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Histoire & Sociétés Rurales

2007/2 (Vol. 28)


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Depuis le milieu du siècle passé, l’étude de l’intensification agricole en Europe du Nord-Ouest a fait l’objet d’importants développements historiographiques, d’une part pour situer dans le temps les débuts du processus et, d’autre part, pour en explorer les causes [1][1] Sans parler évidemment de ceux qui tentèrent de la.... Après avoir envisagé ce processus dans le cadre de la crise économique du bas Moyen Âge (xive-xve siècles), on l’a fait remonter progressivement dans le courant du xiiie siècle à la suite de la découverte de mentions significatives plus anciennes témoignant de pratiques agricoles dites « intensives » : culture dérobée de légumineuses ou de plantes industrielles ou culture de ces plantes directement sur la jachère [2][2] Slicher van Bath, 1960. Sur les atteintes à la rotation.... Lancée par la grande synthèse d’histoire rurale de Georges Duby puis confortée par les travaux de Robert Fossier, Alain Derville, Franz Irsigler, Marie-Jeanne Tits-Dieuaide, Bruce Campbell ou Raymond Van Uytven, cette réévaluation chronologique fut confirmée dans un article d’Adriaan Verhulst paru dans les mélanges offerts à Jean-Jacques Hoebanx [3][3] Duby, 1962 (rééd. 1977), vol. 1, p. 187-190 ; Fossier,....

L’intensification : entre agriculture et commerce

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Si la crise économique de la fin du Moyen Âge a pu constituer un temps un cadre d’explication séduisant, il ne pouvait plus en aller de même une fois le phénomène replacé au xiiie siècle. Ce processus d’intensification fut alors associé de plus en plus souvent à l’essor des marchés urbains et à l’émergence d’un premier capitalisme européen, puisque les quelques indices collectés concernent presque toujours des espaces situés à la périphérie d’un ou de plusieurs centres urbains [4][4] Irsigler, 1983 ; Van Uytven, 1984 ; Verhulst, 1975.....

Autour des villes...

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Parmi ces indices, trois exemples nous semblent particulièrement significatifs. Le premier est un contrat de fermage de 1251, par lequel l’abbaye Saint-Pantaléon de Cologne baille sa curtis de Sülz, aux portes de la ville, et autorise le preneur à semer dans la jachère longue 4 à 5 journaux de vesces pour son propre compte, ainsi qu’un à deux journaux pour celui de l’abbaye. L’acte prend bien soin de préciser que le fermier doit clôturer les parcelles semées de vesces et qu’il lui faut fertiliser avec de la marne et du fumier les terres affermées [5][5] Verhulst, 1985, p. 93.. Le deuxième est un autre contrat de fermage (donné sous forme de chirographe), par lequel l’abbaye Saint-Pierre de Gand baille au bourgeois de Lille Jakemon Floket, pour 6 ans, sa curtis d’Ennetières-en-Weppes, située à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Lille. L’acte précise que Jakemon est autorisé, chaque année, à « refroissier », c’est-à-dire à mettre en culture ce qui doit normalement rester en jachère, sept bonniers avec des vesces, soit d’après les estimations d’Alain Derville, la moitié ou le tiers de la sole en jachère [6][6] Derville, 1978 ; Verhulst, 1985, p. 91-92.. Le dernier exemple, un peu plus tardif et bien moins connu, est un accord conclu en mars 1299 entre les abbayes de Cambron et de Saint-Amand au sujet de la dîme de la paroisse de Wodecq située dans le comté de Hainaut, au cœur d’un réseau urbain modeste, mais assez dense, qui comprend des agglomérations comme Renaix, Grammont, Lessines et Ath. L’accord fait suite à une discorde à propos de la mise en culture, à l’initiative de l’abbaye de Cambron, de sept bonniers de jachère, au préjudice de la dîme perçue par les moines de Saint-Amand. À côté de ce constat de dessolement, l’acte contient quelques indications sur les modalités de la perception des dîmes des courtils, dans lesquels on semait des fèves, des vesces, des œillettes, mais aussi des grains [7][7] Platelle, 1962, p. 266 et 307 ; Derville, 1988, p. 363 ;....

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Parmi les spécialistes de la question, Alain Derville est le seul à avoir rejeté l’importance de l’économie urbaine au profit d’une explication plus « agronomique » présentant le processus comme consécutif d’un seuil des capacités naturelles atteint par les riches terroirs de la Flandre wallonne, alors surpeuplés et « surdéfrichés » [8][8] Derville, 1978.. Il se caractérise selon lui par une diminution des surfaces céréalières au profit d’une diversification des cultures et d’un développement de l’élevage, permettant d’augmenter les rendements des productions céréalières [9][9] Id., 1987, et 1999, p. 51-53.. Adriaan Verhulst a par la suite lié ces deux explications du phénomène, faisant de la qualité des sols un fondement du changement et de la demande urbaine un stimulant au dépassement des capacités de l’agriculture extensive [10][10] Verhulst, 1985, p. 98-100 ; id., 1995a, p. 184..

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Depuis cette mise au point (1985), le nouveau cadre chronologique proposé a suscité des réactions diverses. Des chercheurs, britanniques, flamands et normands principalement, l’ont vérifié et nuancé [11][11] Currie, 1988 ; Campbell, 1988 ; Derville, 1995 ; Dejongh.... Certains, comme Erik Thoen, ont discuté plus profondément les raisonnements explicatifs et ont été amenés à intégrer ce processus au sein d’un modèle plus complexe. Pour cet auteur, inspiré par les travaux de Marie-Jeanne Tits-Dieuaide, la demande urbaine, si elle joue un rôle fondamental, ne suffit pas à elle seule à expliquer l’intensification de l’agriculture. Prônant une vision macroéconomique intégrant la demande urbaine dans l’évolution générale des structures politico-économiques, il affirme que l’intensification agricole dans l’ancien comté de Flandre n’a été possible que dans un contexte marqué par une commercialisation accrue de la société et par un niveau d’investissement dans l’agriculture de plus en plus élevé. Un tel contexte fut tributaire de plusieurs facteurs interdépendants : faiblesse des prélèvements seigneuriaux – résultat des rapports de force entre comte, aristocratie et monde urbain en émergence –, multiplication précoce des tenures libres et, surtout, rôle crucial de la pénétration foncière des citadins dans l’hinterland par l’achat de terres et le crédit accordé aux paysans via la rente constituée [12][12] Tits-Dieuaide, 1981, p. 373-376 ; id., 1984, p. 603-606 ;.... D’autres auteurs, enfin, ont insisté sur le fait que la question des innovations culturales n’était pas entièrement résolue et demandait, en particulier, une meilleure connaissance de l’extension géographique de ces dessolements [13][13] Sigaut, 1988, p. 31 et 39 ; Moriceau, 2002, p. 176....

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Deux difficultés essentielles et corrélées subsistent :

  1. la connaissance proprement documentaire de ce phénomène demeure fort théorique, car insuffisamment vérifiée et nuancée par les études régionales. Les mentions précoces retrouvées dans les comtés de Flandre et de Hainaut (Nord de la France et Belgique), dans le comté de Norfolk (Grande-Bretagne), dans les duchés de Normandie (région de Gisors, France) et de Brabant (région de Saint-Trond, Belgique) et dans la région de Cologne (Allemagne) suffisent souvent à généraliser le phénomène à d’autres ensembles [14][14] Par exemple l’excellente synthèse de Leturcq, 2004,... ;

  2. il reste également, et ceci est le point crucial croyons-nous, à identifier au sein de ce processus d’intensification la nature exacte des causes et des acteurs en présence, bref à mettre en lumière des explications profondes permettant de comprendre l’origine et l’essor du phénomène.

Les propos qui suivent n’ont pas l’ambition d’épuiser ce vaste sujet, mais simplement de l’explorer à la lumière d’un document remarquablement explicite de 1258, relatif aux environs de la ville brabançonne de Bruxelles, dont l’analyse fournit des éléments de réflexion que nous souhaitons soumettre au débat. Plus précisément, le document apporte au dossier des informations qui resituent le processus dans un contexte plus pertinent et plus significatif, celui de l’évolution générale de l’agriculture au xiiie siècle, marquée par une forte pression démographique et une croissance urbaine rapide.

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Au-delà de l’explication devenue « classique » du développement du marché par la demande urbaine et par la naissance d’un certain « esprit d’entreprise », quel est le rôle, souvent étudié depuis l’intérieur des murailles, de la pénétration foncière des citadins dans les campagnes périurbaines ? Comme l’a affirmé Erik Thoen, on ne peut répondre qu’en approfondissant l’étude du contexte social et économique [15][15] Thoen, 1997..

La situation en Brabant : un état de la question

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En Brabant, c’est au milieu du xiiie siècle que l’on situe en général le passage d’une agriculture extensive, nourrie par les défrichements, à une agriculture intensive, davantage diversifiée dans ses productions. Dans ce changement, l’urbanisation est généralement investie d’un rôle majeur dans la mesure où elle se poursuit au-delà du milieu du xiiie siècle qui constitue dans le Brabant méridional le point d’arrêt de la mise en exploitation de nouvelles terres [16][16] Verhulst, 1991, p. 57-59.. Le progrès des techniques culturales apparaîtrait alors comme la réponse apportée à la demande des marchés urbains par une économie rurale qui ne peut plus compter sur l’extension de ses terroirs et doit donc chercher à en accroître la productivité. Ces progrès se caractérisent dans les faits par la généralisation d’une rotation régulière des cultures combinant des grains d’hiver dominants (seigle et froment), des céréales de printemps (avoine et orge) et une réduction des temps de jachère au profit d’une importante production non céréalière (cultures fourragères, maraîchères et industrielles – plantes textiles, oléagineuses et tinctoriales). Cette diversification s’accompagne d’un développement de l’élevage, avec un allongement des temps de stabulation et, par conséquent, la possibilité d’un meilleur transfert de matière fertilisante des zones d’élevage vers les zones cultivées [17][17] Steurs, 2004, p. 74-76.. Bien observé dans la région de Bruxelles, ce processus de rééquilibrage du système agro-pastoral est associé à un mouvement d’appropriation, souvent tourmenté, des zones agricoles vouées ou pouvant être vouées à l’élevage (prés de fauche et pâturages) [18][18] Charruadas et Deligne, 2007..

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Cette vue d’ensemble, toutefois, relève en partie d’une extrapolation, puisque les seuls indices connus de pratiques agricoles « intensives » en Brabant (culture de la guède en mode dérobé ou sur la jachère dès la deuxième moitié du xiiie siècle) concernent la région de Saint-Trond [19][19] Van Uytven, 1984 (dossier documentaire d’abord réuni.... Autour de Bruxelles, les études de Marie-Jeanne Tits-Dieuaide et de Michel de Waha ne décèlent les premiers signes de changement qu’à partir du xve siècle, lorsqu’apparaissent les premières traces de culture de légumineuses en plein champ [20][20] Tits-Dieuaide, 1975, p. 82-115 ; id., 1981, p. 371 ;....

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L’acte de 1258 constitue donc clairement un témoignage essentiel. Publié récemment (1993), il est resté peu utilisé par les historiens, alors même que la précocité et la précision des phénomènes qu’il renseigne sont, à l’heure actuelle et à ma connaissance, sans équivalent dans le duché de Brabant. Nous le reproduisons en annexe dans une traduction française.

L’accord pour dîmes de 1258

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L’acte est un règlement d’arbitrage formulé à la suite d’un conflit survenu entre le puissant chapitre canonial de Sainte-Gudule à Bruxelles, fondation ducale et principale église de la ville au xiiie siècle d’une part, et le clerc Henri, prêtre investi de l’église Saint-Jean-Baptiste de Molenbeek et donc prestataire des offices d’autre part, au sujet du partage des revenus de l’autel et des dîmes de cette paroisse.

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Molenbeek-Saint-Jean est une commune située au nord-ouest de Bruxelles. Jadis entité rurale accolée à la ville (la partie orientale de son territoire sera démembrée pour devenir une paroisse urbaine, intra-muros), elle est aujourd’hui intégrée à l’agglomération urbaine bruxelloise et aux 19 communes constituant la Région de Bruxelles-Capitale. Le conflit résulte d’une remise en cause d’un partage antérieur par l’une ou par les deux parties à la suite d’une nouvelle répartition des productions agricoles du terroir molenbeekois.

Légumineuses en plein champ, céréales dans les jardins

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L’évolution évoquée dans l’acte ne relève pas seulement d’un progrès quantitatif de l’agriculture (augmentation de la production, que l’on serait d’ailleurs bien en peine d’essayer de chiffrer), mais bien d’une amélioration qualitative, plus particulièrement d’une modification des pratiques de culture et de leur place dans le finage.

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Le clerc Henri prétend pouvoir disposer de l’intégralité des dîmes des jardins (ortus), des oléagineux (semen) et des légumineuses (legumen), tandis que le chapitre, en sa qualité de patron de l’église, revendique une part de ces dîmes.

Précisions terminologiques

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Avant d’aller plus en avant dans l’analyse du document, discutons de la traduction proposée pour les termes latins ortus, semen et legumen. Si le mot ortus ne semble pas présenter de problème dans le contexte régional – ortus renvoie communément au jardin paysan, attenant au courtil, ou à la parcelle rurale portant généralement la maison paysanne et les bâtiments d’exploitation agricole permettant la culture maraîchère, arboricole et même l’entretien d’un menu bétail [21][21] Delmaire, 1995, p. 235-237 ; de Waha, 1979, p. 240-252 ;... –, le sens à donner aux mentions de semines et de legumines est moins clair, d’autant plus que la terminologie latine est loin d’être univoque.

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Pour les semines – littéralement les semences – il est possible de les identifier à des plantes oléagineuses, du type navet/navette, dont la racine (à proprement parler le navet) pouvait servir à l’alimentation humaine ou comme fourrage et dont, surtout, les graines servaient à la fabrication d’huile (alimentaire ou pour l’éclairage) [22][22] Grand et Delatouche, 1950, p. 364-365 ; Lindemans,.... Ceci explique assez bien l’emploi du terme semen pour désigner la partie dont on faisait l’usage principal [23][23] Lindemans, 1952, vol. 1, p. 436-437.. La culture du navet/navette, encore mal étudiée dans les anciens Pays-Bas, semble toutefois avoir été très répandue en Flandre et en Brabant dès le xiiie siècle (en latin : rapa ou semen raparum ; le passage du mot vers le néerlandais confirme ce sens, navet se disant raap, mais aussi raapzaad, littéralement « semence de navet ») [24][24] Lindemans, 1952, vol. 1, p. 438-441 ; Tits-Dieuaide,....

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Une mention de la fin du xiiie siècle conforte cette identification : en décembre 1299, un règlement de conflit concernant le même chapitre de Sainte-Gudule et portant sur la dîme de la paroisse d’Uccle, voisine de Bruxelles et de Molenbeek, évoque de manière associée la « dîme des navets et des semences de navets » (decima in rapis et seminibus raparum) [25][25] Lefèvre, Godding et Godding-Ganshof, 1993, p. 314-316,.... La présence dans la région de Bruxelles d’un nombre important de moulins à presser (combinant parfois, selon des modalités que l’on ignore précisément, la mouture des céréales et le tordage des graines oléagineuses) va également dans ce sens [26][26] Deligne, 2001, vol. 3, p. 13-25.. Par ailleurs, outre sa racine, les feuilles du navet (loof, kruid) étaient fort appréciées pour leurs qualités fourragères très nutritives, tandis que les tourteaux, résidus de la graine après tordage et extraction de l’huile, étaient peut-être déjà utilisés comme fertilisant, mais non comme fourrage (l’agronome Paul Lindemans, qui a brassé une très vaste documentation, n’atteste pas de cette utilisation) [27][27] Lindemans, 1952, vol. 1, p. 71-72 et 437-439..

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Enfin, le mot legumen pose lui aussi problème par son imprécision, comme d’ailleurs le français « légume ». S’il peut signifier, dans un sens large, toutes les plantes potagères, indistinctement, servant à l’alimentation humaine, il faut vraisemblablement le traduire ici par légumineuse, c’est-à-dire plante à gousses du type pois, fève ou vesce [28][28] Gaffiot, 1934 ; Fuchs et Weijers, 1994, vol. 5, p.....

La logique du partage de 1258

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La répartition revendiquée par le clerc Henri apparaît comme un partage classique : les grosses dîmes, portant sur les productions céréalières, sont en général entre les mains des patrons décimateurs laïcs ou ecclésiastiques, les menues dîmes ou une partie de celles-ci, issues le plus souvent des productions non céréalières – plantes maraîchères, industrielles, ou liées aux produits de l’élevage –, étant laissées au clergé pour son entretien [29][29] Cf. Laenen, 1924, p. 129-131 ; Delmaire, 1995, p. .... Rien d’exceptionnel, à première vue. Pourtant, le texte prend soin de distinguer expressément une dîme des jardins et une dîme portant sur les oléagineux et les légumineuses, ce qui sous-entend que ces deux dîmes ne se recouvraient pas, du moins pas totalement. D’entrée de jeu, le texte fait une distinction entre une dîme portant sur la production des jardins et une autre portant sur les légumes et les légumineuses, que l’on cultivait vraisemblablement hors des jardins maraîchers et des potagers, à savoir dans les champs.

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Après avoir procédé à l’exposé des motifs du conflit, les arbitres présentent leur décision quant à la nouvelle répartition des dîmes et des revenus. La lecture de cette sentence permet de préciser un certain nombre de points. Un insolite chassé-croisé topographique des productions est signalé d’emblée : on constate en effet l’existence de légumineuses en plein champ et de céréales dans les jardins. Le chapitre, en sa qualité de patron décimateur de l’église, se voit confirmer la possession de la dîme des céréales (froment, seigle, orge et avoine) cultivées dans les champs et dans les jardins, de même qu’il reçoit la dîme des légumineuses (pois et fèves) cultivées dans les champs. Seul un neuvième de cet ensemble est accordé au clerc Henri. Plus encore, le deuxième point stipule qu’Henri disposera, pour sa part, tant dans les champs que dans les jardins aujourd’hui enclos, de toutes les dîmes portant sur les oléagineux et les légumineuses, moins la dîme évoquée au premier point.

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Le conflit tire clairement ses origines de cette double évolution de l’affectation traditionnelle des sols du finage molenbeekois : d’un côté, l’introduction de nouvelles cultures dans les champs ; de l’autre, sans doute moins problématique dans le conflit, le développement de jardins où l’on cultive des céréales. Cette évolution pose à l’évidence des problèmes, parce qu’elle rend inefficaces les anciennes catégories de la taxation décimale ou, du moins, l’une des deux parties (sans doute le chapitre) estime-t-elle que cette évolution porte préjudice à ces revenus. Les légumineuses, normalement rangées dans la catégorie des menues dîmes, puisque relevant d’une production non céréalière, se cultivent dorénavant dans les champs et commencent à atteindre une importance suffisante pour attirer l’attention et déclencher la dispute. Des conflits portant sur la « re-catégorisation » décimale de certaines productions agricoles furent, dans les limites de l’ancien Brabant, monnaie courante durant le bas Moyen Âge et l’époque moderne, en particulier en ce qui concerne les légumineuses, reclassées parfois dans la grande dîme [30][30] Laenen, 1924, p. 131-137 ; Grand et Delatouche, 1950,....

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La distinction opérée entre, d’une part, la dîme des pois et des fèves et, d’autre part, la dîme des oléagineux et des légumineuses est pour le moins surprenante. Elle doit s’interpréter sans doute comme un compromis face aux exigences des deux parties vu la singularité de la situation. Comme on vient de le souligner, les arbitres étaient vraisemblablement confrontés à l’inadaptation des anciennes catégories de dîmes, trop rigides sur le plan de la définition spaciale : une dîme des jardins recouvrant une production maraîchère et une dîme des champs avec production céréalière ne pouvaient plus s’appliquer une fois les céréales cultivées dans les jardins et les légumineuses produites dans les champs. Les arbitres ont alors choisi de surimposer à la classification traditionnelle une distinction « catégorielle » : l’ensemble des productions non céréalières, qui constitue précisément la principale pomme de discorde entre les deux parties, est scindé en deux. Le chapitre, qui touchait initialement la dîme céréalière des champs, voit l’annexion à celle-ci de la dîme portant sur les pois et les fèves lorsqu’ils sont cultivés en plein champ ; le clerc, qui touchait auparavant la dîme des productions maraîchères, reçoit dorénavant la dîme des oléagineux et des légumineuses, que l’on étend aux zones de plein champ, hors pois et fèves toutefois, dont la dîme n’est perçue intégralement que lorsqu’ils sont cultivés dans les jardins. Les deux logiques en opposition sont dépassées par l’introduction d’un nouveau cadre de répartition adapté aux dernières transformations agricoles du territoire paroissial.

Cultures dérobées ou cultures sur jachères ?

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Le document demeure discret sur le mode de culture de ces pois et de ces fèves dans les champs. Sont-ils produits en culture dérobée (en association avec les blés d’hiver ou les mars), sur la jachère courte ou bien directement sur la grande jachère ? En fait, ces diverses pratiques pouvaient parfaitement se combiner selon des modalités qui ont sans doute varié d’une année à l’autre, d’une situation à l’autre, d’une moisson à l’autre. Plusieurs arguments incitent toutefois à penser que la culture de ces légumineuses sur la grande jachère est plus que plausible et ne doit pas être écartée. D’abord, le texte de 1258 révèle une production céréalière diversifiée, avec les deux blés d’hiver par excellence (seigle et froment) et les deux blés d’été les plus répandus (orge et avoine). Une telle diversification cadre assez bien avec des pratiques agricoles intensives. Ensuite, le fait que le conflit porte principalement sur l’introduction de légumineuses dans les champs sous-entend déjà un certain niveau de production, forcément plus facile à atteindre sur les jachères. Ceci d’autant plus que la culture des légumineuses en mode dérobé apparaît de plus en plus comme une pratique ancienne, attestée dès le haut Moyen Âge [31][31] Devroey, 2003, p. 104-105 ; Backels, 2005.. On songera, par ailleurs, à la célèbre mention contenue dans la chronique de Galbert de Bruges qui, pour les années 1124-1125, relate que le comte de Flandre Charles le Bon, dans le but de combattre une famine sévissant dans sa principauté,

« ordonna [à l’échelle de tout son comté] que quiconque ensemençait deux mesures de terres au temps des semailles, ensemencerait l’une d’elles en fèves et en pois, parce que ces légumes, poussant plus vite et prêts plus tôt, les pauvres pourraient être nourris plus vite si la misère de la famine et la pénurie ne cessaient pas cette année [32][32] Rider, 1994, p. 11, § 3, trad. française par Gengoux,.... »

On entrevoit dans ce témoignage une culture de légumineuses en mode dérobé sur les mars, voire peut-être pour les remplacer. Les pois et les fèves, comme toutes les plantes légumineuses, présentent la particularité d’avoir des racines qui fixent l’azote atmosphérique par le biais d’une bactérie et le transforment en azote minéral. Une fois la récolte effectuée, les racines laissées en place étaient retournées dans le sol (principe de l’« engrais vert ») et permettaient de régénérer la terre au lieu de l’appauvrir [33][33] Chorley, 1981 ; Mazoyer et Roudart, 2002, p. 421-4.... Plantes polyvalentes, puisque pouvant être utilisées pour l’alimentation humaine ou comme fourrage (dans le cas présent, rien ne permet de préciser plus exactement l’usage qui en était fait), leur culture apparaît essentielle à partir de la fin du Moyen Âge en qualité d’aliment à très haute valeur nutritive [34][34] Constat opéré par la plupart des historiographies européennes :....

Les transformations du finage : vers une économie des produits de jardin ?

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La culture des céréales dans les jardins constitue l’autre aboutissement du chassé-croisé agricole révélé par notre document. Cette innovation ne semble pas avoir constitué une pierre d’achoppement : les céréales sont des productions hors d’atteinte du clergé local (hormis ici le neuvième), tant ils sont attachés à la catégorie des grandes dîmes. Cette innovation pose néanmoins la question de la signification de ce type de culture. Pourquoi donc cultiver dans des jardins, a priori de superficie restreinte, des céréales traditionnellement cultivées sur de grandes coutures ? Dans quelles circonstances et, surtout, pour quels objectifs faut-il envisager cette nouvelle pratique ?

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La réponse n’est pas simple, d’autant que le constat de ce type de culture n’est pas courant et qu’il a été, par conséquent, assez peu commenté jusqu’à présent. À ma connaissance, mis à part l’exemple de Wodecq (1299), seul Bernard Delmaire, prospectant dans la documentation artésienne, fait référence à un tel phénomène pour une période aussi ancienne : dans plusieurs actes s’échelonnant de 1217 à la fin du xiiie siècle, il est fait mention de jardins, enclos ou non, « où poussent des grandes dîmes qui viennent à maturité » ou encore des courtils enclos où l’on récolte des « gerbes à gros lien », donc vraisemblablement des céréales [35][35] Delmaire, 1995, p. 239-240 et p. 243-246, pièces justificatives.... Le constat de l’existence de « courtils labourables », pour reprendre la belle expression de l’auteur, le laisse véritablement perplexe, bien qu’il propose d’interpréter ces indications insolites comme le signe de l’extension des courtils au détriment des champs (jardins dotés d’une clôture, donc plus individualisés qu’auparavant, souligne l’auteur) dans le cadre d’une influence urbaine qui facilite et encourage la commercialisation des produits agricoles [36][36] Ibid..

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On retrouve dans notre acte de 1258 des indications similaires qui prouvent l’existence de courtils labourables : une partie de la dîme des céréales porte également sur les jardins, tandis que certains jardins sont dit « maintenant enclos » (ortus nunc inclusus), sans qu’il soit vraiment possible de savoir si cette précision est caractéristique d’une distinction stricte dans la taxation des courtils – c’est-à-dire qu’Henri ne percevra pour sa part que dans les courtils enclos – ou s’il s’agit d’une précision à la fois vague et générale traduisant la progression d’un mouvement d’enclosure (dont le terme nunc souligne le caractère récent) accompagnant l’expansion des jardins. À l’instar de Bernard Delmaire, nous pensons que le développement de jardins à vocation céréalière et à inscription paysagère nettement individualisée est un indice hautement significatif de la commercialisation des produits agricoles. Ces courtils s’expliquent dans le cadre de pratiques culturales qui ont dépassé celles des jardins paysans à vocation vivrière [37][37] D’une manière générale, cf. Higounet-Nadal, 1989, p. 127-129 ;.... Ils ont acquis des caractéristiques permettant d’y cultiver des céréales de manière profitable et de prélever une dîme sur cette production nouvelle.

Le développement des enclos : par qui, pourquoi ?

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Pour aller plus en avant dans la compréhension de ce phénomène, il faut nous interroger sur la spécificité de cette production par rapport à la production habituelle des champs ? Quels peuvent être les objectifs poursuivis par la clôture ? Une réponse simple vient immédiatement à l’esprit : on clôt une terre, on délimite un espace agricole lorsque l’on souhaite lui appliquer une méthode de travail et de gestion différente de ce qui se pratique dans les champs environnants. L’enclos permet de soustraire une terre de pâture ou un pré de fauche aux usages collectifs et aux communaux. Dans le cas d’une parcelle où l’on sème des grains ou d’autres plantes, l’enclos permet un travail agricole individualisé et intensif, notamment par le recours à des transferts de fertilité plus importants (et sans doute plus exclusifs) et peut-être aussi par l’utilisation d’un outillage plus efficace. Il est en tout cas le signe clair d’une appropriation individuelle [38][38] Antoine, 2000, p. 53 et suiv..

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Dans le cadre de ces pratiques intensives, certains historiens, en particulier du Nord, y ont surtout vu l’œuvre de petits exploitants attentifs à l’optimisation de leur production personnelle, en général facilement négociable sur les marchés urbains, à l’inverse des plus grandes exploitations pratiquant une rotation des terres plus stricte [39][39] Par exemple Verhulst, 1985 ; Thoen, 1992 et 1997 ;.... À y regarder de près, on comprend aisément cette disposition. Pour reprendre les mots d’un aussi bon connaisseur de l’agriculture du Nord qu’Alain Derville : « Les courtils ont été le laboratoire où s’est mise au point l’agriculture flamande et que celle-ci n’est autre chose que la culture des jardins appliquée aux pleins champs » [40][40] Derville, 1995, p. 66.. Or le courtil apparaît par excellence comme l’unité d’exploitation du petit paysan. Au contraire, un historien un peu moins « nordiste » comme Georges Duby voyait dans cette tendance à l’intensification la main coupable des « plus gros exploitants, riches en bêtes, [soucieux] d’utiliser sur leurs seules terres, bien à l’écart des autres, le fumier de leurs vacheries et de leurs bergeries » [41][41] Duby, 1962 (rééd. 1977), vol. 1, p. 198..

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Si l’action des petits comme des grands paysans, stimulée certainement par la demande et le marché urbain, n’est évidemment pas à rejeter, on peut tout de même se demander dans quelle mesure l’on n’a pas affaire également aux conséquences d’une pénétration dans les terroirs villageois d’une élite, essentiellement urbaine, désireuse d’investir dans des parcelles bien individualisées et, par conséquent, offrant un potentiel maximal de profits. Je suis assez enclin à avancer dans cette direction, et cela pour une raison simple : ces courtils ne sont plus seulement de modestes jardins vivriers, mais semblent être devenus dans certains cas des biens convoités.

30

Dans la région de Bruxelles, un certain nombre d’indications montrent des investissements citadins dans l’économie herbagère et courtilière périurbaine dès la deuxième moitié du xiiie siècle [42][42] Par exemple : Martens, 1967, p. 353-355, n° 42, § 9 ;.... À l’instar de Robert Fossier pour la Picardie, estimant que ces courtils ne sont plus l’apanage exclusif des petits ou des moyens paysans, il faut commencer à les envisager dans le cadre d’une véritable « économie de courtils », en passe de devenir un enjeu foncier important pour les élites, rurales certainement, mais également et surtout urbaines [43][43] Fossier, 1968, vol. 1, p. 425-433, spécialement p..... Pour le village voisin d’Anderlecht, par exemple, Michel de Waha, a pu démontrer que ces jardins de cultures intensives étaient loués dès le xiiie siècle pour des sommes considérables comparées aux montants des terres et même des prés [44][44] De Waha, 1979, p. 242.. Pour ma part, j’ai pu constater à Molenbeek, à partir de la deuxième moitié du xiiie siècle, une relative mobilité foncière de certains courtils [45][45] Charruadas, 2004, p. 70-71.. Cette tendance est loin d’être propre à la région de Bruxelles, au contraire.

31

D’un point de vue paysager, la mention de « jardins aujourd’hui enclos » tend à établir l’existence, dès le milieu du xiiie siècle, d’un mouvement d’enclosures ou d’embocagement se faisant sans doute au détriment d’un paysage de type openfield, alors que ce mouvement est généralement attesté dans les anciens Pays-Bas à partir de la fin du xiiie, voire au début du xive siècle [46][46] Verhulst, 1995b, p. 66-67 ; de Waha, 1979, p. 226-228 ;.... L’évolution foncière d’un desertum situé près de l’abbaye bénédictine d’Affligem (extrémité nord-ouest de la région de Bruxelles, aux portes de la Flandre impériale et de la ville d’Alost) témoigne de ce phénomène et des difficultés de maintenir un espace de dépaissance à usage collectif face à l’avancée des appropriations individuelles. En 1169, le duc de Brabant Godefroid III confirmait avoir cédé à l’abbaye cette terre inculte pour qu’elle en fasse un communal [47][47] De Marneffe, 1894-1901, vol. 1, p. 199-201, n° 134. Moins d’un siècle plus tard, dans un acte de juin 1237 renouvelant les biens et privilèges de l’abbaye, le duc Henri II réaffirme la possession de ce désert, en commun avec les habitants du village voisin d’Asse, tout en défendant à quiconque, qu’il s’agisse de lui ou de ses successeurs, de l’abbaye elle-même ou de toute autre personne, de le mettre en culture ou de le clôturer avec des fossés et des haies [48][48] Ibid., vol. 2, p. 556-557, n° 465.. Au début du xive siècle, le mouvement semble bien avancé, comme en témoignent dans le censier ducal de 1321 plusieurs mentions de particuliers payant un cens de communi palude. On peut même se demander si notre desertum n’a pas finalement été démembré et accensé, lorsque l’on découvre dans le même censier, au chapitre réservé aux cens ducaux pour le secteur d’Asse-Affligem, les rubriques intitulées census de thymo, census de nova fossa et pactus siliginis de thymo (thymum, thymone, thymoni signifiant dans la région une terre inculte, une bruyère) [49][49] Martens, 1958, p. 68 et 187, 214-236. Sur le problème....

32

*

33

À l’évidence, ces éléments soulignent l’existence, dès le milieu du xiiie siècle, d’une agriculture qui s’intensifie, s’individualise et tient compte du marché dans les environs de Bruxelles. Notre document apporte au chantier historiographique sur les débuts de l’intensification une confirmation supplémentaire. Plus spécifiquement, dans le cadre de l’ancien duché de Brabant, il semble confirmer le courant du xiiie siècle comme moment-clé du passage d’une agriculture extensive à une pratique agricole plus intensive. Le chassé-croisé entre légumineuses et céréales atteste une diversification certaine et des pratiques nouvelles promises à un bel avenir [50][50] Tits-Dieuaide, 1981 et 1984..

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La proximité de la ville ne peut pas échapper à l’attention du lecteur. Toutefois, cette intensification ne semble pas uniquement se produire sous la pression d’une demande urbaine (suppression, du moins partielle, de la longue jachère, au profit d’une culture de légumineuses et de plantes fourragères et industrielles) ; elle pourrait être également le résultat d’une pénétration des investissements opérés par certaines fortunes, sans doute davantage urbaines que rurales, dans un secteur jugé productif et éminemment rentable (des jardins, de plus en plus souvent enclos, à productivité élevée et diversifiée). La terre constitue pour les investisseurs de toute nature l’une des assises essentielles pour les rentes et les prêts d’argent. Cet impératif « financier », qui impose de plus en plus à la terre de faire « de l’argent », doit inciter à s’interroger davantage sur les répercussions possibles de cette nouvelle donne sur les pratiques culturales traditionnelles et, d’une manière plus globale, sur les conséquences de l’imbrication grandissante des sociétés rurales et urbaines [51][51] Vaste bibliographie sur le sujet : cf. en dernier lieu.... Quoi qu’il en soit, ce vaste mouvement d’intensification, pour être confirmé, nuancé et appréhendé pleinement, a encore besoin de recherches plus approfondies à l’échelle des nombreuses périphéries urbaines en Europe du Nord-Ouest.

35

Comme Adriaan Verhulst dans la conclusion de son article de 1985, il faut souligner combien ce constat nuance le mouvement de « céréalisation » de l’Occident, que l’on présente en général comme caractéristique de la période des grands défrichements (xe-xiiie siècle) [52][52] Verhulst, 1985, p. 100. Voir par exemple : Contamine,.... En fait, si le système céréalier qui se met en place à ce moment est à juste titre un processus important, sa mention laisse peu de place à la diversification qui s’impose pourtant à partir du xiiie siècle et qui le voit alors partiellement dilué par l’émergence d’une agriculture commerciale, laquelle s’appuie sur le déploiement de productions non céréalières (dont le caractère spéculatif n’est plus à démontrer [53][53] Cf. Faucher, 1949, p. 212-251 ; Leturcq, 2004, p. ...) et sur le développement fondamental de l’élevage [54][54] Génicot, 1968, p. 341-342 ; Verhulst, 1975.. Sur ce dernier point, il faut remarquer qu’on assiste, à partir du xiiie siècle, à un rééquilibrage du système agro-pastoral en sa faveur [55][55] Verhulst, 2002, p. 66.. Ce phénomène, bien observé en Brabant et autour de Bruxelles, reste à explorer dans de nombreuses régions, tout comme il est indispensable d’appréhender ce qui a été trop négligé par le passé : les liens étroits qui unissent agriculture et élevage [56][56] Steurs, 2004, p. 73-76. Sur cette importance dans la.... L’acte de 1258 est contemporain de ces bouleversements, et ce n’est pas un hasard. Il se fait indirectement le témoin de l’une des évolutions agraires les plus importantes de l’Ancien Régime.


Annexe

1er avril 1258 - Réglement du litige entre le chapitre de Sainte-Gudule et Henri, prêtre de Molenbeek-Saint-Jean (traduction)

36

Godescalc, abbé de Jette, et Maurice, trésorier du chapitre de Sainte-Gudule de Bruxelles, statuent en tant qu’arbitres sur le litige qui oppose le dit chapitre à Henri, prêtre chargé de la paroisse de Molenbeek-Saint-Jean, à propos des revenus de cette église.

37

Édition : Lefèvre, Godding et Godding-Ganshof, 1993, p. 112-114, n° 95.

38

Bibliographie : Wauters, 1971, vol. 3A, p. 22 ; Verbesselt, 1965, vol. iv, p. 179-182, 196 ; Despy, 1983, vol. 2, p. 1702 ; de Waha, 1995, p. 1068-1071 ; Charruadas, 2004, p. 66-67 et 77-78.

39

À tous ceux qui verront les présentes lettres, Godescalc, par la patience de Dieu abbé de Jette, de l’ordre de Prémontré, et Maurice, trésorier de l’église de Bruxelles, font connaître la vérité. Les réalisations des hommes sont instables et fragiles, lorsqu’elles n’ont pas été perpétuées de vive voix ou par le témoignage de lettres. C’est pourquoi nous voulons que parvienne à la connaissance de chacun qu’une action en justice ayant été entamée entre les vénérables hommes Amaury, doyen, et le chapitre de Sainte-Gudule de Bruxelles d’une part, et Henri, clerc investi de l’église de Molenbeek d’autre part, au sujet de certaines offrandes à l’autel de ladite église de Molenbeek et d’autres revenus que lesdits doyens et chapitre [disaient] leur [revenir] en qualité de patrons de ladite église, et au sujet des dîmes des jardins, des semences et des légumes (super decimis ortorum, seminum seu leguminum) produits dans ladite paroisse, que le même clerc investi disait revenir à lui seul, enfin, lesdites parties renonçant complètement pour le bien de la paix à toute cause introduite et même à toute cause devant être introduite à propos des différends évoqués plus haut, se sont accordées mutuellement sur nous en tant qu’arbitres de ladite dispute, promettant alors par la foi et par le serment d’observer strictement notre dit ou arbitrage prononcé sur ladite controverse. Et nous, cédant aux prières des dites parties, ayant pris sur nous la charge d’arbitre, accédant personnellement à ladite église de Molenbeek, y ayant écouté ainsi les propositions [des parties] et ayant interrogé attentivement les témoins présentés par l’une et l’autre partie le jour fixé pour cela, nous avons rendu notre dit de cette manière :

40

[1] que les susdits doyen et chapitre, qui sont patrons de l’église de Molenbeek, auront et percevront pour toujours dans les jardins et les champs de ladite paroisse la dîme de tout le blé et du grain, à savoir du froment, du seigle, de l’orge et de l’avoine (in ortis et culturis dicte parrochie decimam tocius bladi et annone, scilicet frumenti, siliginis, ordei et avene), et avec cela, dans les champs, la dîme des pois et des fèves (et cum hoc in culturis decimam pisarum et fabarum), à l’exception de la neuvième part qui appartient depuis longtemps au clerc investi en vertu du droit paroissial.

41

[2] Le susdit clerc investi aura et recevra de la même manière, dans les jardins aujourd’hui enclos de la paroisse et dans les champs (in ortis dicte parrochie nunc inclusis et in culturis), toutes les dîmes des semences et des légumes, à l’exception des dîmes du blé et du grain mentionnées ci-dessus (omnes decimas seminum et leguminum preter decimas bladi et annone superius expressas), et avec cela les dîmes des fèves et des pois dans les jardins susmentionnés (et cum hoc fabarum et pisarum decimas in ortis supradictis).

42

[3] Le même clerc investi tiendra également à ferme la partie des offrandes et des petites dîmes (portionem oblationum et minutarum decimarum) qui revient aux dits patrons avec les dîmes susdites aussi longtemps qu’il sera investi de ladite église, contre un cens annuel de 10 s. de Bruxelles à payer chaque année à la Noël au doyen et au chapitre.

43

[4] Et s’il arrivait que ledit clerc investi échange son église de Molenbeek contre un autre bénéfice ecclésiastique, lesdits doyen et chapitre augmenteront jusqu’à 5 s. de Bruxelles le cens susdit, de telle sorte que celui qui sera établi à la place du dit investi en ladite église s’acquittera chaque année au doyen et au chapitre de 15 s. pour ledit cens aussi longtemps qu’il vivra. Et après le décès du même investi, il pourront augmenter ledit cens selon ce qui sera le plus avantageux pour eux.

44

Pour que ces choses demeurent constantes et fixes, nous, arbitres, avons rendu ferme la présente charte par nos sceaux, avec les sceaux des susdits doyen et chapitre, ainsi que du vénérable père monseigneur Jean, abbé d’Affligem, lequel ledit clerc investi a demandé qu’il soit apposé. Donné et fait au lendemain du premier dimanche après Pâques de l’an 1258.


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Notes

[*]

Université Libre de Bruxelles/Politique scientifique de l’État belge, Pôle d’attraction interuniversitaire VI/32, Faculté de Philosophie et Lettres, Département d’Histoire, d’Art et d’Archéologie, CP 175/01, Avenue F. D. Roosevelt, 50, B-1050 Bruxelles, Belgique. Courriel : <paulo. charruadas@ ulb. ac. be>.

[**]

Ce texte doit beaucoup à ceux qui ont bien voulu le relire et qui, par leurs conseils et leurs encouragements, ont fait d’une simple note de quelques pages un article plus approfondi. Je remercie évidemment mes professeurs à Bruxelles, Michel de Waha et Claire Billen, qui accompagnent mes projets scientifiques depuis mes débuts dans la recherche. Au sein du comité de rédaction de la revue Histoire et Sociétés Rurales, je fais une mention spéciale et chaleureuse à Jean-Marc Moriceau, Mathieu Arnoux et Christophe Maneuvrier pour leur encadrement critique mais toujours fécond.

[1]

Sans parler évidemment de ceux qui tentèrent de la quantifier : cf. par exemple Van der Wee et Van Cauwenberghe, 1978 ; Verhulst et Vandenbroeke, 1978.

[2]

Slicher van Bath, 1960. Sur les atteintes à la rotation traditionnelle dans l’espace des anciens Pays-Bas : Lindemans, 1952, vol. 1, p. 102 et suiv.

[3]

Duby, 1962 (rééd. 1977), vol. 1, p. 187-190 ; Fossier, 1968, vol. 1, p. 426-428 ; Derville, 1978 et 1988 ; Irsigler, 1983 ; Tits-Dieuaide, 1981 et 1984 ; Campbell, 1983 ; Van Uytven, 1984 ; Verhulst, 1985, p. 89-100. Cf. également, centré sur l’agriculture flamande, Tits-Dieuaide, 1984, p. 599-602.

[4]

Irsigler, 1983 ; Van Uytven, 1984 ; Verhulst, 1975. Sur le développement du capitalisme européen : Duby, 1962 (éd. 1977), vol. 1, p. 189 ; Britnell et Campbell, 1995 ; Hoppenbrouwers et Luiten van Zanden, 2001.

[5]

Verhulst, 1985, p. 93.

[6]

Derville, 1978 ; Verhulst, 1985, p. 91-92.

[7]

Platelle, 1962, p. 266 et 307 ; Derville, 1988, p. 363 ; Arnoux, 1997, p. 138-139.

[8]

Derville, 1978.

[9]

Id., 1987, et 1999, p. 51-53.

[10]

Verhulst, 1985, p. 98-100 ; id., 1995a, p. 184.

[11]

Currie, 1988 ; Campbell, 1988 ; Derville, 1995 ; Dejongh et Thoen, 1999, p. 34-38 ; Arnoux, 1997, p. 136 ; Delisle, 1851, p. 693, n° 13 (mention retrouvée récemment par Christophe Maneuvrier).

[12]

Tits-Dieuaide, 1981, p. 373-376 ; id., 1984, p. 603-606 ; Thoen, 1992, p. 64-67 ; id., 1997, p. 82-85 ; id., 2001 ; Hoppebrouwers, 2004, p. 113-118 pour le cas du Brabant.

[13]

Sigaut, 1988, p. 31 et 39 ; Moriceau, 2002, p. 176-178.

[14]

Par exemple l’excellente synthèse de Leturcq, 2004, p. 46-47.

[15]

Thoen, 1997.

[16]

Verhulst, 1991, p. 57-59.

[17]

Steurs, 2004, p. 74-76.

[18]

Charruadas et Deligne, 2007.

[19]

Van Uytven, 1984 (dossier documentaire d’abord réuni par Hoebanx, 1966, p. 1174-1176). Sur la guède dans l’industrie textile médiévale, cf. Herbillon et Joris, 1964.

[20]

Tits-Dieuaide, 1975, p. 82-115 ; id., 1981, p. 371 ; de Waha, 1979, p. 223-229.

[21]

Delmaire, 1995, p. 235-237 ; de Waha, 1979, p. 240-252 ; Charruadas, 2004, p. 82-85.

[22]

Grand et Delatouche, 1950, p. 364-365 ; Lindemans, 1952, vol. 1, p. 436-437, vol. 2, p. 269-270 ; Derville, 1999, p. 61 ; de Waha, 1979, p. 59 et 251.

[23]

Lindemans, 1952, vol. 1, p. 436-437.

[24]

Lindemans, 1952, vol. 1, p. 438-441 ; Tits-Dieuaide, 1981, p. 366 ; Thoen, 1988, vol. 2, p. 725-733 ; id., 1992, p. 54-56 ; Derville, 1999 ; Fuchs et Weijers, 2002, vol. 7, p. 4129 ; Stirling, 1998, vol. 4, p. 11-12.

[25]

Lefèvre, Godding et Godding-Ganshof, 1993, p. 314-316, n°468.

[26]

Deligne, 2001, vol. 3, p. 13-25.

[27]

Lindemans, 1952, vol. 1, p. 71-72 et 437-439.

[28]

Gaffiot, 1934 ; Fuchs et Weijers, 1994, vol. 5, p. 2777.

[29]

Cf. Laenen, 1924, p. 129-131 ; Delmaire, 1995, p. 233.

[30]

Laenen, 1924, p. 131-137 ; Grand et Delatouche, 1950, p. 329-330.

[31]

Devroey, 2003, p. 104-105 ; Backels, 2005.

[32]

Rider, 1994, p. 11, § 3, trad. française par Gengoux, 1978, p. 79 et commentaire du passage par Thoen, 1994, p. 169.

[33]

Chorley, 1981 ; Mazoyer et Roudart, 2002, p. 421-423.

[34]

Constat opéré par la plupart des historiographies européennes : Fossier, 1968, vol. 1, p. 427 ; Harvey, 1984, p. 96 ; Ruas, 1992, p. 23-24 ; Thoen, 1992, p. 52 ; Cortonesi, 1996, p. 419-426 ; Campbell, 2000, p. 228-230.

[35]

Delmaire, 1995, p. 239-240 et p. 243-246, pièces justificatives n° 3 et n° 5.

[36]

Ibid.

[37]

D’une manière générale, cf. Higounet-Nadal, 1989, p. 127-129 ; Dyer, 1989, p. 149-150. Pour la région de Bruxelles, cf. de Waha, 1979, p. 242 ; Charruadas, 2004, p. 83-85.

[38]

Antoine, 2000, p. 53 et suiv.

[39]

Par exemple Verhulst, 1985 ; Thoen, 1992 et 1997 ; Derville, 1995.

[40]

Derville, 1995, p. 66.

[41]

Duby, 1962 (rééd. 1977), vol. 1, p. 198.

[42]

Par exemple : Martens, 1967, p. 353-355, n° 42, § 9 ; Charruadas, 2004, p. 68-73, 78, 82-83, 87-90, en particulier p. 110-113.

[43]

Fossier, 1968, vol. 1, p. 425-433, spécialement p. 425.

[44]

De Waha, 1979, p. 242.

[45]

Charruadas, 2004, p. 70-71.

[46]

Verhulst, 1995b, p. 66-67 ; de Waha, 1979, p. 226-228 ; id., 1989, p. 94. À une échelle géographique plus grande, cf. Zadora-Rio, 1991, p. 177-183.

[47]

De Marneffe, 1894-1901, vol. 1, p. 199-201, n° 134.

[48]

Ibid., vol. 2, p. 556-557, n° 465.

[49]

Martens, 1958, p. 68 et 187, 214-236. Sur le problème des communaux en Brabant et leur mise à mal par les intérêts particuliers, cf. Nieus, à paraître, ainsi que Charruadas et Deligne, 2007.

[50]

Tits-Dieuaide, 1981 et 1984.

[51]

Vaste bibliographie sur le sujet : cf. en dernier lieu Wrigley, 1991 ; Rösener, 2001 ; Billen, 2006.

[52]

Verhulst, 1985, p. 100. Voir par exemple : Contamine, Bompaire, Lebecq et Sarrazin, 2003, p. 176-177. Une exception notable : Fossier, 2004a, p. 38-40.

[53]

Cf. Faucher, 1949, p. 212-251 ; Leturcq, 2004, p. 27-28.

[54]

Génicot, 1968, p. 341-342 ; Verhulst, 1975.

[55]

Verhulst, 2002, p. 66.

[56]

Steurs, 2004, p. 73-76. Sur cette importance dans la région de Bruxelles et sur le développement du groupe des bouchers, cf. Charruadas et Deligne, 2007 ; Deligne, Billen et Kusman, 2004, p. 69-92. Moriceau, 1999 ; et Brunel, 1999.

Résumé

Français

Les dernières recherches s’accordent pour situer au milieu du xiiie siècle les débuts de l’intensification agricole en Europe du Nord-Ouest. Les explications sont en revanche moins unanimes. L’ambition de cet article est d’approcher le phénomène à la lumière d’un document exceptionnel de 1258 concernant la région de Bruxelles. Il fournit des éléments de réflexion qui replacent le processus dans un contexte plus large, celui de l’évolution de l’agriculture au xiiie siècle et l’influence grandissante des centres urbains.

Mots-clés

  • Brabant
  • Bruxelles
  • commercialisation
  • économie rurale et urbaine
  • élevage
  • intensification
  • Moyen Âge
  • nouvelles cultures

English

There is a general consensus among researchers nowadays that the beginnings of agricultural intensification in North-Western Europe go back to the mid-xiiith century. One can find no such consensus when iit comes to the explanations of this phenomenon, however. This short paper aims at approaching it through the lens of an exceptional source from 1258, bearing on the Brussels area. This document includes several elements which should prompt us to reset the process of intensification within the larger framework of the evolution of agriculture during the xiiith century under the growing influence of urban centers.

Keywords

  • Brabant
  • Brussels
  • cattle raising
  • intensification
  • market exchange
  • Middle Ages
  • new cultivation methods
  • rural and urban economies

Plan de l'article

  1. L’intensification : entre agriculture et commerce
    1. Autour des villes...
  2. La situation en Brabant : un état de la question
  3. L’accord pour dîmes de 1258
    1. Légumineuses en plein champ, céréales dans les jardins
    2. Précisions terminologiques
    3. La logique du partage de 1258
    4. Cultures dérobées ou cultures sur jachères ?
    5. Les transformations du finage : vers une économie des produits de jardin ?
    6. Le développement des enclos : par qui, pourquoi ?

Pour citer cet article

Charruadas Paulo, « Champs de légumes et jardins de blés. Intensification agricole et innovations culturales autour de Bruxelles au xiiie siècle», Histoire & Sociétés Rurales 2/2007 (Vol. 28) , p. 11-32
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2007-2-page-11.htm.


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