son mari, a fait décréter les héritages de Mathurin Esneys, père de Michel Esneys, serviteur domestique du répondant, à cause de quoi ledit Michel, son valet, s’est présenté au décret pour avoir distraction [83][83] Voir Furetière, 1690, t. i : « Quand on a compris dans... de son tiers, lequel lui a été adjugé par l’advis et secours du répondant, lequel a aidé à son serviteur à faire les partages qui est le sujet pourquoi ledit Roulland a conçu haine et inimitié contre lui répondant, ce qui a obligé ladite témoin à se faire examiner en ce procès et ledit son mari a encore conçu quelque haine contre lui répondant, à cause qu’il y a environ un mois ou six semaines qu’il ne voulut pas lui bailler une pièce de toile au prix qu’il la lui demandait et n’a autre salvation.

126

/ [585/2] Et, par ledit témoin, reconnu que son mari a fait saisir la terre dont parle ledit Yvelin et que le tiers a été adjugé à la femme du décrété sans aucun contredit et dénie avoir conçu aucune haine contre ledit Yvelin et n’avoir connaissance de ladite pièce de toile dont il parle.

127

Sans préjudice de quoi lui avons fait lecture de la déposition et récolement de ladite témoin.

128

Lequel a dit que ladite déposition et récolement sont véritables suivant qu’il l’a reconnu par son interrogatoire.

129

Interpellant ladite témoin de reconnaître s’il est pas vrai que le sujet de la dispute que lui accusé eut avec ledit Bisson et les deux hommes à lui inconnus était pour un nommé de La Potterie de la Religion Prétendue Réformée, qui était mort, que ledit Bisson dit que, quand on était venu à l’enterrer, on n’avait rien trouvé dans son cercueil et que le diable l’avait emporté, pourquoi il donna un coup de sa main en riant sur la tête dudit Bisson en lui/ [586] disant, tu es bien menteur.

130

Et par ledit témoin persisté à sa déposition et récolement comme véritables, affirmant qu’elle n’entendit aucunement ni ne put discerner les paroles qu’ils eurent ensemble et ont respectivement signé et marqué. Lecture faite, signé Yvelin et le merc de ladite Coron.

131

Ce fait, avons renvoyé ledit Yvelin aux dites prisons et pareilles défenses faites audit Leloup [84][84] Il s’agit du geôlier., ce qu’il a signé, signés Guérin, Leloup et de La Rue.

132

Du vingt-sixième jour dudit mois et an, audit Coutances, en ladite chambre du Conseil devant nous dit Guérin, lieutenant criminel, présence de Maître Pierre Alexandre, greffier ordinaire audit siège, a été continué aux dites confrontations, comme il ensuit.

133

Fait venir desdites prisons ledit Yvelin et entrer en ladite chambre pour lui confronter dom Adrien de Fouqueville [85][85] Adrien de Fouqueville, écuyer, est nommé prieur-curé..., témoin ce jourd’hui récolé devant nous, aussi fait entrer en ladite chambre et iceux respectivement/ [586/2] jurés, présence l’un de l’autre, après qu’ils ont dit se connaître.

134

Avons interpellé ledit Yvelin de proposer présentement salvations et reproches contre ledit témoin si aucun il a, autrement qu’il n’y sera reçu ci-après, suivant l’ordonnance.

135

Lequel a dit qu’il reproche ledit témoin parce qu’il lui porte haine et inimitié à raison qu’il est de la Religion Prétendue Réformée et que, par un jour, il y a environ trois ans, ledit témoin passa dedans sa cour où le chien du répondant voulut mordre ledit témoin, à cause de quoi il a toujours eu de la haine contre lui et que ledit jour que la femme de Pierre Voisin fut inhumée, il passa par-dedans la cour du répondant et fit abattre une brèche d’une pièce de terre d’entre le répondant et Pierre Delalande où alla la damoiselle sa mère demander audit témoin pourquoi l’on abattait ladite brèche, lui répartit ledit témoin qu’elle se tut et qu’il les ferait tous pendre et qu’il était fâché que lui répondant n’était présent.

136

[587] Et par ledit témoin dit qu’il a toujours porté haine pour la religion dudit prisonnier comme il le doit mais que pour sa personne, il en a toujours eu du respect et qu’il est vrai que, passant par un jour par-devant la maison de lui prisonnier qui est un chemin, passant un chien matin s’étant jeté à lui pour le mordre, lui dit qu’il ne devait pas avoir de chiens pour mordre les passants et lui-même l’en défendit et, pour faire porter les corps morts pour les faire enterrer, il n’a jamais passé que par les chemins ordinaires et dénie l’outre plus desdites salvations.

137

Sans préjudice de quoi, avons fait lecture de la déposition dudit témoin audit Yvelin, prisonnier.

138

Lequel a dit qu’il ne peut parler du contenu de la vérité de ladite déposition pour n’y avoir de son fait.

139

Et par ledit témoin persiste à sa déposition étant véritable et ont respectivement signé. Lecture faite, signés de Fouqueville et Yvelin.

140

[587/2] Fait sortir ledit de Fouqueville, témoin, et entrer en ladite chambre Maître Georges Tanquerey, autre témoin ce jourd’hui récolé, pour le confronter audit prisonnier et iceux respectivement jurés, présence l’un de l’autre, après qu’ils ont dit se connaître.

141

Avons interpellé ledit prisonnier de proposer présentement salvations et reproches contre ledit témoin, autrement qu’il n’y sera reçu ci-après, suivant l’ordonnance.

142

Lequel a dit qu’il est parent d’Esloy et Pierre Voysin, tous deux ses parties secrètes en ce procès, dans le tiers degré à cause de la femme de lui témoin, pourquoi il n’est croyable de ce qu’il pourrait rapporter contre lui et n’a autre salvation.

143

Et par ledit témoin dit qu’il croit que sa femme est parente desdits Voisin mais affirme ne savoir en quel degré et aussi ne croit pas qu’ils soient parties dudit prisonnier.

144

Sans préjudice de quoi avons fait lecture/ [588] de la déposition dudit témoin audit prisonnier.

145

Lequel a dit que ladite déposition est fausse en ce que de lui serait parlé et en plus outre, ce qu’il a reconnu par son interrogatoire.

146

Et par ledit témoin dit que la déposition est véritable et y persiste et ont respectivement signé. Lecture faite, signés Yvelin et Tanquerey.

147

Fait sortir ledit Tanquerey, témoin, et entrer en ladite chambre François Pican, autre témoin ce jourd’hui récolé devant nous, pour le confronter audit prisonnier et iceux respectivement jurés, présence l’un de l’autre, après qu’ils ont dit se connaître.

148

Avons interpellé ledit prisonnier de proposer présentement salvations et reproches contre ledit témoin si aucun il a, autrement qu’il n’y sera reçu ci-après, suivant l’ordonnance.

149

Lequel a dit qu’il reproche ledit témoin pour être un méchant homme qui lui a fait plusieurs maux et qu’il y a quinze ans que, par un jour Sainte Barbe [86][86] La Sainte-Barbe, fête patronale de la paroisse de Savigny,..., le défunt père de lui, prisonnier, faisant vendre du cidre en sa maison, ledit témoin/ [588/2] y étant à boire dans la boulangerie [87][87] Dans la Manche, la boulangerie est une « construction,..., où était aussi un nommé Chiron et le répondant étant sorti de sa maison, ayant entendu beaucoup de bruit dans ladite boulangerie, y alla et vit comme ledit Pican, témoin, prit un grand chandelier de cuivre dont il voulut frapper ledit Chiron par la tête sans que lui répondant l’en empêcha et le pria de ne faire aucun désordre, pourquoi lui témoin lui proféra plusieurs injures, lui disant, lie-moi par un pied et un bras à un pommier, je ne demande qu’un pied et un bras pour assommer ledit Chiron, à cause de quoi il a toujours conçu de la haine et inimitié contre lui répondant et du depuis, ledit témoin ayant été fermier des menues-dîmes [88][88] Les menues dîmes se lèvent sur les fèves, pois, etc.,... de ladite paroisse, lui répondant n’a jamais pu le satisfaire desdites dîmes qu’à force de querelles parce que, là où il lui fallait trois boisseaux de sarrasin, il en demandait neuf et qu’il a encore eu plusieurs querelles avec lui pour les rentes sieuriales de la sieurie de Savigny dont lui, témoin, est fermier, voulant lui faire payer soixante sols par boisseau de/ [589] froment, mesure de Coutances, et les poules à sept et huit sols chacune et qu’il y eut un an le jour Saint-Barthélemy dernière [89][89] La Saint-Barthélemy est le jour théorique de la foire..., qu’il lui dit que les sieurs de Boisdavid [90][90] Jean-Simon de Boisdavid est seigneur de Savigny à partir... lui feraient ronger le frein avec les dents et qu’il y eut vendredi dernier trois semaines [91][91] Soit le vendredi 2 janvier 1671., ayant envoyé la servante de lui prisonnier porter sept poules qu’il doit de rente avec ses puînés en la maison de lui témoin, les ayant reçus et la servante étant partie, il se ravisa de la vouloir faire revenir, viens chienne putain, je te donnerai cent coups, ce qui marque la haine qu’il a contre lui prisonnier et que ledit témoin est un homme de mauvaise vie dont le procès criminel est encore pendant en ce siège [92][92] Aucune information supplémentaire sur ce sujet n’est..., lequel a sollicité Marin Bisson de rapporter le faux contre lui en ce procès et n’a autre salvation.

150

Et par ledit témoin dénié lesdites salvations, affirmant n’avoir jamais fait payer les rentes sieuriales qu’au prix des appretis (sic).

151

Sans préjudice de quoi avons fait lecture de la déposition dudit témoin/ [589/2] audit Yvelin, prisonnier.

152

Lequel a dit que ladite déposition est fausse pour n’avoir jamais dit telles paroles audit Bisson ni à aucun autre.

153

Et par ledit témoin dit que sa déposition est véritable et y persiste et ont respectivement signé. Lecture faite, signés Yvelin et Pican.

154

Fait sortir ledit Pican, témoin, et entrer en ladite chambre Arthur Voisin, autre témoin ce jourd’hui récolé, pour le confronter audit prisonnier et iceux respectivement jurés, présence l’un de l’autre, après qu’ils ont dit se connaître.

155

Avons interpellé ledit prisonnier de proposer présentement salvations et reproches contre ledit témoin si aucun il a, autrement qu’il n’y sera reçu ci-après, suivant l’ordonnance.

156

Lequel a dit qu’il reproche ledit témoin pour être parent dans le degré de l’ordonnance d’Esloy et Pierre Voisin, ses parties secrètes, le père de lui témoin ayant été élu tuteur du père desdits Esloy/ [590] et Pierre Voisin et que lui prisonnier a eu un procès civil pour deux vaches avec ledit témoin, il y a environ quatre ans, lequel a été jugé au bénéfice de lui prisonnier en cette vicomté et qu’il y eut un an au mois de novembre ou décembre dernier, ledit témoin fit prendre beaucoup de meubles par exécution par un huissier pour un exécutoire quoi que lui prisonnier ni son frère ne fussent nommés dans ledit exécutoire et que ledit témoin est encore présentement au même procès qu’Esloy et Pierre Voisin lui font à cause d’un passage, ce qu’il offre justifier et prouver en cas de méconnaissance et n’a autre salvation.

157

Et par ledit témoin dit que s’il est parent desdits Voisin, c’est au plus du sixième degré, reconnaît néanmoins que son père fut tuteur de Christophle Voisin, père desdits Pierre et Esloy Voisin, reconnaît aussi avoir eu un procès avec ledit prisonnier pour deux vaches il y a quatre à cinq ans, dont il l’a bien payé et dénie l’outre plus desdites salvations.

158

Sans préjudice de quoi avons fait lecture/ [590/2] de la déposition et récolement dudit témoin audit Yvelin, prisonnier.

159

Lequel a dit que ladite déposition est fausse en plus outre, ce qu’il a reconnu par son interrogatoire.

160

Et par ledit témoin dit que sa déposition et récolement sont véritables et y persiste et ont respectivement signé. Lecture faite, signés Yvelin et Voysin.

161

Fait sortir ledit Voisin et entrer en ladite chambre Pierre Delalande 11, autre témoin ce jourd’hui récolé devant nous, pour le confronter audit prisonnier et iceux respectivement jurés, présence l’un de l’autre, après qu’ils ont dit se connaître.

162

Avons interpellé ledit Yvelin de proposer présentement salvations et reproches contre ledit témoin si aucun il a, autrement qu’il n’y sera reçu ci-après, suivant l’ordonnance.

163

Dit qu’il reproche ledit témoin d’autant que lui et sa femme étaient journellement ci-devant à couper du bois dans les haies de lui prisonnier,/ [591] pourquoi il les en a menacés de les maltraiter et lui a aussi fait dépouiller cet été dernier un pré à lui appartenant avec une pièce d’herbage par ses bestiaux et, outre que lui prisonnier est en procès avec lui pour un passage, en indignation de quoi il s’est fait examiner en ce procès, et n’a autre salvation.

164

Et par ledit témoin dit qu’ayant de sa terre proche celle de lui prisonnier ses bestiaux peuvent avoir passé dans les terres du prisonnier, reconnaît aussi être en procès pour ledit passage, auquel lui témoins obéit et dénie l’outre plus desdites salvations.

165

Sans préjudice de quoi lui avons fait lecture de la déposition dudit témoin.

166

Lequel a dit que ladite déposition est véritable comme il l’a reconnu par son interrogatoire.

167

Et par ledit témoin persisté à icelle et ont respectivement signé. Lecture faite, signés Yvelin et Delalande.

168

Ce fait, avons renvoyé ledit Yvelin aux dites/ [591/2] prisons, signés Guérin, Alexandre et Leloup.

169

Dudit jour et an de relevée, à Coutances, en ladite chambre du Conseil, devant nous dit Guérin, lieutenant criminel, présence dudit Alexandre, greffier, a été continué à procéder aux dites confrontations, comme il ensuit.

170

Fait venir desdites prisons ledit Yvelin, prisonnier, et entrer en ladite chambre pour lui confronter Pierre Desbarres, témoin ce jourd’hui récolé devant nous, aussi fait entrer en ladite chambre et iceux respectivement jurés, présence l’un de l’autre, après qu’ils ont dit se reconnaître.

171

Avons interpellé ledit Yvelin de proposer présentement salvations et reproches contre ledit témoin si aucun il a, autrement qu’il n’y sera reçu ci-après, suivant l’ordonnance.

172

Lequel a dit qu’il n’a aucun reproche à proposer contre ledit témoin pour ne l’avoir jamais vu qu’une seule fois par rencontre.

173

[592] Pourquoi lui avons fait lecture de la déposition dudit témoin.

174

Lequel a dit qu’il n’a rien à dire à ladite déposition, ainsi qu’il l’a reconnu par son interrogatoire.

175

Et par ledit témoin persisté à icelle et ont respectivement signé. Lecture faite, signés Yvelin et Desbarres.

176

Fait sortir de ladite chambre ledit Desbarres et entrer en icelle Jean Lemaistre, autre témoin ce jourd’hui récolé devant nous, pour le confronter audit Yvelin, prisonnier, et iceux respectivement jurés, présence l’un de l’autre, après qu’ils ont dit se bien reconnaître.

177

Avons interpellé ledit Yvelin, prisonnier, de proposer présentement salvations et reproches contre ledit témoin si aucun il a, autrement qu’il n’y sera reçu ci-après, suivant l’ordonnance.

178

Lequel a dit qu’il n’a aucun reproche à proposer contre ledit témoin.

179

Pourquoi lui avons fait lecture de la déposition dudit Lemaistre.

180

[592/2] Lequel a dit que ladite déposition est véritable suivant qu’il l’a reconnu par son interrogatoire, à laquelle ledit témoin a persisté et ont respectivement signé. Lecture faite, signés Yvelin et Lemaistre.

181

Ce fait, avons renvoyé ledit Yvelin aux dites prisons, signés Guérin, Alexandre et Leloup.

182

Du jeudi vingt-neuvième jour dudit mois et an audit Coutances, en ladite chambre du Conseil, devant nous dit Guérin, lieutenant criminel, présence dudit Alexandre, greffier, a été continué à procéder aux dites confrontations comme il ensuit.

183

Fait venir desdites prisons ledit sieur Yvelin et entrer en ladite chambre pour lui confronter Maître Arthur Lemière, prêtre, témoin ce jourd’hui récolé devant nous, aussi fait entrer en ladite chambre et iceux respectivement/ [593] jurés, présence l’un de l’autre, après qu’ils ont dit se reconnaître.

184

Avons interpellé ledit sieur Yvelin de proposer présentement salvations et reproches contre ledit témoin si aucun il a, autrement qu’il n’y sera reçu ci-après, suivant l’ordonnance.

185

Lequel a dit qu’il n’a aucun reproche à proposer contre ledit témoin.

186

Pourquoi lui avons fait lecture de sa déposition.

187

Lequel a dit qu’il n’a rien à dire à ladite déposition n’y ayant de son fait, disant néanmoins que si ledit Bisson voulait parler de lui, ce serait contre vérité, qui a été sollicité par ses ennemis et parties secrètes en ce procès et demande qu’il lui soit permis de le justifier comme d’une chose contre lui controuvée.

188

Et par ledit témoin persisté à sa/ [593/2] déposition comme véritable et ont respectivement signé, lecture à eux faite, signés Yvelin et Lemière.

189

Ce fait, avons renvoyé ledit Yvelin aux dites prisons et les défenses réitérées audit Leloup, concierge, signés Guérin et Alexandre.

190

Du mardi troisième jour de février audit an mil six cents soixante et onze, à Coutances, en ladite chambre du Conseil, devant nous dit Guérin, lieutenant général criminel, assisté de Maître Pierre de La Rue, avocat postulant audit siège, pris pour greffier pour l’occupation de l’ordinaire, après lui avoir fait réitérer le serment au cas appartenant, a été continué aux dites confrontations comme il ensuit.

191

Fait venir des prisons du lieu et entré en ladite chambre ledit Yvelin pour lui confronter Esloy Voisin, témoin ce jourd’hui récolé, aussi fait/ [594] entrer en ladite chambre et iceux respectivement jurés, présence l’un de l’autre, après qu’ils ont dit se connaître.

192

Avons interpellé ledit Yvelin de proposer présentement salvations et reproches contre ledit témoin si aucun il a, autrement qu’il n’y sera reçu ci-après, suivant l’ordonnance.

193

A dit qu’il reproche ledit témoin d’autant qu’il est sa partie secrète en ce procès en indignation du procès civil qu’il a avec lui pour une servitude et droit de passage par lui prétendu et Pierre Voisin, son frère, au travers la cour de lui, accusé, et deux pièces de terre à lui appartenant et n’a autres salvations puis a dit que ledit témoin a sollicité quantité de témoins pour passer en témoignage et pour rapporter le faux en ce procès, ce qu’il offre justifier et prouver quand il lui sera permis par justice avec plusieurs autres choses et n’a autre salvation.

194

Et par ledit témoin reconnu avoir un procès avec le sr Yvelin pour le droit de passage par lui allégué, lequel/ [594/2] procès a été jugé en vicomté à l’avantage de lui témoin et dont ledit sieur Yvelin, accusé, est appelant en bailliage et dénie l’outre plus desdites salvations.

195

Sans préjudice de quoi lui avons fait lecture de la déposition dudit témoin.

196

Lequel a dit que ladite déposition est fausse en outre ce qu’il a reconnu par ses interrogatoires touchant les discours que l’on dit qu’il a dits du Roi.

197

Et par ledit Voisin que sa déposition est véritable et y persiste et ont respectivement signé. Lecture faite, signés Yvelin et Voisin.

198

Ce fait, avons renvoyé ledit Yvelin aux dites prisons et enjoint audit Leloup, geôlier, d’en faire bonne et sûre garde, signés Guérin, de La Rue et Leloup.


Bibliographie

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Notes

[*]

École des Hautes Études en Sciences Sociales. 9 rue Neuve Notre-Dame, 78000 Versailles. Courriel : <lucdaireaux@ wanadoo. fr>.

[1]

Voir la mise au point de Garnot, 2000.

[2]

Arch. Nat. TT 242/18 (8-569-570).

[3]

Isambert, Decrusy, et Taillandier, 1829, p. 371-423 ; Boulanger, 2000 ; Laingui et Lebigre, 1979, t. ii, p. 87-109. Le juge de Coutances fait d’ailleurs référence à la récente ordonnance criminelle : Arch. Nat. TT 242/18 (4-539).

[4]

Arch. Nat. TT 242/18 (2-529-530).

[5]

Sur la notion de lèse-majesté appliquée à la liberté d’expression, voir Laingui et Lebigre, 1979, t. i, p. 202-204 ; ici p. 204.

[6]

Arch. Nat. TT 242/18 (11-584).

[7]

Galland, 1991, p. 186 n. 5. Après la révocation de l’édit de Nantes, un « L’Yvelinière, de la Normandie » est cité, sans plus de précision, comme protestant dont le cadavre a été « traîné sur la claie », peine réservée aux relaps, dans une liste donnée par Gelin, 1903, p. 437.

[8]

Arch. Nat. TT 242/18 (7-564). Pierre Delalande, qui accompagne l’accusé à la foire le 1er mai 1669, indique que le sieur Yvelin fait l’acquisition de six ou sept vaches : Arch. Nat. TT 242/18 (4-546) mais il est possible qu’il fasse une confusion avec les achats réalisés le 1er mai 1670. En Normandie, le terme d’aumailles peut éventuellement englober bovins, ovins et porcins.

[9]

Une liste des foires des élections de Coutances et Saint-Lô à la fin du xviie siècle est donnée par les subdélégués de l’intendant dans leurs Mémoires pour les élections de Coutances et de Saint-Lô (1697), préparatoires au Mémoire pour l’instruction du duc de Bourgogne de Nicolas-Joseph Foucault (fin 1699 ou début 1700) : Gouhier, 1998, p. 315 et 421. Sur cette question, voir Margairaz, 1988, p. 141-168 et 242-243 (carte du semis de foires en France, en 1793) et Nédélec, 1974 ; Dubuc et al., 1978 ; Garnier, 1996. Ce dernier montre par exemple, dans le contexte il est vrai bien différent du xviiie siècle, que 4,5 % des bœufs achetés par Gabriel Simon, marchand du Bessin, en 1746-1748, proviennent de la foire du Guislain.

[10]

Lemasson, 1886, p. 45 et 62-63. Le subdélégué de Coutances indique, en 1697, qu’à Savigny « il y avait autrefois […] une foire à la Saint-Barthélemy » : Gouhier, 1998, p. 448.

[11]

Gouhier, 1998, p. 422-423 et 446 : « [À Cerisy :] Marché les jours de samedi, formé par ceux de la Religion Prétendue Réformée, et qui a ruiné celui de Coutances, du Guislain et de Savigny pour la vente des toiles de méchante fabrique. » Voir aussi Lemonchois, 1982, p. 188.

[12]

Arch. Nat. TT 242/18 (4-543/2).

[13]

Ibid., (15-606 et 607).

[14]

Ibid., (7-567).

[15]

Ibid., (15-607/2). Sur le port du bonnet vert : Furetière, 1690, t. i, sv. « Bonnet ».

[16]

Arch. Nat. TT 242/18 (9-572).

[17]

Ibid., (9-572).

[18]

Ibid., (9-572/2).

[19]

Ce passage, il est vrai quelque peu confus, figure ainsi dans la copie des Arch. Nat. TT 242/18 (9-573/2-574).

[20]

Le rôle de la noblesse du grand bailliage de Cotentin (1640) mentionne le nom de « Jean Yvelin, escuier, bon à rien » : Notices, Mémoires et Documents, 1893, p. 9. Voir aussi les Recherches sur la noblesse (1666) de Chamillart, 1887, p. 746-747. On ajoutera Adam, 1993, p. 11 et 26-27 ; Galland, 1991, p. 186.

[21]

Adam, 1993, p. 49-54.

[22]

Ibid., p. 29 ; et Lemasson, 1886, p. 54-55. On sait en revanche que Marie Le Roy meurt protestante : Galland, 1991, p. 186, n. 3, d’après les registres de l’Église réformée de Cerisy-la-Salle, détruits à Coutances en 1944.

[23]

Nicholls, 1977, p. 172, parle de « protestantisme manoirial ». Pour le Bessin, voir Wood, 1980, p. 161 et suiv. : à la fin des années 1560, la noblesse protestante de l’élection de Bayeux représente environ 40 % de l’ensemble de la noblesse ; le chiffre tombe à 13 % en 1597 et à moins de 10 % en 1666. Pour avoir une idée de la place de la noblesse protestante dans le Cotentin au xvie siècle : Canu, 1972.

[24]

Le 3 juillet 1639, Jean Yvelin, le père d’André, donne à l’Église réformée de Groucy 7 livres de rente hypothèque : Blaizot, 1901, p. 248. Le 23 octobre 1661, le même souscrit un contrat de 34 livres de rente en faveur de l’Église réformée de Gavray : Arch. dép. Manche, Hôtel-Dieu de Coutances, H Dépôt G 87. Pour une présentation générale de l’histoire du protestantisme dans la région : Daireaux, 1999.

[25]

On trouve la « carte de l’alphabétisation des conjoints à la fin du xviie siècle », fruit des recherches dirigées au xixe siècle par le recteur Louis Maggiolo dans Lebrun, Venard, et Quéniart, 2003, p. 425 : à cette époque, moins d’un tiers des conjoints manchots signe.

[26]

Voir l’excellent article méthodologique de Dyonet, 1987, et Walle, 2003.

[27]

Arch. Nat. TT 242/18 (11-590/2 et 591).

[28]

Sur la question du paysage bocager : Antoine, 2002, p. 53-55 et 154-173.

[29]

Sur l’élevage d’embouche et sur les mutations du système agraire à partir de la fin du xviie siècle (embocagement et conversion à l’herbage), notamment dans le Bessin et le pays d’Auge : Moriceau, 2005, spécialement p. 136-139 ; Garnier, 1975 ; et Brunet, 2004, p. 28 et suiv.

[30]

Arch. Nat. TT 242/18 (6-558/2).

[31]

Ibid., (11-588-588/2).

[32]

Mémoire de l’élection de Coutances (1697), in Gouhier, 1998, p. 418.

[33]

Mémoire de l’élection de Saint-Lô (1697), in ibid., p. 314.

[34]

Arch. Nat. TT 242/18 (4-541/2-542).

[35]

Ibid., (4-542/2). Voir Nédélec, 1981, p. 6.

[36]

Arch. Nat. TT 242/18 (15-607/2-608).

[37]

Sur ce sujet, voir à titre d’exemple Muchembled, 1989, p. 200 et suiv.

[38]

Arch. Nat. TT 242/18 (4-548), témoignage de Gillete Coron, 17 janvier 1671, et (7-565, 565/2 ; 567/2), interrogatoire d’André Yvelin, 17 janvier 1671.

[39]

Sur l’histoire des gestes à l’époque moderne, voir Muchembled, 1987 et 1993.

[40]

Arch. Nat. TT 242/18 (4-543).

[41]

Furetière, 1690, t. ii, sv. « gratter ».

[42]

Extrait des Mémoires pour l’instruction du dauphin : Goubert, 1992, p. 81.

[43]

Labrousse, 1990.

[44]

Ces deux textes sont édités par Bergeal et Durrleman, 1985, p. 88-99 et 99-109.

[45]

Arch. Nat. E 1723 (93) et, sous forme imprimée, BnF F 47065 (37 et 38).

[46]

Sur ce thème, voir Labrousse, 1990.

[47]

Lettre du 18 janvier 1671 : Arch. Nat. TT 242/18 (8-569).

[48]

Sur cette question : Deyon, 1973.

[49]

Arch. Nat. TT 242/18 (11-587/2 et 593).

[50]

Rappelons que la fourniture des reproches par l’accusé se fait avant la lecture de la déposition : Laingui et Lebigre, 1979, t. ii, p. 99.

[51]

Arch. Nat. TT 242/18 (6-555).

[52]

Arch. Nat. TT 242/18 (11-586/2).

[53]

Bénédict, 2001, p. 300 et suiv.

[54]

Sur le thème de la conflictualité villageoise, voir Brizay, Follain, et Sarrazin, 2003 ; et la thèse de Schneider, 1997, p. 588 et suiv., travail fondé sur des exemples haut-normands.

[55]

Dans la marge, en haut à gauche.

[56]

L’article 1er de l’ordonnance criminelle de 1670 porte que « tous juges […] pourront permettre d’obtenir monitoires », ces lettres publiées au prône des paroisses par lesquelles l’official du diocèse avertit les fidèles de révéler ce qu’ils connaissent du crime en question. Les personnes accusées ou soupçonnées ne peuvent être nommées dans les monitoires. Voir Isambert, Decrusy, et Taillandier, 1829, p. 584-585 ; et Wenzel, 2003.

[57]

Il s’agit vraisemblablement de François Michel, écuyer, sieur de Beaulieu : Gouhier, 1998, p. 432.

[58]

Gilles Guérin, sieur d’Agon, anobli en 1653, lieutenant général criminel du bailli de Coutances : Villand, 1985, p. 25 et suiv. Il est intéressant de constater que le nom de Jean Yvelin, vraisemblablement le père d’André, apparaît dans les procédures liées à la succession de Marguerite Guérin, sœur de Gilles, décédée en 1639 : id., 1982, p. 7-8 (pièces du chartrier d’Argences à Saussey, Arch. dép. Manche, 205 J 9).

[59]

Voir la description que donne le subdélégué de Coutances de la paroisse de Savigny en 1697 : « Terroir labeur de froment et orge et autres blés, plants et prairies ». Le nombre de feux est de 145 et le montant des tailles s’élève à 1 088 livres tournois : Gouhier, 1998, p. 448.

[60]

Furetière, 1690, iii, indique qu’on dit « salvations de témoins, quand on détruit les reproches donnés contre les témoins. »

[61]

Il s’agit du ruisseau du Pont Sohier, affluent de la Soulle.

[62]

La dénonciation ne parle que de « marques ».

[63]

Le lundi est jour de marché à Coutances.

[64]

Voir la description que donne le subdélégué de Coutances de la paroisse de Montpinchon en 1697 : « Terroir différent selon les cantons, de labeur, plants et prairies ». Le nombre de feux est de 420 et le montant des tailles s’élève à 375 livres tournois. Voir Gouhier, 1998, p. 447-448.

[65]

Soit le mercredi 1er mai 1669.

[66]

Ce chiffre n’est pas confirmé par les autres témoins.

[67]

Il s’agit de Pierre Desbarres ou de Jean Lemaistre, témoins entendus, récolés et confrontés à l’accusé le 26 janvier 1671. La paroisse de Monthuchon, au nord de Coutances, est décrite ainsi par le subdélégué de Coutances en 1697 : « Le terroir est bon pour le labeur de froment, orge et autres blés. Il y a du plant et des prairies, des bois taillis et une petite lande ». Le nombre de feux est de 180 et le montant des tailles s’élève à 1 286 livres tournois. Voir Gouhier, 1998, p. 432.

[68]

Sur le sens des mots de la langue parlée utilisés dans les pièces de procédure : Dyonet, 1987.

[69]

Le Mesnil Rave, toponyme attesté au sud de l’actuelle commune de Notre-Dame-de-Cenilly.

[70]

André Yvelin déclare dans son interrogatoire du 17 février 1671 qu’il a acheté trois bêtes aumailles. Il est possible que Pierre Delalande ne distingue pas clairement les achats faits en 1669 de ceux réalisés en 1670. Dans son premier interrogatoire (15 janvier 1671), le sieur Yvelin affirme avoir acheté, le 1er mai 1670, « cinq ou six vaches », Arch. Nat. TT 242/18 (6-558/2).

[71]

Toponyme effectivement attesté à Cerisy, sur la rive droite de la Soulle. L’arrêt à ce cabaret n’est confirmé ni par les autres témoins ni par l’accusé.

[72]

Un interrogatoire a déjà eu lieu le 15 janvier 1671.

[73]

Le magistrat semble confondre la branche des Yvelin de l’Yvelinière avec celle des Yvelin du Bisson. Jean Yvelin, écuyer, sieur du Bisson (mort en 1681), fils d’Olivier, petit-fils de Georges, cousin d’André, abjure le protestantisme en 1645 selon toute vraisemblance : Adam, 1993, p. 28-29.

[74]

Cambernon, paroisse située au nord-ouest de Savigny.

[75]

Belval, paroisse limitrophe de Savigny.

[76]

Le toponyme « l’Épine Pirault » est attesté à Notre-Dame-de-Cenilly.

[77]

Jean Lemaistre et Pierre Desbarres, dont il s’agit ici, ont respectivement 31 et 37 ans.

[78]

Soit le lundi 8 décembre 1670.

[79]

Il s’agit de Susanne Le Trésor, mariée en 1658 à Pierre Yvelin, écuyer, sieur du Domaine, frère aîné d’André, né vers 1632 : Chamillart, 1887, p. 747. Voir son interrogatoire : Arch. Nat. TT 242/18 (10-575/2-583/2), 29 janvier 1671.

[80]

La fièvre quarte, « qui ne vient que le quatrième jour, & qui laisse deux jours de repos qui est causée par la mélancolie. » : Furetière, 1691, t. ii (« fièvre »).

[81]

Il s’agit vraisemblablement de Jean Yvelin, écuyer, sieur du Bisson (mort en 1681), fils d’Olivier, petit-fils de Georges, cousin d’André. Voir plus haut.

[82]

Tous ces témoins sont entendus par le juge de Coutances. Lô Hélaine, marchand de bœufs de Courcy, déclare cependant ne pas s’être rendu à la foire du Guislain le 1er mai 1669 : Arch. Nat. TT 242/18 (15-609/2-610), témoignage du 6 février 1671.

[83]

Voir Furetière, 1690, t. i : « Quand on a compris dans des criées des héritages qui appartiennent à un autre, il doit former son opposition à fin de distraire ».

[84]

Il s’agit du geôlier.

[85]

Adrien de Fouqueville, écuyer, est nommé prieur-curé de Savigny en 1659 : Lemasson, 1886, p. 55.

[86]

La Sainte-Barbe, fête patronale de la paroisse de Savigny, a lieu le 4 décembre. Le prieuré de Savigny relève de l’abbaye de Sainte-Barbe-en-Auge, de l’ordre de Saint-Augustin, résignée en faveur des Jésuites de Caen en 1607 : Gouhier, 1998, p. 203 et 448.

[87]

Dans la Manche, la boulangerie est une « construction, séparée de la maison, réalisée autour du four à pain » : Lachiver, 1997, p. 266.

[88]

Les menues dîmes se lèvent sur les fèves, pois, etc., sur les légumes, sur le menu bétail : Lachiver, 1997, p. 622.

[89]

La Saint-Barthélemy est le jour théorique de la foire de Savigny. Il s’agit ici du samedi 24 août 1669.

[90]

Jean-Simon de Boisdavid est seigneur de Savigny à partir de 1670. Il réside chez son frère à Carantilly : Adam, 1991, p. 17-18.

[91]

Soit le vendredi 2 janvier 1671.

[92]

Aucune information supplémentaire sur ce sujet n’est fournie dans la procédure.

Résumé

Français

En 1670-1671, en plein cœur du règne de Louis XIV, une affaire atypique agite les juges du bailliage-présidial de Coutances. André Yvelin, un gentilhomme protestant vivant à Savigny, modeste village situé dans le Coutançais, est accusé d’avoir publiquement tenu des propos attentatoires à la personne royale, plusieurs mois auparavant. La mécanique judiciaire se met en branle. La publication de quelques-unes des pièces de la procédure – dénonciation, « information », interrogatoire et « confrontations » – est l’occasion de revenir sur les apports multiples des archives de la justice criminelle à la connaissance du monde rural. Des pratiques agraires ou agricoles à la sociabilité et à la culture villageoises, tout un monde quotidien se dévoile.

Mots-clés

  • justice
  • Normandie
  • pratiques agraires et agricoles
  • protestantisme
  • sociabilité

English

In 1670-1671, in the middle of Louis XIV’s reign, the judges at the bailliage-présidial de Coutances had to deal with an unusual case. André Yvelin, a Protestant squire who lived in Savigny, a small village in the Coutances area, was accused of having publicly uttered words offending the person of the King several months earlier. The accusation set the machinery of justice into motion. The publication of several elements in the procedure (denunciation, inquest, cross-examinations and confrontations) provides us with an opportunity to reassess the the multi-faceted contribution of criminal law archives to our knowledge of the rural world of the past. A whole daily universe is thus brought to life, from agrarian and agricultural practices to the sociability and culture of the village.

Keywords

  • agrarian and agricultural practices
  • justice
  • Normandy
  • Protestantism
  • sociability

Plan de l'article

  1. L’affaire Yvelin
    1. Le dossier, les différentes phases de l’action judiciaire
    2. Les faits
  2. La société rurale vue à travers les archives judiciaires
    1. Les acteurs
    2. Les activités rurales
  3. Les significations du recours à la justice

Pour citer cet article

Daireaux Luc, « Activités et sociabilité rurales dans le Bocage coutançais au xviie siècle. Le procès d'un gentilhomme protestant (1670-1671)», Histoire & Sociétés Rurales 1/2007 (Vol. 27) , p. 121-153
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2007-1-page-121.htm.


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