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Histoire & Sociétés Rurales

2007/2 (Vol. 28)


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Martine Camiade, Familles et mémoires, habitat et exploitation des ressources naturelles dans un espace catalan frontalier, xvie-xxe siècle, dossier d’habilitation à diriger des recherches (section 73 du cnu : Cultures et langues régionales), Institut Franco-Catalan Transfrontalier (ifct) - université de Perpignan Via Domitia, 6 décembre 2006

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Jury : Annie Antoine, professeur à l’université Renne 2, Jean Bécat, professeur à l’université de Perpignan Via Domitia (directeur), Serge Brunet, professeur à l’université Paul Valéry Montpellier 3 (rapporteur), Michel Cadé, professeur à l’université de Perpignan Via Domitia (président), Enric Saguer, professeur à l’université de Gerone (rapporteur), Raymond Sala, professeur à l’université de Perpignan Via Domitia.

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À l’invitation du président du jury, Martine Camiade expose avec sobriété et concision le développement de ses recherches, depuis sa thèse soutenue en 1999 (La Maison dans la communauté andorrane du xviie au xixe siècle), qui l’ont amené à s’intéresser aux Albères, sa triple activité d’investigation, d’enseignement, de production pour la télévision grâce à laquelle elle peut découvrir, transmettre à ses étudiants, toucher un public plus large. Le président lui sait gré d’avoir montré plus qu’elle ne l’a fait dans son dossier l’acuité de sa réflexion sur l’analyse et le traitement de l’image animée dans une perspective historique.

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Serge Brunet, rapporteur, se dit heureux de participer à cette soutenance après avoir siégé naguère à son jury de thèse, ce qui lui permet d’apprécier le chemin parcouru entre ces deux moments forts de la carrière universitaire. Le dossier composé de 918 pages dactylographiées en quatre volumes et de deux ouvrages collectifs s’articule autour de trois champs d’ampleur inégale : « Familles, réseaux et stratégies », correspondant à la recherche initiale sur le monde andorran déplacée vers les Albères, est réalisé dans une perspective monographique ; « Habitat, territoire et exploitation des ressources naturelles », parfois redondant par rapport au premier car il se déploie autour du mas considéré en tant que communauté de vie et de production, traite surtout des activités verrières ; « Mémoire et identité des espaces catalans », dossier moins développé que les précédents, les enquêtes orales réalisées dans les Albères restant encore à l’état de matériau brut. Il en souligne les incontestables qualités et les apports : les recherches sur les verreries des Albères combinant l’exploitation de sources écrites et de recherches de type archéologique sont très neuves, la mise en œuvre des sources pour aller de la casa au mas afin de retracer les destinées familiales dans le temps long est judicieuse, les aperçus sur la religion des catalans et les confréries sont intéressants. Quelques faiblesses sont à relever cependant : l’espace de l’enquête est insuffisamment circonscrit, l’ouverture au-delà de l’espace nord-catalan aurait pu être meilleure, le recours à la bibliographie, fort riche et renouvelée récemment sur nombre de thèmes abordés, aurait pu être plus explicite. Des comparaisons avec d’autres systèmes « à maison », d’autres secteurs des Pyrénées concernant la transmission des patrimoines, la place des cadets, auraient été les bienvenues. Il apprécie néanmoins le goût de madame Camiade pour le travail collectif attesté par sa participation à des rencontres scientifiques, à des colloques, son travail de vulgarisation constamment soucieux d’exigences scientifiques.

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Dans sa réponse Martine Camiade rappelle le cheminement qui l’a conduit à travailler de la casa andorrane au mas des Albères, reconnaît des comparaisons trop rares avec des travaux qu’elle connaît par ailleurs. Il lui a semblé difficile de rendre compte de l’ensemble des activités d’exploitation des ressources naturelles des Albères car cela aurait conduit à des développements annexes trop volumineux.

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Enric Saguer entend souligner l’implication de Martine Camiade dans des projets de recherche transfrontaliers (programme Interreg 3A « Albera : mémoire et terre », réseau Resopyr), sa capacité à coordonner des recherches, à transmettre des connaissances, sa haute maîtrise de la langue catalane qui remplit pleinement une des conditions de la section 73 du cnu. La candidate a su élargir son champ de recherche initial, changer de thématique et d’espace géographique, adopter une perspective d’analyse à long terme. Il regrette simplement qu’un nombre insuffisant d’articles ait été publié dans des revues universitaires. Raymond Sala, d’accord avec ses collègues, insiste sur la participation de madame Camiade à la vie de l’Institut Franco-Catalan Transfrontalier et à son centre de recherche, sur son aptitude au travail collectif. Il exprime une réserve : la partie du dossier L’Albera. Temps de paraules i de memories, composée d’entretiens avec des personnes âgées reste le matériau d’une enquête encore inaboutie.

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Jean Becat, directeur de l’hdr, s’attache à montrer la cohérence entre le parcours scientifique et pédagogique de Martine Camiade et son dossier totalement conforme aux critères fixés pour une hdr puisqu’il comporte « un ou plusieurs ouvrages publiés ou dactylographiés », des travaux « dans un domaine scientifique suffisamment large ». Les trois champs de recherche cultivés sont à la fois bien identifiés et en interrelation, madame Camiade participe à des réseaux de recherche avec la Catalogne, avec des universités des deux versants des Pyrénées, des groupes français qui travaillent sur les relations transfrontalières. Depuis trois ans elle a pris en main le master professionnel de Relations transfrontalières où elle coordonne les parties professionnelle et de recherche qui sont un instrument de relations universitaires et de recherche avec la Catalogne et les universités des régions frontalières françaises. Par ailleurs, elle est productrice à la troisième chaîne française de télévision où elle a réalisé 194 documentaires en catalan entre 1985 et 2006.

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Annie Antoine observe que le dossier présenté ne s’appuie pas sur la présentation d’une recherche individuelle inédite comme il serait souhaité en 22e section du cnu, mais reprend les actions et les publications que Martine Camiade a dirigées ou auxquelles elle a participé au cours des dernières années. Seul le rapport de synthèse, de 89 pages, incluant le curriculum vitæ et la liste des publications et autres actions de recherche, a été spécialement rédigé pour la soutenance de l’Habilitation à diriger des recherches. Ce dossier comporte à ses yeux les points forts suivants : une parfaite implication des thèmes de recherche dans les préoccupations de la section 73, une égale répartition des publications entre la langue française et le catalan, un engagement en faveur des cultures régionales, de leur connaissance et de leur transmission, une insertion dans des réseaux, la valorisation de la recherche scientifique. Mais quelques faiblesses aussi : le nombre réduit de publications scientifiques individuelles, le fort ancrage local qui ne permet qu’une ouverture limitée vers l’extérieur.

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Michel Cadé, président, prenant la parole après des interventions dont il partage nombre de remarques, reconnaît que la sienne pourra paraître redondante. L’ampleur du dossier constitué par madame Camiade en vue de la soutenance de son hdr lui paraît convaincante. On y retrouve un champ de recherche bien délimité et clairement conçu aux frontières de l’histoire et de l’anthropologie, son goût de la recherche collective souvent à une place d’animateur, une excellente connaissance des méthodes comme du terrain, l’amplitude de la période chronologique envisagée qui compense le choix d’un espace géographique restreint. La présentation de cette habilitation, pense-t-il, aurait cependant pu être l’occasion pour madame Camiade de rédiger un volume original dont ses recherches sur l’Albère pouvaient fournir la matière. Le gros volume de témoignages L’Albera. Temps de paraules i de memories dont on mesure à la lecture la quantité de temps et de passion qu’il a nécessité le prouve. Il a l’impression parfois que madame Camiade n’ose pas, du moins seule, aller au-delà de la moisson de renseignements et d’indices fournis par une recherche bien menée et d’une grande diversité de sources. Cela n’obère cependant en rien sa capacité à organiser le travail de groupe qui est un des principaux acquis de son expérience de chercheur.

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Le jury, après une courte délibération, proclame madame Martine Camiade habilitée à diriger des recherches.

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Laure Laüt

Béatrice Palmero, Communautés, enjeux de pouvoir et maîtrise de l’espace pastoral aux confins du comté de Nice (Tende, La Brigue et Triora) à l’époque moderne. Une approche micro-historique : les Alpes de proximité, thèse de doctorat, Université de Provence-Aix-Marseille, novembre 2005

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Jury : Georges Comet, professeur à l’université de Provence-Aix Marseille (directeur), Marc Ortolani, professeur de droit à l’université de Nice, Francis Pomponi, professeur émérite, université de Nice, Angelo Torre, Université du Piémont Oriental-Alessandria.

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La thèse de Béatrice Palmero constitue un effort remarquable et novateur d’analyse des systèmes pastoraux des Alpes occidentales à l’époque moderne. Elle est conduite sur des sources locales par des démarches très riches d’un point de vue méthodologique, et elle renouvelle notre connaissance des enjeux de pouvoir qui sont à l’œuvre dans les systèmes pastoraux et qui contribuent d’une façon substantielle à la construction et à la conservation de l’espace pastoral. La thèse est enrichie par douze annexes, des photos, 20 cartes topographiques et environ 40 tableaux et figures qui donnent une idée très précise de la quantité de travail, de collecte autant que d’interprétation que la recherche a rendu nécessaire. En particulier, la première annexe restitue au lecteur l’ensemble du dossier des documents sur lesquels l’argument de la thèse est fondé, ce qui, tout en étant une pratique assez rare chez les modernistes, aide énormément à la compréhension du travail.

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L’introduction définit avant tout le terme qui est au centre de la thèse, c’est-à-dire la notion de localité : il s’agit d’une institution qui, tout en étant continue du point de vue chronologique, se compose de territoires changeants. Cette polarité entre la réorganisation administrative des alpages et la continuité identitaire des localités est un des axes de la thèse, qui en définit les conditions historiques d’existence pendant l’âge moderne.

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Comme l’indique le titre de la première partie de la thèse – « Des actes aux territoires de pâturages » –, le travail de Béatrice Palmero est strictement lié à la découverte et à l’exploitation d’une source. Il s’agit des archives du « Commissariato alla Liquidazione degli usi civici » de Turin, dont la compétence s’étendait sur la Vallée d’Aoste, le Piémont et la Ligurie. Ces archives ont été créées par une institution qui, pendant et après la période fasciste, a essayé de traiter les disputes liées à l’incorporation des communaux dans le domaine de l’État et à la suppression des « usages collectifs » à partir des années 1920-30. Béatrice Palmero montre comment ces archives, qui sont organisées par communes, peuvent être utilisées pour la reconstruction d’une histoire régressive des pratiques pastorales. Une impressionnante série de disputes autour de la définition même d’usage collectif illustre avec précision un des moments les plus violents de la fin des agricultures traditionnelles. Sa lecture des archives lui permet d’emprunter une démarche méthodologique tout à fait originale : une lecture des contentieux et une utilisation des sources historiques léguées aussi bien par les fonctionnaires du xixe siècle et du xxe siècle que par les érudits de l’Ancien Régime. Les disputes du xxe siècle font émerger un type de document, la dispute territoriale, à travers laquelle des villages contigus réglaient non seulement leurs limites, mais aussi, et surtout dans les régions montagneuses, leurs pratiques pastorales respectives. Les disputes territoriales sont fondées sur des mémoires, des pièces justificatives et des expertises élaborées par plusieurs experts locaux. Elles concernent la propriété foncière, les usages et les enjeux des pouvoirs locaux : des géomètres du xxe siècle et des secrétaires communaux du siècle précédant jusqu’aux érudits de l’Ancien Régime, toute une foule d’individus exhibe des savoirs locaux et manipule des traditions à la lumière des requêtes provenant aussi bien des seigneurs que des évêques, des souverains, des administrations étatiques. La collecte d’archives que Béatrice Palmero a réalisée, l’a conduite, à travers à un itinéraire de huit siècles, à reconstituer des « histoires de lieux » qui, tout en étant objets d’une manipulation locale répétée, doivent être interprétés à l’échelle régionale ainsi qu’à un extrême niveau de détail.

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Le point de départ a été l’absence surprenante de documentation sur l’administration de la communauté de La Brigue pour l’époque moderne dans les archives des communautés. Le point d’arrivée est l’identification d’un ensemble documentaire à travers les disputes conservées aux archives du « Commissariato » malgré la sélection opérée par les fonctionnaires du xixe et du xxe siècle. Une fois reconstituée les sources relatives à La Brigue pour l’époque moderne, la démarche de la thèse a été de l’utiliser comme un site archéologique et d’y lire la stratification des droits et des usages de l’espace alpin qui caractérisèrent la période comprise entre le xvie et le xviiie siècle : l’histoire administrative, l’histoire des pratiques pastorales, et l’histoire de l’historiographie sont ici les pivots du discours.

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Cette approche des sources juridiques et administratives des xixe et xxe siècles permet à Béatrice Palmero de poser le problème de l’identification des pratiques pastorales qui se développèrent à l’époque moderne. Ici la thèse adopte une deuxième démarche radicalement novatrice du point de vue méthodologique : pour identifier ces pratiques elle adopte une approche topographique, c’est-à-dire une approche qui consiste à identifier à l’échelle locale les localités dont parlent les sources et où les pratiques mêmes se déroulent.

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Ces différents lieux objets de l’analyse ont en commun le fait qu’ils hébergeaient, et dans quelques cas, ils hébergent encore, les pratiques pastorales de la commune de La Brigue et qu’ils ont été objets de relations conflictuelles avec les sociétés des communes voisines. L’usage régressif de l’archive conduit à identifier un objet spécifique : celui-ci est constitué par une pratique économique et sociale, que l’auteur appelle « alpage de proximité », et qui complique les hypothèses sur la petite transhumance qui ont été l’objet de travaux récents sur les sociétés pastorales entre le Moyen Âge et l’Ancien Régime. Par ce terme, la thèse entend une pratique construite par des processus sociaux et politiques de délimitation de l’espace alpin du bas Moyen Âge et d’individualisation des promiscuités de pâturage. Cette démarche permet à la thèse d’identifier l’alpage comme un « espace alpin de proximité » caractérisé par la pluralité de juridictions et de prérogatives liées aux droits de pâture. De cet espace, Béatrice Palmero reconstitue d’une façon persuasive l’articulation et les vicissitudes historiques.

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La deuxième partie de la thèse étudie la transformation des territoires de pâturage en localité d’alpage à travers la « conservation » des alpages de proximité à l’époque moderne. L’articulation essentielle de l’alpage se joue autour d’une condition que l’on pourrait appeler « structurelle » : l’imbrication des droits et des usages qui s’exercent sur ces espaces « de proximité » et qui exigent des solutions rituelles et juridiques aux relations qui se déroulent autour de la jouissance de ces mêmes espaces. L’analyse ponctuelle de quelques moments de cette articulation permet à la thèse d’individualiser une condition générale de l’exploitation de l’alpage de proximité : l’adaptation de la transhumance aux nouvelles conditions et aux nouveaux enjeux de pouvoir qui caractérisent l’époque moderne. De ces considérations on dégage une deuxième articulation de l’espace alpin de proximité : le fait d’être constamment construit à travers les relations entre les hommes et les communautés locales. En d’autres termes, l’alpage de proximité n’est pas seulement un espace physique mais plutôt un espace juridique et culturel. On le construit à travers des négociations, des conventions ; on cherche constamment les conditions plus favorables à l’activité de pâturage.

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Grâce à cette perspective qu’on pourrait peut-être appeler « constructionniste » la thèse parvient à identifier une série d’articulations de la promiscuité pastorale à travers des « histoires-lieux » qui sont dédiées ici à un vaile, là à un cuneus commune, ici à un vignoble communal, là encore à une bandite. C’est-à-dire des histoires qui sont reconstruites à travers un procédé méthodologique très complexe : elles sont des histoires qui apparaissent au ras du sol en analysant de très près des disputes, ou pour mieux dire des moments conflictuels dans les relations territoriales d’une société pastorale.

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La thèse examine ensuite les dispositifs d’un circuit pastoral de proximité et identifie dans la condition de voisinage un des objectifs des relations territoriales à l’Époque moderne. Il s’agit d’une condition qui permet d’avoir un accès privilégié – en tant que voisin – aux ressources végétales. C’est ce qui permet enfin de maîtriser la transhumance dans de nouvelles conditions politiques et juridiques à la fin du Moyen Âge et pendant la Période moderne en lui donnant un court rayon d’action. À travers ces mouvements de faible ampleur, les communautés des voisins sont celles qui exploitent d’une façon différente les couloirs herbeux (les vaili), les cols, les plateaux du versant, les prés et l’estive. En d’autres termes c’est comme si le pouvoir croissant des universités locales parvenait à définir les nouvelles conditions de la transhumance et de la maîtrise des Alpes de proximité dans des espaces qui sont maintenant définis en termes de niches intercommunales.

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L’identification de l’articulation de l’espace de l’alpage permet à la thèse d’en individualiser la dynamique historique. Beatrice Palmero peut ainsi reconstruire une chronologie spécifique des vicissitudes des alpages : autour d’un complexe de droits territoriaux l’espace pastoral se réorganise en Alpes de proximité entre le xive et le xvie siècle en conséquence du nouveau pouvoir des communautés locales. La différente nature des enjeux de pouvoir entre le xviie et le xviiie siècle conduit plutôt à parler de pâturages de confins : la naissance et le développement des états territoriaux, la Savoie, Gènes, la France, modifient encore une fois la condition d’exploitation de l’alpage, et l’analyse suit cette nouvelle condition à travers les politiques du sel, de la traite, à travers les dynamiques de la souveraineté. Plus tard, ce seront les constitutions de rentes, les politiques des notables, la « perequazione » et la construction du cadastre qui fixeront le lit à l’intérieur duquel s’installera la politique pastorale.

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La troisième partie de la thèse est consacrée à l’étude de la maîtrise de la compascuité entre le xvie et le xviiie siècle. Il s’agit d’une étude comparative des statuts des communautés de Brigue, Tende et Triora à propos des systèmes de compascuité, de la production juridictionnelle, et de la création de nouveaux centres de pouvoir à l’intérieur même des communautés étudiées. Ici une nouvelle démarche méthodologique est envisagée, qui consiste en la lecture topographique des statuts. Et ceci dans un double sens : le statut nous donne des indications précieuses non seulement sur l’organisation de l’espace dans le territoire du village, mais aussi sur l’organisation des usages et des pratiques pastorales. Dans le premier sens, les résultats sont vraiment intéressants : telle, par exemple, la découverte à la p. 573, carte n° 17, que le système des « defensi » de la Brigue est en réalité un système qui met en communication le village avec une des localités d’alpage. Dans un second sens, la lecture de certains épisodes de la vie économique et sociale des villages permet d’identifier des stratégies de limitation de la compascuité. Tels les processus de privatisation de l’alpage et de commercialisation de l’herbage, mais tels aussi la création de parcours réservés à la transhumance. L’objectif de ces processus est en général de se soustraire à la promiscuité : ici avec la création de vignobles. Mais surtout, cette méthode de lecture permet d’identifier des processus qui donnent accès aux territoires indivis. Ici c’est surtout la politique des créanciers des communautés qui est intéressante, et se traduit en chapellenies, en « monts de piété », ou, à la limite, dans la création de nouveaux habitats, tels Carnino, ou Borniga.

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En conclusion, une réflexion sur la complexité de ce travail s’impose encore une fois. Son auteur utilise un double registre méthodologique : dans la première partie, il s’agit de décoder un discours politique (des xixe-xxe siècles) et de faire une lecture stratigraphique et régressive de la documentation. Dans les deux dernières parties, il s’agit surtout une lecture topographique des disputes territoriales et des statuts communaux, lecture qui se fonde sur l’identification d’un système, des pratiques et des juridictions. Les relations entre ces deux démarches, bien qu’elles ne soient pas explicitées par Beatrice Palmero, sont toujours à l’œuvre, et sont sans-doute responsables des acquis les plus intéressants de la thèse. Je fais allusion ici au rôle des investissements dans le domaine dévotionnel (les chapelles, les collégiales, les autels) et à la place des familles de notables qui permettent la redistribution des ressources à l’intérieur du groupe des parents et de leurs associés. Il s’agit en effet d’un passage du « site » d’archive au social et au culturel qui a toujours représenté un point très problématique. Cette relation entre décodage du discours et et de la topographie permet d’éclaircir le rapport entre créance, possession, transmission de la possession et dévotion. Les investissements dévotionnels de quelques parentèles représentent des épisodes conscients d’un processus de changement social qui, dans sa totalité, reste largement inconscient.

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Un dernier mot sur l’acte final de cette histoire, la création du cadastre entre la fin du xviie et la fin du xixe siècle : ici, on assiste apparemment à une privatisation des espaces alpins de proximité, dans le sens où ils sont attribués à des personnes physiques. Une analyse détaillée permet cependant à Beatrice Palmero d’y percevoir des groupes de parents qui se partagent ces espaces. Il s’agit là d’un apport très important. Ce mécanisme nous renvoie à une idée de la communauté d’habitants très éloignée de la notion d’une communauté morale qu’une sociologie naïve nous a transmis. Il s’agirait plutôt d’un régime de copropriété, où les groupes de copropriétaires sont identifiés sur la base d’un lexique local et d’un savoir local : une nouvelle déclination de la « production de localité » qui est destinée à revenir très souvent dans nos analyses futures des sociétés locales.

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Angelo Torre

Fulgence Delleaux, À la Recherche des mutations agricoles. Économie et société dans les campagnes du Hainaut français de Louis XIV à la Révolution (1659-1800), thèse de doctorat d’histoire, soutenue à l’Université de Caen Basse-Normandie, le 13 octobre 2007

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Jury : Christian Albertan, professeur à l’Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis (rapporteur), Annie Antoine, professeure à l’université de Rennes 2, Claire Billen, professeure à l’Université Libre de Bruxelles, Jean-Pierre Jessenne, professeur à l’Université de Lille III (rapporteur), Jean-Marc Moriceau, professeur à l’Université de Caen (directeur de thèse), Dominique Rosselle, professeur à l’Université de Lille III (président).

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Après un mémoire de maîtrise sur l’éphémère Société d’Agriculture de Valenciennes (1763-1766), Fulgence Delleaux a choisi de s’interroger sur les progrès de l’agriculture dans le Hainaut français de la seconde modernité : une région de carrefour entre les provinces septentrionales de l’économie progressiste qui touchent à la Hollande et à la Westphalie et les pointes avancées les plus dynamiques du Bassin parisien ; une époque charnière entre la récession démographique causée par les conflits européens au xviie siècle et la période de décollage du xviiie siècle. À quel moment s’y opérèrent les changements économiques et sociaux qui permirent l’essor durable de la production agricole au sens large et quelles en furent les modalités ? Entre la fin du Moyen Âge, étudié par Alain Derville ou Hugues Neveux pour le Cambrésis, et le xixe siècle marqué par la mécanisation de l’agriculture, le Hainaut ne fait-il pas partie des secteurs frappés par les « faux-semblants » de la « révolution agricole » ? Sur un siècle et demi, allant du traité des Pyrénées de 1659 (début de l’annexion française) jusqu’à 1800, fin de la décennie révolutionnaire, Fulgence Delleaux a choisi un espace de quelque 2500 km2 qui englobe l’Avesnois, le Valenciennois, un morceau du Tournaisis et l’Ostrevent, pays marqués par la richesse de leurs terroirs, la prédominance du fermage et de grandes exploitations tenues par des « censiers ». À la veille de la Révolution, selon Georges Lefebvre, ces derniers y contrôlaient les trois-quarts du sol. Les mutations liées aux guerres du xviie siècle, puis le retour durable de la paix de 1713 à 1792, conjugué avec une croissance démographique globale, constitueraient les deux grands facteurs de l’essor de la production agricole et de la transformation économique et sociale du monde rural hennuyer. En partant de cette hypothèse, l’auteur s’est efforcé d’observer l’évolution de la taille des exploitations, à partir de quatre dénombrements opérés entre 1680 et 1699 et d’en analyser l’évolution, en recourant notamment aux six livres de comptes laissés par les Gravis, une famille de grands censiers de l’Avesnois. Une longue traque à travers les archives du côté français (mais du côté autrichien) d’Ath en Hainaut autrichien, lui a livré patiemment une solide collection d’actes notariés, en particulier des contrats de mariage et des inventaires après décès. Cette précieuse moisson lui a permis de reconstituer, en l’absence de contrôle des actes en Hainaut, la généalogie et la stratégie des familles de ces grands exploitants.

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Selon Fulgence Delleaux les guerres propres au règne de Louis XIV ont entraîné de profonds changements économiques dans le Hainaut : les saisies de biens à foison et les regroupements opérés par les grands exploitants au détriment des petits ont accentué la bipolarisation de la société rurale qu’avait déjà observée Georges Lefebvre en 1789. Le nombre de censiers à 3 charrues s’accroît de 130 % entre 1686 et 1699. Ces derniers en viennent à occuper 60 à 70 % des terres du Hainaut français, chiffre comparable au pays liégeois, faisant de leurs titulaires les « hommes clés des campagnes » (Dominique Rosselle). Il resterait à connaître la situation des autres catégories de la société rurale (charrons, blatiers, etc.) soumis, comme on le sait pour les marchands de grains du Cambrésis, aux risques d’une conjoncture difficile. La guerre paraît avoir entraîné des mutations durables de la production agricole : on observe en 1686 une chute des effectifs bovins, une élévation des surfaces consacrées au trèfle et aux fourrages artificiels au détriment de la jachère ainsi qu’une progression des superficies cultivées en blé, conduisant les grandes exploitations à sortir de l’assolement triennal traditionnel. La croissance démographique que l’on mesure après 1720 renforce les changements impliqués par les guerres. Elle atteint 400 % en certains villages spécifiques, tel Anzin, et 150 % dans l’ensemble du Hainaut français, contre 40 % dans le reste de la France, de 1720 à 1789. Cet essor paraît avoir stimulé la production agricole, par la réduction voire en certains cas la suppression de la jachère. On observe également l’augmentation des effectifs bovins, venus notamment de Franche-Comté pour l’embouche en Avesnois, en liaison avec l’augmentation des surfaces herbagères : l’accroissement de fumures qui en résulte, associé à un recours élargi aux amendements (cendres de Hollande, tourbe) expliquent l’augmentation des rendements céréaliers, de 35 à 40 % dans la période 1720-1789, contrairement aux estimations proposées jadis par Michel Morineau. L’élargissement des débouchés commerciaux des grands fermiers assure leur prospérité, poussant à son tour à la concentration, comme le suggère l’indicateur des dots dans les fonds notariaux (+ 93 % des dots des grands censiers d’après contrats de mariage autour du Quesnoy).

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Il s’ensuit des changements de modes de vie dans les campagnes du Hainaut, et une bipolarisation de la société, avec le déclin des moyennes exploitations au profit des plus grandes (3 fermiers peuvent exploiter 70 % des terres dans un des villages étudiés), un phénomène qu’avait perçu aussi Sylvain Vigneron dans le Cambrésis ou Renaud Morieux en Angleterre. L’abondance de la main-d’œuvre disponible comprime la progression des salaires des manouvriers. Passé 1770, la paupérisation s’étend et les tensions sociales montent, d’autant que les droits de parcours – ressource des plus pauvres –, ont été réduits, voire supprimés dans l’Avesnois en 1771. En 1800, les structures économiques et sociales n’ont guère changé (peu de grandes fermes ont été démantelées comme biens nationaux dans le district de Valenciennes) alors que les changements agricoles se sont poursuivis, notamment sur le plan technique (usage de la charrue Brabant).

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Le Hainaut français paraît donc représenter un cas original dans la France du xviiie siècle, à comparer avec la Flandre et l’Alsace, par son essor démographique, l’augmentation de ses rendements agricoles, l’ascension économique et sociale de la catégorie des grands fermiers, principal vecteur des progrès dès avant 1789, sans que la Révolution ne modifie globalement leur situation ni la tendance générale.

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À la suite de cet exposé, le professeur Jean-Marc Moriceau, directeur de la thèse, souligne l’intérêt du sujet et le bien fondé des interrogations de Fulgence Delleaux sur la croissance agricole du Hainaut français au xviiie siècle, qui rejoignent ses propres travaux sur le cœur du Bassin parisien à la même époque. Il met en exergue trois grandes qualités de l’auteur : une bonne maîtrise de l’historiographie en s’inscrivant dans un long héritage d’histoire rurale depuis ses premiers travaux pour le dea ; la vivacité du style, support d’idées fortes et d’une grande volonté démonstrative ; l’ampleur et la variété du corpus de sources, écrites, quantitatives (en particulier une centaine d’inventaires après décès collectés avec bien des difficultés) et aussi iconographiques. Il approuve l’architecture de la thèse en deux grandes parties chronologiques, opposant un xviie siècle perturbé et un xviiie triomphant, libérant les forces productives, comme en Île-de-France, mais avec des originalités certaines pour le Hainaut. Dans les deux régions, les élites rurales se rapprochent de leurs homologues urbaines depuis le passage au collège jusqu’à la retraite bourgeoise, ce que traduit bien l’élévation du niveau de vie que l’on décèle dans les objets de consommation (avec ici des indicateurs spécifiques comme le poële à charbon). Le mouvement des salaires agricoles paraît marquer dans le Nord un sensible retard. Le laminage des exploitants moyens est plus prononcé et moins freiné par la décennie révolutionnaire qu’en région parisienne, où d’autres facteurs ont joué. On est surpris de constater la tolérance intéressée des propriétaires qui vont jusqu’à laisser le notaire coucher par écrit l’autorisation de « rebouler » l’assolement dans les années 1770 et de mesurer l’importance de la demande des armées qui vient compléter ici l’appel des marchés urbains. L’essor agricole est multiforme : il passe certes par l’intensification fourragère, indéniable, et l’élévation des rendements céréaliers, mais aussi par l’élevage, laitier (fromage de Maroilles) et même à viande. Les voies du progrès ont été en partie différentes, centrifuges et interactives, avec l’embouche bovine en Avesnois – et derrière elle un milieu de marchands de bétail (les « norretiers ») fort original – ou la pomme de terre, plus conquérante qu’on ne l’imaginait. On ne peut contester l’ampleur de la croissance économique, à partir du développement de l’agriculture. Elle n’a pas été interrompue par la Révolution française. Cette thèse vient donc constituer un point de comparaison fort utile avec les campagnes du Cambrésis, étudiées jadis par Hugues Neveux, celles d’Alsace scrutées par Jean-Michel Boehler, et celles de l’Île-de-France. La position géographique particulière du Hainaut dans l’Europe du Nord-Ouest permet aussi de voir à l’œuvre diverses influences, venues des provinces belges ou rhénanes. Si Jean-Marc Moriceau a pu noter quelques limites à ce travail (sur l’analyse des paysages agraires, le rôle du complexe féodo-seigneurial, et le rural non agricole), il a souligné l’ampleur de la recherche effectuée, la qualité de son exécution et la richesse de ses perspectives. Une véritable gageure quand on sait que le doctorant, après un remarquable dea, a strictement respecté le délai légal des trois ans qui lui était imparti par son allocation.

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Le professeur Christian Albertan, l’un des rapporteurs, a souligné quant à lui l’étendue de la bibliographie couverte et la masse documentaire impressionnante mise en œuvre par Fulgence Delleaux. Il a apprécié l’ampleur du cadre historique proposé, la qualité de la présentation et de l’illustration de la thèse. L’auteur n’hésite pas à revenir pour les nuancer ou les discuter avec courage sur plusieurs thèses qui ont fait autorité comme celles de Georges Lefebvre et de Michel Morineau. Les développements sur la fermocratie, le changement de profil sociologique des grands fermiers ou la paupérisation des campagnes hennuyères au cours du xviiie siècle méritent à cet égard une mention spéciale. Les prudentes prisées des rendements des grandes exploitations, l’étude des grandes crises frumentaires de la fin du xviiie siècle, les comparaisons avec ce que l’on observe ailleurs, sont tout aussi remarquables. Des courbes significatives, un bel appareil statistique, des cartes judicieusement choisies et d’intéressantes pièces jointes en annexe donnent toute sa pertinence à un travail remarquablement bien présenté par ailleurs. Toutefois Christian Albertan a pointé quelques défauts de forme, un style certes alerte mais non exempt d’impropriétés ou d’anglicismes incongrus. S’il n’a pas contesté les interrogations et la méthode sous-tendant la démarche ni le plan de la thèse, il a néanmoins trouvé le titre trop large, le doctorant traitant essentiellement de la grande culture, plutôt que de l’ensemble de l’économie et de la société dans les campagnes du Hainaut français de Louis XIV à la Révolution.

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Le professeur Jean-Pierre Jessenne, second rapporteur, a aussi posé le problème de l’ambition du titre de la thèse, tout en en soulignant la qualité de la présentation d’ensemble, de l’argumentation et des tableaux de synthèse. Vivement intéressé par les mutations économiques et sociales qu’éclaire Fulgence Delleaux pour le Hainaut, il s’est en particulier interrogé sur le caractère univoque de l’interprétation érigeant les grands fermiers en vecteur principal du progrès agricole au xviiie siècle. La thèse pose aussi les problèmes de la chronologie réelle et de l’ampleur des changements économiques et sociaux, de la place de la petite et moyenne exploitation, de la pluriactivité rurale et des échanges villes/campagnes. En se concentrant sur la grande exploitation fermière, à partir d’un certain nombre d’exemples significatifs mais limités, elle semble négliger le reste de la société rurale. L’auteur sous-estime le poids du complexe féodo-seigneurial (seigneurs et abbayes) premier propriétaire des terres et aussi acteur économique, comme l’a montré la thèse tout juste soutenue de Stéphane Hug. L’idée d’un progrès agricole tiré par le facteur démographique reste à approfondir, en appréciant la part de l’autoconsommation rurale et des échanges, le marché au sens large étant le facteur dynamisant de la production. Jean-Pierre Jessenne conclut à l’intérêt d’un travail important et irremplaçable sur la société rurale, mais au nécessaire réajustement de son objet et de son titre.

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Fulgence Delleaux convient des limites de son étude et de ses sources, mais souligne le poids des grandes exploitations, qui représentent alors quelque 70 % de la sau. Sans contestation possible premiers pourvoyeurs de main-d’œuvre en Hainaut, les fermiers étaient les principaux producteurs de blé depuis la fin des guerres du xviie siècle.

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La professeure Claire Billen s’est réjouie de la qualité d’écriture de la thèse, et surtout d’une histoire économique qui a su rester profondément humaine. Elle relève quelques coquilles orthographiques et un anachronisme sur la carte des Pays-Bas. Elle regrette une approche insuffisamment systémique, qui relègue à l’arrière-plan les rapports ville/campagnes, la proto-industrie rurale, et le rôle des propriétaires souvent citadins, ce qui tronque le tableau de la société. La désagrégation de la vie communautaire au xviie siècle est certes abordée, mais elle mériterait un chapitre mettant en scène les seigneurs, trop absents, de même que l’économie forestière, secteur fondamental de l’Avesnois. En matière d’engrais, le rôle des moutons reste essentiel, et il ne faut pas oublier l’engrais familial cher à la petite exploitation ; les censiers jouaient aussi le rôle de banquiers ruraux et on pouvait aussi s’intéresser à la question de leurs ventes aux armées.

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Fulgence Delleaux justifie ses choix par la disponibilité bien plus grande des sources sur les grosses fermes que sur les petits exploitants. Sur les rapports ville-campagnes et la proto-industrie, les études ayant déjà été faites, il n’avait rien à ajouter de plus aux travaux de Philippe Guignet sur les campagnes périurbaines et de Didier Terrier sur la proto-industrie ; pour l’économie forestière, il note que tous les porcins ne sont pas mis à la glandée, une partie étant nourrie par des déchets céréaliers, selon un inventaire après-décès de 1657.

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La professeure Annie Antoine, spécialiste de l’Ouest, porte un regard extérieur sur ce travail et rappelle que le Hainaut a été très étudié par le passé. Cela implique donc d’apporter du nouveau et de bien maîtriser l’historiographie. Elle regrette le lien trop mécanique suggéré entre croissance démographique et progrès agricole, tout en appréciant que l’auteur ne se soit pas limité aux céréales, qu’il ait bien lié la conjoncture au climat et à la guerre et qu’il se soit s’appuyé de manière originale sur des sources avant tout paysannes. Elle trouve légitime de reprendre et vérifier le point de vue de son directeur de thèse dans l’espace étudié, mais pointe quelques défauts de jeunesse : un cadre guerre/climat pas toujours bien articulé, un recours réduit à l’historiographie anglaise, une certaine faiblesse du dernier chapitre. Une croissance démographique sans crise n’implique pas forcément une croissance de la production agricole, sauf à se situer dans une logique autarcique et à nier d’emblée l’attraction des marchés. Annie Antoine soulève aussi le problème de l’exploitation des rôles de taille, demande des précisions sur le compte des animaux de trait, les modalités de la dislocation de la jachère, la validité des chiffres donnés pour les rendements, les conditions de concentration des terres.

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Fulgence Delleaux repère le recul de la jachère au second xviiie dans les terroirs de Valenciennes et de Bouchain, mais non dans l’Avesnois avant le xixe siècle ; les chiffres de rendements entre xviie et xviiie siècles peuvent correspondre à des terroirs de richesse différente, mais ils sont globalement à la hausse ; comme en Île-de-France, la concentration des exploitations est un moyen de surmonter la crise de la fin du xviie siècle. Après 1770, l’ouverture de nouveaux débouchés est incontestable depuis notamment les travaux de Philippe Guignet. De cette croissance sélective témoignent l’augmentation des dots ou les récriminations des cahiers de doléances de 1789.

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Le professeur Dominique Rosselle salue un travail bien organisé et facile d’accès, mais qui lui paraît vite irritant. Il souligne l’intérêt et la qualité des livres de comptes, qui lui semblent néanmoins sous-exploités, alors que les inventaires après-décès sont sur-interprétés. Des progrès agricoles ont existé bien avant. Il regrette également une sous-utilisation des sources administratives, quelques lacunes dans la bibliographie récente, la cartographie (notamment pour la démographie, les voies de communication, les structures de la propriété, les paysages agraires). Il reproche surtout à l’auteur d’ignorer les flux céréaliers inter-régionaux et avec l’étranger, de tirer des conclusions hâtives sur les relations entre croissance démographique et agricole, sans tenir compte des échanges céréaliers avec l’extérieur. Il estime que les arguments manquent de solidité sur le déclin des petites et moyennes exploitations, qui fournissent de la variété, des produits à haute valeur ajoutée, que l’on ne doit pas forcément interpréter l’augmentation du nombre de chevaux comme celui d’animaux de trait pour l’agriculture. La thèse lui paraît donc être un travail important, qui pose de bonnes questions, mais ne justifie pas toujours ses réponses, parfois imprudemment catégoriques.

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Fulgence Delleaux reconnaît l’intérêt de la série c pour connaître le nombre de charrues et souligne que ces sources sur l’augmentation des attelages sont formelles. La thèse est bien claire sur ce point et l’examen effectif des inventaires précise bien pour chaque charrue le nombre de chevaux qui leur est associé. Les sources administratives ont bien été utilisées mais l’auteur en rappelle les limites, déjà soulignées par les travaux de Georges Frêche. Il n’a pas nié les échanges inter-régionaux et étrangers et son ouvrage confirme justement à partir des livres de raison les trafics des fermiers avec les provinces « belgiques ». Au demeurant, il n’ignore point l’apport extérieur en blé pour nourrir la population du Hainaut mais il tient à en rappeller la relative modicité (60 000 hl. selon une statistique préfectorale de 1805) : pour une grande part, il faut bien reconnaître que la productivité agricole a dû répondre à cette demande. Fulgence Delleaux ne voit pas en quoi les inventaires après décès des xviie et xviiie siècles, particulièrement précis et concordants, seraient plus contestables que les sources médiévales qui ont conduit Alain Derville à imaginer une « révolution agricole » au xive siècle plutôt qu’au xviiie siècle.

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Après délibération, le jury tenant compte de l’engagement prononcé d’un jeune chercheur prometteur, qui a bien su remplir son contrat dans le délai qui lui était imparti, lui a accordé la mention très honorable avec félicitations.

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Jacques Bernet, avec le concours de Sylvain Olivier

Fabien Knittel, Mathieu de Dombasle. Agronomie et innovation. 1750-1850, thèse de doctorat d’histoire, soutenue à l’Université de Nancy 2, le 4 juillet 2007

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Jury : Simone Mazauric, professeur d’épistémologie et d’histoire des sciences, université de Nancy 2 (directrice) ; Jean-Pierre Jessenne, professeur d’histoire moderne à l’université Lille 3 (rapporteur) ; Marc Benoît, directeur de recherches à l’inra, station sad, Mirecourt (rapporteur) ; Peter Jones, professeur d’histoire de la France à l’université de Birmingham, UK ; Jean El Gammal, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Nancy 2 (président).

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En présentant sa thèse intitulée Mathieu de Dombasle. Agronomie et innovation. 1750-1850, F. Knittel, jeune professeur du secondaire à Charmes, propose d’étudier autant la trajectoire d’homme qu’un moment charnière dans l’histoire de l’agronomie, une discipline scientifique alors en pleine constitution. Concepteur, aux yeux de l’historiographie, d’une charrue innovante et fondateur du premier établissement d’enseignement agricole en France, Christophe Joseph Alexandre Mathieu de Dombasle (1777-1843) est en effet abordé comme un acteur majeur mais aussi comme un révélateur d’une configuration particulière, au sens où l’entend le sociologue Norbert Elias, configuration que S. Mazauric rappelle en ces termes en préambule du colloque consacré en 2002 au personnage, à savoir « une volonté de modernisation de l’agriculture, sous l’influence des idées physiocratiques, via le rôle de l’État, relayé par l’action des sociétés d’agriculture, et par les moyens conjugués de la mécanisation de l’agriculture et de l’enseignement » (Simone Mazauric, « Avant-propos », Actes du colloque Mathieu de Dombasle, cths, Nancy 15-20 avril 2002, Annales de l’Est, n° 1, 2006, p. 5-9). Pour F. Knittel, travailler sur Mathieu de Dombasle, c’est dès lors décortiquer le « passage d’une agronomie art à une agronomie science », première phase de l’institutionnalisation d’une discipline qui s’étend des années 1750, période de floraison des écrits agronomiques, aux années 1850 avec l’affirmation de la chimie agricole. C’est donc cette configuration complexe qu’explore et révèle à la fois cette thèse de 550 pages, preuve que l’histoire de l’agronomie gagne enfin ses lettres de noblesse au sein des études rurales.

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En ouvrant son étude sur la réalisation majeure de Mathieu de Dombasle, une charrue éponyme, l’auteur aborde directement l’objet qui est au fondement de la notoriété de l’agronome. Issu d’une famille de grand commis de l’État ducal lorrain, ce chimiste de formation s’intéresse au début des années 1810 à la production de sucre de betterave sur son domaine de Monplaisir, dans la banlieue de Nancy, avant d’entreprendre des travaux sur le machinisme agricole. Il en publie les résultats dans un Mémoire sur la charrue considérée principalement sous le rapport de la présence ou de l’absence de l’avant-train, « guide théorique » dans lequel il parvient à régler la question centrale de la déperdition de la force motrice de l’engin sur les terres lourdes. F. Knittel démontre surtout que Mathieu de Dombasle a d’abord procédé à la recombinaison d’éléments observés sur la charrue lorraine traditionnelle et sur des modèles anglais mis au point dès les xiiie-xive siècles. L’analyse des « fondements de l’outillage mental de l’agronome » place en effet l’œuvre dombalienne dans la continuité du renouveau agronomique de la seconde moitié du xviiie siècle, dans la lignée des écrits de Duhamel de Monceau mais davantage dans celle des agronomes anglo-germaniques, en particulier Small et Thaër dont il traduit la Description des nouveaux instrumens d’agriculture les plus utiles.

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Doté d’un « statut de continuateur », Mathieu de Dombasle fait par contre figure de novateur en matière d’institutionnalisation de l’agronomie durant la période 1820-1850. On le perçoit dans son investissement dans la Société centrale d’Agriculture de Nancy qu’il a co-fondée et qui, à l’instar de la Société d’Émulation du Département des Vosges, organise concours et essais comparatifs, publie son propre périodique et participe activement à la construction de l’agronomie comme en témoignent les modalités de promotion de la « charrue Grangé ». La réalisation majeure de Mathieu de Dombasle réside néanmoins dans la ferme exemplaire de Roville-devant-Bayon (Meurthe). Bien national acquis par Antoine Bertier, le domaine est déjà le support d’expériences éducatives et agronomiques (école d’enseignement mutuel, introduction d’un troupeau de mérinos, etc.). Influencé par les expériences de Thaër à Moëglin (Prusse) et de Fellemberg à Hofwyl (Suisse), Mathieu de Dombasle signe en 1822 avec Bertier un contrat de fermage qui constitue aux yeux de l’auteur un véritable « plaidoyer pour les théories agronomiques ». Il en dissèque le fonctionnement et les pratiques, cherchant à reconstituer les successions culturales et les itinéraires techniques, mettant au jour une organisation du travail strictement hiérarchisée, quasi militaire. L’autre visage novateur de Mathieu de Dombasle réside dans les moyens de diffusion de l’innovation qu’il met en œuvre. C’est le cas de la fabrique d’instruments aratoires installée à Roville et caractérisée par une standardisation de la production et une rationalisation du travail. C’est également le cas des réunions agricoles ouvertes aux praticiens de la région qui, avant le développement des comices agricoles dans les années 1830, peuvent assister à des démonstrations de machines, des ventes d’animaux ou bien des concours de charrues. La question centrale reste toutefois celle de l’enseignement agricole. Aux antipodes des idées libérales de Bertier, Mathieu de Dombasle privilégie une pédagogie conservatrice qui différencie le niveau d’éducation en fonction du milieu social. En 1826, il ouvre donc à Roville la première institution d’enseignement agricole française – à destination de futurs chefs de domaine – et met au point un outil pédagogique spécifique : la clinique agricole. Relisant l’œuvre de l’agronome à travers les travaux de Michel Foucault, F. Knittel perçoit un enseignement fondé sur la pratique, l’observation et l’expérience qui prennent tout leur sens lors des conférences agricoles en plein air organisées au moment du « tour de plaine ». Les cours théoriques sont dès lors relégués au second plan à l’inverse des enseignements prodigués par les praticiens et les spécialistes. De manière pertinente, l’auteur note que le « paradoxe essentiel de l’homme et de sa doctrine » est que, s’il condamne le caractère réducteur de la connaissance livresque de l’agriculture, il ne la considère pas moins comme une forme essentielle de diffusion des connaissances et des progrès agricoles, ce dont témoigne d’ailleurs le corpus de ses écrits, en particulier le Calendrier du bon cultivateur ou manuel de l’agriculteur praticien et les huit tomes et supplément des Annales agricoles de Roville, son œuvre majeure.

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Au regard du rôle clef de la période 1750-1850 dans l’autonomisation et l’institutionnalisation de la science agronomique, la figure de Mathieu de Dombasle méritait bien d’être relue. Pour F. Knittel, il s’agit de ramener le fermier de Roville à ce qu’il est, un « agronome ordinaire » dont l’œuvre éponyme est avant tout une « pseudo invention ». En revanche, Mathieu de Dombasle est indiscutablement un innovateur par la multiplication des mécanismes de diffusion de ce qu’il a imité ou amélioré mais aussi par sa démarche de théorisation qui n’opère jamais de séparation avec la pratique au champ, dépassant ainsi le clivage entre science appliquée et science fondamentale. L’auteur nous invite donc à un « renversement de point de vue » sur cet héritier des Lumières qui préfigure largement l’ingénieur agronome du second xixe siècle, tout autant qu’à une ouverture sur le plan des idées et des concepts en agronomie, en particulier à travers la question de la clinique agricole. Car cette thèse n’est pas seulement un travail d’historien. L’intrusion de son auteur dans la sphère agronomique l’amène à adopter une approche transdisciplinaire intégrant des concepts propres à ce champ scientifique pris comme « un support réflexif » à la compréhension des données historiques. Il en est ainsi des concepts de « profil cultural » établi par Stéphane Hénin ou de « système de culture » développé par Michel Sebillotte. Cette démarche ne lui interdit pas de discuter de la terminologie et des césures élaborées par les agronomes eux-mêmes (Gilles Denis), en particulier dans la définition de l’agronome dont la figure émergerait selon lui dès que sont conjointement réunies une implication au sein de la sociabilité de l’érudition agricole et une démarche spécifique consistant à « décrire les phénomènes observés, à expérimenter, à théoriser puis à diffuser les résultats obtenus ». Par ailleurs, l’approche même du sujet oblige l’auteur à repenser le genre biographique, s’appuyant notamment sur les travaux de François Dosse et de Bernard Lahire. En entreprenant la biographie de celui qu’il considère comme un « agronome ordinaire », l’auteur valorise toujours les logiques collectives au détriment de la figure de l’« inventeur-héros » véhiculée par l’historiographie dombalienne largement hagiographique.

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Cette orientation pluridisciplinaire et ce souci méthodologique sont très largement soulignés par le jury sensible à la qualité du travail de F. Knittel dont la régularité et la maîtrise du sujet sont évidentes, alors même qu’il disposait de sources hétérogènes et lacunaires. La thèse qui privilège les changements et les idées (P. Jones) démontre, en effet, la capacité de son auteur à s’engager dans de nouveaux champs disciplinaires, en particulier ceux des sciences des techniques et de la sociologie. La réflexion méthodologique sur l’écriture de la biographie historique a d’ailleurs suscité un débat car F. Knittel a l’ambition d’écrire un « essai de mixité théorique » qui découlerait d’un croisement entre plusieurs types d’approches afin d’élaborer une « phénoménologie de l’individu », au sens défini par Marcel Mauss. Sur le fond, S. Mazauric défend la valeur heuristique de la distinction entre majores et minores, les premiers devant être les portes d’accès privilégiées à des configurations particulières au sein desquelles ils évoluent tout en les façonnant. Sur la forme, cette théorisation est parfois perçue comme un « fractionnement de la pensée » (J.-P. Jessenne), le chercheur pouvant en effet s’effacer derrière la figure d’un Pierre Bourdieu par exemple. Ce débat est en tout cas abordé avec une certaine malice par P. Jones. Rappelant que la biographie n’est pas accusée de « trahison académique » au Royaume-Uni, il voit d’abord dans le travail de F. Knittel le juste prolongement de la thèse d’André-Jean Bourde qui, dans les années 1960, avait dû faire face à l’emprise des Annales. On sent ainsi le difficile équilibre à tenir entre théorisation et analyse des données historiques.

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Quant au complexe de Roville, création indiscutablement la plus innovante de Mathieu de Dombasle, il est un point d’interrogation pour le jury. Fréquenté entre 323 et 400 élèves durant ses dix-huit années de fonctionnement, l’Institut agricole offre un bilan financier prospère à l’expiration du bail en mars 1843. Mais ce n’est pas le cas de la ferme exemplaire. Avec des rendements guère supérieurs à la moyenne et des techniques cultures rarement imitées, c’est un échec économique qui aboutit à la fermeture du site. Si F. Knittel cherche à nuancer ce constat « par une réussite technique, scientifique et, surtout, pédagogique », M. Benoît considère néanmoins la ferme exemplaire comme un véritable « cancer » au sein du tissu agricole local tout en admettant que, en France, toutes les expériences synchrones d’institutionnalisation ont aussi échoué. C’est pourtant dès l’expérience sucrière de Monplaisir que J.-P. Jessenne perçoit les limites de Mathieu de Dombasle. Propriétaire de la manufacture et informé, il n’en peine pas moins à trouver la matière première nécessaire dans la région. Certes, le contexte économique joue mais c’est aussi sa perception de l’environnement local qui est à mettre en question puisque, en dénonçant le système d’exploitation traditionnel comme un frein à l’innovation, il ne saisit pas que l’une de ses composantes, l’élevage du mouton, est une activité spéculative essentielle pour la paysannerie. Dès lors, l’échec de la ferme de Roville peut aussi se lire à travers ce que J.-P. Jessenne considère comme le problème majeur de Mathieu de Dombasle : une piètre connaissance et une médiocre gestion des structures rurales. De même, sa conception conservatrice, faisant des grandes exploitations un indispensable relais dans la diffusion des nouveautés, est en décalage avec la société rurale environnante. En travaillant sur Le Diouron, paysan trégorois, Yann Lagadec démontre qu’il existe un autre modèle de diffusion, par capillarité, qui n’est pas sans rappeler les idées mutualistes d’un Bertier (Yann Lagadec, « Petite exploitation et innovation agricole au xixe siècle : l’exemple d’Olivier Le Diouron, paysan trégorrois », hsr, 2002, n° 17, p. 187-217).

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Les péripéties de la ferme exemplaire amène évidemment à s’interroger sur le statut des Annales agricoles de Roville. Doit-on les lire comme une « arme propagandiste » ou un récit fidèle de la gestion de l’exploitation ? M. Benoît porte un jugement plus sévère que F. Knittel sur ces Annales où les échecs sont évacués, mais aussi sur les conférences où toutes les questions sont permises mais durant lesquelles l’homo faber n’est pas interrogé, ce qui aboutit à une observation idéalisée du fonctionnement des règles agronomiques selon des idées préconçues. Au fond, le jury reconnaît à F. Knittel le mérite d’avoir mis en lumière un personnage particulièrement complexe et ambigu. Ambiguïté dans la place de la chimie dans la réflexion de l’agronome lorrain puisque, en dépit de sa formation, il oriente ses travaux dans la voie de la mécanique agricole, héritage typique des Lumières que P. Jones perçoit aussi dans l’importance qu’il accorde à la possession individuelle et aux innovations technologiques. Ambiguïté aussi quant aux pratiques agricoles car concevoir « la » bonne charrue semble gommer la diversité de situation des sols. Si Mathieu de Dombasle analyse un instrument théorique dans les Annales, F. Knittel précise qu’il fabrique en réalité des charrues qui s’adaptent au marché que P. Jones considère comme le principal vecteur de diffusion des innovations, son jugement étant emprunt de scepticisme pour tous les autres mécanismes de diffusion tant il est complexe d’en définir les filtres et les bénéficiaires.

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Ce qui aurait pu préciser davantage les dynamiques et les échecs de Mathieu de Dombasle, c’est la dimension socio-politique de la configuration au sein de laquelle il évolue. En souhaitant un éclairage sur Bertier dont le traitement lui semble trop épisodique, P. Jones milite pour une réévaluation de celui qui ne doit pas être considéré comme un simple bailleur de fonds. Opposant politique aux idées du comte d’Artois, la trajectoire de ce radical est un élément dans l’échec de l’obtention de la bergerie royale en 1821. J. El Gammal invite aussi à souligner plus nettement les rapports entre Mathieu de Dombasle et les autorités sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, en particulier sur le fait que les demandes et les initiatives prises en relation avec l’État ont souvent échoué. Dans le même ordre d’idées, le hiatus entre les conceptions sociales de Bertier et celles de Mathieu de Dombasle, guère épris de démocratisation du savoir, donne l’impression d’un décalage entre les centres d’intérêts de Mathieu de Dombasle et le contexte socio-politique marqué par un renouveau républicain et l’émergence socialiste. Ce qui fait dire à J.-P. Jessenne que, si François de Neufchâteau intègre à son action un engagement politique, Mathieu de Dombasle semble être replié sur sa technicité, sur une démarche de la preuve mais pas d’action sur la société.

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Au terme de la discussion autour de ce travail « profondément pluridisciplinaire » (P. Jones), le jury a reconnu Fabien Knittel digne du titre de docteur en histoire moderne, assorti de la mention très honorable et des félicitations.

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Alexandre Laumond

Titres recensés

  1. Martine Camiade, Familles et mémoires, habitat et exploitation des ressources naturelles dans un espace catalan frontalier, xvie-xxe siècle, dossier d’habilitation à diriger des recherches (section 73 du cnu : Cultures et langues régionales), Institut Franco-Catalan Transfrontalier (ifct) - université de Perpignan Via Domitia, 6 décembre 2006
  2. Béatrice Palmero, Communautés, enjeux de pouvoir et maîtrise de l’espace pastoral aux confins du comté de Nice (Tende, La Brigue et Triora) à l’époque moderne. Une approche micro-historique : les Alpes de proximité, thèse de doctorat, Université de Provence-Aix-Marseille, novembre 2005
  3. Fulgence Delleaux, À la Recherche des mutations agricoles. Économie et société dans les campagnes du Hainaut français de Louis XIV à la Révolution (1659-1800), thèse de doctorat d’histoire, soutenue à l’Université de Caen Basse-Normandie, le 13 octobre 2007
  4. Fabien Knittel, Mathieu de Dombasle. Agronomie et innovation. 1750-1850, thèse de doctorat d’histoire, soutenue à l’Université de Nancy 2, le 4 juillet 2007

Pour citer cet article

« Soutenances de thèses », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2007 (Vol. 28), p. 284-300.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2007-2-page-284.htm


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