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Histoire & Sociétés Rurales

2007/1 (Vol. 27)


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Élisabeth Carpentier, Georges Pion, Yves Chauvin, (dir.), Rigord, Histoire de Philippe Auguste, Paris, cnrs Éditions, « Sources d’histoire médiévales, 33 », 2006, 504 p.

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La chronique de Rigord, véritable « monument public » de la monarchie française comme l’écrivent ses éditeurs, figure parmi les textes les plus célèbres du xiiie siècle. Pourtant, sa dernière édition, par Henri-François Delaborde, datait de 1882, et la seule traduction était jusqu’à présent celle de Guizot, publiée en 1825. Autant dire que cette nouvelle édition critique, accompagnée d’une solide traduction française, était très attendue. Ce travail rigoureux, qui repose essentiellement sur deux copies du xiiie siècle, conservée l’une à la bnf, l’autre à la bibliothèque du Vatican, ainsi que sur quelques copies modernes, résulte d’un atelier collectif, qui pendant plusieurs années a rassemblé au céscm de Poitiers une dizaine de chercheurs sous la houlette d’Élisabeth Carpentier, de Georges Pion et d’Yves Chauvin.

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Né en Bas-Languedoc vers 1145-50, « médecin de profession » puis médecin du roi, Rigord devint moine à Saint-Denis en 1189 au plus tard. C’est là qu’il écrivit son Histoire de Philippe Auguste. La première partie, qui s’arrête en 1190 avec le départ du roi pour la croisade, fut rédigée entre 1186 et 1191 et probablement offerte au souverain à son retour de terre sainte, à la fin de l’année 1191 ou au début de 1192. Quelques années plus tard, Rigord entreprend la rédaction de la seconde partie qui est achevée à la fin de l’année 1206 pour l’offrir au prince Louis à l’occasion des événements qui devaient entourer son 20e anniversaire. L’ouvrage fut ensuite poursuivi par un auteur anonyme avant d’être continué par Guillaume le Breton, à partir de 1209, la date du décès de Rigord pouvant, quant à elle, être située entre 1207 et 1209.

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Le texte comprend peu de choses sur le monde rural, en dehors de quelques allusions à la forêt et à la chasse dans la première partie de l’œuvre. L’épisode au cours duquel Rigord rapporte que Philippe Auguste, encore jeune s’était égaré en chassant le sanglier en forêt de Compiègne est célèbre, tout comme la description du paysan « affreux à voir, noir de charbon, hideux de visage et tenant une grande hache sur ses épaules » (p. 125), mais la présence d’ermites dans le bois de Vincennes l’est un peu moins (p. 147). C’est ce dernier que Philippe Auguste fit entourer d’un mur (p. 161) afin de le transformer en parc à gibier. Rigord rapporte qu’Henri II, roi d’Angleterre, fit pour l’occasion capturer des bêtes sauvages « dans toute la Normandie et l’Aquitaine ». Faons, daims et capras silvestres, que les éditeurs traduisent par « chèvres sauvages » mais qu’il faut évidemment corriger par « chevreuils », furent alors envoyés par bateau pour peupler ce parc royal.

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Dans la seconde partie, Rigord signale des éclipses de lune en 1186, 1187 et 1188 (p. 213 et 223 et 263) ainsi qu’une éclipse partielle de soleil survenue le 28 février 1207 (p. 395). Ses indications sur des accidents météorologiques peuvent être précieuses aux historiens environnementalistes. Il indique ainsi que de fortes pluies, tombées en juin, juillet et août 1191, firent germer les blés sur pied (p. 295). En 1194, des tempêtes et des chutes de grêle « détruisirent vignes et moisson ; il s’ensuivit l’année d’après une forte famine » (p. 331). L’année d’après, « en raison des perturbations exceptionnelles de l’année précédente, puis de la profusion des pluies de l’année suivante il advint une si grande cherté qu’à Paris le setier de froment se vendait seize sous, l’orge dix sous, le méteil treize ou quatorze sous et le setier de sel quarante sous » (p. 335). En mars 1196, une forte crue de la Seine détruisit des villages et brisa les ponts de Paris (p. 339) tandis qu’en juillet 1198 une autre tempête « détruisit complètement les blés, les vignes et les bois, depuis le Tremblay jusqu’au monastère de Chelles ». Rigord ajoute que « les trois années précédentes, des récoltes insuffisantes avaient privé les hommes de leur nourriture par suite de chutes excessives de pluie, ce qui entraîna en France un temps de cherté » (p. 353). Enfin, en décembre 1206, une nouvelle crue « brisa trois arches du Petit-Pont » à Paris (p. 399).

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Cette publication importante concernera donc davantage ceux qui s’intéressent à l’histoire politique et militaire, mais elle complète très utilement le recueil des actes de Philippe Auguste, dont le sixième volume est paru l’an dernier (Recueil des actes de Philippe Auguste, roi de France, t. vi, Lettres mises sous le nom de Philippe Auguste dans les recueils de formulaires d’école ou pouvant être considérées, bien qu’anonymes, comme lui ayant été attribuées, publié sous la direction de Jean Favier par Michel Nortier, 216 p., 2005, 45 €).

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Christophe Maneuvrier

Michel Nortier (dir.), Répertoire périodique de documentation normande, n°15, Cahiers Léopold Delisle, t. liii, 200, fasc. 1-2, Paris, Société parisienne d’Histoire et d’Archéologie Normande, 2007, 95 p., 12 €

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Ce quinzième volume, qui paraît 17 ans après le n° 14, est d’abord celui d’une renaissance. Fidèle à la tradition des Cahiers Léopold Delisle, il comprend des catalogues et des inventaires de sources normandes. Nicholas Vincent y retrace ainsi l’histoire d’une collection de documents normands aujourd’hui conservés à la British Library, soustraits au début du xixe siècle des archives départementales. Il en publie une petite série de chartes des xiie et xiiie siècles particulièrement précieuses puisqu’elles proviennent des Archives départementales de la Manche, totalement sinistrées en 1944. François de Beaurepaire nous offre un inventaire des notes de Charles de Beaurepaire conservées aux Archives de la Seine-Maritime (sous-série 6 F). Quant à Michel Nortier, il y poursuit inlassablement son inventaire des rôles de fouage commencé il y a près de 40 ans et publié par extraits de 1970 à 1990. Il s’agit d’un travail considérable qui recense, au total, 1061 rôles pour la période 1368-1533 et 1526 rôles pour les années 1536-1584. L’article publié ici se présente comme un complément et inventorie un peu plus de 80 comptes, ainsi que quelques documents divers qui, parfois dès le début du xiiie siècle, mentionnent le produit final du fouage ou le nombre de feux d’une circonscription.

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Ces rôles de fouage – ou de monnéage – apportent sur la société normande de la fin du Moyen Âge des informations considérables, non seulement sur ceux qui devaient payer cet impôt, mais aussi sur ceux qui en étaient exemptés, comme les nobles, les agents seigneuriaux (meuniers, fourniers) et les religieux. L’inventaire des familles nobles de la vicomté de Bayeux au xve siècle, publié dans ce même cahier par Denise Angers, en offre un bon aperçu. L’étude de Guy Bois (Crise du féodalisme, 1980) réalisée avant l’avènement de l’informatique a également montré l’intérêt de ces rôles en matière de démographie. Enfin, il va de soi que les historiens de la fiscalité médiévale ne peuvent plus désormais faire l’impasse sur ce fonds gigantesque.

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Christophe Maneuvrier

Titres recensés

  1. Élisabeth Carpentier, Georges Pion, Yves Chauvin, (dir.), Rigord, Histoire de Philippe Auguste, Paris, cnrs Éditions, « Sources d’histoire médiévales, 33 », 2006, 504 p.
  2. Michel Nortier (dir.), Répertoire périodique de documentation normande, n°15, Cahiers Léopold Delisle, t. liii, 200, fasc. 1-2, Paris, Société parisienne d’Histoire et d’Archéologie Normande, 2007, 95 p., 12 €

Pour citer cet article

« Instruments de Travail », Histoire & Sociétés Rurales 1/2007 (Vol. 27) , p. 258-260
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2007-1-page-258.htm.


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