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Histoire & Sociétés Rurales

2007/1 (Vol. 27)


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Dans la lignée de l’ouvrage d’Albert Grenier, la recherche ancienne a longtemps été orientée vers les habitats les plus « repérables » [1][1] Grenier, 1934.. Dans les années 1950, une recherche orientée surtout sur la problématique de l’hellénisation n’a pas plus encouragé la prise en compte du monde rural indigène [2][2] Benoît, 1965.. L’existence d’un habitat rural dispersé dans la protohistoire méridionale demeure donc une donnée archéologique récente qui n’est vraiment attestée que depuis une vingtaine d’années. La perception du peuplement centrée sur l’habitat groupé et articulée autour du seul noyau de l’agglomération, héritage de la thèse de Jean Jannoray et définie par ce que l’on appelle la « Civilisation des Oppida », a ainsi peu à peu évolué [3][3] Jannoray, 1955, p. 272..

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Désormais, elle prend en compte l’ensemble des modes d’occupation des campagnes : habitat aggloméré de hauteur, village de plaine, ferme isolée, parcellaires et champs, chemins et sentiers, nécropole collective ou familiale, tombe isolée, etc. Suscitée en partie par la multiplication des découvertes d’habitats isolés en Gaule septentrionale, la question de l’habitat dispersé dans le Midi a également bénéficié au cours de ces dernières années des recherches issues de fouilles préventives et de prospections systématiques (figure 1) [4][4] Par Midi de la France, nous entendons une zone géographique....

Figure 1 - Localisation des principales régions et des sites mentionnésFigure 1
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L’enrichissement croissant de l’information a permis l’émergence de nouvelles approches et le renouvellement en profondeur de certaines problématiques, rendant complexe l’image des sociétés protohistoriques dont les articulations apparaissent bien plus diversifiées qu’on ne pouvait l’estimer il y a seulement deux décennies. Les modes d’habitat constituent des pistes de recherche parmi les plus révélatrices des systèmes sociaux, économiques et culturels d’un groupe humain. De fait, la place de l’habitat dispersé apparaît aujourd’hui comme une question décisive. Sujette à controverses, elle est pourtant trop souvent abordée selon des approches radicalement opposées. Le débat autour de la place respective de l’oppidum et de l’habitat dispersé est, par exemple, loin d’être réglé quand on constate la divergence des propositions. D’un habitat dispersé considéré comme « un faux problème » à un habitat dispersé perçu comme le lieu de résidence de l’aristocratie indigène, nous essaierons de proposer une synthèse des questions liées à ce type d’installation, tout en ne manquant pas d’envisager d’autres fonctionnements territoriaux moins tranchés [5][5] Garcia, 2004, p. 66 ; Arcelin, 2001.. Malgré une documentation à manier avec prudence, le discours sera cependant mieux armé pour ce qui est de la fin du premier Âge du Fer (vie-ve siècles avant J.-C.), période durant laquelle seront particulièrement abordés les liens entre l’oppidum et l’habitat dispersé. Enfin, ce dernier sera mis en perspective avec l’aménagement de l’espace rural sur l’ensemble de l’Âge du Fer.

L’habitat dispersé : un flou terminologique difficilement surmontable

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La terminologie doit en premier lieu faire face à l’ambivalence du concept d’habitat. L’usage de ce terme renvoie au lieu d’habitation, à son architecture, à ses structures et à ses aménagements domestiques. Mais, à la manière du géographe, il est couramment répandu d’étendre l’emploi de ce vocable au tissu d’implantation des établissements tel qu’il peut exprimer un système de peuplement. Confrontée à cette dualité sémantique, somme toute peu gênante dès lors qu’elle est mesurée, l’analyse des termes devient plus confuse lorsque l’on considère les notions de dispersion et de groupement. Que signifient véritablement les qualificatifs « dispersé » et « groupé » lorsqu’ils sont apposés au terme « habitat » ? On a souvent tendance à mettre en avant la topographie pour répondre de façon hâtive à cette question. Ainsi, les sites de plaine sont fréquemment associés à un phénomène de dispersion, tandis que les établissements perchés traduiraient davantage un regroupement des populations. Or, ce qui distingue les catégories d’habitats n’est pas leur situation topographique, mais plutôt « le fait qu’ils rassemblent ou pas une population au sein d’un même espace. On aurait ainsi […] des établissements ruraux perchés ou pas, et des habitats groupés, perchés ou pas » [6][6] Chazelles et al., 2001, p. 134.. Certains établissements de plaine pouvent revêtir une certaine importance. De même, tout ce qui est perché est loin d’être groupé ; l’existence d’établissements de hauteur d’une faible étendue pourrait en ce sens inciter à la prudence.

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Dès lors qu’il rassemble plus d’une habitation, il serait par ailleurs justifié de considérer un établissement comme groupé, car au sens strict du terme, l’habitat dispersé implique une modalité d’installation caractérisée par une implantation lâche, isolée, voire individuelle. Certains auront tendance à définir un habitat comme dispersé dès lors qu’il montre une situation spatiale individualisée, quelle que soit la distance qui le sépare d’autres installations humaines. À l’opposé, une autre vision considérera comme groupé tout ensemble où les installations humaines, même dispersées, semblent relativement proches et, partant, relever d’une même communauté. On observe à cet égard un certain flou terminologique pour distinguer le hameau du village, aucun critère (nombre des habitations, taille des bâtiments, distance entre les installations) n’étant réellement discriminant. Le hameau est tantôt associé à un habitat groupé, tantôt à un habitat dispersé qui se rapproche d’un rassemblement d’installations indépendantes ou d’une succession de structures non contemporaines manifestant un déplacement des habitations au fil du temps.

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La nature d’un habitat, c’est-à-dire le fait qu’il soit groupé ou dispersé, dépend en fait en grande partie de l’échelle d’observation. Autrement dit, « l’interprétation du caractère régulier, aléatoire ou groupé pourra […] être parfaitement contradictoire selon l’échelle en question » [7][7] Brun, 2006, p. 10.. Considérons par exemple le cas bien connu de La Vaunage, dans le Gard, qui voit l’installation de plusieurs oppida durant le premier Âge du Fer : devant une carte d’échelle régionale, pourrait-on raisonnablement reprocher à quelqu’un de dire que ces habitats groupés sont dispersés sur le territoire ? À une autre échelle, celle du site, on peut se demander de façon inverse si le plan de l’agglomération de Carsac (Carcassonne, Aude), en renvoyant semble-t-il à une implantation des habitations selon un ordre très lâche, n’est pas synonyme d’un mode de dispersion des unités domestiques dans l’enceinte de l’habitat groupé.

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Il apparaît finalement que les termes d’habitat groupé et d’habitat dispersé ne sont pas clairement distingués (mais peuvent-ils l’être vraiment ?) ; leur emploi revêt souvent une définition implicite, de sorte qu’il est parfois délicat pour le lecteur de déterminer le mode d’implantation et la nature exacte de l’installation décrite. Bien sûr, le vocabulaire constitue un préalable décisif sur lequel doit se fonder une appréciation des données archéologiques lavée de toute distorsion lexicale. Mais il faut aussi reconnaître que la volonté d’établir à tout prix une distinction radicale entre ce qui est groupé et ce qui est dispersé est loin d’apparaître comme une démarche idoine dans la mesure où le carcan terminologique deviendrait alors susceptible d’éluder l’existence d’états intermédiaires. Une typologie de l’habitat ne serait en fait envisageable que si l’on disposait d’une appréhension complète de la nature des sites.

Les âges obscurs de l’habitat dispersé

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Face à l’indigence des données, deux périodes sont caractéristiques des difficultés inhérentes à l’étude des campagnes. Au viie siècle avant J.-C. et aux ive-iie siècles avant J.-C., l’habitat dispersé est en effet peu représenté dans les analyses spatiales. De fait, ces zones d’ombre occultent considérablement la perception diachronique de l’organisation des sociétés protohistoriques sur le territoire.

Le viie siècle avant J.-C. : l’entrée dans l’Âge du Fer

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Au viie siècle avant J.-C., la recherche se heurte à l’absence d’une réelle mise en évidence de l’habitat. Néanmoins, comme le proposent certains prospecteurs confrontés à la faiblesse quantitative des traceurs chronologiques de cette période, il serait intéressant de se pencher de plus près sur des sites révélés en prospection et classés prématurément en « préhistoire récente indéterminée ». En effet, si le décor au double trait et les premières importations méditerranéennes distinguent respectivement le Bronze final iiib et l’ensemble du vie siècle avant J.-C., le début de l’Âge du Fer, en l’occurrence le viiie siècle avant J.-C., n’offre pas un traceur chronologique véritablement discriminant [8][8] Durant le Bronze final iiib, soit entre le ixe siècle.... Peut-on par ailleurs proposer de dater les sites sans importations avant le dernier quart du viie siècle avant J.-C., moment où les premiers contacts exogènes se font sentir ? À l’évidence non, car on sait bien que la plupart des habitats de l’arrière-pays ne seront touchés significativement par le phénomène commercial que plus tardivement, dans le courant du vie siècle avant J.-C. L’absence de mobilier importé sur un établissement ne peut donc pas être tenue comme un élément suffisant pour établir une datation antérieure au dernier quart du vie siècle avant J.-C. Malgré ces difficultés liées à une documentation lacunaire, tentons tout de même une approche des modes de peuplement à travers les données en notre possession.

• De petites communautés dispersées sur le territoire

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Au début de l’Âge du Fer, la fréquentation des grottes devient anecdotique, leur usage de relais pour les pratiques pastorales ou de lieu de culte devant apparemment être relié à un habitat de plein air proche. En Provence et en Languedoc oriental, il semble que le territoire soit occupé par des « communautés humaines de taille sans doute assez réduite, peu différentes les unes des autres quant à la richesse et aux pratiques funéraires » [9][9] Dedet, 2000, p. 151.. Quelques habitats de hauteur s’accompagnent de sites de plaine, alors que plus près du littoral héraultais, un chapelet de villages s’implante au contact des étangs, de Mauguio à Aigues-Mortes [10][10] Dedet et Goury, 1988 ; Py, 1985.. L’occupation du sol est relativement diversifiée – hauteur, flanc de coteau, piémont, plaine, zone littorale – et la localisation des habitats indique la variété des terroirs exploités. Des installations isolées coexistent avec de petits hameaux et villages de taille réduite dont la plupart s’apparentent à une agrégation de quelques habitations en terre et bois matérialisées par des structures non défendues. Au viie siècle avant J.-C., la réunion de quelques unités d’habitation reste loin de refléter un rassemblement se distinguant nettement dans le système de peuplement et elle n’est en rien comparable au caractère groupé des futurs oppida du vie siècle.

• Le Languedoc occidental et ses nécropoles

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En Languedoc occidental, la situation n’est pas fondamentalement différente. Malgré un habitat mal documenté, on note, comme dans les autres régions méridionales, l’installation de quelques habitats assimilés à de petites fermes ou à des installations rurales de taille réduite. Le Languedoc occidental présente pourtant certaines particularités dans la mesure où, par chance, la recherche bénéficie d’une connaissance plus précise des nécropoles [11][11] Janin, 2002.. L’existence de grands cimetières exprime, semble-t-il, une sédentarisation aboutie de la population et une hiérarchisation accrue de la société traduite par des différences dans le nombre d’objets et dans l’aménagement des tombes. Le territoire est également marqué par la présence de grands habitats groupés comme Carsac à Carcassonne, Le Traversan à Mailhac ou Le Cros à Caunes-Minervois (Aude). Ces centres polarisent sans doute une partie de la population mais la majorité des groupes humains reste dispersée [12][12] En Minervois et en Narbonnais, un certain nombre de.... En effet, il est clair que le phénomène de regroupement n’a pas touché en même temps l’ensemble du Languedoc occidental. La prise en compte des nécropoles réduites pourrait par exemple renvoyer à l’existence de groupes humains plus petits obéissant à un mode de peuplement encore fondé sur la dispersion. À La Cartoule (Servian, Hérault), le regroupement de quatre tombes, parmi lesquelles on note la présence d’une importation exceptionnelle, reflète sans doute la dissémination de petites communautés, voire dans ce cas précis de familles relativement aisées.

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Ce mode de peuplement caractérisé par la coexistence de groupes humains dispersés, semble par ailleurs confirmé par la répartition spatiale des nécropoles. En effet, les cimetières sont espacés sur le territoire de façon relativement régulière et chacun paraît renvoyer logiquement à une seule communauté. À Abeilhan (Hérault), de nombreux silos correspondant à des structures d’habitat ont été mis au jour selon une configuration lâche autour de la nécropole contemporaine de La Fenouille. D’autres nécropoles, à l’image de celle de Bonne-Terre à Tourbes et des Pradines à Causse et Veyran (Hérault), bien que ne renvoyant à aucun habitat connu, pourraient aussi réunir les différents groupes familiaux d’une même communauté implantés selon un modèle de fermes dispersées et exploitant de petits finages. Ce schéma a déjà été proposé en pays albigeois où quatre habitats coexistent autour d’une nécropole du Bronze final iiib [13][13] Carozza, 2000.. Dans certains cas, le monde des morts aurait donc pu jouer un rôle unificateur en rassemblant les défunts d’une communauté issus de plusieurs habitats dispersés. Le rassemblement des morts d’une communauté au sein d’une même nécropole centrale pourrait ainsi être envisagé comme une étape dans un processus aboutissant à une concentration achevée de la population locale, telle qu’on la pressent très tôt en certains endroits, notamment à Mailhac.

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À Mailhac en effet, la nécropole renvoie depuis le Bronze final iiib à un habitat groupé installé sur la colline voisine et/ou dans la plaine, ce qui montre un rassemblement de la population plus marqué qu’ailleurs. À l’image de Mailhac, des groupes ont connu un regroupement précoce certainement suivi de l’émergence de centres de populations majeurs dont les nécropoles ont peut-être vu leur niveau d’intégration territorial dépasser le cadre strictement local. L’importance d’ensembles funéraires tels que Le Grand-Bassin i de Mailhac ou Le Peyrou à Agde (Hérault) a pu alors attirer, à côté de la population locale, des communautés plus éloignées. On rejoint ici le modèle des nécropoles intercommunautaires qui a été proposé récemment [14][14] Garcia, 2004, p. 48.. Dans ce cas, pourquoi ne pas envisager un système dans lequel les morts de certains établissements ruraux seraient aussi bien rattachés à une nécropole communautaire focalisant un réseau de fermes dispersées qu’à une nécropole intercommunautaire installée près de l’agglomération la plus proche (figure 2) ?

Figure 2 - Présentation des différents types de rapports entre l’habitat et la nécropole au début de l’Âge du Fer en Languedoc occidentalFigure 2
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Quoiqu’il en soit, l’organisation et la continuité de nombreuses nécropoles, ainsi que l’homogénéité de leur répartition, plaident en faveur d’un attachement des populations à un espace approprié. Beaucoup d’éléments vont dans le sens d’une stabilisation territoriale en Languedoc occidental, aboutissement d’une structuration plus affirmée du territoire de vie et peut-être d’une amélioration des pratiques agro-pastorales, le tout semblant plus précoce qu’on ne pourrait le croire.

• Des modes d’élevage régionaux ?

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Pour tenter de résumer la situation du viie siècle avant J.-C. en Gaule méridionale, on peut dire que l’espace est découpé en petites entités territoriales, à la fois naturelles et humaines, abritant chacune une communauté réduite d’agriculteurs attachée à un territoire marqué par la présence de la nécropole familiale ou supra-familiale. En Languedoc occidental, malgré un mode d’habitat en apparence majoritairement dispersé, des centres de peuplement plus importants annonceraient un rassemblement des populations accompagné d’une structuration accrue de la société. Il serait donc très tentant d’opposer le secteur occidental du Languedoc aux autres régions du Midi ; mais encore faudrait-il déterminer les mobiles d’un tel contraste [15][15] Des établissements importants tels que Sextantio ou....

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Jean Gasco nous apporte ici un indice précieux en soulignant une « orientation différente de l’élevage […] entre les deux parties du Languedoc », entraînant de fait des modalités d’implantation humaine relativement distinctes [16][16] Gasco, 2000, p. 213.. Le modèle de « transhumance inversée » proposé en Languedoc oriental, selon lequel les saisons dicteraient le passage des troupeaux des garrigues en hiver aux zones lagunaires herbues du littoral durant l’été, semble ainsi conforté par la sur-représentation du mouton et de la chèvre sur le littoral languedocien oriental et dans son arrière-pays [17][17] Py, 1990..

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En Languedoc occidental, il y a au contraire une sous-représentation de la chèvre et du mouton par rapport au bœuf et au porc. De plus, comme pour corroborer cette donnée, il semblerait que les installations littorales du Languedoc occidental aient fait l’objet d’une occupation permanente rendant peu probable toute forme de pastoralisme mobile [18][18] En Languedoc occidental, la sédentarité est bien acquise.... En Languedoc occidental, on peut donc penser que la sédentarisation, associée à une complexification des structures sociales, a entraîné la fixation territoriale des groupes humains qui se sont alors adaptés en réduisant leur mobilité au profit d’un « élevage de proximité » caractérisé notamment par le bœuf et le porc. En Languedoc oriental, la conservation d’un type d’élevage nécessitant des déplacements biannuels a contraint les communautés à maintenir durant un temps un mode de vie semi-sédentaire, sans que cela ne s’oppose vraiment à une fixation de l’habitat. À ce sujet, dès le début du premier Âge du Fer, que ce soit en Languedoc oriental ou en Provence, certains habitats dispersés montrent en effet une capacité à dégager des surplus avant même que la société indigène ne soit confrontée aux circuits d’échange développés avec les civilisations méditerranéennes. Dans l’habitat du Touar aux Arcs-sur-Argens (Var), le stockage est matérialisé par de grands récipients en céramique modelée réservés aux productions agricoles et, comme prennent soin de préciser les auteurs, « indépendamment de toute influence étrangère » [19][19] Bérato et Magnin, 1989, p. 37.. De même, la présence de silos dans l’habitat de L’Ariasse à Vic-le-Fesc (Gard) auxquels est attribué un rôle de conservation à long terme, sans aucune implication commerciale liée aux échanges ultérieurs, crédite la société indigène d’une capacité d’évolution endogène trop souvent sous-estimée [20][20] Sur l’habitat de L’Ariasse : Dedet et Pène, 1995..

Les ive-iiie siècles avant J.-C. : un regroupement des populations sur les oppida

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À l’image du viie siècle avant J.-C., le second Âge du Fer, et plus précisément la période des ive-iiie siècles, pose bon nombre d’interrogations. L’habitat dispersé paraît en effet couramment absent des campagnes de prospection (et des campagnes tout court !). Ce déficit notable d’installations rurales reflète pour certains une réalité historique. Michel Py évoque durant cette période un accroissement de l’importance de l’oppidum et lui confère un rôle de cristallisation du peuplement [21][21] Py, 1990, p. 150.. Cet « âge d’or » des agglomérations perchées est confirmé par les recherches effectuées en Vaunage où l’habitat dispersé semble disparaître [22][22] Nuninger, 2002.. Autour de l’Étang de Berre, une faible dispersion de l’habitat à partir du ve siècle précède une absence de toute nouvelle implantation au cours des siècles suivants, alors que dans la vallée de l’Hérault et autour du bassin de Thau, la période des ive-iiie siècles reste très mal documentée. En définitive, il semblerait que la majorité des analyses d’occupation du sol, si elles n’affichent pas une absence absolue d’installations rurales, montrent en tout cas clairement une sous-représentation de ce type d’implantation, à la fois par rapport aux habitats groupés contemporains, mais aussi par rapport à la période précédente et à la suivante.

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Un changement dans la gestion des territoires de vie, par concentration des populations, aurait donc débouché sur une nouvelle organisation plus centralisée des campagnes soumises à chaque oppidum. L’édification d’enceintes à caractère ostentatoire durant cette période renforcerait l’appartenance à un même groupe humain après que les cellules familiales dispersées sur le territoire aient réintégré l’agglomération. Ces fortifications imposantes ont pu avoir un effet de coercition sur l’habitat dispersé, incitant la population à regagner l’oppidum, ouvrant ainsi la voie à la « nucléarisation » de l’habitat. Il ne faut pas pour autant imaginer un total abandon des campagnes ; ces dernières ont sans doute continué à être cultivées à partir de l’oppidum même. Ainsi, l’abondance et la taille des silos à grains du second Âge du Fer mis au jour au sein l’agglomération d’Illiberis à Elne (Pyrénées-Orientales) témoignent d’une exploitation intense du territoire géré depuis l’oppidum. Sur l’oppidum de Montlaurès à Narbonne (Aude), la découverte de greniers à céréales laisse penser que l’essentiel de la production était entreposé dans l’agglomération. Et que dire des énormes silos creusés dans une terrasse de l’oppidum d’Ensérune ?

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Il est donc indéniable que le milieu du deuxième Âge du Fer correspond dans le Midi à un regroupement de la population dans des habitats de hauteur. Cette centralisation n’a pu se réaliser que par l’émergence d’un pouvoir fort dans lequel on est tenté de pressentir les signes d’une classe dirigeante indigène. En effet, ne pourrait-on pas entrevoir, à condition que l’on accepte l’oppidum comme lieu de résidence du pouvoir, la volonté des élites locales de concentrer et de régir l’administration du territoire depuis l’agglomération ?

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Cette vision « oppidienne » doit toutefois être nuancée par la prise en compte d’un certain nombre de problèmes susceptibles de masquer l’existence d’un habitat dispersé. On peut à nouveau invoquer les carences de la recherche, le matériel datant, comme la céramique fine d’importation ou l’amphore massaliète du second Âge du Fer, se révélant trop fragile ou trop rare. Pour compliquer la situation, l’amphore massaliète vient parfois se mêler à du mobilier italique sur des établissements romains républicains et/ou alto-impériaux. On peut y voir la superposition de deux habitats distincts sans continuité chronologique, l’un relevant du plein Âge du Fer et l’autre de la période romaine. Nous serions donc face à une situation fréquente mais fortuite. Or, la forte corrélation spatiale existant entre la répartition de l’amphore massaliète et celle de l’amphore gréco-italique et/ou italique ne peut être justifiée par un simple hasard [23][23] Bermond, 1998.. Il serait préférable d’y voir l’origine préromaine de nombreux établissements antiques, les dernières productions d’amphore massaliète des iiie-iie siècles s’associant alors logiquement aux productions italiques. Si cette dernière hypothèse était confirmée, la datation des habitats en apparence, seulement républicains et qui livrent des fragments d’amphore massaliète, pourrait être fortement remontée.

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Par ailleurs, le second Âge du Fer a pu connaître certaines mutations dans ses modalités d’occupation des sols ; par exemple, des conditions environnementales propices ont pu favoriser l’implantation des habitats dans des situations particulières comme les terres alluviales. Il faut se garder d’interpréter hâtivement les vides et les points d’une carte en termes de présence et d’absence ; des sites ont pu être détruits par les phénomènes d’érosion, d’autres sont certainement recouverts par les alluvions. Les aménagements agraires romains et ultérieurs ont dû également affecter les vestiges qui nous préoccupent, voire dans bien des cas s’y superposer. La dynamique réelle de l’habitat dispersé de cette période pourrait ainsi nous échapper partiellement, altérant inévitablement la valeur heuristique des cartes de répartition.

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D’ailleurs, les analyses sont aujourd’hui moins catégoriques et on assiste, depuis une dizaine d’années, à quelques découvertes tendant à relativiser l’impression de rétraction de l’habitat dispersé. Sur le territoire de l’oppidum de Montlaurès, des installations restent occupées jusqu’à la fin de l’Âge du Fer. Dans la région nîmoise, l’existence de structures agraires et de probables tranchées de palissades renvoit à des habitats ; une fouille partielle a permis de restituer un habitat sur poteaux de bois daté entre 375 et 125 avant J.-C., limité par des fossés [24][24] Vidal et al., 1996.. Dans la vallée de l’Aude, il faut souligner l’existence de quelques installations isolées tout en rappelant néanmoins un regroupement de la population dans des centres majeurs, sans doute au détriment des petits habitats. Citons encore la découverte dans les massifs des Maures et de L’Estérel (Var) de structures des iii-ier siècles. Dans la région marseillaise, contrairement au phénomène de concentration du peuplement connu dans l’ensemble du Midi, les habitats groupés perchés de l’arrière-pays semblent enregistrer un net recul qui laisse la place à une dispersion des habitats de moyenne et petite importance. Toute une série de petits habitats se distinguent par une situation topographique originale sur une hauteur. Les établissements de Coudounèu à Lançon-de-Provence et du Griffon à Vitrolles (Bouches-du-Rhône) en sont de parfaits exemples [25][25] Verdin, 1997 et 1999.. La chaîne des Alpilles voit aussi l’apparition de fermes isolées et de hameaux [26][26] Précisons que cette situation particulière est sans....

L’habitat dispersé de la fin du premier Âge du Fer : un mythe issu de la prospection ou une réalité archéologique ?

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À la fin du premier Âge du Fer, l’existence d’un mode d’habitat dispersé semble clairement montrée par une documentation archéologique en grande partie alimentée par les données issues de la prospection. Il convient donc de s’interroger d’emblée sur la fiabilité de ce mode de recherche. D’aucuns diront qu’il paraît délicat de déterminer la nature d’un site ou de proposer une datation seulement à partir du mobilier issu de la prospection, souvent trop réduit pour permettre, en l’absence de fouille, une quelconque identification fonctionnelle et/ou chronologique. Et ils rappelleront avec raison que les vestiges de surface peuvent renvoyer à des silos, à des tombes ou à des épandages tout autant qu’à un habitat. Victime de ses « flottements interprétatifs », il n’est donc pas surprenant que la prospection souffre d’un manque de reconnaissance scientifique. On estimera plus volontiers qu’un artefact isolé n’est que le témoin d’un épandage mais, a contrario, on prendra rarement en compte qu’il puisse s’agir d’un vestige fugace associé à une structure archéologique enfouie. Or, dès que la fouille vient prolonger la prospection, on s’aperçoit que la présence des traces de surface, loin de rester aléatoire, est très souvent confirmée par celle de stuctures archéologiques. Mais il faut, dans le même temps, avouer que cet idéalisme méthodologique, faute de moyens, ne peut trouver une application systématique. Il faudra alors, dans bien des cas se contenter des données de prospection en gardant à l’esprit qu’elles sont rarement trompeuses quant à l’existence effective d’une installation et que, revenant à notre sujet, la découverte de traces humaines dans les campagnes, aussi fugaces soient-elles, laisse souvent supposer l’existence de structures d’habitat.

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De plus, force est de constater, au delà du débat méthodologique, que les recherches récentes montrent une occupation du territoire accentuée dès le premier Âge du Fer. La période des vie-ve siècles est particulièrement marquée par une vague d’installations rurales qui semble coloniser le territoire périphérique d’oppida contemporains, mais également des espaces plus éloignés. Avec l’arrivée des premiers contacts commerciaux extérieurs, il devient sans doute urgent, pour dégager les surplus nécessaires, de mettre en place une politique d’expansion agraire en exploitant au plus près les ressources [27][27] Mais on peut également envisager une explication inverse.... Dans la vallée de l’Hérault, la carte de répartition des habitats dispersés montre une concentration autour des agglomérations alors que, dans le même temps, de petites installations s’implantent sur des territoires de confins [28][28] Feugère et Mauné, 1995 ; Mauné, 1999 ; Chazelles et.... Près de Narbonne, le même schéma se dessine nettement, tout comme en Provence autour de l’Étang de Berre [29][29] Chazelles et al., 2002 ; Trément, 1999.. Dans le nord du biterrois, de récentes prospections ont également mis en évidence des traces d’occupations protohistoriques (figure 3) [30][30] Bagan, 2004..

Figure 3 - Répartition des sites des vie-ve siècles avant J.-C. Autour de l’oppidum de MontfoFigure 3
Sources : Bagan, 2004.
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On peut alors se demander si ces installations correspondent à un processus chronologiquement précis, ou si elles se répartissent sur une longue période. Peu d’éléments permettent de répondre ; le problème de la contemporanéité des installations dispersées reste donc entier, mais rappelons aussi qu’on ne perçoit certainement qu’une partie réduite de leur existence, la fragilité des vestiges associée aux problèmes de taphonomie dissimulant plus ou moins le phénomène.

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En tout cas, l’habitat dispersé marque indéniablement un attachement de la population au terroir et une exploitation intensifiée de ce dernier, dès que la situation de demande et les besoins de surplus l’exigent. Une forte proportion de ce type d’installations paraît traduire un enracinement des communautés au sein du territoire. Nombre d’établissements ruraux, en présentant toutes les caractéristiques de la « ferme », affermissent la sédentarité de la population. La durée de vie de cet habitat, souvent admise comme ne dépassant pas l’échelle d’une génération, doit par conséquent être remise en question. Le mobilier recueilli, qu’il soit métallique ou céramique, n’a rien à envier à celui des oppida. Des éléments de parure et des fragments de céramique fine importée sont fréquemment signalés [31][31] Les exemples confirmant la pérennité de ce type d’habitat.... En outre, les traces d’aménagements durables ne manquent pas. Les techniques de construction variées, les restes d’architecture (blocs exogènes, torchis, etc.), les éléments de mouture et de tissage sont autant de signes d’un certain niveau d’élaboration technique et de stabilisation territoriale. L’établissement de plaine de la Chazette (Congénies, Gard) a ainsi livré un nombre remarquable d’amphores et de dolia[32][32] Michelozzi et Py, 1980.. Ce mobilier, destiné au stockage, lourd et difficilement transportable, assure la sédentarité des occupants.

Les rapports entre les installations rurales et les oppida de la fin du premier Âge du Fer : une question ouverte

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Les établissements protohistoriques, dispersés ou groupés, possèdent certainement des fonctions variées : centre de commerce, exploitation des ressources, contrôle du territoire, lieu de culte… Toutes ces installations coexistent selon des relations dont la nature nous échappe encore en grande partie. S’agit-il d’une complémentarité exclusivement fonctionnelle ou d’une complémentarité hiérarchique attestée par un établissement centralisateur ? Sans sous-estimer le poids de l’habitat dispersé, il paraît légitime de penser « qu’à la tête de tout ce réseau, on rencontre souvent un centre qui, par ses dimensions […] et son caractère, s’affirme comme centre de pouvoir » [33][33] Plana-Mallart et Martin-Ortega, 2002, p. 18.. À partir de ce dernier se développe sans doute un modèle d’organisation spatiale basé sur une spécialisation des implantations et une complémentarité des activités. Les modalités de contrôle et de gestion de l’espace rural se fondent incontestablement dans un dessein territorial plus large, même si cela n’exclut pas l’existence d’établissements isolés pouvant disposer de leur propre terroir distinctif.

« De la dispersion au perchement » et « du perchement à la dispersion »

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À l’exception des grandes agglomérations du Languedoc occidental, on peut penser que l’habitat de plaine et de bas de versant est le plus représenté à la fin du viie siècle avant J.-C., le perchement et le regroupement des populations n’apparaissant vraiment que durant le vie siècle. On pourrait donc expliquer la vague de création des oppida de la fin du premier Âge du Fer par un phénomène de synœcisme caractérisé par le regroupement, en un seul lieu de vie, de populations auparavant disséminées sur le territoire. Ce n’est que par la suite, ou même simultanément dans certains cas, que l’oppidum, en exerçant une volonté délibérée de coloniser l’espace et devant peut-être faire face à un manque de superficie habitable, verrait se disperser sur son territoire tout un maillage d’installations rurales. Un schéma évolutif assez similaire a été proposé pour la Catalogne où l’intégration et la réunion de familles paysannes au sein des agglomérations aurait précédé et entraîné leur développement, expliquant ainsi l’apparition ultérieure d’un habitat dispersé [34][34] Plana-Mallart et Martin-Ortega, 2002, p. 24..

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Ce modèle peut trouver quelques parallèles dans le Midi : au Marduel (Saint-Bonnet-du-Gard, Gard), on ne compte à la fin du viie siècle qu’une seule habitation isolée autour de laquelle se greffe au siècle suivant un véritable habitat groupé ; en Vaunage, les fluctuations du système de peuplement sont marquées par des mouvements successifs de groupement et d’éclatement ; dans certains secteurs du Languedoc oriental, « le perchement n’apparaît qu’au ve siècle, à proximité d’habitats antérieurs de plaine ou de bas de versant qui continuent à être occupés » [35][35] Dedet, 1982, p. 196.. Autrement dit, la dispersion d’une partie des populations serait paradoxalement le corollaire de leur regroupement, et inversement. Cette idée apparaît fondamentale car le poids de l’habitat dispersé dans le peuplement est certainement déterminé par son antériorité, sa contemporanéité ou sa postériorité par rapport à l’établissement groupé de hauteur. Si la concentration des groupes humains sur les oppida durant le milieu du second Âge du Fer (ive-iiie siècles avant J.-C.) s’avère exacte, on aurait ainsi un phénomène de peuplement véritablement cyclique alternant dispersion et regroupement [36][36] D’autant plus qu’à partir de la fin du iie siècle avant....

Les établissements ruraux comme satellites de l’oppidum

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À la fin du premier Âge du Fer, les terrains agricoles sont sans doute gérés à partir des grands centres de peuplement. Cependant, si administrer et dominer à partir de l’oppidum un territoire s’étendant sur des centaines voire des milliers d’hectares peut s’avérer réalisable, pour son exploitation agricole, la tâche est autrement difficile. L’aménagement d’installations techniques agraires sur le territoire contrôlé par l’oppidum semble donc, en premier lieu, répondre à des besoins de commodité ; il est plus facile de surveiller les récoltes depuis la plaine que depuis l’oppidum. Afin de placer les paysans au plus près de leurs cultures et de faciliter l’exploitation du terroir, une satellisation d’installations rurales diverses autour de l’oppidum devient indispensable. En outre, la construction de bâtiments dans un secteur de plaine et l’emploi de terre comme principal matériau peuvent à la fois libérer le groupe concerné des contraintes de la topographie, mais aussi permettre à l’oppidum de diffuser plus facilement sur son terroir proche des fonctions utilitaires et agricoles. À côté des facteurs sociaux-économiques, les choix d’installation liés à des critères pédologiques, hydrologiques ou phytologiques paraissent également peser lourd [37][37] L’atelier de potiers de la Voie Domitienne à Béziers....

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Grâce au rayonnement d’installations isolées à sa périphérie, l’oppidum affirmerait donc sa souveraineté sur le territoire agricole environnant et procéderait à son organisation dans la complémentarité des activités. Ainsi, près de l’Étang de Berre, la localisation de l’habitat dispersé semble déterminée par la proximité d’habitats groupés, notamment autour de l’agglomération de Saint-Blaise, selon une utilisation complémentaire des milieux et de leurs potentialités. En définitive, la construction d’établissements ruraux au contact des zones agricoles, qu’il s’agisse de véritables fermes, d’ateliers artisanaux ou de simples annexes agricoles, montre avant tout le pragmatisme dont ont fait preuve les groupes protohistoriques. Avec la stabilisation de l’agro-système, les agriculteurs s’organisent au sein d’un espace où s’inscrivent de petites installations rurales qui trouvent dans l’agglomération un débouché direct de leurs produits. Dans ce schéma, il est difficile d’envisager des établissements dispersés indépendants, situés en marge de toute structure centralisée ; mais nous verrons par la suite que tout n’est pas aussi simple.

…mais aussi des postes de surveillance, des sanctuaires et des lieux d’échange

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À ce rôle de relais entre l’oppidum et l’espace environnant peut s’allier une volonté stratégique de contrôle du territoire lorsque les établissements sont situés à des endroits clés, que ce soit au contact des voies de communication ou aux frontières de l’espace placé sous l’emprise de l’oppidum [38][38] Les recherches menées autour de l’étang de Thau ont.... De petits établissements isolés, éventuellement placés sur une hauteur, pourraient jouer un rôle de signalisation en limite ou au sein d’un espace qu’ils auraient pour mission de protéger, et, dans un même temps, faire office d’habitat-refuge en cas de danger. Il est vrai que la répartition de certains habitats perchés mineurs semble parfois dessiner les limites de l’aire de contrôle d’habitats groupés plus importants. Que ce soit dans la vallée de l’Hérault ou le Lodévois, il est possible que les points hauts dits « remarquables », qui accueillent des installations de hauteur d’une superficie réduite, aient une fonction liée à l’appropriation et au marquage du territoire en servant de postes de contrôle. La situation est similaire pour quelques petits habitats perchés des Corbières [39][39] Chazelles, 1993.. Toutefois, le perchement humain ne revêt pas dans tous les cas une volonté exclusivement défensive et il peut aussi être perçu comme un élément de choix dans le système agricole, l’élevage et la culture étant optimisés sur les sols plus légers des plateaux calcaires.

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N’oublions pas également qu’une partie des établissements dispersés positionnés sur une éminence renvoie sans doute à un caractère cultuel [40][40] Arcelin et al., 2003, p. 177.. Faudrait-il alors envisager, à l’image de ce qu’il a parfois été proposé en Grèce, des sanctuaires situés à la charnière d’un espace marginal et d’un espace maîtrisé, l’expression de la vie cultuelle se manifestant essentiellement hors des murs de l’agglomération [41][41] Polignac, 1995. Nous nous limiterons seulement à poser... ?

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Enfin, nombre d’installations dispersées semblent en relation directe avec les circuits commerciaux. Leur position stratégique, au carrefour de plusieurs itinéraires ou près d’une voie fluviale, leur confère non seulement un rôle de surveillance mais aussi une vocation de lieu d’échange et de transit des produits. En Vaunage par exemple, un réseau de trois établissements dispersés a ainsi livré une importante proportion d’amphores certainement liée à la proximité d’un axe de circulation.

Des installations rurales indépendantes (?) et la question du territoire

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Nous avons souligné précédemment qu’il paraissait délicat d’envisager l’existence d’habitats dispersés hors de l’emprise polarisante d’une agglomération. Une forme d’habitat plus éloignée, hors du territoire vivrier de l’habitat groupé, est pourtant bien attestée. Les exemples d’habitats de plaine, apparemment isolés de toute structure centralisatrice, sont nombreux [42][42] Dans le Gard, voir Dedet, 1982 pour la vallée de la.... Dans ce cas, ces installations situées au delà de l’aire d’exploitation de l’oppidum, paraissent difficiles à intégrer au réseau d’établissements satellites formé autour de l’habitat groupé. L’éloignement vis-à-vis de tout regroupement humain doit-il alors être perçu comme une marque d’autonomie ?

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Ces installations possèdent certainement un statut particulier et bénéficient peut-être d’une certaine indépendance en focalisant de petites entités spatiales, de l’ordre de quelques km2. Néanmoins, même si ces habitats reculés paraissent dénoter une éventuelle autonomie, il est tentant de penser que, faute d’être implantés sur le territoire vivrier de l’oppidum, ils n’en sont pas moins écartés du territoire politique de l’agglomération. La répartition géographique des oppida, par son homogénéité, affiche en effet une rationalité territoriale auprès de laquelle chaque habitat groupé semble retirer, au-delà de sa proche campagne, un espace de légitimité. Dans cette situation, l’habitat isolé serait alors installé, soit sur « des fronts pionniers qui marqueraient l’extension de la mise en valeur » de terres reculées, soit sur des finages individualisés, mais politiquement dépendants d’une agglomération [43][43] Raynaud, 2003, p. 339. Se pose ici l’épineux problème.... On rejoint ici nos remarques sémantiques du début, en montrant qu’à une échelle plus petite que celle du terroir, l’habitat dispersé, s’il marque indéniablement une certaine dissémination géographique de la population, n’est peut-être pas pour autant la marque d’une « dispersion politique ».

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À cet égard, profitons de ces espaces éloignés pour réduire encore plus notre échelle d’observation et envisager le tout englobé dans le territoire d’un peuple ; fermes isolées, hameaux, villages et oppida cohabiteraient en appartenant à une même entité humaine. Faudrait-il alors privilégier le modèle de l’oppidum-capitale selon lequel une agglomération majeure dominerait un espace où des oppida de second rang et des domaines ruraux importants contrôleraient eux-mêmes les terres agricoles environnantes et de petites unités à vocation agricole ? Ainsi énoncé, le modèle, trop parfait, se discrédite lui-même : le triptyque, formé par la ferme, le village et l’oppidum, définit un assemblage territorial idéal qui renvoie une vision pyramidale du peuplement simpliste [44][44] Ce modèle n’a d’ailleurs jamais été mis en évidence.... Il est prématuré de réaliser un organigramme du peuplement selon un modèle gigogne dans lequel des fermes, elles-mêmes sous le contrôle de domaines et autres habitats groupés plus importants, dirigés eux-mêmes par un oppidum central, maîtriseraient à leur tour de plus petites exploitations. La diversification de l’habitat relève davantage d’une gestion multiforme complexe du territoire au sein duquel les formations humaines ont noué des liens sans doute hiérarchiques, mais selon des modalités encore méconnues. Par exemple, il ne faut pas réserver aux établissements ruraux l’exclusivité de l’exploitation du milieu ; sous de nombreux aspects, l’oppidum exprime un caractère rural marqué le rapprochant plus du gros village agricole que de l’agglomération urbaine et il serait étonnant que certains habitants de l’oppidum, à côté de négociants, d’artisans et d’éventuels dirigeants, n’aient pas participé à la mise en culture du territoire [45][45] Aux abords de l’Étang de Berre, l’exploitation des....

L’habitat dispersé comme lieu de résidence de l’aristocratie locale ?

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À ce niveau de l’analyse, il semblerait que l’occupation des campagnes tisse un lien de subordination directe ou indirecte avec l’agglomération. De près ou de loin, du territoire vivrier au territoire politique, l’habitat dispersé paraît, sinon totalement dépendant, en tout cas certainement imprégné de la puissance exercée par l’oppidum. Cependant, cette vision radicalement « oppidocentriste » est aujourd’hui remise en question et de plus en plus considérée comme un prisme déformant de la société protohistorique. Certains, sous prétexte de l’indigence des traces de bâtiment public ou religieux dans les agglomérations, s’interrogent sur la validité d’un modèle fondé sur le monopole économique et la macrocéphalie de l’oppidum. Selon la proposition de Patrice Arcelin, une partie des établissements ruraux pourrait ainsi être occupée par les élites indigènes, les fouilles menées sur les oppida méridionaux n’ayant pour l’instant pas permis de mettre au jour des restes d’habitat offrant la marque d’une différenciation sociale marquée [46][46] Arcelin, 1999 ; Arcelin, 2001.. Cette carence d’informations sur l’emplacement présumé des lieux de résidence des élites locales a souvent conduit à évoquer un mode de gestion communautaire. Pourtant, le croisement des sources épigraphiques, de l’analyse du mobilier découvert dans les sépultures isolées et des indices fournis par la statuaire, permet d’entrevoir l’existence d’une classe sociale dirigeante.

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Le développement de l’activité commerciale au vie siècle avant J.-C. nécessite certainement une participation au négoce de groupes ou d’individus disposant d’une forte capacité d’échange et peut-être d’une certaine opulence. Si accepter finalement l’existence d’une aristocratie locale ne pose pas vraiment de problème en soi, on constate donc qu’il n’en va pas de même pour leur lieu de résidence. Peut-on vraiment envisager que les fermes soient « les principales pourvoyeuses en richesses agricoles permettant aux groupes indigènes de s’insérer dans le commerce méditerranéen alors en plein développement » [47][47] Mauné, 1999, p. 118. ? La présence d’importations dans certains établissements ruraux confirme en tout cas des contacts directs ou indirects avec le monde méditerranéen. La découverte de tombes isolées pourrait, quant à elle, indiquer une appropriation de l’espace et un marquage territorial des groupes humains occupant ces installations dispersées. Malgré la pertinence de tous ces arguments, il est toutefois excessif de considérer l’habitat dispersé comme le siège d’aristocrates tant que des fouilles n’en ont pas démontré le statut privilégié [48][48] Les comparaisons souvent établies avec la Gaule chevelue....

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La taille et surtout la position stratégique de l’oppidum constituent de solides indices pour y voir le lieu ayant le plus de chances d’abriter le sommet de la hiérarchie locale. La construction d’enceintes imposantes, la place prépondérante de l’artisanat (métallurgie, poterie, tissage, etc.) et du commerce, la concentration d’instruments culturellement centralisateurs (l’écriture et plus tard la monnaie) sont dans l’ensemble des éléments que l’habitat dispersé a pour l’instant un certain mal à revendiquer. En outre, comment justifier la permanence des habitats groupés importants « sans de forts liens horizontaux et verticaux entre leurs habitants, sans l’existence d’une personnalité de groupe susceptible de faire respecter son territoire vivrier [et, à une autre échelle, politique] auprès des groupes voisins, aux intérêts souvent concurrents » [49][49] Raynaud, 2003, p. 331. ?

Structure foncière

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Pour résumer, trois types d’installations dispersées peuvent être distinguées. Tout d’abord, un ensemble d’établissements situés au contact de l’agglomération traduisant une présence humaine hors des murs de l’oppidum et correspondant à des quartiers périphériques ; ensuite, un ensemble d’habitats et de bâtiments agricoles disséminés sur le territoire vivrier de l’agglomération et abritant une paysannerie sans doute dépendante de l’oppidum ; enfin, un ensemble d’installations situées hors du territoire vivrier de l’agglomération, signe d’une exploitation du sol déconcentrée, pouvant éventuellement abriter des groupes familiaux indépendants (figure 4).

Figure 4 - Essai de modélisation des campagnes à la fin du premier Âge du FerFigure 4
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Se pose alors la question de l’appropriation de l’espace et des moyens de production ; « les terres étaient-elles collectives ou existait-t-il déjà une appropriation individuelle par une partie de la société ? » [50][50] Bérato et al., 1995, p. 69-70. À l’idée de privatisation,.... La mise en valeur d’un vaste territoire, nécessitant impérativement une importante main-d’œuvre et une grande force de travail, fait penser à une gestion centrale des terres, exécutée depuis un habitat dominant, mais sans que cela n’implique inévitablement une exploitation collective. Car, si l’on rappelle la situation isolée et l’opulence de certains établissements dispersés, on peut penser que des groupes humains réduits, sans doute familiaux, se sont appropriés des terres en marge de l’habitat groupé. Les installations isolées et exploitant leur propre finage caractériseraient alors une forme naturelle de peuplement, alors que les constellations d’habitats dispersés autour des oppida marqueraient plutôt un « investissement » de ces derniers sur leur périphérie. Néanmoins, en s’éloignant de toute modélisation, il faut souligner, d’une part que l’appropriation du sol est sans doute antérieure à notre période, et d’autre part que ses modalités sont certainement très diversifiées à l’Âge du Fer (propriété familiale, affermée, collective) et ne s’inscrivent pas forcément dans un schéma strictement progressiste.

L’habitat dispersé et l’aménagement du territoire : deux éléments indissociables

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Parce qu’il s’inscrit au sein d’un territoire exploité et dominé, l’habitat dispersé tisse un lien dynamique avec les réseaux naturels (hydrographie, axes de pénétration, vallées) et les réseaux anthropiques (voirie, irrigation, drainage, fossés). L’étude de l’aménagement du territoire intervient donc dans notre analyse comme un des niveaux de l’organisation des campagnes protohistoriques, au même titre que l’habitat dispersé. En ce sens, il faut inciter à une reconstitution de l’occupation du sol qui ne soit pas limitée aux seuls habitats fouillés, mais qui s’étende à l’environnement le plus large. Ne considérons plus les établissements ruraux sans tenir compte des champs, des chemins, des terrasses, des fossés, des étangs, etc. [51][51] Sur la question des champs, voir Boissinot, 2000 ;....

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La question de la lisibilité archéologique d’un parcellaire protohistorique est aujourd’hui clairement posée par l’orientation de la recherche vers une archéologie agraire. À l’Âge du Fer, l’agriculture est désormais fixée au sol et pratiquée selon des principes de distribution entre les membres de la communauté qui demeurent, on l’a vu, difficiles à cerner. Toutefois, on peut penser que la mise en place d’un parcellaire implique une évolution de l’organisation sociale à travers les mutations liées aux modalités de partage des terrains. Dans l’Aude, des traces de fossés des ve-ive siècles avant J.-C. en rapport direct avec une construction forment un parcellaire contemporain de l’habitat [52][52] Vignaud, 1998.. Dans le Var, les exemples d’enclos isolés ou associés à des cases d’habitation se multiplient. Mais c’est près de Nîmes que les traces parcellaires les plus nombreuses ont été repérées ; sur l’ensemble de l’Âge du Fer, des fossés destinés à la délimitation ou à l’irrigation de champs participent de façon marquée d’un aménagement de la proche campagne de l’agglomération nîmoise. Il faut sans doute envisager un environnement ouvert parsemé de haies et de fossés formant un véritable parcellaire ; enclos pour le bétail, champs cultivés et système mixte utilisant la fumure naturelle du bétail pour enrichir l’espace cultivable, doivent composer un puzzle agricole dans lequel l’habitat dispersé est inséré.

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En observant la situation des habitations, du parcellaire et des chemins, différents types d’organisation ont été discernés en Grande-Bretagne [53][53] Whimster, 1989. En Gaule septentrionale, l’étude des.... Soit les trois composantes sont distinctes, soit les parcelles s’alignent sur des chemins, soit les parcelles se regroupent autour des habitations, soit encore le parcellaire n’est pas influencé par la présence des maisons qui s’intègrent dans l’espace selon une organisation aléatoire. En Gaule méridionale, même si l’existence de parcellaires relève de plus en plus de l’évidence, la recherche est encore loin de parvenir à de telles conclusions [54][54] Dans le Midi, les traces de parcellaires sont rares,.... Néanmoins, on peut d’ores et déjà se demander si l’habitat dispersé s’insère dans un dispositif normé imposé par l’oppidum, ou s’il incarne lui-même le noyau originel d’un réseau parcellaire indépendant. La coexistence des deux systèmes est envisageable, avec le développement d’un terroir d’exploitation réduit, selon des règles propres aux établissements ruraux, mais dont les limites restent soumises à un schéma directeur plus large.

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L’aménagement de l’espace passe également par la mise en place des réseaux de communication. Les habitats ont indéniablement entretenu des relations matérialisées par des voies, des routes, des pistes, des chemins et des sentiers. Que ce soit dans le Biterrois, le Gard ou le Var, le tracé de plusieurs axes de communication se dessine nettement dans le paysage, suivant un itinéraire prédéterminé par les voies de pénétration naturelles et les caprices du relief [55][55] Mauné, 1999 ; Bérato et Borréani, 2000 ; Petitot et.... Certaines voies fouillées dans la région nîmoise montrent des traces d’ornières et un empierrement aux abords de l’habitat alors que la présence de petits fossés en bordure des chemins paraît désigner une articulation étroite entre le parcellaire et le réseau viaire [56][56] Py et Vignaud, 1998 ; Conche et al., 2001.. À l’image du parcellaire, la toile tissée par ces linéaments témoigne donc à nouveau d’un aménagement du territoire, et cela bien avant l’époque romaine. L’imbrication de tous ces aménagements donne une image organisée et structurée des campagnes protohistoriques ; des chemins relient les habitats entre eux et un parcellaire, peut-être plus dense près de l’habitat, se développe plus ou moins régulièrement [57][57] Vidal et al., 1996, p. 62..

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*

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Il est dorénavant admis que non seulement les proches environs des habitats groupés, mais également la totalité des terroirs, doivent être pris en considération afin d’affiner notre approche du peuplement protohistorique. Il reste difficile de saisir la nature et l’intensité de l’occupation entre les agglomérations. Cela conduit à s’interroger sur les critères retenus pour caractériser une implantation protohistorique rurale et déterminer sa stabilité dans le temps. Malgré le fait qu’il paraît indispensable d’affiner nos éléments discriminants à ce sujet, il n’est pas abusif de penser que les petits habitats ruraux sont bien présents durant l’Âge du Fer, et que leur implantation sur un territoire intermédiaire traduit indiscutablement la dispersion d’une certaine partie de la population. De plus, l’extrême dégradation des vestiges archéologiques ne nous autorise à percevoir que la « partie émergée de l’iceberg »; le nombre réel des habitats dispersés est par conséquent certainement sous-estimé, même si la faiblesse statistique du mobilier récolté en prospection nous incite à la prudence quant à considérer un site comme un habitat. Le mobilier recueilli, qu’il soit céramique ou métallique, est pourtant identique à celui ramassé sur les agglomérations, constatation qui conforte l’hypothèse d’établissements ruraux aux aménagements relativement durables.

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Par ailleurs, il faut souhaiter que le développement des recherches sur les modes d’habitat du viie siècle avant J.-C. et des ive-iiie siècles éclaircissent dans l’avenir nos questionnements. En l’état actuel, seules quelques tendances se profilent et notamment celle marquée par le déploiement de l’habitat dispersé à la fin du premier Âge du Fer, bien que l’oppidum devienne alors la composante essentielle de la société en tant qu’entité politique, économique et commerciale.

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Durant les vie-ve siècles avant J.-C., nombre de petites installations sont situées dans l’orbite d’un habitat groupé, selon un schéma qui donne à ce dernier une fonction centralisatrice. La répartition géographiquement homogène des oppida leur confère en effet un statut particulier qui leur permet certainement d’abriter la majeure partie des communautés. À ce propos, on peut se demander si une définition purement morphologique de l’habitat dispersé s’applique vraiment à la réalité sociale de l’implantation humaine. Il y a fort à parier que la relation de proximité qu’entretiennent certains habitats morphologiquement dispersés avec d’autres installations semblables et/ou avec une agglomération, relève davantage d’un même habitat groupé (d’un point de vue social) dans la mesure où les habitants font partie d’une même communauté, que comme une juxtaposition d’unités d’habitation socialement indépendantes.

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Mais il faut dans le même temps reconnaître que l’interprétation ne vaut pas pour les habitats isolées de toute concentration humaine. Avec l’existence d’établissements éloignés de tout autre installation, la problématique de l’habitat dispersé s’est en effet élargie. Sans véritablement remettre en cause le rôle prépondérant de l’habitat groupé sur le territoire, la situation excentrée d’une partie de la population constitue donc bel et bien un mode d’occupation du sol à l’Âge du Fer. Cette situation géographique apparemment isolée induit probablement un statut particulier mais seule la réalisation de nombreuses fouilles pourra contribuer à éclaircir cette question, car en l’état actuel de la recherche, l’archéologie n’est pas en mesure d’apprécier objectivement l’articulation des rapports politico-économiques au sein du maillage formé par les habitats protohistoriques.

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Ces relations de complémentarité et de dépendance ne seront comprises que si l’on envisage d’autres facteurs que celui de l’habitat. La structuration du paysage, l’organisation agraire, le réseau viaire sans doute déjà fort développé durant la protohistoire, mais surtout la localisation des zones funéraires sont autant d’éléments précieux susceptibles de nous aider à saisir les corrélations existantes entre les différents groupes humains. Les données funéraires, par exemple, ne sont que trop rarement abordées dans les études d’occupation des sols ; leur distribution spatiale est pourtant primordiale pour mieux appréhender les configurations territoriales.

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Retenons également que l’habitat dispersé répond sans doute à de multiples facteurs. Besoin d’expansion spatiale de l’oppidum, conquête agricole de l’agglomération, résidence de certains groupes sociaux, manifestation d’indépendance de certaines familles, compléments techniques de l’oppidum liés à des activités artisanales, économiques ou militaires, on voit bien que le statut des installations dispersées sur le territoire est loin d’être un modèle d’uniformité ; son interprétation en est d’autant plus délicate.

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Enfin, et c’est sans doute le point le plus important, l’habitat dispersé incite à réviser les modèles socio-économiques traditionnels. Il intervient comme un élément majeur dans les questions liées à l’appropriation de l’espace, à la réalité et à la localisation des élites, mais également à la dynamique territoriale des populations. L’archéologue ne navigue plus « à l’aveugle » entre les agglomérations, il sait désormais qu’un habitat intercalaire maille la campagne.


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  • Rouland, Norbert, Anthropologie juridique, Vendôme, puf, 1988, 496 p.
  • Trément, Frédéric, Archéologie d’un paysage. Les étangs de Saint-Blaise (B.-du-Rh.), Paris, msh, 1999, 314 p. (« Documents d’Archéologie Française », 74).
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  • —, « Diagnostic archéologique sur le site du Griffon (Vitrolles, B.-du-Rh.) », Documents d’Archéologie Méridionale, 22, 1999, p. 279-289.
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  • Vignaud, Alain, « Bram, La Gabache ix », Bilan scientifique régional du Languedoc-Roussillon, Montpellier, 1998, p. 44.
  • Whimster, Rowan, Emerging Past, Royal Commission on the Historical Monuments of England, Londres, 1989, 102 p.

Notes

[*]

Umr 5140, Archéologie des sociétés méditerranéennes (milieux, territoires, civilisations), 390, avenue de Pérols, 34970 Lattes. Courriel : <ghisbagan@ yahoo. fr>.

[1]

Grenier, 1934.

[2]

Benoît, 1965.

[3]

Jannoray, 1955, p. 272.

[4]

Par Midi de la France, nous entendons une zone géographique s’étendant des Alpes aux Pyrénées sur une bande littorale d’une cinquantaine de kilomètres de large.

[5]

Garcia, 2004, p. 66 ; Arcelin, 2001.

[6]

Chazelles et al., 2001, p. 134.

[7]

Brun, 2006, p. 10.

[8]

Durant le Bronze final iiib, soit entre le ixe siècle avant J.-C et la fin du viiie siècle, les décors sur la céramique non tournée sont nombreux et sont dans la plupart des cas caractérisés par une double incision : on parle alors de décor au double trait typique de la civilisation mailhacienne qui s’étend des Alpes à la Catalogne espagnole.

[9]

Dedet, 2000, p. 151.

[10]

Dedet et Goury, 1988 ; Py, 1985.

[11]

Janin, 2002.

[12]

En Minervois et en Narbonnais, un certain nombre de découvertes montrent une forme d’occupation dispersée : Guilaine, 1995, p. 113.

[13]

Carozza, 2000.

[14]

Garcia, 2004, p. 48.

[15]

Des établissements importants tels que Sextantio ou Saint-Blaise sont cependant signalés en Languedoc oriental et en Provence dès le Bronze final iiib.

[16]

Gasco, 2000, p. 213.

[17]

Py, 1990.

[18]

En Languedoc occidental, la sédentarité est bien acquise à l’image de l’habitat de Portal-Vielh à Vendres (Hérault), qui voit l’apparition au Bronze final IIIb de fossés de protection associés à un rempart de pierre et de bois, tandis qu’une activité artisanale de poterie est reconnue. De même, le territoire de Mailhac est densément occupé dès la fin de l’Âge du Bronze et durant l’ensemble de l’Âge du Fer, ce qui montre la stabilité territoriale des communautés.

[19]

Bérato et Magnin, 1989, p. 37.

[20]

Sur l’habitat de L’Ariasse : Dedet et Pène, 1995.

[21]

Py, 1990, p. 150.

[22]

Nuninger, 2002.

[23]

Bermond, 1998.

[24]

Vidal et al., 1996.

[25]

Verdin, 1997 et 1999.

[26]

Précisons que cette situation particulière est sans doute liée à la proximité de la culture coloniale grecque, à Marseille et à Arles.

[27]

Mais on peut également envisager une explication inverse en considérant ce phénomène comme le prolongement d’un schéma de peuplement antérieur qui trouverait ses racines dans la préhistoire récente. À ce sujet, il est important de souligner que l’Âge du Fer ne doit pas être considéré comme un ensemble clos sous prétexte que les périodes antérieures sont mal connues.

[28]

Feugère et Mauné, 1995 ; Mauné, 1999 ; Chazelles et al., 2001.

[29]

Chazelles et al., 2002 ; Trément, 1999.

[30]

Bagan, 2004.

[31]

Les exemples confirmant la pérennité de ce type d’habitat pourraient être multipliés. Voir Mauné, 1998 ; Ugolini et Olive, 1998 ; Carozza et al. 1998 ; Kotarba et Pezin, 1998.

[32]

Michelozzi et Py, 1980.

[33]

Plana-Mallart et Martin-Ortega, 2002, p. 18.

[34]

Plana-Mallart et Martin-Ortega, 2002, p. 24.

[35]

Dedet, 1982, p. 196.

[36]

D’autant plus qu’à partir de la fin du iie siècle avant J.-C., on perçoit à nouveau le développement d’un habitat dispersé (mais nous avons choisi de ne pas aborder cette question qui relève de problématiques différentes liées en partie aux débuts de l’occupation romaine).

[37]

L’atelier de potiers de la Voie Domitienne à Béziers (Hérault) bénéficie par exemple à la fois d’une abondance en eau, en argile et en dégraissants, avec la proximité du ruisseau de Mazeran, et peut-être aussi d’une zone boisée pour l’approvisionnement en combustible : Mazière et al., 2001.

[38]

Les recherches menées autour de l’étang de Thau ont notamment montré qu’une partie des habitats ruraux protohistoriques est localisée à proximité de l’itinéraire repris plus tard par la célèbre Voie Domitienne.

[39]

Chazelles, 1993.

[40]

Arcelin et al., 2003, p. 177.

[41]

Polignac, 1995. Nous nous limiterons seulement à poser la question car l’histoire de l’archéologie a souvent montré les limites d’une démarche fondée sur la prétendue universalité de modèles issus des civilisations méditerranéennes classiques. Et s’ils offrent un cadre d’analyse pratique, on peut se demander si ces modèles sont réellement applicables aux sociétés indigènes du sud de la France.

[42]

Dans le Gard, voir Dedet, 1982 pour la vallée de la Cèze et de la Tave ; Michelozzi et Py, 1980 pour la région de Nîmes ; dans l’Hérault, voir Kotarba, 1998 et Mauné, 1998 pour la vallée de l’Hérault, Bagan, 2004 pour le Biterrois ; dans l’Aude, voir Gailledrat et al., 2003.

[43]

Raynaud, 2003, p. 339. Se pose ici l’épineux problème induit par la notion de territoire ; loin d’être une donnée uniforme, le territoire et ses frontières sans cesse fluctuantes interviennent comme une puissante variable du temps.

[44]

Ce modèle n’a d’ailleurs jamais été mis en évidence et relève uniquement de la construction mentale des archéologues.

[45]

Aux abords de l’Étang de Berre, l’exploitation des étangs et les activités d’élevage pouvaient ainsi être pratiquées à partir de l’agglomération de Saint-Blaise même : Trément, 1999, p. 116.

[46]

Arcelin, 1999 ; Arcelin, 2001.

[47]

Mauné, 1999, p. 118.

[48]

Les comparaisons souvent établies avec la Gaule chevelue paraissent trop décontextualisées. Il est osé de transposer à la Gaule méditerranéenne la description que fait César de l’habitat et de la société de la Gaule septentrionale, avec ses aedifica et ses equites, d’autant plus que cela concerne une époque plus récente que celle que nous étudions.

[49]

Raynaud, 2003, p. 331.

[50]

Bérato et al., 1995, p. 69-70. À l’idée de privatisation, de propriété et de possession, nous préfèrerons celle d’appropriation. La propriété est une idée préconçue qui reflète rarement la réalité des relations foncières dans les sociétés traditionnelles. Norbert Rouland rappelle que « les mécanismes d’appropriation réelle peuvent différer de leur image juridique » : Rouland, 1988, p. 259. Autrement dit, le fait que certains groupes sociaux s’approprient des terres n’implique pas pour autant qu’ils en tirent juridiquement une quelconque propriété.

[51]

Sur la question des champs, voir Boissinot, 2000 ; Poupet et Harfouche, 2000.

[52]

Vignaud, 1998.

[53]

Whimster, 1989. En Gaule septentrionale, l’étude des parcellaires suscite également l’attention des chercheurs : en dernier lieu, voir Buchsenschutz, 2004. Notons que cet intérêt dépasse largement l’Âge du Fer puisque les parcellaires commencent dans le Nord dès le Néolithique.

[54]

Dans le Midi, les traces de parcellaires sont rares, mais on peut envisager que l’absence de fouille extensive autour des habitats occulte bien souvent leur présence. Dès que l’on s’en donne les moyens, les décapages systématiques montrent une organisation réfléchie de la campagne ; les recherches menées par P. Séjalon et son équipe aux abords de l’agglomération de Nîmes sont à ce sujet très prometteuses.

[55]

Mauné, 1999 ; Bérato et Borréani, 2000 ; Petitot et Raux, 2001.

[56]

Py et Vignaud, 1998 ; Conche et al., 2001.

[57]

Vidal et al., 1996, p. 62.

Résumé

Français

Depuis une vingtaine d’années, l’intensification des campagnes de prospections systématiques permet de percevoir de plus en plus nettement l’existence d’un habitat rural dans le Midi de la France. Ce constat, par ailleurs confirmé par la multiplication de fouilles d’établissements ruraux, alimente les problématiques liées aux modalités d’occupation du sol. Quelle est désormais la place respective de l’habitat dispersé et de l’oppidum dans le système de peuplement protohistorique ? La dissémination d’installations rurales sur le territoire est-elle vraiment caractéristique de l’Âge du Fer, ou bien confirme-t-elle un phénomène antérieur ? Son apparition est-elle liée à des mutations économiques et/ou sociales ? Ce qui est sûr, c’est que l’organisation spatiale des communautés protohistoriques se traduit par une diversification des formes de l’habitat dépassant largement le traditionnel binôme oppidum - habitat rural dispersé.

Mots-clés

  • Âge du Fer
  • habitat dispersé
  • occupation du sol
  • oppidum
  • sud de la France
  • système de peuplement
  • territoire politique
  • territoire vivrier

English

In the last twenty years or so, the development of systematic search campaigns has made increasingly clear the presence of a rural habitat in Southern France, a fact which has been independently confirmed through the multiplication of excavations of rural settlements. This new element plays into the debates around modes of land use. What weight should we give, from now on, in the protohistoric population systems, to the oppidum and to scattered settlements respectively ? Was the scattering of rural settlements throughout available space a characteristic of the Iron Age, or was it only a continuation of a previous movement ? Was the appearance of this phenomenon linked to economic and / or social changes? Whatever the case, it is now certain that the spatial organization of protohistoric communities was characterized by a diversification of the forms of habitats which went far beyond the traditional couple oppidum - scattered rural settlement.

Keywords

  • Iron age
  • land occupation
  • populating system
  • scattered settlement
  • oppidum
  • subsistence and political territory
  • South of France

Plan de l'article

  1. L’habitat dispersé : un flou terminologique difficilement surmontable
  2. Les âges obscurs de l’habitat dispersé
    1. Le viie siècle avant J.-C. : l’entrée dans l’Âge du Fer
      1. • De petites communautés dispersées sur le territoire
      2. • Le Languedoc occidental et ses nécropoles
      3. • Des modes d’élevage régionaux ?
    2. Les ive-iiie siècles avant J.-C. : un regroupement des populations sur les oppida
  3. L’habitat dispersé de la fin du premier Âge du Fer : un mythe issu de la prospection ou une réalité archéologique ?
  4. Les rapports entre les installations rurales et les oppida de la fin du premier Âge du Fer : une question ouverte
    1. « De la dispersion au perchement » et « du perchement à la dispersion »
    2. Les établissements ruraux comme satellites de l’oppidum
    3. …mais aussi des postes de surveillance, des sanctuaires et des lieux d’échange
    4. Des installations rurales indépendantes (?) et la question du territoire
    5. L’habitat dispersé comme lieu de résidence de l’aristocratie locale ?
    6. Structure foncière
  5. L’habitat dispersé et l’aménagement du territoire : deux éléments indissociables

Pour citer cet article

Bagan Ghislain, « L'habitat dispersé protohistorique dans le Midi de la France entre le viie et le iiie siècle avant J.-C. », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2007 (Vol. 27), p. 7-36.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2007-1-page-7.htm


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