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Histoire & Sociétés Rurales

2007/2 (Vol. 28)


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Au xixe siècle, la classe la plus représentée dans la peinture européenne est la classe paysanne et au xxe siècle les toiles qui évoquent la paysannerie ou le monde rural ne sont pas rares [1][1] Bretell et Bretell, 1983 ; Bernard, 1990 ; Le Roy Ladurie,.... Par ailleurs, on rencontre dès la fin du xviiie siècle des dessins à caractère ethnographique consacrés à la vie rurale et aux gestes paysans [2][2] Comme ceux du Normand Lequeu (1757-1825), du Breton.... Ces documents, peu analysés par les ruralistes pour le moment, sont concurrencés aujourd’hui par la vogue des affiches publicitaires agricoles. L’écomusée de la Bresse bourguignonne, qui en possède environ 300, s’en est fait une spécialité depuis une vingtaine d’années [3][3] Rivière, 1988, 1995 et 1999 ; Bleton-Ruget, 1988 ;.... À son tour le Conservatoire du machinisme et des pratiques agricoles de Chartres (compa) vient de leur consacrer une exposition et d’en publier le catalogue [4][4] Le Paysan…, Somogy, 2006, avec des articles de Gérard....

La collection de Philippe Brugnon

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La collection, dont le compa n’a présenté qu’une partie, est impressionnante : près de 1 400 affiches réunies par Philippe Brugnon autour de ce qu’il a estimé agricole, concernant un seul pays (la France à 70 %) et sur une période qui va de la fin du xixe siècle au milieu du siècle suivant. C’est un fait : ces affiches, où les saynètes abondent, sont plus séduisantes aux yeux de nos contemporains que les dessins et peintures austères signalés ci-dessus. L’examen de ces images naïves et grossièrement colorées fait plaisir ; elles évoquent un monde englouti, mais encore présent dans les mémoires, qui est autant celui du monde rural que celui des images de l’enfance et de l’école primaire. On comprend que ces affiches aient trouvé une place de choix dans les musées d’agriculture et dans les livres d’images qu’affectionne le public populaire. Ce sont par essence des illustrations, non des peintures, au point que les mêmes peuvent « illustrer » des propos variés, mais présentent-elles de l’intérêt pour l’histoire rurale ? Sont-elles une source d’information au même titre que les enluminures chères à Perrine Mane ou les Albums de Croÿ[5][5] Mane, 2006 ; Moriceau, 1997. ? N’en disent-elles pas davantage sur leurs commanditaires ou la publicité naissante que sur les campagnes ? Avant de répondre à cela, il faut commencer par les définir et les classer.

Commerce et propagande

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On entend par « affiches agricoles » des affiches 1? qui s’adressent aux agriculteurs pour les inciter à acheter des machines, des services ou des produits destinés à l’agriculture et 2? des affiches qui ne s’adressent pas spécifiquement à eux ou qui ne sont pas commerciales, mais qui présentent des images du monde paysan, images de propagande pour l’école, simples gravures sans texte, etc. (tableau 1).

Tableau 1 - Les 1 372 affiches agricoles de la collection BrugnonTableau 1
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Pour ne pas tomber dans la confusion et attribuer aux unes ce qui est propre aux autres, il convient donc de distinguer d’abord les affiches commerciales des affiches de propagande, de procéder ensuite méthodiquement à leur analyse secteur par secteur et de les replacer dans le contexte économique qui est à l’origine de leur apparition. Les affiches commerciales proposent avant tout des objets et non des idées générales comme le fait la propagande. Dès que l’on opère cette distinction, l’imagination vagabonde moins, les surinterprétations perdent de leur intensité. C’est pourquoi dans ce qui suit, il va surtout être question de la partie gauche du tableau 1 et plus spécialement des machines et du matériel agricoles qui en constituent presque la moitié, secteur qui ne m’est pas étranger [6][6] J’ai travaillé sur l’histoire de la mécanisation en....

Les affiches commerciales

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Qu’est-ce qu’une affiche ? Le mot, dans le sens qui nous intéresse ici, apparaît sous la Monarchie de Juillet, de même que « réclame » et « publicité ». C’est une feuille publicitaire destinée à être apposée sur un support et présentée au public. On dit aussi à l’époque « affiche-réclame » ou, plus curieusement, « tableau », ce qui lui confère un aspect « pédagogique ». Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, l’exposition d’affiches à l’extérieur de bâtiments privés est soumise à une taxe, ce qui témoigne de leur grande diffusion. Beaucoup de nos affiches indiquent en petites lettres qu’on ne peut les apposer à l’extérieur ou dans un lieu public sans les timbrer.

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Sous la IIIe République, l’envahissement des villes par les très grandes publicités murales et les affiches est bien connu, mais la plupart de celles auxquelles nous avons affaire ne sont que des affiches ou des calendriers-affiches d’intérieur et de petites dimensions (en moyenne 70 à 80 cm de haut, 60 à 70 cm de large), ce qui explique qu’elles aient pu se conserver jusqu’à nos jours. Les fabricants d’affiches sont rapidement assez sollicités pour se professionnaliser d’abord sous l’appellation d’« affichiers » (1866), puis d’« affichistes » (1904). Ces quelques dates donnent une idée de l’histoire de nos affiches illustrées et des évolutions sous-jacentes dont elles sont le produit.

Production, distribution, réception

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D’ordinaire, les commentateurs ne se posent pas de question sur l’origine des affiches commerciales, leur distribution, ni leur réception, parce qu’ils cherchent avant tout à mettre en évidence les préjugés qu’elles contiennent ou à les transformer abusivement en objet dignes des beaux-arts. L’influence des États-Unis et de l’Angleterre dans la naissance de la publicité agricole en Europe n’est pas facile à cerner, mais dans les années 1900 les firmes américaines sont si nombreuses dans le secteur des machines qu’elle n’est pas négligeable et nos fabricants connaissent bien les revues de machinisme agricole anglaises et américaines auxquelles ils sont abonnés à la fin du xixe siècle. Les affiches du constructeur américain Plano, qu’expose son concessionnaire exclusif en France, Algérie et Tunisie, sont encore imprimées à Buffalo aux États-Unis et celles de la faucheuse du Canadien Massey à Toronto [7][7] Plano : Le Paysan…, 2006, p. 83 ; Massey, Journal d’agriculture.... La prolifération des publicités par affiches est favorisée par les progrès des systèmes d’impression et de la qualité des papiers. Du point de vue économique, elles révèlent l’offre, le développement des fabriques devenues « usines » au cours du xixe siècle, mais aussi la demande – n’en déplaise à ceux qui croient encore à la « routine paysanne » –, les besoins des cultivateurs, leur soif de modernisation [8][8] Béaur, 2006..

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Qui recourt à ces affiches ? À combien d’exemplaires sont-elles tirées quand, dans les années 1920, les établissements Amouroux de Toulouse (machines de récolte) revendiquent 1 586 agents en France et à l’étranger ? Quelle est leur distribution régionale ou départementale ? Il est difficile de répondre à cela pour le moment. Il est évident qu’il ne sert à rien de se faire connaître par voie d’affiches dans tout le pays et au-delà si l’on ne peut produire suffisamment ou si la fabrication est inadaptée à des régions lointaines [9][9] Voir la diffusion des instruments Bodin de Rennes au.... Le nombre d’affiches agricoles et leur visibilité s’est réduit peu à peu avec la concentration des commerçants intermédiaires et la diminution du nombre des paysans. Alors que dans la première moitié du xxe siècle, les fabricants se manifestaient sur deux supports (affiches et revues), aujourd’hui ils préfèrent insérer des encarts publicitaires dans des revues comme La France agricole ou Cultivar. Leurs publicités sont plus simples (sans saynètes) et plus abstraites, la machine ou le produit de traitement sont souvent présentés seuls et en gros plan [10][10] Prével, 2005, p. 90-119..

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Si l’on rencontre dans les revues consacrées à l’agriculture du premier xxe siècle les mêmes fabricants que ceux qui ont commandé les affiches, on y trouve rarement ces affiches-là. Dans les revues françaises de machinisme qui apparaissent vers 1900, les publicités sont très nombreuses, dessins ou photos en noir et blanc [11][11] Principalement La Mécanique rurale et Le Marchand de.... Il y a bien des encarts publicitaires, mais jamais colorés, seulement parfois quelques aplats monochromes. Longtemps, les gravures populaires sont en noir et blanc [12][12] Le Men, 2002.. L’affiche apporte la couleur sur un mode réaliste en singeant la peinture. Les charrues Vivet (Châtillon-sur-Loing, Loiret) présentent encore ces deux mondes sur la même affiche [13][13] Rivière, 1999, p. 9.. L’affiche-réclame colorée est l’équivalent dans le domaine du son du tambour du garde-champêtre. Pour se distinguer, certaines recourent parfois à la photographie en noir et blanc.

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Ces affiches ont-elles eu de l’influence sur les récepteurs ? Elles en ont sûrement eu sur les intermédiaires (artisans et commerçants), car elles sont faites pour les encourager à militer davantage pour le progrès mécanique. L’affiche commerciale cherche d’abord à plaire à son commanditaire et aux intermédiaires. C’est eux qu’elle doit convaincre du bien-fondé de leurs intentions (l’acte commercial, toujours suspecté), lorsqu’ils se mettent en avant et proposent quelque chose à la vente sous le prétexte d’améliorer le sort de l’agriculteur, sans qu’aucune somme d’argent ne soit jamais évoquée. Ce renfort doit leur fournir assez de force pour convaincre l’acheteur (agriculteur ou entrepreneur de travaux agricoles) : un monde (plus heureux), comme sur l’affiche, contre un objet. De l’argent est en jeu, qui va changer de poche, ce que la publicité est chargée de faire oublier. Strictement parlant, le bonheur n’a pas de prix. Le vendeur promet seulement d’assurer « la fortune » du paysan.

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En fait, les affiches comptent peu pour les agriculteurs, qui préfèrent dans un premier temps examiner les instruments lors des foires et des marchés ou dans leur voisinage. S’ils peuvent voir des affiches, c’est surtout dans les mairies – alors elles ne sont pas commerciales –, ou dans les cafés, mais elles ne concernent pas l’agriculture. Les fabricants ont cherché aussi parfois à atteindre les élèves des écoles primaires rurales ; c’est surtout le cas des Potasses d’Alsace qui ont longtemps fourni des buvards publicitaires dans toute la France.

Des propriétaires modèles aux usines modèles

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Au xixe siècle, l’information destinée aux choses de l’agriculture passe d’abord par les notables et les propriétaires abonnés aux bulletins des principales sociétés d’agriculture du pays, aux Annales de Roville, puis de Grignon, etc. Les premiers fabricants leur envoient aussi leur catalogue (Lotz, Le Docte, Bodin, semoirs Hugues, etc.). Après avoir fait le tri, ils publient ce qu’ils estiment valable pour leur région, tout en l’expérimentant eux-mêmes. Les comices et les foires encouragent certaines productions animales et végétales, et aussi l’utilisation d’instruments aratoires « perfectionnés », puis de machines agricoles [14][14] Bourrigaud, 1993 ; Bourdon, 1993.. On récompense non seulement les propriétaires « modèles », mais aussi les fabricants d’instruments et ceux qui les vendent, comme Pilter, installé dans le Pays d’Auge dès 1880 [15][15] Bourdon, 1993, p. 476..

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Les affiches, en court-circuitant les notables, tentent de s’adresser aux agriculteurs les plus importants par l’intermédiaire de leurs maréchaux-ferrants, forgerons, quincailliers, mécaniciens, marchands-réparateurs, etc. Ces artisans ruraux, auxquels sont destinées aussi les revues de machinisme, sont souvent les premiers à militer pour les « mécaniques » et n’hésitent pas à vendre des machines étrangères, les constructeurs français s’en inquiétant vivement. Dans les années 1920, le Syndicat des marchands-réparateurs revendique 3 000 adhérents et estime à 9 000 les commerçants qui lisent sa revue Le Marchand de machines agricoles[16][16] Entre les deux guerres, le réseau des marchands-réparateurs.... La décennie suivante, cette revue commence à établir des « palmarès de longévité » en présentant les plus anciennes maisons de marchands-réparateurs pour montrer que ceux qui ont pris le risque de la « nouveauté » ont eu raison. Ils sont devenus agents, dépositaires, représentants, concessionnaires de telle ou telle marque, tandis que d’autres se sont lancés dans la fabrication.

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Instruments agricoles, outillage, remorques, moteurs, carburant, semences, engrais, amendements, aliments du bétail, pesticides, ficelles, etc., l’offre s’accroît. Gougis (semoirs et distributeurs d’engrais) vend en dix ans (1921-1931) dans les 6 départements du Bassin Parisien deux fois plus d’appareils que pendant les 50 années précédentes. La Statistique agricole enregistre également l’augmentation des achats (tableau 2).

Tableau 2 - Parc de divers matériels agricoles (1892-1970)Tableau 2
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L’agriculture est un grand marché pour l’industrie. Après l’ère des machines anglaises au xixe siècle, vient celle des machines américaines et de tout ce qui provient du continent américain, au point qu’un nouveau scarificateur va être appelé un « canadien » et que le râteau-faneur passe pour être d’origine américaine [17][17] On parle aussi de « laque américaine », de « lactine.... La concurrence est rude et les fabricants français qui peuvent se le permettre recourent à l’affiche-réclame pour essayer de se faire connaître davantage, ceux qui reviennent le plus dans la collection Brugnon étant Puzenat (19 affiches), Renault (10), Dollé (8), Garin (7) et Amouroux (6) [18][18] Puzenat : machines de récolte à Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire) ;.... Dans son éditorial de juillet 1921, La Mécanique rurale s’inquiète du fait que les Américains et les Allemands « font de la publicité à outrance » en France pour leurs machines agricoles. La concurrence touche aussi les intermédiaires. Pour lutter contre l’influence des coopératives et des syndicats agricoles, les marchands-réparateurs lancent une campagne d’affiches sur l’utilité de leur corporation [19][19] Le Marchand de machines agricoles, mars 1927..

Comment analyser ces affiches ?

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Les éléments qui composent ces affiches doivent être relevés systématiquement afin de guider l’analyse et de ne pas rester à la merci de ses impressions. Une affiche commerciale présente d’une part l’objet à vendre (parfois son plan en coupe) et éventuellement des personnages mis en scène dans un « décor ». Cela serait vain si aucune information écrite n’apparaissait. Une affiche commerciale sans aucun texte n’a pas de sens pour qui la regarde. C’est le texte qui indique l’origine et le but de sa présence insolite : ce qu’elle cherche à faire vendre et à qui l’objet est destiné.

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L’affiche n’est pas qu’une image, elle ne peut se faire comprendre qu’avec des mots. Les informations textuelles se composent de trois éléments principaux : une ou plusieurs phrases argumentatives ou « slogans », le nom du représentant, celui du commanditaire (la marque) et éventuellement l’appellation générique de l’objet (« faucheuse », « canadien ») ou son nom (« Hirondelle », « Lion Supérieur », « Le Robuste », etc.). Ce qui reste dans les mémoires, comme pour les publicités d’aujourd’hui, c’est le nom du fabricant. Répéter un nom, le montrer partout – l’ubiquité fait croire à la notoriété –, les affiches n’ont pas d’autre but, le reste n’est qu’illustration dans le style des gravures enfantines et populaires. Le « décor » est composé la plupart du temps d’éléments naturalistes – des champs, des maisons, des personnages, une machine –, mais disposés parfois d’une manière non réaliste (absence de perspective, stylisation). Il va de soi qu’une fois ces illustrations apposées sur un mur, rares étaient ceux qui pouvaient les examiner à loisir comme nous pouvons le faire aujourd’hui, où nous les trouvons dans des livres, comme les enluminures du Moyen Âge, ce qui, esthétiquement, leur donne une valeur qu’elles ne peuvent posséder en elles-mêmes. Cette différence essentielle doit être notée dans la perception que nous en avons et la place disproportionnée que nous leur accordons davantage chaque jour.

Ici, on s’amuse

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Les affiches qui font allusion au monde rural et qu’a analysées Annie Bleton-Ruget incitent à souscrire aux emprunts nationaux et dramatisent la question à souhait en reprenant l’aspect austère des gravures à l’ancienne [20][20] Bleton-Ruget, 1998.. Elles insistent sur le fait que « l’heure est grave ». Les affiches commerciales doivent au contraire étonner, surprendre, choquer même, et amuser. Pour cela, elles oscillent entre le beau style (les jolies femmes ne sont pas exclues) et la laideur, n’hésitant pas à emprunter au goût populaire (vulgarité, personnages hydrocéphales, niaiserie sentimentale, situations invraisemblables proches du rêve, etc.). Le monde infantile de la bande dessinée, qui se développe dès l’Entre-deux-guerres, est aussi imité. Les charrues Delahaye présentent une publicité hideuse avec un chien jaune à tête de « Vache qui rit » qui tire une charrue pour montrer que c’est facile, tandis que « l’agriculteur » fume la pipe loin derrière, les mains dans les poches. La vulgarité de l’image est renforcée par les points de suspension du slogan [21][21] Le Paysan…, 2006, p. 139. (figure 188).

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Dans les affiches commerciales, on s’amuse des écarts techniques, sociologiques et historiques, volontairement provoqués, au point de jonction social et économique où elles sont produites et diffusées : des officines publicitaires et des entreprises intermédiaires entre les villes et les campagnes. Certaines mélangent toutes ces références au point de provoquer des télescopages narratifs de grande ampleur à la mode enfantine. C’est le cas de ces croisés conquistadors à figure saint-sulpicienne qui découvrent une Amérique déjà mécanisée par Johnston (figure 189) et de la petite fille au bonnet rouge qui conduit un tracteur vigneron Chapron (usines à Puteaux, Hauts-de-Seine), alors qu’un loup famélique improbable, « qui sort du bois », comme il se doit, tire la langue (stéréotype de la bande dessinée). Mise en image simplette d’éléments du Petit chaperon rouge, qui transforment une publicité pour un tracteur en une image pour enfants, mais permet de mémoriser facilement le nom du commanditaire grâce au jeu de mots entre « chaperon » et « Chapron ». L’invraisemblance de la situation fait sourire et contribue à la faire remarquer. La marque n’a pas survécu pour autant [22][22] Le Paysan…, 2006, p. 91. (figure 190). De même un aéroplane qui livre par la voie des airs une écrémeuse dans une ferme nous fait entrer dans le domaine du rêve enfantin (figure 191).

Décor, personnages, train du progrès : les stéréotypes

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Autant la peinture ne peut s’insérer dans le mouvement général de l’art que lorsqu’elle s’écarte des stéréotypes – nos affiches sont contemporaines du mouvement impressionniste et de la peinture abstraite –, autant l’affiche, pour être efficace, est obligée de s’y soumettre. Vu l’objectif visé (séduire pour vendre), il n’est jamais possible culturellement de rebuter le client avec une affiche commerciale agricole à la manière cubiste de Braque (qui peindra des instruments agricoles) ou abstraite de Kandinsky (qui a commencé par faire des études ethnographiques sur le monde rural russe), alors que les plus grands peintres (Picasso, Miro, Rauschenberg, etc.) ont créé des affiches dans d’autres domaines. Le monde des affiches commerciales est celui des stéréotypes par définition, du petit nombre d’effets sans cesse répétés, certains arguments stéréotypés étant encore en vogue dans les publicités de la presse agricole actuelle. D’autres, très fréquents aujourd’hui, n’apparaissent que tardivement dans les affiches, comme, après la Seconde Guerre mondiale, le souci de la performance, qui fait référence aux compétitions sportives [23][23] Prével, 2005, p. 118-119..

Le décor

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Peu de scènes se déroulent dans un village, si ce n’est chez Amouroux, Dollé, Deering et Osborne [24][24] Rivière, 1988, pl. 49 et 1999, p. 21. (figures 192 à 195). Le village français, lorsqu’il est évoqué, est très souvent réduit à une église, voire à un clocher dans le lointain – l’histoire de ce stéréotype visuel, né sans doute dans l’Entre-deux-guerres et toujours vivant, reste à faire, on le rencontre aussi dans les publicités allemandes – (figures 196 à 199), mais on ne voit jamais un calvaire, une procession ni un curé de campagne [25][25] L’église n’est pas absente des publicités agricoles.... Il n’y a jamais de clocher à l’horizon dans les publicités américaines, canadiennes ou australiennes destinées à leurs pays, seulement les bâtiments de la ferme du colon.

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On devine quelques châteaux au loin, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer un vignoble. Puzenat fait photographier en noir et blanc sa faucheuse Lux devant un château pour lui donner plus de noblesse (figure 200). Avant la guerre, il montrait son râteau-faneur Imperator et ses usines immenses par la large fenêtre en pierres de taille d’un château sur lesquelles étaient apposées des armes au lion pour figurer, malgré la modernité des usines en béton, la continuité avec un passé monumental et prestigieux (figures 201 et 202). Les firmes américaines de machines agricoles recourent aussi à ce cadre pseudo-Renaissance, qui évoque également une scène de théâtre et augmente l’effet perspectif [26][26] Quick et Buchele, 1978, p. 217..

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Le monde de la ville n’est évoqué qu’une fois par les pompes Guinard, qui promettent à la campagne « l’eau sous pression comme à la ville » grâce à l’installation d’un groupe électrique branché sur le puits [27][27] Rivière, 1988, pl. 62.. Deux affiches signalent à l’horizon une grande ville, avec la silhouette de la cathédrale : Tours, pour la Grande semaine de Tours (agriculture, commerce, tourisme) et Albi pour le fabricant de machines Talabot [28][28] Ibid., pl. 79. (figure 203). Le décor qui domine largement, ce sont les images de la campagne, souvent réduite à un coteau ou une plaine ou une très grande parcelle, bordée par de modestes collines, parfois boisées. Rivières, marais, étangs, bocage sont presque inexistants.

Les vieillards et les enfants

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Les affiches contiennent plus ou moins de personnages, parfois aucun. On en compte une quinzaine qui rentrent les récoltes sous un hangar Remère (Angers, Maine-et-Loire). Les scènes de labours, en revanche, avec des animaux ou des tracteurs, se déroulent presque toujours dans une grande solitude [29][29] Le Paysan…, 2006, p. 10, 22, 77, 82, 89, 92, 93, 112,.... Les battages à la machine ne rassemblent jamais autant de personnes que dans la réalité et n’entraînent aucune festivité particulière.

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Quelques vieillards – inimaginables aujourd’hui dans des publicités de machines – représentent la sagesse, « ceux qui savent » mieux que les plus jeunes ce qui convient parmi les nouveautés mécaniques (auparavant, c’était le notable qui s’attribuait ce rôle). Chez Dollé, un ancien montre du doigt à un enfant le « Victoria Acier » d’une faucheuse et un couple de vieux, la pipe et un verre de vin posés sur la table, feuillettent un catalogue de la marque avec le slogan « La marque de chez nous » [30][30] Pour l’affiche de Dollé : Le Paysan…, 2006, p. 84. (figure 204). Puzenat reprend les mêmes personnages et la même scène (figure 205). Chez Lanz, de Mannheim, c’est un vieillard qui montre, comme un maître d’école, les nouvelles machines à battre à deux enfants, dont l’un tient encore un fléau (figure 206). Juste après la Première Guerre mondiale, un autre vieillard montre à un jeune enfant un tracteur Renault [31][31] Ibid., p. 139. (figure 207).

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Des enfants sont sollicités pour suggérer la facilité du travail et le plaisir enfantin que l’on peut éprouver à conduire une machine. Quelques-uns conduisent même des engins comme pour le tracteur vigneron Chapron déjà cité, ou le tracteur italien Pavesi qui escalade dangereusement une haie (figure 208). Avec les écrémeuses, difficiles à tourner, le travail est présenté comme « un jeu d’enfant » et c’est souvent une petite fille qui tourne la manivelle (figures 209 et 210). Des enfants de style poulbot ou Gavroche sont utilisés pour faire vibrer la corde sentimentale ou miment des scènes érotiques comme des adultes [32][32] Ibid., p. 111. (figure 211). Le constructeur de batteuses Merlin (Cher) met en scène deux enfants très jeunes, dont l’un, en salopette bleue, sabots et casquette, alimente le foyer d’une locomobile avec une pelle à charbon, sous l’œil du grand-père propriétaire fumant la pipe [33][33] Rivière, 1999, p. 16..

Les hommes

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Qui sont les conducteurs des machines et des tracteurs ? On hésite souvent : des paysans, des ouvriers agricoles, des mécaniciens, des vendeurs ou encore des propriétaires ? Les tenues et les couvre-chefs (casquette, béret, haut-de-forme, chapeau de paille, canotier, burnous, etc.) fournissent une indication (figures 212 à 214). Travailler tête nue – chose rare – signale un esprit « aventurier » ou révèle le salarié d’une entreprise de travaux agricoles, un non-paysan (figure 215).

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Si l’on compare ces personnages avec ceux des photos de l’époque, lors par exemple de démonstrations ou des semaines de labours, certains sont vêtus de la même façon. L’affiche apporte une information sur la couleur, utile dans le cas des machines neuves et de la cote bleue, attribut normal du mécanicien, mais plus rare chez les ouvriers agricoles et des paysans avant la Seconde Guerre mondiale. Les pompes Guinard mettent en scène en 1957 un paysan en bleu près de deux mannequins en robe d’été [34][34] Rivière, 1999, p. 35.. Wallut, présentant trois machines Mc Cormick différentes sur une même image, habille les conducteurs de trois façons différentes, sans que ce soit significatif : chapeau de paille et chemise à carreaux bleus pour la moissonneuse ; chapeau de paille, chemise blanche et bretelles pour la faucheuse ; canotier, chemise blanche et gilet sans manche pour la moissonneuse-lieuse [35][35] Ibid., p. 22.. Parfois, comme si l’on n’avait pas pris le temps d’adapter la publicité ou au contraire pour qu’elle serve d’exemple, le conducteur est visiblement américain.

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Les paysans typiques, « déguisés » en paysan avec l’un ou l’autre de leurs attributs traditionnels (blouse, mouchoir de cou, casquette, sabots de bois, etc.), comme on en voit pour les produits alimentaires, sont rares avec les machines agricoles [36][36] Rivière, 1995, 1ère de couverture ; Le Paysan…, 2006,.... La plupart du temps, l’habillement masculin est plausible.

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Enfin, les inventeurs et les constructeurs n’apparaissent jamais. John Adriance, Louis Renault, Émile Puzenat, Victor Dollé, Daniel Massey, Harry Ferguson, Pascal Amouroux, Edmond Garin, Samuel Johnston, Walter Wood, William Deering, Heinrich Lanz restent invisibles. Une fois, il est fait allusion au plus célèbre d’entre eux : Cyrus Mac Cormick (1809-1884), « inventeur » de la première moissonneuse, d’après une peinture américaine commémorant cet événement [37][37] Pour des éléments biographiques, voir Quick et Buchele,....

Les jolies femmes

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De jolies femmes ornent depuis longtemps quantité de publicités, comme chacun a pu le remarquer. Cela n’est pas rare non plus pour les affiches agricoles anciennes : femme symbole, parfois dénudée, élégante ou paysanne [38][38] On peut comparer dans Rivière, 1988, les femmes symboles... (figure 216). Pilter, l’importateur de machines américaines, fait conduire une râteleuse par une élégante. Au Canada en 1904, Massey-Harris fait également mener sa lieuse à deux chevaux par une élégante en robe longue et chapeau [39][39] Quick et Buchele, 1978, p. 136.. On trouve chez Mc Cormick un calendrier de 1935 intitulé « La Parisienne aux champs » (figure 217) ou une jeune et jolie femme en robe bleu ciel verse dans un baquet l’eau qu’elle vient de tirer d’un puits très romantique, entourée d’une dizaine de poules et d’un coq, tandis qu’au loin dans un champ, presque invisible, l’homme conduit une machine qu’on imagine de la marque (figure 218).

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Amouroux est celui qui tient le plus aux jolies femmes sur toute la période (figure 219). Par exemple, il présente avant la guerre cinq jeunes déesses à l’antique assises, mais dans des poses naturelles très décontractées et, dans un calendrier de 1956, il met aux commandes d’un petit tracteur arrêté une jeune blonde « en cheveux » et en pantalon, qui pourrait passer pour une Parisienne en vacances, et à laquelle un personnage masculin compte fleurette [40][40] Rivière, 1999, p. 25 et 65.. Des femmes personnifiant Cérès (blonde) ou la République (brune) se rencontrent à l’occasion. Chez Herlicq (Paris), Marianne vient serrer la main d’une Cérès paysanne [41][41] Ibid., p. 29..

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Il y a peu de femmes de la campagne sur les affiches de machines, sauf pour les appareils de laiterie et ce qui touche à l’élevage. Les femmes en costume folklorique sont rares, mais quelques calendriers de la Société Garin ne peuvent s’empêcher de reprendre le stéréotype de la laitière pour accompagner des écrémeuses [42][42] Bourdon, 2004. On complétera ce survol par l’analyse....

L’aube se lève sur un jour nouveau

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En France, dans les années 1920, tout le monde n’entonne pas le credo du cultivateur californien :

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« Chez nous, on ne fait plus pousser le blé ; on le fabrique […]. Nous ne sommes pas des cultivateurs, nous ne sommes pas des fermes. Nous fabriquons un produit pour le vendre [43][43] Giedon, 1980, p. 155.. »

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Sous la IIIe République s’opère un repli sur le local et le rural, les fabricants doivent alors lutter contre la crainte du progrès et des machines, la peur de la modernisation des campagnes [44][44] Gasnier, 1992.. Toute une littérature en France s’élève contre le machinisme américain [45][45] Roger, 2002, p. 439-480 ; Bourdon, 2004. Voir aussi.... Ce courant déplore la transformation du monde rural, la disparition des petits métiers, des bergères et des laitières, l’émigration paysanne et l’ampleur de la mécanisation [46][46] Comme l’a résumé Marc Bloch en 1940 : « Toute une littérature.... Pour surmonter ces visions noires, l’affiche tente de mettre en image à la fois l’américanisation (modernisation) des travaux agricoles et le maintien de la société rurale telle qu’elle est. Les publicités pour les machines agricoles promettent à la fois de stopper l’exode rural et de supprimer la main-d’œuvre salariée, prétendant ainsi résoudre la question sociale dans les grandes exploitations. Cependant, faute d’une émigration suffisante, les fabricants sont parfois obligés de recourir à la main-d’œuvre étrangère, comme Puzenat en Saône-et-Loire qui embauche des Polonais [47][47] Duret, 1988, p. 11..

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Les machines américaines Wood importées par Pilter (figure 220) illustrent un frontispice stéréotypé : « L’aube se lève sur un jour nouveau ». Plus ou moins stylisé, le disque du soleil répand ses rayons bienfaisants et éclaire « la route du savoir », ici du savoir technique (figures 221 à 222) [48][48] Rivière, 1988, pl. 8, 19 et 1999, p. 45 ; Le Paysan…,....

Hier et Aujourd’hui : l’accélération du temps

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La machine et plus largement les objets techniques sont des indicateurs du temps. Le nouveau n’élimine jamais complètement l’ancien, mais les deux modes se côtoyant, Aujourd’hui peut évoquer « Hier» avec nostalgie, en particulier dans les calendriers. Car dans la collection Brugnon, les calendriers (une cinquantaine, le plus ancien datant de 1905) ne se rencontrent qu’à propos des machines, sans doute en raison de la prédominance des firmes d’origine étrangère dans le secteur (la moitié des affiches), en particulier anglaises et nord-américaines. Ces marques ont les moyens de faire de la publicité sur de multiples supports. Le calendrier permet un affichage plus long et dans des lieux plus intimes que l’affiche. Il permet également d’accompagner les travaux agricoles et certains, comme Deering, signalent pour chaque mois qu’une machine différente peut être utilisée.

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« Aujourd’hui » peut aussi disqualifier « Hier » et l’écart devient retard. Sur un calendrier de 1929, l’Américain Deering, tout en montrant ses usines, vante sa moissonneuse par opposition avec l’Ancien Régime français représenté à l’arrière-plan, où l’on reconnaît à son costume Louis XIV un régisseur, canne à la main, qui surveille dix moissonneurs avec des faux, tandis qu’un tracteur tire seul la machine au premier plan, avec ce slogan : « La moisson : autrefois dix hommes, aujourd’hui un seul » [49][49] Rivière, 1988, pl. 45.. Les wagons d’un train remplis de machines Dollé, qui interrompent une chasse à courre à un passage à niveau, tandis que le cerf poursuivi s’échappe, assimilent la diffusion des machines à l’abolition des privilèges aristocratiques qui pesaient sur les paysans (figure 223). Le pressoir d’origine américaine Marmonier (Lyon) s’oppose au « premier pressoir » : un Gaulois qui écrase une grappe avec sa main [50][50] Le Paysan…, 2006, p. 25..

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Les moteurs Bernard comparent « Hier » et « Aujourd’hui » avec ou sans moteur dans 7 situations en opposant deux images : les battages, le sciage du bois, les instruments d’intérieur de ferme, l’arrosage, la laiterie, le pressage du raisin et l’éclairage [51][51] Rivière, 1988, pl. 57. (figure 224). Puzenat fait de même avec son râteau-faneur, qui peut remplacer une famille de huit personnes, soit quatre générations, en insistant sur l’aspect « décati » des grands-parents : « Ceci [la machine] remplace avantageusement cela [la main-d’œuvre familiale] » [52][52] Le Paysan…, 2006, p. 165. (figure 225). Par ailleurs Puzenat est le seul à reproduire les tableaux passéistes de Millet à titre décoratif et non démonstratif [53][53] Ibid., p. 97.. Le tracteur Austin prétend être en 1931 « le plus puissant des tracteurs à roues de son poids » et pouvoir remplacer les quatre paires de bœufs qui se trouvent en arrière-plan sous la conduite de deux bouviers. Une affiche Mc Cormick, qui spécifie bien l’origine « Chicago », compare un faucheur harassé qui s’essuie le front à une faucheuse et une moissonneuse-lieuse qui évoluent sans difficulté (figure 226). Les charrues Bajac mettent en lumière au premier plan leur brabant tiré par deux bœufs sous la conduite d’un jeune homme insouciant qui siffle, une main dans la poche, tandis qu’à l’arrière-plan sombre un araire, tenu par un personnage courbé et âgé, est tiré péniblement par une autre paire de bœufs qui soufflent des naseaux dans l’effort [54][54] Ibid., p. 121.. À l’inverse la Perrette d’autrefois marche au soleil dans le chemin au second plan, celle d’aujourd’hui reste dans l’ombre de la cour de la ferme où elle passe facilement son lait dans une écrémeuse Diabolo [55][55] Ibid., p. 42.. Les temps changent.

Des cheminées qui fument

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Comment montrer la modernité tout en laissant intacte la campagne et l’équilibre de la société française toute entière ? Dans les affiches, châteaux d’eau, ponts, routes nouvelles, bicyclettes, automobiles, voies ferrées, passages à niveau, trains sont rarement représentés ; aucune ligne électrique ou téléphonique n’accompagne les routes, comme on peut le voir dès l’Entre-deux-guerres dans les films américains, seuls divisent les pâtures les fils de ce système nouveau qu’on nomme clôture électrique [56][56] Pourtant la Commission de modernisation de l’équipement.... Dans ces affiches, les fils de fer barbelés sont inconnus, alors que la ronce artificielle est signalée dans les campagnes françaises dès les années 1870 [57][57] Bourrigaud, 1993, p. 321 ; Bourdon, 1993, p. 285. Voir.... La France ne serait pas atteinte par l’industrialisation qui révolutionne ses voisins ? Où se cache la modernité ? Elle s’est réfugiée dans les usines ou tombe du ciel, comme par enchantement.

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Certains constructeurs signalent leur modernité à eux, mais à l’arrière-plan, avec des vues cavalières de leurs usines – parfois une photo prise d’avion comme chez Amouroux –, généralement sur fond de campagne, neuves, immenses, organisées rationnellement, closes sur elles-mêmes, sans ouvrier apparent la plupart du temps et sans cité ouvrière proche (Puzenat annonce pourtant 1 500 ouvriers en 1932) ; et dont seules les fumées noires de charbon, qui sortent abondamment de hautes cheminées au point parfois d’obscurcir les toits de l’usine, attestent qu’elles tournent à plein rendement et que la demande, qui est en progression constante, est le gage de la qualité de leurs fabrications [58][58] Seules les charrues Bajac de Liancourt dans l’Oise.... Si ces usines modèles, si modernes, laissent la campagne intacte, pourquoi apporteraient-elles des changements dans les sociétés rurales (figure 228) ? Ces vues cavalières d’usines fumantes ne sont pas propres à nos constructeurs. Dans les cafés, les affiches pour les marques de bière par exemple proposent également de telles vues de leurs brasseries. Sous la IIIe République, malgré la mise en avant de la France rurale dans le discours, le pays s’industrialise, mais il faudra attendre les grèves de 1936 pour s’en rendre compte [59][59] Farcy, 2006..

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Puzenat, qui affirme posséder les établissements « les plus importants d’Europe pour la fabrication des râteaux, faneuses, extirpateurs, herses et houes », résume ainsi l’argument : « À usine modèle, machines modèles » (figure 229). Les firmes d’origine anglo-saxonne montrent rarement leurs usines, en dehors de Deering qui déclare en 1924 posséder « la ficellerie des plus grandes usines de machines agricoles d’Europe » [60][60] Rivière, 1999, p. 23.. Il leur suffit d’insister sur le fait qu’elles sont situées dans les pays mêmes de la modernité : l’Angleterre ou les États-Unis.

La modernité arrive par avion

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Dans le premier numéro de Tractor que publie Mc Cormick en 1915, première publication consacrée uniquement à la culture motorisée, on montre côte à côte un avion et un tracteur avec cette légende : « Ce papillon et cette fourmi sont frère et sœur » [61][61] Giedon, 1980, p. 152.. Au début du xxe siècle en Europe, l’avion, qui n’est pas une invention spécifiquement américaine, est l’emblème même de la modernité ; il accompagne la montée en puissance des ingénieurs, qui sont parfois – cela est spécifié dans les publicités – à l’origine des usines de machines agricoles. Quelques firmes françaises, comme Amouroux, mettent l’avion dans leurs affiches (figure 230), de même l’écrémeuse Echo (figure 191) et les moteurs Cérès (figure 198). La Société des charrues Fondeur présente un macaron sur lequel est dessiné un avion avec les initiales de la maison (scf) sur les ailes et précise qu’elle utilise un « acier avion » [62][62] Le Paysan…, 2006, p. 40 ; Rivière, 1999, p. 12..

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En fait, les machines nord-américaines arrivent en Europe par bateau (tableau 3). L’une des publicités de Pilter les plus spectaculaires pour les machines américaines Wood rapproche dans une vue comme prise d’avion l’Ancien et le Nouveau monde, au point que les campagnes françaises et New-York se touchent presque, rapprochement géographique qui fait perdre les repères : l’Amérique est à nos ports [63][63] Le Paysan…, 2006, p. 80..

Tableau 3 - Les 164 machines agricoles d’origine étrangère de la collection BrugnonTableau 3
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Un calendrier Johnston Harvester spécifie « machines de récolte américaines » [64][64] Rivière, 1999, p. 24.. Ce même fabricant met en scène aussi une image inverse de celle de Pilter. Des croisés conquistadors européens, aux visages juvéniles, menés par un moine, découvrent l’Amérique pour la seconde fois : on y moissonne déjà avec des machines (figure 189). Johnston, dont le siège pour l’Europe est à Paris, précise son origine : « Batavia, New-York, EUA », de même les appareils de récolte Adriance, Platt & Co : « Poughkeepsie dans l’État de New-York (succursale à Paris, Bordeaux, Hambourg) ».

La langue du progrès

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À partir de la seconde moitié du xixe siècle, la mode des produits américains s’ajoute à celle des produits anglais. Chez Johnston, c’est l’oncle Sam lui-même qui vient en aide à Marianne avec ses moissonneuses (figure 231). Certains vendeurs de pressoirs précisent « pressoir à rotule américain » (figure 232). Marmonier va jusqu’à dire en 1910 qu’il vend le « seul véritable pressoir américain » [65][65] Le Paysan…, 2006, p. 25. (figure 233). Mc Cormick nomme l’une de ses moissonneuses « la Daisy » et Hertzog, fabricant français, appelle ses pulvérisateurs « Powerful » et « Powerspray ». Parfois – gage de modernité ? – les slogans en anglais des machines nord-américaines ne sont pas traduits. C’est le cas d’une affiche de Massey-Harris : « Two machines in one », portant l’adresse d’un concessionnaire de Thésy, près de Lons-le-Saunier, dans le Jura (figure 234) [66][66] Dans Le Marchand de machines agricoles du 20 février.... Les appareils de récolte Milvaukee affirment « The Milwaukee leads » [67][67] Rivière, 1999, p. 20.. Sur un calendrier, dans la liste des machines qu’il fabrique, Johnston écrit sans le traduire « Fanorakes » (râteaux-faneurs) [68][68] Ibid., p. 24..

Emphase et concurrence : la 1ère marque du monde

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Dès le xixe siècle, le machinisme agricole américain se répand dans le monde et Mc Cormick présente une carte de Russie pour faire savoir qu’il peut fournir des machines dans toutes les régions de ce vaste pays (figure 235). Les fabricants français, qui subissent la concurrence américaine à l’intérieur des frontières, n’arrivent pas cependant à conquérir des marchés extérieurs, celui des colonies leur échappant ; les plus importants ne règnent que sur l’hexagone.

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Pour se rassurer, nos fabricants affirment que leurs machines sont « les meilleures du monde », ainsi Amouroux (figure 236) et les charrues Magnier-Bédu (de Groslay, Seine-et-Oise) [69][69] Le Paysan…, 2006, p. 119. (figure 237), ou qu’ils sont « la première marque du monde », comme les semoirs Nodet, usines fumantes en médaillon, l’affirment en 1929, de même que Puzenat, usines également en fond [70][70] Rivière, 1999, p. 25 ; 1988, pl. 48 et 1999, p. 19 ;.... Cette emphase n’est pas spécifique aux constructeurs français, elle est européenne. Le suédois Alfa-Laval prétend fabriquer lui aussi « les meilleures écrémeuses du monde » et le Belge De Vleeschauwer affirme que « le meilleur coupe-racines du monde porte la marque Rapide » (figure 238). On peut lire souvent aussi ce vœu pieux : « Méfiez-vous des imitations », c’est-à-dire des autres, de ceux qui fabriquent les mêmes machines et aussi bien.

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L’autre façon de réagir à la pénétration des machines étrangères, c’est de jouer sur le nationalisme et de s’affirmer français. Puzenat s’autoproclame « la grande marque nationale ». En 1926, trois maisons françaises (Amouroux, Dollé et La France) organisent près de Chartres une démonstration de moissonneuses-lieuses conduites par des tracteurs français Austin (Liancourt, Oise) et Mistral (La Rochelle, Charente-Maritime), avec de la ficelle provenant des Corderies de la Seine du Havre. Cumming, un fabricant français d’Orléans au nom anglais, nomme sa faucheuse et moissonneuse La Française dès les années 1870 et ses publicités sont ornées aux couleurs bleu-blanc-rouge [71][71] Aghulon et al., 1977, p. 528 ; Le Paysan…, 2006, p.... De même, dans l’Entre-deux-guerres, le constructeur Austin, au nom également anglais, se sent obligé de préciser qu’il est le plus ancien fabricant français de tracteurs, qu’ils sont de « construction entièrement française », cocarde tricolore à l’appui (figure 239). Renault utilise, parfois sur fond de carte de France, ce slogan pour ses gros tracteurs : « La terre française doit être mise en valeur par un tracteur français » [72][72] Rivière, 1988, pl. 63 et 1999, p. 50. Le Paysan…, 2006,... (figures 240 et 241). Amouroux agite parfois le drapeau tricolore (figure 43). L’américain Adriance propose un compromis : le drapeau des États-Unis est bien au centre de quatre saynètes, mais le constructeur prend soin de placer dans les angles supérieurs de son affiche les fleurs qui traditionnellement symbolisent le drapeau français : le bleuet, la marguerite et le coquelicot (figure 242). Cependant tout cela est vain, car, lorsqu’il s’agit de s’équiper, les paysans ne font jamais montre de « patriotisme économique », comme on dit aujoud’hui.

La mécanique, c’est simple

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Les fabricants de machines agricoles semblent craindre que les « mécaniques », les instruments nouveaux, passent pour compliquées auprès des revendeurs et des agriculteurs, car le maniement d’une nouvelle machine ne s’apprend pas dans les livres mais par la pratique. En plus, les « mécaniques » demandent des réglages, de l’entretien (graissage, lubrification, affûtage des lames de faucheuses, lavage des écrémeuses, etc.), tombent facilement en panne, se cassent éventuellement – le forgeron local n’est pas toujours capable de les réparer – et sont même dangereuses [73][73] Bourdon, 1993, p. 315-319.. En dehors des plaines et de « la grande culture », la largeur des chemins, les gués trop profonds dus à l’absence de ponts et la taille des champs ne sont pas toujours adaptés aux machines nouvelles. La présence de pierres, de taupinières, de vieilles souches ou de pommiers, de trous, les parties très inclinées, les dénivellations, les endroits humides où l’on risque de s’enfoncer, les labours bombés compliquent leur passage et peuvent les endommager, surtout si les chevaux sont un peu nerveux ou s’emballent. Les machines à moteur demandent du carburant, qu’il faut aller chercher loin et transporter dans des bidons. Il n’en est jamais question et sur les affiches les tracteurs, contrairement aux usines qui les fabriquent (et aux locomobiles), ne crachent aucune fumée. L’hiver n’est jamais envisagé. Les terrains détrempés sont évoqués une seule fois pour un tracteur Fordson sur pneumatiques.

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Dans un premier temps, il est vrai que certains paysans, contrairement aux entrepreneurs de travaux agricoles, peuvent ne pas se sentir concernés par la « mécanique » [74][74] Les entrepreneurs de battage apparaissent dès les années.... Pour atténuer cette méfiance, écrémeuse, baratte, semoir, distributeur d’engrais, faucheuse, faneuse, moissonneuse-lieuse, batteuse, etc. s’appellent Simplex ou Le Pratique ou encore Sans souci et dans les publicités on insiste souvent sur leur facilité d’usage en montrant qu’un enfant ou une femme, parfois en tenue de ville, ou « seulement » deux hommes peuvent les actionner ou les conduire.

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Au début du xxe siècle, Vivet précise bien que les réparations de sa charrue peuvent être assurées rapidement par l’utilisateur et que « trois minutes suffisent pour démonter et remonter entièrement toutes les pièces » [75][75] Rivière, 1999, p. 9.. Au siècle précédent, où le texte prime encore sur l’image, Rousselet-Landrot (Autun, Saône-et-Loire) présente une machine à battre à bras de cette façon :

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« Son mouvement est direct, par cela même de la plus grande simplicité : suppression des engrenages, plus de ruptures, plus d’accidents possibles pour les travailleurs ; moins de force à employer, deux hommes suffisent largement aux manivelles ; en outre, elle fonctionne sans bruit et les manivelles sont avec débrayage [76][76] Ibid., p. 13.. »

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Ceux qui ont actionné ces manivelles se sont longtemps souvenu de la pénibilité particulière de ce travail, au point qu’ils ont nommé cette machine crève-sot, mort des hommes ou galérienne [77][77] La batteuse à bras a été mise au point vers 1830. Selon.... Cette « mécanique » est fort simple, mais l’actionner est harassant.

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Dans la publicité pour les moteurs clm (Compagnie lilloise de moteurs, Levallois-Perret, Seine), l’homme qui est assis dans la paille au premier plan et qui regarde de loin le chantier de battage est le mécanicien [78][78] Le Paysan…, 2006, p. 87.. Il se repose, d’une part parce qu’il n’a pas à participer aux travaux agricoles, d’autre part pour montrer que le moteur en question est de tout repos. Le battage se déroule sans qu’il ait besoin d’intervenir, ce qui montre a contrario que c’était rarement le cas.

La pipe du Père Tranquille

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De la simplicité, on passe aisément à la tranquillité. On a déjà rencontré précédemment des personnages qui fument la pipe, en voici la raison. Dans les caricatures, le cigare évoque le capitaliste (évidemment gros), la cigarette à la bouche l’ouvrier ou le petit paysan (celui de l’affiche pétainiste « La terre, elle, ne ment pas », par exemple), mais la pipe est l’attribut du « père tranquille », du « bourgeois » chez lui dans un fauteuil [79][79] L’affiche pétainiste est mentionnée par Rivière, 1988,.... Une publicité canadienne de 1879 montre le conducteur d’une faucheuse Massey fumant la pipe, tenant une ombrelle et croisant les jambes sur sa machine, tandis que, dans un médaillon, des moissonneurs à l’ancienne peinent sous le soleil avec leurs faux [80][80] Quick et Buchele, 1978, p. 134. Dix ans plus tard,....

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En France, les établissements Dollé présentent un personnage qui revient souvent : le Père François, propriétaire d’un certain âge, de bon conseil, qui fume la pipe, même en conduisant une faucheuse [81][81] Rivière, 1988, pl. 52. (figure 243). Un personnage à la pipe se rencontre également avec le motoculteur Staub, le tracteur Mc Cormick de l’après-guerre, etc. (figures 244 à 246) [82][82] Nitard, Merlin et Mc Cormick : Rivière, 1988, pl. 15,.... L’image de ce personnage à la pipe avait déjà largement circulé en 1880 au point que Paul Lafargue, qui trouvait que les paysans français ne se ménageaient pas assez, y fait allusion dans son Droit à la paresse :

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« En Amérique, la machine envahit toutes les branches de la production agricole, depuis la fabrication du beurre jusqu’au sarclage des blés : pourquoi ? Parce que l’Américain, libre et paresseux, aimerait mieux mille morts que la vie bovine du paysan français. Le labourage si pénible en notre glorieuse France, si riche en courbatures, est, dans l’Ouest américain, un agréable passe-temps au grand air que l’on prend assis, en fumant nonchalamment sa pipe [83][83] Lafargue, 1979, p. 144.. »

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Faut-il préciser que rares sont ceux qui fument la pipe au travail à la campagne et que cette attitude stéréotypée est d’ordinaire attribuée au bourgeois qui repose at home ?

Les machines

Les détails techniques

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À force de se pencher sur les aspects stéréotypés et emphatiques de ces affiches, on en oublie qu’elles présentent aussi des machines ayant réellement existé, parfaitement identifiables, et qu’elles peuvent nous informer sur des points de détails quand on ne peut consulter les catalogues des fabricants. Par exemple ce petit tank sur les premières publicités de Renault, qui rappelle que le tracteur lourd est sorti du char d’assaut mis au point pendant la Première Guerre mondiale et qu’à cette époque les machines agricoles sont encore considérées comme « l’artillerie » de l’agriculture qui peuvent défoncer les sols « rebelles » (figure 247). Également, au centre de la publicité des machines de récolte Plano, ce curieux appareil dans un cercle qui n’est autre qu’une meule pour aiguiser les lames de faucheuse [84][84] Le Paysan…, 2006, p. 83. La meule Plano apparaît pour....

Le phare du tracteur Moline

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Des « Parisiens » (c’est-à-dire des gens de la ville élégamment habillés) arrêtent leur automobile sur le bord de la route et observent étonnés, à moitié cachés par une haie d’arbres, la nouveauté qui évolue dans le champ : le tracteur américain Moline. Mais quel est ce petit miroir rond que l’on aperçoit sur la machine ? Apparu vers 1921, c’est l’un des premiers phares « électriques » monté sur un tracteur, qui permet de travailler et de circuler, la nuit l’hiver, du moins plus tard le soir et plus tôt le matin, carrioles et charrettes continuant à être équipées de lanternes à bougies [85][85] Le Paysan…, 2006, p. 90. (figure 248). Cette innovation ne se généralisera en France qu’après la guerre. Les Américains ont installé les premiers phares sur une moissonneuse dès 1888.

L’espigadora de Massey-Harris

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Dans la liste des machines proposées par Massey-Harris sur un calendrier de 1928, on peut lire espigadoras (glaneuses). Cette machine imposante (3 à 4 m de largeur de coupe), inspirée directement de la moissonneuse des Gaulois décrite par Pline, est poussée par 4 ou 6 chevaux. Elle s’est développée dans les régions semi-arides, où les rendements à l’hectare sont faibles, comme la Californie, l’Argentine, l’Australie et l’Afrique du Nord, ce qui explique que la firme canadienne y fasse allusion sur ses publicités françaises [86][86] Chabert, 1983, p. 6 et 24. (figure 249).

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Ce détail a le mérite de rappeler que la France a possédé des colonies, où ont été créées de grandes structures agricoles qui ont compensé celles qui n’ont pu se former dans la métropole et où les agronomes sont souvent allés exercer leurs talents. Cette dualité de la France agricole du second xixe siècle et du xxe est peu étudiée, alors que les constructeurs nord-américains de machines ont su tirer parti de cette hétérogénéité des structures des deux côtés de la Méditerranée.

La faucheuse Adriance et la souche

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La publicité de la faucheuse américaine Adriance, importée par Chauvineau à Sanxay dans la Vienne, écrit « faucheuse » en quatre langues (anglais, français, allemand, russe), mais le conducteur est visiblement américain. Quoiqu’il soit en train de faucher l’herbe d’un champ, la barre de coupe est légèrement relevée. Cela est dû à la présence d’une souche, qui aurait pu occasionner des dégâts à la machine si elle l’avait heurtée (on n’arrête pas deux chevaux comme cela). Une pédale permet au conducteur de lever la barre de coupe sans que la lame ne s’arrête de fonctionner et sans lâcher les rênes [87][87] Rivière, 1988, pl. 55. (figure 250).

66

*

67

J’espère avoir montré l’intérêt d’examiner très précisément ces affiches secteur par secteur et de connaître lesdits secteurs économiques pour étudier ces affiches. Des uns aux autres, des engrais aux produits alimentaires, les schèmes stéréotypés ne sont pas tous identiques. Quant aux affiches de propagande, on ne peut les amalgamer aux affiches commerciales.

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D’une manière générale, on peut dire que très tôt la publicité a visé aussi bien les villes que les artisans et les commerçants d’un monde rural qui concentre encore la moitié de la population du pays jusqu’aux années 1930. Les affiches témoignent de l’intensité des campagnes publicitaires de la première moitié du xxe siècle, de l’internationalisation rapide du marché de la machine agricole et par conséquent de l’importance économique de l’agriculture. Le monde rural et provincial, que les agronomes supposent routinier tout au long de la IIIe République, est traversé par le développement sans précédent d’un machinisme d’origine nationale et étrangère. De la part des entreprises françaises, supposées, elles aussi, routinières, ces affiches témoignent d’une politique commerciale offensive autant qu’industrielle. Si les campagnes semblent ne pas se transformer à cette époque, d’autant que l’on connaît la suite, elles consomment néanmoins une grande quantité de produits industriels émanant des pays les plus divers, bien davantage que les populations urbaines.

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Les 3 centaines d’affiches concernant le machinisme agricole connues à ce jour ne sont représentatives que de certains secteurs seulement. D’abord là où les Nord-Américains dominent : les appareils de récolte, mais aussi où règnent les Européens : les moteurs qui actionnent les machines tant que le tracteur n’est pas équipé pour le faire et qu’il n’est pas généralisé ; les pulvérisateurs pour la vigne. Enfin la grande diffusion des écrémeuses de toutes capacités, qui permettent de traiter plus facilement et plus complètement la production laitière en accroissement et qui proviennent aussi de plusieurs pays européens, portent la modernité même au sein des secteurs les plus traditionnels [88][88] La Statistique agricole de 1929 en dénombre 665 000 ;....

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A contrario, tout ce que ces affiches ne montrent pas est immense. Les fabricants français qu’on n’y trouve pas sont fort nombreux, de même que quantité de marques étrangères. Selon les experts du Premier Plan, on comptait avant la guerre environ 700 constructeurs de machines agricoles en France, dont les 9/10e occupaient moins de 50 salariés, et 2 000 exploitations artisanales qui ne pouvaient se payer de telles campagnes publicitaires. On dénombrait 150 marques de tracteurs et de 400 « motoculteurs » [89][89] Rapport général sur le Premier Plan, 1946-1947, p..... De plus, les affiches agricoles n’évoquent qu’une petite part des réalités agronomiques. Car si on compare leurs thèmes avec le programme d’une école comme Grignon, le déficit saute aux yeux. De nombreux secteurs, qui intéressent de près ou de loin le monde agricole, ne sont pas illustrés, comme les bascules et les instrument de pesage apparus vers 1860, les tarares, les gazogènes et tant d’autres propositions techniques, dont il est souvent question dans les revues de machinisme [90][90] Le concours Lépine ouvre en 1932 une section « agricole.... Les articles du Journal d’agriculture pratique, la liste des annonceurs du Marchand de machines agricoles de l’Entre-deux-guerres et les rubriques de la Statistique agricole de 1929 donnent aussi une idée des manques. Enfin les affiches concernant les colonies, hauts lieux pourtant de la modernité et des expérimentations, sont très peu représentées.


Annexe

Sources 188 à 250. 1870-1950 - Une sélection d’affiches agricoles

71

Source : collection de Philippe Brugnon, Conservatoire du machinisme et des pratiques agricoles de Chartres (compa), dvd 2006.

72

n. b. : Les datations suivies de nb sont dues à Nicolas Bernard, assistant de conservation au compa de Chartres ; celles marquées dr sont dues à Dominique Rivière, conservateur de l’écomusée de la Bresse bourguignonne ; celles marquées jpb sont de l’auteur.

188 - Vers 1930 (nb) - Charrue Delahaye188
189 - Vers 1900 (jpb) - Moissonneuse-lieuse Jonhston189
190 - Vers 1920 (nb) - Tracteur Chapron190
191 - Vers 1910 (nb) - Écrémeuse Écho191
192 - Début du xxe siècle (jpb) - Calendrier Amouroux192
193 - 1932 (jpb) - Calendrier Dollé193
194 - Vers 1900 (jpb) - Machines et ficelle Deering194
195 - 1903 (dr) - Moissonneuse-lieuse Osborne195
196 - Entre-deux-guerres (jpb) - Clôture électrique Clôselec196
197 - Entre-deux-guerres (jpb) - Ficelle MacCormick-Deering197
198 - Entre-deux-guerres (jpb) - Moteurs Cérès198
199 - 1927 (jpb) - Brabant ébra199
200 - Années 1940 (jpb) - Faucheuse Puzenat200
201 - Années 1900 (jpb) - Râteau-faneur Puzenat201
202 - Vers 1910-1920 (nb) - Matériel d’intérieur de ferme Ronot202
203 - Début xxe siècle (jpb) - Marque Talabot203
204 - 1920-1930 (nb) - Moissonneuse-lieuse Dollé204
205 - Années 1920 (jpb) - Instruments de récolte Puzenat205
206 - Début xxe siècle (jpb) - Batteuse Lanz206
207 - Vers 1920 (nb) - Tracteur Renault207
208 - Entre-deux-guerres (jpb) - Tracteur Pavesi208
209 - Début xxe siècle (jpb) - Écrémeuse Duchamps209
210 - 1920 (jpb) - Écrémeuse Garin210
211 - Vers 1900 (jpb) - Machines agricoles Pilter211
212 - Début xxe siècle (jpb) - Faneuse Puzenat212
213 - 1920-1930 (nb) - Tracteur Fordson213
214 - Entre-deux-guerres (jpb) - Tracteur Dubois214
215 - Entre-deux-guerres (jpb) - Tracteur somua215
216 - Début xxe siècle (jpb) - Machines Amouroux216
217 - 1933 (jpb) - Calendrier McCormick217
218 - Entre-deux-guerres (jpb) - La belle fermière McCormick218
219 - Début xxe siècle (jpb) - Machines Amouroux219
220 - 1900 (nb) - Machines Wood220
221 - 1929 (nb) - Tracteur Deering221
222 - Années 1930 (jpb) - Écrémeuse Alfa-Laval222
223 - Entre-deux-guerres (jpb) - Le train du progrès Dollé223
224 - Années 1930 (jpb) - Bernard-moteurs224
225 - 1924 (nb) - Calendrier Puzenat225
39 - Fin xixe siècle (jpb) - Moissonneuse-lieuse McCormick39
227 - xixe siècle (jpb) - Forges des établissements Bajac227
228 - Début xxe siècle (jpb) - Usines Wallut228
229 - Début xxe siècle (jpb) - Usines Puzenat229
230 - Vers 1920 (nb) - L’aéroplane des éts. Amouroux230
231 - Fin xixe siècle (jpb) - Machines de récolte Johnston231
232 - Vers 1900 (nb) - Pressoir à rotule américain232
233 - Vers 1910 (nb) - Pressoir américain Marmonier233
234 - Début xxe siècle (jpb) - Râteau-faneur Massey-Harris234
235 - Avant 1917 (jpb) - ihc en Russie235
236 - 1907 (jpb) - Calendrier Amouroux236
237 - Vers 1930 (nb) - Charrue Magnier-Bédu237
238 - Début xxe siècle (jpb) - Coupe-racines De Vleeschauwer238
239 - 1932 (jpb) - Tracteur Austin239
240 - 1930 (dr) - Tracteur Renault240
241 - Vers 1926-1930 (nb) - Tracteur Renault241
242 - Début xxe siècle (jpb) - Machines Adriance242
243 - Entre-deux-guerres (jpb) - Machines Dollé243
244 - Années 1950 (jpb) - Motoculteur Staub244
245 - Vers 1900 (jpb) - Pressoir Giordan245
246 - Vers 1920 (nb) - Machines Puzenat246
247 - Vers 1920 (nb) - Tracteur Renault247
248 - 1920 (nb) - Tracteur Moline248
249 - 1928 (jpb) - Machines Massey-Harris249
250 - Début xxe siècle (jpb) - Faucheuse Adriance250

Bibliographie

  • Abou El Maati, Nagwa, « La fabrique des instruments agricoles de la ferme-école des Trois-Croix », Histoire et Sociétés Rurales, n°21, 2004, p. 115-132.
  • Aghulon, Maurice, Désert, Gabriel, et Specklin, Robert, Histoire de la France rurale, Paris, Seuil, vol. 3, 1789-1914, 1977, 573 p. (sous la direction de Georges Duby et Armand Wallon).
  • Béaur, Gérard, « Le paysan et le marché », in Le Paysan…, 2006, p. 67-75.
  • Bernard, Héliane, La Terre toujours réinventée (la France rurale et les peintres, 1920-1955 : une histoire de l’imaginaire), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1990, 340 p.
  • Bléton-Ruget, Annie, « Propagande et ruralité, l’image du paysan dans l’affiche française : l’exemple de l’emprunt », in Rivière, 1988, supplément, p. 15-19 ;
  • —, « Histoires rurales », in Le Paysan…, 2006, p. 174-181.
  • Bloch, Marc, L’Étrange défaite, Paris, Folio, 1990 (témoignage écrit en 1940), 333 p.
  • Bourdon, Jean-Paul, Les Agronomes distingués de l’Association normande (1835-1890), Ivry-sur-Seine, inra, 1993, 723 p. ;
  • —, « La laitière et le citadin normand (xixe-xxe siècle) », Enquêtes rurales, n°10, 2004, p. 113-135 ;
  • —, « Comment mécaniser l’agriculture française ? », in Le Paysan…, 2006, p. 76-93.
  • Bourrigaud, René, Le Développement agricole au xixe siècle en Loire-Atlantique (essai sur l’histoire des techniques et des institutions, 1815-1890), Nantes, Université de Nantes, 1993, 686 p. + annexes 268 p.
  • Brettell, Richard et Caroline, Les Peintres et le paysan au xixe siècle, Genève, Skira, 1983, 168 p.
  • Chabert, Jean-Paul, Les Principales lignées de machines de récolte et de battage des céréales, Paris, inra, communication au 1er congrès national de l’Association française des musées d’agriculture (afma) à Niort, 15-16 sept. 1983, 24 p.
  • Delouche, Denise, Les Peintres et le paysan breton [1798-1923], Baillé, ursa-Le Chasse-Marée, 1988, 216 p.
  • Duret, Christine, « Le progrès de l’agriculture, le développement du machinisme (fin xixe- début xxe siècle) », in Rivière, 1988, supplément, p. 3-14.
  • Farcy, Jean-Claude, « Paysan, guerre et politique », in Le Paysan…, 2006, p. 53-65.
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  • Giedon, Siegfried, La Mécanisation au pouvoir, contribution à l’histoire anonyme, Paris, Centre Pompidou, 1980 [1948], 592 p.
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  • Lafargue, Paul, Le Droit à la paresse, Paris, Maspéro, 1979, 160 p.
  • Lelièvre, Claude, « Les instituteurs de la Somme et l’exode rural (1920-1940) », Annales d’histoire des enseignements agricoles, n°2, 1987, p. 83-92.
  • Le Men, Ségolène, « Millet et sa diffusion gravée dans l’ère de la reproductibilité technique », in Lucien Lepoittevin, et alii, Jean-François Millet (au-delà de L’Angélus), Paris, Monza, 2002, p. 370-387.
  • Le Roy Ladurie, Emmanuel, (dir.), Paysages, paysans (l’art et la terre en Europe du Moyen Âge au xxe siècle), Paris, bnf-rmn, 1994, 288 p.
  • Mane, Perrine, Le Travail à la campagne au Moyen Âge, étude iconographique, Paris, Picard, 2006, 472 p., 301 illustr.
  • Moriceau, Jean-Marc, « Jean-Marie Duvosquel, Albums de Croÿ », Histoire et Sociétés Rurales, n°8, 1997, p. 216-220.
  • Le Paysan, la ferme et le tracteur : le rural et ses images (un siècle d’affiches agricoles, 1860-1960), Paris-Chartres, Somogy-Le compa, 2006, 192 p., 268 illstr.
  • Prével, Maxime, L’Usine à la campagne, socio-anthropologie du productivisme agricole, Université de Caen, thèse de sociologie, 2005, 359 p. + annexes 82 p., illustr.
  • Quick, Graeme, et Buchele, Wesley, The Grain harvesters, Saint-Joseph (Michigan), American society of agricultural engineers, 1978, 270 p.
  • Premier Rapport de la Commission de modernisation de l’équipement rural, Paris, Commissariat général du Plan, sept. 1946, 186 p.
  • Rapport général sur le Premier Plan de modernisation et d’équipement, Paris, Commissariat général du Plan, nov. 1946-janv. 1947, 193 p.
  • Rémy, Jacques, « Fermes modernes, femmes modèles ? », in Le Paysan.., 2006, p. 37-51.
  • Rivière, Dominique, Affiche, agriculture, patrie, Pierre-de-Bresse, Écomusée de la Bresse bourguignonne, 1988, 81 illustr. + 2 articles dans un supplément, 19 p. ;
  • —, L’Animal à l’affiche, Pierre-de-Bresse, Écomusée de la Bresse bourguignonne, 1995, 16 p., 11 illustr. ;
  • —, Machines agricoles à l’affiche, Pierre-de-Bresse, Écomusée de la Bresse bourguignonne, 1999, 76 p., 60 illustr.
  • Roger, Philippe, L’Ennemi américain, généalogie de l’antiaméricanisme français, Paris, Seuil, 2002, 607 p.
  • Statistique agricole de la France (résultats généraux de l’enquête de 1929), Paris, Ministère de l’Agriculture, 1936, 803 p.

Notes

[*]

Pôle rural, Maison de la recherche en sciences humaines de l’Université de Caen. Courriel : <jean-paul. bourdon@ unicaen. fr>.

[1]

Bretell et Bretell, 1983 ; Bernard, 1990 ; Le Roy Ladurie, 1994.

[2]

Comme ceux du Normand Lequeu (1757-1825), du Breton Olivier Perrin (1761-1831), et au siècle suivant de l’Alsacien Gustave Brion (1824-1877) ou de Millet (1814-1875). On peut voir quelques-uns des 158 dessins de Perrin dans Aghulon et al., 1977, p. 76-77, 113 et 133 et dans Delouche, 1988, p. 6-13 ; Bourdon, 2004.

[3]

Rivière, 1988, 1995 et 1999 ; Bleton-Ruget, 1988 ; Duret, 1988.

[4]

Le Paysan…, Somogy, 2006, avec des articles de Gérard Béaur, Annie Bleton-Ruget, Jean-Claude Farcy, Ronald Hubscher, Jacques Rémy et Jean-Paul Bourdon. Autant que l’occasion le permettra, seront aussi sollicitées les affiches publiées par Dominique Rivière et l’écomusée de la Bresse bourguignonne afin d’élargir au maximum le champ d’investigation et de permettre à chacun de se reporter à des exemples précis : Rivière, 1988, 1995, 1999.

[5]

Mane, 2006 ; Moriceau, 1997.

[6]

J’ai travaillé sur l’histoire de la mécanisation en France sous la direction de Jean-Paul Chabert au sein du Groupe d’études des relations économiques internationales de l’inra et j’ai dépouillé, entre autres, les revues qui concernent ce secteur de 1900 aux années 1960. C’est cette histoire, les problèmes que pose la diffusion des innovations et, en amont, le rôle des agents modernisateurs du xixe siècle (Bourdon, 1993, 2006), qui guident ici ma grille d’analyse.

[7]

Plano : Le Paysan…, 2006, p. 83 ; Massey, Journal d’agriculture pratique, 1888, vol. 1, p. 531.

[8]

Béaur, 2006.

[9]

Voir la diffusion des instruments Bodin de Rennes au milieu du xixe siècle : Abou El Maati, 2004, p. 123.

[10]

Prével, 2005, p. 90-119.

[11]

Principalement La Mécanique rurale et Le Marchand de machines agricoles, fondé en 1925, qui existe toujours sous le titre Tracteurs et machines agricoles. Les gravures en couleur du Journal d’agriculture pratique, qui apparaissent en 1885, sont principalement consacrées aux animaux, mais présentent pour la première fois sur une double page la moissonneuse-lieuse américaine Wood en 1888 (vol. 1, p. 666-667).

[12]

Le Men, 2002.

[13]

Rivière, 1999, p. 9.

[14]

Bourrigaud, 1993 ; Bourdon, 1993.

[15]

Bourdon, 1993, p. 476.

[16]

Entre les deux guerres, le réseau des marchands-réparateurs est très dense. On en compte 40 dans le Nord, autant dans le Loir-et-Cher, 35 dans le Pas-de-Calais, 27 dans la Manche, etc.

[17]

On parle aussi de « laque américaine », de « lactine américaine », de « couteaux américains », de « colliers américains » pour vache, etc.

[18]

Puzenat : machines de récolte à Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire) ; Renault : tracteurs à Boulogne-Billancourt (Seine) ; Dollé : machines de récolte à Vesoul (Haute-Saône) ; Garin : écrémeuses à Cambrai (Nord) ; Amouroux : machines de récolte à Toulouse (Haute-Garonne). Duret, 1988.

[19]

Le Marchand de machines agricoles, mars 1927.

[20]

Bleton-Ruget, 1998.

[21]

Le Paysan…, 2006, p. 139.

[22]

Le Paysan…, 2006, p. 91.

[23]

Prével, 2005, p. 118-119.

[24]

Rivière, 1988, pl. 49 et 1999, p. 21.

[25]

L’église n’est pas absente des publicités agricoles d’aujourd’hui et la récente édition du Larousse agricole (2002) reprend sur la couverture le stéréotype du petit village cerné par les champs, au milieu duquel s’élève une église.

[26]

Quick et Buchele, 1978, p. 217.

[27]

Rivière, 1988, pl. 62.

[28]

Ibid., pl. 79.

[29]

Le Paysan…, 2006, p. 10, 22, 77, 82, 89, 92, 93, 112, 113, 118, 121. Pour le hangar Remère : ibid., p. 85.

[30]

Pour l’affiche de Dollé : Le Paysan…, 2006, p. 84.

[31]

Ibid., p. 139.

[32]

Ibid., p. 111.

[33]

Rivière, 1999, p. 16.

[34]

Rivière, 1999, p. 35.

[35]

Ibid., p. 22.

[36]

Rivière, 1995, 1ère de couverture ; Le Paysan…, 2006, p. 116.

[37]

Pour des éléments biographiques, voir Quick et Buchele, 1978 ; et Duret, 1998.

[38]

On peut comparer dans Rivière, 1988, les femmes symboles (pl. 18, 58 et 79), les élégantes (pl. 12, 53 et 54) et les paysannes (pl. 10, 37, 42 et 60).

[39]

Quick et Buchele, 1978, p. 136.

[40]

Rivière, 1999, p. 25 et 65.

[41]

Ibid., p. 29.

[42]

Bourdon, 2004. On complétera ce survol par l’analyse de Rémy, 2006. Ces femmes ont disparu des publicités actuelles.

[43]

Giedon, 1980, p. 155.

[44]

Gasnier, 1992.

[45]

Roger, 2002, p. 439-480 ; Bourdon, 2004. Voir aussi Lelièvre, 1987.

[46]

Comme l’a résumé Marc Bloch en 1940 : « Toute une littérature de renoncement, bien avant la guerre, nous les avait rendus déjà familiers [« ces bucoliques avis », le retour à la terre, etc.]. Elle stigmatisait l’« américanisme ». Elle dénonçait les dangers de la machine et du progrès. Elle vantait, par contraste, la paisible douceur de nos campagnes, la gentillesse de notre civilisation de petites villes, l’amabilité en même temps que la force secrète d’une société qu’elle invitait à demeurer de plus en plus résolument fidèle aux genres de vie du passé » : Bloch, 1990, p. 181.

[47]

Duret, 1988, p. 11.

[48]

Rivière, 1988, pl. 8, 19 et 1999, p. 45 ; Le Paysan…, 2006, p. 76, 93, 97, 103. La figure sera souvent reprise jusqu’à nos jours.

[49]

Rivière, 1988, pl. 45.

[50]

Le Paysan…, 2006, p. 25.

[51]

Rivière, 1988, pl. 57.

[52]

Le Paysan…, 2006, p. 165.

[53]

Ibid., p. 97.

[54]

Ibid., p. 121.

[55]

Ibid., p. 42.

[56]

Pourtant la Commission de modernisation de l’équipement agricole, 1946, p. 17, estime que, grâce à l’effort qui a été fait entre 1925 et 1935, l’électrification rurale est l’un des rares domaines où la France, comparée aux pays voisins, figure en bonne place. Dès 1906, le Journal d’agriculture pratique, vol. 2, p. 589, explique comment installer une ligne électrique aérienne. Aux États-Unis, une peinture de Hopper représente des poteaux téléphoniques dans l’État du Maine dès 1914.

[57]

Bourrigaud, 1993, p. 321 ; Bourdon, 1993, p. 285. Voir une publicité de Pilter pour une ronce artificielle en France dans Aghulon et al., 1977, p. 425.

[58]

Seules les charrues Bajac de Liancourt dans l’Oise montrent une vue intérieure de leurs forges. Mais on sent bien là que nous sommes encore dans le xixe siècle (figure 227). Les cheminées des firmes anglaises et américaines fument également abondamment : Quick et Buchele, 1978, p. 33.

[59]

Farcy, 2006.

[60]

Rivière, 1999, p. 23.

[61]

Giedon, 1980, p. 152.

[62]

Le Paysan…, 2006, p. 40 ; Rivière, 1999, p. 12.

[63]

Le Paysan…, 2006, p. 80.

[64]

Rivière, 1999, p. 24.

[65]

Le Paysan…, 2006, p. 25.

[66]

Dans Le Marchand de machines agricoles du 20 février 1927, une publicité pour La Crosse déclare : « A La Crosse tractor means a happy farmer » et le conducteur porte encore le large chapeau typique des farmers américains, le tracteur évoluant sur fond de clôtures en fils de fer barbelés.

[67]

Rivière, 1999, p. 20.

[68]

Ibid., p. 24.

[69]

Le Paysan…, 2006, p. 119.

[70]

Rivière, 1999, p. 25 ; 1988, pl. 48 et 1999, p. 19 ; 1988, pl. 51 et 1999, p. 25 et 27.

[71]

Aghulon et al., 1977, p. 528 ; Le Paysan…, 2006, p. 16.

[72]

Rivière, 1988, pl. 63 et 1999, p. 50. Le Paysan…, 2006, p. 136, 137.

[73]

Bourdon, 1993, p. 315-319.

[74]

Les entrepreneurs de battage apparaissent dès les années 1850 : Bourrigaud, 1993, p. 336. La Statistique agricole de 1929 en dénombre 39 000.

[75]

Rivière, 1999, p. 9.

[76]

Ibid., p. 13.

[77]

La batteuse à bras a été mise au point vers 1830. Selon Bourrigaud, 1993, p. 330-341, dans le Pays nantais, elle s’est diffusée à partir de 1840.

[78]

Le Paysan…, 2006, p. 87.

[79]

L’affiche pétainiste est mentionnée par Rivière, 1988, pl. 10.

[80]

Quick et Buchele, 1978, p. 134. Dix ans plus tard, le Journal d’agriculture pratique, 1888, vol. 1, p. 531, qui publie rarement de publicités, commentera cette image.

[81]

Rivière, 1988, pl. 52.

[82]

Nitard, Merlin et Mc Cormick : Rivière, 1988, pl. 15, et 1999, p. 16 et 57. Le Paysan…, 2006, p. 102, présente un gros propriétaire qui emploie le bon engrais et qui fume un cigare avec satisfaction.

[83]

Lafargue, 1979, p. 144.

[84]

Le Paysan…, 2006, p. 83. La meule Plano apparaît pour la première fois dans le Journal d’agriculture pratique de 1900, vol. 2, p. 265.

[85]

Le Paysan…, 2006, p. 90.

[86]

Chabert, 1983, p. 6 et 24.

[87]

Rivière, 1988, pl. 55.

[88]

La Statistique agricole de 1929 en dénombre 665 000 ; elles sont tellement répandues que la Commission de modernisation de l’équipement rural de 1946 n’en parle pas.

[89]

Rapport général sur le Premier Plan, 1946-1947, p. 161-163.

[90]

Le concours Lépine ouvre en 1932 une section « agricole et rurale », qui récompense des inventions et les machines améliorées.

Résumé

Français

La plus grande collection d’affiches agricoles de France, réunie par Philippe Brugnon, a donné lieu en 2006 à une exposition au Conservatoire du machinisme et des pratiques agricoles de Chartres, accompagnée d’un catalogue important. La mise à disposition de ces 1 372 affiches, qui s’ajoutent à celles de l’écomusée de la Bresse bourguignonne, donne l’occasion de rappeler l’importance des premières campagnes publicitaires en direction des intermédiaires de l’agriculture. Elle permet également de faire le point, grâce à une analyse de contenu, sur l’intérêt de ces images populaires pour l’histoire rurale à partir de l’exemple des tracteurs et des machines agricoles de la fin du xixe siècle au milieu du siècle suivant.

Mots-clés

  • affiches
  • Philippe Brugnon
  • États-Unis
  • France
  • machinisme agricole
  • modernité
  • stéréotypes
  • technique
  • IIIe République

English

The biggest collection of French rural posters, put together by Philippe Brugnon, provided the basis for an exhibit organized in 2006 by the Conservatory of agricultural machines and practices (Conservatoire du machinisme et des pratiques agricoles) in Chartres. A major catalogue printed for this exhibit enables us to access these 1,372 posters, to which must be added those posters kept at the Living Museum of Burgundian Bresse (Ecomusée de la Bresse bourguignonne). On the whole, these posters remind us of the major scale of the first advertisement campaigns aimed at agricultural middlemen. Through a contents analysis, we can also use them to assess the usefulness of this popular imagery for rural history, focusing on the case of tractors and agricultural machines from the end of the xixth century to the middle of the xxth.

Keywords

  • agricultural mechanization
  • France
  • modernization
  • Philippe Brugnon
  • posters
  • stereotypes
  • technology
  • United States
  • IIIrd Republic

Plan de l'article

  1. La collection de Philippe Brugnon
    1. Commerce et propagande
    2. Les affiches commerciales
    3. Production, distribution, réception
  2. Des propriétaires modèles aux usines modèles
  3. Comment analyser ces affiches ?
    1. Ici, on s’amuse
  4. Décor, personnages, train du progrès : les stéréotypes
    1. Le décor
    2. Les vieillards et les enfants
    3. Les hommes
    4. Les jolies femmes
    5. L’aube se lève sur un jour nouveau
    6. Hier et Aujourd’hui : l’accélération du temps
    7. Des cheminées qui fument
    8. La modernité arrive par avion
    9. La langue du progrès
    10. Emphase et concurrence : la 1ère marque du monde
    11. La mécanique, c’est simple
    12. La pipe du Père Tranquille
  5. Les machines
    1. Les détails techniques
    2. Le phare du tracteur Moline
    3. L’espigadora de Massey-Harris
    4. La faucheuse Adriance et la souche

Pour citer cet article

Bourdon Jean-Paul, « L'américanisation de nos campagnes. Affiches agricoles et histoire rurale (1870-1950) », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2007 (Vol. 28), p. 123-166.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2007-2-page-123.htm


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