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Histoire & Sociétés Rurales

2007/1 (Vol. 27)


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Sous l’effet de la propagande maoïste, on a longtemps cru que la révolution, qui permit à Mao Zedong d’accéder au pouvoir en 1949, était une révolution spontanée des masses paysannes mues par la conscience de classe et par le nationalisme chinois. Cette idéologie officielle a dominé l’histoire du Parti communiste chinois (pcc) durant la période maoïste, de 1949 à 1976. Depuis les années 1980, l’histoire du Parti a connu un formidable renouveau : de nombreux ouvrages ont été publiés sur la période de la deuxième guerre sino-japonaise (1937-1945) – nommée « guerre de résistance anti-japonaise (Kangri zhanzheng) » – ainsi que sur la période postérieure à 1949, notamment sur la réhabilitation, immédiatement consécutive à la Révolution culturelle, d’intellectuels, d’anciens dirigeants et de membres du Parti. Parmi les sources disponibles, on compte un grand nombre de mémoires et de recueils de souvenirs d’anciens dirigeants du Parti et de vétérans de la guerre de résistance anti-japonaise, de biographies ainsi que de compilations d’archives du Parti. Il existe également pour chaque province des annales de préfectures (zhouzhi) et de districts (xianzhi), ainsi que des monographies villageoises (cunzhi). Dans beaucoup de provinces et de districts, les comités d’intellectuels du Parti ont constitué des recueils d’histoire locale (wenshi ziliao).

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Outre-atlantique, ces publications ont été utilisées pour de nombreux ouvrages qui ont donné lieu, par leurs interprétations convergentes, à un nouveau trend dominant de l’historiographie occidentale en matière d’histoire du pcc et de la révolution chinoise : il n’est désormais plus question de révolution paysanne mais de révolution communiste chinoise. En d’autres termes, la nouvelle thèse est que la révolution chinoise a été une construction politique visant à créer une organisation du Parti dans chaque localité. Fondé sur un grand nombre d’archives internes du pcc, l’ouvrage de l’historien taiwanais Chen Yung-Fa, au titre significatif de Making Revolution, a fait école et fait figure de référence [1][1] Chen, 1986.. Il apporte un sérieux démenti au credo d’une révolution paysanne spontanée et à l’ouvrage de Chalmers Johnson, Peasant Nationalism, publié en 1962 et longtemps contesté et débattu [2][2] Johnson, 1962.. L’historiographie étrangère a également montré qu’outre les paysans, une multitude d’autres acteurs sociaux, notamment des intellectuels, ont participé à la révolution [3][3] Voir, par exemple, Feng, 2000..

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Dire que les ouvrages chinois auxquels elle se réfère relèvent d’une nouvelle histoire officielle du Parti n’invalide pas les avancées de l’historiographie sur l’interprétation de la révolution communiste chinoise qui est dorénavant vue comme relevant d’un ensemble de processus sociaux et politiques qui varient selon les régions et les localités [4][4] Voir par exemple l’introduction du livre de Goodman,.... David Goodman a ainsi souligné le rôle crucial des élites locales et des intellectuels dans la mobilisation des paysans et la victoire des communistes pendant la guerre de résistance anti-japonaise [5][5] Ibid.. Il n’empêche que, dès la fin des années 1970, l’un des grands dirigeants de la résistance, Bo Yibo, a lutté auprès de Deng Xiaoping pour obtenir une révision de l’histoire du Parti et la reconnaissance officielle par le Parti-État de l’action d’autres acteurs que la masse paysanne – en particulier les intellectuels et les élites rurales et urbaines honnies par le régime maoïste – dans la fondation du Parti et la révolution chinoise [6][6] Bo Yibo, 1996. Né en 1908 et originaire de la province.... En d’autres termes, la révolution communiste chinoise n’a pas seulement été paysanne, elle a aussi été une révolution nationale, englobant les forces vives de la nation. Les communistes qui ont œuvré dans le cadre de la résistance nationale et qui ont collaboré avec les forces de l’ancien régime (telles que les élites locales ou des seigneurs de la guerre) n’étaient pas moins révolutionnaires et fiables idéologiquement, et fidèles au Parti, que les autres. Le rôle majeur des intellectuels et des anciens vétérans et dirigeants des bases de résistance avait été ignoré par l’historiographie maoïste et violemment nié pendant la Révolution culturelle lorsqu’ils avaient été attaqués, calomniés et accusés de traîtres. Bo Yibo a obtenu justice dans les années 1980, et une nouvelle histoire du Parti a pu être constituée avec l’aval de Deng Xiaoping – lui-même ancien dirigeant de la base de résistance de Taihang, en Chine du Nord – et la participation, sous le contrôle des comités du Parti, de chercheurs, d’intellectuels, d’anciens vétérans et de dirigeants des bases de résistance anti-japonaise.

Les avancées de l’historiographie chinoise sur la Révolution

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Les nouvelles publications chinoises, en particulier les mémoires, fourmillent de détails inédits qui ont permis le développement, depuis les années 1980, d’une véritable histoire sociale de la révolution communiste chinoise. Elles montrent – non seulement dans les campagnes, mais aussi dans les villes et les prisons – des hommes et des femmes opérant dans la clandestinité, souvent isolés, coupés de la direction du Parti, avec leurs difficultés, leurs doutes, leurs désarrois, leurs renoncements aussi, et parfois leur fuite face à l’ennemi, qui leur a valu d’être condamnés comme traîtres par le Parti. Une histoire faite par des individus et non plus par des masses paysannes sans visage, avec ses failles et ses incertitudes. Des ouvrages étrangers ont décrit comment des communistes s’étaient adaptés à la société rurale locale dans laquelle ils opéraient, et comment, avec pragmatisme, ils ont collaboré avec les élites rurales en utilisant leurs réseaux relationnels. Comment ils ont aussi exploité les ressources en hommes et en armes des sociétés secrètes et des sectes religieuses [7][7] Benton, 1999 ; Rottman, 2004, p. 90-115..

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Bordant à l’ouest la province du Shaanxi où se trouvait le bastion maoïste de Yanan, la province du Shanxi abritait les deux importantes bases de résistance de Taihang et de Taiyue, dominées par des dirigeants d’envergure qui furent plus tard victimes de la Révolution culturelle, tels que Deng Xiaoping, Liu Shaoqi, Bo Yibo. Parmi eux se trouvait Peng Zhen qui dirigeait le département d’organisation du Bureau Nord du pcc[8][8] Né en 1902, Peng Zhen est comme Bo Yibo originaire.... Dans la collection des mémoires des anciens dirigeants du Parti de la province du Shanxi, il lie le récit de la résistance à son expérience personnelle de la Révolution culturelle (source 179)[9][9] Peng, 1999, p. 10-11.. Son propos est représentatif d’autres vétérans qui se défendent d’avoir été des traîtres et s’attachent au contraire à montrer leur loyauté au Parti dans les conditions précaires de la résistance et de la guérilla, ainsi que de la prison [10][10] Voir par exemple Li, 1980, p. 34-48..

Les sources chinoises

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En dehors de ces monographies, les compilations de sources du Parti, les collections de mémoires et de souvenirs disponibles depuis les années 1980, l’historien dispose de documents d’époque issus des journaux des bases de résistance et peut parfois avoir accès à des documents internes du Parti [11][11] Ye et Esherick, 1996.. Ces textes, en principe réservés à la circulation interne des unités de travail et aux Chinois, ne sont pas seulement conservés dans les bureaux d’archives provinciales ou locales chinoises, mais on les trouve également dans certaines bibliothèques, dans les comités locaux de recherche du Parti, ou encore dans les bureaux des associations d’intellectuels chargés de constituer des histoires locales (Zhongguo renmin zhengzhi xieshang huiyi). Parmi les journaux publiés pendant la guerre de résistance, on peut prendre comme exemple le Quotidien de la Nouvelle Chine (Xinhua ribao) qui était alors la principale source d’information en Chine du Nord tout en servant de tribune aux dirigeants et aux cadres locaux désireux, selon les normes du Parti, de rendre compte de leur travail auprès de la hiérarchie de la base en effectuant leur autocritique [12][12] Le journal se composait des éditions de Taihang et....

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En 1947, Huo Junfeng dirigeait aux côtés du vétéran de la résistance, Wu Zhigang, le comité du Parti du district de Tunliu, situé au sud-est de la province du Shanxi, à l’époque sous la juridiction de la base de Taiyue. Lorsqu’en octobre 1946, il écrit son article pour le Quotidien de la Nouvelle Chine (source 180), il est chargé en tant que président de l’association paysanne du district de mobiliser et d’unifier les masses pour la réforme agraire. Dans un langage conforme à l’orthodoxie du Parti, il fournit au lecteur contemporain une relation inédite d’une grande rébellion paysanne pour la paix que ne mentionne pas la monographie du district, pas plus que d’autres publications locales comme les collections de souvenirs de vétérans [13][13] Ainsi dans la série des Tunliu wenshi ziliao.. La grande rébellion a pourtant bel et bien existé en réaction à la réforme agraire, comme le prouve un rapport manuscrit interne à l’association paysanne du district, daté du 3 mai 1947 [14][14] Tunliu xiannonghui (Association paysanne du district.... L’article de Huo Junfeng suggère qu’elle a commencé dès le début de la réforme agraire, à la fin du mois de janvier 1946, et a atteint son point culminant à la fin du mois d’août 1946 lors de la campagne de mobilisation pour la réduction des loyers de la terre [15][15] Huo, 1946.. Le rapport de l’association paysanne suggère qu’elle aurait duré plus d’un an, au moins jusqu’en mai 1947 [16][16] Cf. note 14..

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À l’instigation d’un groupe de notables, une rébellion paysanne éclata dans un grand nombre de villages situés dans la partie orientale du district pour manifester le refus de nouvelles luttes et l’aspiration à retrouver la paix et l’harmonie. L’organisation et la symbolique du mouvement sont inspirées de la secte chrétienne des Taiping, qui fut à l’origine de la grande rébellion paysanne qui dévasta la Chine de 1851 à 1864. Dans cette partie du district, zone de guérilla pendant la guerre, les appels à la lutte pouvaient d’autant moins recevoir un écho favorable que l’implantation du Parti y était faible et que les habitants avaient particulièrement souffert de l’occupation japonaise et de la guerre. Les paysans ne se révoltaient pas pour la révolution mais pour conserver l’ordre établi d’avant la guerre de résistance [17][17] Bianco, 2005, p. 431-432.. La rébellion dégénéra cependant en une multitude d’émeutes ou de conflits locaux autour du droit au sol ou des ressources en eau [18][18] Ibid., p. 432. L’auteur observe qu’« en règle générale,....

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Dans son article, Huo Junfeng rend compte de sa politique de répression à l’encontre des paysans et souligne la puissance de l’organisation des rebelles ainsi que leur forte implantation dans les villages. Il insiste également sur la nécessité, pour réussir la mobilisation des masses, de susciter préalablement leur confiance en soumettant les opposants les plus durs à la révolution. Les difficultés rencontrées par la répression sont également suggérées, ce que confirme un rapport de l’association paysanne du district de mai 1947 indiquant par là même la durée de la rébellion. Son système d’explication est conforme à l’imaginaire stalinien du complot fomenté par des organisations occultes œuvrant dans la clandestinité et l’illégalité. Il s’exprime du point de vue du Parti et de l’État, soulignant, en tant que président de l’association paysanne du district, sa volonté de rassemblement national pour faire régner l’ordre et la paix. Les conflits locaux qui ont suivi la rébellion, évoqués dans le rapport de l’association paysanne, suggèrent cependant que le mouvement de mobilisation des villages et des paysans a échappé au contrôle de Huo Junfeng, entraînant des dérives condamnées par le Parti. Ceci constitue peut-être l’une des raisons du silence des publications locales sur cette grande rébellion paysanne susceptible de remettre en question la place dominante dans l’histoire officielle du Parti des dirigeants et cadres du Parti qui n’ont pas été formés dans le bastion maoïste de Yanan mais dans d’autres bases de résistance et dans les combats de la guérilla.

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Ces anciens cadres du Parti ont été violemment attaqués pour leurs origines sociales considérées comme incompatibles avec des tâches révolutionnaires, et ce non seulement pendant la Révolution culturelle, mais dès les campagnes de rectification du Parti qui visaient à soumettre les anciens cadres des comités locaux et des cellules du Parti aux normes maoïstes par les méthodes staliniennes de la critique et de l’autocritique, ainsi que par la méthode, plus chinoise, de l’introspection. Ces campagnes de rectification et les attaques lancées dans ce cadre devaient permettre de maintenir et de consolider la légitimité du Parti en imputant les échecs de la réforme agraire aux anciens cadres. À la suite de la grande rébellion pour la Paix et en réponse à l’échec de la réforme agraire, la campagne de rectification commença durant l’hiver 1948 dans les comités du Parti d’arrondissement après que Huo Junfeng et les vétérans de la résistance eurent été remplacés à la tête du comité du district par une nouvelle équipe de dirigeants maoïstes. Elle fut poursuivie jusqu’en 1949 dans les cellules du Parti.

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Dans le Quotidien de la Nouvelle Chine, Li Shaoxun, cadre du comité local du Parti chargé de la rectification de la cellule au village de Niujianao, montre, à grands renforts d’autocritiques, qu’il a réussi sa mission malgré les fortes résistances des cadres dirigeants de la cellule située dans l’épicentre de la grande rébellion paysanne pour la Paix (source 181)[19][19] Li, 1949.. Les autocritiques et confessions arrachées à ces cadres sont explicitement exposées dans la narration. Ceci n’est pas très fréquent dans les rapports manuscrits internes destinés à la hiérarchie, les groupes de travail se contentant généralement de faire la liste des biens détournés par les cadres des cellules du Parti, sans préciser que leur compte rendu est en fait fondé sur des autocritiques et des confessions obtenues dans un climat d’intimidation et de violence.


Annexe

179 - 1999 [1966-1976] - Peng Zhen, « Le Bureau-Nord du pcc dans la province de Shanxi au début de la guerre de résistance »

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Source : Zhonggong Shanxi lishi yishi, vol. 2, Shanxi sheng shizhi yanjiuyuan bian, 1999, p. 10-11.

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Pendant la Révolution culturelle [20][20] La Révolution culturelle (1965-1976) correspond aux..., on me harcela de questions sur la manière dont j’étais entré en contact avec des membres du Parti venant de Pékin et de Tianjin. À cette époque, les contacts avec l’organisation du Parti étaient très simples car tous les membres de la cellule du Parti avaient été introduits par le secrétaire de la cellule de Taiyuan [21][21] Taiyuan : Capitale de la province du Shanxi.. C’est pourquoi il suffisait de demander au secrétaire de la cellule du Parti pour savoir quels étaient les membres. Lorsque, pendant la Révolution culturelle, on me harcela de questions sur cette affaire, je répondis que je ne pouvais pas m’en souvenir. Ils disaient : tu étais pourtant bien le chef du département d’organisation du Bureau-Nord, comment ne pourrais-tu pas te rappeler ? Je leur disais que je ne me rappelais vraiment pas ; d’ailleurs qui pouvait se rappeler de tant de membres du Parti ? [Je leur répondais :] il suffisait que le secrétaire de la cellule certifie qu’un tel était membre du Parti et c’était bon. […]

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Au cours de la Révolution culturelle, le petit groupe chargé des cas spéciaux me demanda : quel examen as-tu fait de ces quelques personnes pour les faire entrer au Parti ? Je devais dire que je n’arrivais pas à me souvenir, que je n’avais plus leur carte du Parti. Si je disais pouvoir m’en souvenir, je ne devais plus arriver à en parler. J’ai finalement écrit un document sur cela. Kang Sheng [22][22] Kang Sheng : L’un des membres de la clique maoïste... l’a regardé, puis a dit aux personnes chargées des cas spéciaux de ne pas m’écouter : « si vous l’écoutez, ce n’est plus la peine de continuer et de procéder à son examen ». Ensuite, ils ont continué à m’interroger, et je leur répétais toujours la même chose : « à l’époque les choses se sont réellement déroulées ainsi ». […] On devait s’appuyer sur le secrétaire de la cellule pour qu’il certifie si un tel était ou non membre du Parti ; sa qualité de membre du Parti devait être jugée sur ses actes après qu’il eut perdu tout contact (avec la direction du Parti). […] Il y avait des membres du Parti qui ayant perdu tout contact (avec la direction), n’ont pas pour autant cessé de travailler pour le Parti et ne lui ont pas fait de choses nuisibles. On devait alors reconnaître qu’ils étaient bien des membres du Parti […] ».

180 - 9 octobre 1946 - Huo Junfeng, « Comment les paysans de Tunliu se sont opposés aux destructions des propriétaires fonciers »

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Source : Xinhua ribao, 9 octobre 1946.

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Au cours des huit derniers mois, à partir de la campagne de mobilisation des masses pour exposer leurs griefs et se venger jusqu’à la campagne de mobilisation pour la réduction des loyers de la terre et de liquidation des dettes [23][23] De la fin janvier 1946, qui marque le début de la réforme..., il n’y a pas un jour où les propriétaires fonciers illégaux n’ont cessé leurs opérations de destruction qui se sont développées et ont évolué en même temps que la campagne de mobilisation. Je présenterai ci-dessous ces opérations clandestines et la lutte que nous menons contre de telles activités.

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Au moment où nous commencions à lancer les mots d’ordre appelant à exprimer les griefs et à se venger, après avoir corrompu et abusé des gens, les propriétaires fonciers illégaux et les traîtres ont convoqué des « réunions pacifiques », invitant les paysans, ainsi qu’un petit nombre de personnes non pacifiques osant parler, lutter et frapper, à prendre des « repas pacifiques ». À la fin du repas, ils firent brûler les registres fonciers et conclurent le « pacte pacifique » garantissant qu’aucune lutte ne serait lancée. Ainsi, de nombreux villages comme Hebeinao, Guozhuang, Xingcun, Liancun, Chengguan, ont tous été contraints par la force d’adhérer au pacte pacifique. Le mouvement s’est développé, chacun des membres des grands et petits foyers se mettant à brûler les registres fonciers. Ainsi, au village de Guozhuang, tous les riches et pauvres ont brûlé les registres de sorte qu’en cas de problème, on puisse dire à l’avenir que la mise au feu des registres a été décidée de manière démocratique, par tout le monde.

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Dans le troisième arrondissement, des troupes pour l’Harmonie (Yihetuan) ont même été établies partout. Par exemple à Niujiagou, à Yuwu, les troupes pour l’Harmonie n’étaient pas autorisées à lancer des luttes, chacun réalisant l’harmonie. Dans une dizaine de villages, des mots d’ordre menaçants ont été lancés. Par exemple dans les villages de Lucun, de Guozhuang, de Jicun, de Guanzhuang, les propriétaires fonciers ont menacé ceux qui manifestaient leur intention de lancer des luttes en leur disant qu’ils seraient eux-mêmes à leur tour l’objet de nouvelles luttes. Ainsi, au village de Guozhuang, Wang Huanzhuang voulait faire les comptes et a manqué de mourir sous les coups de Xu Luguang. À Lucun, le président de l’association paysanne […] a lui aussi demandé de faire les comptes. Résultat : il a été battu une fois.

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Mais ces activités des propriétaires fonciers illégaux et des traîtres sont finalement sans grandes conséquences. Les paysans ont immédiatement répondu en appelant à « s’opposer à la mise au feu des registres de comptes ». […] En débattant de la corruption, ils ont également fait échouer les desseins cachés des propriétaires fonciers. Depuis, ces derniers n’ont pas osé mettre le feu aux comptes qui étaient destinés à l’être. Il y en a quelques-uns qui l’ont fait et qui l’ont regretté par la suite. Le mouvement n’avait pas dix jours qu’il s’était développé dans tout le district et dans quarante-huit villages. Les propriétaires fonciers et les traîtres ne pouvant empêcher le mouvement de se développer par leur corruption et leurs abus, ils lancèrent une grande offensive armée de destruction et provoquèrent des luttes de faction entre les villages, les lignages, les clans, les gens du Shandong et les gens du pays.

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De plus, sous prétexte « qu’il n’y avait pas une porte où n’était accrochée une pancarte indiquant que telle famille était sans histoires », ils ont amadoué les grands traîtres pour que ces derniers organisent directement l’opposition aux luttes, refusent ouvertement de s’opposer aux traîtres et mettent en place des forces armées secrètes. Par exemple, au village de Wangcun, le chef réactionnaire Yang […] a dit ouvertement : « Nous devons assurer notre propre défense ». Plus de trente personnes ont été organisées en forces armées secrètes, et des règlements pour l’alerte ont été mis en place, la cloche signalant le rassemblement en cas d’événement. Le même type de règlement pour donner l’alerte a également été établi à Nanhuzhuang, ainsi qu’à Nanyucun et à Laojunzhuang. Les propriétaires fonciers et tyrans de Nanhuzhuang ont saisi tous les fusils des milices populaires de Yuancun, les ont attachés et pendus avant de leur casser le bras. À Laojunzhuang, ils ont fait sortir nos cadres d’arrondissement [24][24] L’arrondissement (qu) est la subdivision administrative... et les ont frappés ; puis ils ont rassemblé plus d’une centaine de personnes qui se sont opposées à la sécurité publique avec des briques. À Gangtou, ils ont organisé des troupes pour qu’elles viennent frapper nos milices populaires de Jiangjiazhuang […]. En tirant dans le dos du président de l’association paysanne et en lui lançant une grenade, les traîtres et tyrans de Dongxingwang lui ont bousillé le bras.

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Face aux destructions des tyrans et des propriétaires fonciers, nous appelons les petits tyrans à se confesser et à se laver le visage, les petits propriétaires fonciers à ne pas verser dans la corruption, réclamer régulièrement des choses, se comporter en tyrans, sans qu’ils aient pour autant besoin d’avoir peur. On peut arbitrer et intercéder, appeler les paysans à s’unir derrière le mot d’ordre « Les paysans forment une seule famille sur cette terre ».

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De plus, au cours des luttes, trois sortes de méthodes ont été adoptées :

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1. De haut en bas se gouverner, réprimer les luttes, et de bas en haut, commencer par se rassembler. Sur la base de décrets, le gouvernement a tout d’abord annoncé qu’il garantirait les droits fondamentaux des paysans et des cadres, et interdirait à toute personne de les ligoter et de les frapper. Puis il capturerait les plus mauvais traîtres et tyrans, disperserait les forces armées réactionnaires, supprimerait les cadres qui ont collaboré dans le passé avec le gouvernement fantoche et ne leur reconnaîtrait aucune légitimité. Ainsi, à Guanzhuang, à Laojunzhuang, à Wangcun, dans tous ces villages, on a d’abord procédé aux arrestations. De cette manière, on est devenu les maîtres à la suite des masses et on a également relevé leur moral. Ainsi, à Guanzhuang, lorsqu’on a immédiatement capturé le plus mauvais tyran, des personnes qui n’auraient pas osé d’ordinaire, sont tout de suite venues dire leurs griefs. Mais cela n’est pas encore suffisant. Nous devons inciter les masses à agir de manière à accroître leur efficacité dans la répression. Nous avons par exemple organisé le rassemblement de treize villages pour la lutte, supprimé les forces armées réactionnaires de Nanhuzuang, mené une répression soutenue des factions réactionnaires, apporté un très grand soutien aux paysans de chaque village. Après que les traîtres et tyrans, les propriétaires fonciers de Dongxingwang, ont tiré dans le dos du président de l’association paysanne, Li Huakui, l’association paysanne du district a accepté les exigences des paysans et a proposé de les condamner. Le traître Zhao Xiaowu a été jugé publiquement par plus de cinq milles personnes au cours des grandes réunions de griefs qui se sont tenues dans sept villages et a été exécuté. Ce n’est que depuis que les traîtres ont été réprimés et battus que les paysans ont considéré qu’il y avait des personnes pour gouverner et que leur esprit de lutte s’en est que plus trouvé encouragé.

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2. Combiner une attaque de l’extérieur et de l’intérieur.

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Ainsi, à Nanhuzhuang, à Guanzhuang où les forces réactionnaires sont solides, il est nécessaire de s’allier aux villages extérieurs pour la lutte. Mais il est également nécessaire de faire simultanément et en secret un travail d’organisation interne. Lorsque les treize villages ont lancé des attaques dans Nanhuzhuang, nous avons organisé à l’intérieur les masses de la base et notre travail a en conséquence très vite avancé. Mais au village de Nanyucun, nous avons manqué une belle occasion en n’organisant pas le rassemblement des masses à l’intérieur et en ne recevant de ce fait qu’un soutien de l’extérieur.

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3. Nous devons lier l’organisation des petits traîtres pour la confession à la lutte contre les grands tyrans. Mais au moment où nous rassemblions promptement les masses pour la lutte, de manière générale, les petits traîtres ont tous pris peur et ont vacillé. C’est pourquoi nous ne faisons pas qu’organiser les masses de la base, mais nous nous efforçons de persuader les petits traîtres de se confesser et de se laver le visage, de se décharger de leur mauvaise conscience. Ainsi à Changcun, ce n’est qu’après avoir organisé dans un premier temps les petits traîtres pour qu’ils se confessent, puis des luttes que nous avons développé la mobilisation. Sinon, on aurait provoqué la peur et la fuite de beaucoup de personnes.

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Après les luttes armées contre les traîtres et les tyrans de quarante-huit villages, notre mouvement s’est développé jusque dans cent-vingt-sept villages.

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Les propriétaires fonciers illégaux, les traîtres, les tyrans, ont alors vu que leur simulacre de paix ne marchait pas, que leur opposition armée aux luttes avait également échoué […]. Cela nous apprend qu’il suffit que nous ayons un véritable travail d’organisation des masses pour détruire n’importe quel complot. Lorsque la mobilisation a évolué vers la réduction des loyers et la liquidation des dettes [25][25] Dans le district de Tunliu, la campagne pour la réduction..., les attaques et destructions des propriétaires fonciers illégaux sont devenues plus cruelles et violentes […]. Face à cette situation, notre mot d’ordre présent est d’unir les paysans et de s’opposer aux puissances féodales ; en cas de problèmes avec les paysans moyens [26][26] La révolution communiste chinoise consista notamment..., de les résoudre par la médiation, d’émanciper les petits traîtres après leur confession, de faire en sorte que les petits corrompus ne se transforment pas en tyrans, que les paysans n’aient pas peur. Nous poursuivons toujours les luttes avec cette intensité.

181 - 21 février 1949 - Li Shaoxun, « La découverte de faits gravement impurs dans la cellule de Niujianao »

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Source : Xinhua ribao, 27 février 1949.

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Après que les critiques et autocritiques se sont pleinement développées dans la cellule de Niujianao laquelle faisait partie du deuxième groupe de villages de Tunliu destinés à la rectification du Parti, des faits gravement impurs qui détruisent la réforme agraire ont déjà été découverts. Dans le but de maintenir la pureté du Parti, le comité du troisième arrondissement a soumis un rapport au comité du district pour approbation et a décidé de disperser le comité de direction de la cellule et de retirer la carte du Parti à l’un de ses dissidents de classe, Sun Yexing. Cette cellule du Parti, établie en l’an 31 de la République [1942], a connu cinq restructurations au cours desquelles Sun Yexing, appartenant à la classe des propriétaires fonciers, a été respectivement à deux et trois reprises secrétaire et responsable de l’organisation de la cellule. Avant l’an 31, il a même été le chef d’un petit groupe indépendant pendant trois ans. Cette fois, parmi les 14 membres du Parti ayant participé à la rectification du Parti, on trouve 1 propriétaire foncier, 3 paysans « moyens-riches », 8 nouveaux paysans moyens, 2 paysans pauvres. Outre les 3 cadres de la cellule et le responsable de la sécurité publique, tous de vieux membres du Parti d’avant guerre, les autres sont tous de nouveaux membres du Parti recrutés au cours des campagnes de mobilisation de masse. La rectification du Parti a commencé dans la cellule de Niujianao le 3 janvier. Au moment où les directives de rectification du Parti étaient diffusées et discutées, où l’inspection de la cellule était en cours, les trois membres du comité de direction – Li Zhicheng, Sun Yexing (propriétaire foncier) et Liu Laowu –, n’ont parlé que de leurs réussites et de l’ensemble de leurs exploits, prétendant avoir tué une dizaine de bandits coriaces, avoir sacrifié une dizaine de membres du Parti, avoir été encerclés par l’ennemi et pris une dizaine de fois, vantant à titre personnel « l’histoire de leurs dix années de luttes ». Une fois qu’ils ont fini de se vanter, ils se sont plaints de tout, disant : « De toute façon, les cadres de cette cellule n’ont pas de chance ! Les gens du peuple sont tous comme ça : qu’on leur distribue les fruits [de la réforme agraire] et ils sont contents, mais qu’on leur demande de payer et ils essuient des critiques. Ceci aussi serait-il dû par hasard à la faute des cadres ? Qu’il s’agisse de préparer de l’eau ou de moudre, les masses veulent toutes gagner de l’argent. Maintenant qu’elles ont perdu de l’argent, elles accusent les cadres du village d’être encore plus terribles que les « vieux empereurs » [les Japonais] ! Ceci peut-il donc être considéré comme une critique ? ! Etc. De cette façon, qui oserait donc encore travailler ! » Ils [les cadres de la cellule] peuvent parler de leurs mérites ; ils peuvent également évoquer les difficultés rencontrées dans leur travail ; mais lorsqu’ils évoquent de la sorte ces points, c’est pour déstabiliser la direction dans sa détermination à réformer le Parti et masquer leurs propres fautes, éluder leur responsabilité, intimider les nouveaux membres du Parti qui n’oseront pas leur faire des critiques. Une fois qu’ils ont fini de parler et qu’ils n’ont plus rien à dire, les cadres d’arrondissement ont rappelé que cette cellule avait eu d’un côté des mérites lorsqu’elle accomplissait les différentes tâches du Parti, ainsi que les difficultés rencontrées dans le travail, mais que là ne se trouvait pas la cause décisive du grave éloignement des masses de la cellule. Vous devriez bien faire votre propre examen de conscience. Lorsque le deuxième jour, nous avons commencé le travail d’inspection, le cadre de la cellule du Parti chargé de la propagande, Liu Laowu, a dit : « Je n’ai couvert personne, pas plus que je ne me suis approprié beaucoup [de fruits de la réforme agraire] ; ce n’est qu’après avoir posé une affiche pour une habitation de cinq chambres et discuté sur vingt dan [27][27] Un dan = dix boisseaux = 100 litres de blé que j’ai acheté une maison. Les masses me forçaient alors et moi je refusais ferme. Ce n’est pas moi qui voulais m’enrichir ! À part cette grave affaire, je n’ai rien d’autre à dire. S’il y a quoique que soit, qu’on me le dise. » Le secrétaire de la cellule Li Zhicheng a également dit : « Je suis un vieux grossier qui ne connaît pas un seul caractère et qui ne s’occupe d’aucune formalité ; je ne me suis pas non plus approprié beaucoup de fruits ; notre famille de quatre personnes habite dans une maison de trois chambres et a libéré une vieille truie de Wang Qingyang ; lors de l’égalisation des fruits, pour être un héros, je leur ai même demandé de sortir pour aider les pauvres qui se sont émancipés. Moi-même, je n’avais rien. » Le cadre responsable de l’organisation de la cellule, Sun Yexing, a dit : « Les comptes précédents des fruits ont été gérés par Xu Daoren, puis lorsque j’ai pris la suite, la grande campagne [de mobilisation des masses] était déjà passée ; […] il y avait quelques fruits qui avaient déjà été distribués aux masses suivant trois rangs et neuf échelons ! Je n’avais pas même sous mes yeux ni dans mes mains un document ; les registres de compte étaient encore réunis là pour voir qui était devenu corrompu ?! » Chacune de ces trois personnes avait leurs propres arguments et raisons. Le membre du Parti, Wang Qinchen, saisit la bouche de Zhang Lankui et lui dit : « Lorsque nous réformions le Parti, nous étions comme le dieu du foyer montant au ciel. S’il y avait quoique ce soit, nous le disions. La hiérarchie vient nous éduquer, nous voilà ! Qu’est-ce que vous attendez pour parler ? Vous ne parlez pas et bien je commence : mon attitude à l’égard des masses n’était pas bonne, le peuple me craignait ; à l’extérieur, on m’appelait le roi Yan ; depuis ce printemps, j’ai eu le sentiment que tout cela n’était pas correct et j’ai commencé à changer. J’ai moi-même pris l’initiative de moudre pour des familles de soldats, de leur porter de l’eau, de leur faire du bois, d’élever des murs pour les fosses d’aisance. Après, j’ai eu écho des propos que les masses tenaient à mon égard : « Le vieux roi a changé ». J’étais très content. […]. Comme tu ne parles pas, et bien moi je parlerai ! » Il leur posa des questions sur les protections de Wang Qingyang lorsque ce dernier était la cible des luttes. Wang Jiucheng les questionna également à ce sujet et dit : « Saviez-vous que selon les masses, tout l’argent du propriétaire foncier Wang Qingyang a été transféré dans la province du Hebei ? » Cao Guanxiao dit : « Selon les masses, plus elles luttent contre les autres propriétaires fonciers et paysans riches, plus elles maigrissent, alors que plus elles luttent contre le président de l’association paysanne (désignant Sun Yexing), plus elles grossissent : avant les luttes, elles n’avaient pas de bétail ; après les luttes, des ânes ont été élevés et sont devenus comme des chevaux ! Avant les luttes, elles disaient que chaque année, elles n’avaient pas assez à manger, alors que depuis les luttes, elles mangent bien chaque jour ! » Ce n’est que lorsque devant l’avalanche de questions, le secrétaire de la cellule, Li Zhicheng, vit qu’il ne pouvait se couvrir davantage que forcé de faire son autocritique, il dit : « Wang Qingyang est le fils adoptif d’un propriétaire foncier. Nous croyions qu’il avait aussi souffert, travaillé dur. Il nous a servi de responsable du comité des forces armées et a eu des mérites. Après que nous, les membres du comité de la cellule, étions allés manger chez lui, une dizaine de cadres ont procédé à son classement, disant que son père était un terrible tyran et lui demandant de redonner 23 mu [28][28] 1 mu = 0.0667 ha. de terres, un véhicule cassé, deux truies, cinq chambres de paille pour aider les pauvres à s’émanciper. Ils lui laissèrent plus de 40 mu de bonnes terres, une mule, un petit véhicule, une bonne chambre, la moitié d’un potager, des vêtements, des céréales, et laissèrent tous les meubles intacts. Lors des réunions, nous, les membres du Parti et les milices populaires, l’avons couvert de tous les côtés, regrettant seulement que les masses aient été si terribles avec lui ! La hiérarchie l’a su par la suite et nous a donné une bonne leçon […]. » Xu Zhenghua les [les dirigeants de la cellule] a de nouveau questionnés, disant : « Le propriétaire foncier Wang Qingyang a vendu les céréales, a acheté une mule et a tenté de fuir avec son argent en direction de la province du Hebei. Par la suite, Sun Yexing, Zhang Daogong (le responsable antérieur du comité des forces armées) et Wang Mingde, ces trois personnes, se sont partagé cette mule et ont vendu plus de 47 dan de riz. Les masses ont dit : « La personne qui s’appelle Mingde a réellement été opprimée par les propriétaires fonciers, elle devrait être émancipée ! Les arguments de Zhang Daogong et de Sun Yexing sont totalement faux. La réalité est que Sun Yexing a profité de ses relations de parenté avec Wang Qingyang et l’a habilement couvert lors des comptes ! Ceci est-il en fin de compte vrai ou faux ? » Interrogé, Sun Yexing balbutia et ne put prononcer un seul mot. Puis au moment des discussions sur les raisons de la protection de Sun Yexing, Li Zhicheng dit : « Les masses voulaient alors lutter contre lui, prétextant qu’il ne pourrait même plus manger et exigeant de la cellule qu’elle lui trouve une solution. Je considérais qu’il était « quelqu’un de personnel » et en même temps « un vieux membre du Parti », avec des mérites sur le plan révolutionnaire, et que l’on ne pouvait pas laisser les masses lutter contre lui. C’est pourquoi nous avons réuni le comité de la cellule et nous avons trouvé un stratagème avec Yexing : demander aux membres du Parti qu’ils couvrent ensemble Sun Yexing et fassent de fausses luttes. Nous avons désigné les membres du Parti, Xu Daoren et Zhao Chenglong, pour que sous prétexte d’avoir révélé les 30 kuai d’argent de Sun Yexing, ils se partagent le potager de la précédente lutte ; Zhang Daogong lui donnerait en échange une parcelle de bonne terre, un bon grand véhicule, et demanderait à Ge Fangde de protéger ses 5 mu de terres en prétextant qu’il s’agissait de la rémunération due en échange de l’huile qu’il avait faite pour lui ; Liu Shilai couvrirait également ses 3 mu de bonnes terres et Xu Daoyi, ses trois arbres ; quant à ses meubles, on dirait qu’ils ont tous été comptabilisés par les masses de Zhangdian et emportés ; on dirait que sa maison a été donnée en gage des 28 dan d’impôts en céréales qu’il devait à l’État et qu’elle serait vendue aux enchères en cas de non paiement ; quant au bétail, on le vendrait plus de 20 dan de riz à la réunion du 3 mars avant la lutte, et on dirait qu’au cas où il ne voudrait pas entreposer le riz chez lui, on l’enjoindrait de le restituer et qu’il meure de faim ! On avait même pris des dispositions pour avoir le contrôle de la réunion, en faisant appel à des milices populaires, à des membres du Parti pour qu’ils protègent Yexing, de peur que les masses ne se gênent pas et le battent. De plus, il a été déclaré que le secret absolu devait être gardé sur cette affaire et que celui qui la dévoilerait en assumerait la responsabilité. Ainsi, jusqu’à maintenant, les biens de Yexing ont été couverts et préservés dans leur intégralité. C’est ma faute ! » Puis le membre du Parti, Wang Qinchen, se tourna vers Yexing et lui dit : « Tu as détourné des céréales publiques, pourquoi demanderais-tu encore aux masses de te rembourser ? » Sun Yexing tenta de frapper Wang Qinchen et dit en prétextant : « Vieux Wang, tu dois être responsable lorsque tu parles ! J’ai manifestement conservé les céréales publiques, comment peux-tu dire que c’est de la corruption ?! » Couché sur le kang [29][29] Kang : lit de brique chauffé par en dessous, en usage..., le membre du Parti, Feng Qunying, redressa la tête et dit : « Si ce que tu as fait n’est pas de la corruption, alors qu’est-ce que c’est ?! Pourquoi n’as-tu pas alors donné les céréales publiques à la hiérarchie dès leur réception ? » Après, il y a eu encore des personnes pour dire : « Lors de la rectification des déviations ce printemps, les masses ont dit que tu étais un propriétaire foncier et toi, tu maintenais avec force que tu étais un paysan moyen ; la cellule t’a classé paysan riche et tu n’es toujours pas content ; regardons un peu de quelle classe tu es en définitive. » Tout le monde assaillit Sun Yexing de questions et l’accula à parler de sa situation avant et après l’année 29 [1940] : une famille de cinq personnes, plus de 80 mu de terres, une maison de vingt-six chambres ; il avait loué deux bergers, ainsi qu’un salarié agricole, louait même souvent des ouvriers agricoles ; lui-même n’avait pas travaillé. Après qu’il eut fini de parler, les gens ont dit : « Sun Yexing, toi aussi tu lis souvent les journaux, dis d’abord de quelle classe tu es ». Il ne put poursuivre ses arguties et ne put que dire : « Cela est donc suffisant pour faire de moi un propriétaire foncier ! » Le vieux Wang Qinchen dégorgea, redressa la tête, gémit et dit : « Avant, je ne te considérais que comme un vieux cadre, qui comprenait tout beaucoup mieux que moi ; qui aurait su que tu étais en plus un féodal ! Je t’ai suivi pendant plus de deux ans, toi, propriétaire foncier, aveuglément, à tort et à travers ; maintenant seulement, on peut considérer que j’ai mis ton vieux fonds au clair ! » Xu Minqing les questionna également: « Vous êtes tous de vieux membres du Parti depuis une dizaine d’années ; pourquoi aviez-vous encore besoin de nous diriger pour couvrir les propriétaires fonciers ? » Questionné, Li Zhicheng le dévisagea, déconcerté, s’arrêta un long moment avant de dire : « Je suis une personne qui a des yeux mais pas de larmes ; avant l’inspection, je trouvais encore que j’avais un peu de mérites ; si l’on vous suit, je ne suis plus la tête de la locomotive, mais je me suis transformé en un seau d’excréments, la gloire à l’extérieur et la saleté à l’intérieur ! J’ai couvert les propriétaires fonciers, cherché des solutions à leur place ; tout cela, ce sont mes erreurs ! » À ce moment-là, tout le monde a clairement vu que Sun Yexing était un propriétaire foncier et les critiques ont été plus audacieuses. Cao Guanxiao a dit : « Les 80 ou 90 moutons pour lesquels notre village a lutté ont servi à quoi ? » Wang Qinchen a aussi dit : « En soulevant ce point, tu m’y fais également penser : il y a deux ans, Yexing m’a dit en cachette : « Vieux Wang, il y a encore 18 moutons ! Finissons-en et partageons-nous chacun un mouton ! Je lui ai dit que nous n’osions pas faire cette chose là car si les masses le savaient, nous ne saurions où nous mettre. » À ce moment-là, Yexing a eu peur que l’on dévoile les sabots de cheval et s’est empressé de dire : « J’ai dit une telle phrase insensée mais tu as cru que c’était vrai. » D’autres camarades ont ensuite dit : «Tu dis que tu n’as corrompu personne, mais alors où sont passés ces 18 moutons ? Il reste encore quelques pauvres qui n’ont pas encore pu se partager les fruits ; bien que tu sois un propriétaire foncier, tu t’es attribué 4 brebis de la famille de Yang Shusheng, as obtenu les 3 mu et demi de terres de Xu Datian, acheté 14 mu de verger ; dis, ce que tu t’es donné devait-il l’être ou pas ? » Devant les pressions de tout le monde, Sun Yexing ne put continuer à nier le fait qu’il avait corrompu à vingt-sept reprises, et rassemblé au total plus de 30 dan de riz. Après, nous avons fait une nouvelle inspection et nous avons vu que les tâches n’étaient pas équitables, les cadres et les membres du Parti les fuyant, entraînant comme problème l’opposition des masses. Après une dizaine de jours d’inspections répétées et de jugements critiques, les principales erreurs dans la direction de la cellule ont ainsi été dévoilées :

31

1. Le comité de la cellule a collectivement couvert quatre foyers de propriétaires fonciers et de paysans riches ; jusqu’à aujourd’hui, la fortune de Sun Yexing est toujours restée intacte. Le propriétaire foncier Wang Qingyang savait parfaitement qu’il avait des biens meubles, mais il les a laissés intacts ; de plus, lors de son retour dans la province du Hebei l’année dernière, avec le soutien du comité de la cellule, il a ouvertement demandé aux masses une contribution de plus de 6 dan de céréales. Le comité de la cellule a ouvertement loué le propriétaire foncier Yang Shusheng pour avoir été un « notable éclairé », prétendant qu’en donnant des céréales et des parcelles de terres, il avait aidé les pauvres à s’émanciper, mais le laissant en réalité vendre moutons et céréales, et s’enfuir avec l’argent dans une charrue de mulets. La vie actuelle du propriétaire foncier Yang Zhenqing est encore meilleure que celle des masses ordinaires. La première fois, il avait trouvé le moyen de faire semblant de donner, la deuxième, de laisser la moitié de chaque bien, distribuant les bons aux propriétaires fonciers et les mauvais aux masses, laissant intacts les biens meubles. Lors des luttes, propriétaires fonciers et paysans ne se rencontrent pas.

32

2. Les membres du Parti se sont illégalement approprié des fruits (y compris en les achetant à bas prix, en les volant, en retirant les poutres pour les remplacer par des piliers, en acceptant des pots de vin, en inventant, « en appuyant », en comptant plus qu’il ne faut), soit au total cent dan de riz, vingt-sept mu de terres.

33

3. Corrompre, dépasser [d’une valeur équivalente à] plus de 34 dan de riz le quota de répartition des céréales, des impôts et [de la fabrication] des chaussures pour l’armée.

34

4. Découvrir au cours d’une inspection les fruits qui ont été accumulés et conservés (avec l’intention en réalité de corrompre), soit plus de trente dan de gros grains [30][30] Le maïs, le sorgho. et de petits grains [31][31] Le riz, le blé., six chambres au rez-de-chaussée et seize chambres à l’étage, quatre fours.

35

5. Ne pas partir des demandes des masses, mais calculer en fonction du propriétaire foncier Wang Qingyang, en lui cherchant une voie de sortie et un moyen de s’enrichir, en forçant à trois reprises les masses à réparer son moulin à eau, en faisant détruire trois chambres, […] en faisant abattre vingt arbres, en donnant une indemnité de plus de quarante dan de blé issus des vieilles coopératives sans que les réparations n’aboutissent pour autant.

36

6. L’an 32 de la République [1943], l’environnement était relativement rude, provoquant un vacillement politique du comité de la cellule, l’adhésion collective de la direction et des membres du Parti à la secte Yiguandao. Ceci est une grave erreur politique.

37

7. Parmi les membres de la cellule, huit sont coupables d’appropriations illégales, un de corruption permanente et de viol, cinq de violences exercées sur des personnes et de protections directes en faveur de propriétaires fonciers ; l’un d’entre eux est également un dissident de classe ; il y a également quelques graves problèmes parmi les membres du Parti, par exemple : Cao Guanxiao est un nouveau membre du Parti ; il a participé à la secte Qingzhaidao [32][32] « Secte végétarienne » adoptant un régime végétari..., n’ose pas critiquer au cours des luttes de peur d’abîmer la « source immortelle » et n’ose pas participer à une réunion de nuit de peur de rentrer chez lui avec le démon. De telles situations n’ont pas été déclarées au moment de leur entrée au Parti. Sun Jintang est très arriéré : il ne tient pas réunion, ne travaille pas, ne dit pas un mot lors des rectifications du Parti, ne veut plus être membre du Parti. Xu Zhuanxue est entré au Parti l’année 29 [1940], a eu peur de mourir l’année 32 [1943], ne fait plus aucune activité. L’année 35 [1946], il est ressorti pour être un représentant [des masses] dans les calculs des comptes ; à l’automne de l’année 36 [1947], la cellule du Parti a rétabli ses relations avec lui sans passer par l’approbation officielle du sous-comité [d’arrondissement].

38

Selon les résultats de l’inspection, le sous-comité du Parti considère que le comité de la cellule a pendant longtemps manœuvré pour les propriétaires fonciers, a commis beaucoup d’actions nuisibles aux intérêts du peuple, ainsi que de graves erreurs aussi bien sur le plan politique que sur celui de l’organisation. Il a été décidé comme sanction de dissoudre [le comité de la cellule] et de supprimer la carte du Parti de Sun Yexing, de faire de nouvelles élections et de former un nouveau comité de cellule pour diriger le travail de réforme agraire et de rectification du Parti.


Bibliographie

  • Cette bibliographie n’est pas exhaustive, elle ne vise qu’à donner aux lecteurs des références utiles en langues occidentales sur les nouvelles problématiques de la révolution communiste chinoise.

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  • Benton, Gregor, Mountain Fires : the Red Army’s Three-Year War in South China, 1934-1938, Berkeley, University of California Press, 1992 ;
  • —, The New Fourth Army-Communist Resistance along the Yangtze and the Huai, 1938-1941, Berkeley, University of California Press, 1999.
  • Bianco, Lucien, Jacqueries et Révolution dans la Chine du xxe siècle, Paris, Éditions de la Martinière, 2005.
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  • Feng, Chongyi, et Goodman, David, North China at War : The Social Ecology of Revolution, 1937-1945, Rowman & Littlefield publishers, 2000.
  • Goodman, David, Social and Political Change in Revolutionary China, Rowman & Littlefield Publishers, 2000.
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  • Li, Shaoxun, « Niujianao zhibu faxian yanzhong bu chun » (La découverte de faits gravement impurs dans la cellule de Niujianao), Xinhua ribao, 27 février 1949.
  • Li, Zhimin, « Wei Shanxi sheng di yi jianyu jiankuang he zhengzhifande douzheng » (La situation dans la prison n°1 et les luttes des prisonniers politiques dans la province du Shanxi pendant la période de la collaboration), Shanxi wenshi ziliao, vol. 14, 1980, p. 34-48.
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  • Weigelin-Schwiedrzick, Susanne, « Party Historiography » in Unger, Jonathan (dir.), Using the Past to Serve the Present, Historiography and Politics in Contemporary China, New-York, M.E.Sharpe, 1993, p. 151-173.
  • Ye, Wa, et Esherick, Joseph, Chinese Archives, An Introductory Guide, Berkeley, University of California Press, 1996.

Notes

[*]

Docteur en histoire, 96bis avenue Charles Gide, 94 270 Le Kremlin-Bicêtre. Courriel : <nminhhoang@ yahoo. com>.

[**]

Article rédigé avec le soutien de la Japan Society for the Promotion of Science et l’Université de Waseda.

[1]

Chen, 1986.

[2]

Johnson, 1962.

[3]

Voir, par exemple, Feng, 2000.

[4]

Voir par exemple l’introduction du livre de Goodman, 2000.

[5]

Ibid.

[6]

Bo Yibo, 1996. Né en 1908 et originaire de la province du Shanxi, Bo Yibo a d’abord participé à l’organisation souterraine du Parti, notamment en 1931 de la prison de Pékin où il a été emprisonné. Puis il a été l’un des leaders de la résistance pendant la guerre sino-japonaise, s’attachant à créer l’unité nationale dans la province du Shanxi, en collaboration avec le seigneur de la guerre Yan Xishan. De 1940 à 1945, il fut l’un des principaux dirigeants de la base de résistance de Taiyue, en Chine du Nord : Zhongguo renwu nianjian, Zhonghua mingren xiehui zhuban, Beijing, Huayi chubanshe, 1994, p. 437.

[7]

Benton, 1999 ; Rottman, 2004, p. 90-115.

[8]

Né en 1902, Peng Zhen est comme Bo Yibo originaire de la province du Shanxi et issu d’une famille de paysans pauvres : Who’s Who in the People’s Republic of China, Wolfgang Bartke (dir.), M. E. Sharpe, 1981, p. 287.

[9]

Peng, 1999, p. 10-11.

[10]

Voir par exemple Li, 1980, p. 34-48.

[11]

Ye et Esherick, 1996.

[12]

Le journal se composait des éditions de Taihang et de Taiyue correspondant à deux principales bases de Chine du Nord.

[13]

Ainsi dans la série des Tunliu wenshi ziliao.

[14]

Tunliu xiannonghui (Association paysanne du district de Tunliu), « Tunliu nongmin yi nian lai yu dizhu fandongpai shi ruhe jinxing douzhengde » (Comment depuis un an les paysans de Tunliu mènent la lutte contre les factions réactionnaires de propriétaires fonciers), 3 mai 1947, Centre d’Archives, Tunliu.

[15]

Huo, 1946.

[16]

Cf. note 14.

[17]

Bianco, 2005, p. 431-432.

[18]

Ibid., p. 432. L’auteur observe qu’« en règle générale, les émeutiers, qu’on peut rarement appeler des rebelles ou des révoltés, visent au plus à redresser un tort, à mettre fin à un abus local, à combattre un empiètement sur leurs privilèges ancestraux […] ».

[19]

Li, 1949.

[20]

La Révolution culturelle (1965-1976) correspond aux derniers soubresauts du clan maoïste pour conserver le pouvoir et a entraîné des millions de Chinois dans une période de folie meurtrière et de règlements de compte. Les intellectuels et les élites locales en furent les principales cibles et victimes.

[21]

Taiyuan : Capitale de la province du Shanxi.

[22]

Kang Sheng : L’un des membres de la clique maoïste et l’un des principaux leaders de la Révolution culturelle, chargé du renseignement et de la sécurité.

[23]

De la fin janvier 1946, qui marque le début de la réforme agraire dans le district, à la fin août 1946, au moment où commence la deuxième étape de la réforme agraire appelant à la réduction des loyers de la terre et des taux d’intérêt : Tunliu xianzhi, p. 565.

[24]

L’arrondissement (qu) est la subdivision administrative située entre le district et le canton. Pendant la réforme agraire, l’arrondissement constituait stratégiquement la principale cible du comité du district pour établir le contrôle du Parti à la base jusqu’au niveau du village.

[25]

Dans le district de Tunliu, la campagne pour la réduction des loyers a commencé au printemps 1946. Cf Tunliu xianzhi, p. 565.

[26]

La révolution communiste chinoise consista notamment à classifier la société rurale en de nouvelles catégories et sous-catégories telles que paysans moyens, propriétaires fonciers, paysans riches, paysans pauvres, ouvriers agricoles.

[27]

Un dan = dix boisseaux = 100 litres

[28]

1 mu = 0.0667 ha.

[29]

Kang : lit de brique chauffé par en dessous, en usage en Chine du Nord.

[30]

Le maïs, le sorgho.

[31]

Le riz, le blé.

[32]

« Secte végétarienne » adoptant un régime végétarien.

Résumé

Français

L’historiographie chinoise connaît depuis les années 1980 un développement important qui a permis aux chercheurs étrangers de renouveler l’approche conventionnelle de la révolution communiste en Chine. Une nouvelle mémoire officielle de la révolution s’est constituée sous l’égide de Deng Xiaoping. Des acteurs sociaux autres que les paysans, en particulier les intellectuels ainsi que d’anciens dirigeants des bases communistes, dont le rôle avait été occulté pendant la période maoïste et violemment dénié sous la Révolution culturelle, ont tous été réhabilités. Cet article dévoile le contenu des documents sur cette nouvelle mémoire officielle et les limites que celle-ci impose à la nouvelle historiographie par la révélation des aspects jusque-là ignorés de la révolution communiste.

Mots-clés

  • archives
  • Chine
  • communisme
  • historiographie
  • maoïsme
  • mémoire
  • révolution

English

Since the 1980s, Chinese historiography has undergone an important process of development which has enabled foreign researchers to renew the traditional approaches to the Chinese Communist revolution. A serial study of this new historiography shows that a new official memory of the revolution was built up under the patronage of Deng Xiaoping. This new memory has rehabilitated non-peasant social groups of historical actors, particularly intellectuals as well as former leaders of the Communist bases, whose role had been largely glossed over under Maoist rule, and violently attacked during the Cultural Revolution. The paper reveals the contents of several documents generated by this official memory and points out the limits the latter sets on the new historiography by bringing to light hitherto unknown aspects of the Communist revolution.

Keywords

  • archives
  • China
  • communism
  • historiography
  • Maoism
  • memories
  • revolution

Plan de l'article

  1. Les avancées de l’historiographie chinoise sur la Révolution
  2. Les sources chinoises

Pour citer cet article

Ngo Thi Minh-Hoang, « La Révolution communiste chinoise dans les campagnes. Mémoire et histoire», Histoire & Sociétés Rurales 1/2007 (Vol. 27) , p. 155-178
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2007-1-page-155.htm.


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